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Les diverses maladies qui, depuis quinze ans, ont si gravement atteint les vers à soie du mûrier, ont fait naître la pensée d’acclimater en Europe d’autres Bombyx sétifères, sinon comme émules, au moins comme auxiliaires de celui du mûrier.

C’est le genre Atlacus qui a fourni ces auxiliaires.

Parmi les espèces qui ont, sous ce rapport, le plus de droit à notre intérêt, il faut placer en première ligne celles qui se nourrissent des feuilles du Chêne. En effet, les arbres qui pourraient se prêter à leur exploitation sont très-répandus chez nous, et de plus la soie provenant de ces vers paraît avoir des qualités supérieures.

On connaît trois espèces A9 Atlacus qui mangent les feuilles du chêne. Ce sont YYama-Maï, le Pernyi et le Mylitta .!

La soie de YYama-Maï est aussi brillante que celle du mûrier, mais un peu moins fine et moins forte. Elle occupe le premier rang après celle-ci. Si on parvient à acclimater cette espèce d 'Anacus, elle pourra suppléer à l’insuffisance de nos récoltes de soie ordinaire.

Les œufs de Y Atlacus Yama-Maï furent rapportés du Japon en 1862. Ce ver est, en effet, élevé au Japon, concurremment avec celui du mûrier. Les insectes éclos à Paris, en 1863, donnèrent des chenilles vertes, de grande taille, qui vivent quatre-vingt-deux jours et s’élèvent facilement. Leur cocon ressemble à celui du ver à soie du mûrier. Il est composé d’une belle soie d’un blanc argenté dans ses couches internes, et d’un ver plus ou moins vif extérieurement. Le papillon est très-grand, très-beau, d’un jaune vif tirant un peu sur l’orangé.

Nous représentons Y Atlacus Yama-Maï, l’un des vers à soie du chêne, d’après les planches qui accompagnent le mémoire de M. Guérin-Méneville L

La figure 245 représente la chenille aux deux tiers de sa grandeur naturelle; la figure 246, le cocon, dessiné à la même échelle, et la figure 247 , le papillon qui sort de ce cocon.

1. Sur le Ver à soie du Chêne et son introduction en Europe , in-8°. Extrait (lu Magasin de Zoologie, 1855, n° 6.

Fig. 245. Chenille du Bombyx ou Attacus Yama-Maï.

Fig. 246. Cocon du Bombyx ou Attacus Yama-Maï.

Fig. 247. Papillon de l’Attacus Yama-Maï

LÉPIDOPTÈRES

M. Camille Personnat a publié, eu 1866, une très-intéressante monographie de YYama-Maï, qui sera consultée avec profit par les sériciculteurs et les naturalistes1.

L’Auacus Pernyi donne une soie remarquablement belle, fine, forte et brillante. Elle se laisse filer et teindre avec facilité. Les tissus obtenus participent à la fois de la soie ordinaire, de la laine et du coton. Cette espèce d ’Altacus qui est élevée sur le chêne, en Mandchourie, a fait concevoir en France de grandes espérances.

C’est à l’Exposition universelle de 1855 que l’on vit pour la première fois des cocons et des papillons de ce ver. ils provenaient d’une éducation faite par M. Jordan, de Lyon, à la suite d’un envoi de cocons expédiés de la Chine par les missionnaires. 11 serait bien à désirer que cette espèce pût s’acclimater sur notre sol.

Fig. 248. Papillon de l’Attacns Pernyi.

Fig. 249. Cocon de l’Attacus Pernyi.

Les figures 248 et 249 représentent, d’après les planches du

1. Le Ver à soie du Chêne ( Bombyx Yama-Maï) , son histoire , sa description , ses mœurs, in-8°, avec planches coloriées. A Laval, à l’école de sériciculture.

mémoire, déjà cité, de M. Guérin-Méneville, le cocon et le papillon de YAttocus Pcrnyi.

La soie que donnent les cocons de YAuacus mylitta est peutêtre supérieure à celle du Pernyi. Quand les cocons sont convenablement préparés, ils se dévident d’un bout à l’autre avec facilité.

Ce ver se rencontre dans plusieurs parties du Bengale et de Calcutta, et à Lahore. Sa soie est exportée en quantité considérable sous le nom de tussah. On en fait, dans les Indes, des étoffes brunâtres, fermes et brillantes, qui servent pour vêtements d’été ou pour meubles.

Les deux figures suivantes représentent le papillon et le cocon de Y Attacus mylitta, d’après M. Guérin-Méneville.

Fig. 251. Cocon de l’Attacus mylitta.

En 1855, M. de Chavannes éleva cette espèce en plein air, près de Lausanne, en Suisse. Ces éducations en plein air réus-

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sirent parfaitement, sans dégénérescence, pendant plusieurs années. Cependant tout périt ensuite, par l'effet peut-être d’une différence trop grande dans les climats, ou par des accidents encore mal connus, qui sont propres même à nos papillons indigènes. Quoi qu’il en soit, cette espèce est une de celles dont on doit le plus désirer l’acclimatation chez nous, car elle pourrait rendre de grands services à l’industrie séricicole.

