‹ Les insectes de la vigneChapitre 76 sur 187 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le grand genre Noclua de Linné, composé aujourd'hui d'envirou deux mille espèces décrites, parfaitement distinctes, est devenu dans les classifications modernes la Camille des Noctuides. Ce groupe a été divisé en un grand nombre de genres, dont l'un surtout [Âgrotis] renferme des espèces polyphages, vivant de racines et de feuilles et devenant certaines années des ampélophages dangereux.

Les Noctuelles à l'état de papillon sont caractérisées par une taille moyenne, des formes courtes, une trompe bien développée enroulée sur elle-même entre deux palpes comprimés, des antennes en forme de soies ciliées ou pectinées chez les mâles, un corps couvert de longues écailles ressemblant à des poils, un thorax arrondi et un abdomen pointu offrant souvent des bouquets de poils en forme de crêtes. Les ailes repliées en forme de chape le long du corps ou plus ou moins aplaties, les supérieures toujours plus foncées que les inférieures portent d'ordinaire deux taches ou macules, la tache orbiculaire et la tache rêniforme. Les ailes inférieures, d'habitude plus claires, sont parfois ornées de couleurs vives.

Les mouvements, nuls ou à peu près pendant le repos, sont très vifs le soir, une ou deux heures avant le coueber du soleil. On voit alors les Noctuelles voler avec rapidité, butinant sur les (leurs, sans jamais se poser.

Les chenilles (fig. 49), souvent nues, luisantes, de couleur grise, parfois ocreuse ou verdâ- Ire, avec des lignes longitudinales plus claires, s'enroulent en rond et restent immobiles dès Fig. 49. — Chenille de qu'on les touche ; parfois au contraire elles se

Noctuelle ou ver gns. détendent brusquement pour s'enrouler en sens contraire. Elles sont connues de nos vignerons sous le nom de ver gris.

La plupart, nées à la fin de l'été et n'ayant pris que la moitié de leur accroissement à l'arrivée des froids, passent l'hiver enterrées à 10 ou 15 centim. clans le sol, demeurant engourdies si la température est basse, ou mangeant des racines si le temps est doux. Au printemps, elles sortent, se

nourrissent des plantes qui croissent entre les souches, surtout des composées dont elles mangent la racine et les feuilles, et, aussitôt le premier binage opéré, faute d'autre nourriture, se rabattent sur la vigne. D'autres, adultes en automne, passent l'hiver à l'état de nymphes, sont papillons en avril, et des œufs que ceux-ci ont pondus sortent les chenilles, qui prennent tout leur accroissement avant l'hiver.

Ces vers gris sont nocturnes; le jour on n'en voit aucun , ils sont cachés à une faible profondeur dans la terre d'habitude soigneusement binée dans les vignes, et on ne s'aperçoit de leur présence qu'aux ravages opérés sur les pousses. Les plus grands se constatent en avril et mai, et, comme il est facile de le comprendre, mieux la vigne est tenue, plus ils sont considérables.

Première quiuzaine de juin, l'ennemi disparaît. Ils'estenfoncéà20cenlim. environ dans le sol, parfois moins profondément; si on le poursuit dans sa retraite, on le trouve enfermé dans une coque terreuse unie à l'intérieur, formée d'une couche de 1 millim. environ d'épaisseur de terre gâcbéeavec de la salive, dans laquelle il se transforme en chrysalide. Dans les nombreux élevages faits par nous en Languedoc, nous n'avons jamais trouvé de brins de soie mélangés à la terre, comme l'indiquent certains auteurs.

Toutes les Noctuelles attaquant sérieusement la vigne appartiennent à la sous-famille ou tribu des Agrotines et peuvent être ramenées au genre Agrotis, reconnaissable aux caractères suivants: Une têteel un thorax revêtus de poils serrés, sans crête longitudinale sur le thorax, des yeux nus et sans cils, des palpes redressés et terminés par un dernier article infléchi, un abdomen dépourvu de huppes, fréquemment large et aplati, des cuisses velues à la partie inférieure, des tibias moyens et postérieurs armés d'éperons. Ajoutons à cela des ailes placées l'une au-dessus de l'autre horizontalement pendant le repos, et le mouvement de trémulatiou imprimé aux ailes quand l'insecte est dérangé pendant le jour, ce qui le fait se déplacer comme s'il marchait sur le sol.

Nous sommes persuadé que plus de la moitié des Agrotis peuvent à l'occasion devenir ampélophages, et nommer toutes les espèces mentionnées accidentellement comme telles, serait grossir inutilement la liste. Nous nous bornons donc à citer les plus fréquemment signalées dans les diverses régions viticoles de la France ; cette liste peut ainsi être réduite aux huit espèces suivantes : Agrotis tritici, aquilina, obelisca, obesa. crassa, segetuni, exclamationis etpronuba.

Les quatre dernières sont de beaucoup les plus communes dans les vignes et seules seront décrites avec détails.

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