Tome I, planche 1, fig. 1 à
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les plus brillantes et les plus variées, quoique la surface des écailles visibles à l’œil soit souvent sombre et terne.
« c Je suppose, dit M. Bernard Deschamps, qu’un peintre possédât le secret des. couleurs assez riches pour pouvoir présenter sur la toile, avec tout leur éclat, l’or, l’argent, l’opale et le rubis, le saphir, l’émeraude et les autres pierres précieuses que produit l’Orient, qu’avec ces couleurs il formât toutes les nuances qui pourraient résulter de leur combinaison, on peut affirmer, sans crainte d’être jamais démenti, qu’il n’y aurait aucune de ces couleurs et de leurs nuances, quel qu’en soit le nombre, que le microscope ne puisse faire découvrir, sur la partie des écailles des Lépidoptères, que la nature s’est plu à dérober à nos regards. »
Chacune de ces écailles adhère à la membrane de l’aile, par un petit tuyau, qui s’y trouve solidement soudé. Réaumur a signalé l’arrangement admirable de ces écailles, qui sont disposées comme celles des poissons, c’est-à-dire de manière que celles d’un rang soient un peu en recouvrement sur celles du rang qui suit.
Fig. 144. Portion d’aile du Grand Paon, vue au microscope.
La figure 144, que nous empruntons au mémoire de Réaumur, est celle d’une portion d’aile du Grand Paon grossie sous le microscope. On y voit les écailles disposées en rangées; on en voit d’isolées, et les points où d’autres étaient implantées avant qu’on les eût* fait tomber.
La charpente membraneuse qui porte les écailles colorées des papillons, vaut bien la peine d’être considérée un instant. Elle consiste en deux lames membraneuses, intimement unies
entre elles par leur face interne, et. divisées en plusieurs parties distinctes par des filets cornés fistuleux, filiformes, plus ou moins ramifiés, qui semblent destinés à supporter les deux lames membraneuses indiquées plus haut, et qui se ramifient de la base au bord extérieur de l'aile. Leur nombre, en les comptant du bord extérieur, n'est pas toujours le même aux ailes du dessus et â celles du dessous. Il varie depuis huit jusqu'à douze.
Avec ses ailes grandes et légères, le papillon (nous parlons des papillons diurnes) peut voler longtemps. Mais ce vol n’est point régulier, il ne se fait point suivant une ligne droite. Quand l’insecte doit faire un chemin de quelque longueur, il monte et descend alternativement. La ligne de sa route est composée d’une infinité de zigzags, qui vont de haut en bas, et de droite à gauche. L'irrégularité de ce vol empêche le petit insecte d'être la proie des oiseaux.
a Je vis un jour avec plaisir, dit Réaumur, un moineau qui poursuivit en l’air un papillon pendant plus d’un demi-quart d’heure sans venir à bout de le prendre. Le vol de l’oiseau était pourtant considérablement plus rapide que celui du papillon, mais le papillon se trouvait ou plus haut ou plus bas que l’endroit où l’oiseau arrivait, et où il avait cru le joindre. s
Mais quittons les ailes, pour passer aux autres parties du papillon. Ces autres parties sont le corselet , le corps ou abdomen et la tête .
Le corselet est solidement construit pour soutenir les mouvements des ailes et les pattes. Celles-ci sont composées, comme
Fig. 145. Patte
de papillon munie de crochets.
Fig. 146. Patte impropre à la marche.
dans les autres insectes, de cinq parties : la hanche, le trochanter, la cuisse, la jambe et le tarse.
Beaucoup de papillons ont les six pattes d’égale longueur.
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Chez d’autres, les deux pattes antérieures sont très-petites et impropres à la marche. Chez d’autres encore, elles sont comme avortées, dépourvues de crochets, très-velues et appliquées sur le bord antérieur de la poitrine en manière de palatine.
On voit très-bien cette différence de structure dans les figures 145 et 146, dont, l’une représente, d’après Réaumur, une patte munie de ses crochets, et l’autre une patte impropre à la marche, très-poilue et terminée par une sorte de pinceau, ou de bout de palatine.
L 'abdomen a la forme d’un ovale allongé, ou presque cylindrique, dans la majorité des espèces. Il se compose de cinq anneaux, formés chacun d’un anneau supérieur et d’un anneau inférieur, unis entre eux par une membrane. Les premiers sont plus grands que les autres et en. recouvrent le plus souvent les bords, ce qui donne à cette partie du corps la faculté de se dilater considérablement.
Nous nous arrêterons plus longtemps sur la tête du papillon.
Cette tête est généralement arrondie, comprimée en avant, plus longue que large, garnie de poils fins ou écailleux. Les organes importants dont cette partie est le siège, sont les yeux, les stemmates, les antennes, les palpes et la trompe.
Les yeux des papillons sont plus ou moins sphériques, bordés de poils et composés d’innombrables petites facettes. On y voit souvent des couleurs aussi variées que celles de l’arc-enciel. Mais la couleur qui leur sert de base à toutes, est le noir dans quelques papillons, le. brun ou le gris dans d’autres; encore, ce sont diverses couleurs d’or ou de bronze des plus éclatantes, qui tirent tantôt sur le rouge, tantôt sur le jaune, tantôt sur le vert.
On a compté 17 325 facettes sur l’œil composé d’un papillon. Des yeux simples ou lisses s’observent en outre chez certaines espèces, et sont ordinairement plus ou moins cachés par les écailles.
Les antennes sont situées près du bord supérieur de chaque œil. Réaumur en a indiqué six formes principales. Les unes sont terminées par un bouton et appartiennent à un grand
nombre de papillons qu’on voit, pendant le jour, se poser sur les fleurs.
Les autres sont en massue , et appartiennent à des espèces qui volent en bourdonnant au-dessus des fleurs, sans s’y poser.
Les autres sont 'prismatiques, ou en chapelet. Les autres enfin sont faites comme des plumes.
Fig. 147-155. Antennes de papillons.
Nous réunirons dans une même planche (fig. 147-156) les différentes formes d’antennes de papillons que Réaumur a rassemblés dans les planches 8 et 9 de son 5e mémoire1.
Les palpes sont au nombre de quatre, deux maxillaires et deux labiaux. Les premiers sont ordinairement excessivement réduits; on ne peut constater leur existence qu’à l’aide d’une
1. Sur les parties extérieures des papillons , tome Ier, page 197.
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forte loupe; les seconds sont en général très-apparents, redressés, cylindriques, couverts d’écailles et formés de trois articles, dont le dernier souvent très-petit et parfois assez développé en façon de pointe. On les voit aussi se hérisser do poils raides ou soyeux.
On trouve immédiatement après la trompe. Si Ton observe même à l’œil nu le dessous de la tête, la trompe est précisément entre les deux yeux.
Tant que le papillon ne veut pas prendre de nourriture, la trompe reste roulée en spirale. Il y a des trompes courtes, qui ne forment guère qu’un tour et demi ou deux tours; il y en a de grandeur moyenne, qui forment trois tours et demi ou quatre tours; enfin il y en a de très-longues qui font plus de huit ou dix tours.
Voici comment le papillon se sert de sa trompe. Lorsqu’il voltige autour de quelque fleur, il va bientôt se poser dessus ou tout auprès. Il porte ensuite en avant sa trompe, entièrement ou presque entièrement déroulée; bientôt après il la redresse au point de lui laisser à peine un peu de courbure ; il la dirige en bas et la plonge dans la fleur. Quelquefois il l’en retire un instant après, pour la courber, pour la contourner un peu, et quelquefois même, pour lui faire faire quelques tours de spirale. Sur-le-champ il la redresse pour la plonger une seconde fois dans la même fleur, d’où il la retire pour la recourber. Il répète sept ou huit fois le même manège et vole sur une autre fleur. Fig. 157.
Cette trompe, dont le papillon faits! d’une trompe de papillon, bon usage, se compose de deux filets plus d’apres Reaumur. ou moins longs, cornés, concaves à leur face interne, engrenés par leurs bords. Lorsqu’on la coupe transversalement, on voit, d’après Réaumur1, que l’intérieur se compose de trois petits anneaux. Par conséquent, il y a trois canaux dans la trompe, dont un central et deux latéraux (fig. 157).
1. Planche 9, fig. 10, 5e mémoire Sur les parties extérieures des papillons.
Servent-ils tous trois à conduire le suc des fleurs dans le corps du papillon? Réaumur a fait de très-intéressantes observations à cet égard, en observant le manège d’un papillon nocturne qui s’était mis à sucer un morceau de sucre, pendant qu’on le dessinait.
