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Manuel de V éducateur du ver à soie, page

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cissent; les parties de la bouche se portent en dessous, la peau se ride. Bientôt elle se détache et se trouve refoulée vers la partie postérieure. La chrysalide paraît sous les déchirures de cette peau. Elle est d’abord blanche, puis devient rapidement d’un rouge brun.

Le ver à soie reste, en général, quinze à dix-sept jours à l’état de chrysalide. Au moment de l’éclosion, le papillon commence par rompre la pellicule dans laquelle il est renfermé et qui est assez mince.

Mais comment pourra-t-il sortir de la prison soyeuse qu’il s’est construite lui-même? 11 fait usage pour cela d’une liqueur particulière, contenue dans une vésicule dont sa tête est munie, et qui a été découverte par M. Guérin-Méneville. Il humecte les parois du cocon avec cette liqueur; il en imbibe et en pénètre toute l’épaisseur de ces parois. Les fils de soie qui les composent sont ramollis, décollés, disjoints, mais non rompus. Le papillon se fraye un passage au travers de ces fils écartés et il paraît au jour.

Ses ailes sont repliées sur elles-mêmes, et il est encore tout mouillé. Mais il cherche aussitôt une bonne place pour se sécher, et prend en peu de temps son aspect définitif (fig. 231).

Fig. 231. Papillon de ver à soie mâle.

La femelle (fig. 232) a les ailes blanches, les antennes peu développées et pâles, le ventre volumineux, cylindrique et bien rempli. Elle est calme, lourde, stationnaire. Le mâle est plus petit; ses ailes sont nuancées de gris, ses antennes noirâtres ; il s’agite, il bat des ailes, il est vif et pétulant.

Après l’accouplement, la femelle cherche une place convenable pour pondre. Quand elle a trouvé cette place, elle expulse un œuf enduit d’un liquide visqueux, qui le fait adhérer au

corps qui le reçoit. Bientôt elle dépose un second œuf à côté du premier, puis un troisième à côté du second, et ainsi de suite. Il est très-rare qu’elle les entasse Tun sur l’autre.

Fig. 232. Papillon de ver à soie femelle.

La ponte dure trois jours environ. Le nombre des œufs est de 300 à 700 par femelle. Ces œufs sont généralement lenticulaires et déprimés vers le centre. Au moment de leur expulsion, ils sontd’un jaune jonquille. Au bout de huit jours, ils deviennent bruns. La couleur passe ensuite au gris roussâtre; enfin elle devient gris d’ardoise. Celte teinte persiste pendant l’automne, l’hiver et une grande partie du printemps. Alors et à mesure que la température s’élève, la couleur des œufs passe successivement par les tons suivants : bleuâtre, violet, cendré, jaunâtre. Enfin ils blanchissent de plus en plus lorsque l’éclosion est prochaine.

Cependant, en y regardant de plus près, on remarque dans cet œuf un point noir et un croissant' brunâtre, qui s’étend à son pourtour. Le point noir est la tête du ver qui touche immédiatement la coquille. Le croissant est le corps du ver qui est déjà couvert de petits poils.

Lorsqu’il veut sortir de l’œuf, le ver à soie ronge la coquille sur le côté, jamais sur sa. face plate. Quand l’ouverture est assez grande, il la franchit, la tête en avant, et fixe immédiatement un fil de soie au corps qu’il peut atteindre, sans doute pour ne pas tomber. Quelquefois l’ouverture est trop petite

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pour donner passage à la tête, et le malheureux est forcé de sortir à reculons, c’est-à-dire par la queue. Sa tête d’autres fois ne peut se dégager, et le pauvre animal meurt bientôt de fatigue et de faim.

Nous donnerons maintenant une idée sommaire de l’éducation du ver à soie, c’est-à-dire des soins qu’il faut donner à cet insecte, pour l’amener à former son cocon dans de bonnes conditions. Nous nous aiderons, pour cet aperçu très-rapide, des ouvrages ou notices de MM. Robinet, Guérin-Méneville et Eugène Robert, Louis Leclerc, et sans oublier l’excellent et classique Dandolo1.

Quand on veut élever des vers à soie, des magnans comme on les nommait dans le vieux français, et comme on les nomme encore en patois languedocien, la première chose à faire, c’est de se procurer de bons- œufs, de la bonne graine , suivant l’expression des ateliers, et de choisir ensuite un local convenable.

