‹ Les insectes de la vigneChapitre 33 sur 187 · II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE · texte numérisé non relu

II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE

Le Dactylopius vitis doit être, nous l'avons dit, rangé dans les Cochenilles vraies, c'est-à-dire celles dont le corps allongé avec les segments distincts est recouvert d'une abondante sécrétion cireuse blanche et pulvérulente. Ces insectes ne perdent ni leurs pieds ni leurs antennes, comme les Pulvînaria et les Aspidiotus, ne se fixent jamais et pondent leurs œufs en un ou plusieurs amas séparés recouverts de la même sécrétion blanche.

Le genre Dactylopius est caractérisé par des antennes de huit articles chez la femelle et de six dans la larve de celle-ci; le mâle a dix articles aux antennes et sa larve en a sept, les tarses sont munis de quatre digitules

LA CQCHENILLK BLANCHE. 43

ou poils dilates au bout; l'anneau génito-anal est entouré de six poils. Chez le D. vitis (PI. IV), les caractères spécifiques sont les suivants: Corps de la femelle long d'environ 4 millim. sur 2 de large, d'un ovale allongé plus ou moins convexe, de couleur jaune rougeâtre, entièrement saupoudré de la matière cireuse blanche sécrétée par des filières répandues sur toute sa surface, filières arrondies ou en forme de tubes tronqués. En outre, ebaque segment sur ses bords présente de très nombreuses filières produisant une sécrétion cireuse intense qui forme tout autour du corps des bâtonnets fragiles de grandeur variable, ceux de l'extrémité abdominale beaucoup plus longs, soutenus par des poils (fig. 2).

Quand l'insecte est plongé dans un liquide dissolvant la cire, tel que l'alcool ou l'étber, ces bâtonnets disparaissent et le corps devient instantanément comme le représente la fig. 3. Les antennes de buit articles, le troisième le plus long, sont d'un brun clair un peu orange ; les pattes, assez fortes, sont de même couleur ; le crochet, très arqué, a les quatre digitules peu développés. Les lobes latéraux de l'extrémité abdominale, outre de très nombreuses filières, portent ebacun un long poil avec trois autres plus petits. La larve, au sortir de l'œuf, a le corps plus allongé que l'insecte (fig. 1); ses antennes n'ont que six articles, dont le dernier est le plus long, les autres presque égaux ; la pubescence du corps est plus longue, les digitules des pattes beaucoup plus visibles, les filières très peu nombreuses et l'extrémité de l'abdomen éebancrée. Comme la jeune larve de la Pulvinaria vitis, elle rappelle les jeunes phylloxéras, mais le nombre des articles des antennes et l'écbancrure abdominale l'en distingueront facilement.

Le mâle (fig. 6) est très petit, d'autant plus microscopique que le corps, ayant à peine 1 millim. de long, est très étroit en proportion. La couleur est d'un jaune brun sur la tête et la partie postérieure du thorax. Celuici est jaune en avant, ainsi que la totalité de Y abdomen qui est allongé et tronqué à l'extrémité. Les segments de celui-ci sont garnis de deux à quatre filières sur les côtés et portent une rangée de poils espacés. Les lobes de l'extrémité sont munis de filières plus nombreuses et de quatre poils dont les deux plus grands, d'ordinaire garnis de matière cireuse blauche, constituent deux longs filets assez fragiles. Les deux ailes, très longues, dépassant de beaucoup l'abdomen, sont blancbes avec les nervures très peu marquées, les ailes inférieures sont réduites à deux très petits balanciers terminés par un crochet. Les pieds sont longs, assez densement couverts de poils, les digitules à peine visibles. La tête est arrondie, un peu avancée entre les antennes, avec quelques poils rares. Comme chez tous les mâles de cochenilles, le suçoir et les organes digestifs manquent. Les antennes, filiformes, sont de dix articles.

