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ORDRE DES ORTHOPTÈRES

Orthoptères coureurs : les Perce-Oreille. — Les Blattes. — Les Mantes. — Les Bléphares. — Les Empuses. — Les Phasmes. — Orthoptères sauteurs : les Grillons. — Les Sauterelles. — Les Criquets. — Les invasions et les ravages des Criquets en différents pays.

C’est parmi les Orthoptères que nous rencontrons quelques-unes des plus grandes espèces d’insectes, et particulièrement les espèces aux formes bizarres et insolites. Les insectes les plus connus de cet ordre sont les Mantes, les Blattes ou Cancrelats, les Perce-Oreille, les Sauterelles, les Grillons, les Criquets, etc.

Les Orthoptères ont les ailes antérieures longues, étroites, demi-cornées ; ce sont des èlytres , qui servent de fourreaux aux secondes ailes, comme chez les Coléoptères. Mais les élytres des Orthoptères sont moins solides, moins complètes que celles des Coléoptères. De plus, elles sont ordinairement croisées l’une sur l’autre , à l’état de repos, ce qui est encore un caractère distinctif des Orthoptères. Les secondes ailes sont membraneuses, très-larges et veinées; elles se ploient en éventail pendant le repos. La bouche est composée de pièces libres. Les mandibules, les mâchoires, les deux lèvres, toujours bien développées, annoncent des insectes broyeurs. Leur voracité et leur rapide multiplication font quelquefois de ces insectes les lléaux des campagnes. On les rencontre surtout dans les pays chauds, où ils causent des ravages tels que toute végétation disparaît sur leur passage.

ORTHOPTÈRES

Les Orthoptères ne sont pas très-nombreux en espèces. Ce sont des insectes à métamorphoses incomplètes. Ils ne subissent que des changements peu importants, depuis le moment de l’éclosion de l’œuf jusqu’à celui où l’insecte est fait .

A sa sortie de l’œuf, l’individu ressemble déjà à ses parents; il n’en diffère que par la taille et l’absence des ailes. Après quatre ou cinq mues successives, l’Orthoptère a presque sa taille définitive, et les ailes commencent à paraître sous une sorte de membrane. C’est l’état de nymphe. Une dernière mue dégage aussi les ailes. L’insecte est alors parfait, et s’élance dans l’air, avec ses congénères.

Tous les Orthoptères connus sont funestes aux récoltes de l’homme, ou aux produits qu’il emmagasine pour son usage. On les divise en deux grandes sections : celle des coureurs et celle des sauteurs . Nous commencerons par les coureurs , qui comprennent les Forficules} les Blattes , les Mantes et les Phasmes.

Les Forficules , ou Perce-Oreille , que nous représentons dans les figures 323-325, sous leurs trois états, ont les élytres très-

Fig. 323-325. Forfîcule ou Perco-Oreille sous ses trois états : de larve, de nymphe et d’insecte parfait.

courtes. Les ailes de dessous sont très-larges et se plissent à la fois en éventail et en travers. Leur abdomen se termine par une sorte de pince, qui ressemble à celle dont se servaient autrefois les bijoutiers pour percer les oreilles des jeunes filles, à l’effet d’y introduire des anneaux. De là sans doute est venu leur nom ; car rien ne justifie la croyance vulgaire que ces insectes s’introduisent dans les oreilles, et

les percent à l’intérieur, pour pénétrer dans le cerveau. Ce sont des insectes fort innocents, qui ne font aucun mal. Ils vivent de substances végétales et mangent surtout l’intérieur de certaines fleurs.

Les Forficules fuient la lumière. On les trouve dans les trous des arbres, sous les écorces, sous les pierres. Les femelles veillent sur leurs œufs avec une sollicitude maternelle, et les transportent ailleurs lorsqu’on y touche. Elles protègent aussi les larves et les nymphes, jusqu’au jour où celles-ci sont assez fortes pour se passer de tout soin.

Les Blattes sont des insectes très-nuisibles; leur nom le dit assez, car il vient du grec p^onmo, je nuis. Elles sont omnivores, et s’attaquent à toutes les substances mortes, végétales ou animales. Horace leur reproche de dévorer les étoffes comme les Teignes :

Gui stragula vestis ,

Blattarum ac tinearinn epulæ,

Putrescit in area ,.

Ces insectes désagréables dévorent nos provisions de bouche. Ils abondent dans les cuisines, dans les boulangeries, à bord des navires marchands, etc. Leur corps aplati leur permet de s’introduire facilement dans les fentes des caisses et des barils; de sorte que, pour s’en garantir, on est obligé, dans les voyages au long cours, d’enfermer les objets dans des boîtes de zinc ou de tôle bien soudées.

Chamisso raconte que des marins ayant ouvert des barriques qui devaient contenir du riz et du blé, les trouvèrent remplies de la Blatte germanique : cette transsubstantiation fut peu agréable à l’équipage!

D’autres naturalistes ont vu cet insecte se fourrer par milliers dans des flacons qui avaient contenu de l’huile.

La Blatte aime aussi le cirage des bottes, qu’elle ronge jusqu’au cuir inclusivement.

Les nymphes mangent quelquefois la peau abandonnée par

1. De qui la tente pourrit dans une malle, faisant les délices des Blattes et des Teignes.

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une autre nymphe, mais on n’a jamais vu des Blattes s’attaquer entre elles, pour s’entre-dévorer.

Ces Orthoptères ont un corps plat et large, un corselet trèsdé veloppé, des antennes très-longues, des pattes grêles, mais fortes. D’une extrême agilité, ils courent avec une vitesse remarquable. Ils répandent une odeur nauséabonde, qui souvent persiste sur les objets qu’ils ont touchés. Le poète comique grec Aristophane mentionne cette particularité dans sa comédie de la Paix.

Les Blattes sont pour la plupart nocturnes , et se cachent pendant le jour. Mais ce sont les plus cosmopolites de tous les insectes. Transportés par les navires, ils se perpétuent partout où ils sont amenés, comme de la mauvaise herbe!

. La poudre persane, composée de diverses parties du Pyrèthre pulvérisées, est un moyen excellent pour les faire périr.

La plupart des espèces de Blattes sont plates, noires où brunâtres. Deux d’entre elles, la Blatte germanique et la Blatte laponne, que l’on rencontre dans les bois des environs de Paris, se sont domestiquées dans les habitations des pays du nord. Elles arrivent à une taille d’un centimètre.

Les Russes prétendent que la Blatte germanique fut importée de la Prusse par leur armée, à son retour de l’Allemagne, après la guerre de Sept ans (1756-1762). Jusqu’à cette époque, elle était inconnue à Saint-Pétersbourg, où on la rencontre aujourd’hui en grand nombre. Elle habite les maisons, et mange à peu près tout; mais elle préfère le pain blanc à la farine et à la viande.

La Blatte laponne dévore les poissons fumés préparés pour l’hiver.

Le naturaliste allemand Hummel a fait d’intéressantes observations sur le développement et les mœurs de la Blatte germanique. Les femelles sont très-fécondes. Elles pondent leurs œufs dans une capsule soyeuse, qui a la forme d’un haricot ou d’une fève, avec deux valves à l'intérieur. Elles la traînent pendant quelque temps, appendue à l’extrémité de leur abdomen; puis elles finissent par l’abandonner.

Hummel plaça sous une cloche de verre une Blatte femelle et une coque toute fraîche, qui venait d’être abandonnée par

une autre femelle. Il vit alors la Blatte s’approcher de l'œuf, le tâ'ter et le retourner en tous sens. Elle le prit ensuite entre ses pattes de devant, et y pratiqua une ouverture longitudinale. A mesure que la fente s'élargissait, on en vit sortir de petites larves blanches, roulées et attachées deux à deux. La femelle présidait à cette opération. Elle aidait les larves à se dégager, en les tirant doucement avec ses antennes. En quelques secondes, elles furent en état de marcher; alors la femelle ne s’en occupa plus.

