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ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES

Les Abeilles, leur organisation et leurs mœurs. — L’Apiculture. — Les Mélipones. — Les Bourdons. — Les Guêpes. — Les Fourmis ; leur organisation et leurs mœurs. — Les Gallinsectes.

L’ordre des Hyménoptères comprend les insectes qui ont quatre ailes nues, croisées horizontalement sur le corps, entièrement membraneuses et pourvues de nervures sans réticulations. Leur nom dérive des deux mots grecs : upfv (membrane) et xrspov (aile).

Les Hyménoptères ont une bouche composée de deux mandibules cornées, de mâchoires et de lèvres propres à la succion.

C’est parmi les Hyménoptères que se rencontrent les insectes les plus industrieux, des insectes qui possèdent une véritable intelligence.

Ces petits animaux nous offrent les plus admirables exemples de la sociabilité. Nés architectes, ils construisent des demeures merveilleusement agencées, qui leur servent à la fois à élever leur progéniture et à accumuler leurs provisions. Rien n’égale la maternelle sollicitude avec laquelle ils surveillent leurs jeunes larves, encore incapables de se mouvoir et de subvenir elles-mêmes aux besoins de leur existence.

Ils forment des républiques, gouvernées par des lois immuables. Ils font la guerre à leurs ennemis, en corps de bataille. Ils ont des prédilections ou des antipathies pour l’homme, qui recherche leur société, par suite des avantages matériels qu’il en retire.

Les Abeilles , les Bourdons , les Guêpes et les Fourmis sont les types les plus connus de cet ordre d'insectes.

Chez la plupart des Hyménoptères, les femelles sont armées d'un aiguillon, ce qui leur a fait donner le nom de porteaiguillon. La piqûre produite par cet aiguillon sur l'homme ou les animaux est douloureuse. Les Hyménoptères sont donc en état de se défendre, et même d’attaquer.

Tous ces insectes subissent des métamorphoses complètes.

A l’état de larves, ils sont incapables de se mouvoir et de chercher leur nourriture; mais la nature a pourvu, de différentes manières, à leur conservation. Les uns sont logés et nourris par les ouvrières de la tribu, femelles infécondes qui, par un exemple d’abnégation bien rare dans la nature, ne paraissent avoir d'autre vocation que de se sacrifier au bienêtre des larves. Les ouvrières construisent le nid et apportent les provisions de bouche. C'est là ce qui s'observe chez les Abeilles et les Fourmis.

Il est des Hyménoptères qui établissent le berceau de leur postérité dans la carcasse d'autres insectes, et qui meurent au moment cru leurs larves, placées dans ce corps étranger, ont acquis leur développement complet.

Les larves de la Chalcide et de Ylchneumon fournissent des exemples d’IIyménoptères qui habitent l’intérieur même du corps d’un autre insecte. Proie vivante du parasite, ce dernier continue d’exister, renfermant en lui-même les germes de sa mort !

D’autres Hyménoptères parasites sont moins bien organisés pour cette sorte d’exploitation d’autrui. Ils se contentent de déposer leurs œufs dans les nids d'autres espèces, qui ont sur eux l’avantage de savoir construire leurs retraites. Leurs larves vivent ainsi sur le bien du prochain; elles se nourrissent de la provision qui a été amassée par d'autres. Ainsi vivent les Cleptes, les Chrysis, etc.

Enfin, quelques Hyménoptères, tels que les Gallinsectes et les Tentliredo, ou Fausses-Chenillcs , vivent dans leur premier état, à découvert sur les végétaux, et se nourrissant de leurs feuilles.

Nous ne décrirons ici que les familles principales de l’ordre

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des Hyménoptères, qui renferme un nombre considérable d espèces. Ces familles seront : 1° Les Apides, comprenant les Abeilles , les Mèlipones, les Bourdons; 2° les Vespides, c’est-à-dire les Guêpes; 3° les Formicides, qui comprennent les Fourmis; 4° les Cynipsides ou Gallinsecles .

Les Abeilles. — L’homme, de toute antiquité, avant toute civilisation, a connu les Abeilles, et a tiré parti des produits de ces industrieux insectes. Il a su profiter de leur travail, en s’emparant de leur cire et de leur miel.