<r Je tenais d’une main, dit Réaumur, une forte loupe que j’approchais de la partie de la trompe que je voulais considérer. J’étais quelquefois une demi-minute , ou près d’une minute sans rien apercevoir, après quoi je voyais clairement une petite colonne de liqueur monter avec vitesse tout le long de la trompe. Souvent cette colonne paraissait coupée par de petites bulles qui semblaient être des bulles d’air qui avaient été attirées par la liqueur. Celle-ci montait ainsi pendant trois ou quatre secondes, et cessait de monter. Au bout d’un intervalle d’un plus grand nombre de secondes, ou quelquefois après un intervalle aussi court, on voyait monter de nouvelle liqueur. Mais c’était tout le long du milieu de la trompe que la liqueur paraissait monter, et elle y montait à plein canal.... L’auteur de la nature a donné aux 'petits animaux des moyens d’opérer très-simples que nous ne savons pourtant pas deviner et que souvent nous ne sommes pas à portée de voir. Pendant que j’observais la trompe de notre papillon, entre les colonnes de liqueur que j’y voyais monter, il y avait, mais plus rarement, des temps où je voyais au contraire de la liqueur descendre à plein canal, depuis la base de la trompe jusqu’à sa pointe. La liqueur qui était ainsi poussée en bas, occupait plus de la moitié ou des deux tiers de la longueur de la trompe. 11 n’est plus difficile à présent de voir comment le papillon peut se nourrir du miel, du sirop le plus épais et même du sucre le plus solide. La liqueur qu’il darde en bas est apparemment très-liquide, elle est poussée sur lë sucre, elle le mouille, elle le dissout. Le papillon repompe ensuite cette liqueur lorsqu’elle s’est chargée de sucre , il la conduit jusqu’à la base de sa trompe et par delà, »
L’existence est très- courte chez les Lépidoptères arrivés à l’état parfait.
Comme presque tous les insectes, ils meurent dès qu’ils ont assuré leur postérité.
La femelle dépose ses œufs sur la plante qui doit nourrir sa progéniture.
Ces œufs sont un peu oblongs. Leur couleur est très-variée, et passe par toutes les nuances. Au moment où ils viennent d’être pondus, ils sont enduits d’une matière gluante, insoluble dans l’eau, qui sert à les fixer sur le végétal nourricier.
Chez quelques espèces, la mère dépose les œufs sur les troncs
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des arbres, et prend soin de les recouvrir avec du duvet ou avec les poils qui garnissent son abdomen, afin de les préserver du froid et de Thumidité. Elle peut aussi les cacher entièrement sous une substance blanchâtre, écumeuse.
Il est des papillons qui ne pondent pas au delà de cent œufs; il en est qui en pondent plusieurs milliers.
Pour terminer Phistoire des Lépidoptères, il ne nous reste qu’à présenter le tableau de leur classification, et à signaler des espèces remarquables, soit par leur vulgarité, soit par leur beauté, soit par leur utilité.
Nous voyons pendant le jour des papillons voler dans nos jardins, dans les prairies pleines de fleurs ou dans les allées des bois. Vers le soir, à l’heure sombre du crépuscule, le promeneur est quelquefois surpris de voir passer près de lui de gros papillons, au vol lourd et inégal. Enfin, si l’on entre dans un jardin, par une belle nuit d’été, à la fois chaude et calme, en se munissant d’une lumière, on voit une foule de petits papillons accourir de toutes parts vers la lumière.
Cette promenade nocturne dans un jardin ou dans la campagne, avec un flambeau d’une main, et le filet de l’autre, est môme le moyen généralement employé par les amateurs pour chasser les papillons qui ne se montrent que la nuit. C’est la scène que nous représentons dans la planche 159.
C’est en raison de ces heures différentes, où se montrent les papillons, que les naturalistes ont longtemps divisé ces insectes en diurnes , crépusculaires , et nocturnes .
Cette division était simple, .commode, et paraissait fondée sur la nature. Malheureusement les nocturnes des anciens auteurs ne volent pas tous la nuit. D’un autre côté, certaines espèces rangées par les anciens naturalistes parmi les papillons crépusculaires ou nocturnes se montrent au beau milieu du jour, et butinent aux plus chauds rayons du soleil. D’ailleurs les nocturnes ne sortent que pour un moment de leur repos au milieu de la nuit, dont la fraîcheur ordinaire les engourdit. Ajoutons que, dans les régions voisines des pôles, ils paraissent pendant le jour, et que dans d’autres contrées ils sont plus ou moins amis du crépuscule.
C’est pour ces raisons sans réplique que les trois divisions autrefois admises sont rejetées par les naturalistes modernes.
Pour ne pas multiplier les divisions méthodiques, nous nous bornerons à classer les Lépidoptères en deux sections.
La première section renferme les papillons qui voltigent pendant le jour, qui ont les antennes en forme de massue , et présentent leurs quatre ailes entièrement libres entre elles, et se relevant perpendiculairement l'une contre Vautre , dans Vètat de repos.
Cette section se divise en un certain nombre de familles, et celles-ci comprennent beaucoup de genres. Nous nous contenterons d’appeler l’attention du lecteur sur quelques-uns de ces groupes les plus remarquables, et sur les espèces qui, par leur vulgarité ou leur beauté, frappent ou doivent frapper l’attention de tout le monde.
Dans la famille des Papillonides , nous citerons d’abord le genre Papillon, auquel appartiennent les espèces connues sous les noms de Machaon ou Grand porte-queue, Flambé , V Apollon et le Serai- Apollon.
Fig. 158. Machaon.
Le Machaon (fig. 158) se trouve très-communément aux environs de Paris. Il paraît depuis le commencement de mai jus-
Fig. 159. Chasse aux papillons nocturnes.
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y • I Ni
cfue vers la mi-juin; ensuite depuis la fin de juillet jusqu’en septembre. Il fréquente les jardins, les bois et surtout les champs de luzerne. On le prend sans peine lorsqu’il est posé, particulièrement au coucher du soleil.
Le Machaon est un des plus grands et des plus beüux papillons de notre pays. Il est panaché de jaune et de noir. Ses yeux, ses antennes, sa trompe sont noirs, Son corps est jaune sur les côtés et en dessous, noir en dessus. Les ailes supérieures sont à bords arrondis; les inférieures au contraire sont dentelées, et l’une des dentelures se prolonge en une sorte de queue- Les premières sont noires, tachées et rayées de jaune; les secondes ont leur partie supérieure et leur milieu jaunes, avec quelques traits noirs seulement. Vient ensuite une large bande transversale noire, mais couverte d’une poussière azurée; enfin, six taches jaunes en forme de cr oissant régnent sur le bord et aboutissent à un œil magnifique de couleur rougeâtre, bordé de bleu.
La chenille de cette espèce, si belle et si commune, est grande, lisse, munie de seize pattes, d’un beau vert clair, avec une bande transversale d’un noir foncé sur chaque anneau (fig. 160). Ces bandes sont parsemées de taches orangées. Ün voit que la livrée de la chenille est très-belle, et bien digne de l’être ailé qu’elle doit produire. Elle vit sur le fenouil, la carotte et d’autres plantes de la famille des Ombellifères. Si on l’impor-
Fig. 160.
tune, elle fait sortir du premier anneau après la tête un tentacule charnu orangé, fait en forme de V.
La chrysalide qu’on voit attachée par un fil au-dessous de la branche, est tantôt d’un vert clair, tantôt grisâtre.
Dans les Basses-Alpes, sur les plateaux des environs de Digne et de Barcelonette, existe au mois de mai et de juillet
YAlexanor (fîg. 161). En Corse et en Sardaigne se trouvent YHospiton, espèce rare, voisine de notre Machaon, et que nous nous contenterons de signaler ici.
Fie. toi. Alexanor.
Le Flambé a une forme très-analogue à celle du Machaon. 11 est de couleur jaune, un peu pâle (fig. 162) et flambé de noir, Les ailes inférieures portent une queue plus longue et plus line que celle du Machaon, et sont magnifiquement ornées de lunules bleues et d'un œil de couleur orange, bordé de bleu par enbas. Cette belle espèce n’est pas rare à Montmorency, à file- Adam et à Saint-Germain. Elle paraît pour la première fois à la lin d’avril, et pour la seconde en juillet et en août.