Ces larves changent six fois de peau avant de parvenir à l’état d’insecte parfait. En sortant de leur peau, elles sont incolores, mais les couleurs leur viennent au bout de quelques minutes. A la cinquième mue, qui a lieu trois mois après la naissance, on peut dire qu’elles deviennent nymphes, car on aperçoit alors le commencement des ailes, et toutes les formes de l’insecte sont déjà bien arrêtées. La sixième et dernière mue a lieu au bout de six semaines; la nymphe se change alors en insecte parfait.

La femelle se distingue du mâle par un abdomen plus renflé.

Les Blattes les plus nuisibles sont les Kakerlacs ou Cancrelats , qui ont été importés en Europe par les navires venant des colonies.

Le Kakerlac américain a de 4 à 5 centimètres. Ses ailes sont très-longues. Il infeste les navires, court, la nuit, sur les passagers endormis, et dévore les comestibles. On le rencontre dans toutes les parties du monde. Il abonde particulièrement dans les parties chaudes de l’Amérique.

Le Kakerlac oriental ( Blatta orientalis) est encore plus répandu que le précédent. Il pullule dans les cuisines, les boulangeries, les magasins de vivres, etc., où il se cache dans les fentes des murailles, ou contre les gonds des portes.

C’est une petite bête hideuse, d’une odeur repoussante, d’une couleur brun rougeâtre. Sa taille est un peu au-dessus de celle du Kakerlac américain . On lui donne, en France, les noms de Cafard , Panetière , Noirot , Bête noire , etc. Si, au milieu de la nuit, on entre à l’improviste, avec une lumière, dans des cuisines basses, on voit souvent ces bestioles courir sur les tables, dévorant les restes d’aliments, avec une prestesse étonnante.

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La plus grande espèce du genre qui nous occupe est la Blatte géante , qui habite Cayenne et le Brésil, et dont la lon-

gueur dépasse quelquefois 7 centimètres et l'envergure 18 centimètres. On dit qu’elle ronge, pendant la nuit, les ongles des hommes endormis.

C'est principalement dans les pays chauds que les Kakerlacs exercent de grands ravages. Dans les Antilles, dont ils sont le fléau, on assure qu’ils peuvent, en une seule nuit, percer des malles, des caisses, des valises, et y détruire les objets qu’on croyait tenir le mieux a l’abri. A certains moments, les murs, les planchers, les lits, les tables, tout en est infesté, et on ne sait comment préserver les mets de leur contact repoussant.

On parvient toutefois à les détruire en partie à l’aide des poudres insecticides. Ils ont, en outre, des ennemis naturels. Les oiseaux de basse-cour et les chouettes en sont trèsfriands. Une espèce de guêpe, le Chlorion , approvisionne ses larves de Blattes, qu’il engourdit par une piqûre. Plusieurs espèces de Chalcidiens se nourrissent également des œufs de ces Orthoptères.

On compte aussi parmi les Blattes certaines espèces exotiques aux couleurs vives. Ces couleurs annoncent qu’elles ne fuient pas la lumière. Nous citerons, comme exemples, le Brachycole robuste et la Corydie .

Les Mantes sont de jolis insectes, de mœurs bien différentes.

Ce sont les seuls carnassiers parmi les Orthoptères. Ils se nourrissent de proie vivante, qu'ils saisissent au passage. Ils se tiennent ordinairement sur les arbustes, demeurant pendant des heures entières dans une immobilité complète, pour mieux tromper les insectes qui passent et qui deviendront leurs victimes.

C'est cette attitude posée et comme méditative qui leur a valu le nom de Manies , dérivé du grec [/avxiç, devin. On s'est imaginé que dans cette attitude elles interrogent l'avenir. La manière dont elles tiennent leurs longues pattes antérieures’, élevées en l'air comme des bras, a encore contribué à accréditer cette croyance superstitieuse, que rappellent suffisamment les dénominations données aux diverses espèces de Mantes : religieuse , sainte , 'prêcheuse , oratoire, mendiante, etc.

Au dire du voyageur Caillaud, une Mante serait, dans l’Afrique centrale, l’objet d'un véritable culte. Suivant Sparmann, une autre espèce serait adorée par les Hottentots. Si par hasard une Mante vient à se poser sur une personne, celle-ci est considérée par les Hottentots comme ayant reçu une faveur particulière du ciel, et dès ce moment elle compte parmi les saints!

En France, les habitants des campagnes croient que ces insectes indiquent le chemin aux passants. Un naturaliste du dix-septième siècle, Mouffet, dit à ce sujet, dans une description de la Mante : «Cette petite bête est réputée si divine, qu'à l'enfant qui l’interroge sur son chemin, elle l'enseigne en étendant une de ses pattes, et se trompe rarement, ou jamais. »

Aux yeux des paysans du Languedoc, la Mante religieuse est presqueun animal sacré : ils l'appellent Prega-Diou (Prie-Dieu), et croient fermement qu’elle fait ses dévotions.

Son attitude, lorsqu'elle est à l'affût d’une proie, imite, en effet, assez bien celle de la prière. Posée sur le sol, elle redresse la tête et le corselet, joint les articulations des pattes de devant, et demeure ainsi immobile, des heures entières. Mais, qu'une mouche imprudente arrive à portée de notre belle dévote, vous la verrez s’en rapprocher en tapinois, à la manière d'un chat qui guette une souris, et avec tant de précau-

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tion qu'on s’aperçoit à peine de ses mouvements. Puis tout à coup, rapide comme l’éclair, elle saisit sa victime entre ses pattes, garnies d’épines acérées qui s’entre- croisent, et la porte à sa bouche, pour la dévorer. Notre prétendue Religieuse, Prêcheuse, etc., notre Prcga-Diou , n’est qu’une guetteuse patiente et impitoyable.

La Mante religieuse (üg. 327, a), assez commune dans le midi de la France, s’avance jusqu’aux environs de Fontainebleau. La Mante oratoire , un peu plus petite, est moins répandue.

Ces élégants insectes se font remarquer par leur corps élancé, leurs grandes ailes, et leurs couleurs généralement assez vives. Dans quelques espèces, les élytres vertes ou jaunâtres imitent à s’y méprendre les feuilles desséchées des arbres.

Les Mantes pondent leurs œufs à la fin de l’été, dans des coques arrondies, assez friables, qu’elles attachent aux branches. L’éclosion n’a lieu que l’été suivant. Les larves subissent plusieurs mues successives.

Rien n’égale la férocité de ces Orthoptères. Lorsqu’on enferme deux Mantes ensemble, elles se livrent un combat, se portent des coups avec leurs pattes de devant, et ne cessent de s’escrimer que lorsque la plus forte des deux est parvenue à manger la tête de l'autre !

Dès leur naissance, les larves s’attaquent entre elles. Le mâle étant plus petit que la femelle, est souvent sa victime.

Kirby nous apprend qu’en Chine les enfants achètent des Mantes, comme dans nos pays ils achètent des Hannetons, et les enferment dans de petites cages de bambou, pour se donner le spectacle émouvant de leurs combats.

L ’Acanlhops est une Mante qui vit au Brésil.

Aux Mantes se rattachent les Èrémiaphiles , qui vivent dans les déserts de l’Afrique et de l’Arabie. Elles se traînent lentement sur le sable, dont elles ont la couleur, au point qu’il est très-difficile de les en distinguer à l’état de repos. Le voyageur Lefebvre rapporte qu’il a toujours trouvé ces Orthoptères dans les endroits privés de toute végétation, et où il n’y avait aucune autre espèce d’insectes qui aurait pu leur servir de pâture : il est donc probable qu’ils vivent d’insectes microscopiques.