Le principe essentiel, fondamental, de cette éducation, c’est, de posséder un local dans lequel l’air se renouvelle facilement. Il faut donner aux vers le plus d’air possible, sans jamais les refroidir. Il n’y a pas de meilleur moyen pour atteindre ce but, que de faire un feu continuel de cheminée, dans une pièce, en faisant arriver dans cette pièce l’air d’une autre chambre qui la sépare de l’extérieur. On a, de cette façon, le meilleur atelier pour une petite éducation.

On dispose dans l’atelier plusieurs rangées de pièces de bois légères, à l’aide desquelles on place, à la distance de 50 centimètres l’un de l’autre, des châssis faits avec des roseaux. Ces châssis, ou canisses , comme on les nomme dans les Cévennes, peuvent avoir de 1 mètre à lm,75 de large. Ils doivent être placés de manière qu’on puisse aisément circuler à l’entour, pour placer et déplacer les vers, et leur distribuer unifor-

1. L'Art (V élever les Vers à soie , par le comte de Dandolo, traduit par Philibert Fontaneilles. In-8°, Lyon, 1825. — Robinet : Manuel de V éducation des Vers à soie. I11-80, Paris. — Guérin-Méneville et Eugène Robert : Manuel de l'éducation des Vers à soie. In-18, Paris. — Louis Leclerc : Petite Magnanerie. In-18, Paris.

mémenl la feuille. Ils doivent être munis d'un rebord de quelques centimètres de hauteur, pour empêcher les vers de tomber. Enfin on les recouvre, au fond, de grandes feuilles de papier.

Un magnanier prévoyant a toujours à sa disposition une cave ou une salle fraîche, afin d’y déposer la feuille à mesure qu’on l’apporte de la campagne.

Ce que nous venons de dire s’applique spécialement à une petite éducation. Dans les grands ateliers, ou dans les ateliers d’importance moyenne, toute chose est d’avance et mathématiquement réglée : exposition et disposition des pièces, ameublement de ces pièces, chauffage, aération. Ainsi, pour une magnanerie de 300 grammes d’œufs, le bâtiment doit être construit de manière que les deux grandes faces regardent l’est et l’ouest, pour éviter les inégalités d’échauffement par le soleil. Il doit se composer d’un rez-de-chaussée, d’un premier étage très-élevé et d’un comble peu considérable. Le rez-dechaussée comprend la chambre d’incubation, le magasin aux feuilles, la chambre d’air avec le poêle destiné au chauffage et à l’aération. Le premier étage forme la magnanerie proprement dite.

Mais laissons ces grandes exploitations industrielles, pour revenir à notre petite éducation, telle qu’elle se fait chez les paysans des Cévennes (tig. 233).

On reçoit ordinairement la graine de vers à soie avant la fin de l’hiver. Pour la conserver jusqu’au moment de l’éclosion, il faut la placer en couches minces, dans un morceau d’étoffe de laine plié, que l’on suspend dans un lieu frais, mais non humide, exposé au nord.

Dès que les bourgeons des mûriers commencent à s’entr’ouvrir, il faut procéder au travail de l’incubation des œufs de vers à soie.

On étend les œufs sur des feuilles de papier, en couches trèsminces, que l’on place sur une table dans une chambre exposée au midi. On les laisse ainsi pendant trois ou quatre jours, en ayant soin d’éviter que les rayons du soleil ne viennent les toucher. Il faut aussi ouvrir de temps en temps les fenêtres.

Au bout de trois ou quatre jours, on allume le feu de la

Fig. 233. Une éducation de ver à soie chez un paysan des Cévennes.

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cheminée, de manière à ne pas avoir plus de 13° centigrades de chaleur autour de la table qui porte les graines et qui doit être placée aussi loin que possible de la cheminée. Chaque jour, on chauffe un peu plus, de manière que la température s’élève de 1° à 2° par jour, tant qu’on n’a pas atteint le chiffre de 25° centigrades, température qu’on maintiendra, une fois arrivé au dernier âge, et jusqu’à ce que l’éclosion soit terminée.

Le premier jour peu de vers éclosent. Mais l’éclosion du secondjour est très-abondante, ainsi que celle du troisième.

De ces vers nouveau-nés, on fait deux catégories, ou divisions, séparées par un intervalle de vingt-quatre heures. On jette ordinairement les vers qui naissent ensuite, à moins qu’ils ne soient si abondants qu’on en puisse faire une troisième catégorie, que l’on fusionnera avec la seconde, à l’époque delà mue.