V Apollon (lig.163) est un beau papillon qui paraît en juin et juillet, et qu’on trouve assez communément dans les Alpes, les Pyrénées, les Cévennes. Ses ailes sont d’un blanc jaunâtre. Le dessus des premières ailes offre cinq taches noires presque rondes; la base et le bord antérieur de ces ailes sont parsemés
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d’atomes noirs. Le dessus des secondes ailes présente deux yeux d’un rouge vermillon. Le bord interne est garni de poils
Fig. 162. Flambé.
blanchâtres, largement pointillé de noir et marqué vers son extrémité de deux petites taches noires. Le dessous des pre-
Fig. 163. Apollon.
mières ailes est à peu près semblable au dessus. Mais le dessous des secondes offre, en outre, quatre taches rouges bor-
dées de noir, formant une bande transversale près de la base. Le corps est noir, garni de poils roussâtres; les antennes sont blanches avec la massue noire.
Les chenilles des Apollons vivent sur les Saxifrages. Pour se transformer, elles s'entourent d’un léger réseau de soies, maintenant une ou plusieurs feuilles enroulées autour d’elles. Ces chenilles sont lisses, cylindroïdes, épaisses, munies de petits mamelons un peu velus, ornées sur leur premier anneau d'un tentacule charnu en forme d’Y. Les chrysalides sont cylindroconiques, saupoudrées, comme le sont les prunes, d’une sorte d’efflorescence bleuâtre.
Le Semi-Apollon , ou Parnassien Mnèmosyne , vit au mois de juin dans les montagnes du Dauphiné, en Suisse, en Sicile, en Hongrie , en Suède, dans les Pyrénées.
Dans la famille des Piérides , nous citerons plusieurs espèces remarquables à divers titres, telles que le Gazé, le grand Papillon du chou , le petit Papillon du chou , la Piéride du navet et la Piéride Callidice , Y Aurore de Provence , Y Aurore, le Citron , le Souci •
Le Gazé ( Pieris cratægi ) est blanc tant en dessus qu’en dessous; les nervures seules des ailes sont noires et s’élargissent un peu au bord des ailes supérieures. Ces nervures noires sur un fond blanc assez' transparent font ressembler ce papillon à une gaze. Il voltige au printemps et en été dans les prairies et dans les jardins. Dans le premier volume de ses Voyages dans le nord de la Russie, Pallas rapporte qu’il vit voler des individus de cette espèce aux environs de Winofka en grande abondance, qu’il les prit d’abord pour des flocons de neige.
Le Gazé se fixe, au coucher du soleil, sur les ‘fleurs où on peut le prendre aisément avec la main. Pendant le jour, au contraire, il est difficile à saisir:
Sa chenille (fig. 164), noire dans le premier âge, se garnit ensuite de poils jaunes et blancs courts. Elle vit en société, sous une toile soyeuse qu’elle file, et dans laquelle elle pratique de petites cases, pour s’y mettre à l’abri de l’humidité et des froids d’hiver. Aux approches du printemps, elle ronge les bourgeons des arbres de nos jardins. Les feuilles de l’au-
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bépine, celles du prunier sauvage, celles du cerisier odorant et de plusieurs arbres fruitiers servent à sa nourriture.
La chrysalide jaune ou blanche, et quelquefois de ces deux couleurs avec de petites raies et des points noirs, offre des angles arrondis et est terminée antérieurement par une pointe mousse.
Le Grand Papillon du chou ( Pieris brassicæ) est peut-être le plus commun de tous les papillons. Depuis le commencement du printemps jusqu'à la fin de l’automne, on le voit voltiger partout, dans les jardins, quelquefois aux portes et presque à l’intérieur des villes.
On voit quelquefois, avec surprise, voler jusqu’au milieu de nos rues ce blanc messager des campagnes. On dirait qu’il vient apporter aux habitants des villes, confinés dans l’étroite enceinte de leurs murs, un échantillon de ce délicieux caprice de la nature qui s’appelle le Papillon.
Le Grand Papillon du chou (fig. 164) est d’un blanc mat, ta-
cheté de noir. On l’aperçoit de très-loin , quand il voltige de fleur en fleur, dans une prairie ou dans un jardin. Aussi les enfants font-ils une guerre acharnée à cette proie fuyante. La poursuite du Papillon blanc à travers les allées des parcs, le long de la lisière des bois, ou sur le vert gazon des prairies, est la première joie et la première passion de l’enfant dans nos campngnes.
La chenille du Grand Papillon du chou (fig. 165) est d’un vert jaunâtre ou d’un jaune un peu verdâtre, avec trois raies jaunes longitudinales séparées par de petits points noirs, donnant
naissance chacun à un poil blanchâtre. Elle vit par groupes sur les chqux dans les jardins, et sur beaucoup d’autres plantes de la famille des Crucifères. Elle est si vorace qu’elle consomme par jour plus du double de son poids, et comme elle se multiplie trèsvite, elle produit de grands ravages dans les potagers,
Sa chrysalide (fig. 165) est d’un cendré blanchâtre, tachetée de noir et de jaune .
La Piéride de la rave , ou Petit Papillon blanc du chou, ne diffère guère du papillon précédent que par la grandeur. Sa chenille est verte, avec trois lignes jaunes. Elle vit sur le chou, le navet, le réséda, la capucine. Elle n’y fait pas beaucoup de dégâts. Les jardiniers l’appellent le ver du cœur, parce qu’elle pénètre entre les feuilles pressées.
La Piéride du navel ( Pieris napi) est assez semblable aux précédentes, mais les ailes, les inférieures surtout, ont en dessous de larges veines, ou bandes, de couleur verdâtre (fig. 166).
Fig. 165.
Chenille et chrysalide du Papillon du chou.
La Piéride Callidice , dont les ailes sont blanches et tachetées de noir, est commune dans les Alpes de la France, de la Savoie et de la Suisse et dans les Pyrénées. Sa chenille vit près des régions des neiges éternelles, sur de petites plantes crucifères.
Les Aurores offrent, chez les mâles, l’extrémité des ailes supérieures d’un beau jaune orange. Le reste des ailes est blanc dans l’espèce des environs de Paris, qu’on trouve dans
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les Lois, depuis la fin d’avril jusqu'au milieu de mai, et jaune soufre chez Y Aurore de Provence (fig. 167), qu’on trouve si com-
Fig. 167, Aurore de Provence.
munémentdans les garrigues , c’est-à-dire les collines incultes de nos départements méridionaux.
Une espèce extrêmement commune et qui paraît sans interruption depuis le commencement du printemps jusqu’à la fin de l’automne, est le Citron (Rhodocera rhamni). Ses ailes ont le dessus d’un jaune citron, avec un point orangé sur le milieu des quatre ailes. Le bord supérieur est terminé par une série de très-petites taches ferrugineuses. Le corps du papillon est noir avec des poils argentés.
Le Souci ( Colia edusa ), ainsi nommé de la couleur du dessus de ses ailes, est commun dans les prairies et les champs d’Europe. Le dessus des ailes est d’un jaune-souci ; les supérieures offrent vers le milieu de leur bord d’en haut un gros point noir foncé. Il existe à l’extrémité des unes et des autres une large bande noire, continuée dans le mâle, divisée dans sa compagne par des taches jaunes. Le dos du corps est jaune, les pattes rosées comme les antennes.
Dans la famille des Lycênides se trouvent un grand nombre d’espèces, que nous signalerons rapidement.
Les petits Porte-queue sont ainsi nommés à cause des dents qui frangent le bord postérieur des secondes ailes, dont l’une se prolonge ordinairement en une petite queue, plus ou moins large. Ils habitent les bois. Leurs chenilles se trouvent sur le bouleau, le chêne, le prunellier, la ronce. On les nomme aussi Thècla.
Le Thècla du bouleau ( Thecla betulæ ), qui a le dessous des ailes
d'un vert vif, est commun dans tous les bois des environs de Paris (fig. 168).
[Fig. 168. Thécla du bouleau.
Le Thccla du chêne (fig. 169), que Geoffroy appelle le Portequeue bleu à une bande blanche , n’est pas rare dans les bois;
Fig. 169. Thécla du chêne.
mais il est très-difficile à prendre, parce qu’il vole presque toujours par couple, à la cime des arbres.
Nous représentons encore ici le Thécla du prunier (fig. 170) et le Thécla de la ronce (fig. 171).
