CHAPITRE IL
Organisation des Insectes.
Les Insectes (ou Hexapodes) sont définis par les caractères suivants: animaux dépourvus de squelette intérieur, dont leur tient lieu une enveloppe extérieure plus ou moins solide; corps à symétrie bilatérale,
Fig. 10: A) tête. B) thorax. C) abdomen, k) œil. d) antenne, f) aile antérieure ou supérieure, g) aile postérieure ou inférieure, h) cuisse ou fémur, i) tibia, k) tarses.
composé d'anneaux placés à la file les uns des autres, soudés ou articulés entre eux et groupés en trois parties presque toujours distinctes (tête, thorax, abdomen^); le corps est muni de trois paires de pattes et généralement de deux paires d'ailes, ou d'organes représentant ^ Voir pages X, XVI, XIX.
des modifications de cet appareil; ces membres sont attachés au thorax; l'abdomen ne porte jamais d'appendices locomoteurs; respiration de l'air en nature à l'aide de trachées; tête supportant à la partie supérieure, des appendices implantés par paires et formés de petits articles ajustés à la file (antennes).
îl reste entendu que les généralisations qui précèdent, s'appliquent seulement à la forme adulte des Insectes (imago) et non à leur forme larvaire et nymphale^
Le plus souvent en effet, les Insectes diffèrent totalement pendant leurs états primaires, de la forme qu'ils revêtiront lorsqu'ils auront achevé leur développements Chez les larves et les nymphes, les diverses parties du corps ne sont pas toujours groupées en masses distinctes; le nombre des pattes est variable, ces organes manquant parfois complètement ou bien au contraire des appendices qui ne subsisteront pas chez l'adulte, venant s'adjoindre à elles pour aider à la locomotion; d'ordinaire les ailes n'existent pas.
§ 1. ^ — Enveloppe du corps. — L'enveloppe du corps des Insectes, que nous avons qualifiée de «solide» faute d'un terme précisant mieux sa consistance, est en réalité tantôt réellement rigide et dure, tantôt souple et facilement pénétrable; mais quelle que soit sa flexibilité, elle est toujours composée de deux tissus superposés et en rapport intime l'un avec l'autre, l'un intérieur, mou, mince (peau), l'autre extérieur, formé d'une substance particulière dénommée chitine; on appelle cuticule cette couche externe de l'enveloppe de l'insecte.
A l'extérieur de l'enveloppe, presque toujours teintée et souvent revêtue des plus brillantes couleurs, peuvent être implantés des poils épars ou serrés, des écailles, des soies, etc. dont la couleur propre vient modifier celle des téguments qu'ils recouvrent.
^ Voir Chap. III Métamorphoses page LU.
§ 2. — Division du corps et organes extérieurs. —
Chaque anneau composant le corps est formé de plusieurs pièces; un arceau ventral, le sternum et un dorsal le notiim ou tergum. Le notum et le sternum sont réunis de chaque côté par des pièces latérales prenant le nom de pleures ou flancs.
Cette disposition qui n'apparaît bien que chez les larves, est cependant visible lorsqu'on regarde de côté l'abdomen des adultes.
Dans l'ensemble du corps d'un insecte adulte, on distingue trois groupements d'anneaux :
La tête.
Le thorax.
L'aMomen.
Tête. — La tête formée d'un seul tronçon, porte les yeux, les antennes et les appareils buccaux. Nous dirons quelques mots des ijeux^ en parlant des organes des sens à la suite des indications concernant le système nerveux (fig. 23 et 24). Les antennes^ vulgairement appelées cornes^ sont au nombre de deux; insérées sur le sommet ou sur les côtés de la tête, elles ont leur base implantée en avant ou en arrière des yeux ou entre ces organes; elles sont comme tout le corps composées d'articles placés à la file les uns des autres mais ces articles présentent une infinie variété de formes.
L'antenne peut dans son ensemble présenter l'aspect d'un fil, d'un poinçon, d'un chapelet, d'une massue, d'un fuseau, d'un peigne, d'une scie, d'une plume, d'une raquette, etc., etc.; elle peut être droite coudée, très courte ou démesurément longue; quelques larvés ont les antennes bifurquées à leur extrémité; enfin les articles sont tantôt presque semblables entre eux, tantôt étrangement diversifiés; ils diffèrent même souvent du mâle à la femelle. L'opinion des naturalistes n'est pas complètement fixée sur le rôle
que jouent les antennes dans la vie des Insectes; pour les uns elles servent au toucher, pour d'autres ce sont des appareils olfactifs; certains admettent qu'elles sont le siège de l'ouïe; la vérité est peut-être qu'elles servent à la fois à percevoir les contacts, les sons et les odeurs et qu'elles sont en plus le siège d'un ou plusieurs sens que l'homme ne peut définir parce qu'il ne les possède pas lui-même.
Appendices buccaux. — Le tube digestif des Insectes a son orifice d'entrée (bouche) en dessous de la partie antérieure de la tête; cette bouche est entourée d'organes servant à la palpation, à la préhension, à la division des aliments et à leur introduction dans le tube digestif. L'ensemble de ces organes (appareil buccal) est approprié au mode de nutrition de l'insecte; tantôt il est conformé pour broyer, tantôt pour lécher, pour piquer, ou pour sucer.
Les Coléoptères, sauf de rares exceptions, broient leur nourriture avant del 'absorber; les Hémiptères, les Diptères perforent les tissus pour pomper les liquides circulant dans leur épaisseur; certains Hyménoptères, pourtant munis de mâchoires leur servant à triturer la nourriture de leurs larves ou à préparer les matériaux entrant dans les constructions qu'ils édifient, ne se nourrissent qu'en léchant les sucs végétaux; tels Insectes voient leur appareil buccal se modifier aux différents stades de leur évolution; ainsi les Papillons, qui à l'état larvaire possèdent un appareil buccal broyeur, puisque les chenilles mangent les feuilles, voient en passant à l'état adulte leurs organes de mastication se transformer en une sorte de trompe, destinée à pomper les liquides suintant des tissus végétaux.
Les différentes façons d'absorber la nourriture entraînent des modifications de construction si profondes dans l'appareil buccal, qu'il est fort difficile
d'embrasser d'un coup d'oeil, l'ensemble de ces modifications ; nous parlerons donc successivement et rapidement des principaux types d'appareils buccaux possédés par les Insectes.
Fig. 11: Schéma de l'appareil buccal, vu en dessous, d'un Insecte
broyeur — Calosome (Coléoptères).
a) labre, b) languette, c) mandibules, d) palpes labiaux, e) palpes
maxillaires, f) mâchoire;, g) antennes, h) menton, i) œil.
Appareil broyeur (fig. 11). — Il se compose essentiellement des pièces suivantes: Le labre (a), plaque supérieure paraissant continuer la tête et s'articulant en arrière avec Vépistome ou bord antérieur du front. En dessous deux lames épaisses généralement pointues, dont le bord interne est aminci ou porte des dents, se rapprochent l'une de l'autre comme les branches coupantes d'une cisaille; ce sont les mandibules (c); elles servent à saisir et à déchirer. Sous le plan des mandibules apparaissent les deux pièces des mâchoires (f), se joignant ou s'écartant également comme des ciseaux et portant en dedans
une partie coupante et dentelée; sur chaque pièce sont implantées une ou deux courtes tiges composées d'articles; ce sont les palpes maxillaires (e) qui servent à palper les aliments. Enfin sous les mâchoires se trouve une plaque rappelant, dans la partie inférieure de l'appareil buccal, le labre qui en recouvre la partie supérieure; c'est le labium ou léçre inférieure; le labium porte deux palpes nommés palpes labiaux (d); son bord antérieur souvent divisé, est prolongé par une petite plaque membraneuse nommée languette (b). La partie principale du labium est sa pièce postérieure nommée menton (h) qui protège en dessous l'entrée de la bouche.
Toutes ces différentes pièces buccales se retrouvent, mais plus ou moins profondément modifiées ou atrophiées dans les autres types d'appareils de manducation.
Appareil lécheur (fig. 12).
— C'est une modification partielle de l'appareil broyeur. Les organes supérieurs,
labre et mandibules, sont à peu près conformés comme dans l'appareil broyeur, mais les mâchoires et surtout le menton et la languette, qui sont courts dans l'appareil broyeur, s'allongent ici fortement; le menton devient une sorte de gouttière qui enveloppe la languette; celle-ci plus libre par rapport au menton, forme avec lui une sorte de trompe. Les mandibules se chargent de broyer les substances sohdes et la languette hume les sucs ainsi exprimés.
Fig. 12: Schéma de l'appareil
buccal, vu de face, d'un Insecte
lécheur — AbeiUe —
(Hyménoptères).
a) antennes, o) ocelles, e) œil.
f) front, s) épistome. 1) labre.
m) mandibules, j) palpes
maxillaires, i) mâchoires.
p) palpes labiaux, k) languette.
Appareil piqiieiir (fig. 13 à 14). — La forme générale de l'appareil buccal, prend ici l'aspect d'un poinçon soit court et robuste, soit long et flexible. Les mandi-
Fig. 13: Schéma de l'appareil buccal, vu de face, d'un Insecte piqueur — Réduve — (Hémiptères).