Dans les grandes magnaneries, il y a une chambre spéciale pour l’incubation. On a proposé pour la petite magnanerie divers appareils simples, commodes, peu coûteux, dont le principe fondamental est de créer une atmosphère permanente, chaude et humide et dont le degré de chaleur puisse se régler à volonté.

M. Louis Leclerc, dans sa notice intitulée Petite Magnanerie , a donné la description et la figure d’une petite boîte fort commode pour faciliter l’éclosion des graines. Nous renvoyons à cet ouvrage pour connaître la disposition de cet appareil d’incubation.

Lorsque les vers viennent d’éclore, on recouvre les œufs de filasse ou de tulle, et l’on place par-dessus quelques rameaux de mûriers, munis de feuilles tendres, sur lesquels les petits vers se réunissent tous. On enlève ensuite ces rameaux avec un crochet en fil de fer mince, et on place les vers sur une table garnie de papier, en les espaçant convenablement.

On donne un premier repas, des feuilles tendres, que l’on a coupées en menus morceaux, à l’aide d’un couteau. C’est ainsi qu’on opère pour les deux levées de vers, faites le deuxième et le troisième jour de l’éclosion. Dans ce premier âge, on donne aux vers six à huit repas par jour, en ayant soin de leur distribuer la nourriture le plus également possible. Le premier

repas a lieu à cinq heures du matin, le dernier à onze heures ou minuit.

Lorsqu’on s’aperçoit que la mue approche, il faut faire monter les jeunes sur des rameaux de feuilles tendres, de manière qu’ils puissent être transportés sur des litières aussi minces et aussi propres que possible, et s’y endormir dans de bonnes conditions de salubrité.

Quand la masse des vers est bien réveillée , il s’agit de les enlever de la litière sur laquelle ils ont mué et de leur donner à manger.

Si l’on posait à une personne étrangère à l’industrie qui nous occupe, ce problème : séparer les vers de la litière flétrie sur laquelle ils reposent sans les toucher, — cette personne serait certainement fort en peine. La solution de ce problème a présenté longtemps de grandes difficultés, et occasionné de nombreux revers dans les éducations. Aujourd’hui, grâce à l’emploi du filet , le délitement est devenu une opération facile, sûre et peu coûteuse.

Sur les vers qui garnissent une table, on étend un filet, dont les mailles sont assez larges pour que les vers puissent les traverser. Sur ce filet, on répand les feuilles qui doivent composer

Fig. 235. Filet carré.

un repas. Les vers quittent aussitôt la vieille litière, et montent sur la feuille nouvelle. On enlève alors le filet avec lès vers, et l’on jette la vieille feuille devenue libre. On nettoie la table et

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on replace le filet avec les vers. Au délitement suivant on retrouve le premier filet sous la litière.

Les figures 234 et 235 représentent deux formes de ces filets, qui sont tressés en fil.

Les filets de fil qui ont rendu de grands services, ont été remplacés, dans ces derniers temps, avec un véritable avantage, par des filets de papier, imaginés par M. Eugène Robert. Ce sont des feuilles de papier, d’une fabrication spéciale, percées de trous, proportionnés à la taille des vers qui doivent les traverser.

Ce même papier-filet peut réussir aussi à -éclaircir les vers trop rapprochés, ou, comme on dit encore, à les dédoubler .

Anciennement on délitait et on dédoublait à la main , travail pénible et qui présentait de graves inconvénients. Aujourd’hui, comme on vient de le voir, les vers se chargent eux-mêmes de ces deux périlleuses opérations.

Au second âge, on coupe encore la feuille aux vers, mais en morceaux moins menus et proportionnés à leur grosseur.

Pendant la journée , la température de la chambre doit être maintenue à 21° centigrades. Mais elle peut descendre de 1 ou 2° pendant la nuit.

Vers lafin de cet âge, on ne donne que quatre repas. Lorsque les vers sont sur le point de s’endormir, on leur donne des repas de plus en plus légers.

Pendant le troisième âge, le nombre des repas est maintenu à quatre, le premier étant donné vers cinq heures du matin et le dernier entre dix et onze heures du soir. La feuille est coupée en morceaux beaucoup plus gros et distribuée le plus également possible. On procède au délitement et au dédoublement, comme dans l’âge précédent.