Dans les prairies voleilt les Bronzés, papillons à ailes d’un fauve vif en dessus, avec dessins noirs. Tel est le Polyommate xanthê , vulgairement nommé Argus myope, qui se trouve trèscommunément aux environs de Paris, et surtout au bois de Boulogne, aux mois de mai et d’août. Il se plaît sur le genêt à
balais, et se montre fréquemment dans les clairières des bois
Fig. 171. Thécla de la ronce.
brun, mais tacheté de noir et de couleur fauve, surtout aux ailes
Fig. 170. Thécla du prunier.
secs, où abonde cette plante. Le dessus des ailes (fig. 172) est
Fig. 172. Polyommate bronzé (Polyommatus phlæas).
supérieures. La couleur fauve domine sur le bord de ces ailes
et les termine en formant une Lande de points. Le dessus de l’aile est dun gris jaunâtre, parsemé de petits yeux et bordé d’une zone de taches fauves. Linné a compté quarante-deux
Fig. 173. Polyommate verge d'or ( Polyommalus virgaureæ ).
petits yeux noirs sur le dessous des ailes. Citons encore dans ce groupe, le Bronzé , Y Argus satiné , le Grand Argus bronzé.
Nous représentons ici les Polyommatus phlæas (fig. 172), virgaureæ (fig. 173), et gordius (fig. 174).
C’est dans les prés, les jardins, les luzernes, les trèfles que
Fig. 174. Polyommatus gordius.
voltigent les charmants Azurins, à ailes bleues en dessus chez les mâles, brunes chez les femelles.
Les Azurins rentrent dans le genre Lycène . Nous nous con-
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tenterons ici de figurer quelques espèces de ce genre, à savoir : le Lycœna corydon ou Argus bleu (fig. 175) qui est très-commun aux environs de Paris dans les bois, en mai et en août. Le
Fig, 175. Lycœna corydon.
Ly corna de Vorpin ou Argus brun (fig. 176), le Lycœna ægon qui vole’dans les clairières de nos bois remplies de bruyères et de genêts (fig. 177).
Les chenilles de ce genre, comme celles du genre précédent, sont élargies et aplaties, ressemblant à de petits cloportes, à pattes très-courtes et lentes dans leurs mouvements.
Dans la riche famille des Vanessides se rangent les belles espèces connues sous les noms de Grande et Petite Tortue , Paon de jour, Morio, Vulcainy Io , Belle-Dame et Robert le Diable .
La Vanesse grande tortue (fig. 178) a des ailes anguleuses,
Fig. 170. Lycœna de l’orpin.
Fig. 177. Lycœna ægon.
de couleur fauve en dessus, d’un brun noirâtre en dessous, tachées de noir, bordées d’une bande noire tayée de jaune
Fig. 178. Vanesse grande tortue.
dans son épaisseur. Elle se trouve en juillet et en septembre sur le chêne, l’orme, le saule et plusieurs arbres à fruit.
La chenille (fi g. 179) est bleuâtre ou brunâtre, avec une ligne latérale orangée, et hérissée d’épines jaunâtres.
Fig. 179. Chenille de la Vanesse grande tortue.
La chrysalide, anguleuse, et de teinte incarnate, est ornée de taches métalliques dorées.
Nous donnons ici la figure de la Vanesse petite tortue (fig. 180), papillon qui ressemble au précédent, mais qui est plus petit. Sa chenille, épineuse, noirâtre avec quatre lignes jaunâtres, vit en famille sur les orties.
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La Vanesse paon de jour ou œil de paon (fig. 181) est très-aisée à reconnaître par les yeux de paon qu’elle porte en dessus, au
Fig. 180. Vanesse petite tortue.
Fig. 181. Vanesse paon de jour, ou Vanesse Io.
nombre de quatre, un sur chaque aile, ce qui lui a fait donner le nom qu’elle porte. L’œil des ailes supérieures est rougeâtre
au milieu et entouré d'un cercle jaunâtre. Celui des inférieures e4 noirâtre, avec un cercle gris autour, et renferme des taches bleuâtres. Le dessus des ailes est d'un fauve roux; le dessous noirâtre. Cette Yanesse se rencontre dans les bois, les champs de luzerne et les plates-bandes des jardins. Sa chenille est d’un noir luisant avec des points blancs; elle vit en société sur plusieurs espèces d’orties et sur le houblon. La chrysalide, d’abord verdâtre, puis brunâtre, est ornée de taches dorées.
La Yanesse morio (fig. 182), une des grandes raretés entomo-
Fig. 182. Vanesse morio.
logiques de l’Angleterre, n’est pas très-commune dans les bois des environs de Paris; mais onia trouve fréquemment aux environs de Bordeaux et surtout à la Grande Chartreuse (département de l’Isère). Les chasseurs de papillons parisiens vont jusqu’à Fontainebleau à la poursuite de cette belle espèce, aux ailes anguleuses, d’un noir pourpre foncé, avec une bande jaunâtre ou blanchâtre au bord postérieur et une suite de taches bleues au-dessus. Sa chenille est noire, épineuse, avec des taches rouges. Elle vit en société sur le bouleau, le tremble, l’orme, diverses espèces de saules.
Sa chrysalide est noirâtre, saupoudrée de bleuâtre, avec des points ferrugineux. Le papillon éclôt à la (in de février et paraît pour la seconde fois en juillet et en août. Il vole très-rapidement et est très-difficile à prendre.
La Vanesse Vulcain (fig. 183) doit sans doute son nom aux taches ou bandes couleur de feu qui sont sur ses ailes, noires
Fig. 183. Vanesse Vulcain.
suite de trous de couleur citron sur les côtés. Elle vit isolé-
Fig. 184. Belle-Dame.
ment sur l’ortie piquante et sur l’ortie dioïque. Sa chrysalide est noirâtre, avec des points dorés.
Cette magnifique flamme vivante est commune sur la fin de Pété, et facile à prendre. Si on l’a manquée, elle revient
en dessus et tachetées de blanc, marbrées de diverses couleurs en dessous. La chenille épineuse est noirâtre, avec une
presque aussitôt se poser en quelque sorte sous le filet du chasseur.
La Belle-Dame (fig. 184) doit son nom à la grâce de ses couleurs. Les ailes supérieures sont, en dessus, mêlées de taches fauves, un peu couleur de cerise vers le bord intérieur, et de taches blanches au bord extérieur, vers le bout de l’aile; le tout sur un fond noir peu foncé. Les ailes inférieures sont de couleur fauve rougeâtre avec plusieurs taches noires, dont il y a une rangée de forme ronde qui borde l’aile.
La chenille est épineuse, brunâtre avec des lignes jaunes latérales et interrompues. Elle vit isolée sur plusieurs espèces de chardons, sur l’artichaut, la mille-feuille, etc. Elle se fait un tissu assez semblable à un nid d’araignée et s’y renferme. La chrysalide est grisâtre, avec de nombreux points dorés. L’insecte pariait se montre presque sans interruption depuis le printemps jusqu’à l’automne. Il vole rapidement. On le trouve par toute la terre.
La Vanesse gamma ou Robert le Diable (fig. 185) est assez
Fig. 185. Vanesse gamma.
commune aux mois de juillet et de septembre. En dessus, ses ailes sont fauves et tachées de noir. En dessous, elles sont plus ou moins brunes, ondées de diverses nuances, et quelquefois d’un peu de bleu, et de plus, les ailes inférieures ont chacune dans leur milieu en dessous une tache blanche de la forme d’un G. « Cette tache, dit le vieux Geoffroy, a fait donner à ce papillon le nom de gammay et sa couleur de Diable enrhumé (sic) ainsi que la découpure singulière de ses ailes l’ont fait nommer par d’autres Robert le Diable. »
LÉPIDOPTÈRES
Sa chenille vit sur l’ortie, le chèvrefeuille, le groseillier, le noisetier, l’orme. Elle est d’un brun rougeâtre, avec une bande blanche sur le dos. Kéaumur l’appelle la Bedeaude, la comparant aux bedeaux des églises, qui s'habillent de costumes à deux couleurs tranchées.
Ces brillantes Yanesses, dont nous venons de décrire succinctement quelques espèces remarquables, ont inspiré dans certaines circonstances une véritable terreur superstitieuse. Le fait doit paraître incroyable Aussi avons-nous hâte de prouver la vérité de notre assertion.
