In-8° avec plans et planches coloriées. Paris
2. On peut consulter aussi sur le même sujet une brochure de M. Guérin-Méneville: Éducation des Vers à soie de V Allante et du Ricin, in-12. Paris, 1860.
grandes; ell£s ont l'air fourré et, quand elles volent, on est tenté de les prendre pour des oiseaux. »
Fig. 254. Petit Paon de nuit.
Le Grand Paon provient d'une chenille très-grande, qui est d’un beau vert, avec des tubercules d’un bleu de turquoise, sur-
LEPIDOPTERES.
montés chacun de sept poils roides et divergents. Cette chenille vit principalement sur l’orme, mais se nourrit aussi des feuilles du poirier, du prunier, etc. Elle Ole un cocon brun, formé d’une matière soyeuse grossière très-résistante.
Ce n’est qu’au printemps. suivant qu’elle se métamorphose en papillon.
Le Petit Paon de nuit (fig. 254) ressemble beaucoup, sauf la taille, au précédent.
Parmi les Attacus étrangers à l’Europe, nous citerons Y Atlas (fig. 255), dont l’envergure dépasse seize centimètres. Ce
Fig. 255. Attacus Atlas.
magnifique papillon, l’un des plus grands que Ton connaisse, provient de la Chine.
Le genre Bombyx comprend plusieurs espèces que nous ne pouvons nous dispenser de citer.
La Livrée {Bombyx neuslria ) tire son nom des couleurs de la chenille, sur laquelle on remarque des lignes longitudinales bleues étranges. Ces chenilles vivent en société sur un grand nombre d’arbres de nos forêts et de nos jardins, auxquels elles font beaucoup de mal.
Le papillon de la Livrée (fig. 255) a le corps brunâtre, les
ailes d’un jaune plus ou moins fauve, avec deux lignes plus foncées sur les ailes antérieures.
Les Processionnaires ( Bombyx processionea) sont de petits papillons grisâtres, dont les chenilles vivent en troupes nombreuses sur les chênes', et en rongent les feuilles au moment de leur développement. Le soir, ces chenilles sortent de leur nid commun, et forment une sorte de procession : de là leur nom de Processionnaires.
« J’en ai gardé pendant quelque temps chez moi à la campagne, dit Réaumur; j’apportai une branche de chêne qui en était couverte dans mon cabinet, et c’est là oùj’ai mieux suivi l'ordre et la régularité de leur marche que je n’aurais pu le faire dans les bois. Je me suis amusé avec plaisir .à les voir pendant plusieurs jours. J’attachai la branche sur laquelle je les avais apportées contre un des volets de mes fenêtres. Quand les feuilles se furent desséchées, quand elles furent devenues trop coriaces pour les dents des chenilles, elles tentèrent d’aller chercher ailleurs de meilleure nourriture. Il y en eut une qui se mit en mouvement, une seconde la suivit en queue, une troisième suivit celle-ci, et ainsi de suite elles commencèrent à défiler et à monter le long du volet, mais étant si proches les unes des autres que la* tête de la seconde touchait le derrière de la première. La file était partout continue, elle formait un véritable cordon de chenilles sur une longueur d’environ deux pieds; après quoi la file se doublait. Là deux chenilles marchaient de front, mais aussi près de celle qui les précédait que l’étaient les unes des autres celles qui marchaient une à une. Après quelques rangs de nos processionnaires qui étaient de deux de front, venaient des rangs
Fig. 256. Livrée.
LÉPIDOPTÈRES
de trois de front; à quelques-uns de ceux-ci il en succédait de quatre de front; enfin il y en avait des rangs de cinq, d’autres de six, d'autres
Fig. 257. Chenilles processionnaires.
de sept, d’autres de huit chenilles. Cette troupe si bien ordonnée était conduite par la première; s’arrêtait-elle, tout s’arrêtait; recommençaitelle à marcher, tout se mettait en mouvement et la suivait exactement.... Ce qui se passait dans mon cabinet se passe tous les jours dans les bois où sont nos chenilles.... Quand le soleil est près de se coucher, on en voit sortir une de quelque nid par l’ouverture qui est à sa partie supérieure, et qui suffirait à peine à en laisser sortir deux de front. Dès qu’elle est sortie, elle est suivie à la file par plusieurs autres; arrivée environ à deux pieds du nid, elle fait une pause pendant laquelle celles qui sont dans le nid continuent d’en sortir; elles prennent leur rang, le bataillon se forme ; enfin la conductrice marche et tout la suit. Ce qui se passe dans- ce nid se passe dans tous les nids des environs, on les voit tous se vider à la fois. »
On voit siir une partie de la figure 257 l'arrangement que prennent les chenilles en sortant du nid, et dans une autre partie, un arrangement différent dans lequel chaque rang n’a qu’une chenille de moins que celui qui le précède.
Ces chenilles sont garnies de poils longs, peu touffus, qui tombent avec la plus grande facilité et qui, s’ils pénètrent dans la peau, y déterminent de vives démangeaisons. En 1865, plusieurs allées du bois de Boulogne furent interdites aux promeneurs, pour leur éviter ce désagrément.
Pour se transformer, ces chenilles construisent une toile commune , dans laquelle chaque insecte se forme un petit cocon particulier.
Les Orgyies renferment un grand nombre de petites espèces, de couleur sombre, qui nuisent beaucoup aux arbres de nos forêts. On voit souvent dans les jardins de Paris voler, en septembre et octobre, le mêle, à ailes fauves, de Y Or gyie antique. La femelle de cette- espèce (fig. 258) est remarquable parce
Fig, 258. Orgyie antique (mâle et femelle).
qu’elle n’a que des rudiments d’ailes et ne sort seulement que sur le bord de son cocon.