On commence assez souvent à trouver, pendant cette période de la vie des vers, des luisetles , c’est-ù-dire des vers qui n’ont pas eu la force de muer. Ils sont plus gros que les vers qui viennent de se réveiller, et qui n’ont pas encore mangé; ils deviennent de plus en plus luisants. Il faut les enlever avec soin, car ils ne tarderaient pas à périr, et à infecter l’atelier.

Pendant le quatrième âge, on ne coupe plus les feuilles du mûrier. On en donne aussi aux vers beaucoup plus à la fois. Il résulte de là que les litières s’épaississent et qu’il faut déliter

plus souvent. Au reste quatre repas sont toujours nécessaires. On observe assez souvent des luisettes pendant le quatrième âge.

La mue qui suit le quatrième âge est la phase la plus critique de la vie des vers à soie. Pendant leur sommeil ôn les voit en proie à une vive souffrance ; ils sontplongés dans un état léthargique, qui ressemble à la mort. Les litières les plus sèches et les plus propres répandent bientôt une odeur nauséabonde. Cette mue dure de trente-six à quarante-huit heures. Pendant ce temps l'atelier doit être maintenu au moins à 22° centigrades.

Quand les vers sont sortis de ce dernier sommeil, le magnanier doit toujours être sur ses gardes. C'est alors, en effet, que les maladies se déclarent.

Les vers en proie à ces diverses maladies ont reçu différents noms. Il y a, outre les luisettes , les arpians , c'est-à-dire les vers qui ont dépensé toute leur énergie dans le travail de la dernière mue et n'ont pas même la force de manger; — les jaunes ou gras, qui sont gonflés, jaunâtres et se crèvent facilement; — les fiais ou mous , qui, après avoir bien mangé et bien grossi, meurent misérablement et entrent en putréfaction. Enfin c'est à cet âge que la muscardine, qu’on a à peine entrevue dans les autres âges, peut apparaître avec une grande intensité.

La muscardine est un fléau redoutable pour les éducateurs. On estime à un sixième au moins des produits annuels les pertes qui en résultent pour les éducateurs français. Aucun symptôme particulier ne permet de reconnaître l'existence de cette maladie sur des vers qui en contiennent cependant le germe. Seulement le ver, qui a mangé jusque-là comme à l’ordinaire, paraît presque tout d’un coup d'un blanc plus mat; ses mouvements se ralentissent; il devient mou et ne tarde pas à mourir. Sept à huit heures après la mort, il est devenu rougeâtre et complètement rigide. Vingt-quatre heures après, une efflorescence blanche se manifeste autour du museau et des anneaux. Bientôt tout le corps est farineux.

Cette farine n’est autre chose qu’un champignon qui se nomme Bolrytis Bassiana , dont le mycélium se développe dans le tissu graisseux de la chenille, envahit l'intestin et vient fructifier à l'extérieur.

On a considéré ce champignon comme la cause immédiate de

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la muscardine. Cette végétation cryptogamique a été regardée aussi comme le symptôme ultime ou la terminaison du mal. On a tour à tour admis et nié la communication de la maladie par voie de contagion.

Comme la véritable cause de ce mal et les moyens efficaces de le combattre sont encore inconnus, il faut se borner k appliquer dans les magnaneries, pour prévenir ou combattre ce redoutable fléau, les préceptes de l’hygiène : une bonne aération, une propreté excessive, des délitements fréquents, et une bonne nourriture convenablement préparée.

Après la muscardine, il faut mentionner une autre maladie épidémique plus terrible encore : la gattine . Cette maladie se montre dès le début de l’éducation, et augmente d’intensité à chaque âge, de manière que le nombre des vers pouvant entrer régulièrement en mue est de plus en plus petit.

Nous sommes encore dans une ignorance absolue sur la cause de cette dernière affection, qui a occasionné, depuis dix ans, des pertes incalculables dans nos magnaneries, qui menace nos races de vers à soie d’une destruction complète, et qui, en attendant, a ruiné nos malheureuses contrées des Cévennes, siège principal de la sériciculture en France.

Pendant le cinquième âge, les vers grossissent tellement vite qu’au cinquième ou sixième jour il faut les dédoubler sur la litière. On délite tous les deux jours ou même tous les jours, à cause de la quantité énorme des déjections des vers. En meme temps, on pratique sans relâche une bonne ventilation.

La température de l’atelier doit alors être maintenue à 2k°, sans jamais dépasser ce degré de chaleur. Lorsqu’on s’aperçoit que les vers veulent monter, on place sur les tables, de distance en distance, de petits brins de bruyère, ou des branchages de bois léger bien secs.