Lorsque les Yanesses viennent de quitter leur chrysalide, elles répandent un liquide coloré en rouge. Si beaucoup de papillons éclosent en même temps, et sur le même point, ce lieu est comme parsemé de gouttes de sang. Là est l’origine des prétendues pluies de sang qui, à diverses époques, ont épouvanté des populations ignorantes, trop imbues de superstitions religieuses.
Au commencement du mois de juillet 1608, une de ces prétendues pluies de sang vint à tomber dans les faubourgs d’Aix, en Provence, et cette pluie s’étendit à une demi-lieue de la ville. Quelques prêtres de la ville, trompés, ou désireux d’exploiter la crédulité du peuple, n’hésitèrent pas à voir dans cet événement des influences sataniques. Heureusement un homme instruit, M de Peiresc, qui n’était pas seulemenL versé dans la connaissance des littératures anciennes, mais qui était encore familier avec les sciences naturelles, découvrit qu’une multitude prodigieuse de papillons voltigeait dans les endroits miraculeusement ensanglantés. 11 recueillit des chrysalides dans une boîte, les fit éclore, et remarqua leurs déjections, en apparence sanguines. I! s’empressa de montrer le fait aux amis du miracle. 11 constata, et fit constater, que les prétendues gouttes de sang ne se trouvaient que dans •des cavités, des interstices, sous le chaperon des murs, jamais à la surface des pierres tournées vers le ciel. 11 prouva par ces diverses observations que les prétendues gouttes de sang étaient des gouttes de liqueur rouge déposées par les papillons.
Cependant, en dépit des remarques rassurantes du sayant
Peiresc, le peuple des faubourgs d’Àix continua de ressentir une véritable terreur à la vue de ces larmes sanglantes qui tachaient le sol de la caippagne.
Peiresc attribua à cette même cause quelques autres pluies de sang rapportées par les historiens, et qui se sont produites à peu près dans la même saison.
Telle fut une pluie qui parut tomber, au temps de Childebert, à Paris et dans une maison du territoire de Senlis. Telle fut encore une prétendue pluie de sang qui se manifesta vers la fin de juin, sous le règne du roi Robert.
Réaumur signale la Grande Tortue comme la plus capable de répandre ces sortes d'alarmes fondées sur une déplorable ignorance et l’esprit de superstition.
a II y en a des milliers, dit-il, qui se transforment en chrysalides vers la fin de mai ou le commencement de juin. Pour se transformer, elles quittent les arbres, elles vont souvent s’appliquer contre les murs, elles entrent même dans les maisons de campagne, elles pendent aux cintres des portes, aux planchers. Si les papillons qui en sortent .vers la fin de juin ou au commencement de juillet volaient ensemble, il y en aurait assez pour former de petites nuées, et, par conséquent, il y en aurait assez pour couvrir les pierres de certains cantons de taches d’un rouge couleur de sang, et pour faire croire à ceux qui ne cherchent qu’à s’effrayer et qu’à voir des prodiges, que pendant la nuit il a plu du sang. »
Dans la famille des Nymphalides , nous .signalerons le Petit Sylvain , ou le Deuil (fig. 186). Le dessus de ses ailes est d'un brun presque noir et traversé au milieu par une bande blanche
Fig. 186. Petit Sylvain.
divisée en taches très-rapprochées. Le dessous des ailes est ferrugineux, avec une bande et des taches blanches, comme en dessus, plus une double rangée postérieure et transverse de
Fig. 187. Une pluie de sang en Pro’
LÉPIDOPTÈRES
points noirs. Ces points sont suivis aux secondes ailes de quelques taches blanches et les mêmes ailes ont tout le bord abdominal d’un bleu cendré luisant avec la base tachetée de noir. Ce papillon n’est pas rare au mois de juin dans les forêts des environs de Paris, où il tournoie et se pose sur les branches des taillis.
La chenille est d’un vert tendre, avec une raie blanche latérale, et un peu épineuse. Elle vit sur le chèvrefeuille des bois. La chrysalide est anguleuse, verdâtre, avec des taches dorées.
Le Sylvain azuré (fig. 188), dont le noir sur les ailes a un reflet bleu, ne se trouve pas aux environs de Paris.
Fig. 188. Sylvain azuré.
Le Grand Sylvain se montre dans les mêmes contrées , au mois de juin. Il arrive d’un vol rapide, planant au milieu des routes, après avoir traversé les vastes forêts du nord de l’Europe. On le trouve, près de Paris, dans les bois d’Armainvilliers de Villers-Cotterets, de Compïègne. Cependant il n’est pas commun. Il repose sur les bouses de vache et les crottins de cheval. C’est là qu’il faut le prendre, sans chercher à le poursuivre.
Le dessus des ailes de ce beau papillon de jour est d’un
brun noirâtre, avec une bande blanche sur le milieu. Une rangée de lunules fauves se voit en avant du bord postérieur. Une double ligne d'un bleu ardoisé règne le long de ce même bord, lequel a les échancrures blanches. La bande des premières ailes est tortueuse, tachetée de cinq points blancs. La bande des secondes a presque la forme d’un S.
La chenille de ce papillon est verdâtre, et porte sur son dos des éminences charnues, épineuses, hérissées de poils courts. Elle vit sur le tremble et sur les peupliers noir et blanc. Elle se tient toujours à la cime de ces arbres, et se cramponne par des fils de soie à leurs feuilles.
La chrysalide est ovoïde, obtuse antérieurement, jaunâtre, mouchetée de noir, gibbeuse au milieu du dos.
On rencontre au mois de juillet, avec les mêmes habitudes, le Grand Mars et le Petit Mars (fig. 189), dont les ailes ont un
Fig. 189. Petit Mars.
beau reflet, d’un bleu violacé, quand on les examine dans un sens convenable. On trouve ces deux espèces aux environs de Paris.
Le Charaxcs Jasius (fig. 190), qu’on trouve sur tout le littoral delà Méditerranée, a les ailes inférieures terminées par deux
LÉPIDOPTÈRES
pointes. Aussi les paysans appellent-ils ce papillon le Pacha à deux queues. Le dessus de ses ailes est d'un brun chatoyant. Le bord terminal des premières est longé par une bande fauve finement lisérée de noir. Les secondes ailes ont leur bord pos-
Fig. 190. Charaxes Jasius.
térieur noir, et garni d'une petite frange blanche. Les deux queues sont noires et la gouttière du bord interne d'un gris cendré. Le dessous des quatre ailes est ferrugineux vers la base avec des taches d’un brun olivâtre et encadrées de blanc.
La chenille (fig. 191) est verte, aplatie en limace avec quatre cornes jaunes bordées de rouge. Elle vit sur l’arbousier, ar-
Fig. 191.
Chenille du Charaxes Jasius.
Érébie Euryale.
brisseau commun sur les collines et les montagnes qui bordent la Méditerranée.
. A la famille des Satyrides appartiennent YÉrèbie Euryale (fig. 192), qu'on trouve au mois de juillet dans les régions sub-
alpines; — le Chionobas Aello (fig. 193), qui vit dans les Alpes de la Suisse, du Tyrol et de la Savoie, et qui est assez commun, au mois de juillet, sur le sommet du Montanvers, près de la mer cle
Fig. 193. Chionobas Aello.
glace; — le Satyre myrtil (fig. 194), très-commun, aux mois de juin et de juillet, dans les bois et les prairies.
Fig. 194. Satyre myrtil.
Passons à la deuxième section des Lépidoptères.
Elle renferme les papillons chez lesquels le vol est nocturne ou crépusculaire clans un grand nombre d'espèces , et diurne dans les autres. Leurs antennes sont plus ou moins renflées au milieu ou avant V extrémité , et, indépendamment de cela , tantôt prismatiques ,, tantôt cylindriques y tantôt pectinées ou dentées. Le corps , qui était petit relativement aux ailes et présentait un rétrécissement notable entre le thorax et V abdomen dans la première section des Lépidoptères9 est ici très-gros relativement aux ailes et non étranglé. Les ailes sont étroites , en toit horizontal ou légèrement inclinées dans le repos ; les supérieures recouvrent alors les inférieures , quijont
généralement très-courtes et retenues par un frein aux premières , dans les males seulement .
Le genre Sèsie sera pour nous le représentant de la famille des Sésiides.
Ces singuliers papillons ont les ailes vitrées et le vol aussi rapide que celui des Mouches. On voit voler, à lardeur du soleil, un grand nombre de petites espèces de ce groupe, auprès des grands arbres, sur les arbustes de nos jardins et sur les fleurs des prairies.
