II. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE
La Pyrale à l'état parfait est un petit papillon aux ailes d'ordinaire repliées sur l'abdomen et en forme de ebape.
Le corps est long de 11 à 15 millim.,de l'extrémité antérieure des palpes a l'extrémité postérieure des ailes ; la couleur est jaunâtre plus ou moins dorée. L'envergure des ailes déployées est d'environ 20 à 24 million (fig. 43).
La tête, d'un jaune fauve, est surtout remarquable par ses deux palpes labiaux renflés au milieu, formant en avant comme deux pointes parallèles, longues d'environ 2 à 3 millim.; les antennes, iiliformes, sont jaunes, garnies de poils blonds et à petites écailles noirâtres, composées de 50 à 60 articles. L'insecte ne mangeant pas, la trompe est courte et, déroulée, ne dépasse pas 1 millim. et demi. Les Fig. 43. — Papillon yeux, grands, hémisphériques, composés, comme de la Pyrale.
chez les autres Lépidoptères, de nombreuses facettes hexagonales, sont verts quand l'insecte est en vie, noirs après la mort.
Le thorax, d'un jaune doré, est convexe, couvert d'une épaisse fourrure d'écaillés terminées par deux pointes allongées en forme de poils, cachant complètement les sutures des trois segments thoraciques.
Les ailes antérieures sont jaunes, rouueâtres, souvent avec des reflets
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dorés, parfois verdâtres ou couleur paille, avec une tache à la suture, près de leur base, et trois bandes transversales brunes à reflets dorés ou ferrugineux: les deux premières fortement obliques ; les deux secondes moins obliques, très larges sur les bords; la troisième, celle de l'extrémité, presque droite. Cette tache et ces bandes sont plus accentuées chez les mâles que chez les femelles. Chez ces dernières, elles disparaissent souvent; les ailes sont alors d'une même teinte. Les ailes postérieures sont d'un gris uniforme plus ou moins doré. A la base de ces ailes, se trouve le frein, dont nous avons parlé à propos des caractères généraux des Lépidoptères. C'est, chez la Pyrale, un fort crin inséré à la base de la première nervure et venant s'engager dans un petit tube fixé à la base de l'aile supérieure.
Les pattes, longues, velues, sont d'un jaune gris.
L'abdomen, caché sous les ailes, de même teinte que le thorax, est composé de sept anneaux distincts.
Ce papillon commence à éclore les premiers jours de juillet, un peu plus tôt, un peu plus tard, suivant les régions ; au bout de vingt à vingt-cinq jours, toutes les éclosions sont terminées, et c'est dans les vignes les plus hâtives que se voient les papillons les plus précoces. L'insecte, ne mangeant pas, ne vit guère au delà de quinze jours, et, s'il trouve à s'accoupler de suite, il meurt aussitôt l'accouplement et la ponte accomplis. Le vol est court, dix mètres au plus ; l'insecte part d'un cep pour aller se poser sur un autre. C'est au coucher du soleil que les papillons volent en plus grand nombre, et ils ne reprennent leur immobilité que lorsque la nuit est close. Le matin, au crépuscule, le vol recommence et cesse peu après le lever du soleil. Il va sans dire que par un temps couvert il n'est pas rare de voir des papillons voler en plein jour, surtout lorsqu'ils sont dérangés, mais jamais au soleil. En cas de vent, l'insecte reste jour et nuit dans une immobilité complète, cramponné aux feuilles et aux tiges, et c'est à peine si dans cette circonstance on peut en apercevoir quelques-uns, môme à l'époque de la plus forte éclosion.
L'accouplement, qui a lieu sur les feuilles de la vigne, dure parfois vingtquatre heures. Les deux insectes se tiennent bout à bout, la tète dirigée à l'opposé l'un de l'autre, les ailes du mâle recouvrant en partie celles de la femelle; parfois cependant celles de la femelle s'appliquent sur celles du mâle.
