INTRODUCTION. XV
pensé ou observé ; mais ces suppléments n'avaient, dans l'intention de l'auteur et dans l'esprit des lecteurs, ni le même poids ni la môme autorité que le reste de l'ouvrage. On faisait bien peu de cas de toute proposition, de toute remarque à la suite de laquelle on ne pouvait ajouter : ut ait Aristoteles, ut ait Plinius, ut ait Hippocrates. Heureusement, pour les progrès de l'histoire naturelle, que le grand nombre de productions nouvelles importées en Europe des contrées récemment découvertes à la fin du xve et au commencement du xvie siècle ouvrirent bientôt les yeux sur l'insuffisance des ouvrages des anciens. On s'aperçut que la plupart des objets qu'on avait occasion d'observer leur avaient été inconnus. Pour ce qui concerne les insectes particulièrement, il fut facile de s'apercevoir que les anciens n'avaient traité que d'un petit nombre, fort inexactement. Dès lors, on cessa de s'occuper de ce qu'ils avaient écrit, on se livra exclusivement à l'étude de la nature, et la science prit aussitôt un nouvel essor. »
La Maison rustique, de Ch. Estienne et Liebault, est de 1554. Après avoir parlé des petits ennemis du vigneron, ces auteurs ajoutent : « Les chenilles et poux, n'austres bestelettes ne gasteront le bourgeon ne la feuille de vigne, si la serpe de laquelle l'on eslaguera et taillera est oinste avec sang de bouc ou graisse d'asne ou d'ours, ou d'huile où auront bouilli les chenilles, ou ail pilez, etc. » On voit, par cette citation, que la science à la manière de Pline n'avait pas dit son dernier mot aune époque relativement récente.
Aldrovande, dans son traité De animalibus insectis (1602), s'étend assez longuement sur les parasites de la vigne, et, selon Vallot, qui a consacré un long paragraphe à cet auteur, celui-ci, parle mot Cantharis, désigne plusieurs coléoptères ; ce qu'il nomme Ips serait un coupe-bourgeons, peut-être un Otiorhynchus ; quant au Taglindizzo, sa neuvième cantharis, qui est grossièrement figuré, mais reconnaissable, c'est le rhynchite, ou attelabe. Olivier de Serres a très bien décrit le rhynchite, qu'il appelle Coigniau.
Au xvn' siècle, Olivier de Serres restait l'oracle ; on se contentait de ce qu'avait dit le Père de l'Agriculture dans son Théâtre d'Agriculture et mesnage des champs, publié en 1604. En 1732, dans son Spectacle de la Nature, tom. II, pag. 353, Pluche cite plusieurs ennemis de la vigne ; mais la confusion est telle dans son livre entre ceux qui roulent les feuilles, piquent les fruits ou filent des toiles, que le gribouri et le rhynchite seuls se distinguent nette-