Fig. 14: ISchéma de l'appareil buccal, vu de côté, d'un Insecte piqueur — Réduve — {Hémiptères).' {'-'i "
bules et les mâchoires se transforment en soies dentelées, renfermées dans un fourreau qui n'est qu'une modification de la lèvre inférieure des broyeurs; l'ensemble de ce fourreau prend le nom de rostre ou bec.
Fig. 15: Schéma de l'appareil
buccal, vu de face (organes
étalés) d'un Insecte piqueur —
Moustique — (Diptères).
Fig. 16: Schéma de l'appareil buccal, vu de côté, d'un Insecte piqueur — Moustique — (Diptères).
Chez certains Hémiptères (fig. 79 à 85) (Punaise des bois fig. 79, Réduvo, Notonecte fig. 83 etc.) le rostre (fig. 13 et 14) agissant comme un trocart de chirurgien, s'enfonce tout entier dans le tissu à perforer;
chez les Diptères piqueurs (Moustique, etc.) l'extrémité libre du rostre (fig. 15 et 16) s'applique sur le point à attaquer; le fourreau souple ploie, dégageant les soies rigides qui s'enfoncent pour traverser le tissu et pomper les liquides qui s'y trouvent enfermés.
Fig. 17: Schéma de l'appareil buccal, vu de côté, d'un Insecte suceur — Papillon —
{Lépidoptères).
a) base d'une antenne, e) nnil.
p) palpes labiaux, t) trompe.
Fig. 18: Schéma de l'appareil
buccal d'un Insecte suceur —
Mouche — (Diptères).
Appareil suceur (fig. 17 à 18). — Ici les pièces buccales sont en partie dissimulées sous des poils ou des écailles.
On peut diviser l'appareil suceur en deux types représentés par celui des Papillons et par celui de la Mouche domestique.
Chez les Papillons la seule pièce bien visible est une sorte de lanière enroulée au repos sous la tête de l'insecte comme un ressort de montre (fig. 17); cette lanière ou trompe est creuse; au moment d'entrer en action, elle se déroule, s'étend, formant un tuyau souple que l'insecte plonge dans le cœur des fleurs pour y pomper les sucs végétaux. Le plus souvent de chaque côté de l'insertion de la trompe sur la tête, les palpes labiaux sont apparents.
La trompe dont l'enveloppe représente un véritable canal formé par une modification des mâchoires accolées, possède des appareils particuliers coopérant à la succion.
Chez certains Papillons des pays chauds (Ophidères) la trompe est armée de dents, d'épines, de stries qui la transforment en une tarière râpeuse avec laquelle l'insecte peut traverser la peau épaisse de divers fruits, notamment des oranges et pomper en même temps le jus de la pulpe.
Fig. 19: Schéma d'un Insecte {Oryctes nasicornis L., Coléoptères)
vu de côté, les grands segments étant séparés. A) tête. B) prothorax. C) mésothorax. D) écusson ou partie supérieure de l'arceau dorsal du mésothorax (mésonotum). E) métathorax. F) abdomen, g) aile inférieure membraneuse, h) aile supérieure chitinisée (élytre). i) cuisse ou fémur. 1) œil. m) antenne.
Chez les Diptères du type de la Mouche domestique, la trompe est très courte (fig. 18) et terminée par deux tampons charnus, entre lesquels s'ouvre l'entrée du tube digestif; ces tampons aspirent les sucs à la façon de ventouses.
Thorax. — Le thorax est composé de trois segments auxquels sont attachés à la face ventrale, les pattes, à la face dorsale, les ailes (fig. 19).
Les trois segments du thorax dont dénommés en partant de la tête: prothorax (B), mésothorax (C), métathorax (E).
Le prothorax, articulé librement avec la tête d'un côté, avec le mésothorax de l'autre ne porte que la première paire de pattes.
Fig. 20: Schéma d'un Insecte (Oryctes nasicornis L., Coléoptères)
vu de dos, tête, corselet, abdomen séparées. A) tête. B) pronotum ou corselet (anneau dorsal du prothorax), C) mésonotum ou arceau dorsal du mésothorax (partie recouverte par la base du corselet). D) scutellum ou écusson, partie de l'anneau dorsal du mésothorax (mésonotum) non recouverte par les élytres. E) Métanotum, arceau dorsal du métathorax. F) abdomen. H) aile inférieure membraneuse. I) tibia, M) tarses. O) antenne. P) œil. R) aile supérieure chitinisée (élytre).
Le mésothorax, soudé étroitement au métathorax, porte la deuxième paire de pattes et la première paire d'ailes.
Le métaihorax soutient la troisième paire de pattes et la deuxième paire d'ailes.
Les arceaux dorsaux des protkorax, mésothorax et métathorax (fig. 20) prennent le nom de pronotum (B), mésonotiim (C et D), métanotum (E); les arceaux ventraux, ceux de prosternum, mésosternum, métasternum.
Dans les espèces munies d'ailes qui se replient au repos en recouvrant une partie du corps (Coléoptères, Orthoptères, etc.), l'ensemble des trois anneaux du thorax n'est visible qu'en regardant le dessous de l'insecte; en dessus, le mésothorax, le métathorax et tout ou partie de Vabdomen, sont cachés par les ailes ; on n'aperçoit du thorax, que le pronotum (B), c'est-à-dire l'arceau dorsal du prothorax (cette surface paraissant former la partie médiane de l'insecte, est souvent appelé corselet (B) ) et une partie du mésonotum (arceau supérieur du mésothorax) qui se montre sur le dos de l'insecte sous la forme d'un petit triangle, cercle, trapèze, quadrilatère, etc., situé en arrière et au milieu de la base du corselet, en haut de la ligne longitudinale marquée par la séparation des ailes au repos ; cette surface prend le nom à'écusson ou scutellum (D); elle est très visible chez la Punaise des bois (fig. 79).
Le pronotum ou corselet semble (notamment chez les Coléoptères), constituer une masse séparée distincte; aussi quelquefois, mais à tort, on donne à lui seul le nom de thorax; inversement en parlant des insectes chez lesquels l'ensemble du thorax est très visible en dessus (Papillons, Guêpes, etc.) on applique fréquem.ment le nom de corselet à tout le thorax. C'est là prendre le tout pour la partie ou la partie pour le tout, le mot corselet ne devant s'appliquer qu'au pronotum ou partie dorsale du prothorax des Coléoptères, Orthoptères, Hémiptères.
De même on entend parfois appeler corps, par opposition à la tête et au thorax, la partie recouverte
chez les Coléoptères, Orthoptères, etc., par les ailes au repos; c'est là une désignation impropre, puisque cette partie est en réalité formée par deux anneaux du thorax (le mésothorax et le métathorax) et par l'ensemble de Vabdomen.
Lorsqu'on s'occupe de Vanatomie d'un Insecte les désignations de corps et corselet doivent être évitées; une observation détaillée ne permet pas pareille simplification; cependant lorsqu'on n'envisage seulement une description d'ensemble et succincte, cette division si apnarente, est fréquemment adoptée^.
Abdomen. — Vabdomen (fig. 21. E., fig. 22. 5) vient à la suite du thorax; il est attaché au métathorax tantôt par une large base, tantôt par un étroit article nommé pédoncule (Guêpes, Fourmis, etc.) et selon le cas, il est ou presque immobile ou très libre par rapport au thorax. Composé de trois à neuf anneaux visibles plus ou moins soudés les uns aux autres, Vabdomen renferme une partie de l'appareil digestif ainsi que les organes de la reproduction; il est souvent muni à son extrémité inférieure, d'un appareil servant à la ponte {tarière^ oviducte^ etc.) ou à la défense {aiguillon). Nous reparlerons de ces appareils au paragraphe Armures génitales.
Organes de la locomotion. — Les Insectes se déplacent par différents moyens. Chez les adultes ce sont les pattes et les ailes qui servent à la locomotion; ces dernières manquent toutefois dans certains types, alors que d'autres comme les Papillons emploient presque uniquement leurs ailes pour progresser. Signalons un groupe de Thysanoures-Collemboles, les Podurelles, (fig. 43) petits insectes vivant dans les endroits humides, sous les feuilles tombées, etc., qui avancent ordinairement par sauts effectués au moyen d'une sorte de fourche formée de deux soies épaisses insérées à l'extrémité de l'abdomen; cette fourche repliée sous
^ Voir Addenda.
Fig. 21: Divisions du corps d'un Insecte {Nécrophore — Coléoptères),
vu en dessus.
A) tête. B) corselet ou pronotum (arceau dorsal du protliorax).
C) écusson ou scutellum (partie visible en desuss du mésothorax).
D) élytre (aile supérieure chitinisée). E) abdomen, f) front ou vertex. g) épistome. i) labre. 1) palpe maxillaire, h) antenne, m) œil. n) tibia, o) cuisse ou fémur, p) tarses, r) onychium. s) ongles.
t) mandibules.
le corps peut s'en écarter brusquement à la façon d'un ressort qui se détend, projetant en avant l'animal lorsqu'il est inquiété.
Fig. 22: Divisions du corps d'un Insecte {Calosome — Coléoptères
vu en dessous.