Ponte et éclosion des œufs. — C'est toujours à la face supérieure des feuilles que les femelles déposent leurs œufs. Ceux-ci sont pondus en une seule masse en forme de plaque, et l'insecte les dépose non pas en avançant, mais en reculant, les protégeant ainsi de son corps pendant les premiers
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instants. Un liquide agglutinant fixe les œufs sur la feuille; ils sont disposés par rangée, se recouvrant un peu les uns les autres comme les tuiles d'un toit. Lorsque La dernière rangée est déposée, la femelle emploie plusieurs secondes à les recouvrir de la matière agglutinante, puis elle reste sur les amfs deux, ou trois minutes avant de s'envoler. Dix minutes environ s'écoulent entre le dépôt du premier œuf et le départ de l'insecte. Ce délai, du reste, dépend du nombre d'oeufs pondus. Audouin a compté dans les plaques, depuis une douzaine d'œufs seulement jusqu'à 150 ou 200 ; mais la moyenne en renferme de 50 à GO. Ces plaques sont rondes ou ovales, parfois irrégulières.
Les œufs sont d'une forme ovalaire un peu comprimée, d'une longueur de 1 millim. ou un peu moins, et leur couleur se modifie de la ponte à l'éclosion. Ils sont d'abord d'un vert pomme tendre, puis passant insensiblement au vert jaunâtre et de là au jaune, pour devenir ensuite bruns, enfin d'un gris noirâtre; alors réclusion approche, et après celle-ci les œufs deviennent blancs.
L'éclosion se fait en général au bout d'une dizaine de jours, quelquefois un peu moins, mais souvent davantage ; Audouin a constaté jusqu'à seize jours. L'abbé Roberjot (1787), qui le premier a observé que les œufs ne passaient pas l'hiver, a parlé d'une vingtaine de jours. Ce délai doit dépendre de la température et de l'état hygrométrique de l'air. Audouin dit avoir hâté l'éclosion en soumettant les pontes à une température de 36° dans une serre humide où les feuilles étaient entassées. On peut du reste, quand on aperçoit par transparence la tète de la petite chenille, en hâter la sortie en soufflant sur les œufs. A peine, dit Audouin, le souffle chaud et humide s'est-il fait sentir, que bientôt on distingue à la loupe, dans l'intérieur de l'œuf, la petite chenille qui se meut lentement ; on voit alors la tête se dresser et les mandibules ratisser l'enveloppe jusqu'à ce qu'elle se rompe.
Cette facilité apportée à l'éclosion par la chaleur humide contribue à expliquer la plus grande abondance de la Pyrale dans les bas-fonds que sur les hauteurs. L'air, plus calme le soir dans les mêmes endroits, facilite aussi beaucoup les allées et venues des papillons. Ceux-ci paraissant en juillet, l'éclosion des œufs a donc lieu en août.
Le nombre des plaques d'œufs sur une même feuille est plus ou moins grand: quelquefois il n'y en a qu'une ou deux, parfois aussi quatre, cinq et jusqu'à dix ou douze. En 1837, à Saint-Lager, dans le Beaujolais, Audouin a calculé que certains ceps portaient plus de 3,000 œufs.
La Pyrale préfère la vigne à tous les autres végétaux, mais elle est polyphage. Audouin adonné aux chenilles des feuilles de frêne, de ronce, d'althéa, de fraisier, de luzerne, qu'elles mangeaient fort bien. M. Paris
[Bail. Soc. ent. de France, 1862, pag. 19) dit avoir trouvé l'espèce en Champagne, mangeant les divers chardons qui poussent dans les vignes. Les pontes sont parfois déposées sur toutes les plantes à la portée de l'insecte : aubépine, églantier, liseron, etc., et, d'après Audouin, des pontes trouvées par Scbiffermuller sur le Stachys Gerrnanica ont sans doute contribué à faire considérer pendant longtemps les deux noms de vitana et Pilleriana comme s'appliquant à deux espèces différentes.
La chenille. — Au sortir de l'œuf, les chenilles de Pyrale ont de 1 millim . et demi â 2 millim. de longueur. La tète et le premier anneau sont d'an noir brillant; tout le reste du corps est d'un jaune verdâtre et couvert de poils de même couleur. Les chenilles adultes (fig. 44) atteignent de 2 centim. et demi à 3 centim. de longueur. Elles sont alors verdàtres en dessus, d."un vert jaunâtre sur les côtés et quelquefois même d'un jaune assez vif; mais il y a des variations. Ainsi, le dessous du corps, souvent entièrement vert clair, est quelquefois orné de bandes longitudinales d'un jaune verdâtre ou grisâtre. Sur le dos se voient de très petites taches punctiformes blanches et verdàtres donnant naissance a un poil d'un vert sale ou roussâtre. La tète est toujours plus ou moins noire, mais le premier segment tboracique est parfois roux avec le bord antérieur plus clair. Les Fig. 44.— Chenille côtés du corps, généralement verts, sont tantôt de nuance e a Pyra e. c]airej tantôt grisâtre, tantôt jaunâtre; le dessous est souvent nuancé de gris, de vert et de jaune, toujours d'un ton moins foncé que le dessus.