Les larves qui doivent produire des mâles restent très petites, très allongées et ont des antennes de sept articles seulement, la pubescence est plus faible que chez les larves femelles et les filières encore moins nombreuses. Elles se changent en nymphes d'un blanc sale, remarquables par leurs moignons d'ailes (fig. 5) et qui, avant de se transformer en mâles ailés, restent enfermés environ huit jours dans une loge formée d'un amas de filaments blancs entre deux nervures de la feuille. Cet insecte, spécial aux parties chaudes de l'Europe, se trouve dans toute la zone connue sous le nom de Région de l'olivier. Il vit sur le tronc, les bras, les sarments, le revers des feuilles et les fruits de la vigne, surtout daus les terrains un peu humides. Abondant parfois en automne, on le remarque souvent sur les raûes des raisins de table fraîchement cueillis, et pour l'aspect général nous ne pouvons mieux le comparer qu'à un petit cloporte enfariné. Il passe l'hiver sous les écorces de la souche et aussi enterré, fixé sur les grosses racines. D'après M. Signoret, l'espèce n'aurait qu'une seule génération par an. Nous pouvons affirmer qu'en Languedoc elle en a au moins deux '. A l'Ecole d'Agriculture de Montpellier, aidé de M. Ravaz, préparateur de Viticulture, nous avons élevé, sur une vigne en pots, de jeunes Dactylopius trouvés au mois de mai sous les écorces d'un pied d'Aramon, et fin juin nous avions des femelles pondant sous ies feuilles entre les nervures. De leurs œufs, qui ont mis une dizaine de jours à éclore, est sortie une nouvelle génération, adulteles premiersjours d'août et qui pondait à la fin du même mois. Les nymphes et les mâles n'ont pu être observés qu'alors, mais il est bien probable qu'ils nous avaient échappé à la première génération ; nous n'avons pas de raison pour croire, à la parthénogenèse chez cet insecte. Fwnagine. — Les attaques de la Cochenille de la vigne sont d'ordinaire suivies de la maladie du noir ou morphée, appelée le plus souvent fumag ine, quia été justement comparée à une couche de noir de fumée répandue sur les feuilles, les fruits et le bois. Elle attaque de nombreux arbres, tels que l'olivier, l'oranger, la vigue, etc., et d'habitude est la conséquence de la présence des cochenilles sur le végétal.

Cette maladie se manifeste par le développement d'une cryptogame de couleur noire connue sous le nom de Fumago 2, et qui végète spécialement à la surface des matières sucrées. « Le champignon, dit M. Prillieux3,

* Nous voyons cette seconde génération déjà observée à Béziers, en 1872, par M.Vinas (Voir la Note bibliographique). L'insecte, iuconnu à l'auteur, est suffisamment bien décrit pour qu'on puisse reconnaître le Uaclylopius vitis

2 Les Fumago appartiennent à diiïérentes espèces de champignons dont l'évolution est mal connue.

3 Bulletin du ministère de l'Agriculture, 1886.

est toujours absolument superficiel ; uon pas à la façon de l'oïdium de la vigne, qui, tout en s'étendantà la surface des feuilles et des raisins, plonge des suçoirs dans les cellules de l'épidémie aux dépens desquelles il vit et qu'il tue, mais comme le lierre ou comme les Orchidées, qui poussent sur les arbres sans jamais y enfoncer leurs racines. Le Flimago rampe sur Pépiderme et ne le perce pas ; il recouvre les feuilles d'une couebe opaque et continue qui met obstacle à l'accomplissement de leurs fonctions, mais il n'y puise rien. Vivant des substances qui sont déposées à la surface des feuilles, il peut végéter môme sur des matières inertes, comme on le voit à Cognac, où les murs des chais et même les édifices de la ville en sont parfois noircis. On peut cultiver dans des jus de fruits sucrés, comme l'a montré M. Zolf, le Fumago pris sur des feuilles vivantes couvertes de miellat, et il prend dans ces conditions un très puissant développement. » La miellée, qui par le fait d*une évaporation rapide se produit en été sur les feuilles de certains arbres, de même que les déjections sucrées lancées sous forme de brouillard par beaucoup de cochenilles sur tous les objets environnants, sont des milieux très favorables au développement du Fumago, et d'ordiLaire il est occasionné par cette dernière cause. La vigne atteinte depuis longtemps du Dactylopius présente donc les conditions voulues pour la végétation du champignon, et bien souvent la présence de l'insecte est ainsi révélée au loin.

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