La Bible fait mention des Abeilles. Leur nom hébraïque est Deborah . Les Grecs les désignaient sous le nom de Melissa ou Melitta.

Les étonnantes facultés d’architecte qui se manifestent chez les Abeilles, leur prévoyance économique, la combinaison surprenante de leurs raisonnements, qui dénote une véritable intelligence, leur admirable organisation sociale, ont, de tout temps, fixé l’attention des naturalistes, comme celle des poètes et des penseurs. Virgile les a célébrées. Dans le quatrième chant de ses Gèorgiques , le poète latin a parfaitement résumé les connaissances que les anciens avaient sur les Abeilles. Il peint avec beaucoup de vérité plusieurs traits de leur histoire, signale leurs ennemis, et expose avec justesse tous les soins qu’il faut leur donner. Aux yeux du poète de Mantoue, les Abeilles sont un don du ciel, dona cœleslia. Leur intelligence excita son admiration :

His quibus signis atque hæc exempla secuti,

Esse apibus partem divinæ mentis , et haustus Æthereos dixere....1.

Hâtons-nous de dire pourtant que tout ce que les anciens naturalistes ou poètes, grecs et latins, rapportent au sujet des Abeilles, est un mélange de vérité et d’erreur, et ne repose en général que sur des suppositions.

Aristote connaissait bien les trois sortes d’individus qui constituent les sociétés d’ Abeilles, et quelques autres faits principaux de leur histoire; mais ces faits ne sont pas précisés

1. Frappés de ces traits, quelques-uns ont dit qu’un rayon de l'intelligence divine, une sorte d’émanation du ciel, avait été départi aux Abeilles.

nettement dans son récit, et ils sont surtout mal interprétés Le philosophe grec a fort mal compris les insectes en général. 11 les fait naître des feuilles des arbres, et met en avant à leur sujet une foule d’erreurs, que la> plus simple observation aurait suffi pour dissiper.

Pline nous apprend qu’Aristomaque de Soles consacra cinquante-huit années à observer les mœurs de l’Abeille, et que Philiscus de Thrace passa, pour le même motif, toute sa vie dans les forêts. Mais ce dévouement ne paraît pas avoir porté de grands fruits, si Y on rapproche des découvertes de notre temps toutes les erreurs que Pline, Aristote et Columelle ont enregistrées sur les Abeilles.

Pline dit que les Abeilles occupent le premier rang parmi les insectes, et qu’elles ont été créées pour Phomme, auquel leur travail procure le miel et la cire. Il ajoute qu’elles forment des associations politiques, qu’elles ont des conseils, des chefs, et même une morale et des principes.

On voit par cette opinion du naturaliste romain dans quelle haute estime les anciens tenaient les Abeilles. Mais les anciens avaient les plus singulières idées sur la reproduction de ces petits êtres. Gomme personne n’avait jamais vu leur génération, on inventait fables sur fables, pour expliquer leur origine. Les uns prétendent que les Abeilles naissent d’un bœuf, tué récemment et enterré dans du fumier. D’autres ajoutent qu’elles ne prennent naissance qu'au sein du corps d’un jeune bœuf, tué par violence. Les plus courageuses Abeilles sortaient du ventre d’un lion putréfié. C’est de la tête de ce même animal, corrompu, que se formaient les rois (c’est-à-dire les reines ) des Abeilles. Le cadavre de vaches fournissait des Abeilles douces et traitables; un veau ne pouvait fournir que des Abeilles petites et faibles.

D’autres naturalistes, ou plutôt d’autres rêveurs, faisaient naître ces insectes du calice des fleurs odorantes. Combinées et dispersées d’une certaine manière, les fleurs engendraient les Abeilles. On disait encore que les Abeilles allaient chercher sur les fleurs de l’olivier et sur celles du roseau, une semence qu’elles rendaient propre à former leurs larves.

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Toutes ces fables, sorties de l'imagination des anciens, furent développées par un écrivain de la Renaissance, par Alexandre de Montfort, auteur du Printemps de V Abeille. A l’en croire, le roi des Abeilles se forme aux dépens du suc que les ouvrières tirent des plantes. Ces dernières sont créées au moyen du miel; et les tyrans , c'est-à-dire les femelles , qui ne parviennent pas à devenir souveraines d'une ruche, sont formées de gomme seulement.