Quand les vers commencent à monter dans la bruyère, il faut encabaner , c’est-à-dire former avec ces branchages de petites haies recourbées en cabane ou en berceau de cinquante centimètres d’ouverture en moyenne (fig. 236). Au bout de vingtquatre heures, tous les bons vers sont montés. Les traînards qui restent sous les cabanes sont enlevés à la main, et placés sur une table, que l’on encabane aussitôt.

Les cocons que le ver à soie a filés sur ces branches de bruyère doivent être gros, lourds et bien conformés. Les bons

Fig. 236. Rameaux de bruyère disposés pour faire monter les vers à soie.

. cocons sont réguliers. Leurs bouts sont arrondis et non percés. Ils sont durs surtout aux extrémités. Ils ont un grain fin.

Fig. 237. Cocon étranglé de Bombyx Mori.

Ils sont cylindriques. Les meilleurs sont étranglés vers le milieu (fig. 237 et 238). Chacun sait qu’il existe des cocons blancs et des cocons jaunes. Ils proviennent de différentes races de vers.

On distingue dans le commerce deux espèces de soies blanches : celles dites de premier blanc et celles de second blanc .

La soie de premier blanc est produite par la race Sina, dont les cocons sont d’une blancheur parfaite et azurée. Ils donnent la soie la plus belle et la plus précieuse. Elle sert à

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fabriquer les blondes et quelques autres tissus aux couleurs tendres.

La soie de deuxième blanc est fournie par deux races : YEspagnolet et le Roquemaure .

Fig. 239. Ver à soie à ses divers états (chenille, chrysalide et papillon).

Les races à cocons jaunes sont plus nombreuses que celles à cocons blancs.

On distingue trois groupes de races jaunes : celui à petits cocons, celui à cocons moyens, enfin celui à gros cocons. Le-

premier et le second sont plus robustes et plus estimés que les derniers.

Le plus grand nombre des races de ver à soie ont, disonsnous, des cocons blancs et jaunes; il en est pourtant dont le cocon est blanc verdâtre, ou même tout à fait vert, ou jaune roussâtre. Une race élevée en Toscane, près de Pistoie, a des cocons d’un rose pâle. On a mentionné enfin des cocons de couleur pourpre.

Quand les cocons sont achevés, les éducateurs les séparent de la bruyère et les vendent aux filateurs de soie. Mais ils doivent mettre ces cocons en état de se conserver intacts pendant un temps plus ou moins long. Il faut, en d’autres termes, tuer les chrysalides, pour prévenir le percement des cocons par le papillon.

Tuer les chrysalides afin de prévenir le développement du papillon est une opération qui porte le nom d ’ètouffcige.

Pour étouffer les cocons, on les expose à une chaleur élevée. Autrefois, dans les Gévennes, on plaçait les cocons dans un

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four de boulanger, chauffé pour la cuisson du pain. Mais on était exposé ainsi à brûler des cocons, ou à laisser la vie sauve à un certain nombre de chrysalides. Aujourd’hui on fait usage, pour tuer les chrysalides, de la vapeur à 100° produite par l’eau mise en ébullition dans un bassin, et qui traverse des corbeilles d’osier garnies de cocons.

La figure 240 représente l’appareil le plus en usage dans les Cévennes pour Yétouffage des cocons au moyen de la vapeur de l’eau bouillante.

L’éducateur doit aussi se préoccuper de séparer, dans sa récolte, les cocons qui serviront à préparer la provision d’œufs pour l’année suivante. Comme les cocons femelles ont plus de poids que les cocons mâles, on fait aisément ce triage avec la balance.

Pour recueillir ces œufs, ou la graine , on fixe les cocons sur des feuilles de papier gris collé, recouvertes d’une légère couche de colle de farine. Ils sont rangés de manière que les papillons ne trouvent pas d’obstacle quand ils sortent, la tête la première; et que, d’autre part, ils puissent atteindre avec leurs pattes le cocon qui se trouve en face d’eux pour s’y accrocher et faciliter leur sortie (fig. 241).

Fig. 241. Feuille de papier avec rangées de cocons préparées pour recueillir le papillon destiné au grainage.

On colle sur des feuilles séparées les cocons mâles et les cocons femelles.

