III. — MOYENS DE DESTRUCTION
Les espaliers taillés à long bois, placés dins les endroits mal exposés, principalement au couchant et dans les quartiers humides, ont surtout à
36 LA COCHENILLE IiOUGE.
souffrir de la Pulvinaria vitis. On la rencontre cependant parfois en grande culture avec la taille courte et dans les endroits secs, spécialement sur les vieilles vignes à écorces très crevassées ; mais dans ces conditions nous ne l'avons jamais vue devenir dangereuse. Chose curieuse, certains pieds sont toujours attaqués de préférence à d'autres, etRéaumur raconte qu'il a inutilement essayé d'infecter des pieds voisins.
D'après ce que nous avons dit des mœurs de l'insecte, qui vit de préférence sur le bois jeune, il est facile de comprendre que chaque année la taille fait périr le plus grand nombre de ces parasites et qu'il ne reste, pour perpétuer la race, que les rares iudividus demeurés sur le vieux bois. Il est alors aisé, au printemps, d'écraser les quelques femelles pondeuses qui peuvent avoir échappé.
En cas d'attaque sérieuse sur des espaliers ou des vignes en cordon, outre cet écrasage des femelles au mois de mai, en somme facile à faire, on fera bien d'écorcer en hiver au moyen du gant de cote de maille usité à Bordeaux et connu en viticulture sous le nom de gant Sabaté, du nom de son inventeur. Eu cas de crevasses profondes, l'opération devra être complétée non pas avec un couteau, toujours dangereux pour la plante, mais au moyen d'un instrument très simple qui ne coûte à peu près rien et dure indéfiniment : c'est un morceau de fer de six pouces de long, coupé dans un cercle de barrique et recourhé à l'extrémité en forme de raclette ; sur le rebord qui doit pénétrer dans les crevasses et racler, on donne quelques coups de lime qui forment dentelure et qui, sans endommager la souche, permettent d'y faire mordre l'outil.
«L'ouvrier, nous écrit M. Bellot des Minières, l'inventeur du procédé, ayant avec le gant de fer enlevé le plus gros, laisse la place à une femme qui, munie de mon râcloir, fouille dans tous les creux qu'a respectés le gant et va ensuite, sans danger pour les yeux du bois de retour, nettoyer les rameaux sur lesquels repose la taille de l'année.»
L'écorcage du vieux bois opéré, les débris enlevés et brûlés, il sera bon de brosser le bois jeune avec une brosse de chiendent : les cochenilles arrachées et plus ou moins blessées meurent sans pouvoir remonter sur le cep.
LA COCHENILLE GRISE l
[Aspidiotus vitis, Signoret.)
Synonymie. — Diaspis BUinckenhornci Targioni, 1877.
Les Aspidiotus sont des cochenilles plus ou moins arrondies, ressemblant à de petites écailles d'Uuîtres plaquées contre les tiges et les feuilles de certains arbres. Leur corps, entièrement déformé, est couvert d'un bouclier protecteur constitué par les dépouilles provenant des mues et une coucbe de sécrétion cireuse mince, aplatie en lamelle, solide, plus ou moins adhérente à la plante. Le type le plus répandu et le mieux étudié du groupe est V Aspidiotus Nerii2, une des cochenilles du laurier rose qui bien souvent fait périr cet arbuste cultivé en vase et même en pleine terre.
Ces insectes sont voisins du Cliionaspis(Diaspis) Evonymi de Comstock, ou cochenille du fusain, qui exerce de si grands ravages sur les fusains cultivés, et dans le livre de M. Signoret ils sont rangés dans la sous-famille ou tribu des Diaspides.