Les chenilles de Y Orgyie 'pudibonde (fig. 259) attaquent presque tous les arbres. Quand les circonstances atmosphériques favorisent leur propagation, elles se montrent en quantité effrayante, et causent les plus grands ravages. Pendant l’automne de 1828, aux environs de Phalsbourg, on les compta par millions. La superficie des bois ravagés dans ce pays fut évaluée à quinze cents hectares.
Parmi les Liparis qui sont également très-nuisibles aux arbres, nous citerons le Liparis chrysorrhê, la plus commune de ces espèces de Lépidoptères (fig. 260). Ces chenilles vivent
LEPIDOPTERES
par masses, sur les pommiers, les poiriers, les ormes, et,dévastent les plantations des promenades de Paris.
Fig. 259. Orgyie pudibonde.
Les femelles des Liparis s’arrachent les poils de leur abdomen, pour en faire un lit moelleux à leurs œufs, et. préserver
du froid les jeunes. Cependant elles ne doivent jamais les voir, car elles meurent après la ponte. O nature!
Une autre tribu des Bombyciens renferme des espèces peu volumineuses, qui sont remarquables en ce que les chenilles se fabriquent avec les corps étrangers, des fourreaux, à l’intérieur desquels elles vivent et se métamorphosent.
Les chenilles des Psychés , par exemple, se tiennent cramponnées aux parois internes de ce fourreau, qu’on trouve attaché aux arbres, et qui se compose de fragments de feuilles, de brins d’herbe, de fétus de paille, de bûchettes de bois ou de
Fig. 261. Fig. 262,
Fourreau de la chenille Fourreau de la chenille
Psyché graminelle. Psyché rubicolelle.
petites pierres appliquées sur une pâte faite avec ces substances, et entremêlée de fils soyeux.
Fig. 263. Fig. 264.
Fourreau de la chenille Psyché muscella. Psyché graminelle.
Nous représentons (fig. 261, 262 et 263) les fourreaux des chenilles de trois espèces.
Les femelles des papillons de ce genre sont complètement
Fig. 265.
Chenille de Psyché graminelle.
Fig. 266.
Psyché graminelle.
dépourvues d’ailes et ressemblent aux chenilles. En général, elles ne sortent pas du fourreau de celles-ci. Les mâles (fig. 265, 266) sont d’un gris noirâtre et volent Irès-vivement.
Les chenilles des Hépiales sont difficiles à observer, parce qu’elles vivent dans l’intérieur des racines de divers végétaux. Telles sont les Hépiales du houblon, qui causent quelquefois
LÉPIDOPTÈRES. 315
les plus grands dégâts. Nous donnons la figure de ce papillon (fig- 267).
Fig. 267. Hépiale du houblon.
Fig. 2G8- Zeuzère du marronnier.
Ximn
L’espèce type des Zeuzères est le Zeuzère du marronnier à ailes blanches (fig. 268), avec une multitude de gros points d’un bleu noirâtre sur les antérieures et de petits points noirs
sur les postérieures. La chenille, d’un jaune livide, ponctué de noir, vit dans l’intérieur du tronc d’un assez grand nombre d’arbres, principalement du marronnier, de l’orme, du tilleul, du poirier, etc. On voit le papillon connu sous le nom de Coquette voler le soir dans nos jardins publics.
L’espèce la plus célèbre du genre Cossus est le Cossus gale-bois (Cossus ligniperda). Le papillon a un corps épais brunâtre et des ailes grisâtres striées de noir. On le rencontre communément dans toute l’Europe.
La chenille rougeâtre, comme cuirassée, exhalant une odeur désagréable, dégorgeant une liqueur qu’on croit propre à ramollir les fibres ligneuses, ronge l’intérieur des saules et d’autres arbres. C’est sur cette chenille que Lyonnet a fait ses admirables travaux anatomiques.
Les Bombyciens d’une autre tribu comprennent certaines chenilles très- bizarres, chez lesquelles les dernières pattes se sont changées en prolongements fourchus, qu’elles agitent d’un
Fig 269.
Chenille du Dicranure vinule ( Dicranura vinula ).
air menaçant. Ces espèces de chasse-mouches sont peut-être destinées à éloigner les insectes qui auraient quelque velléité
LÉPIDOPTÈRES
de pondre sur leur corps. Telles sont les chenilles du genre Dicranure . Nous représentons la chenille et le papillon de la
Fig. 270. Dicranure vinule.
Dicranure vinule (flg. 269 et 270), ainsi que le papillon de la
Fig. 271. Dicranure de la- Molène.
Dicranure de la Molène (fig. 271) et la chenille de la Harpyie du
Fig. 272. Chenille de la Harpyie du hôtre.
hêtre (üg. 272), dont l’aspect est vraiment étrange. Les papillons n’ont, au contraire, rien de remarquable.
La famille des Noctuelles comprend des Lépidoptères de taille moyenne, qui se trouvent ordinairement dans les bois, les prairies et les jardins où leurs chenilles ont vécu. Ils ne volent généralement que vers le coucher du soleil, ou pendant la nuit.
Fig. 273. Noctuelle tégaraon.
Leurs ailes supérieures sont de couleur sombre, avec des taches au milieu, en forme de rein. Les ailes inférieures, colo-
Fig. 274. Noctuelle nébuleuse.
rées de manière variable, sont souvent blanchâtres, quelquefois rouges ou jaunes.
On voit ici représentées les principales espèces de cette famille Noctuelle tégamon (fig. 273), Noctuelle nébuleuse (fig. 274),
LÉPIDOPTÈRES
Noctuelle mosaïque (fig. 275), Noctuelle brune (fig. 276), Lichènée bleue (fig. 277), Lichènée américaine (fig. 278), Lichènée para-
Fig. 275. Noctuelle mosaïque.
nymphe (fig. 279), Lichènée du saule (fig. 280), Ér'ebe chouette (fig. 281).