C’est quinze à. vingt jours après la montée et lorsque la température des chambres a été maintenue entre 20 et 25% que les papillons commencent à éclore. A mesure qu’ils paraissent,

on les saisit par les ailes et on les pose sur,' des toiles tendues où on les laisse une heure environ, jusqu'à ce que leurs ailes soient retombées à plat sur leur corps.

Dès que les papillons ont évacué une liqueur rousse , on rapproche les mâles des femelles, jusque-là séparés.

Après l’accouplement, on les sépare de nouveau. On attache des feuilles de papier sur des claies, en mettant vingt-cinq à trente femelles sur chaque feuille (fîg. 242). C’est là qu'elles

Fig. 242. Feuilles de papier attachées sur des claies et inclinées pour recevoir les papillons.

pondent. On suspend ensuite les feuilles de papier garnies d'œufs sur des fils de fer, à peu de distance du plafond d’une pièce exposée au nord, qu'on ne chauffe jamais. Les œufs restent ainsi exposés à toutes les variations de la température, jusqu'au retour de la belle saison.

Nous dirons un mot, pour terminer ce sujet, du dévidage des cocons et de la filature de la soie.

Le dévidage des cocons est une opération qui, au premier abord, paraît fort simple, mais qui ne laisse pas d'être difficile et délicate. Elle demande une attention soutenue, une grande expérience et une délicatesse de tact qu'on ne saurait trouver que dans les doigts de la femme, et même dans ceux de certaines femmes.

La fileuse s'établit devant une sorte de métier, qu'on nomme tour( fig. 243). Sous sa main est une bassine contenant de l’eau, qu’elle échauffe au degré voulu, en ouvrant le robinet d’un tube,

Fig. 243. Un atelier de filature de soie dans les Cévennes.

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qui apporte un courant de vapeur. Elle plonge les cocons dans Peau chaude, et les y agite, pour ramollir la substance gommeuse qui agglutine entre eux les fils de soie du cocon. Ensuite elle les bat, d’une main légère, avec un petit balai de bouleau. Les fils des cocons s’accrochent à l’extrémité des brindilles du petit balai. L’ouvrière saisit avec les doigts le faisceau de fils, et les secoue jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive qu’ils sont tous simples et propres à être associés entre eux.

Supposons que l’ouvrière veuille maintenant composer un brin en collant et unissant ensemble les bouts de cinq cocons. Elle choisit cinq bouts dans la masse, en fait un faisceau et l’introduit dans le trou d’une filière. Elle fait deux brins à la fois, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Elle rapproche ensuite les deux brins, elle les croise, les roule, et les tord l’un sur l’autre à plusieurs tours; après quoi,’ elle les sépare du haut et les maintient bien écartés, en les faisant passer chacun dans un crochet, d’où ils vont, au loin, s’enrouler en écheveau, à part, sur une roue. Les deux fils ainsi tordus se serrent', se compriment, n’en font qu’un et s’arrondissent en roulant l’un sur l’autre, en allant toujours, attirés qu’ils sont par le mouvement rapide de la roue.

La difficulté que présente le dévidage du fil de soie du cocon fait comprendre celles qu’ont dû éprouver les industriels qui, de nos jours, ont essayé de retirer de la tige du mûrier une sorte de filasse de soie. Nous n’entrerons pas dans le détail des tentatives qui ont été faites dans ce but, à notre époque, et qui n’ont d’ailleurs été couronnées d’aucun succès. Nous nous bornerons à rappeler que ces tentatives sont loin d’être récentes, puisqu’elles remontent à Olivier de Serres, le père de la sériciculture française.

Dans un opuscule publié par Olivier de Serres, en i 603 , sous le titre de Cueillette cle la soie , on lit un mémoire intitulé : La seconde richesse du Mûrier qui se trouve en son escorce, pour en faire des toiles de toute sorte , non moins utile que la soie provenant d'icelui. Olivier de Serres prouve dans ce mémoire que la seconde écorce ou le liber du mûrier contient une filasse propre à remplacer le chanvre ou le lin, et il donne les procédés qui permettent d’extraire cette filasse.

Les procédés qui ont été proposés par Olivier de Serres, en 1603, ont été repris dans les Cévennes, il y a une dizaine

Fig, {244. Olivier de Serres.

d’années, par M. Duponchel d’une part, et d’autre part par M. Cabanis1, qui a opéré avec l’écorce au lieu de prendre le bois entier du mûrier. Mais aucun de ces essais n’a donné de bons résultats jusqu’à ce moment.

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