1) tête. 2) prosternum (arceau ventral du prothorax). 3) mésosternum (arceau ventral du mésothorax). 4) métasternum (arceau ventral du métathorax). 5) abdomen, a) mandibule, b) palpe labial, c) palpe maxillaire, d) languette, e) œil, f) antenne, g) cuisses ou fémurs, h) tibias, i) tarses. 1) trochanter. m) hanches. 0) labre, p) mâchoires, r) menton, s) épipleure des élytres.
t) onychium.
Les nymphes chez les Insectes à métamorphoses complètes (voir Chap. III, Métamorphoses) n'opèrent que des déplacements insignifiants, se retournant
simplement dans leur coque ou leur loge, ou ne remuant même que l'abdomen; chez les Insectes à métamorphoses incomplètes elles jouissent presque de la même mobilité que les larves.
Les larves possèdent des moyens de locomotion variant suivant les groupes; tantôt ce sont les pattes qui assurent cette faculté, les ailes n'existant pas lorsque l'insecte est sous sa deuxième forme, (voir Chap. III, Métamorphoses) ou ne se montrant qu'à l'état embryonnaire; tantôt les pattes elles-mêmes manquent et alors l'animal se déplace par reptation en s'aidant des mandibules (Mouches), de soies, d'épines, de mamelons, etc., répartis sur les anneaux du corps; tantôt au contraire (chenilles des Papillons) les larves portent en plus des trois paires de pattes qui seront seules conservées par l'adulte, des tubercules [fausses pattes) aidant la bête à progresser.
Certaines larves de Libellules, bien que munies de pattes, emploient en outre pour se déplacer vivement dans l'eau un moyen singulier; elles expulsent brusquement par l'anus l'eau contenue dans leur intestin et le liquide ainsi refoulé les projette en avant par secousses successives.
Pattes. — Les pattes chez les adultes présentent des modifications aussi variées que l'exige la diversité extrême des mœurs des Insectes, mais elles ont toujours la même composition qui est la suivante:
En allant de la base vers l'extrémité libre, on rencontre (voir fig. 22) :
La hanche (m) encastrée dans le thorax; elle assure l'adhérence solide de la patte au corps.
Le trochanter (1) petit article très court permettant à l'ensemble des articles suivants de tourner en tous sens. Le trochanter apparaît souvent (Coléoptères) sous forme d'un appendice inséré entre la hanche et la cuisse ou fémur (voir ci-dessous) mais semblant accolé latéralement au haut de ce dernier.
La cuisse ou fémur (g): elle est très développée chez certains Insectes (Sauterelles, Altises, Puces, etc.), pour permettre les déplacements brusques et étendus (sauts) ou la progression lente et puissante dans un milieu compact tel que terre, sable, bois décomposé, etc.; elle est souvent munie de dents, d'épines, de sillons, etc.
La jambe ou tibia (h) : très variable de forme suivant les familles; elle prend place entre la cuisse et le tarse.
Le tarse (i): il est formé de plusieurs segments, dont le dernier nommé onychium (t) porte des ongles recourbés.
Nous avons dit que le fémur ^ le tibia et les tarses se modifiaient à l'infini selon le genre de vie des espèces.
Les Insectes nageurs ont les tibias et surtout les tarses, comprimés en rames et garnis sur les bords de franges de cils raides, permettant l'appui au sein de l'élément liquide; les fouisseurs ont les cuisses et les tibias, principalement ceux des membres antérieurs, larges, raccourcis, aplatis et munis de dents épaisses et robustes (Bousiers, Courtilière (PI. 8), etc.; les tarses manquent aux tibias antérieurs du Scarabée sacré qui creuse profondément un sol souvent durci; ils gêneraient sans doute l'insecte pendant ses fouilles pénibles; la Mouche domestique possède au contraire des tarses perfectionnés puisqu'ils sont munis en plus des ongles, de sortes de ventouses ou poils adhésifs servant à fixer l'insecte sur les surfaces les plus lisses. Beaucoup d'Hyménoptères ont les pattes pourvues d'appareils comphqués (brosses, peignes, corbeilles, etc.) leur permettant de recueillir les matériaux et les substances (cire, propolis, débris de feuilles, duvets etc.) dont ils ont besoin pour la construction des abris de leurs larves. Les Cousins, les Tipules ont les pattes extrêmement longues, grêles, et fragiles. Chez la Mante rehgieuse, (fig. 60) le tibia antérieur muni d'épines
aiguës peut s'appliquer en dessous contre le fémur semblablement armé, pour saisir la proie que cette sorte de pince porte ensuite à la bouche. Certains papillons (Vanesses, etc.) ne se servent pas de leurs pattes antérieures pour marcher ; ces pattes demeurent repliées sous le thorax^ et l'insecte paraît ainsi ne posséder que deux paires de pattes.
Plusieurs pages ne suffiraient pas pour exposer l'extraordinaire diversité des formes de pattes chez les animaux qui nous occupent; il en est de même des ailes dont nous allons dire quelques mots ; leur examen détaillé ne procurerait pas un moins grand sujet d'études et d'étonnement.
Ailes. — Les ailes des Insectes sont constituées par deux replis membraneux de la peau, soutenus par des nervures; elles sont insérées: la première paire sur le mésothorax, la deuxième paire sur le métathorax. Quelques groupes considérés comme dégradés n'ont pas d'ailes (Thysanoures fig. 41 — 42 — 43) ; certains en ont deux (Diptères fig. 86 à 91); le plus grand nombre en possèdent quatre (Coléoptères, Papillons, Libellules, etc.).
Chez les Diptères (Mouches), on remarque deux petits organes insérés vers la place occupée dans les autres Ordres par les ailes de la deuxième paire; ces organes formés d'une tige terminée par un renflexment, s'appellent balanciers: leur fonction pendant le vol n'est pas encore nettement connue.
La constitution des ailes, présente des caractères qui ont servi de base principale pour la classification actuellement adoptée; on a en effet groupé les Insectes, en partie d'après les particularités de structure ou de nervation que présentent leurs ailes et on a donné à ces groupes des noms rappelant cette structure ou cette nervation (voir Chap. IV Classification).
Au point de vue de la nervation, on remarque des ailes phssées en éventail (Orthoptères fig. 60 à 63) ;
soutenues par des nervures formant réseau (Névroptères fig. 64 à 69), ou par des nervures se rapprochant à la base pour s'écarter vers l'extrémité (Hyménoptères fig. 70 à 75, Diptères fig. 86 à 91).
Si l'on envisage leur consistance, certaines sont presque molles (Névroptères); d'autres incrustées d'une substance chitineuse sont dures ou coriacées, exemple, les ailes antérieures (ou supérieures) des Coléoptères; elles prennent alors le nom d'élytres; quelques groupes (Hémiptères fig. 79 à 85) ont ces mêmes ailes mi-partie membrareuses, mi-partie coriacées; les Papillons ont les ailes recouvertes par des écailles, d'où le nom de Lépidoptères (du grec lepis, lepidos: écaille et ptéron: aile) donné à ces Insectes; les Mouches, les Bourdons, Guêpes, Libellules ont des ailes nues; des Papillons dégradés (Ptérophores) possèdent des ailes divisées en lanières plumeuses (fig. 78) ; de petits Hyménoptères fréquentant les eaux, ont des ailes longuement ciliées dont ils se servent comme de rames.
Enfin la coloration des ailes ne diffère pas moins que leur consistance, leur forme et leur nervation.
Le vol des Insectes varie beaucoup entre les diverses espèces comme mécanisme, rapidité et puissance. Puissant, soutenu, chez certains papillons (Sphinx, Nymphales), il est court et saccadé chez d'autres. Quelques mouches se déplacent plus vite qu'un train de chemin de fer, puisque tout en volant de côté elles se maintiennent face à la même portière, malgré la chasse d'air énorme qui tend à les repousser. Au contraire plusieurs Coléoptères (Lucanes, Scarabées) ont un vol lourd et maladroit dont ils paraissent à peine maîtres car ils vont souvent se cogner contre des obstacles qu'ils pourraient semble t'il, facilement éviter.
D'un groupe à l'autre la tenue et les mouvements des ailes pendant le vol varient beaucoup.
A ne considérer que les seuls Coléoptères on peut avancer que chaque genre a une façon spéciale de maintenir pendant le vol les ailes supérieures (élytres); ces ailes, durant ce mode de déplacement, ne servent probablement que de parachute ou de gouvernail. Le Hanneton commun ou^tc largement les éhi:res on les maintenant perpendiculaires à l'axe longitudinal du corps, tandis que le Hanneton des roses (Cétoine) les laisse appliqués sur l'abdomen, dans la position qu'ils ont au repos, les soulevant à peine pour laisser passer les ailes qui battent l'air: le Nécrophore les retourne complètement dans le sens du corps, appliquant l'une contre l'autre les parties dorsales de chacun d'eux.
§ 3. — Système nerveux. — Le système nerveux des Insectes est fondamentalement composé de ganglions (constitués par deux noyaux soudés), réunis entre eux comme les grains d'un chapelet, par un cordon double dont les brins portent le nom de connectifs; ces ganglions émettent des filaments qui vont innerver les différentes parties du corps.