Les Empusesy qui forment une autre'famille parmi les Man-

tes, ont des antennes pectinées chez les mâles, plus petites chez les femelles.

Fig. 327. Mante religieuse et sa larve (a). Empuse pauvresse et sa larve (b).

Le genre Blepharis , auquel appartient YEmpuse pauvresse ( Blepharis mendica), se rencontre en Égypte, en Arabie, aux îles Canaries.

UEmpuse pauvresse , qui est d’un vert pâle, n’est pas rare

ORTHOPTERES.

dans le midi de la France. On la voit représentée, avec la Mante religieuse , dans la figure 327.

UEmpuse gongylocle , qui habite l'Afrique, porte des manchettes à ses bras et des volants à sa robe.

Les Phasmes ou Spectres se distinguent des Mantes par leur corps très-allongé, droit et roide comme un bâton, par l'absence des pattes préhensiles et par leur genre de nourriture, qui est exclusivement végétal. Ils se nourrissent de feuilles fraîches. Leurs œufs sont pondus à nu, sans enveloppe soyeuse. Quant aux mœurs de ces insectes, elles sont peu connues, parce que la plupart des espèces sont exotiques; elles habitent principalement l’Amérique méridionale, l’Asie, l’Afrique et la Nouvelle-Hollande.

C’est dans cette tribu que l'on rencontre les formes les plus bizarres et les plus monstrueuses, comme le prouvent les dénominations populaires qu’elles ont reçues en différents pays : spectres , fantômes , chevaux du diable , soldats de Cayenne , feuilles ambuldntcs , bâtons animés , etc.

On trouve aussi parmi les Phasmes les plus grands insectes connus, car il en est qui atteignent une longueur de trente centimètres.

Les plus beaux Phasmes sont ceux de la Nouvelle-Hollande et de la Tasmanie. Nous citerons comme exemple le Phasme géant ( Cyphocrana gigas).

Quelques espèces sont dépourvues d'afles, et ressemblent, à s'y méprendre, à des tiges de bois sec.

Le type le plus connu est le Bacille de Rossi (fig. 328), que l’on rencontre aux environs de Cannes et d'Hyères. Cet insecte inoffensif marche lentement sur les branches des arbres, et aime à se reposer au soleil , ses longues pattes anténeuses étendues en avant.

D'autres espèces, pourvues d’ailes, ont tout à fait l'aspect des feuilles dont elles se nourrissent; telles sont les Phyllies ou Feuilles ambulantes des Indes orientales.

D’après Cuninghaiu, tous ces insectes ont des habitudes solitaires et paisibles. On ne les rencontre qu’au nombre d'un ou de deux individus seulement, se traînant avec lenteur sur les arbrisseaux , où ils passent les mois les plus chauds de

l’année. Quelques-uns, lorsqu’on les saisit, lancent un liquide laiteux d’une odeur forte et désagréable.

Les Orthoptères dont nous avons parlé jusqu’ici avaient les six pattes appropriées à la course. C’étaient les Orthoptères coureurs. Les Orthoptères sauteurs , auxquels nous arrivons maintenant, ont les pattes postérieures plus fortes et renflées, ce qui les rend propres à exécuter des sauts.

Fig. 328. Bacille de Rossi, mâle, femelle et larve.

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Cette section comprend trois familles, qui ont pour principaux types les Grillons, les Sauterelles et les Criquets.

Tous ces insectes se ressemblent par la disproportion qui existe entre les pattes postérieures et les deux paires de devant. Un autre caractère qui leur est commun consiste dans le chant des mâles. Ce chant, bien connu qui paraît avoir pour but d’appeler les femelles, n’est qu’une sorte de stridulation, produite par le frottement des élytres. Mais le mécanisme varie un peu pour les trois espèces. Chez les Grillons, les élytres tout entières sont sillonnées de nervures épaisses, très-saillantes et très-dures, qui sont la cause du bruit que l’insecte produit en frottant ces élytres lune contre l’autre. Chez les Sauterelles, ou Locustes , il existe seulement à la base des élytres une membrane transparente, appelée le miroir , qui est garnie de nervures saillantes et qui sert à produire la stridulation. Enfin, les Acridiens ont les cuisses et les élytres garnies de stries élevées et très-dures. Les cuisses, en passant rapidement et avec force sur les nervures des élytres, produisent le son, à la manière d’un archet qui frotte les cordes d’un violon. Chez tous ces insectes, le mâle seul est doué de la

faculté de faire du bruit.

Les Grillons et les Sauterelles ont des antennes très-longues et minces, tandis que les Acridiens (Criquets) ont des antennes courtes, soit aplaties, soit filiformes, soit renflées en forme de massue. Chez les deux premières espèces, la femelle est munie d’une tarière, qui est plus forte chez les Sauterelles que chez les Grillons. Les femelles des Criquets n’ont pas de tarière.

Étudions successivement les trois types de ces familles, à savoir : les Grillons , les Sauterelles et les Criquets.

Les Grillons sont répandus dans toutes les parties du monde. Ce sont ces insectes que le peuple désigne, en France, sous le nom de Cri-Cri .

Le Gh'illon des champs (üg. 329) vit solitairement, dans un trou qu’il se creuse en terre, et où il se tient pendant le jour. Il ne quitte sa retraite qu’à la nuit, pour chercher sa nourriture. Il est très-timide. Au moindre bruit, il cesse son chant. S’il est posté au bord de son terrier, il y rentre dès qu’on approche.

Les trous des Grillons sont bien connus des enfants de la campagne, qui savent prendre ces insectes en leur présen-

Fig. 329. Grillon des champs.

tant une paille. L’imprudent Grillon la saisit aussitôt avec ses mandibules et se laisse tirer hors de son trou. C’est pour cela qu’on dit : plus sot qu’un grillon .

Cet insecte est très-frileux. Il tourne toujours vers le midi l’orifice de son trou. Il se nourrit d’herbes, peut-être aussi d’insectes.

Le Grillon domestique , long d’environ deux centimètres, d une teinte cendrée, se rencontre surtout dans les boulangeries et dans les cuisines de campagne, où il se cache, le jour, dans les crevasses des murailles ou derrière les plaques des cheminées. Il mange de la farine, peut-être aussi les petits insectes qui vivent dans la farine.

Lorsqu’on place plusieurs Grillons dans une boîte, ils s’entre-dévorent. Cela ne prouve pas précisément qu’ils soient carnassiers, car il y a plusieurs espèces ne se nourrissant que de végétaux et qui se détruisent également dans ce cas.

Quelques auteurs prétendent que ces insectes sont toujours altérés, car on les trouve souvent noyés dans les vases qui renferment un liquide quelconque. Tout ce qui est humide est de leur goût. C’est pour cela qu’ils font quelquefois des trous aux vêtements mouillés qu’on suspend près du feu pour les sécher. Ils habitent de préférence les maisons nouvellement

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construites; car le mortier encore humide leur permet d’y creuser plus facilement leurs demeures.

Les habitudes du Cri-Cri domestique sont nocturnes, comme celles de son congénère des champs. Ce n’est qu’à la nuit qu’il sort de sa retraite, pour aller à la recherche de sa nourriture. Quand on l’expose malgré lui à la lumière du jour, il paraît engourdi.

Cet insecte rappelle, parmi les Oiseaux, la Chouette, nonseulement par ses habitudes lucifuges, mais encore par son chant monotone, auquel le vulgaire attache, on ne sait pourquoi, un présage de mauvais augure pour la maison dans laquelle on l’entend. Autrefois ce singulier préjugé était bien plus enraciné qu’il ne l’est aujourd’hui. Le chant du Cri-Cri n’a cependant pour but que d’appeler la femelle.