Le corps de ces papillons est robuste et quelquefois massif;
il est plus écailleux que laineux. Le corselet est quelquefois hérissé de crêtes velues.
Ce genre renferme encore huit cents espèces, dont trois cents environ en France.
Les chenilles des Noctuelles, lisses ou très-peu velues, habituellement de couleur pâle, vivent de plantes basses dont elles
Fig. 277. Lichénée bleue.
rongent, les unes les feuilles, les autres les racines, et sont alors
Fig. 278. Lichénée américaine.
très-nuisibles à nos cultures. Il en est qui mangent les chenilles
LÉPIDOPTÈRES. 321
qu'elles peuvent rencontrer, et même celles de leur propre
Fig. 279. Lichénée paranymphe.
espèce. Elles n'en laissent que la peau. Les unes s'entourent
Fig. 280. Lichénée du saule.
d'un léger cocon pour devenir chrysalides, les autres s'enfoncent dans la terre meuble.
La famille des Phaléniens comprend des papillons essentiellement nocturnes, de moyenne taille, qui ne volent qu’après le
Fig. 281 * Érèbe chouette.
coucher du soleil et pendant la nuit. Ils fréquentent les allées des bois humides, où ils deviennent la proie des Libellules et des autres insectes carnassiers. Leur corps et leur abdomen sont grêles, leurs ailes grandes, minces, fragiles, souvent de couleur sombre et parées de dessins brillants.
Les chenilles des Phalènes sont connues sous le nom d’arpenteuses ou géomètres. Nous avons décrit plus haut leur organisation singulière. Elles filent continuellement une soie, qui les tient attachées à la plante sur laquelle elles vivent. Si Ton touche la feuille qui les porte, elles se laissent aussitôt tomber.
Néanmoins elles ne tombent pas ordinairement à terre, dit Réau-
LÉPIDOPTÈRES
mur, il y a une corde prête à les soutenir en l’air (fig. 282), et une corde qu’elles peuvent allonger à leur gré. Cette corde n’est qu’un fil très-fin, mais qui a de la force de reste pour porter une chenille (fig. 283, 284). Tout ce qui semblerait à craindre, c’est que le fil ne s’allongeât trop vite, et que la chenille ne tombât plutôt à terre qu’elle n’y descendit. Mais ce que nous devons remarquer d’abord et même admirer, c’est que la chenille est maîtresse de ne pas descendre trop vite ; elle descend à plusieurs reprises; elle s’arrête en l’air quand il lui plaît.
Fig. 282.
Chenille arpenteuse pendue à un fil.
Chenille arpenteuse vue du côté du dos.
Fig. 284.
Chenille arpenteuse vue du côté du ventre.
Fig. 285. Fig. 286.
Chenille arpenteuse remontant le long de son fil.
Ordinairement elle ne descend de suite que d’un pied de haut au plus, et quelquefois d’un demi-pied ou de quelques pouces, après quoi elle fait une pause plus ou moins longue à sa volonté. »
C’est de cette façon que ces chenilles se laissent tomber du haut des plus grands arbres. Elles y remontent avec non moins de facilité.
Écoutons Réaumur décrivant les procédés employés par cette chenille pour descendre de ces hauteurs.
Les figures 285 et 286, dessinées, comme les trois précédentes, d’après les planches du mémoire de Réaumur, permet-
tent de suivre les explications que donne l'illustre naturaliste, des évolutions de notre petit acrobate :
« Pour se remonter, dit Réaumur, la chenille saisit le fil entre ses deux dents, le plus haut qu’elle peut le prendre; aussitôt la tête se contourne, se couche d’un côté, et cela de plus en plus. Elle semble descendre au-dessous de la dernière des jambes écailleuses qui est du môme côté. Le vrai est pourtant que ce n’est pas la tête qui descend, l’endroit du fil qu'elle tient saisi est un point fixe pour elle et pour tout le reste du corps; c’est la partie du dos qui répond aux jambes écailleuses que la chenille recourbe en haut; par conséquent ce sont les jambes écailleuses et la partie h qui elles tiennent qui remontent alors. Quand celles de la dernière paire se trouvent au-dessus des dents de la chenille, une de ces jambes, celle qui est du côté vers lequel la tête est inclinée, saisit le fil et l’amène à la jambe correspondante qui s’avance pour prendre ce même fil. Si la tête alors se redresse, ce qu’elle ne manque pas de faire dans l’instant, elle est en état d’aller saisir le fil dans un endroit plus élevé que celui où elle l’avait pris d’abord ou, ce qui est la même chose, la tête et par conséquent tout le corps de la chenille se trouve remonté d’une hauteur égale à la longueur du fil qui est entre l’endroit où les dents l’avaient saisi la première fois et celui où elles le saisissent la seconde fois. Yoilh, pour ainsi dire, le premier pas fait en haut. A peine est-il achevé que la chenille en fait un second.... Si on saisit la chenille qui est arrivée à son terme, on lui voit un paquet de fils mêlés entre les quatre dernières jambes écailleuses. Ce paquet est plus ou moins gros selon qu’elle s’est plus ou moins remontée ; tous les tours du fil qui le composent sont mêlés. Aussi la chenille n’en tient-elle aucun compte ; dès qu’elle peut marcher, elle s’en défait, elle en débarrasse ses jambes, et elle le laisse avant que de faire un premier ou au plus un second pas. Chaque fois donc qu'elle se remonte, il lui en coûte la corde dont elle s’est servie pour se remonter, mais c’est une dépense à laquelle elle fournit tant qu’elle veut; elle a en elle-même la source de la matière nécessaire à la composition du fil, et c’est une source où ce qui en a été tiré se répare continuellement. D’ailieurs la façon du fil lui coûte peu, aussi les arpenteuses sont si peu ménagères de ce fil que la plupart en laissent sur tous les chemins qu’elles parcourent. »
On rencontre ces chenilles sur plusieurs arbres, mais particulièrement sur les chênes, dont elles rongent souvent presque en entier le feuillage. Elles entrent dans la terre, pour se changer en chrysalides, et subissent toutes leurs métamorphoses dans le courant de l’été qui les a vues naître. D’autres ne deviennent insectes parfaits qu’en automne, ou
même seulement au printemps qui suit. Quelques-unes ne donnent leur papillon qu’en hiver.