La portion principale du système nerveux forme un réseau construit de la façon suivante : (voir fig. 23 et 24).
Dans la tête un collier situé en arrière de la bouche, entoure la partie antérieure du tube digestif dénommée oesophage^ Cet anneau est formé à sa partie susoesophagienne d'un gros ganglion à deux lobes plus ou moins volumineux et à sa partie sous-oesophagienne d'une masse assez compacte émettant deux bras, qui formant cordon autour de l'oesophage, vont rejoindre le gros ganglion sus-oesophagien; ce dernier est souvent dénommé cen'eaii bien que ses fonctions ne rappellent que de fort loin celles qui sont dévolues au cerveau de l'Homme; il envoie des filaments nerveux aux yeux, aux antennes, à la lè\'Te supérieure et est le point de départ d'un réseau particuher dont nous parlerons plus loin.
1 Voir page XXXVII.
La partie sous- oesophagienne de l'anneau entourant l'oesophage innerve les mandibules, les mâchoires, la lè^Te inférieure et émet en arriére une chaîne ganglionnaire qui s'étend tout le long de la face ventrale du corps au dessous ^ , ^ du tube digestif. Cette / ^ ' t , chaîne que l'on peut comparer à un chapelet, comprend un nombre de grains ou plutôt de ganghons doubles, variable suivant les types.
Chez la plupart des Insectes, le nombre de ces ganghons est de trois pour îe thorax (un correspondant à chacun des anneaux du thorax) et de neuf (ou moins) pour l'abdomen, ces ganghons abdominaux ayant souvent les deux noyaux distincts ou même séparés, tandis que les deux noyaux des ganghons thoraciques restent presque toujours accolés l'un à l'autre. Dans quelques types, les ganghons au heu d'être éloignés les uns des autres sur les cordons nerveux (connectifs), se rapprochent et même se fusionnent ; chez le papillon les ganghons thoraciques sont groupés en une seuel masse : chez l'abeille le ganghon prothoracique est isolé mais les ganglions méso et métathoraciques sont réunis; de plus chez ce dernier insecte, trois des ganghons abdominaux sont confondus avec le ganghon métathoracicpie.
Fig. 23: Schéma du système nerveux d'un Insecte, a) enveloppe du corps, c) ganglions cérébr<3ides ou cerveau, d) collier oesophagien, e) ganglion frontal, f; nerf récurrent, g) Chaîne nerveuse ganglionnaire ventrale, h) ganglions nerveux du tube digestif, i) ganglions sous-oesophagiens, r) grand sympathique, s) tub digestif, t) entrée du tube digestif. 'v)v aisseau dorsal (coeur).
Fig. 24: Schéma de la chaîne nerveuse ganglionnaire ventr.
xxvrii
Le degré de centralisation des ganglions nerveux indique d'ailleurs le degré de perfection auquel est parvenu le type, ces ganglions étant d'autant plus groupés que le type est plus évolué dans l'échelle animale.
Les ganglions thoraciques envoient des prolongements innerver les ailes et les pattes; le ganglion prothoracique anime les muscles de la première paire de pattes, le ganglion mésothoracique ceux de la deuxième paire et des ailes antérieures, le ganglion métathoracique ceux de la troisième paire et des ailes postérieures ; de plus des filaments nerveux sortis du ganglion miétathoracique font agir les muscles abaisseurs et élévatoires de l'abdomen qui collaborent aux fonctions respiratoires; ces muscles en effet font se dilater ou se resserrer l'abdomen qui fait ainsi arriver l'air dans le corps à la façon d'un soufflet (voir § 4 Respiration).
Les ganglions abdominaux émettent des filaments qui se rendent aux organes de reproduction, de sécrétion et aux pièces anales de l'abdomen; l'ensemble du réseau nerveux céphalique et ventral inférieur que nous venons de décrire, préside donc aux fonctions de la vie animale ou de relation; il émet la volonté du mouvement, reçoit les sensations du toucher, de la vue, du goût, etc. ; c'est pourquoi on l'a souvent comparé au système cérébro-rachidien des Vertébrés.
Nous avons mentionné plus haut, que le gros ganghon sus-oesophagien ou cerveau était le point de départ en outre des fibres se rendant aux antennes, aux yeux, etc., d'un réseau nerveux particulier; ce réseau est construit de la façon suivante: Deux filaments prolongent en avant la masse ganglionnaire cervicale et se réunissent en un ganglion (ganglion frontal, fig. 23, e) qui émet à son tour un nerf unique; ce nerf (nerf récurrent, fig. 23, f) revient en arrière, passe sous le cerveau, s'allonge le long de la ligne dorsale du corps
au dessus du tube digestif et porte de petits noyaux d'où se détachent des nerfs très déliés qui vont intéresser l'appareil digestif, l'appareil circulatoire et aussi, en agissant sur les trachées (voir § 4 Respiration), une partie de l'appareil respiratoire. Comme ce réseau préside aux mouvements de la vie végétative, aux fonctions inconscientes de la digestion, de la circulation, de la respiration, on a pu dire qu'il rappelait le système pneumo-gastrique des Vertébrés.
Un troisième réseau nerveux (que certains naturalistes ont appelé grand-sympathique (fig. 23, r), en raison de son analogie de fonctions avec le système du même nom chez les Vertébrés, se détache de la partie sous-oesophagienne du collier céphalique et accompagnant dans toute sa longueur le gros chapelet ganglionnaire ventral, il s'étend sous le tube digestif mais au dessus de ce chapelet, avec les ganglions duquel il prend contact au moyen de filaments nerveux s'unissant à ceux qu'émettent ces ganghons. Ce réseau commande aux muscles chargés de l'occlusion des stigmates (voir § 4 Respiration).
Nous venons de voir en examinant la structure du système nerveux ganglionnaire, que ce système nerveux ne présentait pas chez les Insectes, une centralisation semblable à celle que l'on rencontre chez les Vertébrés, dans lesquels un centre (le cerveau) reçoit toutes les sensations et commande seul à la volonté.
Les Insectes en somme, possèdent au moins trois centres nerveux, un dans la tête, un dans le thorax, un dans l'abdomen, et, bien que le centre céphaUque ait pour le fonctionnement de l'organisme une importance supérieure à celle des autres, sa liaison immédiate avec ceux-ci n'est pas une condition exclusive de la perception de toutes les sensations. Chez les Insectes, le ganghon de la tête n'est pas l'organe unique qui ressent tout, qui commande à tout; il partage ces facultés avec les autres ganglions et c'est ce qui nous
explique pourquoi chez un insecte sectionné en tronçons, on voit ces tronçons séparés, non seulement manifester longtemps de l'agitation, mais encore effectuer des gestes précis de défense, de maintien d'équilibre, de locomotion, etc., indiquant sinon une coordination de mouvements vers une idée com.plexe, du moins une perception de sensations très nettes et une volonté d'agir en raison de ces sensations.
Organes, des sens. — Les Insectes perçoivent toutes les sensations physiques que l'homme lui-même peut ressentir; mais si la netteté des manifestations extérieures des ces sensations ne permet pas de douter de leur existence, il s'en faut de beaucoup que nous connaissions de façon précise quels sont les organes qui les transmettent au système nerveux. Si l'étude de la vision et du toucher a pu être poussée suffisamment loin pour que la question soit éclairée d'une façon satisfaisante, nous ne possédons sur les organes du goût, de l'odorat et de l'ouïe que des données très incomplètes; nous constatons que certains appareils rencontrés à la surface du corps, paraissent plus particulièrement adaptés aux facultés gustatives, olfactives et acoustiques, mais nous connaissons très mal leur structure et nous ignorons presque tout de leur fonctionnement.
Vue. — La vision chez les Insectes, est assurée par des yeux immobiles, enchâssés dans la tête. La puissance et l'étendue de la vue varient beaucoup dans les différents groupes, ainsi que l'indiquent la grosseur ou la réduction des yeux, leurs formes diversifiées et leur convexité plus ou moins forte.
Les yeux sont de deux sortes: simples ou composés.
Les yeux simples appelés aussi stemmates ou ocelles, sont en général de très petite dimension et leur cornée Hsse les fait distinguer facilement des yeux composés dont la cornée semble un réseau formé de surfaces
ordinairement hexagonales, rarement rondes que l'on nomme facettes; cette apparence fait souvent donner aux yeux composés, le nom di'yeiix à facettes (voir fig. 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, etc.).
Les facettes dont le nombre peut varier de 12 (Lépismes) à 25000 (Mordelles, Sphinx) et plus, sont les bases de petits cônes très allongés (bâtonnets optiques) accolés les uns aux autres, recevant un filament nerveux partant d'un ganglion situé à leur base commune d'insertion et constituant chacun un appareil de vision indépendant.
Sauf quelques exceptions, les larves ne possèdent que des yeux simples; l'adulte, au contraire porte des yeux composés, auxquels viennent souvent s'adjoindre des yeux simples, ceux-ci se rencontrant presque toujours en avant ou sur le dessus de la tête entre les yeux composés.