L'espèce qui attaque la vigne a été décrite en 1876 par M. le Dr Signoret. Elle a été de nouveau décrite récemment par M. Targioni-Tozzetti (de Florence) sous le nom de Diaspis Blankenhornei . Elle n'a donc ni synonymie embrouillée ni histoire, et parait jusqu'à présent peu nuisible. Nous en donnerons la description suivante :
Le bouclier à de 1 à 2 millim. de diamètre. Chez la femelle, il est plus ou moins arrondi ; chez le mâle, en ovale allongé. Chez l'un et l'autre, il est
1 Bibliographie. — Signoret ; Essai sur les Cochenilles (Ann. Soc. enl. de France, pag. 601, 1876). — Targioni-Tozzetti ; Bull. Soc. ent. Ital., pag. 17. 1879. — Id ; Relazionne délia H. stazione di Entom. agr., pag. 152, 1881 ; et, môme Recueil, pag. 386, 1884.— Maskell ; Trans. andproc. of llie N.-Zeland. Jnst. tom. II, pag. 199.— Comstock ; U.S. Départ, of the Agr. entom. (Rep. of the Commission of Agr., ann. 1880, tom. III, pag. 29.— Gennadius; Sur une 7iouvelle espèce de Cochenille [Aspidiotus coccineus) d'Athènes (Aun Soc. ent. de France, pag. 189, 1881).
2 Voir, pour la description et l'anatomie des Aspidiotus, une bonne étude de M. le Dr Lemoine sur V Aspidiotus Nerii, travail annoncé en 1880 dans le Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne et communiqué en août de la même année au Congrès pour l'avancement des Sciences tenu à Reims.
d'un gris foncé, et, lorsqu'il a été frotté, la dépouille des mues, le plus souvent centrale, est d'un noir brillant. Si ce bouclier, abritant le corps de la mère, véritable sac rempli d'œufs, vient à se détacher, il laisse sur l'écorce une place blanche. Sa couleur est tellement identique avec celle de l'écorce que c'est surtout cette place blanche laissée par le bouclier tombé qui révèle la présence de l'insecte. Celui-ci se tient sur le bois vieux ou nouveau, sur ce dernier de préférence. Ayant perdu, aussitôt après la première mue, ses pattes et ses antennes, il est surtout fixé par son suçoir. Les larves, au sortir de l'œuf, sont ovales, allongées, munies de leurs six pieds et de leurs deux antennes. A la mue, elles les perdent, mais conservent leurs filets rostraux très longs, qui, développés, dépassent du double la longueur du corps. Lesautenues de six articles sont à peine pubescentes, un ou deux poils à chaque article, avec le quatrième article plus long que les autres. Les jamhes sont grêles, le tibia plus court que le tarse, le crochet long, accompagné des digitules ordinaires. Après la première mue, le corps devient plus arrondi, avec un peu de parallélisme pour le mâle, dont les filets rostraux sont plus longs que ceux de la femelle. La coque mâle est facile à reconnaître ; elle ne porte qu'une seule dépouille de mue, tandis que celle de la femelle en porte deux.
La femelle à l'état parfait, arrondie, d'un brun grisâtrefoncé, a l'extrémité abdominale jaune clair ; elle porte sur ses bords quelques filières avec un point central clair et un rebord épais. Le mâle est d'un jaune brun uniferme ; les yeux sont noirs, les ailes très longues, d'un gris hyalin dépassant l'extrémité du stylet, celui-ci un peu plus long que l'abdomen . Les antennes sont épaisses, pubescentes, de dix articles, le quatrième le plus long, le premier, le deuxième et le dixième très petits.
Cette espèce a été découverte aux environs de Nice, sur les coteaux de Bellet, par M. Signoret, qui l'a reçue également d'Algérie. Nous l'avons personnellement rencontrée à Cannes. M. Targioni l'a décrite d'Italie, il l'a reçue de Novareet de Vicenze.M.Von Heyden nous l'a signalée dans la vallée du Rhin et M. Gennadius de Sicile et des environs d'Athènes. Il est probable qu'elle est beaucoup plus répandue qu'on ne le pense, mais qu'elle échappe aux recherches par suite de sa couleur, qui se confond avec celle du bois.
M. Gennadius a décrit en 1881, sous le nom de Aspidiotus coccineus, une Cochenille qui, dans l'Archipel grec, attaque l'oranger, le citronnier, le néflier du Japon et aussi la vigne. D'après M. Targioni, un maître dans cette difficile étude des Cochenilles, l'espèce du savant d'Athènes n'est autre chose que celle qui a été décrite en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et en Europe, sous les noms ci-après : Aonidia aurantii Maskel, Aspidiotus citri
Comstock, Aonidia Gcnnadii Targioni, Aspidiotus coccincus Genuadiua. C'est par conséquent le nom de Aonidia aurantii que cet insecte doit porter. Son aire géographique est très é tendue. Décrit de la Nouvelle-Zélande, il s'est trouvé en Australie, en Califormie et en Grèce. Dans ce dernier pays, il semble d'introduction récente, et on peut s'attendre aie voir envahir toutes les côtes de la Méditerranée. Cette cochenille est comprise dans la liste d'Insectes ampélophages que nous a adressée M. Gennadius ; elle n'est, selon lui, cependant que rarement nuisible à la vigne et seulement dans le voisinage des orangers. Nous nous contentons donc de la signaler et d'en donner la synonymie.
