‹ Les insectesChapitre 27 sur 40 · Cours d'apiculture. 1 vol. in-18, Paris · texte numérisé non relu

Cours d'apiculture. 1 vol. in-18, Paris

leur servent comme aliment est blanchâtre, et ressemble à de la colle de farine. Selon toute apparence, c'est une sorte de décoction de pollen, préparée dans le corps de l’insecte.

A mesure que les larves grandissent, leur bouillie prend un goût de miel plus prononcé, et devient meme légèrement acide. Il semble donc que les Abeilles savent graduer la nourriture deslarves, de manière à la rapprocher de plus en plus du miel.

Dans l’espace de cinq jours, les larves sont développées. Elles ont absorbé toute la pâtée, et n’ont plus besoin, dès lors, de prendre aucune nourriture, car elles vont se métamorphoser en nymphes.

Alors les nourrices leur rendent un dernier soin. Elles les murent dans leurs cellules, dont elles ferment les orifices, par un petit couvercle de cire.

Ces larves blanchâtres, molles et sans pieds, s’avancent alors petit à petit, jusqu’à proximité du couvercle. Dans l’espace de trente-six heures, elles se filent un cocon soyeux, dans lequel elles subissent leur transformation en nymphes, après s’être dépouillées de leur peau. Cette mue, qui précède leur métamorphose, constitue une crise, comme chez la chenille des papillons.

L’insecte parfait éclôt sept ou huit jours après sa transformation en nymphe. Les organes se sont développés peu à peu, la jeune Abeille est prête à paraître au grand jour. Elle déchire le voile mince et transparent dans lequel elle est encore em-" maillottée ; puis, avec ses mandibules, elle perce le couvercle ou la porte de sa prison, et se fraye une issue au dehors.

Aidée de ses jambes de devant, elle se cramponne sur les bords du trou, et se tire en avant, jusqu’à ce que son corps entier se trouve dégagé. Les autres Abeilles prodiguent à la nouvelle arrivée tous les soins imaginables, pour lui faciliter l’entrée dans le monde. Elles l’aident et la soutiennent jusqu’à ce qu’elle soit bien raffermie. Bientôt elle a pris toute la force nécessaire. Si c’est une ouvrière, elle ne tarde pas à se mettre à l’ouvrage et à se mêler à ses laborieuses compagnes.

Voilà comment a lieu l’éclosion des Abeilles ordinaires, ouvrières et mâles, vingt jours après la ponte pour les premières, vingt-quatre jours après pour les mâles.

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L'éducation et la naissance des jeunes reines est un peu différente. Au fur et à mesure que leurs larves se développent, les ouvrières agrandissent les cellules qui les renferment, puis elles les rétrécissent graduellement, lorsque approche le moment de la métamorphose suprême.

Les larves des reines reçoivent une nourriture toute spéciale, et fort différente de celle qui est donnée aux larves d'ouvrières. C'est une substance plus épaisse, plus sucrée, une sorte de ragoût épicé, que l'on désigne sous le nom de gelée royale .

Cette nourriture spéciale paraît exercer une influence si énergique sur le développement des ovaires, que de simples ouvrières, qui en ont reçu accidentellement quelques bribes, pendant leur état de larve, peuvent devenir fécondes et pondre quelques œufs. Mais ce développement anomal demeure imparfait, parce que la gelée prolifique n'a été administrée qu’en petite quantité. En outre, le volume des cellules est d'une grande importance au point de vue du développement des larves qui y sont emprisonnées. Aussi les larves d'ouvrières ayant vécu dans les petites cellules ne peuvent-elles jamais atteindre les proportions des reines, ni acquérir leur fécondité.

Mais tout change si les larves d'ouvrières sont transportées dans les grandes cellules, et nourries de gelée royale. Alors elles deviennent elles-mêmes de véritables reines. Si, chez nous, l’habit ne fait pas le moine, il est certain que chez les Abeilles le berceau fait la reine.

C'est à Schirach que l’on doit cette dernière découverte. Elle explique comment le peuple des Abeilles peut facilement remplacer sa reine, quand il vient accidentellement à la perdre.

Ainsi, chez les Abeilles, le président de la république compte des milliers de vice-présidents. Pour remplacer un Lincoln, enlevé par une mort imprévue et violente, on a sous la main tous les Johnson nécessaires.

Quand la reine a péri par un accident, les citoyens de la ruche s’aperçoivent bien vite de ce malheur, et sans perdre leur temps en regrets inutiles, ils s'appliquent à le réparer.