Le Grillon sylvestre , beaucoup plus petit que le précédent, se rencontre en grand nombre dans les bois, où ses sauts produisent quelquefois le bruit de gouttes de pluie.

Les femelles des Grillons ont une longue tarière, pour déposer leurs œufs dans les fentes et crevasses du sol. Chacune pond environ trois cents œufs, vers le milieu de l’été.

Les larves passent l’hiver et ne deviennent nymphes ou insectes parfaits que l’été suivant.

Mouflet rapporte que, dans certaines régions de l’Afrique, les Grillons sont un objet de commerce. On les élève dans de petites cages, comme nous faisons pour les Serins Canaris, et on les vend aux habitants, qui se plaisent à entendre leur chant amoureux. Ce chant les dispose au sommeil. On dit que certaines peuplades mangent ces insectes. Chez nous, ils sont recherchés comme appâts pour la pêche. On s’en sert dans les ménageries, pour nourrir de petits reptiles.

On range près des Grillons les OEcanthes , insectes du midi de l’Europe, qui vivent sur les plantes, et qu’on voit souvent voltiger sur les fleurs; — les Sphœries , qui vivent dans les fourmilières; — les Platy dactyles; — eniin ies Ccurtilières ou Taupes-Grillons , dont les mœurs méritent de nous arrêter un instant.

Les Courtilières se distinguent de tous les autres insectes par la structure de leurs pattes antérieures , qui sont élargies et

dentées, de manière à représenter une sorte de main, analogue à celle des Taupes. Cetle main trahit leurs mœurs, bien mieux que nos mains ne trahissent les nôtres ; on n'a pas besoin de chiromancie pour y lire des habitudes de fouisseur. Les Courtilières s’en servent, en effet, comme d’une pelle, pour creuser des galeries souterraines, et pour accumuler à côté de l’orifice

Fig. 330. Grillon-Taupe, ou Courtilière.

les débris qu’elles en retirent. Leur nom vulgaire vient du vieux mot français courtille , qui signifie jardin; il rappelle le séjour favori de ces insectes nuisibles.

Si les Courtilières, ou Grillons-Taupes, ont des pelles aux pattes de devant, en revanche leurs pattes de derrière sont peu développées; de sorte qu’il leur est tout à fait impossible de sauter, d'auLant plus que leur abdomen volumineux s’y opposerait. Les ailes sont larges et se replient en forme de lanières; elles servent peu, et ce n’est qu’à la tombée de la nuit qu’on voit la courtilière prendre ses ébats, en décrivant dans l’air des courbes peu élevées. On la rencontre surtout dans les

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terrains cultivés : potagers, pépinières, champs de blé, etc., où elle se creuse une cavité ovale communiquant avec la surface par un trou vertical (fig. 331). À ce trou aboutissent de

Fig. 33 i. Nid de Courtilière.

nombreuses galeries horizontales, plus ou moins inclinées, qui permettent à l’insecte de gagner sa retraite par beaucoup de chemins, lorsqu’il est poursuivi

On comprend sans peine qu’un insecte qui mine de la sorte les terrains, doive causer de grands dommages aux cultures. Que les végétaux lui servent ou non de nourriture, ils n’en sont pas moins détruits sur son passage.

On reconnaît â la couleur de la végétation , qui est jaune et flétrie, les terrains infestés par les Taupes-Grillons. En outre, les déblais que ces fouisseurs entassent à côté des orifices de leurs galeries, et qui ressemblent en miniature aux taupinières, dévoilent leur présence aux cultivateurs. Pour les détruire, on verse de l’eau ou d’autres liquides dans leurs nids, ou bien on enterre, à différentes distances, des vases remplis d’eau, dans lesquels les Courtilières viennent se noyer.

Dès le mois d’avril, les mâles se rendent à l’entrée de leurs, terriers, et font entendre leur cri d’appel. Ce sont des notes lentes, vibrantes, monotones, qu’ils répètent longtemps sans interruption, et qui ressemblent vaguement au cri de la Chouette ou de l’Engoulevent.

La femelle fécondée pond ses œufs, au nombre de deux à trois cents, à l’intérieur d’une sorte de chambre creusée dans un terrain assez compacte pour résister aux pluies. L’éclosion a lieu au bout d’un mois.

Ce n’est qu’au printemps suivant que les larves passent à l’état de nymphe, et que les organes du vol commencent à se dessiner. Il faudrait, selon M. Féburier, trois ans pour le développement complet de la Taupe-Grillon , ce qui indiquerait chez ces insectes une longévité remarquable. Tous les auteurs s’accordent d’ailleurs à vanter la sollicitude avec laquelle la Courtilière prend soin de ses petits. Elle les surveille et va, dit-on, leur chercher leur nourriture.

Les Tridactyles , qui ont beaucoup d’analogie avec les Taupes- Grillons, sont les plus petits Orthoptères connus : ils n’ont pas plus de cinq millimètres de longueur. On les rencontre dans le midi de la France, sur les bords du Rhône et des autres rivières, où ils prennent leurs ébats dans le sable exposé au soleil.

Les Tridactyles sautent avec une agilité remarquable, même à la surface de l’eau, car leurs pattes sont munies d’appendices fortement aplatis, véritables battoirs.

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Les Sauterelles, ou Locustes , exécutent des sauts plus étendus que les Grillons, grâce à la conformation de leurs jambes postérieures. Elles s'aident souvent de leurs ailes, qui sont très-développées. Ces insectes sont incapables de marcher, à cause de la disproportion qui existe entre leurs différentes paires de pattes. On ne les voit jamais avancer que par bonds. La femelle est pourvue d’une tarière recourbée, à deux valves, que les enfants appellent son sabre. Elle lui sert à entamer la terre, afin d’y déposer ses œufs. Le mâle produit une stridulation aiguë, en frottant Tune contre l’autre ses élytres, munies de plaques résonnantes, que l’on pourrait comparer à des cymbales.

Le chant des Sauterelles, connu de tout le monde, est un sic zic-zic monotone, qu’on peut entendre le soir dans les prairies. * C’est à cause de ce chant qu’on donne quelquefois, à tort, le nom de Cigale à notre grande Sauterelle verte. Comme nous l’avons déjà dit en parlant de la Cigale, c’est la Sauterelle verte que la Fontaine avait en vue dans sa fable de la Cigale et la Fourmi , car toutes les figures qui ornent les anciennes éditions des fables de cet auteur représentent une Sauterelle, et non une Cigale.

Les Sauterelles sont répandues dans toutes les parties du monde, mais surtout dans l’Amérique du sud, qui renferme à peu près les trois quarts des espèces connues. Au contraire les espèces européennes sont peu nombreuses.

Leurs habitudes sont celles des autres Orthoptères herbivores. Elles vivent dans les prairies, dans les champs, sur les arbres, dévorant les feuilles et les tiges des végétaux ; mais elles ne sont jamais en assez grand nombre pour causer des ravages comparables à ceux des Acridiens. On les voit apparaître dès le mois de juillet et disparaître aux premiers froids. Vers la fin de l’été, leur chant se fait entendre dans les prairies et les champs de blé. Les femelles, appelées par les mâles, ne tardent pas à s’accoupler et à pondre leurs œufs dans la terre.

Les œufs passent l’hiver, et les larves n’en sortent qu’au printemps suivant. Après quatre mois, elles se transforment en nymphes qui montrent déjà des ailes rudimentaires, et qui, par une cinquième mue, passent à l’état parfait.

La grande Sauterelle verte ( Locusta viridissima ) est fort commune en Europe. Elle se tient pendant le jour sur les arbres, et va le soir prendre ses ébats dans les prairies, où elle chante le soir.