Palpation. — Tous les segments d'un Insecte, même les plus durs, les plus chitinisés, doivent percevoir l'impression de l'approche d'un corps; les poils dont ils sont plus ou moins revêtus leur transmettent cette sensation. Certains de ces poils, nommés poils tactiles sont toutefois mieux adaptés que les autres à cet office car ils traversent tout le tégument chitineux et reçoivent à leur base un filament nerveux. Les poils tactiles étant surtout répartis sur les palpes, sur l'extrémité des pattes et sur les antennes, l'insecte se sert de ces organes pour apprécier la nature de l'obstacle rencontré, reconnaître la substance dont il s'est approché, etc.; les antennes, toujours portées en avant et sans cesse agitées paraissent être l'organe principal du sens du toucher; c'est par l'intermédiaire de celles ci que les fourmis, les abeilles prennent contact entre elles lorsqu'elles s'abordent au cours de leurs occupations.
Gustation. — On ne connaît rien des organes du goût ; on suppose simplement que cette sensation doit
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être perçue à l'aide d'appareils spongieux placés à l'intérieur de la cavité buccale ou répartis sur certaines pièces entourant la bouche, telles que les palpes, la languette, l'extrémité de la trompe, (Mouches, Papillons) etc.
Olfaction. — D'après les résultats de diverses expériences faites en vue de rechercher le siège de l'odorat, on peut admettre que l'antenne est l'organe principal de cette sensation; les papillons mâles de Bombyx, privés de leurs antennes ne semblent pas percevoir les effluves émanant de femelles cachées à leur vue, mais placées tout près d'eux, tandis que les mâles non mutilés des mêmes espèces, arrivent de fort loin pour retrouver un individu de l'autre sexe enfermé dans une boîte placée à l'intérieur d'une chambre close. C'est peut-être un sens de nous inconnu et tout autre que l'odorat, qui révèle aux insectes mâles la lointaine retraite de la femelle, mais il est manifeste que la perte des antennes les prive de cette faculté pourtant extraordinairement développée chez certains d'entre eux.
Ouïe. — La faculté de percevoir les bruits de la mêm.e façon que l'Homme est moins évidente chez les Insectes que la possession d'autres sens tels que la vision ou le toucher. Des expériences contradictoires faciles à reproduire, autorisent la discussion sur ce point. Les Grillons cachés au fond de leurs terriers obhques ou derrière la plaque du foyer ne peuvent apercevoir l'expérimentateur; tantôt ils cessent leur stridente musique quand celui-ci claque des mains, tantôt ils continuent leur mélancolique chanson; de même se comportent le^ Cigales perchées dans le feuillage d'un platane touffu et la grande Sauterelle verte tapie sous les hautes tiges des céréales; le fait qu'un insecte qui vous tourne le dos se laisse tomber soudain de la plante le supportant, au bruit produit par l'observateur n'indique pas forcément qu'il vous ait
entendu; c'est aussi bien la vue qui peut lui avoir révélé votre présence; le Papillon posé sur une fleur ne s'envole pas toujours lorsque le curieux caché à sa vue parle ou fait craquer une branche morte sous le pied. La constatation lorsqu'un orage menace, de la rentrée précipitée à la ruche des abeilles butinant par les champs, ne prouve pas qu'elles entendent les roulements lointains du tonnerre; elles peuvent être averties de la perturbation atmosphérique qui se prépare par d'autres sens que l'ouïe; certaines personnes ne ressentent elles pas un malaise qui leur fait annoncer l'orage, bien avant que soit visible l'amoncellement des nuages ou que les grondements de la foudre se fassent entendre ?
Mieux que par l'expérimentation indirecte, l'existence de l'ouïe chez les Insectes nous est démontrée par la présence de petits appareils semblant nettement adaptés à la perception des vibrations sonores; ce sont dans la plupart des types entomologiques des cellules réunies en groupes et réparties sur différents points de la surface du corps ou de ses appendices; du côté de l'enveloppe extérieure, les nerfs qu'elles contiennent s'épanouissent en filaments écartés et sont en contact avec un ligament, prolongement intérieur de la peau, tandis qu'ils se relient par l'autre extrémité avec le réseau nerveux général. Dans quelques types d'Orthoptères, ces cellules affectent nettement la structure d'un tympan formé d'une membrane tendue sur un cadre qui cerne l'ouverture d'une fossette en relation nerveuse avec le réseau général; cette timbale [organe tympanal) est placée, chez les Grillons et les Locustes, de chaque côté des tibias antérieurs et chez les Acridiens sur les côtés du premier anneau de l'abdomen.
Bruits produits par les Insectes. — Si les Insectes ne possèdent pas de voix, au sens physiologique du mot, ils ont tous vraisemblablement, la faculté d'émettre des
sons, des vibrations, constituant des appels sexuels ou les manifestations de sentiments divers.
L'oreille humaine est incapable de percevoir la plupart de ces bruits; cependant quelques uns parviennent jusqu'à nous et leur mécanisme a fait l'objet d'études plus ou moins approfondies; on peut les classer de la façon suivante:
Stridulations: Elles sont produites par la friction de deux organes l'un contre l'autre. Chez les Orthoptères^ les mâles seuls stridulent; les Grillons (Grillon champêtre. Grillon domestique) et les Locustiens (Grande Sauterelle verte) frottent l'élytre gauche muni à la base d'une grosse nervure dentée, contre l'élytre droit portant dans la région correspondante une membrane transparente à bords rugueux; les Acridiens frottent les cuisses postérieures contre le bord des élytres. Parmi les Coléoptères quelques uns produisent un faible crissement, soit en frottant le bord postérieur du prothorax contre le bord antérieur du mésothorax, soit en faisant agir de même le bord des élytres contre l'abdomen (Criocère du Lis).
Craquements: Nous citerons comme type de cette catégorie de sons, le chant des Cigales, bruit assourdissant bien connu de quiconque s'est promené pendant l'été dans nos campagnes du Midi; il est produit par un appareil assez compliqué. Dans une cavité située de chaque côté du corps à la base du thorax, en arrière des pattes postérieures, cavité masquée par une sorte de large écaille pouvant se soulever (volet), s'ouvre une fossette renfermant une membrane soutenue par des nervures et tiraillée d'avant en arrière par deux muscles puissants; le va et vient rapide de cette membrane produit un craquement strident, renforcé par des plaques de natures différentes formant les côtés de la grande cavité qui sert ainsi de caisse de résonance.
Bourdonnement. — Le bourdonnement des mouches, des abeilles, des bourdons, le sifflement aigre des moustiques ne sont pas uniquement produits par les vibrations de l'air fouetté par les ailes de l'insecte au vol; là preuve en est qu'une mouche amputée de ces organes et tenue entre les doigts, fait entendre un son d'une tonalité voisine de celle produite pendant le vol; le bourdonnement résulte surtout des vibrations du thorax et de l'abdomen et du frémissement des stigmates (voir § 4 Respiration) au travers desquels passe l'air entrant dans le corps ou en sortant au cours de la respiration.
Notons pour mémoire les bruits secs de percussion entendus souvent dans les immeubles renfermant des vieux bois; ils sont le résultat de chocs donnés par certains petits Coléoptères (Vrillettes), frappant de la tête les parois des galeries qu'ils creusent dans les charpentes, les planchers ou les meubles.
§ 4. — Respiration. — Les Insectes respirent, c'està-dire qu'il se passe chez eux le même phénomène chimique que chez tous les êtres vivants, les tissus absorbant de l'oxygène et émettant de l'acide carbonique; ce sont même de tous les animaux ceux qui possèdent l'appareil respiratoire le plus comphqué et le plus parfait. La plupart ne peuvent s'assimiler que l'air atmosphérique; seules quelques larves adaptées complètement à la vie aquatique, ont la faculté de recueillir dans l'eau, l'air qui s'y trouve dissous.
A l'inverse de ce qui se passe chez les Vertébrés où le sang se rend des organes aux poumons pour se régénérer au contact de l'air que ceux-ci contiennent, c'est chez les Insectes, l'air qui se rend dans tous les organes pour vivifier directement les cellules.
Il est aspiré puis expulsé par les mouvements de l'abdomen agissant à la façon d'un soufflet; il entre par les stigmates; ce sont des sortes de boutonnières
aux bords garnis de membranes élastiques et de cils barbelés, qui se trouvent disposées de chaque côté de l'individu sur les anneaux de l'abdomen, parfois du thorax et qui constituent les ouvertures tour à tour ouvertes et fermées des trachées; celles-ci formant des conduits extraordinairement divariqués pénètrent dans le corps, se ramifient dans toutes ses parties, s'insinuent dans tous les membres, entourent et tapissent tous les viscères, s'infiltrent dans tous les tissus et apportent à l'organisme le gaz dont il a besoin.
Certains Coléoptères (Dytiques, Hydrophiles, etc.) et Hémiptères (Notonectes, Ranâtres, Nèpes) vivent à l'état adulte presque toujouro dans l'eau; ils doivent cependant venir de temps à autre à la surface pour emmagasiner dans leurs trachées une provision d'air, pénétrant par des stigmates spécialement organisés qu'ils laissent émerger quelques moments.