Il est même de ces papillons, tels que les mâles des ffibernics
fr'ig. 2»7. Hibernie grisâtre.
(fîg. 287), qui volent par les soirées brumeuses de novembre. Les femelles, dans ce genre, sont entièrement dépourvues d’ai-
Fig. 288. Phalène défeuillée (mâle). Fig. 289. Phalène défeuillée (femelle).
les ou ne présentent que des moignons rudimentaires. Deux espèces, la Phalène défeuillée (fig. 288, 289) et la Phalène hyémale (üg. 290, 291), sont fort communes aux environs de Paris.
Fig. 290. Phalène hyémale (mâle). Fig. 291. phalène hyémale (femelle).
M. Maurice Girard dit dans son ouvrage sur les Métamorphoses des insectes qu’on trouve facilement les femelles de ces
phalènes au commencement de novembre, dans une station assez singulière : sur les candélabres à gaz des promenades publiques, par exemple le long des routes du bois de Boulogne. Sans doute, elles ont grimpé en ce haut lieu, attirées par la lumière , ou bien les mâles ailés les y ont transportées.
En février et mars apparaissent d'autres espèces analogues. On trouve, dit M. Maurice Girard, près de Paris, dans les prairies qui entourent le confluent de la Seine et de la Marne, à la
Fig. 292. Nyssia zonaria.
fin du mois de mars, la Nyssia zonaria (fig. 292) dont les mâles restent pendant le jour immobiles sur l'herbe.
Il est des espèces de cette famille chez lesquelles les ailes
Fig. 293. Penthine du prunier.
desjemelles sont développées comme celles des mâles. Telles sont la Phalène du bouleau , le Zérène du groseillier , dont la
LÉPIDOPTÈRES. 327
chenille vit sur le groseillier rouge et le groseillier à maquereau.
La famille des Pyraliens renferme les plus petits Lépidoptères nocturnes, et presque toutes ces espèces mignonnes qui viennent, le soir, voltiger autour de nos lumières.
Voici l’image de quelques-unes des nombreuses espèces de cette famille, remarquables par leur petitesse et leur gentil-
Fig. 294. Œdie mignonnette.
lesse : Penthine du 'prunier (mâle) (fig. 293), OEdie mignonnette (fig. 294), Tordeuse du rouvre (fig. 295), Phalène du hêtre
Fig. 295. Tordeuse du rouvre.
Fig. 296. Phalène du hêtre.
(fig. 296), Xylopode des forêts (fig. 297), Tordeuse automnale (fig. 298), Tordeuse du sorbier (fig. 299), Tordeuse de Tosier (fig. 300), Pœdisque bouclier (fig. 301), Coccyx alpicole (fig. 302),
Séricore de Zincken (fig. 303), Sarrothryspée de Hervay (fig. 304)- Cochylis riante (fig. 305), Choreutes dolosane (fig. 306).
Fig. 297. Xylopode des forêts.
Fig. 298. Tordeuse automnale.
Fig. 299.
Tordeuse du sorbier.
Fig. 300.
Tordeuse de l’osier.
Fig. 303. Séricore de Zincken. Fig. 304. Sarrothryspée de Hervay.
Fig. 302.
Coccyx alpicole.
Dans un livre tel que celui-ci, nous ne pouvons signaler que quelques types parmi ces derniers insectes et qui s'imposent
à notre attention d'une manière, pour ainsi dire, tyrannique. Nous nous contenterons en conséquence de dire quelques mots
Fig. 305. Cochylis riante. Fig. 306. Choreutes dolosane.
de la Tordeuse verte, de la Pyrale de la vigne , de la Gallèrie des ruches , des diverses espèces de Teigne , enfin des Œcophores.
La Tordeuse verte ( Tortrix virida ) a des ailes d'un vert noir, avec la côte et la frange blanchâtres sur les ailes antérieures, et d’un gris cendré sur les postérieures. Le dessous des quatre ailes est d'un blanc luisant et comme argenté.
Ce joli papillon éclôt au mois de mai. Il est si commun dans les environs de Paris, qu'il suffit à cette époque de secouer les branches des chênes qui bordent les allées des bois pour en faire partir des centaines.
La chenille est verte , avec des points noirs verruqueux, portant chacun un poil de cette couleur. Elle est d'une vivacité extraordinaire* Dès qu’on l'inquiète, elle se réfugie dans une feuille roulée, qui lui sert de demeure. Si on l'y poursuit, elle se laisse tomber, à l'aide d’un fil, et ne remonte* que quand elle croit pouvoir compter sur le repos et la sécurité.
Cette espèce, et plusieurs autres voisines, font beaucoup de mal à nos arbres. Elles les dépouillent de leurs feuilles, et quelquefois leur donnent, pendant les premiers jours de l'été, l'aspect triste et désolé qu’ils offrent en plein hiver.
Nous venons de signaler le tuyau formé d’une feuille roulée dans lequel la chenille se réfugie et qu'elle habite. Ce tuyau, elle l’a construit elle-même. Réaumur a consacré un magnifique chapitre de ses Mémoires , à ses Observations sur la mécanique avec laquelle diverses espèces de chenilles plient, roulent et lient les feuilles de plantes et d’arbres , surtout celles de chêne . Écoutons le grand observateur :
<r Si l’on considère les feuilles des chênes vers le milieu du printemps, on en aperçoit plusieurs roulées de différentes manières. La
partie supérieure du bout des unes parait avoir été ramenée vers le dessous de la feuille, pour y décrire le premier tour d’une spirale qui ensuite a été recouvert de plusieurs autres tours (fig. 307). D’autres
Fig. 307. Feuille de chêne roulée perpendiculairement à la côte.