Le Declique verrucivore (fig. 332) est une espèce plus courte et un peu plus trapue, qui se distingue par une tête fort large,

Fig. 332. Dectique verrucivore pondant.

offrant des couleurs grises mélangées. On l’entend chanter, pendant le jour, dans les blés mûrs. Son nom lui vient de l'usage qu’en font les paysans en Suède et en Allemagne contre les verrues.

« Les paysans, dit Charles de Geer, font mordre à ces Sauterelles les verrues qu’ils ont souvent sur les mains, et la liqueur que l’insecte verse en môme temps de la bouche dans la plaie, fait sécher et disparaître les verrues. C’est pourquoi ils leur ont donné le nom de IVartqui veut dire ronge-Q&rrue.*

Les Phanéroptères et les Copiphores sont des Sauterelles exotiques.

Les Êphippigères sont de petites espèces dont le corselet, fortement excavé, ressemble à une selle de cheval. On ren-

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contre assez fréquemment aux environs de Paris YÊphippi gcre des vignes , qui est verdâtre, avec quatre raies brunes sur la tête. Chez cette espèce, les élytres sont à peu près nulles et les ailes sont réduites à de simples écailles voûtées dont le frottement produit une stridulation. Les femelles partagent cette disposition avec les mâles : les Éphippigères peuvent donc exécuter des duos*.

La famille des GnUacris ressemble beaucoup aux Grillons. Elle comprend les Anosiostomes de la Nouvelle-Hollande, qui, à ce que Ton prétend, sont dépourvus d'ailes, même à l'état parfait.

Nous arrivons à la redoutable tribu des Acridiens , ou Criquets, dont les affreux ravages sont ordinairement endossés par les Sauterelles. •

Les Criquets sont, parmi les Orthoptères, les mieux conformés pour sauter. La cuisse et la jambe, repliées ensemble au repos, s’étendent brusquement, sous l’action de muscles très-puissants. Le corps, posant alors sur les tarses et sur les épines mobiles des jambes, se trouve lancé en l'air à une grande hauteur. Les Criquets volent très-bien, mais la course leur est interdite, comme elle l'est aux Sauterelles. Les femelles n’ont point de tarière. Cette particularité, et la configuration des antennes, qui sont très-courtes, distinguent les Criquets des Sauterelles.

Les mâles, comme nous l’avons déjà dit, exécutent une stridulation perçante, en frottant leurs cuisses sur les élytres. Ce n’est jamais qu’une seule cuisse qui est en mouvement; l’insecte se sert tour à tour de la cuisse gauche et de la droite. Le son est renforcé par une sorte de tambour rempli d’air et recouvert d’une peau très-mince, qui se trouve de chaque côté du corps, h la base de l’abdomen. Le chant des Criquets est plus varié que celui des Sauterelles. Il comporte plusieurs notes différentes; c’est un véritable bruit de crécelle, mais avec des timbres très-divers, selon les espèces.

Les Acridiens sont diurnes; ils fréquentent les lieux secs

1. Le genre Saga atteint quelquefois des dimensions extraordinaires. Ainsi, en 1863, on a recueilli en Syrie, à la suite d’une pluie de Sauterelles ordinaires, un exemplaire de Saga qui avait une longueur de 13 centimètres. Il a été offert au Muséum d’histoire naturelle de Paris par ^1 . L. Delair.

et aiment à se poser sur les herbes, en plein soleil. Certaines espèces qui habitent les régions chaudes du Midi, remuent les jambes sans qu’on entende le bruit qu’elles produisent; il n’est perceptible que pour les oreilles délicates. Dans ce pays, la Cigale est donc la musicienne brevetée, et les Criquets mettent une sourdine à leur musique de carrefour.

Les Criquets sont très-abondants dans toutes les parties du monde. Dans les pays du Nord, où ils se multiplient moins rapidement, leurs dégâts sont moins désastreux, quoique encore considérables. Mais dans les parties méridionales du globe ils constituent un véritable fléau : la huitième des plaies d’Egypte. Certaines espèces se multiplient d’une manière si prodigieuse, qu’elles ravagent de vastes champs, et dans un temps très-court, réduisent des contrées entières à la dernière misère.

Ces insectes se gonflent d’air et entreprennent des voyages, pendant lesquels ils font plus de six lieues en un jour, dévastant sur leur parcours toute la végétation.

L’espèce la plus nuisible est le Criquet nomade ( Acridium ou Ædipodhmmigratoriim, fîg. 333), très-commun en Afrique,

Fi r. 333. Criquet nomade mâle.

aux Indes, dans tout l’Orient. On en trouve des individus isolés dans les prairies des environs de Paris, surtout à la fin de l’été. Cette espèce est verdâtre, avec des élytres transparentes, d’un gris sale, des ailes blanchâtres et des jambes roses.

Le Criquet nomade a le corps rouge, les élytres grosses, tachetées de noir, les jambes rougeâtres.

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Une seconde espèce, le Criquet d'Italie (Calliptamus), fait aussi beaucoup de dégâts dans le Midi.

Toutes ces espèces ont cinq mues, qui prennent un mois et demi; la dernière a lieu à la fin de la belle saison, vers l'automne.

C’est surtout dans les pays chauds que les Criquets deviennent le fléau de l'agriculture. Là où ils s’abattent, ils changent tout à coup en désert aride la contrée la plus fertile. On les voit arriver en bandes innombrables, qui, de loin, ont l’aspect de nuages orageux. Ces nuées sinistres cachent le soleil. Aussi haut et aussi loin que les yeux peuvent porter, le ciel est noir, et le sol inondé de ces insectes. Le bruissement de ces millions d’ailes est comparable au bruit d’une cataracte. ■Quand l’horrible armée se laisse tomber à terre, les branches des arbres cassent. En quelques heures, et sur une étendue de plusieurs lieues, toute végétation a disparu. Les blés sont rongés jusqu’à la racine, les arbres dépouillés de leurs feuilles. Tout a été détruit, scié, haché, dévoré. Quand il ne reste plus rien, le terrible essaim s’enlève, comme à un signal donné, et repart, laissant derrière lui le désespoir et la famine.

Il va à la recherche d’un autre pâturage : quærens quem de voret !

Ordinairement, pendant l’année qui suit celle où une contrée a été dévastée par une pluie de Criquets, les dégâts de ces insectes sont moins à craindre; car il arrive souvent qu’après avoir tout ravagé, ils périssent de faim avant l’époque de la ponte.

Mais leur mort devient la cause d’un mal plus grand. Leurs innombrables cadavres, amoncelés et échauffés par le soleil, ne tardent pas à entrer en putréfaction. Par les exhalaisons infectes qui s’en dégagent, des maladies épidémiques se déclarent, qui déciment les populations.

Les Criquets naissent dans les déserts de l’Arabie et de la Tartarie; les vents d’est les amènent en Afrique et en Europe. Les navires qui se trouvent dans les parages de l’est de la Méditerranée en sont parfois couverts, à une grande distance des continents.

La Bible rapporte, au dixième chapitre de Y Exode, que

Jéhovah ordonna à Moïse d’étendre la main, pour faire venir sur tout le pays d’Égypte les Sauterelles (Arbeth), comme huitième plaie, destinée à intimider Pharaon, rebelle à sa volonté. Ces insectes arrivèrent, amenés par un vent d’orient, et couvrirent à ce point la surface du pays, que l’air en était obscurci. Ils broutèrent toute l’herbe de la terre et tout le fruit des arbres que la grêle (la septième plaie) avait laissé. Un vent d’occident les emporta, lorsque Pharaon eut enfin promis de laisser partir le peuple d’Israël1.

Pline rapporte que dans plusieurs pays de Grèce une loi obligeait les habitants à faire la guerre aux Criquets trois fois par an, c’est-à-dire sous leurs trois états d’œuf, de jeune et d’adulte.

