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Description de la Chine, t. II, p

Fig. 222. L’impératrice de la Chine, Si - ling-chi, cneillant des feuilles du mûrier, dans les jardins du Palais impérial.

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eurent l’obligation de l’utile invention des soieries. Ensuite, les impératrices, que les auteurs chinois nomment selon l’ordre des dynasties, se firent une agréable occupation de faire éclore les vers. à soie, de les élever, de les nourrir, d’en faire de la soie, de la mettre en œuvre. Il y avait même un verger dans le palais destiné à la culture des mûriers.

cc L’impératrice, accompagnée des reines et des plus grandes dames de la cour, se rendait en cérémonie dans ce verger, et cueillait de sa main les feuilles de trois branches que ses suivantes abaissaient à sa portée; les plus belles pièces de soie qu’elle faisait elle-même, ou qui se faisaient par ses ordres et sous ses yeux, étaient destinées à la cérémonie du grand sacrifice qu’on offrait à Cbang-si.

ce II est à croire, ajoute Duhalde, que la politique eut plus de part que toute autre raison aux soins que se donnaient les impératrices. L’intention était d’engager, par ces grands exemples, les princesses et les dames de qualité, et généralement tout le peuple, à élever des vers à soie; de même que les empereurs, pour ennoblir en quelque sorte l’agriculture et exciter le peuple h des travaux si pénibles, ne manquent pas, au commencement de chaque printemps, de conduire en personne la charrue, d’ouvrir en cérémonie quelques sillons et d’y semer des grains.

<r Pour ce qui est des impératrices, il y a longtemps qu’elles ont cessé de s’appliquer aux travaux de la soie ; on voit néanmoins dans l’enceinte du palais de l’empereur un grand quartier rempli de maisons, dont l’avenue porte encore le nom de chemin qui conduit au, lieu destiné à élever les vers à soie pour le divertissement des impératrices et des reines. Dans les livres du philosophe Mencius, on trouve un sage règlement de police, fait sous les premiers règnes, qui détermine l’espace destiné à la culture des mûriers, selon l’étendue de terrain que chaque particulier possède. »

M. Stanislas Julien1 nous a fait connaître plusieurs des* règlements portés par les empereurs de la Chine pour rendre obligatoires les soins qu’exigé l’industrie de la soie.

Tchin-iu, étant gouverneur de l’arrondissement de Kien-Si, ordonna que chaque homme du peuple plantât quinze pieds de mûrier2.

L’empereur (sous la dynastie de Witei) donna à chaque homme vingt arpents de terre, à la condition de planter cinquante pieds de mûrier3.

L’empereur Hien-tsang (qui monta sur le trône en 806) or-

1. Résumé des principaux traités chinois sur la culture des mûriers et L'éducation des vers à soie , traduit par Stanislas Julien. Paris, imprimerie royale, 1837.

2. Annales de la dynastie des Liang. — 3. Annales de la dynastie des Wei.

donna que les habitants des campagnes plantassent deux pieds de mûrier dans chaque arpent de terre L

Le premier empereur de la dynastie des Song (qui commença à régner vers l’an 960) rendit un décret pour empêcher d’abattre des mûriers 2.

A l’aide de tous les moyens qui viennent d’être rappelés, d’après le témoignage de M. Stanislas Julien, l’industrie de la fabrication de la soie se généralisa en Chine. Ce grand empire put bientôt fournir à ses voisins cette précieuse matière textile, et créer à son profit le monopole d’une branche trèsimportante de commerce. Il était interdit, sous peine de mort, d’exporter de la Chine des œufs de vers à soie, ou de fournir les renseignements nécessaires sur l’art d’obtenir la matière textile. Le produit seul pouvait être vendu au dehors de l’empire.

C’est ainsi que les nations asiatiques connurent bientôt la soie, et que dans plusieurs cités on se mit à tisser des étoffes de cette précieuse substance. Les tapis et les tentures de Babylone, mélangés d’or et de soie, ont joui dans l’antiquité d’une renommée sans égale.

