I. — Noctuelle épaisse (Agrotis crassa Linné
Cette Noctuelle, moins abondante que les trois autres dans la région de l'olivier, est signalée spécialement par M. André comme répandue en Bourgogne. Audouin et Dunal la citent aussi parmi les plus nuisibles à la vigne. C'est une des grandes espèces du genre.
Le papillon a 25 millim. de long, les ailes fermées, et de 40 à 45 d'envergure; les ailes antérieures, d'un gris roussâtre plus foncé chez la femelle que cbez le mâle, sont traversées par trois lignes blanchâtres anguleuses, bordées de noir ; les deux premières renferment les taches ordinaires, qui sont brunes, entourées de noir, et une petite tache en chevron entièrement noire; la troisième ligne, située près de l'extrémité des ailes, adhère à des traits noirs en forme de fer de flèche. Dans le mâle, les ailes postérieures sont blanches avec une ligne noire le long du bord frangé; dans la femelle, elles sont grisâtres avec une large bordure obscure. La tête et le thorax sont de la même nuance que les ailes antérieures avec une ligne noire transversale en forme de collier. Les antennes, d'un jaune testacé, sont pectinées chez le mâle et simples chez la femelle. L'abdomen est d'un gris pâle avec les derniers segments bordés de brun.
La chenille adulte est longue de 4 â 5 centim. (6g. 49). Tout son corps est gris plus ou moins nuancé de brun ou de verdâlre, elle a une double raie longitudinale sur le dos et une ligne de chaque côté de couleur noire; chaque anueau porte en outre une douzaine de points noirs groupés sur le dos et les parties latérales, la tête est fauve avec deux petites lignes noires. C'est surtout en mai qu'elle exerce ses ravages.
La chrysalide, ovoïde, terminée en pointe, est d'un brun foncé. La coque terreuse pratiquée dans le sol, dans laquelle on la trouve enfermée et que nous n'avons pas observée personnellement, est, d'après Audouin, tapissée de quelques fils de soie.
IL — Noctuelle des moissons [Agrotis segetum
Sghiffermuller).
Cette Noctuelle est une des plus répandues ; signalée dans touie l'Europe, on la trouve également dans l'Asie du Nord, Sibérie, Chine et Japon et jusqu'aux Etats-Unis. Sa chenille est une des plus nuisibles à l'agriculture en général ; elle attaque les céréales, comme son nom l'indique, les plantes potagères les plus diverses, compromet quelquefois la récolte des betteraves et bien souvent exerce de graves dégâts sur la vigne.
Le papillon (fig. 50) a environ 30 à 35 millim. d'envergure. Ses ailes
supérieures sont d'un gris brunâtre sombre, enfumées de noirâtre avec trois
lignes ondulées transversales brunes plus
ou moins fondues dans la teinte générale.
La tache réni forme, dont nous avons
parlé dans les caractères généraux des
Noctuides, est d'un brun noirâtre ainsi
que l'extrémité de la bordure. Les ailes
inférieures, blanches dans le mâle, sont n. rn XT ,, ,
' Fig. a(). — Noctuelle des moissons
d un blanc enlumé chez la femelle pnn- grandeur naturelle.
cipalement sur les nervures.
La chenille, quand elle est jeune, est d'un gris plus ou moins pâle avec trois lignes blanchâtres parallèles, dont une dorsale. A l'âge adulte, ces lignes sont bien moins visibles ; l'insecte est d'un gris terreux ardoisé, avec les côtés plus pâles que le dos, sans que souvent la ligne de démarcation soit bien tranchée. La tête est noirâtre ainsi que les six pattes écailleuses. Les pattes membraneuses, ou fausses-pattes, au nombre de dix, qui, lorsque la chenille était jeune, étaient munies d'une demi-couronne de petits crochets, perdent une grande partie de ceux-ci à la dernière mue, de sorte que ce ver gris, assez mauvais grimpeur, attaque surtout les vignes basses, et ne les atteindrait presque pas si l'on avait soin de laisser de distance en distance, entre les souches, une bande de terrain garnie de ses mauvaises herbes. Comme toutes les chenilles d' 'Agrotis, celle-ci est enterrée pendant le jour et sort la nuit pour se nourrir. Née pendant l'été, elle arrive à l'hiver déjà grosse, s'abrite dans le sol pendant les froids, et, mangeant de nouveau au printemps, elle est adulte en mai.
La chrysalide, que l'on trouve dans le sol enfermée dans le cocon de terre dont nous avons parlé, est d'un brun ferrugineux brillant, les segments abdominaux sont dépourvus d'épines.
De juin à août paraît le papillon. Le jour, il reste caché dans lesherbes, sous les feuilles, les écorces fissurées des souebes et un peu avant le coucher du soleil il va butiner sur les trèfles, les luzernes, etc.
Cette Noctuelle est en somme plus commune dans le nord que dans le midi de l'Europe ; mais dans la région de l'olivier elle abonde cependant dans les terres meubles, où sa chenille peut facilement s'enfoncer. Dans les sols argileux ou marneux, compacts, elle est remplacée par l'espèce suivante.
250 LUS NOCTUELLES NUISII3I.ES A LA VlflNE.
NI. — Noctuelle point d'exclamation (Agrotis exclamations
Linné).
