‹ Les insectes de la vigneChapitre 32 sur 187 · I. — HISTORIQUE · texte numérisé non relu

I. — HISTORIQUE

Au début de l'invasion phylloxérique, alors' que certains auteurs soutenaient que l'insecte avait de tout temps existé en Europe, l'attention fut attirée sur un texte de Strabon (icr siècle avant J.-O.) où il est parlé d'un parasite tuant la vigne, vivant en été sur les bourgeons, descendant en biver aux racines, et contre lequel on luttait par l'emploi de terre bitumineuse mélangée d'huile. L'insecte est appelé par le géographe grec Phtheir (yQetp pou) et la maladie Plitheiriosis (ep©£tptwo-tç) , que l'on peut traduire en français par phtiriose. Les auteurs susdits ont voulu voir la le phylloxéra.

Ce fut M. Koressios qui le premier, en 1870, soutint cette thèse dans un journal d'Athènes, V Éclectique. Défendue par un homme qui ne connaissait pas le puceron de la vigne, cette idée aurait dû être abandonnée dès le début, vu seulement la petitesse du Phylloxéra qui, exigeant l'usage d'une loupe, ne pouvait être connu des anciens. Elle n'en fut pas moins adoptée par certains naturalistes, tels que M. le Dr Signoret [Essai sur les Cochenilles, pag. 326). Plus tard, M. de Lafitte, au Congrès viticole de 1879 tenu à Nimes, à propos d'un insecte qui au moyen âge attaquait la vigne en Palestine et dont parle un vieux manuscrit de la Bibliothèque nationale, dit que l'existence du Phylloxéra au xue siècle n'a rien d'inconciliable

LA COCHENILLE BLANCHE. Il

avec les données actuelles de la science. Nous ne discuterons pas la valeur des textes sur lesquels s'appuie M. de Lafitte, nous les citons simplement en note', renvoyant pour la réfutation à ce qu'a répondu M. Plancbon dans le même Congrès de Nimcs et que M. de Lafitte résume lui-même en deux mots : « C'est une jolie légende » (Journ. d'Agr., novembredécembre 1879).

Quant à M. Koressios, il semble avoir ignoré la publication d'un travail de M. Niedelsky paru en 18G9 dans la Gazette agricole russe, concernant une cochenille découverte en Crimée, attaquant la vigne aux feuilles et aux racines et que le naturaliste russe nomme Coccus vitis. Ce nom pouvant s'appliquer aux trois espèces de cochenilles de la vigne, l'espèce a été étudiée depuis par M. Targioni, et ramenée par lui dans le genre Dactylopius de Costa, son vrai genre.

C'est notre Dactylopius vitis, et très certainement aussi l'insecte de Strabon, celui du moyen âge, celui que la tradition orientale nous rapporte être connu depuis des siècles en Asie-Mineure et dans les lies de l'Arcbipel. Tel est l'avis de M. Plancbon, qui a trouvé l'insecte aux racines de la vigne à Montpellier et qui, à propos de la Note de M. Koressios, a publié un article très remarquable (Bull. Soc. des agr. de Fr., 15 juillet 1870) .

Nous pensons comme M. Plancbon, et notre opinion est fondée non seulement sur les textes cités par lui et la description du M. Niedelsky, mais sur L'article de M. Koressios lui-même. Il y est dit en effet que les habitants de l'île de Syra, l'une des Cyclades, emploient encore aujourd'hui des frictions de terre bitumineuse contre hphtiriose de leurs vignes. Or le Phylloxéra n'est pas dans les iles grecques et le Dactylopius s'y trouve, comme du temps de Strabon. L'ile de Rhodes, toute voisine des Cyclades,

' Dans un manuscrit latin, inscrit à la Bibliothèque Nationale sous le n° 5129, il est dit qu'au couvent de Saint-Saba, au bord de la mer Morte, dans la région appelée Engadi, entre Segor et Jéricho, les moines recueillaient une huile bitumineuse Catraneum destinée à frotter les chameaux pour leur ôter la gale, ainsi que les Vignes pour enlever les vers qui les épuisaient (Ad unguendum camelos propter delendam scabicm et ad fricandum vîtes pro expeliendis vermibus consumptoribus earum). M. de Lafitte incline à voir là le Phylloxéra, et, pour appuyer son dire, il cite un autre texte tiré d'un Journal de voyage du comte de Bertou (1839), où, d'après l'évèque de Tyr, il est dit qu'au moyen âge, dans les vignobles d'Engadi,, on eut raison d'un insecte pernicieux qui s'en prenait aux racines au moyen d'huile extraite de l'asphalte de la mer Morte. M. de Lafitte a du reste défendu sa thèse en citant tous les textes à l'appui, dans son livre Quatre ans de lutte pour nos vignes, pag. 17 à 45 (Paris, Masson, 1883).

e;it en effet citée par l'auteur ancien comme un des pays où le traitement à l'huile bitumineuse était appliqué. Nous avons fait plus que de recourir à l'article de M. Koressios; nous avons consulté M. Gennadius (d'Athènes), et voici sa réponse, en date du 12 juillet 1887 : « Aujourd'hui le Dactylopius vitis, qui est bien certainement l'insecte dont parle Strabon (livre VII, chap. V), est combattu victorieusement par le soufre appliqué tout d'abord contre Voïdium; mais, il n'y a pas plus de trente ans, les vignerons grecs de l'Asie-Mineure appliquaient un remède qu'ils appelaient Spartzoma, et qui consistait en ceci : Avec une substance préparée en faisant bouillir de l'asphalte avec du marc d'huile, on peignait un anneau vers la base et tout autour de chaque sarment de la vigne pour empêcher l'insecte de monter et de détruire les bourgeons. Ce traitement se répétait de deux à trois fois pendant le printemps. » Ce que dit M. Gennadius est du reste conforme au procédé indiqué dès le xe siècle par l'auteur arabe Ibn el Beithar dit Temini el Mocadessi, dans son Traité des simples, concernant l'emploi du bitume de Judée pour le traitement des vignes aux environs de Jérusalem (Leclère ; Comptes rendus, 20 mars 1882).

Nous n'avons pas, croyons-nous, besoin d'insister. L'insecte qui nous occupe est donc bien celui de Strabon, celui de l'auteur arabe Temini et du manuscrit de Saiut-Saba, celui de M. Koressios et de M. Gennadius. Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, il a été en Orient combattu toujours de la même façon .

Ce n'est qu'en 1869 qu'il a été étudié scientifiquement par M. Niedeisky sur des exemplaires trouvés en Crimée; mais son introduction dans le nord de l'Afrique et l'Europe occidentale doit dater déjà d'une trentaine d'années. Nous l'avons observé en effet aux environs de Montpellier il y a plus de vingt-cinq ans ; mais, le prenant pour le Dacty lopins adonidum des serres, nous ne l'avions pas examiné attentivement et distingué de ce dernier.

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