La Chine n’était pourtant pas la seule contrée qui fournît alors de la soie aux villes d.e l’Asie Mineure. A une époque très-reculée, l’Inde leur en envoyait, par ses caravanes, des quantités très-considérables. M. Émile Blanchard (de l’Institut) a fait remarquer toutefois que les tissus de l’Inde devaient être confectionnés avec une soie différente de celle de la Chine, c’est-à-dire avec la soie de quelques-uns de ces Bombyx dont on a beaucoup occupé le public dans ces dernières années, et dont nous aurons bientôt à parler.

La soie conserva pendant des siècles un prix prodigieusement élevé. Au temps d’Alexandre, sa valeur dans la Grèce était exactement son pesant d’or. Aussi la matière était-elle très-parcimonieusement employée dans ‘les tissus de soie. Ces tissus étaient d’une transparence telle, que les femmes qui en portaient étaient à peine couvertes.

La soie resta inconnue aux Romains avant Jules César. C’est

1. Annales de la dynastie des Thang. — 2. Hùtoire de la dynastie des Sony .

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à lui que Rome dut la connaissance de cette matière nouvelle. 11 la produisit d’ailleurs avec un singulier éclat.

Un jour, dans une fête donnée au Golysée, dans un combat d'animaux et de gladiateurs, le peuple vit la grossière tente de toile destinée à le garantir des rayons du soleil remplacée par un magnifique vélum de soie orientale.

Le peuple murmura de cette prodigalité fastueuse ; mais il ne put s’empêcher de trouver César un grand homme.

L'introduction de la soie chez les Romains fut le signal de luxueuses dépenses. Les patriciens étalaient des manteaux de soie d’un prix incalculable. Aussi, du temps de Tibère, le sénat se crut-il obligé de défendre aux hommes les habits de soie. L’exemple de la simplicité partit quelquefois de haut; car l’empereur Aurélien refusa à l’impératrice Sévérina une parure si coûteuse.

Le commerce de la soie pesait doublement sur l’Europe, et par la valeur de la matière, et par le grand usage qu’on en faisait. Les Perses avaient l’entrepôt et le monopole de cette marchandise.

L’empereur d’Orient Justinien Ier, qui régna à Constantinople de 527 à 565, cherchait tous les moyens de soustraire ses États à cette tyrannie ruineuse, lorsqu’une circonstance fort heureuse pour le commerce national vint déterminer l’introduction de la sériciculture en Europe.

Deux moines de l’ordre de Saint-Basile, dans leur ardeur pour la propagation de la foi, s’étaient avancés jusqu’en Chine. Là ils avaient été initiés aux opérations qui fournissent la matière textile si recherchée. De retour à Constantinople, et apprenant le projet que nourrissait Justinien, d’enlever aux Persans le commerce de la soie, les deux moines proposèrent à l’empereur d’enrichir ses États de l’art de la fabrication de la soie.

La proposition fut acceptée avec transport par Justinien, et les deux moines retournèrent en Chine, dans le but de se procurer les œufs de l’insecte producteur de la soie.

Arrivés au terme de leur voyage, ils parviennent à s’emparer d’une certaine quantité de graines de ver à soie. Ils les

cachent entre les nœuds de leur bâton, et reprennent le chemin de leur patrie, sans être inquiétés.

Beux ans après, ils rentraient à Constantinople avec leur précieuse capture 1 * * 4.

Les vers à soie, ainsi apportés à Constantinople, furent placés, pour opérer leur éclosion, dans du fumier. Il en sortit des vers, que Ton nourrit avec des feuilles de mûrier. Tout aussitôt on commença l’éducation des vers et la préparation de la soie, d après les instructions que donnèrent nos courageux voyageurs.

Les premières éducations réussirent parfaitement. Aussi vit-on les plantations de mûrier se multiplier et se répandre dans tout l’empire d’Orient.

C’est surtout dans la Grèce méridionale que cette industrie prit une immense extension. C’est alors que le Péloponèse perdit son nom. On l’appela Morèe , du nom latin du mûrier, morus .

Constantinople et la Grèce sont les pays qui, pendant des siècles, ont fourni les vers à soie à toute l’Europe. Cette diffusion se lit toutefois assez lentement. Le peuple grec tenait à conserver son monopole, et l’empereur Justinien avait fait établir à Constantinople même des manufactures de soieries, où les ouvriers les plus habiles de l'Asie travaillaient, avec l’interdiction absolue de révéler leurs procédés aux étrangers.

Vers le commencement du huitième siècle, les Arabes apportèrent le ver à soie en Espagne. Mais cette industrie y demeura confinée dans d’étroites limites.