La plus grosse espèce et !a plus commune est la Sèsie apiforme (fig. 195), c’est-à-dire semblable à l’abeille, qu’on trouve aux environs de Paris, et qui se plaît sur le tronc des saules et des peupliers, depuis la fin de mai jusqu’à la mi-juillet. Elle ressemble à une guêpe-frelon.
C’est la meme taille, la même livrée; seulement les couleurs sont plus vives. Lorsque ce papillon vient d’éclore, ses ailes sont ferrugineuses; mais ses écailles, légères et caduques, tombent aux premiers coups d’aile de l’insecte.
La chenille vit dans la tige ou les racines des saules et des peupliers. Elle se tient toujours au pied du tronc, ras de terre. Elle est de couleur jaunâtre.
La chrysalide est allongée, brunâtre , renfermée dans une coque faite avec de la sciure de bois agglutinée provenant des érosions de la chenille*.
A la fin du printemps et au milieu de l’été, nos prairies sont fréquentées par des papillons à ailes brillantes, noires et veloutées, marquées de rouge, au vol pesant et peu prolongé, et qui demeurent immobiles pendant la grande chaleur du jour. Ce sont les Zy gènes, de la famille des Zygènides.
Le Sphinx bélier de Geoffroy, ou Zygène de la filipendule (fig. 196), n’est pas rare aux environs de Paris, depuis la fin de juin jusqu’au commencement d’août. Ses pattes, ses antennes, sa tête et son corps, sont noirs et un peu velus. Les ailes supérieures sont d’un vert bleuâtre brillant, avec six taches d’un
beau rouge sur chacune, rangées deux à deux. Les ailes inférieures sont toutes d'un beau rouge, bordées d’un peu de vert.
Sa chenille est jaune, tachée de noir. Son cocon est allongé, sillonné longitudinalement en forme de bateau et d'un jaune paille (fig. 197).
A côté des Zygènes se placent les Procris , qui volent pendant le jour, dans les prairies humides. Nous signalerons la Procris turquoise (fig. 198), qui se trouve assez communément aux envi-
rons de Paris, entre la mi-juin et la mi-juillet, dans les parties arides des bois et sur le penchant des coteaux. Ses ailes supérieures, ses antennes et tout son corps, sont d'un vert doré en dessus. Les mêmes ailes sont de la même couleur en dessous, et les surfaces des inférieures sont d'un brun cendré.
Les Sphinx , c’est-à-dire les espèces qui forment la famille des Sphingidesy ont reçu ce nom général d'après l’attitude que présentent souvent leurs chenilles. Redressant la moitié antérieure de leur corps, elles conservent très-longtemps cette immobilité, que Ton prêtait au Sphinx de la mythologie.
Les papillons du genre Sphinx ont le vol rapide et brusque.
Fig. 196.
Zygène de la filipendule.
Cocon de la Zygène de la filipendule.
Fig. 198. Procris turquoise.
LÉPIDOPTÈRES. 247
Ils ne paraissent qu’après le coucher du soleil. Leurs chenilles se métamorphosent dans la terre, sans former de coque.
Dans ce nouveau groupe, les chenilles sont pourvues de poils, et ont presque toujours une corne sur le onzième anneau de leur corps. Les chrysalides sont rarement enveloppées d’une coque, qui, lorsqu’elle existe, est formée de parcelles de terre, ou de débris de végétaux liés ensemble par des fils.
Cette famille, extrêmement naturelle, se compose d’espèces généralement remarquables par leur grandeur et leur beauté.
Le genre Macroglosse comprend quelques espèces au vol très-rapide et soutenu pendant le jour. Nous citerons particulièrement le Moro-Sphinx ou Sphinx du caille-lait ( Macroglossa stellatarum J.
Ce papillon (fig. 199) a frappé l’attention de tous ceux qui ont
vécu dans un jardin fleuri. En Bourgogne, les enfants l’appellent Oiseau-mouche. Lorsqu’il va d’une fleur à l’autre, il a des mou-
vements brusques et rapides; mais il reste en état de vol stationnaire devant chacune. Il ne se pose pas; il vole sans cesse, tou t en enfonçant sa longue trompe dans les corolles des fleurs, contrebalançant l’action de la pesanteur par la vibration continue de ses ailes.
Décrivons en quelques traits ce robuste habitant des airs, ce charmant Oiseau-mouche.
Le Sphinx-moineau ou Moro-sphinx se montre dans toute la belle saison et jusqu’au milieu de l’automne, dans nos climats. On le voit souvent pénétrer, en plein jour, dans nos maisons, et venir se heurter contre les vitres des fenêtres, où les enfants vont le saisir.
Ses premières ailes sont d’un brun cendré, chatoyant en dessus, avec -trois lignes noires transverses et ondulées. Les inférieures, plus courtes, sont d’un jaune couleur de rouille. Toutes les ailes sont jaunâtres en dessous près du corps, ferrugineuses au milieu, et d’un brun obscur à leur extrémité. Le corps est gros, brun, velu et terminé par un faisceau de poils divergents qui rappelle une petite queue d’oiseau. C’est pour cela qu’il
a été appelé aussi Sphinx -moineau.
La chenille de ce remarquable Lépidoptère (fig. 200) est d’un vert tendre, avec huit rangées transversales de petits points blancs et quatre raies longitudinales, dont deux blanches et deux jaunâtres. Elle porte une corne d’un bleu obscur avec son extrémité orange. Elle vit sur différentes espèces de caille-lait, mais de préférence sur le Galium mollugo. Avant de se métamorphoser, elle se renferme dans une informe coque, qu’elle se fabrique avec des débris de feuilles retenues par quelques fils, et qu’elle place à la superficie de la terre.
La chrysalide (fig. 201) est d’un gris blond parsemé de points bruns et rayée de noir. Sa peau est si fine et si transparente qu’on peut suivre au travers toutes les phases de la transformation du papillon.
Le genre Dèilêphile se compose d’espèces dont le vol est
Chenille du Sphinx-moineau.
LÉPIDOPTÈRES
rapide après le coucher du soleil. Telles sont les Déiléphiles de Y Euphorbe, du Laurier-rose et de la Vigne.
Fig. '201. Chrysalide du Sphinx-moineau.
Le Déiléphile. de V Euphorbe , ou Sphinx du Tithymale (fig. 202), a les ailes supérieures d’un gris rougeâtre, avec trois taches verdâtres ou couleur olive le long du bord supérieur, et une
Fig. 202. Sphinx du Tithymale.
large bande noire oblique le long du bord inférieur. Les ailes inférieures sont rouges avec la base noire et une bande transverse noire vers la partie inférieure. Elles ont, de plus, une grande tache blanche, ronde au côté intérieur. En dessous, les ailes sont rouges, ainsi que le corps, qui est couvert en dessus de poils verdâtres.
Ce papillon se trouve aux environs de Paris, pendant les mois de juin et de septembre.
Sa chenille (fig. 203) est une des plus remarquables du genre paiTéclatetla vivacité de ses couleurs, qui semblent recouvertes d’un vernis. Le fond en est d’un noir luisant, avec une foule de
petits points jaunes très-rapprochés et rangés en lignes circulaires dans le sens des anneaux. De chaque côté du corps sont
Fig. ‘203. Chenille du Sphinx Tithyraale.
deux rangées longitudinales de taches ordinairement de la couleur des points. En outre, une bande étroite d'un rouge carmin règne sur le milieu du dos, et une bande semblable se remarque au-dessus des pattes, mais celle-ci est entrecoupée de jaune.
Cette chenille vit particulièrement sur l'Euphorbe à feuilles de cyprès , aux environs de Paris. On commence à la trouver à la fin de juin. Ordinairement la chrysalide passe l'hiver, et le papillon n'en sort qu’en juin de Tannée suivante.
Le Dciléphile ou Sphinx du Laurier-rose (fig. 204) est une charmante espèce propre aux pays chauds, où croît spontanément Parbuste qui lui donne son nom, c’est-à-dire en Afrique , dans les parties méridionales de l’Asie, dans la Grèce, l'Espagne, etc. Emportés par un vol rapide et s’aidant des courants atmosphériques, ces beaux papillons arrivent accidentellement dans les contrées de l’Europe centrale. On les a rencontrés plusieurs fois à Paris, au jardin du Luxembourg, où le laurier-rose se cultive en caisse. Mais les individus qui naissent dans les environs de Paris ne s'y reproduisent point, en raison de la rigueur du climat. Ils abondent dans le midi de la France. Combien, dans notre enfance, n'en avons-nous pas saisi, à l'heure du crépuscule, sur les lauriers-roses des jardins!