Quant aux larves exclusivement aquatiques elles absorbent l'air en dissolution dans l'eau, non plus par des stigmates mais au moyen d'appareils particuliers nommés branchies trachéennes ; ce sont des houppes de poils ou de lamelles parcourues de trachées extrêmement ténues; tantôt ces houppes sont à l'extérieur du corps, tantôt elles se trouvent renfermées à l'intérieur comme chez les larves de Libellules où elles tapissent les parois du rectum que remplit l'eau aspirée par la dilatation de l'abdomen.
§ 5. ■ — CirculatiOD. — L'appareil circulatoire des Insectes est loin de présenter le môme degré de perfection que l'appareil respiratoire; il est au contraire rudimentaire puisque le sang n'est pas conduit aux diverses parties du corps dans une canalisation spéciale, mais baigne simplement les organes en remplissant les lacunes qu'ils laissent entre eux. Il existe cependant un système central faisant circuler dans le corps le liquide sanguin; c'est un appareil de refou-
lement constitué par un tube allongé (vaisseau dorsal, fig. 23, v) placé au dessus du canal digestif (fig. 23, s) et s'étendant comme lui sur toute la longueur de l'individu; la partie du tube contenue dans l'abdomen est en général renflée et ce renflement contractile, divisé en compartiments successifs séparés les uns des autres par des valvules, constitue un cœur poussant d'arrière en avant le liquide sanguin qui sort du vaisseau dorsal par l'avant du tube pour s'épandre librement dans tout l'organisme.
Le sang des Insectes est formé comme celui de tous les animaux d'une partie liquide tenant en suspension des globules solides; il est incolore ou parfois à peine teinté.
§ 6. — DigestioD. — Le tube digestif des Insectes est situé dans le grand axe de la cavité générale du corps, au dessus de la chaîne ganglionnaire nerveuse ventrale et au dessous du vaisseau dorsal; décrivant une ou plusieurs circonvolutions, il est de longueur variable chez les différents types.
Ses parties principales sont en allant de la bouche vers l'anus:
Le -pharynx^ qui chez les insectes suceurs se développe en une poche pouvant se dilater et aspirer les liquides.
1^'' oesophage.
Le jabot dans lequel les Abeilles, Bourdons, etc. transforment en miel le nectar des fleurs.
Le ventricule chylijique\o\xd.ni dans la digestion le rôle prépondérant dévolu à l'estomac, chez les Vertébrés.
Le rectum et V iléon recevant les résidus de l'assimilation.
Le tube digestif est complété par des organes annexes tels que:
Glandes salivaires^ nulles chez la plupart des Coléoptères, très développées dans d'autres Ordres, notamment chez les Orthoptères.
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Caecums gastriques, petits culs de sacs débouchant dans le ventricule chylifique qu'ils hérissent extérieurement d'une sorte de villosité; ils servent d'organes d'absorption des sucs alimentaires élaborés par le tube digestif.
Tubes de Malpighi, conduits longs, sinueux et fins implantés vers le point de jonction de l'estomac et de l'intestin inférieur; ils servent d'organes excréteurs ou de canaux urinaires; leur nombre très variable n'est pas supérieur à 6 chez les larves mais oscille chez les adultes entre 2 et 100, voire plus, selon les différents types.
§ 7. — Système musculaire. — Nous n'entrerons pas dans les détails de la construction de l'appareil musculaire des Insectes; il est impossible de donner en quelques lignes une vue d'ensemble suffisamment claire de la constitution de ce système d'ailleurs peu étudié. Nous nous bornerons à indiquer que les Insectes sont capables de développer un effort beaucoup plus considérable comparativement que les Vertébrés.
Chacun a pu remarquer le volume des fardeaux traînés par les fourmis; des Hyménoptères emportent au vol dans leur nid, des proies plus lourdes qu'euxmêmes.
Nous ajouterons que des expériences précises faites par M. F. Plateau, ont permis de constater que chez les Insectes, la puissance musculaire est en raison inverse de la taille ; ainsi un hanneton, une abeille sont respectivement 20 fois et 30 fois plus forts qu'un cheval puisque ce dernier ne peut exercer un effort supérieur à 1/67 de son poids tandis qu'un hanneton entraîne une charge égalant 14 fois et une abeille 30 fois son poids. Une autre expérience de M. de Lucy a établi qu'un Lucane cerf-volant (fig. 53) pesant 2 grammes pouvait soulever entre ses mandibules une règle d'acier de 30 centimètres de long et pesant 400 grammes.
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§ 8. — Roprodiiction. — Les Insectes ont toujours des sexes distincts, sur deux individus différents; l'accouplement est direct et la femelle assure la perpétuation de l'espèce par la production d'œufs, dont la ponte survient peu de temps après l'accouplement; en règle générale l'insecte ne peut s'accoupler et se reproduire qu'après avoir terminé tout son développement et être parvenu à l'état d'insecte parfait (imago).
Il y a cependant des Insectes qui échappent à cette loi; leurs femelles n'ont pas besoin pour reproduire d'être fécondées par le mâle (parthénogenèse); certaines mettent au monde des petits vivants (viviparité); on connaît même des Insectes chez lesquels la reproduction peut présenter le phénomène qui a été appelé «poedogénèse». Ce phénomène consiste dans la production par la larve (forme primitive et transitoire de l'individu) de larves semblables à ellemême, ou bien dans la ponte par la nymphe (forme également transitoire qui suit l'état larvaire) d'œufs véritables et fécondés. Bien plus, les larves de quelques rares insectes s'accouplent comme les adultes des types normaux et pondent des œufs féconds comme les femelles adultes de ces types (progénèse).
Nous reparlerons en causant des Pucerons, de la parthénogenèse et de la viviparité, formes les plus communes de la reproduction anormale.
Une des modifications les plus intéressantes de l'appareil génital est celle que l'on rencontre chez les Insectes vivant en société (Abeilles, Guêpes, Fourmis, Termites). La population d'une ruche, d'une fourmilière, d'une termitière est surtout composée de neutres, c'est-à-dire d'individus chez lesquels les organes sexuels se sont atrophiés dès les premiers états et qui sont incapables de reproduire ; ils rempHssent les fonctions d'ouvriers et de soldats et se chargent des soins à donner aux larves, de l'entretien de l'habitation et de la défense de la colonie.
Les œufs des Insectes ont une enveloppe coriace; ils affectent des formes, des dessins et des couleurs extrêmement variés; ils sont tantôt déposés isolément, tantôt groupés les uns à côté des autres en plaques, en colliers, en rubans, etc., parfois ils forment une masse protégée par une enveloppe fabriquée par la femelle; certains sont rassemblés dans une capsule commune produite par la mère.
Les milieux auxquels sont confiés les œufs, diffèrent autant que les mœurs mêmes des Insectes; beaucoup sont pondus en terre, d'autres dans l'eau, dans les matières en putréfaction, sur les feuilles, aux fentes des écorces, sur les poils des mammifères ou les plumes des oiseaux, etc. Certains Insectes introduisent les leurs dans le bois ou les tiges des végétaux, dans les boutons à fleurs ou dans les fruits, enfin dans le corps même des animaux à sang chaud ou des Insectes.
Généralement le mâle meurt peu après l'accouplement et la femelle ne vit pas longtemps après que la ponte a été effectuée. Cependant les femelles de quelques Insectes sociaux (Abeilles, Termites) voient leur existence se prolonger durant plusieurs années au cours desquelles elles ne cessent de pondre tout au moins par périodes discontinues; chez certains types, un premier et unique accouplement suffit pour déterminer toute la ponte; le nombre d'œufs que ces femelles peuvent ainsi produire est extraordinaire ; on estime qu'une seule reine d'Abeille pond au moins 60000 œufs pendant sa vie et certaine espèce de termite donnerait deux millions d'œufs en un an.
L'individu une fois sorti de l'œuf, subit avant d'arriver à l'état d'insecte parfait des transformations profondes dont nous parlerons au chapitre Métamorphoses (Chap. III).
Armures génitales. — Il ne serait pas inutile de dire quelques mots sur les pièces qui entourent les
orifices externes des organes de la génération; nous laisserons cependant de côté les organes mâles et ceux qui cachés clans l'abdomen des femelles ne sont pas visibles ordinairement, pour ne parler que des organes susceptibles d'attirer l'attention de l'observateur le moins prévenu, par leurs effets ou leur évidence.
Ces pièces servent soit à la défense de l'individu, soit à l'attaque de la proie convoitée, soit à la ponte des œufs.
On rencontre celles de la première et de la deuxième catégorie chez beaucoup d'Hyménoptères (Abeilles, Guêpes, Bourdons, Fourmis, Iclmeumons, etc.); parmi celles de la troisième catégorie il en existe de très remarquables chez les Hyménoptères et chez certains Insectes appartenant à d'autres Ordres.
Le type des appareils de défense est Vaigiiillon porté par les ouvrières des Abeilles et des Guêpes. H est constitué par:
P le gorgeret forte pièce terminée en pointe acérée, formée de deux lames soudées dans leur longueur par le bord inférieur mais dont les bords supérieurs sont simplement juxtaposés;
2" le stylet, composé de deux dards accolés, grêles, aigus, barbelés à l'extrémité, creusés en gouttière à leur face interne et qui peuvent glisser dans le canal du gorgeret.