Cette espèce, qui tire son nom de la disposition des taches sur les ailes, est, d'après Boisduval [Entomologie horticole. Paris, 1807), commune dans l'Europe du Nord, en Angleterre et en Suède, où elle fait de grands ravages dans les champs des diverses crucifères cultivées, telles que les raves, les choux, les colzas, etc. C'est cependant celle qui dans la région de l'olivier est le plus souvent signalée sur la vigne. Huit fois sur dix sa chenille est le ver gris qui nous est soumis par les vignerons de l'Hérault de l'Aude et du Gard. Nous l'avons reçue également des environs d'Avignon. Dans les terres argileuses, compactes, c'est à peu près la seule que l'on rencontre en grande quantité dans toutes les cultures.
Le papillon, long de 20 à 22 millim., ayant environ 35 à iO millim. d'envergure, a le thorax d'un gris pâle à reflets un peu violâtres ou rosés.
Les ailes supérieures sont de la couleur du thorax, marquées de taches pâles et hrunes avec trois raies transversales sinueuses, très peu marquées parfois, dont celle du milieu offre sur son côté externe une tache noire en forme de coin que l'on a comparée à un point d'exclamation. La tache ronde est parfois brune, parfois blanchâtre avec un point brun au milieu, la tache réniforme brune ou grisâtre, parfois claire, mais toujours bien marquée; le bout de l'aile est bordé par une petite bande brunâtre lisérée intérieurement par une petite raie sinuée, plus pâle que le fond. Les ailes inférieures, blanches chez le mâle, sont plus ou moins enfumées chez la femelle.
La chenille adulte a 40 millim. de long ; elle est de couleur lilas sombre avec un large espace sur le dosocreuxet brillant dont les bords sont limités par une double ligne brune. Les côtés sont d'un vert blanchâtre pâle, la tête est noirâtre ; les mâchoires, les yeux, deux lignes obliques à la base et un point entre elles, sont noirs ainsi que les neuf stigmates. Le premier segment thoracique est corné et taché de noirâtre en dessus, les autres segments ont quatre tubercules sur le dos et plusieurs autres sur les côtés, tous portant un poil. Les six pattes articulées sont couleur d'ocre avec les ongles noirs et les dix pattes membraneuses brunes à l'extrémité.
La chrysalide, que l'on trouve eu juin dans la terre, est d'un brun roux, brillant. La coque, en forme d'ellipse, où elle est enfermée, semble faite de plusieurs morceaux ou manchons de terre très courts, ajoutés les uns aux autres, quatre à cinq par loge. Ces solutions de continuité, visibles parfois
môme à L'extérieur, semblent indiquer que La chenille s'est interrompue plusieurs fois dans sou travail de crépissage. Pas plus que chez YAgrotis segetum, nous n'avons observé de brins de soie dans les coques.
Le papillon parait en juillet, août et mèoie eu septembre, suivant que la chenille s'est chrysalidée plus ou moins tôt. Ou trouve encore en effet quelques chenilles [tendant les mois de juin et de juillet. Les œufs de ces retardataires produisent les petites chenilles que l'on rencontre en biver et au printemps mélangées à celles de taille moyenne.
La Noctuelle point dy exclamation est de beaucoup la plus ampélophage du genre, et les dommages graves, parfois désastreux, qui de temps en temps sont signalés comme causés par le ver gris dans les plaines de l'Hérault et de l'Aude sont toujours occasionnés par elle. Plus rarement que cbez l'espèce précédente, la demi-couronne de crochets des fausses pattes disparût à la dernière mue, de sorte qu'un seul de ces insectes resté bon grimpeur au moment de l'énorme consommation de feuilles qui précède la nymphose, fait, pour sa part, plus de dégâts nocturnes que dix chenilles de Noctuelles des moissons, qui, ne pouvant plus monter sur les souches au moment de la fringale, broutent les plantes basses ou les racines.
Les chenilles de Noctuelles sont difficiles à élever en captivité ; elles meurent de la flacherie, cette maladie des voies digestives qui fait tant de ravages dans les magnaneries. Malgré cela, eu multipliant les petites éducations séparées, sous cloche de toile métallique et en plein air, on arrive à obtenir un certain nombre de coques et de chrysalides. Une fois dans cet état, l'insecte est sauvé et l'on a le papillon au bout d'un mois.
La chenille est, nous l'avons dit, omnivore. Nous l'avons nourrie avec des feuilles de laitue, de radis, de chou et de vigne. Elle se tient le jour enterrée à un pouce à peine de profondeur, juste ce qu'il faut pour qu'elle puisse être dans l'obscurité. Elle sort vers 9 heures du soir. Souvent elle se sert de son trou de sortie pour rentrer après le repas dans l'espèce de loge que peu à peu elle a formée par la pression de son corps et où elle se tient roulée en demi-cercle. Elle passe toujours de préférence parles ouvertures pratiquées, fissures entre les mottes de terre ou autres. Si le paquet de feuilles qu'on lui donne à manger est épais, elle se contente souvent de s'abriter dessous; en un mot, elle n'aime pas à creuser, étant fort mal outillée pour cela. Au point de vue de la lutte à entreprendre contre ce ravageur nocturne, ces derniers détails ne sont pas indifférents.
En liberté, l'insecte monte sur les souches pendant la nuit, broute les feuilles les plus tendres et les grappes non ûeurics, opérant ainsi un pincement désastreux, et, ce qui est encore plus grave, il entaille la tige verte du jeune pampre qui, se cassant au moindre vent, pend le matin à demi flétri
ou tombe même au pied de la souche. Que de fois nous avons vu au mois de mai, aux environs de Narbonne surtout, les ceps entièrement dépouillés de leur feuillage naissant, et cela sur des hectares ! Il y a jusqu'à dix, vingt, trente chenilles par souche, et le mal va crescendo jusqu'à ce qu'interviennent les espèces parasites, mouches à deux ou à quatre ailes, qui rétablissent l'équilibre.