ORDRE DES DIPTÈRES
Rôle des Diptères dans l'économie de la nature. — Leur organisation. Le Cousin. — La Tipule. — Les Larves de Sciarra. — Le Taon. — Le Chrysops. — L’Asilique. — L’Anthrax. — Le Yermilion. — L’Hélophile. — L’OEstre. — Impression des chevaux piqués par un OEstre.
— L’OEstre et les troupeaux de Bœufs. — Les Moutons et la céplialémie. — La Lucilie hominivore. — La Lucilie et les déportés de Cayenne. — Un mendiant mangé par les mouches. — La mouche Tsetsé de l’Afrique centrale. — Observations du docteur Livingstone.
— La Mouche de la viande; merveilles de sa trompe. — La Mouche domestique. — L’Anthomye. — L’Hélomyze. — Le Dacus des Olives.
— Observations de M. Guérin Méneville sur le Dacus des Olives.
Tous les insectes qui, sous leur dernier état, n’ont que deux ailes membraneuses, et qui sont privés de mâchoires, portent le nom de diptères . Ce nom est formé de deux mots grecs, Biç, deux, et TTTspov, aile.
Les Diptères ont été fort anciennement connus et décrits dans la science. On les trouve souvent signalés dans V Histoire des animaux d’Aristote, qui emploie toujours le même terme général pour désigner les mouches, les cousins, les œstres, etc.
L’absence des secondes ailes propres aux autres insectes, et qui sont ici remplacées par deux appendices auxquels on a donné le nom de balanciers , parce qu’ils servent à régulariser l’action du vol, constitue ]e principal caractère des Diptères. Jetons cependant un coup d’œil général sur les autres organes, qui ont plus ou moins d’affinité avec ceux qui existent dans les autres ordres d’insectes, tout en ayant cependant des caractères qui leur sont propres.
DIPTÈRES
Ainsi la bouche, organisée pour la succion seulement, a la forme d’une trompe. Elle est composée d’une gaine, d’un suçoir et de deux palpes. Les antennes n’offrent le plus souvent que trois articles. Les yeux, ordinairement au nombre de deux, sont très-grands, et envahissent quelquefois la presque totalité de la tête. Ils sont simples et taillés à facettes. Les ailes sont membraneuses, délicates et veinées; les pattes sont allongées, grêles. Lorsque nous ferons tout à l’heure l’histoire des principaux types de l’ordre des Diptères, nous nous étendrons sur les particularités de structure de chacun de ces organes.
Les Diptères animent par leurs évolutions rapides la terre et les airs. Leurs diverses races se trouvent dans tous les sites, dans tous les climats. Ceux-ci habitent les bois, les prairies, les champs, les rivages; ceux-là se plaisent dans nos maisons. Ils se partagent les végétaux, adoptant soit les fleurs, soit les feuilles, soit le tronc des arbres de nos bois, de nos jardins ou de nos vergers. Leurs aliments sont très-variés, et en rapport avec la conformation de leur trompe. Les uns s’abreuvent de sang, les autres hument la sueur et les différentes sécrétions animales. Mais le fond de leur nourriture, c’est le suc des fleurs. C’est sur leurs brillantes corolles que les Diptères abondent, soit qu’ils butinent, indifféremment sur diverses plantes, soit qu’ils s’attachent particulièrement à quelquesunes. Leurs mystérieuses amours s’accomplissent au sein des airs. Ils déploient, quant aux soins de la maternité, un admirable instinct, et pour conserver leur progéniture, ils s’entourent des précautions les plus ingénieuses et les plus variées.
Les Diptères, outre la diversité et le nom des espèces, se font remarquer par le grand nombre des individus. C’est par myriades que s’élèvent du sein de nos prairies ces essaims de mouches qui tourbillonnent autour de tous les végétaux, et de toute substance organisée d’où s’est retirée la vie.
La profusion avec laquelle les Diptères sont répandus sur la surface du globe, leur fait remplir deux destinations importantes dans l’économie de la nature. D’une part, ils fournissent aux oiseaux insectivores un aliment intarissable: D’autre part, ils contribuent à faire disparaître toutes les substances animales en putréfaction, et servent ainsi à purifier l’air que nous
respirons. Leur fécondité, la rapidité avec laquelle une génération succède à une autre, leur activité dévorante, grâce à la promptitude extraordinaire de leur reproduction, sont telles, que Linné a dit que trois mouches, avec les générations qui en résultent, dévorent le cadavre d'un cheval aussi vite que le ferait un lion.
Ces Diptères, qui méritent tant d’intérêt philosophique quand on les étudie dans leurs rapports avec l’économie générale de la nature, sont un objet de crainte ou de répulsion quand on les considère dans leurs rapports avec nous et les autres animaux. Les cousins , les moustiques , les maringouins sucent notre sang; les taons, les asiles, les œstres , s’attaquent avec fureur à nos bestiaux.
On partage les Diptères en un grand nombre de familles, et ces familles se décomposent en tribus, qui elles-mêmes comprennent divers genres. Nous ne citerons que les divisions des Diptères dans lesquelles entrent quelques insectes remarquables à certains titres.
M. Macquart, le savant auteur de Y Histoire naturelle des Diptères1, divise cette grande classe en deux groupes principaux. Dans l’un de ces groupes, les antennes sont de six articles au moins et les palpes de quatre à cinq articles : ce sont les Némocères . Dans l’autre, les antennes n’offrent que trois articles et les palpes un ou deux articles : ce sont les Drachocères .
On distingue généralement les Némocères des autres Diptères indépendamment des différences caractéristiques des antennes et des palpes, par la forme plus étroite du corps, la petitesse de la tête, l'élévation du thorax, la longueur des pieds et des ailes. 11 résulte de cette organisation une forme svelte, légère, et pour ainsi dire aérienne.