Ce ne fut réellement qu’à partir du douzième siècle que la sériciculture commença à se répandre en Europe.

Roger, roi des Deux-Siciies, possédant une marine qui dominait la Méditerranée, l’employait surtout à des excursions et à des conquêtes. 11 ravagea la Grèce, et non content du butin qu’il enlevait à ces malheureuses contrées, il voulut

1. D’après M. de Gasparin, auteur d’un excellent Essai sur l'histoire de

l'introduction des vers à soie en Europe (Paris, in-8°, 1841) , ce ne serait

pas jusqu’en Chine, mais seulement en Tartarie, à Serinde, que les deux moines

seraient allés chercher la graine des vers à soie (pages 37-39) .

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encore leur ravir, au profit de ses États, l’industrie de la soie, source de leur richesse. Roger transporta en Sicile et à Naples un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels se trouvaient des tisserands et des hommes adonnés à l’éducation des vers à soie. En 1169, il établit ces ouvriers dans un local attenant à son palais de Païenne. Là on teignait la soie de diverses couleurs; on y entremêlait l’or, les perles et les pierreries.

De la Sicile l’art de préparer la soie se répandit dans le reste de lTtalie.

En 1204 les artisans de soie se constituaient en syndicat, à Florence.

Ce n’est pourtant qu’en 1423,plusde 200 ans après l’introduction de cette industrie en Italie, qu’on trouve la première mention de l’existence de la culture du mûrier en Toscane. En 1440, chaque paysan de la Toscane était forcé de planter au moins cinq mûriers, sur le terrain qu’il cultivait. En 1474, le commerce de la fabrication de la soie était devenu extrêmement prospère à Florence. Les produits étaient expédiés dans toutes les parties du monde.

En 1314, les manufactures vénitiennes commencèrent à prendre beaucoup d’importance. Trois mille ouvriers en soie étaient établis alors dans l’intérieur de Venise.

Sans insister plus longtemps sur la propagation de l’industrie de la soie en Italie, arrivons à son établissement en France.

C’est en 1340 que des gentilshommes français qui avaient séjourné à Naples, plantèrent à Avignon les premiers mûriers L D’après Olivier de Serres, Te mûrier ne fut transporté que beaucoup plus tard en Dauphiné. Il ne fut introduit à Alan, près de Montelimart, qu’en 1495, par le seigneur Guyape de Saint- Aubain1 2.

Louis XI s’efforça de développer l’industrie de la soie en France, en y appelant des ouvriers italiens, et l’on commença sous son règne à fabriquer des soieries dans la Touraine et à Lyon.

1. De Gasparin, Essai sur l'introduction des vers à soie en Europe, page 70.

2. Théâtre d'agriculture d'Olivier de Serres , t. II, p. 158, in-8°.

François Ier donna beaucoup de développement à l’industrie lyonnaise. En 1554, sous Henri II, les maîtres et les ouvriers de la manufacture d'or, d'argent et de soie de Ljon étaient au nombre de douze mille.

Sous Henri II furent plantés les mûriers de la Bourdezière, Tours, Chenonceaux, Toulouse et Moulins. Ces plantations toutefois furent peu étendues. Il n’y avait pas là un effort général et vraiment populaire. D’ailleurs la guerre civile Tint bientôt écarter les esprits des tentatives isolées de quelques particuliers.

La sériciculture ne prit réellement une grande importance en France que sous Henri IV.

Ce roi voyait avec chagrin sortir de France, chaque année, des sommes considérables pour les achats de soie grége ou de soieries. Deux hommes servirent merveilleusement son projet de favoriser l’industrie de la soie. L’un de ces hommes était Barthélemy Laffemas, dit Beausemblant .

Depuis longtemps, Barthélemy Laffemas écrivait mémoires sur mémoires pour démontrer les avantages de la plantation de force mûriers en France. Cet écrivain émérite nous apprend qu’on élevait alors avec succès des vers à soie à Mantes, à Poissy et même à Paris.

Le second appui que trouva Henri IV dans la propagation de la sériciculture, est un homme bien autrement illuslre que messire Laffemas. Ce fut Olivier de Serres, l’excellent auteur du Théâtre de l' agriculture , celui que Henri IV appelait son seigneur et maître en fait de mesnage des champs.

