Ouvrage cité page
HYMÉNOPTÈRES. 399
niers d'abondance, tout garnis pour les besoins de la mauvaise saison.
Quand la construction des cellules marche bon train, — souvent dès le lendemain de l’installation des Abeilles dans leur ruche, — la reine sort, pour aller à la rencontre des mâles. A l’heure où ceux-ci ont coutume de s’ébattre au soleil, c'est-à-dire de midi à cinq heures du soir, elle quitte la ruche, tournoie pendant quelques instants et disparaît dans les airs. Au bout d'une demi-heure, elle revient fécondée.
Lorsque la femelle revient à la ruche, elle est l’objet de toute l’attention, de tous les soins des ouvrières, qui se pressent autour d’elle, et lui forment un véritable cortège. Il n’est sorte de bons offices qu’on ne lui prodigue. Plusieurs ouvrières s’approchent d’elle, et lèchent la surface de son corps; d'autres la brossent, la caressent, et lui présentent leurs trompes pleines de miel.
Quarante-huit heures après sa rentrée à la ruche, la mère Abeille commence à pondre. Parcourant les gâteaux, elle dépose un œuf dans chaque cellule vide, et le fixe dans le fond au moyen d'une matière agglutinante, de telle sorte que l’œuf paraît suspendu dans l’air à l’intérieur de l’alvéole.
Ces œufs offrent l'aspect de petits corps oblongs, d'un blanc bleuâtre. Si la reine, pressée de pondre, laisse tomber plus d’un œuf dans la même cellule , les ouvrières qui l’accompagnent se hâtent d’enlever et de détruire ceux qui sont de trop. C'est ce qui arrive souvent quand les gâteaux n’offrent pas assez de loges pour contenir tous les œufs pondus.
On a reconnu que* la 'reine ne pond d’abord que des œufs d'ouvrières. Les autres œufs viennent plus tard.
La reine Abeille ou Abeille mère continue ses pontes jusqu'aux approches des premiers froids. La ponte cesse alors, pour ne reprendre qu’au printemps suivant. Dans les premiers temps, elle est très-abondante.
La reine produit, en moyenne, deux cents œufs par jour, si bien que dans l'espace de deux mois on en compte plus de douze mille.
Vers le onzième mois de son existence comme femelle ailée, la reine se met à pondre des œufs de mâles, dont le nombre
varie de quinze cents à trois mille. La ponte des œufs mâles dure environ un mois.
Vers le vingtième jour, les ouvrières posent les fondements de quelques cellules royales. Quand ces cellules ont atteint une certaine longueur, la reine dépose un œuf dans chacune, en laissant cependant un à deux jours d'intervalle entre les pontes de ces œufs privilégiés, afin que les jeunes reines auxquelles ils doivent donner naissance n'éclosent pas toutes à la fois, ce qui ferait naître des difficultés et même des guerres de succession. Cette complication, le gouvernement des hommes n'a pas su toujours l'éviter, comme le montre l’histoire de France ; mais la sagesse des Abeilles sait parfaitement la prévenir.
- La distribution des œufs dans les alvéoles n'est pas abandonnée au hasard. Chaque œuf, suivant le sexe auquel il appartient, est déposé dans la cellule qui l’attend. Les œufs de femelles ne diffèrent toutefois en rien de ceux d’ouvrières.
Fig. 347. Portion de ruche dans laquelle les œufs remplissent les alvéoles. Cellules royales, dont l’une a été entr’ouvcrte par la reine.
La différence de leur développement dépend uniquement de l'espace et de la nourriture qui leur est accordée.
Nous représentons ici (fig. 347) une portion de ruche conte-
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nant les œufs placés dans les alvéoles ainsi que les cellules royales.
L’ordre régulier de la ponte est tel que nous venons de l’indiquer. Mais le résultat est tout autre lorsque la fécondation de la reine a été retardée, par suite d’une captivité accidentelle de deux à trois semaines. Plus ce retard est long, plus le nombre des œufs miles sera considérable. Si la reine est enfermée durant plus de vingt jours après sa naissance, elle ne peut plus pondre que des œufs de mâles, pendant toute la durée de son existence. Il paraît aussi que ce retard trouble son intelligence : elle se trompe alors souvent de cellules. Elle pond des œufs de mâles ou faux bourdons dans les berceaux de reines, et met ainsi le désarroi dans la communauté future.
Les œufs, une fois -pondus, sont abandonnés aux ouvrières que Réaumur a appelées nourrices , par opposition aux cirières7 qui sont chargées des travaux de construction. Selon beaucoup d’apiculteurs, et notamment d’après M. Hamet1, la division des fonctions n’est pas absolue. Les jeunes ouvrières sont cirières; les vieilles, butineuses et nourrices. En outre, au plus fort de la récolte, toutes les ouvrières vont butiner. Tout est bon à la récolte en ce moment critique , de même que tout est panier en temps de vendanges.
Les œufs pondus par la reine ne tardent pas à éclore et à
donner des larves.
Depuis le moment où la larve sort de l’œuf jusqu’à celui de sa métamorphose en nymphe, la reine se tient dans sa cellule, roulée sur elle-même, immobile comme une idole indienne dans son temple vénéré. Elle y repose sur une litière de bouillie.
Heureuse reine, qui a pour lit sa table, et qui dort sur sa nourriture I Nos rois de la terre n’ont pas encore inventé une combinaison aussi raffinée!
Les ouvrières visitent de temps à autre la reine, pour voir si rien ne lui manque, et pour renouveler ses provisions.
Elles inspectent aussi avec soin les différentes cellules, et s’assurent du bon état de leurs nourrissons. La bouillie qu’elles
Fig. 348.
Larve d’Abeille (grossie).,