On choisit une larve d'ouvrière, âgée de moins de trois jours, à laquelle on donne l'éducation, c’est-à-dire la nourriture propre à en faire une femelle. Les ouvrières agrandissent

la cellule 'de ce ver, en démolissant les alvéoles environnants, et lui administrent, à forte dose, la gelée royale , pour opérer sa transformation.

Cette métamorphose merveilleuse s'accomplit comme celles qu’on lit dans les contes de fées, où tant de pauvres mendiantes sont changées, d’un coup de baguette, en belles princesses, couvertes d'or et de pierreries. Seulement ici le conte de fées est une vérité; le rêve du poète est un phénomène réel.

Selon François H liber, qui a confirmé les observations de Schirach, la larve destinée à donner une femelle doit changer de position. Les ouvrières ajoutent donc à son domicile une sorte de tube vertical, dans lequel elles poussent et retournent le jeune ver, espoir de la patrie.

Pendant douze jours, une Abeille, espèce de garde du corps, est spécialement affectée à la personne de notre infante. Elle lui offre à manger, elle est pour elle aux petits soins.

Quand le moment de la métamorphose est venu, on ferme l'orifice du tube, et on attend l'éclosion de la nouvelle reine.

C'est ainsi que la perte de la reine est heureusement remplacée, et que la cour apienne peut dire, en son bourdonnant langage : La reine est morte ; vive la reine!

Les larves des reines, quand elles sont renfermées dans leurs cellules, ont la tête en bas, tandis que les larves des mâles ont la tête en haut. Leur éclosion a lieu treize jours après la ponte des œufs.

Dès qu'elles ont quitté leur berceau, les jeunes reines sont en état de prendre leur vol. Les autres, ouvrières et mâles, sont moins fortement organisées. Avant de pouvoir prendre part aux ébats et aux travaux des anciens , elles ont besoin d’un repos de vingt- quatre heures, pendant lequel les nourrices les lèchent, les brossent et leur offrent du miel. Mais les jeunes ouvrières n’ont besoin d’aucun apprentissage pour accomplir les travaux qui 'leur incombent. Elles vont tout de suite à leur travail, et suppriment tout apprentissage. La nature est leur guide et leur conseil.

Quand les éclosions ont commencé, chaque jour ajoute quelques centaines de jeunes Abeilles à la population de la

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ruche, qui ne tarde pas à devenir trop étroite pour le nombre de ses habitants.

C’est alors qu’ont lieu les curieuses émigrations de ce peuple ailé, que l'on désigne sous le nom d 'essaims. La reine quitte la ruche, avec une partie de ses sujets, et va fonder ailleurs une colonie nouvelle.

Sous le climat de France, les Abeilles essaiment ordinairement aux mois de mai et de juin. Dans le Midi, les ruches très-peuplées peuvent fournir jusqu’à quatre essaims de suite; mais dans le Nord, elles en donnent rarement plus d’un ou deux. Il est même des années où V essaimage n’a pas lieu, faute de population suffisante. Alors les ouvrières ne construisent pas de cellules royales à l’époque de la ponte des œufs de mâles, et l’essaimage est remis au printemps suivant.

Il arrive aussi, d’une part, qu’une ruche qui regorge d’ Abeilles ne se décide pas néanmoins à jeter un essaim, et d’autre part, que des ruches faiblement peuplées essaiment bravement. Il y a donc encore d’autres causes que l’excès de la population qui exercent une influence sur cette crise an nuelle de la vie des Abeilles.

Le premier essaim est toujours conduit par la vieille reine. S’il est suivi d’autres essaims, ce sont les jeunes femelles nouvellement écloses qui en prennent la direction.

Plusieurs signes annoncent la sortie prochaine d’un essaim. L’apparition des mâles, ou faux bourdons ailés, en est un premier indice. Un autre signe, mais qui est loin d’être infaillible, c’est l’exubérance de la population dans le domicile commun. Les mouches à miel semblent alors se trouver si mal à leur aise dans leur ruche trop remplie, qu’une partie en sort et se tient au dehors, soit contre le support de la ruche, soit contre la ruche elle-même. On voit des tas d’Abeilles amoncelées les unes sur les autres au dehors de la ruche, et qui n’attendent plus que le signal du départ.

Mais le moins équivoque de tous les signes, celui qui annonce l’événement pour le jour même, dit Réaumur, c’est lorsque les Abeilles d’une ruche ne vont pas à la campagne en aussi grand nombre que d’ordinaire, quoique le temps soit favorable et semble les inviter à butiner les fleurs.