Il nous reste à parler de deux autres espèces fort importantes, en ce que leur domestication en Europe est maintenant un fait accompli. Nous voulons parler de l’Attacus, ou Bombyx de l’Ailante et de celui du Ricin.

Fig. 252. Ver à soie de TAilante (chenille, cocon et œufs, sur une branche d’Ailante).

Tout le monde a entendu parler du ver à soie de l’Ailante ( Bombyx Cynlhia), dont l’acclimatation chez nous est due aux admirables ét persévérants efforts de M. Guérin-Méneville. Le ver de l’Ailante est originaire du Japon et du nord de la

Chine. Il fut rapporté en 1858 par le P. Ànnibale Fantoni, et envoyé à M. Guérin-Méneville par MM. Griseri et Colomba, de Turin.

11 porte sur chaque anneau des points noirs. Quand il approche de son entier développement, il est vert émeraude, avec la tête, les pattes et le dernier anneau d’un beau jaune d’or.

On voit ce ver, à l’état adulte, dans la figure 252. Sur la même figure sont la chenille et le cocon de ce même Attacus. Le papillon a le ventre jaunâtre en dessus, avec de petites houppes blanches. Ses ailes sont traversées par une grande ligne blanche, qui est suivie extérieurement d’une autre ligne d’un rose vif, et elles offrent quatre lunules.

C’est en 1858 que M. Guérin-Méneville présenta à l’Académie des sciences de Paris les premiers papillons et les. premiers œufs éclos en France de Y Attacus cynthia . Ce savant entomologiste prouva bientôt après : 1° que les chenilles de cet insecte peuvent s’élever en plein air, et presque sans frais de main-d’œuvre; 2° qu’ils peuvent donner deux récoltes par an, sous le climat de Paris et du nord de la France; 3° que la culture de Pailante , ou vernis du Japon , sur lequel vit cet insecte domestique, est facile dans les terrains les plus ingrats.

M. Guérin-Méneville montrait encore que Yailantine, matière textile fournie par le cocon du Cynthia , est une bourre de soie qui tient le milieu entre- la laine et la soie du mûrier; que, produite presque sans frais, elle serait d’un très-bas prix et servirait à la fabrication des étoffes dites de fantaisie, où l’on fait usage de bourre de soie.

En 1862 M. Guérin-Méneville adressa un rapport au ministre de l’agriculture sur les progrès de la culture de Pailante. et de l’éducation du Yer à soie que l’on élève en plein air sur cet arbre. 11 mentionnait dans ce rapport le rapide développement de la culture des allantes en France, le chiffre considérable de la vente des œufs du ver à soie de Pailante, la fondation d’une magnanerie modèle à Yincennes, et ce fait capital, qu’on avait trouvé le moyen de dévider les cocons du Cynthia en soie grége ou continue.

Jusque-là l’industrie européenne n’avait pu retirer des

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cocons du ver de Pailante qu'une bourre, composée de filaments plus ou moins courts, obtenue par le cardage, et ne pouvant donner, au moyen de la torsion, que de la filoselle, c’est-à-dire de la soie de rebut. C'est à Mme la comtesse de Vernède de Corneillan d’une part, et d’aufîe part à M. le docteur Forgemol, que revient le mérite d’avoir obtenu de la soie grége du cocon du Cynthia.

Une monographie du ver à soie de Pailante a paru en 1866. Elle a pour titre : V Allante et son Bombyx , par Henri Givelet1. C’est un exposé complet de tous les résultats obtenus jusqu’ici, tant pour l'éducation de ce ver à soie que pour la culture en grand de Pailante, ou vernis clu Japon .

L’Attacus du Ricin est une espèce très-voisine du ver de Pailante, peut-être même une simple race de ce ver. Il provient des Indes.

La soie qu’il donne est, à très-peu de chose près, pareille, sous tous les rapports, à celle du Cynthia .

L'éducation de ce dernier ver ne saurait prendre une grande importance en France, en raison de la nécessité de renouveler chaque année les plantations du ricin. Elle pourrait -cependant ajouter un revenu de plus aux agriculteurs qui cultivent, dans nos provinces du midi de la France, le ricin, en vue de la vente de sa graine2, qui est d’un grand emploi en pharmacie.

Le genre Altacus qui nous fournit tous ces précieux auxiliaires de ver à soie du mûrier contient, outre ces espèces sétifères, un assez grand nombre d'autres types, tant indigènes qu'exotiques, qui sont remarquables par leur grande taille, et abondent dans nos climats.

Le Grand Paon de nuit (fig. 253) est le plus grand papillon de l’Europe. Il ne dépasse guère la latitude de Paris. Ses ailes sont brunes, ondées et variées de gris. Elles offrent chacune, un grand œil noir, entouré d’un cercle fauve, surmonté d’un demi-cercle blanc et d'un autre rougeâtre, et enfin complètement cerclé de noir. * Ces phalènes, dit Geoffroy, sont fortes,

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