‹ Les insectes de la vigneChapitre 98 sur 187 · DEGATS · texte numérisé non relu

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h'E. Bitterensis est au contraire un des plus grands ravageurs de vignes du Bas-Languedoc. Il fait exception à la règle générale, qui dit le gros insecte moins dangereux que le petit, et les nombreux mémoires qui depuis Dunal 3 ont parlé, sous le nom de E. vitium, des porte-selles nuisibles aux vignes en Languedoc, ont certainement voulu désigner notre insecte. La bonne figure coloriée donnée par Dunal (1838) ne laisse aucun doute à cet égard .

' Marquet ; Orthoptères nouveaux [Ann. Soc. d'Hist. nat. de Toulouse, 1877) - Walckenaer ; Ins. nuisibles à la vigne {Ann. Soc. enlom. de France, 1835,

pag. 238). Audouin ; Ins. nuisible à la vigne, 1842, pag. 320.

3 Dunal; Des Orthoptères ampélophages {Bull. Soc. d'Agr. de l'Hérault, 1838,

pag. 435).

l'éphippigère de béziers. 291

Les dégâts, sérieux avant l'invasion du Phylloxéra, sont devenus progressivement beaucoup plus graves depuis vingt ans, par suite de l'extension de la^ culture des céréales, qui, nous l'avons dit, favorise la multiplication des Epbippigères. « C'est par plusieurs dizaines, dit M. Marquet, que les ravageurs se trouvent sur chaque souche dans beaucoup de communes ih^ environs de Béziers.» Nous avons personnellement observé l'insecte en nombre énorme, commettant des ravages affreux, en août et septembre, dans toute la basse vallée de l'Hérault, de Ganges à Agde, principalement aux environs deClermont-l'IIôrault, de Pézenas et de Florensac.

Dans un petit opuscule publié récemment ' par un homme des champs, travail plus humoristique que scientifique, où grande est la part à faire à l'imagination, mais où cependant les détails pris sur le vif abondent, nous lisons ce qui suit : « Cet audacieux insecte est, dans certains quartiers de la vallée de l'Hérault, plus redoutable que le Phylloxéra, puisque aucun insecticide ne peut l'atteindre. Le grain de raisin entame. c'est-à-dire perdu, n'est jamais achevé et le repas de l'insecte se continue sur des grains encore intacts, bientôt perdus à leur tour. Après le fruit, c'est la feuille qui y passe, puis l'écorce encore verte. Bien sourentle propriétaire allant à sa vigne pour admirer sa récolte se trouve en présence de souches ne portant que des bûches dont l'écorce et même l'aubier ont été grignotés. Des céréales, l'Ephippigère est venu sur la vigne ; celle-ci ravagée, il passe aux arbres fruitiers, aux mûriers, aux plantes fourragères et potagères. Lorsque table rase est faite de toutes les récoltes, il s'accommode des fruits de l'aubépine, de la ronce, de l'églantier, etc., s'attaque même au linge, aux vêtements, au cuir des sacs ou des chaussures, à l'homme lui-même. Nous pouvons citer en effet un enfant au maillot déposé endormi au pied d'un arbre, pendant que sa mère travaillait à la vigne, qui fut attaqué par une vingtaine de cousi-cousis. La mère, atli par les cris, constata qu'une large plaie avait été en quelques instants pratiquée sur la joue de l'enfant. Il est même hors de doute qu'un homme à qui l'on voudrait infliger ie pire supplice, livré pieds et poings liés à ces rapaces toujours affamés, deviendrait bien vite leur proie et en moins de vingt-quatre heures serait réduit à l'état de parfait squelette.

»Ce goût de la chair est tellement prononcé chez les cousi-cousis que certains vignerons se servent des têtes de mouton et autres déchets de boucherie pour les attirer et les détruire. On ne saurait croire combien ces insectes ont le flair subtil et avec quelle rapidité ils parcourent de grand, s distances pour atteindre la nourriture qu'ils ont sentie de loin. »

1 Pépin Pages, instituteur; La chasse au Cousi-Gousi. Bfonlp., Hamelin, 1888.

292 l'éphippigère de béziers.

Nous avons vu en effet nous-même, aux environs de Florensac, les vignerons se servir avec succès, comme appas, des débris de boucherie. Sans aller aussi loin que l'auteur des lignes qui précèdent, sans voir dons YEphîppiger BUterensis un ennemi plus redoutable que le Phylloxéra, capable de faire d'un homme vivant un parfait squelette en moins de vingt-quatre heures, nous n'en croyons pas moins que, vu le nombre et la voracité de ces énormes Ortboptères, ils peuvent être rangés parmi les plus grands ravageurs de notre vignoble languedocien.

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