« U n’y a point de signe, dit Réaumur, qui indique aussi sûrement qu’il y a un essaim qui se dispose à prendre l’essor, que lorsque le matin, à des heures où le soleil brille et où le temps est favorable au travail, les Abeilles sortent en petit nombre d’une ruche dont elles sortaient en grande quantité les jours précédents, et qu’elles y rapportent peu de cire brute. Une telle façon de se comporter semble forcer d’accorder à ces mouches plus d’esprit et de prévoyance qu’on ne voudrait; elle embarrasse extrêmement celui qui veut expliquer toutes leurs actions par un pur mécanisme. Ne paraitrait-il pas prouvé que dès le matin toutes les habitantes d’une ruche sont instruites d’un projet qui ne sera exécuté que vers midi ou quelques heures après?,.. C’est une histoire très-connue que celle de ce vieux grenadier qui , étant dans un repos parfait pendant que ses camarades étaient occupés à établir leurs tentes, répondit à son général, M. de Turenne, qui le questionnait sur sa tranquillité, qu'il savait bien que V armée ne devait pas rester dans le camp où elle était. Toutes nos mouches, ou presque toutes, semblent avoir prévu la marche que leur reine veut leur faire faire , comme ce vieux soldat avait prévu celle que le général devait faire faire à l’armée *. i>

Dans une ruche qui va jeter, comme on dit en termes de l’art, souvent en entend le soir, et même pendant la nuit, un bourdonnement particulier. Tout semble y être dans l’agitation. Quelquefois, pour y entendre du bruit, il faut en approcher bien près l’oreille, et l’on n’entend que des sons clairs et aigus qui paraissent être produits par le bruissement des ailes d’une seule mouche.

a Ceux qui savent mieux que moi le langage des Abeilles, dit Réaumur, ont dit des merveilles de ces sons. Ils prétendent que c’est la nouvelle reine qui fait ce bruit, qui harangue peut-être la troupe qu’elle veut engager à sortir, ou qui, avec une espèce de trompette, les anime pour leur donner le courage de tenter une grande aventure. Charles Butler, l’auteur de la Monarchie féminine , donne à ce bruit une tout autre signification. Il dit qu’il semble que l’Abeille qui aspire à devenir reine supplie la reine mère par des lamentations et par des gémissements de lui accorder la permission de conduire une colonie hors de la ruche; que la reine ne se rend quelquefois à de si touchantes prières qu’au bout de deux jours; que quand elle y acquiesce, elle répond à la suppliante d’une voix plus pleine et plus forte ; que lorsque l’on a entendu la mère accorder cette permission, on peut espérer, dès le lendemain, d’avoir un essaim.... Le même Butler a déterminé toutes les

1. Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, tome V, page Cil.

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modulations du chant de l’Abeille suppliante, les différentes clefs sur lesquelles elles sont composées, et de même celles des chants de la reine mère. Il prétend qu’il n’est pas permis à celle qui veut s’élever au rang supérieur d’imiter les chants de la souveraine ; malheur à la jeune femelle si cela lui arrive! elle ne le fait que par un esprit de révolte; elle en est punie sur-le-champ par la perte de sa tête. L’ancienne reine fait plus: dans le même moment elle fait ôter la vie à plusieurs des Abeilles qui avaient été séduites f. »

La véritable cause de ce bruit insolite est ^agitation des ailes d’un grand nombre d’Abeilles, qui sont en émoi au cœur de la ruche.

On a remarqué qu’aux approches de l’essaimage, les abeilles semblent comme frappées de vertige. Elles perdent la tête, et la reine leur en donne exemple. François Huber a fait à ce sujet les plus curieuses remarques. Voici, d’après cet immortel observateur, ce qui se passe dans la ruche quand une émigration se prépare.

La reine s’émeut la première du bruissement que font dans leurs cellules les jeunes femelles prêtes à éclore. Elle parcourt les rues de la cité, examine les alvéoles, veut se jeter sur celles qui contiennent des femelles; mais elle rencontre une résistance très-ferme de la part des ouvrières auxquelles est confiée la garde de ces prisons. Elle fait çà et là une tentative pour pondre encore un œuf; mais le plus souvent se retire sans l’avoir déposé dans la cellule qui l’attendait. Elle court, s’arrête, reprend sa course, marche sur le corps des ouvrières qu’elle rencontre; quelquefois, lorsqu’elle s’arrête, les Abeilles qui sont près d’elle s’arrêtent. aussi, comme pour la regarder. Elles s’avancent brusquement Vers elle, la frappent de leur tête et montent sur son dos. Elle s’élance alors, portant en croupe quelques-unes de ses ouvrières. Aucune ne lui offrant du miel, elle en prend elle-même dans les cellules ouvertes, qui sont abandonnées à la discrétion de tout le monde. On ne fait plus haie sur son passage, on ne l’entoure plus d’une cour d’honneur; elle semble déchue du rang suprême.