Dans nie de Lemnos, les citoyens étaient imposés à un certain nombre de mesures de Criquets.

L’an 170 avant notre ère, les Criquets dévastèrent les environs de Capoue. L’an 181 après Jésus-Christ, ils exercèrent leurs ravages dans le nord de l’Italie et dans la Gaule.

En 1690 les Sauterelles arrivèrent en Pologne et en Lithuanie, par trois endroits et comme en trois corps.

(t II s’en trouva en certains lieux, écrivait l’abbé de Ussans, témoin oculaire, où elles étaient mortes les unes sur les autres, jusqu’à quatre pieds de hauteur. Celles qui étaient vivantes se perchant sur les arbres, faisaient ployer les branches jusqu’à terre tant leur nombre était grand. Le peuple crut quïl y avait des espèces de. lettres hébraïques sur leurs ailes; un rabbin prétendit y lire les mots qui signifient en français: Colère de Dieu. Les pluies faisant mourir ces insectes, ils infectèrent l’air, et les bestiaux qui en mangeaient parmi l’herbe, mouraient aussitôt, j>

En 1749, les Criquets arrêtèrent l’armée de Charles XII, roi de Suède, en retraite dans la Bessarabie, après sa défaite de Pultawa. Le roi se croyait assailli par lin orage de grêle, lorsqu’une nuée de ces insectes s’abattit brusquement sur son ar-

1. «< Moïse étendit sa verge sur le pays d’Égypte et l'Éternelfit passer sur le pays un vent oriental, tout le jour et toute la nuit, et au matin le vent oriental avait amené les sauterelles. Elles étaient en très-grand nombre. Elles couvrirent la surface de tout le pays, tellement que la terre. en fut couverte, et elles broutèrent toute l’herbe de la terre, et tout le fruit des arbres que la grêle avait aissé, et il ne demeura aucune verdure aux arbres, ni aux herbes des champs dans tout le pays. »

ORTHOPTÈRES

mée, engagée dans un défilé. Hommes et chevaux étaientaveuglés par cette grêle vivante, tombant d’un nuage qui cachait le soleil. L’arrivée des Criquets avait été annoncée par un sifflement pareil à celui qui précède une tempête, et le bruissement de leur vol couvrait la voix de la mer Noire. Toutes les campagnes furent bientôt désolées sur leur passage.

Pendant la même année, une grande partie de l’Europe fut envahie par ce fléau. Les journaux du temps sont remplis de récits relatifs à cette calamité publique.

En 1753, le Portugal fut atteint. C’était l’année du tremblement de terre de Lisbonne. Tous les fléaux semblaient donc s’acharner sur ce malheureux pays.

En 1780, le mal prit, en Transylvanie, des proportions telles qu’il fallut réclamer l’aide de l’armée. Des régiments ramassaient les insectes et les enfermaient dans des sacs. Quinze cents personnes s’employèrent à les écraser, à les enterrer, à les brûler. Malgré tout, leur nombre ne paraissait pas diminué. Un vent froid, qui s’éleva heureusement, les fit disparaître. Mais au printemps suivant le fléau reprit son cours. Tout le pays s’employa à le combattre. On poussait les Sauterelles avec de grands balais, dans des foss^p, au fond desquels on les brûlait. Le pays n’en fut pas moins ruiné.

Les Sauterelles se montrèrent à la même époque dans l’empire’ du Maroc, où elles causèrent une famine affreuse. Les pauvres erraient de tous côtés, déterrant les racines des végétaux, se jetant sur les fientes des chameaux, pour y chercher les grains d’orge conservés....

Barrow et Le vaillant, dans leurs Voyages à travers l'Afrique centrale, parlent de semblables calamités arrivées plusieurs fois, de 1784 à 1797. Ils ajoutent que les rivières sont alors masquées par les cadavres de Criquets qui couvrent tout le pays.

D’après Jackson, en 1739 les Criquets couvrirent toute la surface du sol, de Tanger à Mogador. Toute la région voisine du Sahara fut ravagée, tandis que de l’autre côté de la rivière El Kos on ne voyait pas un seul de ces insectes. Quand le vent vint à souffler, ils furent poussés dans la mer, et leurs cadavres occasionnèrent une peste qui désola la Barbarie.

Les Indes et la Chine sont souvent la proie de ces insectes

dévastateurs. En 1735, des nuages de Criquets cachaient aux Chinois le soleil et la lune. Non-seulement les récoltes sur pied, mais encore les céréales en magasin et les vêtements dans les maisons, furent dévorés.

Dans le midi de la France, les Criquets se multiplient quelquefois si prodigieusement, qu'on peut remplir, en peu de temps, plusieurs barils de leurs œufs. Ils ont usé, à diverses époques, d'immenses dégâts. C’est notamment dans les années 1613, 1805, 1820, 1822, 1824, 1825, 1832 et 1834 que leurs apparitions ont été redoutables dans le midi de la France.

Mézeray rapporte qu’au mois de janvier 1613, sous Louis XIII, les Sauterelles firent invasion dans la campagne d'Arles. En sept ou huit heures, les blés et les fourrages furent dévorés jusqu'à la racine, sur une étendue de pays de 15 000 arpents. Elles passèrent ensuite le Rhône, vinrent à Tarascon et à Beaucaire, où elles mangèrent les plantes potagères et la luzerne. Puis elles se transportèrent à Aramon, à Monfrin, à Valabrègues, etc., où elles furent heureusement détruites en grande partie par les Étourneaux et autres oiseaux insectivores, accourus, par bandes immenses, à cette curée formidable.

Les consuls d’Anles et de Marseille firent ramasser les œufs. Arles dépensa, pour cette chasse, 25 000 francs, et Marseille 20 000 francs. 3000 quintaux d’œufs furent enterrés ou jetés dans le Rhône. En comptant 1 750 000 œufs par quintal, cela donnerait un total de 5 milliards 250 000 000 de Sauterelles détruites en germe,* et qui, sans cela, auraient bientôt renouvelé les ravages dont le pays venait d’être victime.

En 1822, on dépensa encore, en Provence, 2227 francs pour le même objet. En 1825,1a chasse coûta 6200 francs. On payait une prime de 50 centimes pour chaque kilogramme d’œufs, et la moitié pour chaque kilogramme d'insectes. Les œufs recueillis étaient brûlés ; ou bien, on les écrasait avec de pesants rouleaux.

La chasse aux Criquets, qui se faisait en Provence, à l’époque dont nous parlons, était confiée aux femmes et aux enfants. Elle consistait à promener à ras de terré de grands draps, dont on tenait les coins relevés. Les Criquets venaient s’y poser, et on s’en emparait en roulant le drap.

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Dans leterritoire des Saintes-Maries, situé, non loin d'Aigues- Mortes, sur le bord de la Méditerranée, on remplit 1518 sacs à blé de Sauterelles mortes, d'un poids de 68 861 kilogrammes, et à Arles 165 sacs, ou 6600 kilogrammes. Les primes accordées aux chasseurs s'élevèrent à 5542 francs. Mais l'année suivante les Sauterelles causèrent plus de dégâts encore.

On trouve toujours des Sauterelles en Algérie, dans les provinces d’Oran, Bone, Alger, Bougie ; mais elles ne vont pas jusqu'à produire ces invasions terribles qui changent en désert les lieux cultivés. 11 y a en Algérie des années à Sauterelles, comme il y a chez nous des années à Hannetons, à Altises, à Chenilles, etc. Ces fléaux sont heureusement assez rares. Les plus terribles ont eu lieu en 1845 et en 1866.