Le premier parmi ses compatriotes, Olivier de Serres avait publié des instructions relatives à la culture du mûrier et à l’éducation du ver à soie. Henri IV, qui avait remarqué ses écrits, l’appela à Paris. Sur l’invitation d’Olivier de Serres, le roi fît venir d’Itjlie vingt mille mûriers, et une grande quantité de graines, dont on fît une gigantesque distribution dans toute la France.

Dès ce moment la sériciculture se propagea rapidement dans les Cévennes, en Provence, en Languedoc, dans la Touraine et plusieurs autres provinces. On planta des mûriers à Fontainebleau, au parc royal des Tournelles, et môme au jardin des

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Tuileries, où une Italienne, la dame Julie, femme des plus entendues quon puisse trouver , nourrissait des vers à soie pour Henri IV.

L’essor donné à la sériciculture s’affaiblit beaucoup après la mort de Henri IV. Il reprit de nouvelles forces sous le grand ministre Colbert, qui sut faire naître dans notre pays l’esprit du commerce et de l’industrie. De nouvelles fabriques s’établirent en France; des pépinières de mûriers furent créées dans plusieurs de nos provinces.

Tous ces progrès furent brusquement anéantis par l’immorale et inique révocation de l’Édit de Nantes, qui vint priver la France de l’élite de ses commerçants. Chassées de leur patrie, les familles protestantes des Cévennes allèrent établir à l’étranger des concurrences à notre production nationale.

Au dix -huitième siècle, les intendants des provinces essayèrent, mais avec peu de succès, de réveiller en France l'industrie séricicole. L’abbé Boissier de Sauvages publia, vers 1760, divers ouvrages où il se montre observateur patient, esprit juste et éducateur habile. Boissier de Sauvages est le père de la magnanerie moderne.

Pendant notre première révolution, les esprits avaient des préoccupations plus graves que celles de la culture du mûrier. Mais au retour de la paix on se mit à l’œuvre de toutes parts. En 1808, le ministre Chaptal porte à cinq ou six mille kilogrammes le poids de la récolte des cocons, pendant que l’invention du métier Jacquart vient donner au tissage des étoffes de soie une immense impulsion.

Parmi les initiateurs et les bienfaiteurs de l’art séricicole, nous ne saurions oublier üandolo. Né à Venise en 1758, mort en 1819, Dandolo est le premier qui, au commencement de ce siècle, se soit sérieusement occupé d’améliorer les pratiques de la sériciculture. Il chercha à régulariser le chauffage, à introduire plus d’ordre- dans la distribution des aliments du ver, plus d’espacement dans les locaux et un certain degré de ventilation.

Il y aurait aussi de l’ingratitude à ne pas citer, à ce propos, les noms de nos contemporains qui ont rendu d’importants services à l’art séricicole, tels que M. Camille Beauvais, qui a

fait sortir l'art du magnanier de l'état d’immobilité dans lequel il était plongé; — M. Eugène Robert, qui a fondé, dans le midi de la France, la première magnanerie salubre; — M. Guérin-Méneville, qui a consacré sa vie à l’étude des mêmes questions, et à qui l’on doit l'introduction et l'acclimatation d’espèces qui nous rendront peut-être un jour de grands services; — enfin M. Robinet, qui a élucidé différentes questions pratiques de l'art séricicole.

En terminant ce rapide aperçu historique, nous dirons que la France consomme annuellement 30 000 kilogrammes d’œufs de ver à soie, chaque kilogramme valant aujourd’hui de 300 à 500 francs, et même davantage. La valeur des soies manufacturées représente annuellement environ 8 millions, et l’on trouve dans les tableaux officiels que la France a exporté, en 1863, pour une valeur de 384 millions de ce produit.

Cette exportation immense montre combien la soie est aujourd’hui appréciée partout. Dans ces tissus nombreux qui se nomment taffetas, satin, velours, tout semble avoir un charme, un attrait particulier. Consistance de l'étoffe, douceur glissante de sa surface, manière dont elle reçoit l'impression des couleurs, éclat, finesse, reflet, bruissement ou frou-frou , plis cassés ou plis lourds, tout cela, c’est la beauté, l’élégance et le luxe, de quelque façon que l'on entende ce mot.