On voit qu’AIexandre de Montfort avait trop bien profité de ses lectures des auteurs grecs et romains.

L’Abeille était fort affectionnée dans l’ancienne Égypte. On la trouve souvent représentée sur leurs monuments, au-dessus des cartouches qui renferment des noms propres , avec deux demi-cercles et une sorte de faisceau. Champollion-Figeac pense que ce groupe, dans son ensemble, représente un titre, ajouté au nom propre.

D'après Ilor-Apollon, autre commentateur des hiéroglyphes égyptiens, l'Abeille, dans le pays des Pharaons, était l’emblème d’un peuple doucement soumis aux ordres de son roi. Rien n’est plus juste d’ailleurs que cette assimilation. C'est pour cela sans doute que Napoléon Ier. a semé de symboliques abeilles sur le manteau impérial qui supporte les armes de sa dynastie.

Toutes les fables, toutes les hypothèses, répandues et caressées chez les anciens sur le [compte de ce peuple industrieux, se sont dissipées en un clin d’œil , lorsqu'il a été permis d’observer ses opérations et ses mœurs. Et ce qui permit de se livrer à ces observations,- ce fut l’invention des ruches de verre, faite, au commencement du siècle dernier, par Maraldi, mathématicien de Nice. C'est de cette époque seulement que datent nos connaissances exactes sur la vie, véritablement merveilleuse, de ces insectes.

Avant Maraldi, le naturaliste hollandais Swammerdam avait écrit une excellente Histoire des Abeilles . Il mourut avant d’avoir publié son ouvrage, et lorsque, longtemps après sa mort, son livre fut enfin imprimé, d’autres savants avaient déjà poussé plus loin que lui les observations sur ce sujet. Grâce à l'invention de Maraldi, Réaumur, John Ilunter, Schirach, François

Huber, ont dévoilé, par leurs admirables recherches, les mœurs étonnantes des Abeilles.

Les découvertes de François Huber semblent tenir du mi-

Fig. 335. François Huber.

racle, quand l’on considère que cet observateur était aveugle depuis l’âge de dix-sept ans.

Privé du spectacle du monde extérieur, François Huber n’en voulut pas moins consacrer sa vie à l’observation et à l’étude

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de la nature. Tl se faisait lire les meilleurs ouvrages de son temps sur l’histoire naturelle et la physique.

Son lecteur habituel était son domestique, nommé François Burnens, natif du pays de Vaud.

L’honnête Burnens s’intéressait singulièrement à tout ce qu’il lisait, et il révélait par ses réflexions judicieuses un véritable talent d’observateur. ITuber résolut de cultiver ce talent. Bientôt il put accorder toute confiance à son compagnon, et voir par ses yeux comme par les siens propres.

Les deux naturalistes (nous n’hésitons pas à donner ce titre au pauvre paysan du canton de Yaud, qui seconda si bien son maître dans ses longues heures d’étude) imaginèrent une foule d’expériences originales, qui leur firent découvrir des vérités que personne n’avait soupçonnées jusque-là. Les résultats de leurs recherches furent publiés, en 1789, dans un volume qui produisit , parmi les naturalistes, une sensation profonde1.

Burnens fut plus tard rappelé au sein de sa famille, et investi, par ses concitoyens, de fonctions importantes. François Huber continua alors ses observations, par les yeux de l’excellente femme qu’il avait épousée. Un second volume fut ainsi composé par lui, à vingt ans de distance du premier.

Ce volume fut publié par son fils Pierre Huber, à qui l’on doit les admirables recherches sur les fourmis, dont nous aurons à parler plus loin.

Arrivons maintenant à l’exposé des mœurs des Abeilles. Les travaux '.des Réaumur, des Schirach , des Huber nous les ont parfaitement révélées, èt nous ont initiés, d’une manière complète, aux habitudes de ces précieux Hyménoptères, qui sont en quelque sorte pour nous des animaux domestiques. •

Commençons par décrire Y Abeille ordinaire, ou Mouche à miel ( Apis mellifica ).