(Dactylopius vitis, Niedelsky.)
Synonymie. — Dactylopius longispinus Targioni.
Le genre Dactylopius, composé de Coccides relativement agiles, jamais fixés, renferme des espèces assez voisines de l'insecte produisant le carmin {Coccus cacti), et qui peuvent avec lui être appelées les Cochenilles vraies.
1 Bibliographie. — Strabon ; Texte grec, liv. VII, chap. V, et Traduction lutine, pag. 263 (édit. G. Millier et F. Dubn. Paris, Firmin Didot, 1853).— A. Bouscaren ; La Maladie noire de la Vigne (Bull. Soc. d'Agr. de l'Hérault, pag. 216, 1860). — Fréd. Cazalis ; Messager Agr. du Midi, pag. 328, 1863. Gasparini; Sulla Malattia dtl Uva (Atti del R. Inst. di Napoli, sec. ser., vol. II, 1865). — Targioni-Tozzetti ; Atti dei Georgoftli de Florence, nuov. ser., tom. XIII. — Id.; Études sur les Cochenilles, 1867.— Niedelsky ; Gazette Agr. russe, n° 2, 1869. — Woelkel; Traduction du Mémoire de Niedelski (Bull. Soc. ces Agricult. de France, 15 iévrhr 1870 ; et Revue horticole, 16 mars et 16 juin 1870). — Ph. Koressios ; L'Éclectique (Journal d'Athènes, 20 janvier et 24 juin 1870). — Planchon; La Phtiriose de la Vigne chez les anciens et les modernes (Bull. Soc. des Agricult. de France, 15 juillet 1870). — Lichtenstein ; Les Coccides de la Vigne (Bull. Soc. entom. de France, 25 mai 1870). — Duffour et Vinas ; La Fumagine de la Vigne (Compte rendu du Congrès scientifique de France, 35" cession tenue à Montpellier, pag. 447, 1872. — Signoret; Essai sur les Coclienillcs (Ànn. Soc. entom., pag. 324, 1875). — Gennadius ; Journal d'Athènes, 24 lévrier 1880.— Leclère ; Compt. rendus Acad. des Sciences, 13 mars 1882. — André ; Les Parasites de la Vigne. Beaune, 1882. — Lichtenstein ; Tableau synoptique des Maladies de la Vigne. Montpellier, 1884.
40 LA COCHENILLE BLANHCE.
Deux d'entre elles ont été signalées sur la vigne : le Dactylopius adonidum et le D. vitis. Du premier, nous ne dirons que quelques mots, le considérant comme peu important: c'est le Coccus adonidum de Linné, bien connu des horticulteurs sous le nom de pou blanc des serres, long de 3 inillim. environ sur 1 et demi de large, et qui vit sur une foule de plantes. La vigne sous verre est attaquée par cet insecte, comme tant d'autres végétaux ; nous l'avons nous-même observé dans ces conditions-là comme assez nuisible aux environs du Mans.Walckenaer le dit originaire du Sénégal, parledelui comme parfois dangereux pour la vigne, et cite à son sujet un travail anglais signé Major, publié dès 1829. Comme l'espèce est frileuse, il n'est pas à craindre de la voir se multiplier en dehors des serres. Nous n'insisterons donc pas sur cet ennemi, avec lequel il faut peut-être compter dans les graperies anglaises, belges ou allemandes, mais qui est indifférent aux vrais viticulteurs.
Le Dactylopius vitis a une tout autre importance ; non pas qu'il bisse des ravages considérables dans l'Europe occidentale, mais il n'en est pas de môme en Orient. Il paraît avoir été connu dès l'antiquité, et de nos jours encore il arrive à faire périr la vigne.