‹ Les insectesChapitre 15 sur 40 · Ibidem , figure · texte numérisé non relu

Ibidem , figure

Réaumur plaça dans une serre chaude, au mois de janvier, des chrysalides qui ne devaient éclore qu’au mois de mai, et quinze jours après les papillons avaient paru. D'autre part, il renferma pendant tout un été des chrysalides au sein d’une glacière, et il retarda par ce moyeu leur éclosion de toute une année. L’influence de la température sur la période d’incubation, et partant l’influence des saisons sur la longueur de cette période, sont complètement mises en lumière par ces expériences.

Voyons maintenant comment les papillons se délivrent de leur dépouille dernière. Quitter le fourreau d’une chrysalide n’est pas une opération aussi laborieuse que l’a été pour le même insecte celle de quitter le fourreau de chenille. C’est que le fourreau delà chrysalide est plus sec; il n’adhère pas partout au corps, il est friable.

Les papillons dont la chrysalide est enfermée dans une coque, se débarrassent de cette chrysalide dans la coque même. Pour assister à la dernière opération que nous avons à considérer, on peut ouvrir la coque, et en retirer la chrysalide, avec délicatesse et sans la blesser. Si on la place alors dans une boîte, on voit la métamorphose s’accomplir à l’époque voulue.

Pour étudier plus commodément cette dernière évolution des insectes qui nous occupent, Réaumur avait couvert une assez grande étendue de la tapisserie de son cabinet, avec des chrysalides de la Grande Tortue et du Zigzag de Geoffroy .

Lorsque les parties du corps du papillon ont pris à l’intérieur de ia coque une certaine solidité, l’animal n’a pas de grands efforts à exécuter pour faire fendre en divers endroits la menbrane mince et friable qui l’entoure. Pour peu qu’il se gonfle ou qu’il se remue, une petite ouverture se fait dans le fourreau desséché. S’il réitère ses mouvements, l’ouverture s’agrandit, et lui permet bientôt de sortir.

C’est sur le milieu de la partie supérieure du corselet que l’enveloppe commence à se fendre. La fente s’étend sur le milieu du front et du dos. Les pièces du corselet s’écartent, se séparent des autres parties auxquelles elles étaient jointes, et le papillon peut profiter de l’ouverture qui s’est faite et qui peut

LEPIDOPTERES.

le laisser sortir. Peu à peu aussi il avance sa tête. La tête se présente la première hors de la dépouille, et il finit par s’en retirer entièrement.

Le papillon emploie un temps assez long à sortir de ses langes; car il faut considérer que, sous l’enveloppe générale de la chrysalide, ses jambes, ses antennes, ses ailes et plusieurs autres parties, sont renfermées dans des étuis particuliers. Ces conditions particulières expliquent que l’animal ait quelque peine et doive employer quelque temps à dégager toutes ces parties.

Enfin notre prisonnier est sorti de son étroite cellule. Délivré de sa vieille défroque, il voit briller le jour. Quel poète nous décrira les sensations de cette charmante et frêle créature qui, nouveau Lazare , vient de sortir du tombeau , et pour la première fois jouît de la lumière éclatante du jour, du ciel radieux et des fleurs aux senteurs enivrantes, qui appellent ses caresses et ses baisers !

Dans cet être nouvellement éclos, les ailes sont ce qui frappe le plus. Elles sont très-petites à l’instant de la naissance.

La figure 138 représente, d’après Réaumur1, un papillon nocturne, au moment où il vient de sortir du fourreau de sa chrysalide. Mais au bout d’un quart d’heure, d’une demi -heure à peine, les ailes se montrent dans toute leur étendue. Seulement elles sont pressées, retirées sur elles-mêmes, comme le représente la figure 139, donnée par Réaumur.

Réaumur ayant pris entre ses doigts une aile très-courte d’un papillon qui venait d’éclore, la tira doucement dans tous les sens. Il parvint ainsi à lui donner toute l’étendue qu’elle aurait prise naturellement. Selon Réaumur, une aile naissante, et qui paraît si petite, est pourtant déjà pourvue de toutes ses parties. Seulement elle est pliée et repliée sur elle-même. Il

Fig. 138. Papillon nocturne venant de sortir du fourreau d’une chrysalide.

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