Les chenilles, aussitôt écloses, se dispersent sur les feuilles et cherchent immédiatement un abri. Ce rfest qu'au printemps que, sortant de leur retraite, elles commenceront leurs ravages. Leur taille, qui ne varie pas jusqu'au mois d'avril suivant, prouve qu'elles ne prennent aucune nourriture en automne. Après s'être placées sur le bord d'une feuille, elles se laissent tomber, soutenues par un long fil soyeux, et, balancées parle vent, atteignent bientôt le bois de la vigne, sous les écorces de laquelle elles se réfugient. Les bras de la souche sont choisis de préférence au tronc, surtout les parties coudées et par cela même abritées. Dans les pays où l'on emploie des échalas ou des piquets pour soutenir les cordons, les fissures de ces supporls servent aussi de refuge à beaucoup de chenilles.
Une fois abritée, la petite larve se file un cocon de soie blanche, long de 3 à 4 millim., en ellipse allongée. C'est dans cet étroit fourreau qu'elle restera blottie pendant tout l'automne et tout l'hiver, vivant ^ainsi pendant
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neuf mois sur ses réserves physiologiques, jusqu'à ce que, le soleil d'avril ayant l'ait épanouir les bourgeons, elle sorte de son sommeil léthargique et monte vers les feuilles.
L'insecte ne mangeant pas à l'état déjeune chenille, ne mangeant pas non plus sous forme de chrysalide et de papillon, on conçoit qu'il faut qu'en moins de deux mois, sous forme de grosse chenille, il absorbe assez de feuilles pour les dix autres mois de son existence. De là sa voracité, et, étant donnée sa fécondité, les ravages rapides qui en sont la conséquence.
Les chenilles de la Pyrale quittent les écorces ouïes fentes d'échalas dans la seconde quinzaine d'avril ou la première de mai, suivant les climats, suivant aussi la précocité ou le retard de la chaleur. Dès qu'elles ont gagné les extrémités des pousses, leur premier soin est de tendre des fils et de rapprocher autant que possible les feuilles et les petites grappes qui constituent le bourgeon. Jamais, dit Audouin, pendant toute la durée de leur vie, les chenilles ne commencent à manger sans s'être mises ainsi à l'abri dans l'espèce de fourreau qu'elles se filent. C'est en vain qu'on essaye de leur faire prendre leur nourriture hors de ce fourreau, et lorsqu'elles sont obligées de le quitter, soit parce qu'elles ont été inquiétées, soit parce qu'il ne leur offre plus de nourriture, leur premier soin est de se construire un nouvel abri.
Lorsque les feuilles commencent à se développer et que les petites c/ienilles ont atteint une longueur d'environ 1 centim., elles quittent l'extrémité des pousses et descendent au milieu des grandes feuilles et des grappes. Là, elles recommencent à travailler, et, le champ étant plus vaste, l'ouvrage devient aussi plus compliqué. Se plaçant sur une feuille qui doit faire partie de son nid, englobant dans sa nouvelle demeure, soit une autre feuille, soit une grappe voisine (PI. II, fig. 4 et 5), h chenille jette des deux côtés de son corps des fils étroitemeut bridés et entre-croisés de manière à former audessus d'elle une espèce de plafond surbaissé ; puis elle grimpe sur celte toile pour aller construire un second étage à sa demeure. Lorsque la nouvelle trame est assez épaisse, elle détruit avec ses mandibules les premières brides devenues inutiles et rend ainsi sa demeure spacieuse. Enfin elle tapisse de fils la portion de la surface de la feuille qui constitue le plancher de sa loge.
Ce travail exige quelques heures, et il est bien rare que la chenille l'abandonne avant qu'il soit complètement terminé.
Le dommage causé à la vigne peut être attribué autant à la construction des fourreaux qu'à la voracité des chenilles. Les innombrables fils jetés dans toutes les directions entravent eu effet la végétation, arrêtent la floraison et la fructification des grappes qui se trouvent englobées. Ces enchevêtrements de grappes, de feuilles et de vrilles offrent l'aspect de désolation si particulier aux vignobles envahis par la Pyrale (PI. II).