Fig. 308. Feuille de chêne roulée parallèlement à la côte.
feuilles sont roulées vers le dessus.... d’autres sont roulées vers le dessous de la feuille, mais dans des directions totalement différentes. La longueur ou l’axe des premiers rouleaux est perpendiculaire à la principale côte et à la queue de la feuille, la longueur de ceux-ci est parallèle à la même côte.... (fig. 308). Des ouvrages pareils ne seraient pas bien difficiles à faire à qui a des doigts ; mais les chenilles n’ont ni doigts ni parties qui semblent équivalentes. D’ailleurs avoir roule les feuilles, c’est avoir fait au plus la moitié de la besogne, il faut les contenir dans un état d’où leur ressort naturel tend continuellement à les tirer. La mécanique à laquelle les chenilles ont recours pour cette seconde partie de l’ouvrage est aisée à observer. On voit des paquets de fils attachés par un bout à la surface du rouleau, et par l’autre au plat de la feuille. Ce sont autant de liens, autant de petites cordes qui tiennent contre le ressort de la feuille. Il y a quelquefois plus de dix à douze de ces liens rangés à peu près sur une même ligne. Chaque lien est un paquet de fils de soie blanche pressés les uns contre les autres, mais qu’on juge pourtant tous séparés'. 2>
Réaumur fit travailler chez lui les rouleuses de feuilles du
1. Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes , tome II, page 210 (5° Memoire).
LÉPIDOPTÈRES
chêne. Il a décrit admirablement toutes leurs petites manœuvres; mais la place nous manquerait pour transmettre au •lecteur le résultat de ses délicates observations.
En somme, les chenilles rouleuses se construisent une espèce de cellule cylindrique, qui ne reçoit le jour que par les deux bouts.
Ce qu’il y a de commode dans cette verte et fraîche habitation, c’est que ses murs fournissent la nourriture à l’animal qui l’habite. La chenille, ainsi mise à l’abri, commence à ronger le bout qui a été contourné le premier; elle mange ensuite tout ce qui a été tortillé, jusqu’au dernier tour.
Réaumur trouva aussi des rouleaux qui avaient été formés de deux ou de trois feuilles roulées suivant leur longueur, et vit que les feuilles qui en avaient occupé le centre, avaient été presque entièrement mangées. Il vit des chenilles qui continuaient de manger tout en faisant leur rouleau.
Ajoutons que l’un des bouts du rouleau est l’ouverture par laquelle la chenille jette ses excréments ;
— que cette chenille sait se préparer un nouveau rouleau , si elle a été chassée du premier; — enfin que c’est dans un rouleau de feuille que la chenille se métamorphose en chrysalide et en papillon.
Réaumur a étudié d’autres rouleuses de feuilles, par exemple celle de l’ortie et celle de l’oseille.
Cette dernière travaille d’une manière qui mérite une mention. Son rouleau n’a rien de singulier dans sa forme, mais c’est sa position qui est remarquable. Il est planté sur la feuille comme une quille (fîg. 300). Il faut que la chenille contourne non-seulement le rouleau, mais encore qu’elle le pose perpendiculairement sur la feuille.
A côté des chenilles rouleuses, signalons celles qui se contentent de plier les feuilles. Ces chenilles se tiennent donc dans une espèce de boîte plate.
lA*
Fig. 309. Feuille d’oseille dont une partie a été coupée, roulée et posée perpendiculairement sur la feuille par une chenille
Outre les chenilles rouleuses et plieuses, il y a encore celles qui réunissent plusieurs feuilles en un seul paquet. On trouve de ces paquets sur presque tous les arbres et tous les arbrisseaux. La chenille, nichée vers le milieu de ce paquet, se trouve à couvert, et environnée d'une bonne provision de nourriture.
Nous nous contenterons de donner, d’après Réaumur, la figure du joli arrangement qu'on peut observer sur les feuilles d’une espèce d'osier (fig. 310-311). Dans la figure de gauche,
Fig. 310-311. Feuilles d'osier* liées ensemble par une chenille et coupe transversale^des mêmes feuilles.
on voit le paquet de feuilles liées ensemble par la chenille. Dans la figure de droite, on voit la coupe transversale du paquet de feuilles, grossi à la loupe. On reconnaît que les deux
LÉPIDOPTÈRES
bords de chaque feuille sont contournés en dehors. On voit les tours du fil qui retiennent ces feuilles ensemble, et la cavité occupée par la chenille.
La Pyrale de la vigne est un papillon provenant d’une chenille tordeuse, qui mérite de fixer notre attention à cause des ravages qu’elle a occasionnés depuis longtemps, et qu’elle occasionne encore dans les vignobles.
C’est à la fin du seizième siècle que la Pyrale se montra pour la première fois, aux environs de Paris, sur le territoire d’Argenteuil.
<c Les habitants de cette commune, écrit l’abbé Lebœuf, regardèrent en 1562 comme un fléau de Dieu les insectes qui gâtaient leurs vignes dans le printemps. L’évêque de Paris ordonna qu’ils feraient des prières publiques pour la diminution de ces insectes et quron y joindrait des exorcismes sans sortir de l’église. »
Des prières, des processions, des exorcismes furent de nouveau mis en jeu, en 1629, en 1717, en 1733, pour arrêter les ravages de ces insectes dans les vignes de Colombes et sur le territoire d’Aï.
Le Méconnais et le Beaujolais devinrent à leur tour le théâtre des ravages de la Pyrale. Ces ravages ne firent bientôt que s’augmenter et s’étendre. En 1836, 1837, 1838, le fléau sévissait dans lès départements de Saône-et-Loire, du Rhône, de la Côte-d’Or, de la Marne, de Seine-et-Oise, de la Charente- Inférieure , de la Haute-Garonne , des Pyrénées-Orientales et de l’Hérault.