La chenille de cette espèce (fig. 205) est du nombre de celles que Ton nomme vulgairement Cochonnes , parce que leurs deux premiers anneaux, qui sont rétractiles et rentrent sous le troi-
LEPIDOPTERES
sième dans l’état de repos, s’allongent de manière à imiter le groin d’un cochon, lorsqu’elles se déplacent ou qu’elles man-
Fig. 204. Sphinx du Laurier-rose.
gent. Elle est d’un beau vert, rayée et ponctuée de blanc sur ses côtés, et marquée sur le troisième anneau de deux grandes ta-
elles oculaires, d'un bleu d’azur, cernées de noir et pupillées de blanc. Une corne courte et orangée se dresse à l’extrémité du corps. Quelques jours avant sa transformation , cette admirable chenille perd entièrement sa riche livrée. Elle devient brune sur le dos et d’un jaune sale sur le reste du corps. Elle se fabrique une espèce de coque avec des débris de feuilles qu’elle réunit par des fils au pied de l’arbuste sur lequel elle a vécu.
Cette coque renferme une chrysalide (fig. 206) d’un brun
Fig. 206. Chrysalide du Sphinx du Laurier-rose.
noisette, finement striée de brun plus foncé, avec une tache noire très-apparente sur chaque stigmate.
Le Sphinx de la Vigne ( Deilephile Elpenor , fig. 207) n’est pas rare aux environs de Paris pendant les mois de juin et de septembre. Ses premières ailes sont d’un rougepourpré, luisant en dessus, avec trois bandes, d’un vert d’olive clair; à la base des premières ailes, on voit une petite tache noire. Le bord interne est garni de poils blancs. Les secondes ailes sont d’un rose foncé en dessus, avec la base noire et le bord terminal liséré de blanc. Les quatre ailes sont roses en dessous avec le bord d’en haut et le milieu d’un jaune olivâtre; les supérieures ont le bord interne teinté de noirâtre. Le corps est rose, avec deux bandes longitudinales d’un vert olive sur l’abdomen et cinq lignes divergentes de cette couleur sur le corselet. Les côtés du ventre sont longés par une double série de points jaunâtres.
La chenille de ce Sphinx (fig. 208) est d’un brun obscur, finement strié de noir. Deux lignes grises régnent de chaque côté du corps. Sur le quatrième et le cinquième anneau sont deux yeux noirs bordés de blanc violacé.
LEPIDOPTERES
Cette -chenille vit plus souvent sur certaines espèces cTÉpi-
Fig. 207. Sphinx de la Vigne XDeiltphile Elpenor).
Fig. 208. Chenille du Sphinx de la Vigne.
Fig. 209. Chrysalide du Sphinx de la Vigne.
lobe que sur la Vigne. Il faut la chercher dans les endroits
humides, au bord des ruisseaux et des mares, depuis la fin de juillet jusqu'en septembre. Elle se construit, à la surface du sol, une coque informe avec de la mousse et des feuilles sèches, qu’elle réunit à l’aide de quelques fils soyeux. Sa chrysalide (fig. 209), d’un brun jaunâtre, offre de petites épines sur les anneaux de l’abdomen. La chenille possède au plus haut degré la faculté rétractile qui a fait donner à certaines espèces de ce genre le nom trivial de Cochonnes .
Le Sphinx du Troène ( Sphinx ligustri , fig. 210) a les ailes su-
Fig. 210. Sphinx du Troène.
périeures assez étroites, longues de deux pouces, d’un gris rougeâtre et comme veinées de noir en dessus, avec le milieu d’un brun obscur, le bord interne garni de poils roses et le bord postérieur longé de deux lignes blanchâtres, flexueuses. Les secondes ailes sont d’une teinte rosée avec trois bandes noires. Les quatre ailes sont d’un gris rougeâtre en dessous avec une bande noire commune. Le corselet est brun avec le milieu grisâtre et les côtés d’un blanc rosé. L’abdomen est annelé de noir et de rose en dessus, et présente dans son milieu une bande brunâtre entièrement divisée par une ligne noire.
LÉPIDOPTÈRES
Cette espèce, répandue dans toute l’Europe, n’est pas rare aux environs de Paris. On la rencontre dans les jardins, pendant les mois de juin et de septembre.
De toutes les chenilles du genre Sphinx, c’est celle qui,
Fig. 211. Chenille du Sphinx du Troène.
par son attitude dans l’état de repos, ressemble le plus au Sphinx de la fable, d’où le genre a tiré son nom. Elle est d’un
Fig. 212. Chrysalide du Sphinx du Troène.
beau vert pomme, avec sept raies obliques, moitié violacées et moitié blanches, placées de chaque côté du corps. Trois ou quatre petites perles blanches continuent ces raies. Les stigmates sont orangés. La tète est verte et bordée de noir. L’extrémité du corps est surmontée d’une corne lisse, noire en dessus, jaune en dessous (fig. 211).
Cette admirable chenille n’est pas rare. Elle vit sur une foule d’arbres et d’arbustes. Mais c’est principalement sur le
troène, le lilas, le frêne qu’il faut la chercher. Trois ou quatre jours avant qu’elle s’enfonce en terre, pour se changer en chrysalide, ses belles couleurs se ternissent. Mais bientôt elle renaît sous une autre forme, « plus charmante et plus belle, » comme la Jérusalem nouvelle !
On rencontre aux environs de Paris, pendant les mois de juin et de septembre, le Sphinx clu Liseron (fig. 213), aux ailes
Fig. 213. Sphinx du Liseron ( Sphinx convolvuli ).
brunes, au ventre rayé de bandes transversales alternativement noires et rouges. La chenille de ce Sphinx, qui présente un grand nombre de variétés, vit sur plusieurs espèces de Liserons, mais particulièrement sur celui des champs.
C’estdans le genre Achèronlie que se place le papillon nocturne le plus vulgairement connu. Nous voulons parler du Sphinx tête de mort (Acheronlia atropos ).
Le Sphinx tête de moit (tig. 214) est la plus grosse espèce de Sphinx. Cet insecte présente, grossièrement figuré en jaune clair, sur le fond noir de son corselet, un crâne humain. Ce funèbre
LÉPIDOPTÈRES
symbole, joint au cri plaintif que ce papillon nocturne émet lorsqu’il est effrayé, ont quelquefois jeté la terreur dans des po-
Fig. 214. Sphinx tête de mort.
pulations entières. L’apparition de ce papillon dans certaines contrées ayant coïncidé avec l’invasion d’une maladie épidémique, on crut voir dans ce lugubre sylphe des nuits le messager de la mort, car il en portait la livrée. L ’Acheronlia atropos joue un grand rôle dans les croyances superstitieuses qui courent les campagnes de la vieille Angleterre. On entend dire, dans les veillées champêtres, que ce farouche habitant des airs est en rapport avec les sorcières, et qu’il va murmurant à leur oreille, de sa voix triste et plaintive, le nom de la personne que la mort doit bientôt emporter.
Par quel fatal préjugé cet innocent insecte est-il ainsi voué à l’anathème! Pourquoi la superstition des campagnes veutelle l’associer au principe du mal? Malgré sa noire livrée, VA-
tropos ne vient pas des sombres bords ; ce n’est pas un envoyé de la mort, un messager de la tristesse et du deuil. Comme les papillons qui font briller au soleil leurs couleurs diaprées, il vient du sein béni de l’auteur de la nature; il remonte aux sources divines, et communes de la vie. Il ne nous apporte pas des nouvelles d’un autre monde; il nous apprend, au contraire, que la nature sait peupler toutes les heures ; qu’elle a voulu, pour consoler leur tristesse, accorder au crépuscule et à la nuit ces mêmes sylphes ailés qui font la joie et l’ornement des heures de la lumière et du jour.
Quelle heureuse mission pour la science, quelle joie paisible pour le cœur du naturaliste, de pouvoir dissiper un de ces préjugés, une de ces mille superstitions, inutiles et dangereuses, qui égarent un peuple ignorant !
Le gigantesque Airopos a des ailes d’une' couleur brune, noirâtre, sinuées en haut et en bas, par des bandes irrégulières plus claires, variées de brun et de gris. Sur le milieu de l’aile est un point blanc bien marqué. Les ailes de dessous ont deux bandes noires, une supérieure plus étroite et l’inférieure plus large; le reste de l’aile est d’un beau jaune. Le ventre a pareillement cinq à six bandes jaunes, et autant de noires transversales, placées alternativement. Sur son milieu est une longue bande longitudinale noirâtre. Nous ne revenons pas ici sur la funèbre figure qui se dessine sur le corselet.