Les chenilles préfèrent les feuilles aux grappes ; mais elles mangent souvent ces dernières, les attaquant d'abord par le pédoncule. Les grappes alors se fanent, comme du reste les feuilles, attaquées souvent aussi par le pétiole ; pour peu qu'il pleuve, la fermentation se produit dans le fourreau et l'insecte le quitte pour aller en former un autre, ce qui augmente d'autant les dégâts. C'est surtout le matin et le soir que le ravageur est dans toute son activité, et l'on assure, dit Audouin, que le soir, par un temps calme, comme dans les magnaneries au moment des repas, on peut entendre le bruit que les chenilles font en mangeant.
Chaque larve se construit un fourreau pour son propre compte; mais il arrive qu'une même feuille est utilisée par plusieurs chenilles; de sorte qu'on a pu dire que les Pyrales vivaient en société dans la même loge. Le cas se présente lorsque les larves sont nombreuses sur une même souche; encore chacune d'elles a-t-elle son petit fourreau séparé (PI. II, Pig. 4) pour y opérer tranquillement ses mues. La Pyrale à l'état de chenille, comme le Bo?nbyx du mûrier, comme du reste toutes les larves d'insectes, est soumise en effet à des changements de peau qui, au nombre de quatre chez notre espèce, se succèdent pendant les quarante-cinq à cinquante jours d'existence larvaire. La période d'une mue à l'autre est de dix a douze jours, y compris le temps de crise qui précède chacune de ces mues. Une fois celles-ci opérées, revêtue d'une livrée plus belle que la précédente, la chenille recommence ses ravages jusqu'à ce que, huit jours environ après le quatrième changement de peau, elle cesse de manger pour se transformer bientôt en nymphe.
La chrysalide. — Quand le moment de la métamorphose est arrivé, c'est-à-dire seconde quinzaine de juin environ, les chenilles vont chercher un abri dans les feuilles desséchées et entrelacées de iils qui ont constitué les fourreaux d'habitation. Si les vignes n'ont pas été fortement ravagées et que les chenilles n'y trouvent pas de nids convenables, elles s'en font de nouveaux en incisant avec leurs mandibules les pétioles de quelques feuilles qui ne tardent pas à se faner et qui, desséchées et réunies par des fils à d'autres feuilles ou à des grappes (fig. 5 et G), leur permettent de s'y mettre à l'abri.
La chenille adulte, blot'.ie dans son réduit, ne prend plus aucune nourriture et sa transformation a lieu au bout de deux ou trois jours. De suite après cette métamorphose, la chrysalide est d'un vert jaunâtre, qui ne tarde pas à devenir de plus en plus foncé, et au bout de quelques heures l'insecte est entièrement rembruni.
Renfermée dans l'intérieur du dernier étui de soie que la chenille a filé avant sa transformation, libre quelquefois au milieu des nombreux fils
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tendus dans le fourreau, la chrysalide, dépouillée de la peau de larve puises mouvements, s'y trouve soutenue par les épines recourbées qui garnissent l'extrémité postérieure de son corps. Ces crochets, au nombre de huit, quatre à l'extrémité du dernier segment et deux de chaque côté, s'accrochent dans les fils qui entourent l'insecte, et le maintiennent en place malgré les secousses occasionnées par le vent.
A part cet appareil fixateur, la chrysalide est remarquable par la double rangée d'épines qui garnissent la partie dorsale de ses anneaux abdominaux. Sa longueur est d'environ 12 à 14 millim. sur une largeur maximum de 3 millim.; sa forme est donc relativement allongée. Sa couleur définitive est d'un brun rouge, plus foncé sur l'abdomen.
La transformation en insecte parfait a lieu environ quinze jours après la métamorphose en chrysalide. Audouin a observé des éclosions au bout de douze jours, d'autres au bout de dix-huit jours seulement. Au moment de l'éclosion, la peau de la chrysalide se fend sur les parties latérales, aux sutures formées par les éniinences des ailes et des antennes. Le papillon dégage d'abord ses pattes, ensuite sa tète, et finit par sortir entièrement de la dépouille de la chrysalide. Celle-ci, souvent entraînée hors du fourreau par les efforts que fait le papillon pour s'en dégager, reste parfois suspendue extérieurement par son extrémité (Pi. II ,fig. 9).
L'éclosion se faisant le matin, l'insecte, suffisamment raffermi par une journée de repos, prend son vol dès le premier soir, cherche de suite à s'accoupler, et, la poute opérée, le cycle recommence.