En 1845, une invasion formidable de Sauterelles arriva en Algérie. Elle dura cinq mois, de mars à juillet. Chaque jour amenait de nouvelles bandes de ces insectes dévastateurs. M. Henry Berthoud, qui habitait alors Alger, en vit une colonne, dont le passage, commencé avant le jour, était à peine terminé à quatre heures de l’après-midi.

Le docteur Guyon, médecin de l'armée, correspondant de l'Institut, adressa à cette compagnie savante la relation de quelques particularités de l’invasion de Sauterelles de 1845, dont il fut témoin. Il parle d'une bande de Sauterelles qui passa le 16 mars au-dessus de la plaine de Sebdou, se dirigeant vers le désert d'Angard. Ce passage dura trois heures. Les Sauterelles, n'ayant rien trouvé à dévorer dans le désert, revinrent sur leurs pas, et le lendemain elles s’abattaient dans la plaine de Sebdou, qui a 30 kilomètres de long sur 12 à 15 kilomètres de large. En quatre heures, toutes les récoltes furent dévorées, toute la végétation détruite. « Les Sauterelles, dit le docteur Guyon, laissèrent après leur départ une odeur infecte d’herbes putréfiées produite par leurs excrétions. »

A Alger, dans le faubourg Bab-Azoum, on les vit pénétrer en masses dans les magasins d'orge, et l’on eut toutes les peines du monde à les en chasser. On élevait devant ces magasins des barricades, pour empêcher l’invasion de ces barbares volants.

Les Sauterelles ne dévorent donc pas seulement des plantes

vertes : les grains deviennent aussi leur proie. On les vit en 1845 pénétrer dans les silos où les indigènes conservent les blés.

D'après le rapport du commandant de la place de Philippeville, M. Levaillant, une colonne de Sauterelles s'abattit sur cette région le 18 mars 1845. Cette colonne avait une étendue de 30 à 40 centimètres. On trouvait sur le sol une épaisseur de Sauterelles qui avait jusqu'à 3 décimètres de hauteur.

Les soldats et les colons faisaient à ces envahisseurs une guerre incessante. On les pourchassait à coups de fusil.

Les résultats de cette guerre d'un nouveau genre méritent bien d’être rappelés. Aux environs d’Alger seulement, on détruisit, en 1845, 369 quintaux de Sauterelles. On comptait 400 Sauterelles par kilogramme : c’est donc un total de 14 760 009 individus qui furent détruits. Comme dans ce nombre il se trouve généralement moitié de femelles, et que chaque femelle pond en moyenne 70 œufs, il résulte que cette chasse empêcha la production de 516 600 000 larves de Sauterelles sur le seul territoire d’Alger.

L’invasion de Sauterelles qui a eu lieu en 1866, dans notre colonie d’Afrique, a été tout aussi désastreuse que celle de 1845.

C'est dans le courant d'avril 1866 que parurent les premières phalanges de ces insectes dévastateurs. Débouchant par les gorges des montagnes et par les vallées dans les plaines fertiles du littoral, elles s'abattirent d'abord sur la plaine de la Mitidja et sur le Sahel d’Alger. Leur masse, sur certains points, interceptait la lumière du soleil, et ressemblait à ces tourbillons de neige qui, pendant les tempêtes d’hiver, dérobent aux regards les objets les plus rapprochés. La végétation offrait à leur voracité un appât qui les attirait, bientôt, les colzas, les avoines, les orges, les blés tardifs, les plantes maraîchères furent en partie détruits. Sur certains points, les Sauterelles pénétrèrent dans l'intérieur des habitations.

Le gouvernement général de l’Algérie s'efforça de ranimer le courage des populations. Par ses ordres, les troupes se joignent aux colons pour combattre le fléau. Les Arabes, atteints eux-mêmes dans leurs intérêts, se lèvent pour fournir

g. 334. Invasion des Sauterelles en Algérie, au mois d’avril 1866.

ORTHOPTERES.

leur concours contre l'ennemi commun. Des quantités immenses de Sauterelles sont détruites en quelques jours. Mais que peuvent les efforts humains contre ces multitudes ailées, qui s’échappent dans l’espace, et n’abandonnent un champ que pour aller retomber sur le champ voisin !

Il n’était pas possible d'empêcher la fécondation de ces insectes. La ponte donnant promptement naissance à des larves innombrables, les premiers essaims furent bientôt centuplés et remplacés par une génération nouvelle.

L’apparition des jeunes Sauterelles est particulièrement redoutable, en raison de leur voracité. Ces masses affamées se précipitent sur tout ce qui a été épargné par leurs devancières. Elles encombrent les sources, les canaux, les ruisseaux; et l’on a grand’peine à débarrasser les eaux de ces causes d’infection.

Presque en même temps, les provinces d’Oran et de Constantine furent envahies. A Tlemcen, où de mémoire d’homme les Criquets n’avaient point encore paru, le sol en était jonché. ASidi-bel-Abbôs, àSidi-Brahim, à Mostaganera, ils attaquèrent les tabacs, les vignes, les figuiers, les oliviers même, malgré l’amertume de leur feuillage. A Relizane et à l’Habra, ils envahirent les cultures de cotonniers. La route de 80 kilomètres, qui relie Mostaganem à Mascara, en fut couverte dans tout son parcours.

Dans la province de Constantine, les Sauterelles apparurent presque simultanément, du Sahara à la mer, et depuis Bougie jusqu’à la Calle. A Batna, à Sétif, à Constantine, à Guelma, à Bone, à Philippeville, à Djidjelly, les populations luttaient avec énergie contre cette invasion. Mais ni le feu, ni les obstacles opposés à la marche de ces phalanges ailées ne purent empêcher les désastres.

Pour alléger autant que possible la ruine qui avait ainsi atteint notre colonie, le gouvernement français ouvrit, à la fin de l’année 1866, une souscription publique.

N’est-il aucun moyen d’empêcher ces terribles invasions?

Les nègres du Soudan s’efforcent d’effrayer les Sauterelles dans leur vol, en jetant des cris sauvages. En Hongrie, on a employé, dans le même but, le bruit du canon. Au moyen âge, à défaut de canon, on exorcisait les Sauterelles.

Un voyageur du seizième siècle, le moine Alvarez, rapporte qu’il employa aussi les exorcismes contre une immense nuée de ces insectes destructeurs, qu’il rencontra en Éthiopie. Quand il les eut aperçus, il fit former en procession les Portugais et les indigènes, et leur ordonna de chanter des psaumes.

c Ainsi chantant, dit-il, nous nous acheminâmes en une campagne, là où étoient les froments. Où parvenu, je fey prendre assez de ces lo1 custes, auxquelles je fey une conjuration, que je portois sur moi en écrit, par moi composée la nuit précédente, les requérant, amonétant et excommuniant, puis les en chargeay que dans trois heures eussent à vider de là et tirer à la voile de la mer, ou de prendre la route de la terre des Maures, abandonnant les terres des chrétiens. En refus de quoy, j’adjurois et convoquois tous les oyseaux du ciel, les animaux de la terre et toutes les tempestes de l’air, à les dissiper, détruire et dévorer, et pour cette amonition fey saisir une certaine quantité de ces locustes , prononçant ces paroles en leur présence , afin qu’ils n’en ignorent, puis les laissey aller pour avertir les autres. »

Si l’on songe qu’à leur arrivée dans la terre des Maures, ces mêmes Criquets avaient peut-être été accueillis par des prières qui les renvoyaient dans la terre des chrétiens, on conviendra que ces insectes durent se trouver bien embarrassés entre ces deux adjurations contradictoires.

Les Arabes ont aussi un moyen « infaillible » pour éloigner les Sauterelles. Voici ce que le général Daumas nous apprend à cet égard.