Cependant les premières Abeilles, que ces courses ont trou-

1. Mémoires pour servir à l'histoire des insectes , tome V, pages 616, 617.

blées, la suivent en courant comme elle, et répandent l’émoi à leur tour, parmi le reste de la population.

Le chemin que la reine a parcouru est reconnaissable par la fermentation qu’elle a laissée sur son passage, et qui ne peut plus se calmer. Bientôt elle a visité tous les recoins de la ruche, si bien que la fièvre est devenue générale. Quantum mutata! la reine ne gond plus dans les cellules. Elle laisse tomber ses œufs au hasard. Elle paraît; frappée de vertige. Qu’est devenue cette sage et prudente souveraine, cette mère attentive et prévoyante ?

Les nourrices, à leur tour, sont atteintes par cette contagion du délire et du mal. Elles ne s’occupent plus du couvain. Celles qui reviennent de la campagne, ne sont pas plutôt entrées dans la ruche, qu’elles prennent part à ces mouvements tumultueux, et s’abandonnent au tourbillon général. Ne songeant plus à se débarrasser des pelotes de pollen qu’elles portent à leurs jambes, elles courent dans tous les sens, comme de petites folles : ce sont bien les folles du logis . Le délire s’est emparé de toute Ja république.

Cette valse infernale, ce vertige commun, se termine par une sortie générale. Toutes les mouches, la reine à leur tête, se précipitent vers les portes, et vont au dehors créer un nouvel essaim.

Une fois au grand air, nos jeunes folles reviennent à des sentiments meilleurs. Leur ivresse se dissipe. Elles se fixent à une branche d’arbre, et nos échappées, redevenues captives volontaires, reprennent leur travail, conformément à leurs habitudes.

Est-il rien de plus curieux que cette partie de l’histoire de notre petit peuple bourdonnant!

François lluber a remarqué bien des fois que, dans un essaim qui s’élance, si l’on vient à saisir, à tuer la reine, qui dirige la marche, placée en tête de la cohorte ailée, aussi tôt toutes les Abeilles rentrent dans la ruche, et reprennent le domaine abandonné. On dirait qu’ayant perdu leur chef, elles se reconnaissent incapables de faire prospérer et mener à bien la colonie future.

On ne voit jamais sortir d’essaim que par un beau jour, ou,

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pour parler plus exactement, à une heure de la journée où le soleil luit, où l’air est calme et le ciel favorable. C’est ordinairement entre dix heuresdu matin et trois heures de l’après-midi.

« Il nous est arrivé, dit François Huber, d’observer dans une ruche tous les signes avant-coureurs du jet, le désordre, l’agitation; mais un nuage passait devant le soleil, et le calme renaissait dans la ruche; les Abeilles ne songeaient plus h essaimer. Une heure après, le soleil s’étant montré de nouveau, le tumulte recommençait, il s’accroissait trèsrapidement, et l’essaim partait'. »

Dans le moment qui précède la sortie de l’essaim, le bourdonnement augmente dans la ruche. Quelques ouvrières sortent les premières, comme pour interroger l’état de l’atmosphère. Dès que la reine a passé le seuil, les émigrantes se précipitent en foule à sa suite. En un clin d’œil, l’air est tout noir d’Abeilles, qui se pressent, en formant comme un nuage épais. L’essaim s’élève en tourbillonnant dans l’air; il se balance pendant quelques minutes au-dessus de la ruche, pour laisser aux traînards le temps de se rallier, et pour reconnaître la situation du terrain; puis il s’élance à tire -d’aile dans la campagne.

Ce n’est pas la reine qui fait le choix du lieu où s’abritera la société qui vient de prendre ainsi la clef des champs. Quand une branche d’arbre a plu à un certain nombre de nos voyageuses, elles se déterminent à se fixer en ce séjour nouveau. Beaucoup d’autres les suivent. Quand elles sont en nombre, la reine vient se joindre à l’assemblée, et entraîne avec elle le reste de la troupe.

