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Observations sur les Abeilles, tome I, page

Tant que l'essaim reste fixé sur sa branche, tout se passe tranquillement malgré la présence de deux* reines. Mais dès que l'essaim a pris possession d’un domicile définitif, l'affaire devient très-sérieuse. Un combat à mort s'engage entre les deux prétendantes; le trône doit rester à la plus forte. Deux reines, en effet, ne sauraient exister en liberté dans la même ruche. L’une] est de trop sur la terre, et il faut nécessairement que le Dieu des combats décide entre les deux rivales.

François Huber est le premier qui ait décrit ces duels de reines. Voici le récit intéressant qu’il nous a laissé d'un combat qu’il observa le 12 mai 1790 :

« Deux jeunes reines, dit-il, sortirent ce jour-là de leurs cellules, presque au même moment, dans une de nos ruches les plus minces. Dès qu’elles furent à portée de se voir, elles s’élancèrent Tune contre l’autre avec l’apparence d’une grande colère , et se mirent dans une situation telle que chacune avait ses antennes prises dans les dents de sa rivale; la tête, le corselet et le ventre de l’une étaient opposés à la tête, au corselet et au ventre de l’autre ; elles n’avaient qu'à replier l’extrémité postérieure de leur corps, elles se seraient percées réciproquement de leur aiguillon, et seraient mortes toutes les deux dans le combat. Mais il semble que la nature n’a pas voulu que leurs duels fissent périr les deux combattantes; on dirait quelle a ordonné aux reines qui se trouveraient dans cette situation (c’est-à-dire en face et ventre contre ventre) de se fuir à l’instant même avec la plus grande précipitation. Aussi, dès que les deux rivales sentirent que leurs parties postérieures allaient se rencontrer, elles se dégagèrent l’une de l’autre, et chacune s’enfuit de son côté....

« Quelques minutes après qu’elles se furent séparées, leur crainte cessa et elles recommencèrent à se chercher; bientôt elles s’aperçurent, et nous les vîmes courir l’une contre l’autre ; elles se saisirent encore comme la première fois, et se mirent exactement dans la même position : le résultat en fut le même ; dès que leurs ventres s’approchèrent, elles ne songèrent plus qu’à se dégager, et elles s’enfuirent. Les Abeilles ouvrières étaient fort agitées pendant tout ce temps-là, et leur tumulte paraissait s’accroître lorsque les deux adversaires se séparaient; nous les vîmes, à deux différentes fois, arrêter les reines dans leur fuite, les saisir par les jambes, et les retenir prisonnières plus d’une minute. Enfin, dans une troisième attaque, celle des deux reines qui était la plus acharnée ou la plus forte courut sur sa rivale au moment où celle-ci ne la voyait pas venir; elle la saisit avec ses dents à la naissance de l’aile, puis monta sur son corps, et amena l’extrémité de son ventre sur les derniers anneaux de son ennemie, qu’elle parvint facilement apercer de son aiguillon; elle lâcha alors l’aile qu’elle tenait

HYMÉNOPTÈRES

entre ses dents, et retira son dard; la reine vaincue tomba, se traîna languissamment, perdit ses forces très-vite et expira bientôt après *. a

Ces combats singuliers, dont on vient de lire la description, ont lieu entre les jeunes reines vierges. François Huber, en introduisant dans une ruche quelques reines étrangères, s’est assuré que la même animosité porte les femelles fécondes à se combattre et à se détruire.

Dès que la jeune reine, à laquelle la'souveraineté est échue, est fécondée, elle n’a rien de plus pressé que de détruire toutes les nymphes royales qui existent encore dans la ruche, et qui lui sont dès lors livrées, sans résistance, par les ouvrières.

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La femelle devenue mère attaque donc l’une après l’autre les cellules qui contiennent encore des femelles. On la voit se jeter avec fureur sur la première cellule qu’elle rencontre. Elle y pratique, avec ses dents, une ouverture suffisante pour y introduire son ventre, et se contourne jusqu’à ce qu’elle ait réussi à frapper d’un coup d’aiguillon la femelle qui s’y trouve logée. Elle s’éloigne alors, satisfaite. Les ouvrières, qui jusque-là sont restées spectatrices indifférentes de ses efforts, se chargent du reste de la besogne. Elles se mettent à agrandir le trou fait par la reine victorieuse, et à retirer de la cellule royale le cadavre de la victime.

Pendant ce temps, la farouche et jalouse souveraine se jette sur une autre cellule, et en fait l’effraction avec violence. Si elle n’y trouve pas d’insecte parfait , mais seulement une nymphe, elle dédaigne de faire usage de son royal aiguillon. Les ouvrières se chargent de vider la cel Iule et de sacrifier son contenu.

Ces exécutions accomplies, la reine peut s’occuper de la ponte, sans avoir désormais à craindre de rivales.

Disons, en passant, que l’homme n’est pas tout à fait en reste de cruauté avec les insectes dont nous venons de raconter les

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