D’après Ben Omar, le Prophète lut un jour, sur les ailes d'une Sauterelle, écrit en caractères hébraïques : « Nous sommes les troupes du Dieu le plus grand; nous pondons chacune quatre-vingt-dix-neuf œufs. Si nous en pondions cent, nous dévasterions le monde entier. » Alors Mahomet effrayé fit une ardente prière, par laquelle il suppliait Dieu de détruire ces ennemis des musulmans. A cette invocation, l’ange Gabriel vint dire à Mahomet qu’une partie de ses vœux serait exaucée. Depuis cette époque, en effet, les paroles d’invocation au Prophète, écrites sur un papier, et renfermées dans un roseau, que l’on plante au milieu des blés ou des vergers, ont le pouvoir de détourner les Sauterelles1.

1. Le Grand, Désert , par le général E. Daumas et E. de Cliancel. In-18, Paris, 18G0.

ORTHOPTÈRES

Cette recette est infaillible, au dire des dévots musulmans.

Il en existe une autre tout aussi efficace. On prend quatre Sauterelles, et l’on écrit sur les ailes de chacune un verset du Koran (quatre versets du Koran sont affectés à cet usage). On lâche les Sauterelles ainsi stigmatisées au milieu de l'essaim, et l'armée volante prend aussitôt une autre direction.

Aen croire les Arabes, les Sauterelles auraient une foule de vertus. Quand on les voit en songe, elles annoncent l'avenir; si vous rêvez que vous en mangez, c’est bon augure; si vous rêvez qu'il pleut des Sauterelles d'or, Dieu vous rendra ce que vous avez perdu, etc.

Sous le califat d'Omar-ben-el-Khottal, les Sauterelles semblaient avoir complètement disparu. Grande tristesse dans le pays. Le calife éprouvait surtout une vive affliction. Il expédia des courriers dans l’Yemen, dans le Cham et dans l'Irak, pour voir si l'on n'en trouverait pas quelques-unes.

Un des envoyés réussit dans sa mission. Il rapporta une poignée de Sauterelles. « Dieu est grand! » s’écria Omar, qui dès lors resta sans inquiétude sur le sort du genre humain.

Il faut savoir, pour comprendre le désespoir et la satisfaction consécutive du calife Omar, qu'il est écrit, selon les musulmans, que l'espèce humaine disparaîtra de la terre après l'extinction des Sauterelles. Ces insectes ont été formés du reste du limon qui a servi à faire l'homme, et ils sont destinés à lui servir de nourriture.

Aussi les Sauterelles avec les poissons sont-ils les seuls animaux que Dieu permette aux musulmans de manger sans les écorcher. Encore faut-il qu'ils aient été tués par un croyant, sans cela leur chair serait impure I

Les Arabes mangent d'ailleurs avec délices les Sauterelles.

Quand on lui demandait son avis sur cet aliment, le calife Omar-ben-el-Khottal disait : « J’en voudrais avoir un panier plein pour les croquer! »

D'après le général Daumas, les Sauterelles, fraîches ou conservées, sont une bonne nourriture pour les hommes et pour les chameaux. On les mange, grillées ou bouillies, et préparées au kous-koussou, après leur avoir enlevé les pattes, les ailes et la tête. Quelquefois on les sèche au soleil, et on les réduit en

poudre, que l’on mélange avec du lait, ou que l’on pétrit avec de la farine ; puis on en fait une pâte, avec de la graisse ou beurre et du sel.

Les chameaux en sont très-friands : on leur donne à manger les Sauterelles desséchées ou rôties entre deux couches de charbon.

Séchées et salées, les Sauterelles sont en Asie et en Afrique, un objet de commerce. A Bagdad, elles font quelquefois baisser le prix de la viande. Le goût de leur chair est comparable à celui de l’Écrevisse.

C’est d’ailleurs de tout temps que les Orientaux ont mangé les Sauterelles.

Le poète comique grec Aristophane nous apprend, dans les Acharniens , que les Grecs en vendaient au marché. Moïse en permettait aux Juifs quatre espèces, qui sont indiquées dans le Lévitique. Saint Jean-Baptiste, à l’exemple du prophète Amos, en fit sa nourriture dans le désert, où il ne trouvait que des Sauterelles et un peu de miel.

La salubrité de cet aliment fut pourtant contestée chez les anciens. Strabon raconte qu’il existe sur les bords du golfe Arabique un peuple Acridophage, ou Mangeur de Sauterelles. Or ces mangeurs de Sauterelles ont tous une fin malheureuse. Ce peuple se procurait les Sauterelles en allumant de grands feux, quand les vents d’équinoxe apportaient les essaims voyageurs. Aveuglées et suffoquées par la fumée, les Sauterelles tombaient à terre, et étaient ramassées avidement par ces nègres, qui les mangeaient, fraîches ou salées.

Ces Acridophages, dit Strabon, sont, il est vrai, agiles, bons coureurs ; mais leur vie ne dépasse point quarante ans ! Lorsqu’ils approchent de cet âge, il sort de leur corps une horrible vermine, qui les ronge, à commencer par le ventre, et ils meurent ainsi misérablement.

Le même conte se retrouve dans la relation du Voyage de circumnavigation de l’amiral Drake. Ce voyageur parle des naturels de l’Éthiopie, qui, se nourrissant de Sauterelles, meurent rongés par des insectes ailés nés au sein de leur corps.

Il est difficile d’expliquer l’origine de pareilles fables.

Les voyageurs qui ont visité l’Arabie s’accordent à déclarer

ORTHOPTERES.

que la Sauterelle est un aliment Ües plus sains. On assure même qu’il fait engraisser. Dans tous les cas, c’est une bonne pâture pour les bestiaux et la volaille.

Les anciens employaient les Sauterelles en médecine. Dioscoride déclare que les cuisses de Sauterelles mises en poudre et mélangées avec du sang de bouc guérissent la lèpre; que mélangées avec du vin, elles sont un spécifique contre la piqûre des scorpions, etc. Nous ne pensons pas néanmoins que nos’ médecins soient jamais tentés de les administrer à leurs malades.

Il nous reste à décrire quelques autres espèces de Criquets, moins nuisibles par leurs ravages que les Criquets nomades.

Dans les déserts de l’Égypte, on rencontre la grande Érémobie , et dans l’Amérique méridionale YOmmexèque , qui marche plutôt qu’elle ne saute.

Au contraire, les Tètrix sautent très-bien. Ils sont remarquables par la conformation du corselet, qui se prolonge en pointe et recouvre tout le corps. Ce sont de petits insectes aux couleurs vives et brillantes, qui se tiennent sur les feuilles des plantes basses et échappent facilement à la main qui les veut saisir.

Le Tètrix subulè , de couleur brunâtre, est commun au printemps aux environs de Paris, dans les bois et les champs arides et secs.

Les Pneumorcs sont des insectes assez singuliers. Les mâles ont un abdomen très-gonflé, qui ressemble à une vessie remplie d’air, et des ailes bien développées. Les femelles ont un abdomen de forme ordinaire; leurs ailes sont très-courtes ou même tout à fait rudimentaires. Ces insectes produisent une stridulation aiguë, en frottant leurs cuisses postérieures contre une rangée de petits tubercules ou de crénelures, que l’on remarque de chaque côté de l’abdomen. Le son est d’autant plus pénétrant qu’il est renforcé par un abdomen vésiculeux, tendu comme la peau d’un tambour.

Les Pneumores habitent l’Afrique méridionale, comme aussi les Truxales , dont quelques variétés se rencontrent cependant en Espagne, en Sicile et dans le midi de la France.

Nous passerons sous silence un grand nombre d'autres espèces d’Orthoptères moins intéressantes. Celles que nous avons décrites, suffisent pour justifier ce que nous avons dit plus haut, à savoir que cet ordre renferme les insectes aux formes les plus singulières et les plus anomales.

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