Le peloton, déjà formé, se grossit d’instant en instant. Les Abeilles qui sont encore dispersées dans l’air s’empressent d’adhérer au choix qui a été fait par la majorité, et bientôt toutes ensemble ne composent plus qu’un seul massif d’Abeilles, cramponnées les unes aux autres par les jambes.

1. En général les Abeilles craignent beaucoup l’apparence du mauvais temps. Lorsqu’elles butinent dans la campagne, la seule apparition d’un nuage devant le soleil *les fait rentrer précipitamment chez elles. Cependant , si le ciel est uniformément couvert, et s’il n’y a pas d’alternatives brusques d’obscurité et de lumière, elles ne s’en inquiètent pas, et les premières gouttes d'une pluie douce les chassent à peine du théâtre de leurs ébats.

Cette grappe (fig. 349) est tantôt sphérique, tantôt de forme pyramidale. Son poids peut atteindre jusqu'à quatre kilo-

Fig. 349. Grappe d’Abeilles suspendue à une branche 'd’arbre, après l’essaimage.

grammes, et elle peut renfermer environ quarante mille Abeilles. A partir de ce moment, quoiqu'elles soient à découvert, elles se tiennent tranquilles. En un quart d'heure tout devient calme, et on ne voit guère voltiger plus d’Abeilles autour de celte grappe que près d’une ruche ordinaire.

C'est le moment où ragriculteur ou l’amateur qui veut élever des Abeilles, pour en récolter le miel, doit s’emparer de l’essaim et lui offrir une ruche préparée d'avance. S’il tarde trop à profiter de l'occasion, la troupe s'envole et va s'établir dans quelque cavité naturelle, dans le creux d'un arbre, etc. Les Abeilles retournent alors à l’état sauvage.

Sous un climat chaud où les fleurs abondent, les ruches peuvent jeter plusieurs fois de suite. Cependant le premier essaim est toujours le meilleur. Il est plus nombreux, et il a

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devant lui plus de temps pour s’approvisionner. Si l’état du ciel demeure favorable, il n’est pas rare de le voir jeter luimême trois semaines après sa sortie. La vieille reine conduit alors l’émigration du second essaim, en abandonnant la colonie qu’elle a fondée.

Si la ruche mère jette plusieurs essaims, l’intervalle entre le premier et le deuxième est de dix à sept jours; le troisième et le quatrième suivent à des intervalles plus courts. Mais ces jets tardifs ont rarement assez de vitalité pour subsister.

Les Abeilles qui composent un essaim ne rentrent pas dans la ruche qu’elles viennent de quitter. On peut donc s’étonner qu’une ruche puisse fournir un second essaim à quelques jours d’intervalle, sans s’affaiblir outre mesure. Mais la vieille reine, en quittant son ancien domaine, y laisse une quantité considérable de couvain. Ces larves ne tardent pas à repeupler la ruche, de manière à fournir un second essaim.

Le troisième et le quatrième jet affaiblissent la population d’une manière plus sensible ; mais il reste toujours encore assez d’ouvrières pour continuer les travaux. Dans quelques cas, l’agitation du jet est assez vive pour que toutes les Abeilles sortent à la fois, en laissant la ruche déserte ; mais cette désertion ne dure qu’un instant, une partie de l’essaim rentre sagement au logis.

Il s’en faut bien que toutes celles qui prennent la clef des champs deviennent membres de la colonie nouvelle. Quand le délire général dont nous avons parlé vient les saisir, elles se précipitent, s’entassent toutes à la fois vers les portes de la ruche, et s’échauffent jusqu’à transpirer abondamment. Celles qui sont au centre de la mêlée, supportent la charge de toute la cohue, et paraissent baignées de sueur. Leurs ailes deviennent humides, elles ne sont plus capables de voler. Lors même qu’elles parviennent à s’échapper, elles ne vont pas plus loin que l’appui de la ruche, et ne tardent pas à rentrer au bercail, sans suivre le gros de la troupe qui vient d’émigrer. Il ne faut pas oublier enfin qu’une partie de la population, un tiers environ, est toujours dehors aux heures de la journée où se forment les essaims, occupée à butiner dans les champs. Leur récolte faite, ces ouvrières reviennent à la ruche abandonnée par la plupart de leurs compagnes, et

reprennent leurs occupations comme si de rien n’était. Elles forment le noyau de la population nouvelle de la ruche, qui se complète bientôt par r éclosion des larves.