Ce papillon n’est pas rare aux environs de Paris, pendant les mois de mai et de septembre. Son vol est lourd et ne se fait, comme nous l’avons déjà dit, qu’après le coucher du soleil. Si on le prend, ou si on le tourmente, il jette des cris très-appréciables.
VAtropos serait un être bien inoffensif s’il ne pénétrait dans les ruches des abeilles, pour y voler le miel, dont il est friand. Les abeilles ont beau cribler cet intrus de coups d’aiguillon : leurs dards s’émoussent contre son épaisse fourrure; et bientôt, épouvantées de sa présence, elles se dispersent de toutes parts.
La terreur des abeilles à l’aspect du Sphinx tête de mort se comprend, car elle a un motif; celle de l’homme ne se comprend pas.
La chenille de Ï Airopos (üg. 21b) est la plus grande de toutes
LÉPIDOPTÈRES. 259
celles de l'Europe. Elle atteint jusqu’à quatre pouces et demi de longueur, sur huit lignes de diamètre. Le fond de sa
Fig. 215. Chenille du Sphinx tète de mort.
couleur est d’un jaune citron, qui se change en vert sur
Fig. 216. Chrysalide du Sphinx tête de mort.
les côtés et sur le ventre. Depuis le quatrième anneau jusqu’au dixième inclusivement, elle est ornée latéralement de
sept bandes obliques, d’un bleu d’azur, qui sont teintées de violet, et lisérées de blanc sur le côté postérieur. Ces bandes, en se joignant sur le dos de chaque anneau, sont comme autant de chevrons, parallèles entre eux. Le corps est, en outre, pointillé de noir. A son extrémité est une corne, recourbée en crochet, jaunâtre et hérissée de tubercules. La tête est verte et marquée latéralement d’un trait noir.
Elle vit principalement sur la pomme de terre, et le lyciet d’Europe, arbrisseau épineux de la famille des Solanées. Elle s’enfonce dans la terre, pour se changer en une chrysalide (fig. 216) d’un brun marron brillant.
Nous citerons encore dans la famille des Sphingides trois espèces du genre Smèrinthe , au vol lourd et crépusculaire.
Le Sphinx du Tilleul ( Smcrinthe du Tilleul , fig. 217) a les
Fig. 217. Smèrinthe ou Sphinx du Tilleul.
ailes supérieures grises, avec quelques nuances vertes, et de plus, sur le milieu de l’aile, on voit une bande irrégulière d’un vert brun. Le corselet couvert de poils est gris, avec trois bandes longitudinales vertes. Le ventre est gris.
Ce papillon vole lourdement, après le coucher du soleil. On le trouve sur les arbres des boulevards de Paris et des routes, pendant les mois de mai et de juin.
Fig. 218. Chenille du Smérinthe du Tilleul.
même couleur. Sa corne rugueuse est bleue en dessus, et jaune en dessous. Elle vit sur le tilleul et l’orme. Elle s’enterre au
Sa chenille (fig. 218) est d’un beau vert pomme, chagriné de jaune, et marquée de chaque côté de sept lignes obliques de
Fig. 219. Smérinthe demi-paon.
pied de l’arbre qui l’a nourrie, pour se changer en chrysalide sans faire de coque.
Fig. *220. Smérinthe du Peuplier.
( Smerinthus ocellatus ), qui n’est pas rare aux environs de‘JParis
Fig. 221. Chenille du Smérinthe du Peuplier.
pendant les mois de mai et d’août (fig. 219), et dont la chenille vit sur les saules, les peupliers et les arbres fruitiers; et
Nous nous contentons de donner ici les ligures de deux autres espèces du môme genre : le Smérinthe ocellé , ou demi-paon
LÉPIDOPTÈRES
le Smérinthc du Peuplier, ou Sphinx à ailes dentelées (fig. 220), dont la chenille (fig. 221) vit sur les peupliers, les trembles, et quelquefois sur les saules et le bouleau.
La famille des Bombyciens renferme les plus grands papillons connus; mais elle renferme aussi des espèces de taille moyenne et de petite taille.
Ces papillons ne prennent point de nourriture. Ils vivent quelques jours seulement, pour conserver l'espèce. Ils volent rarement pendant le jour, et ne se montrent guère que le matin et le soir.
Le groupe des Bombyciens est dispersé dans presque toutes les régions du globe. On les reconnaît à leurs antennes ordinairement taillées en dents de peigne dans le mâle, à leur corps épais, robuste; dans le plus grand nombre des cas, à leur tète volumineuse, à leurs ailes plus ou moins étendues, à leur vol pesant.
Dans la famille des Bombyciens se trouvent les genres Sericaria , Allacus , Bombyx , Orgya, Liparis , etc.
C’est au genre Sericaria (ouvrier en soie) que se rapporte le Ver à soie, cet insecte célèbre que Linné appela Bombyx mori, nom qui rappelait à la fois sa dénomination la plus ancienne, et le Mûrier, arbre sur lequel vivent ses chenilles.
M. Guérin-Méneville a appelé le ver h soie « le chien des insectes. » En effet, il a été réduit à l’état domestique dès les temps les plus anciens, et l'homme Ta dépouillé d une bonne partie de sa force et de sa volonté. 11 en a fait un animal dégénéré. Le papillon du ver à soie i.e peut plus se tenir en plein air, sur les feuilles inclinées et mobiles du mûrier agité par lèvent. 11 n’a plus l’adresse de se dérober, sous les feuilles, à l’ardeur du soleil et aux ennemis des insectes. La feitielle, toujours immobile, semble ignorer qu’elle a des ailes. Le mâle ne vole plus; il volette autour de sa compagne, sans quitter le plancher. Cependant il doit avoir à l’état sauvage un vol assez puissant. M. Ch. Mar tins a reconnu qu 'après trois générations d’élevage en plein air les mâles avaient repris la faculté de voler.
Avant de parler des diverses phases de la vie des vers à soie
et de l’éducation de ce précieux insecte, nous raconterons l’origine et les progrès de l’admirable ^industrie de la soie, l’une des branches les plus importantes de l’industrie du midi de l’Europe et de l’Orient.
On ne connaît pas plus la patrie du ver à soie que l’on ne connaît exactement celle de la plupart des plantes et des animaux qui sont la base de notre industrie agricole. Il est cependant probable que sa patrie fut la Chine. C’est positivement, en effet, dans ce vaste empire que naquit, il y a bien longtemps, l’industrie de la fabrication de la soie. On lit ce qui suit dans •Y Histoire générale de la Chine par le P. Mailla :
L’empereur Hoang-ti, qui vivait 2600 ans avant notre ère, voulut que Si-ling-chi, sa légitime épouse, contribuât au bonheur de son peuple ; il la chargea d’examiner les vers à soie, et d’essayer à utiliser leurs fils. Si-ling-chi fit ramasser une grande quantité de ces insectes, qu’elle voulut nourrir elle-même dans un lieu qu’elle destina uniquement à cet usage ; elle trouva non-seulement la façon de les élever, mais encore la manière de dévider leur soie et de l’employer à faire des ^vêtements. »
* On peut se demander pourtant si les lettrés qui ont composé ce récit, n’ont pas réuni sous le règne de l’empereur Hoang-ti tous les événements et toutes les découvertes dont la date se perdait dans l’obscurité des temps les plus reculés de l’histoire L’impératrice Si-ling-chi n’est-elle pas un personnage de convention? une sorte de Gérés chinoise, à laquelle on aurait ensuite élevé des autels sous le nom de déesse des vers à soie?
Voici du reste commen t Duhalde 1 analyse le récit des annalistes chinois sur le fait remarquable de l’introduction du ver et de ses riches produits dans l’empire chinois. L’usage qu’il décrit forme le sujet de la gravure qui se voit en regard de cette page.
g Jusqu’au temps de .cette reine (Si-ling-chi), dit-il, quand le pays était nouvellement défriché, le peuple employait les peautf des animaux pour se vêtir. Mais ces peaux ne furent plus suffisantes pour la multitude des habitants : la nécessité les rendit industrieux; ils s’appliquèrent à faire des toiles pour se couvrir, mais ce fut à cette princesse qu’ils