Le Bombyx du mûrier n’a pourtant rien de séduisant dans sa personne. D’autres chenilles de Bombyx ont de brillantes livrées; elles se parent de globules bleus comme des saphirs, verts comme des émeraudes, rouges comme des rubis, mais ne produisent que des fils sans éclat ni finesse. L’humble ver à soie, vêtu d’une blouse blanche, comme un ouvrier, n’a rien de brillant dans son vêtement, et il donne au monde entier ses plus belles parures.

Étudions un peu de près cet artisan inimitable.

Le corps du ver à soie se compose de dix anneaux distincts, qui forment neuf plis. En avant sont trois paires de pattes articulées, qui deviendront plus tard celles du papillon. Au milieu et en arrière, sont cinq paires de pattes membraneuses, armées d'un cercle d’épines très-fines, armature mignonne

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qui permet à ranimai de s’accrocher aux feuilles et aux tiges. Sur les deux côtés du corps sont dix-huit stomates, ou bouches respiratoires.

La tête du ver à soie se fait remarquer principalement par le museau qu’elle présente à sa partie antérieure. Ce museau est écailleux, corné et formé d’une seule pièce. La bouche est pourvue de six petites pièces articulées. En dessous est une lame simple, la lèvre supérieure, présentant une échancrure dans son milieu. L’animal fait entrer dans l’échancrure de cette pièce le bord de la feuille qu’il ronge et le maintient ainsi sans efforts. Au-dessous de la lèvre sont insérées deux grosses mâchoires, qui taillent la feuille comme le ferait une paire de ciseaux. Au-dessous, des mâchoires plus faibles achèvent la division des fragments, et une petite tige, articulée à chaque mâchoire, c’est-à-dire un palpe, repousse vers la bouche et empêche de tomber les plus petites parcelles de feuilles. Enfin, dans l’espace compris entre les deux mâchoires, est une lèvre inférieure, qui complète en dessous la clôture de la bouche. À l’extrémité de cette pièce, on remarque un petit prolongement, une sorte de papille, percée d’un trou. Ce trou est l’orifice qui donne issue au fil soyeux.

Les organes qui servent à l’élaboration et à l’émission de la soie sont pour nous d’un intérêt particulier.

Si l’on dissèque un ver à soie sous l’eau, on parvient bientôt, après avoir écarté d’autres parties, à mettre à découvert un double appareil, couché des deux côtés du canal intestinal et au-dessous de ce canal. C’est l’appareil sécréteur de la soie; c’est la double glande sèriôipare .

Chacune de ces glandes se compose d’un tube formé de trois parties distinctes (fi g. 223). La partie qui se trouve la plus rapprochée de la queue du ver est une sorte de tube flexueux ABC, d’un millimètre de diamètre et de Ûm, 27 de longueur, contourné un grand nombre de fois en zigzags arrondis et sans ordre. Cette partie de l’organe soyeux se continue en un renflement DE, qui est le réservoir de la matière soyeuse. A l’extrémité E de ce réservoir, s’ajuste un nouveau tube capillaire E F.

Ces deux tubes capillaires, venant des deux glandes, se

réunissent comme deux troncs veineux, ainsi que le montre la ligure, en un canal unique, court, F, qui s’ouvre dans la bouche du ver, à sa lèvre inférieure.

C’est dans les tubes grêles postérieurs que se forme l'a matière soyeuse. Elle se rassemble dans la partie renflée, DE, qui est le réservoir proprement dit. Elle existe là à l’état gélatineux. Parvenue dans les tubes capillaires, elle commence à prendre de la consistance.

Elle forme deux fils qui se soudent au point de jonction des tubes, et sortent par l’orifice soyeux, avec l’apparence d’un fil simple, pour être conduits et dirigés par l’animal sur les points qu’il a choisis.

On avait espéré qu’en prenant dans le corps du ver la matière visqueuse contenue dans les glandes, on parviendrait à en former de la soie. Mais cet espoir a été déçu. On a pu, il est vrai, amener de la soie au dehors; on a pu l’étirer en fils plus ou moins déliés; mais on n’a obtenu ainsi qu’une matière qui, desséchée, ressemble plus ou moins à de la corde à boyau , et se laisse attaquer assez rapidement par l’eau. Ce n’est pas de la soie.