Pour donner une idée des pertes qui peuvent être occasionnées parla Pyrale, nous dirons que, dans une période de dix années (1828-1837), vingt-trois communes, comprises dans les deux départements de Saône-et-Loire et du Rhône, perdirent soixante-quinze mille hectolitres de vin par an, que l’on peut évaluer à un million cinq cent mille francs. Si l’on calcule les fournitures de tout genre que ce grand nombre de pièces de vin auraient nécessitées, les droits de circulation, d’entrée, de débit qu’elles auraient dû payer, les transports par terre et par eau qui auraient amené des recettes pour le trésor, enfin les dégrèvements de droits qu’il
fallut accorder pendant sept ans aux propriétaires de vignes dans le département de Saône-et-Loire, et en 1837 dans le département du Rhône, et qui s’élevèrent à un total de plus de cent mille francs , on trouvera que les ravages de la Pyrale ont amené dans, ces deux départements une perte annuelle de trois millions quatre cent huit mille francs. Et comme ce fléau dura dix ans, on arrive au total énorme de trentequatre millions perdus par les ravages d’une seule espèce d’insecte !
Le papillon de la Pyrale (fîg. 312) se montre du 10 au 20 juin. Il est jaunâtre, à reflets plus ou moins dorés. Pendant le
Fig. 312. Papillon de la Pyrale de la vigne.
repos, ses ailes sont repliées en toit l’une sur l’autre. Son vol est de peu de durée. Il -se contente d’aller d’un cep de vigne à l’autre.
C’est au coucher du soleil qu’on voit voltiger le plus de papillons de Pyrale. Ils demeurent tranquilles pendant le jour et surtout au moment de l’ardeur du soleil. Ils vivent en moyenne dix jours. Les femelles déposent leurs œufs, qui sont d’abord verts, puis jaunâtres, puis bruns, à la face inférieure des feuilles.
La chenille de la Pyrale (fïg. 3 13) porte vulgairement, et suivant les divers pays où on la rencontre, les noms de ver cle la vigne , ver de Vête, ver de la vendange , conque. Dans le midi de la France, on le nomme, en patois languedocien, babola.
LÉPIDOPTÈRES
A peine sorties de l’œuf, les petites chenilles se cachent dans les fissures du tronc des ceps ou des échalas. Elles se filent un
petit cocon , d’une soie grisâtre, et y demeurent blotties jusqu’au mois de mai. Dès que les feuilles commencent à se développer, elles jettent des fils, çà et là, enchevêtrent tous les jeunes organes du végétal, ce qui donne aux vignobles un aspect désolé. Elles mangent de préférence les feuilles de la vigne, mais attaquent aussi les grains du raisin. On prétend que le matin on peut entendre le bruit que ces chenilles font en mangeant les feuilles. Comme elles augmentent tous les jours de grosseur, leurs dégâts vont sans cesse croissant, et n’ont atteint le maximum de leur intensité que lorsque les chenilles sont au moment de se transformer en chrysalides. Elles sont alors longues de trois centimètres et d’un vert jaunâtre.
Du 20 juin au 10 juillet, elles cherchent un abri dans les feuilles desséchées et entrelacées de fils qui leur ont servi précédemment de refuge et en partie de nourriture, ou bien elles se font un nouveau nid.
Fig. 314. Chrysalide de la Pyrale de la vigne.
Au bout de deux ou trois jours, la chenille est devenue une chrysalide (fig. 314) qui prend, en peu de temps, une cou-
leur brune. Renfermée dans l’intérieur du cocon que la chenille a filé avant de se métamorphoser, cette chrysalide se change, au bout de quatorze à seize jours, en papillon.
Le meilleur moyen de diminuer les ravages de la Pyrale,
Fig. 315. Pyrale de la vigne à ses trois états.
1. Feuille ayant reçu des pontes. — 2. Pontes récentes. — 3 Œufs dans lesquels on aperçoit les chenilles. — 4. Plaques d'où sont sorties les chenilles. — 5. Petites chenilles suspendues par un fil. — 6. Feuille avec des chrysalides. — 7. Chenille. — 8. Papillon.
c'est d’enlever les feuilles chargées de plaques d'œufs, et de brûler ces feuilles, ou de les enfouir dans des trous profonds.
LÉPIDOPTÈRES
La planche 315 que nous consacrons au redoutable insecte dont nous n’avons pu qu’esquisser ici très-légèrement la triste histoire, donne toutes les particularités relatives à ce dangereux hôte de nos vignobles. On y voit, sur un rameau de vigne, la Pyrale à l’état de chenille, les œufs qui ont été pondus par ces chenilles, les chrysalides et les papillons. Les œufs y sont figurés à deux époques de leur développement.
La Gallèrie des ruches ou de la cire se rencontre dans toutes les contrées où l’on élève des abeilles.
Le papillon (fig. 316) se cache pendant le jour autour des ruches, et essaye d’y pénétrer après le coucher du soleil. La chenille est d’un blanc sale, avec des points véruqueux bruns, surmontés chacun d’un poil fin. Elle se nourrit de cire, enlace les gâteaux de ses fils et fait bientôt périr les larves qui y sont contenues.
À la sortie de l’œuf, que la femelle est venue déposer dans les gâ-
, , • i . i i i *n Fig. 316. Gallèrie de la cire.
teaux de miel et de cire, la chenille
se fabrique, avec de la cire, un tuyau arrondi, dans lequel elle est à l’abri du dard des abeilles. Ce tuyau, d’abord trèspetit, s’allonge et s’élargit à mesure que grossit la chenille. Il a ordinairement dix à quinze centimètres de long. C’est dans son intérieur que la chenille se construit une coque dure, ressemblant à du cuir, et qu’elle se change en une chrysalide brunâtre.