Nous avons déjà dit que le premier essaim est toujours conduit par la vieille reine ou mère, et que celle-ci part avant l’éclosion des jeunes femelles. Si elle n’était pas sortie avant leur naissance, elle les détruirait, et la ruche ne pourrait s’organiser, faute de chef.

Le premier essaim parti, les Abeilles qui restent dans la ruche soignent particulièrement les cellules royales. Si les jeunes reines font des efforts pour sortir, leurs gardiennes les surveillent de plus prés. Elles rétablissent le couvercle de cire à mesure que les prisonnières le détruisent. Seulement, comme elles ne veulent pas la mort du pécheur, elles leur passent du miel à travers l’ouverture avant de la refermer, afin d’adoucir leur captivité.

A un moment donné, la femelle issue du premier œuf pondu quitte son berceau. Bientôt, elle cède à l’instinct meurtrier qui la pousse à détruire ses rivales, pour régner seule et sans partage dans la communauté. Elle va donc à la recherche des cellules où ces dernières se trouvent enfermées. Mais dès qu’elle s’en approche, les ouvrières la pincent, la tiraillent, la chassent, l’obligent à s’éloigner, et comme les cellules royales sont nombreuses, à peine trouve-t-elle dans sa ruche un coin où elle soit tranquille. Sans cesse tourmentée par le désir d’attaquer les autres femelles, et sans cesse repoussée par la garde, elle s’agite alors, traverse en courant les divers groupes d’ouvrières, et leur communique son agitation. Ce manège se répète fréquemment dans la journée.

Parfois la jeune reine, à bout de moyens, fait entendre un chant aigu, analogue à celui de la Cigale. Ce chant, si insolite dans notre peuple ailé, a la vertu de pétrifier tout l’auditoire. Yoici ce que François Huber raconte à ce propos, en parlant d’une reine qui venait d’éclore, et qui cherchait en vain à satisfaire ses instincts jaloux :

a Elle chanta , dit-il , deux fois. Lorsque nous la vîmes produire ce son , elle était arrêtée , son corselet appuyait contre le gâteau , ses ailes étaient croisées sur son dos, elle les agitait sans les décroiser et sans

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les ouvrir davantage. Quelle que fût la cause qui lui faisait choisir cette attitude, les Abeilles, en paraissaient affectées, toutes baissaient alors la tête et restaient immobiles. Le lendemain, la ruche présentait les mômes ^apparences, il y restait encore vingt-trois cellules royales qui étaient toutes assidûment gardées par un grand nombre d’ Abeilles. Dès que la reine s’en approchait, toutes ces gardes s’agitaient, l’environnaient, la mordaient, la houspillaient de toutes les manières; et finissaient ordinairement par la chasser; quelquefois elle chantait dans ces circonstances en reprenant l’attitude que j’ai décrite tout à l’heure ; de ce moment les Abeilles devenaient immobiles1. »

Mais la fièvre qui a saisi la jeune reine finit par se communiquer à ses sujettes, et, à un moment donné, un nouvel essaim part sous sa conduite.

Cette émigration effectuée, les ouvrières qui sont restées à la maison, mettent en liberté une autre femelle. Celle-ci recommence le même manège que la première. Elle en veut à ses rivales encore incarcérées, et qu'elle flaire dans leurs berceaux ; mais les gardiennes la repoussent avec vigueur et paralysent toutes ses tentatives, jusqu'à ce qu’elle se décide à émigrer avec un nouvel essaim.

Cette scène curieuse se répète, avec les mêmes circonstances, trois ou quatre fois dans l'espace de quinze jours, si le temps est favorable et si la ruche est bien peuplée.

A la fin, le nombre des Abeilles qui restent se trouve tellement réduit, qu’elles ne peuvent plus faire autour des cellules royales une garde aussi vigilante. Il arrive alors que deux femelles sortent à la fois de leurs berceaux. Aussitôt, moment terrible ! nos deux rivales se cherchent, se combattent, et la reine qui sort victorieuse de ce duel à mort règne paisiblement sur le peuple conquis.

Si, dans le tumulte qui précède l'essaimage, une femelle surnuméraire parvient à s'échapper de sa prison, il se peut aussi qu’elle soit entraînée avec l’essaim. Alors les déserteurs se partagent en deux camps séparés. Mais le moins fort en nombre ne tarde pas à être délaissé, et les transfuges vont grossir l’essaim principal. Finalement, toute la troupe se trouve réunie, et elle renferme alors deux reines.

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