La substance visqueuse contenue dans les glandes a donc besoin d’être travaillée par l’insecte luimême. Lorsqu’elle arrive dans le conduit commun des deux tubes capillaires, sous la forme de fils, ces fils sont imprégnés en ce point d’une sorte de vernis qui est versé par deux petites glandes voisines. Le vernis réunit les deux fils en un seul, et donne à ce fil le brillant de la soie et la propriété de résister à l’action de l’eau.

C’est pendant les dernières phases du développement du ver que la matière soyeuse devient abondante dans les glandes. À cette époque, l’animal mange beaucoup, et il est certain que la substance qui sera convertie est fournie par la feuille de mûrier dont l’insecte se nourrit.

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Comme conséquence de cette remarque , il s'est trouvé des industriels qui ont voulu retirer directement de la soie de la feuille du mûrier; mais on n'a obtenu ainsi qu'une mauvaise filasse. C'est que la soie n'est pas, tant s'en faut, toute formée dans la feuille du mûrier. Les 'organes des insectes sont des laboratoires vivants où se font des manipulations inconnues à l'homme, et qu'il ne saurait reproduire.

Après ce coup d’œil rapide jeté sur les parties fondamentales de l’organisme du ver à soie, nous allons successivement nous occuper de l'histoire naturelle proprement dite de cet insecte, et de son éducation, faite en vue de la production de la soie.

Pour répondre à la première partie de ce programme , nous avons à parler de la mue , des âges du ver à soie, de sa maturité, de sa montée , de la formation du cocon , de la chrysalide, du papillon et des œufs.

On donne le nom de mue à une sorte de crise pendant laquelle a lieu le renouvellement de la peau du ver à soie. Quand elle approche, le ver à soie change de couleur. Sa robe, qui était blanche ou grise et opaque, devient jaune et plus transparente. La tête se tuméfie considérablement, surtout en dessus, la peau se plisse et se ride (fig. 224). Le ver se met volontairement à la diète; il se prépare à son dépouillement. Il poseçà et là des fils de soie sur les corps environnants. Il se glisse sous ces fils, afin que pendant ses mouvements la vieille peau qu’il abandonnera se trouve pour ainsi dire ramassée. Puis il prend une position particulière, celle qui est représentée dans la figure 225, et y demeure dans un état d’immobilité auquel on a donné le nom de sommeil .

C’est pendant ce sommeil que la nouvelle peau se forme sous l’ancienne. Il s'opère entre les deux membranes le suintement d'un liquide qui les sépare et permet au ver de quitter son ancien vêtement.

Pour y arriver, le ver commence par lever la tête et par faire

Fig. 224. Tête du ver à soie pendant la mue.

Fig. 225. Position du ver à soie pendant la mue.

des contorsions. L’ancienne peau se fend autour du museau, sur la tête et dans le dos ; puis par divers mouvements ranimai sort de sa peau, qui demeure retenue par les fils de soie.

La durée de la mue varie avec le degré de chaleur ou d’humidité; mais en général l’état de sommeil dure de douze à vingtquatre heures. Une heure après la crise, le ver recommence à manger.

Les âges du ver à soie sont les périodes de temps qui s’écoulent d’une mue à l’autre. Si l’on considère une éducation dans une bonne condition de température,

&&&* on observera quatre mues, par conséquent cinq Fig. 226. âges.

Fremier âge. premier âge (fig. 226), le ver à soie du mûrier est noir, poilu; puis de couleur noisette au moment où va s’opérer la première mue.

<x L’aspect de ces vers réunis sur une feuille, dit Dandolo, est celui d’une superficie lanugineuse, de couleur châtain foncé, au milieu de laquelle on ne voit qu’un moment de petits animaux ayant la tête levée, la remuant, et présentant un museau noir, luisant. Leur corps est tout couvert de poils rangés en ligne, entre lesquels on aperçoit dans toute la longueur du corps d’autres poils plus longs *. »

Le premier âge dure cinq jours.

Au second âge (fig. 227), le ver paraît gris, presque sans duvet, puis blanc jaunâtre, et on voit se dessiner les croissants sur le second et le cinquième anneau de l’abdomen.

Fig. 227. Fig. 228. Fig. 229.

Deuxième âge. Troisième âge. Quatrième âge.