Une espèce du genre Butale, la Butale ou Alucite des grains , est, en certains cantons de la France, un des plus grands fléaux de l’agriculture. La chenille de Y Alucite des grains se métamorphose à l’intérieur môme des grains d’orge et de froment, qu’elle ronge sans qu’on s’en aperçoive au dehors.
La femelle du papillon de Y Alucite dépose ses œufs sur les grains des céréales avant leur maturité. Quatre à six jours après, les œufs éclosent^ et les jeunes chenilles sont à peine grosses comme un cheveu. Chacune s’empare d’un grain, et y pénètre par une imperceptible ouverture. Elle mange la farine, sans entamer les téguments du grain.
Quand elle a atteint toute sa taille, elle se file une coque de
soie blanche, à l'intérieur de ce même grain, qui, après avoir été son logement et son garde-manger, va lui servir de tombeau pour quelque temps. Toutefois, avant ce moment, elle a eu le soin de pratiquer à l’extrémité du grain une ouverture circulaire, par laquelle le papillon sortira lorsque les grains seront battus et emmagasinés dans le grenier.
Le genre Teigne est fort important à signaler ici, non parce que ces petits papillons sont beaux, — ils sont fort laids au contraire, — mais parce que c'est dans ce groupe que se trouvent des insectes qui causent les plus grands dégâts à nos récoltes.
Les papillons du genre Teigne sont très-petits. Leurs ailes, grisâtres ou brunâtres, sont le plus souvent marquées de taches ou de lignes blanchâtres et jaunâtres. Ce sont ces petits papillons qui, dans nos demeures, viennent se brûlera la flamme des bougies.
Leurs chenilles sont petites, voraces, et méritent, par les dégâts qu’elles causent, d'être comparées aux rats et aux souris. Munies de mâchoires puissantes, elles détruisent tout ce qui se trouve à leur portée, en lainage, crin, pelleteries, étoffes, plumes, grains, etc.
On divise les Teignes en trois groupes : 1° les espèces nuisibles à nos étoffes et à nos fourrures; 2° l'espèce qui détruit les céréales; 3° les espèces phytophages, c’est-à-dire qui mangent les plantes.
Dans la première subdivision se rangent la Teigne des pelleteries, la Teigne des tapisseries , la Teigne du crin .
Le papillon de la Teigne des tapisseries est représenté dans la figure ci-contre. Sa chenille a la forme d’un ver. Elle est d’un blanc gras et -luisant, avec quelques poils clair-semés et une ligne grise sur le dos. Elle est renfermée dans un tuyau,
Teigne des tapisseries. QU ouveiq par jes deux bouts, dont l'in-
térieur est une sorte de tissu de lÿne, tantôt bleue, tantôt verte, tantôt rouge, selon la couleur de l’étoffe à laquelle l’insecte s’est attaché et qu’il a dépouillée. L'intérieur de cet étui est, au contraire, formé d’une soie propre à l’insecte, de couleur blanchâtre.
Les vers sont à peine nés qu’ils commencent à se vêtir. Réâumur observa un de ces vers au moment de son accroissement. Il s’occupait journellement à allonger son étui. Pour cela, il faisait sortir sa tête par un des bouts de l’étui, et cherchait avec vivacité, à droite et à gauche, les poils de laine les
Fig. 318. Deux Teignes occupées à ronger un morceau de drap.
plus convenables pour en tisser son fourreau .Dans la tigure 318, on voit deux Teignes occupées à ronger le drap.
<c La Teigne change de place continuellement et prestement, dit Réaumur. Si les poils qui sont proches ne sont pas tels que la Teigne les veut, elle tire quelquefois plus de la moitié de son corps hors du fourreau pour aller choisir mieux plus loin. A-t-elle trouvé un poil tel qu’elle le veut, sa tête se fixe pour un instant, elle le saisit avec deux dents qu’elle a au-dessous de la tête, elle arrache ce poil après des efforts redoublés, aussitôt elle l’apporte au bout de son tuyau, contre lequel elle l’attache. Elle répète plusieurs fois de suite une pareille manœuvre , sortant tantôt en partie du tuyau et y rentrant ensuite pour coller contre un de ses bords un nouveau brin de laine.... »
Après avoir travaillé pendant une minute à un des bouts du tuyau, elle songe à Rallonger de l’autre. Elle se retourne dans son tuyau, avec une telle promptitude qu’on n’imagine pas qu’elle ait eu le temps de le faire, et l’on croirait que le bout de sa queue est fait comme sa tête, et possède la même adresse pour choisir et arracher les brins de laine.
Au reste, quand la Teigne qui travaille à allonger son fourreau ne trouve pas de poils à son goût là où sa tète peut atteindre, elle change de place. Réaumur a vu cet insecte marcher, meme assez vite, emportant avec lui son fourreau. J1 marche au moyen de ses six jambes antérieures (fig. 319).
Fig. 319. Teigne dans son fourreau et se tirant sur ses jambes antérieures.
Les intermédiaires et les postérieures lui servent pour se cramponner contre le fourreau.
En même temps que l’insecte devient plus long, il grossit. Bientôt son vêtement sera trop étroit pour lui. Quittera-t-il son habit? S’en fera-t-il un neuf? Réaumur a reconnu qu’il préfère l’élargir.
C’est ce que vit notre naturaliste, en plaçant des Teignes à fourreau bleu, par exemple, sur une étoile de couleur rouge. Des bandes qui s’étendaient en ligne droite d’un bout à Tautre du fourreau montraient la partie qui avait été ajoutée.
