‹ Les insectes de la vigneChapitre 6 sur 187 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

née, la vigne est taillée, fumée, labourée, irriguée, et même submergée. En lui donnant de l'eau, en la fumant, nous lui faisons pousser de gros bourgeons remplis de sève sucrée, portant des feuilles également riches en sucre, comme toutes celles des végétaux en voie de développement rapide '. Les tissus ne renferment ni huiles essentielles, ni alcaloïdes, ni acides en excès dont l'odeur ou la saveur puisse écarter les insectes étrangers au végétal. La feuille est très aqueuse, très peu lignifiée; le tissu en palissade sous-épidermique n'a qu'une seule couche, le tissu lacuneux l'est fortement; la feuille, en un mot, est très tendre. Le fait de cette préférence malheureuse accordée à la vigne parles insectes polyphages est ce que le Dr Laboulbène (Comptes rendus Acad. des Se, mai 1888) a très bien appelé V adaptation d'un parasite à un hâte plus favorable ou meilleur.

De plus, en labourant ou en piochant trois ou quatre fois dans l'année, nous fournissons un abri assuré et d'un accès facile à tous les insectes (et ils sont nombreux) dont les métamorphoses s'opèrent dans le sol. A ces conditions, si propres déjà à attirer et à multiplier les parasites, nous en ajoutons d'autres : nous faisons souvent de la vigne notre culture exclusive, nous arrachons les bois, les haies, les arbres isolés, les plantes basses qui poussent entre les souches. Nous forçons ainsi certains insectes qui sont polyphages 2 à se réfugier sur la vigne.

En ce qui concerne ces usages viticoles, sur lesquels nous reviendrons, usages qui d'insectes inoffensifs font parfois des ampélophages dangereux, il est a propos, croyons-nous, de mentionner ici une des observations intéressantes faites par nous à ce sujet.

Nous nous sommes assuré de la présence d'une grande quantité de sucre (glucose) dans les jeunes pousses de la vigne, au moyen du réactif ordinaire, la liqueur de Fehling (tartrate cupropotassique). Ces recherches ont été faites au laboratoire de botanique de la Faculté des Sciences de Montpellier. Après ébullition, le cuivre, réduit par le glucose, est, comme on le sait, précipité à l'état d'oxyde de cuivre sous forme de granulations amorphes de

1 Les accumulations de substances sucrées se forment chez les plantes dans le voisinage des régions qui doivent pren Ire ultérieurement un développement spécial (ovaire) ou près des organes en voie de développement (bourgeon). (G. Bonnier; Les Nectaires. Ann. des Se. nat , Bot., Ge série 1379, pag. 202.)

2 Polyphage, de nolxjç nombreux, et yaysïv manger.

INTRODUCTION'. Xt

couleur rouge. La réaction, très faible avec les feuilles adultes, a été au contraire très accentuée avec des tiges et des jeunes feuilles, aussi accentuée qu'avec des coupes pratiquées dans un nectaire de rose ou des bases de pétales de la même fleur.

Nous tenions à établir ce point de comparaison, car, à plusieurs reprises depuis trois ans, nous avons reçu de Provence, d'Algérie, de Corse et de l'île de Négrepont (Grèce) des cétoines envoyées comme insectes ampélophages et exerçant, dès la fin de mars, de très grands ravages sur les bourgeons. Ces Coléoptères, dont le type connu de tous est la Cétoine dorée, si commune sur les roses, passent pour vivre exclusivement sur les fleurs des Rosacées, des Crucifères, etc., broutant les parties riches en sucre. Les espèces envoyées comme ampélophages sont les Cetonia hirtella et stictici ; la première est commune tout autour de la Méditerranée. A défaut de fleurs à leur convenance, multipliés peut-être par les fumures (les larves de cétoines vivent de détritus), ces insectes se sont abattus sur de jeunes pousses de vignes leur offrant, comme composition chimique, une certaine analogie aVec leur nourriture habituelle. Déjà, au siècle dernier, le fait avait été signalé par un naturaliste d'outre-Rhin, Gmelin, qui avait rencontré abondamment la C. hirtella sur la vigne au bord du Volga '.

Nous avons personnellement fait sur cette même espèce une observation, intéressante en ce qu'elle prouve que certaines cétoines vont chercher leur nourriture sucrée partout où elles peuvent la trouver. Dans un voyage récent dans le Sahara tunisien, il nous est arrivé plusieurs fois de trouver sous les déjections de nos chevaux des C. hirtella occupées à manger des grains d'orge dont sans doute l'amidon avait été en partie changé en sucre par la digestion. Vivant dans des pays où il n'y a ni fleurs ni feuilles tendres à brouter, ces insectes, toujours floricoles en France, deviennent coprophages 2 dans le désert, comme ailleurs ils deviennent ampélophages.

Nous pourrions multiplier ces exemples à'ampélophagie accidentelle ; mais ici un seul suffit pour que nous ayons été compris du lecteur. Nous aurons du reste l'occasion de revenir sur ce sujet.

En ce qui concerne l'envahissement extraordinaire des vignes,

' Gmelin ; Systema nalurx Linnœi, editio XIII, 1788. 1 Copropliage, de v.onf>o; tiente, et çpayîîv manger.

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