3^ les supports, pièces en arc, très élastiques, formant la base du gorgeret et du stylet; les muscles moteurs de l'aiguillon s'insèrent sur des plaques avec C{uoi elles sont en rapport;
4° un appareil à venin, comprenant deux longs conduits où s'élabore le venin; ces tubes se réunissent avant de déboucher dans une vésicule servant de réservoir et celle-ci débouche par un court canal à la base du gorgeret.
Lorsqu'une Abeille veut piquer, elle fait saillir de l'abdomen l'aiguillon et le fixe au moyen du stylet
qui poussé hors du gorgeret, pénètre dans la peau et s'y maintient par ses barbelures ; elle enfonce enfin le gorgeret et celui-ci appuyant sur le réservoir qui est pressé en même temps par les muscles constricteurs, instille dans la plaie le venin, coulant par le canal central du stylet.
Les Bourdons possèdent aussi un aiguillon mais la douleur causée par leur piqûre est beaucoup moins vive que celle occasionnée par les Guêpes ou les Abeilles; d'ailleurs le caractère débonnaire des Bourdons permet même à l'observateur de toucher au nid de ces insectes sans qu'on ait à craindre leur attaque.
Quelques Fourmis sont pourvues d'un dard et peuvent piquer qui les irrite ; mais les espèces d'Europe sauf une, ne font qu'une blessure à peine sensible à l'Homme.
Dans la catégorie des armures génitales servant à la capture d'une proie, nous signalerons l'aiguillon armant les Sphex et les Ammophiles, Hyménoptères dont quelques espèces françaises ont été magistralement étudiées par l'entomologiste J. H. Fabre.
Le Sphex à ailes jaunes approvisionne ses larves de Grillons préalablement paralysés d'un coup d'aiguillon; VAmmophile des sables emmagasine pour sa nichée des chenilles d'Agrotis qu'il a rendues de la même façon incapables de remuer; tous deux emploient le même procédé pour paralyser leur proie; quelques coups d'aiguillon sont données dans les ganglions nerveux de la chaîne ventrale et le gibier définitivement engourdi se conservera vivant mais immobilisé pour servir de nourriture aux petits du ravisseur pendant leur existence larvaire.
L'armure externe des pièces génitales est souvent adaptée à la ponte.
Si elle est construite de manière à percer une substance dure, à traverser une paroi avant de déposer l'œuf, elle prend le nom de tarière.
On voit à l'extrémité de l'abdomen des femelles de Sirex (PL 47) grands et beaux Hyménotères qui pendant leurs premiers états vivent à l'intérieur du bois, une pointe large et robuste ; c'est une tarière analogue à l'aiguillon des Abeilles; seulement chez le Sirex le dard aigu du stylet est remplacé par une lame faisant office de scie et de râpe à l'aide de quoi la femelle incise le tronc de l'arbre assez profondément et dépose l'œuf dans l'entaille.
Les Rhyssa (fig. 74) (Hyménoptères-Ichneumonides) sont parasites dans leurs premiers états des larves de ces Sirex vivant à l'intérieur des troncs d'arbres. Le Rhyssa qui dépose ses œufs dans le corps de la larve devant servir plus tard de nourriture à sa progéniture, possède une tarière ou plutôt une sonde affectant l'apparence d'une soie, d'un crin, dépassant de beaucoup la longueur du corps de son propriétaire; cette tarière très souple peut s'insinuer dans les moindres fissures du bois et est capable en outre en se raidissant de percer de minces parois ligneuses. Lorsque la femelle du Rhyssa qui explore extérieurement un tronc d'arbre, reconnaît la présence dans le bois d'une larve de Sirex, elle fait pénétrer lentement sa sonde au travers de toute l'épaisseur la séparant de sa victime, puis l'extrémité de cette sonde entrant en contact avec la larve, elle pique la peau et l'œuf glissant entre les valves de l'organe est introduit dans le corps.
D'autres Hyménoptères pondent leurs œufs sous la peau des chenilles au moyen d'une tarière semblable mais plus courte.
Si l'armure externe des pièces génitales est construite non plus pour percer une substance dure, mais simplement pour s'insinuer dans les fentes du bois, les gerçures du sol, etc. afin de déposer l'œuf dans le milieu convenable, elle prend le nom à^oviscapte; telles sont les lames qui prolongent l'extrémité de l'abdomen des femelles chez certains Coléoptères et
chez quelques sauterelles; chacun connaît le «sabre» de la Grande Sauterelle verte (fig. 63) ; ce sabre n'est qu'un oviscapte destiné à conduire les œufs dans les fissures du sol.
§ 9. — Sécrétions. — Indépendamment de l'élimination des déchets organiques, fonction commune à tous les Insectes, il se produit chez la plupart d'entre eux des sécrétions adaptées aux particularités biologiques de chaque type; ces sécrétions servent tantôt à la protection de l'individu pendant ses premiers états, tantôt à la défense de l'adulte; certaines contribuent au temps des amours à attirer les représentants de l'autre sexe.
Protection des premiers états. — Les femelles de beaucoup d'Insectes possèdent la faculté d'émettre en même temps que leurs œufs, des substances qui agglomèrent ceux-ci ou les entourent d'une enveloppe protectrice.
Un grand nombre de Papillons enduisent leurs œufs d'une gomme qui les fait adhérer fortement aux végétaux sur lesquels ils sont pondus. Quelques Orthoptères produisent avec les œufs une matière qui en se coagulant rapidement à l'air, entoure la ponte d'une capsule mettant cette ponte à l'abri de la dessiccation ou de l'humidité (coques ovigères, oothèques).
Un gros Coléoptère aquatique, VHydrophile brun pond ses œufs dans un volumineux cocon tissé d'une soie que la femelle émet par son extrémité abdominale; ce cocon est ensuite attaché aux feuilles des plantes immergées.
Les larves ne peuvent en général se protéger que par des moyens de défense purement passifs: certaines sécrètent des substances dont elles se font un abri ou qui éloignent l'adversaire par leur odeur ou leur causticité.
La soie filée par beaucoup de chenilles, est sécrétée par des organes analogues aux glandes salivaires; émise par la bouche, cette substance, fluide dans l'appareil séricigène, prend une consistance visqueuse dès sa sortie de l'appareil et aussitôt hors de la bouche, elle se solidifie en filaments agglutinants pour former le cocon où la chenille doit se transformer. Quelques larves se construisent également avec de la soie un étui ouvert par un bout; elles consolident extérieurement cet étui en y collant des brins de graminées, des feuilles (chenilles des Psyché) ou des herbes, des grains de sable, des coquillages (larves aquatiques des Phryganes).
Les larves des Fourmis se filent une coque avant d'effectuer leur nymphose; c'est cette coque nymphale qui souvent est considérée à tort comme l'œuf de la Fourmi.
La larve du Criocère du Lis (PL 93) se protège en se recouvrant de ses excréments qu'elle s'étale sur le dos.
La larve de V Aphrophore âciimeuse (Hémiptères), s'enferme dans une mousse blanche rejetée par l'anus; le langage populaire désigne sous les noms de Crachat de Coucou, Écume de Grenouille, etc. les petits flocons d'écume qu'elle forme ainsi sur les feuilles.
Le Puceron lanigère (PI. 44) secrète par tout le corps, des filaments blancs et cireux qui l'enveloppent d'une toison poisseuse.
La larve de Melasoma populi L. (PL 66) laisse pour se défendre, suinter par des glandes dermiques, un liquide acre dégageant une forte odeur d'amandes amères.
Nous devons faire rentrer dans la catégorie des sécrétions destinées à protéger les premiers états de l'individu, la production de substances servant à la construction d'une habitation commune.
La cire des Abeilles est sécrétée sur des lamelles insérées entre les segments de l'abdomen; ramassée par les brosses des pattes elle est employée par l'insecte à l'édification des cellules où sont élevées les larves.
Pour fabriquer la substance ressemblant à du papier dont sont formés l'enveloppe et les rayons de leurs nids, les Guêpes arrachent aux arbres des fragments de feuilles et d'écorces et les triturent des mandibules et des pattes en les agglutinant à l'aide de leur salive, mélangée peut-être d'une autre sécrétion.
On rencontre souvent sur les feuilles et les jeunes rameaux des chênes, des petites boules, grosses comme une bille, vertes, rosées ou noirâtres selon la saison; ce sont des galles causées par la piqûre de ponte des Cynips (Hyménoptères); au centre de la boule vit la larve qui se nourrit des tissus végétaux anormalement développés autour d'elle. Une piqûre simple ne suffirait pas à produire une excroissance aussi volumineuse sur le point attaqué; on est donc en droit de supposer que la déformation végétale est causée par un produit de sécrétion introduit dans le tissu en même temps que la ponte.
La piqûre des Guêpes, Abeilles, etc. n'est rendue douloureuse que par l'inoculation d'un venin introduit sous la peau en même temps que l'aiguillon; la même cause produit l'irritation succédant à la piqûre du «Cousin». Sécrétions également, l'odeur repoussante qu'exhale la Punaise des bois, le parfum d'essence de rose émis par la Cicindèle champêtre, l'arôme de cuir de Russie qui imprègne l'Osmoderme, etc., etc.