Pendant la plus grande partie de l’année, la population des ruches se compose exclusivement de deux sortes d’individus : la femelle, ou mère Abeille , appelée aussi reine, et les ouvrières ,

1. Nouvelles observations sur les Abeilles , par François Huber. Paris et Genève, in-8°, 2Ü édition, 1814.

ou neutres , qui sont, à proprement parler, des femelles incomplètement développées. Une troisième catégorie d’individus, les mâles, appelés aussi faux-bourdons , ne se rencontrent en général que depuis le mois de mai jusqu'en juillet.

V Abeille ouvrière (fig. 336), c'est le peuple, la foule, le servum pecus , la force vive de la nation apienne. On la reconnaît à sa petite taille, à sa couleur d'un roux brun, et surtout aux palettes et aux brosses, dont ses jambes postérieures sont munies.

Les trois paires de pattes qui s’insèrent à son corselet sont ses instruments de travail. Les deux dernières jambes sont plus longues que les quatre antérieures. Elles présentent à la partie externe une dépression triangulaire, nommée palette, qui est surmontée, sur les côtés, de poils roides, formant

Fig. 336.

Abeille ouvrière.

comme les bords d’une sorte de corbeille, où l’insecte dépose le.pollen des fleurs. La partie la plus large de la jambe s’articule avec le tarse, de forme carrée, lisse à l’extérieur et garni de poils à sa face interne, ce qui lui a fait donner le nom de brosse .

Cet article sert à récolter le pollen. Il se replie sur la jambe (fig. 337) et forme avec elle une sorte de petite pince. Enfin

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la patte se termine par cinq articles plus petits, dont le dernier est armé de crochets.

Un autre outil de Y Abeille ouvrière consiste en une paire de mandibules mobiles, qui ferment la bouche des deux côtés, et dans une trompe (fig. 338), qui peut être considérée comme une langue.

Avec ses mandibules, l'Abeille ouvrière saisit les matières qu'elle veut broyer. La trompe lui sert à recueillir le suc répandu à la surface des feuilles, ou au fond de la corolle de la fleur.

Lorsqu’une Abeille s'est posée sur une fleur bien épanouie, on la voit se diriger vers l’intérieur de la corolle. Elle avance sa trompe, et l'applique contre les pétales; elle l’allonge, la raccourcit, la contourne et l’infléchit avec une ardeur infatigable. Quand la surface velue de cet organe s'est enduite du suc végétal, l'Abeille le rentre dans la bouche, et dépose son butin dans un conduit, d’où le suc passe dans son premier estomac. La trompe est donc une véritable langue, avec laquelle l'Abeille aspire, lèche, pompe le miel des fleurs.

Mais sa récolte se compose encore de la poussière pollinique. Lorsqu’elle entre dans une fleur, l'Abeille s'enfarine de la tête aux pieds. Elle se passe alors soigneusement ses brosses sur tout le corps, enlève la poussière qui adhère partout, et l'empile sur les palettes triangulaires de ses jambes postérieures , de manière à en former des pelotes, plus ou moins volumineuses. Si la fleur est incomplètement épanouie, l'Abeille se sert de ses mandibules pour ouvrir les anthères de cette fleur. Les pattes antérieures transmettent le butin à la seconde paire de pattes, qui le charge dans les corbeilles de la troisième paire. Quand sa récolte est faite, l’ouvrière rentre dans la ruche, les jambes pleines de thym: Crura Ihymo plena , dit Virgile.

L’outillage si complet que nous venons de décrire ne se rencontre que chez les Abeilles ouvrières. Les mâles, ou fauxbourdons (fig. 339), plus gros et plus velus que les ouvrières, à vol sonore et bourdonnant, n’ont pas de palettes aux pattes. Les poils de leurs brosses ne sont pas appropriés au travail de la récolte. Leurs mandibules sont plus courtes. Ils sont

dépourvus d'aiguillon, ou dard à venin, qui est l’arme des ouvrières.