Au troisième âge (fig. 228), il n’y a plus aucun poil, et le ver devient d’un blanc terne qui va toujours s’éclaircissant.

Le troisième âge dure six jours , ainsi que le quatrième âge (fig. 229).

1. L’Art cV élever les Vers à soie , par le comte Dandolo. In-8d, 2e édition. Lyon, 1825.

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Au cinquième âge (fi g. 230), le ver est arrivé très-près du terme de sa carrière à l’état de chenille, et c’est alors le temps

Fig. 230. Cinquième âge du ver à soie.

de sa plus grande voracité. Cet âge est le plus long; il dure neuf jours.

A chacune de ces périodes de la vie du ver à soie , on remarque un phénomène physiologique auquel on a donné le nom de frèze .

Quand le ver à soie vient de muer, il mange peu. Mais il arrive bientôt un moment où il dévore la feuille de mûrier avec une avidité extraordinaire. Il est vraiment insatiable. La frèze du dernier âge porte le nom de grande frèze . Elle arrive vers le septième jour. Pendant cette journée, les vers, issus de trente grammes de graines, consomment en poids autant que quatre chevaux, et le bruit que font leurs petites mâchoires ressemble à celui d’une grande averse de pluie.

C’est à la fin du cinquième âge que l’insecte se prépare l’abri au sein duquel doit s’opérer sa métamorphose en chrysalide.

Peu de temps avant, il cesse de manger; il jaunit et devient transparent comme un grain de raisin. Aussi dit-on qu’il a alors atteint sa maturité . Jusque-là, le ver n’a jamais essayé de quitter sa litière. Il vivait sédentaire et ne pensait point à s’écarter de sa salle à manger, abondamment fournie. Maintenant il est pris comme d’un impérieux besoin de déplacement. Il lève, il dodeline, il promène sa petite tête dans tous les sens, pour chercher des points d’appui. 11 chemine sur tous les corps qu’il peut atteindre, particulièrement sur ceux qui sont posés verticalement. Il aspire, non à descendre comme le héros de la tragédie classique, mais à s’élever, à monter.

C’est pour cela que cette période de la vie du ver à soie a reçu le nom de montée.

Avant de construire son cocon, l’insecte commence par expulser de son corps tout ce qui devient inutile à ses nouvelles fonctions. Il rend un dernier excrément plus mou , plus vert, plus volumineux que celui qu’il rend d’ordinaire, accompagné de plusieurs gouttes d’un liquide blanc, clairet ammoniacal. On dit alors et avec raison que le ver à soie se vide .

Il cherche ensuite une place convenable pour l’établissement de son cocon. Tout le monde a remarqué comment l’animal s’y prend pour accomplir son travail. Il commence par jeter de divers côtés des fils destinés à fixer le cocon; c’est ce que nous appelons la bourre de soie . L’espace convenable étant circonscrit au moyen de cette bourre , lever commence à dérouler son fil, — un fil continu de mille mètres de longueur environ.

On a calculé, disons-le en passant, que quarante mille cocons suffiraient pour entourer d’un fil de soie le globe terrestre à son équateur.

Replié sur lui-même à peu près comme un fer à cheval, le dos en dedans, les pattes en dehors, le ver dispose son fil tout autour de son corps, en décrivant avec sa tête des tours ovales. Il rapproche de plus en plus les points d’attache. Tant que la paroi du cocon n’est pas bien épaisse, on le voit au travers les maillesdu tissu appliquant et fixant son fil, encore à un certain degré de mollesse, de façon à lui faire contracter une adhérence intime avec les parties déjà établies.

a On a pu constater, dit M. Robinet, que le ver à soie fait environ par seconde un mouvement d’une étendue de cinq millimètres à peu près. La longueur des fils étant connue, il en résulte que le ver fait trois cent mille mouvements de tête pour former son cocon. S’il emploie soixante-douze heures à ce travail, c’est cent mille mouvements par vingt-quatre heures, quatre mille cent soixante-six par heure et soixante-neuf par minute, c’est-à-dire un peu plus d’un par seconde1. »

Le quatrième jour environ, après avoir déposé toute sa soie, le ver renfermé dans le cocon est devenu d’un blanc cireux. Il est tuméfié dans sa partie moyenne. Les pattes abdominales se flétrissent; les six pattes antérieures se rapprochent et noir-

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