<c A force de les observer en différents temps, dit cet admirable observateur, j'ai vu que le moyen qu’elles emploient est précisément celui auquel nous aurions recours à pareil cas. Nous n’y saurions autre chose pour élargir un étui, un fourreau d’étoffe trop étroit, que de le fendre tout du long et de rapporter une pièce de grandeur convenable entre les parties que nous aurions séparées ; nous rapporterions une pareille pièce de chaque côté si la figure du tuyau le demandait. C’est aussi précisément ce que font nos Teignes, avec une précaution de plus , et qui leur est nécessaire pour ne pas rester à nu pendant qu’elles travaillent à élargir leur vêtement. Au lieu de deux pièces qui auraient chacune la longueur du fourreau , elles en mettent quatre, qui ne sont pas plus longues chacune que la moitié d’une des précédentes : ainsi elles ne fendent jamais que la. moitié de la longueur du fourreau, qui a assez de soutien pendant que cette fente reste à boucher. »
Les laines de nos étoffes ne fournissent pas seulement aux Teignes de quoi se vêtir, elles leur fournissent aussi de quoi se nourrir. Elles mangent et digèrent les étoffes. Leurs excréments sont de petits grains, qui ont la couleur de la laine qu’elles ont mangée.
Fig. 320. Fourreau de Teigne attaché à un morceau de drap.
Quand elles sont parvenues au terme de leur accroissement, et que le temps de leur métamorphose approche, les Teignes abandonnent les étoffes, et vont s’établir dans l’angle des murs. Elles grimpent jusqu’aux plafonds, et s’y suspendent par une extrémité de leur tube. Les deux bouts du tube sont clos avec un tissu de soie (fig. 3*20). L’insecte ainsi renfermé change bientôt de forme, il devient chrysalide; puis, au bout de trois semaines environ, il se dégage papillon.
La Teigne des pelleteries travaille comme celle des tapisseries; elle se fait des fourreaux de même forme, et les construit de la même manière. Seulement ici ces fourreaux sont des espèces de feutres qui ressemblent à ceux de nos chapeaux.
Tandis que la Teigne des tapisseries ne détache des étoffes que la laine qu’il lui faut pour se vêtir et se nourrir, celle des pelleteries occasionne des dégâts bien plus considérables et bien plus rapides. Elle coupe tous les poils qui la gênent à fleur de peau, et il semble qu’elle se plaise à les couper. Ce qui lui est nécessaire pour ses besoins n’est rien en comparaison des gros flocons de poils qu’on voit tomber d’une'peau où elle s’est établie et qu’on secoue. A mesure qu’elle va en avant, elle coupe, etplus nettement que ne le pourrait faire un rasoir, tous les poils qui sont sur son passage.
Les Teignes du crin (fig. 321) se montrent en grand nombre à l’état de papillon, depuis la fin d’avril jusqu’au v / commencement de jüin. Elles apparaissent de nouveau en septembre et se tiennent habituellement au dossier des meubles.
La chenille, cylindrique, blanche, nue, rayée de brun, vit principalement dans le crin dont on rembourre les meubles, et quelquefois dans celui des matelas. Parvenue à toute sa taille, elle abandonne sa demeure, perce l’étoffe qui recouvre le crin, et se construit, avec cette étoffe, un fourreau de soie, ouvert seulement du côté de la tête. Au commencement d’avril, elle ferme ce fourreau, et s’y change en chrysalide.
Fig. 321.
Teigne du crin.
A l’état de chenille, la Teigne des grains (fig. 322) ne se nourrit que de blé, d’orge et de seigle; mais elle produit moins de dégâts que YAlucile des grains , dont nous avons parlé plus haut.
C’est lorsque la récolte est placée dans les gre- Fig. 322. niers que ce petit papillon vient y déposer ses Teigne des grams. œufs> pa chenille ne se loge pas dans l’intérieur des grains de blé, mais elle en réunit plusieurs par des fils, en laissant entre eux un espace suffisant pour s’y fabriquer un fourreau de soie blanchâtre, percé seulement en haut, pour donner passage à sa tête, qui ronge les grains environnants.
Nous ne pouvons que signaler ici les espèces phytophages, comme la Teigne du cerisier , celle de Y aubépine, celle de la bardane et la Teigne rustique .
Les OEcopkores ont des chenilles qui ressemblent à des vers blanchâtres. Elles attaquent les feuilles, les fleurs, l’écorce et certaines parties du fruit des arbres. Les unes se creusent des galeries dans l’épaisseur et entre les deux épidermes des feuilles, dont elles ne mangent que le parenchyme. D’autres perforent également des galeries, mais seulement dans les chatons du bouleau ou dans les parties les plus tendres de son écorce. Certaines se renferment dans une ou plusieurs feuilles roulées en cornet. D’autres se tiennent au sommet des plantes, dont elles réunissent les feuilles en paquet par des fils. Il en est enfin qui dévorent le noyau des fruits, tels que celui de l’olivier.
Les papillons de ces chenilles sont très-petits, et presque tous ornés de couleurs métalliques brillantes. On les trouve dans les bois, et surtout dans les vergers, depuis le commencement de juin jusqu’au mois de septembre.
Les OEcopkores ont une forme svelte très -élégante. Leurs ailes antérieures, très-étroites, sont souvent ornées de lignes argentées longitudinales. Les ailes postérieures ont littéralement la forme de deux plumes.
Les chenilles de ces insectes vivent et se métamorphosent dans des fourreaux portatifs, qu’elles se fabriquent avec la partie membraneuse des feuilles, dont elles mangent seulement le parenchyme. Ces fourreaux sont ordinairement d’un brun
LÉPIDOPTÈRES
de feuille morte. Ils sont attachés perpendiculairement sous les feuilles de plusieurs arbres, mais principalement sur celles de nos arbres fruitiers.
Une certaine espèce d ’OEcophore possède un fourreau qui est en partie recouvert par des pièces flottantes légèrement superposées, formées de parcelles de feuilles, et disposées de telle sorte que Réaumur les compare aux falbalas que les dames attachaient autrefois au bas de leur robe.