La femelle, ou reine (fig. 340), moins grosse que les mâles, a le corps plus allongé que les ouvrières. Les ailes, relativement

Fig. 339. Faux-bourdon, ou Abeille mâle. Fig. 340. Reine ou mère Abeille.

courtes, ne couvrent que la moitié du corps, tandis qu’elles l’abritent en entier chez les autres Abeilles.

Le rôle unique, exclusif, de la reine, c’est la ponte. Aussi est^clle dépourvue de palettes et de brosses.

Notre souveraine est, comme il convient au rang suprême, dispensée de tout travail. Elle est toujours escortée d'un certain nombre d’ouvrières, qui la brossent, la lèchent, lui présentent du miel avec leur trompe, lui épargnent toute espèce de fatigue, et lui font un cortège digne de sa majesté féminine.

Fait bien remarquable, une seule reine vit dans chaque ruche. Véritable souveraine de cet état mignon, elle commande à un peuple de quelques milliers d’ouvrières. Il n’est pas rare de trouver vingt mille ouvrières dans une ruche. Toutes, elles obéissent docilement à la souveraine du lieu.

Le nombre des mâles est à peine le dixième de celui des ouvrières; encore ne vivent-ils guère que trois mois. Les ouvrières représentent donc la vie active de ce petit monde ailé.

<r Les dehors d’une ruche, dit M. Victor Rendu, donnent la plus haute idée de ce peuple essentiellement travailleur. Depuis le lever du soleil jusqu’à son déclin , tout y est mouvement, diligence, empressement; c’est une série incessante d’allées et venues, d’opérations variées qui commencent, continuent, s’achèvent pour recommencer encore. Des centaines d’abeilles arrivent des champs, chargées de matériaux et de provisions; d’autres les croisent et vont à leur tour en campagne. Ici, de prudentes sentinelles explorent chaque nouvel arrivant; là, des pourvoyeuses, pressées de retourner au travail, s’arrêtent à l’entrée de la

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ruche, où d’autres abeilles les déchargent de leur fardeau; ailleurs, c’est une ouvrière qui engage une lutte corps à corps avec un téméraire étranger; plus loin, les agents voyers de la ruche la débarrassent de tout ce qui gêne la circulation ou nuit à la salubrité; sur un autre point, des ouvrières sont occupées à traîner au dehors le cadavre d’une de leurs compagnes; toutes les issues sont assiégées par une foule d’entrants et de sortants, les portes suffisent à peine à cette multitude pressée, affairée. Tout parait désordre et confusion aux abords de la ruche, mais le tumulte n'est qu’apparent, un ordre admirable préside à cette émulation dans le travail qui distingue les Abeilles *. »

Un calcul fort simple peut servir à donner une idée de cette prodigieuse activité. L’ouverture d’une ruche bien peuplée livre passage à une centaine d’Abeilles par minute; ce qui fait, depuis cinq heures du matin jusqu’à sept heures du soir, environ quatre-vingt mille rentrées, ou quatre excursions pour chaque Abeille, en supposant une population de vingt mille ouvrières.

Suivons maintenant les occupations de ce peuple bourdonnant, depuis le moment où il s’établit dans une ruche.

Les ouvrières commencent par boucher toutes les ouvertures, excepté une porte, qui doit toujours rester ouverte. Un certain nombre part à la recherche d’une substance résineuse et odorante, connue sous le nom d e propolis, qui est destinée à revêtir les parois de la ruche, comme l’indique son nom, tiré d’un mot grec qui signifie avant-cité ou faubourg.

Huber a constaté que le propolis est recueilli sur les bourgeons des plantes. Cette substance n’a pas trouvé d’emploi jusqu’ici dans les arts, bien qu’elle offre les qualités de la cire, comme le fait remarquer. M. de Frarière dans son ouvrage sur les Abeilles et C Apiculture1 2. Le propolis n’est employé qu’en Italie, pour faire des vésicatoires.

Cette espèce de gomme est visqueuse et très-adhérente. L’Abeille la pétrit en boulettes, et la rapporte, sous cette forme, à la ruche, où d’autres ouvrières s’en emparent. Cellesci saisissent, avec leurs mandibules, les pelotes, et vont l’appliquer sur les fentes qu’il s’agit de calfeutrer.

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