Le moyen qu'emploient pour se défendre, les Brachines ou Bombardiers est vraisemblablement fourni par une sécrétion spéciale; lorsque ces petits Coléoptères sont poursuivis, ils laissent échapper par l'anus un liquide caustique qui se vaporise instantanément, en produisant une crépitation faible, bien perceptible cependant à l'oreille humaine.
Signalons pour terminer ce paragraphe, la production de lueurs phosphorescentes constatée chez certains Insectes. Parmi ceux ci le plus connu est certainement le Lampyre ou Ver luisant (fig. 54à55); le mâle ailé ne ressemble nullement à la femelle, qui présente l'aspect d'une larve. L'intensité du pouvoir photogénique est soumis à la volonté de l'insecte; la lueur est émise par un organe situé sur la face ventrale des derniers segments abdominaux ; bien que la structure anatomique de cet organe soit suffisamment connue, aucune explication physique ou physiologique satisfaisante n'a encore été fournie sur la façon dont se produit le phénomène.
D'autres Insectes de nos contrées sont plus phosphorescents que les Vers luisants; les Lucioles qui la nuit voltigent en troupes scintillantes dans les jardins du littoral méditerranéen, sont presque aussi connues que les Lampyres; mais les facultés photogéniques de nos espèces indigènes sont de beaucoup dépassées par celles de certains types exotiques.
Les Pyrophores notamment. Coléoptères voisins de nos «jTaupins », possèdent un pouvoir éclairant tel, qu'autrefois les naturels des contrées de l'Amérique centrale où vivent ces insectes, s'en servaient comme de lanternes pour s'éclairer dans leurs courses nocturnes; ils les nomment Mouches de feu, Cucujos, etc.; actuellement encore les femmes créoles rehaussent parfois l'éclat de leur toilette, en fixant des Cucujos vivants dans leur robe de gaze ou dans leur coiffure.
§ 10. — Mimétisme — Homochromie. — Puisque, à propos des sécrétions, nous venons de citer quelques uns des procédés passifs de défense dont certains Insectes disposent, nous devons placer ici une courte définition des particularités auxquelles on a donné les noms de Mimétisme et d' Homochromie.
On appelle Mimétisme, la similitude d'aspect, qui permet jusqu'à un certain point, de confondre un être vivant, soit avec le milieu, les objets qui l'entourent, soit avec des espèces mieux armées ou avec celles aux dépens desquelles il vit.
ITHomochromie est le même phénomène limité à la similitude de coloration.
Le Mimétisme et l'Homocliromie se combinent souvent chez le même individu.
Beaucoup d'Insectes exotiques présentent des cas absolument remarquables d'Homochromie et de Mimétisme, mais même dans la faune entomologique de nos régions, on rencontre des espèces chez lesquelles ces phénomènes se manifestent d'une façon fort nette.
Le Lasiocampa quercifolia L. (PI. 16) posé sur les feuilles mortes est presque invisible, tellement il ressemble comme forme et comme couleur aux feuilles desséchées des hêtres ou des charmes (mimétisme et homochromie).
Les chenilles arpenteuses parcourant les branches, redressent tout leur corps dès qu'un danger les menace et se tiennent raidies et immobiles, simulant à s'y méprendre des tronçons de ramilles privées de feuilles (homochromie et mimétisme).
Le Bacillus Gallicus Charp. (fig. 61) Orthoptère mince, sec, raide et droit comme une brindille, conserve pendant des heures sur les buissons la même attitude à l'extrémité des branches dont il semble être un prolongement (mimétisme et homochromie). La Sésie apiforme, papillon pacifique, ressemble beaucoup de loin au Frelon redoutable que peu d'animaux osent attaquer. La Catocale du Frêne et nombre de Noctuelles (Lépidoptères) se confondent absolument avec l'écorce des arbres sur lesquels elles se tiennent appliquées (homochromie).
Les Psithyres (Hyménoptères) vivent en parasites des Bourdons auxquels ils ressemblent étonnamment (mimétisme).
Nous pourrions multiplier ces exemples pendant des pages entières sans épuiser la liste des Insectes, qui en France seulement, sont intéressants à ce sujet.
§ 11. — Différences sexuelles extérieures. — Dans la presque totalité des espèces, le mâle (ç^) diffère de la femelle (Ç) par des modifications plus ou moins grandes des antennes, des pattes, des ailes, de la tête, du corselet, etc. ou par quelque particularité de taille ou de couleur, les mâles étant en général plus petits et d'une coloration plus variée ou plus accentuée. Mais à côté de ces modifications relativement peu accentuées, on constate entre les deux sexes de certaines espèces, des différences de forme, de coloris et même de mœurs, si profondes, qu'il ne viendrait pas à l'idée de réunir le mâle et la femelle sous un même nom, si la constatation de leur accouplement ne venait révéler leur affinité complète.
Bien des naturalistes s'y sont d'ailleurs trompés et tandis que les mâles de certains Insectes ont été placés dans une Famille, leurs femelles se sont vues classées dans un groupe très éloigné. On ne compte plus les erreurs de moindre importance consistant à considérer comme espèces différentes d'un même Genre les deux sexes d'un même type, mais ces erreurs semblent bien naturelles lorsqu'on voit rapprochés dans une collection le mâle et la femelle des espèces en question. Voici quelques exemples de différences sexuelles faciles à vérifier, les Insectes qui les présentent se rencontrant communément:
Les mâles des Dytiques (fig. 51), Coléoptères aquatiques ont les tarses antérieurs élargis en cupules pour qu'ils puissent se cramponner aux élytres de la femelle qui sont en général sillonnés longitudinale ment, ceux
des mâles restant lisses. Disposition analogue des mêmes tarses chez le mâle do V Hydrophile brun^ autre Coléoptère aquatique. - Le mâle du Lucane cerf-volant (fig. 53), possède des mandibules développées en longues branches cornues, tandis que celles de la femelle se réduisent à une pince courte et pointue. — Le mâle du Verluisant (fig. 54), est ailé; sa femelle (fig. 55) aptère se traîne lourdement sur le sol. Môme différence sexuelle chez Hyhernia defoliaria L. (PI. 56), Orgyia antiqua L. (Lépidoptères), etc. — Les antennes des mâles de Bombyx (Lépidoptères) ressemblent à des plumes; celles des femelles sont comme des soies.
Chez les Taons^ les Cousins (Diptères) les femelles ont les pièces buccales construites pour piquer; les mâles n'ayant que des mandibules rudimentaires sont incapables de percer un tissu.
Les mâles des Abeilles^ des Guêpes, etc. sont privés de l'aiguillon qui arme les femelles et les ouvrières; l'abdomen des femelles de Sirex (PI. 47) des V aigus (PI. 6) est prolongé par une tarière qui manque chez le mâle.
Les différences de structure ou de coloration entre deux individus d'une même espèce, constituent le phénomène auquel on à donné les nom.s de dimorphisme et de polymorphisme.^ selon que le type peut se présenter sous deux ou plusieurs formes distinctes.
Certaines espèces de Papillons affectent un dimorphisme ou un polymorphisme sexuel très accentué:
Les femelles de Papilio Memnon L. qui habite la Malaisie, les îles de la Sonde, sont différentes des mâles et existent sous deux formes n'ayant entre elles aucune ressemblance.
Dans l'Afrique du Sud, le Papilio Merope Cram. présente trois types femelles tous très distincts de la forme mâle.
Le dimorphisme peut être saisonnier, c'est-à-dire que les représentants d'une espèce, nés en été ne ressemblent pas aux individus de cette même espèce éclos au printemps. Tel est le cas du papillon de nos bois nommé vulgairement « La Carte géographique)) ^i scientifiquement Vanessa levana L. sous sa forme de printemps, Vanessa prorsa L. sous sa forme d'été. On rencontre sa chenille sur l'ortie depuis Juin jusqu'en Septembre. La forme de printemps ( Vanessa levana L.) est composée des papillons éclos en Mai qui étant chenilles en Septembre de l'année précédente ont subi à l'état de chrysabde^ les rigueurs de l'hiver; leurs ailes, de couleur fauve rougeâtre sont parsemées de nombreuses taches noires. La forme d'été (prorsa) est constituée par les insectes nés d'oeufs pondus en Mai par la forme levana; ils ont vécu en Juin à l'état de chenille, en Juillet à l'état de chrysahde et sont devenus adultes en Août; toutes leurs transform.ations s'étant accomplies pendant la belle saison, ils ont subi sous tous leurs états, l'action de la chaleur; leurs ailes sont noir-bleuté, barrées et tachées de marques blanches. Cette forme d'été prorsa pondra en Août l'œuf qui produira au printemps suivant la forme levana.
Pour démontrer que la différence entre les deux formes de «La Carte géographique» n'est due qu'à l'influence de la température sur les chrysalides, on a modifié et en quelque sorte transposé expérimentalement cette différence saisonnière; en soumettant à l'action de la chaleur les chrysalides d'hiver, on a obtenu la forme adulte d'été, Vanessa prorsa; inversement après avoir soumis à l'action du froid les chrysahdes d'été, on a obtenu la forme adulte de printemps, Vanessa levana.
Voir Chap. III Métamorphoses p. LU.
LU