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Observations sur les Abeilles , tome I, pages

2. La domination de plusieurs ne fait pas bien : il faut un seul chef, un seul toi. (Homère, Iliade , 11,110.)

exploits sauvages. Chez quelques tribus de l’Éthiopie, le premier soin du chef nouvellement couronné est de mettre en prison tousses frères, afin d’éviter les guerres de prétendants.

Délivrée des soucis de la rivalité, notre reine se met à pondre avec un zèle infatigable, et les ouvrières, animées par l’espoir d’un nombreux couvain, entassent joyeusement des provisions autour d’elle.

Mais ici va s’accomplir un nouveau drame. Les faux bourdons’, c’est-à-dire les mâles, sont maintenant de trop dans la colonie. Leur mission est finie. Par une logique inexorable de la nature, il faut se débarrasser d’eux.

Les ouvrières procèdent au massacre général des faux bourdons. C’est dans les mois de juillet et d’août qu’a lieu cet affreux carnage. On voit alors, au milieu des airs, les ouvrières donner avec fureur la chasse aux mâles, et les poursuivre jusqu’au fond des ruches, où les malheureux vont chercher un asile. Trois ou quatre ouvrières s’élancent à la poursuite d’un mâle. Elles le saisissent, le tirent par les jambes, par les ailes, par les antennes, et le tuent à coups d’aiguillon.

Ce carnage impitoyable comprend même les larves et les nymphes de mâles. C’est bien le massacre des innocents. Les bourreaux les arrachent de leurs cellules, les percent de leur dard, et sucent avidement les liquides contenus dans leurs corps; puis ils jettent au vent leurs dépouilles vides.

La tuerie se poursuit plusieurs jours. Elle dure jusqu’à l’extinction complète des mâles, pauvres diables qui ne peuvent se défendre, étant privés d’aiguillons!

Ils ont pourtant la vie sauve quand ils ont le bonheur d’habiter une ruche privée de reine. Ils y trouvent même un asile assuré, s’ils sont chassés d’une autre ruche. On les rencontre alors en certain nombre, dans cet asile, jusqu’au mois de janvier.

On accorde également la vie aux faux bourdons dans les ruches qui; au lieu d’une véritable reine, n’ont qu’une femelle à demi féconde, qui ne pond que des œufs de faux bourdons Mais une telle ruche, dont la population active ne peut plus s’augmenter, finit par être abandonnée de ses habitants. La stérilité de la reine, ou son absence, entraîne la dissolution de la

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société. La mère Abeille est, en effet, l’âme et la vie de la ruche. Sans elle, plus d’espoir, plus de courage, plus d’activité. Le peuple, abandonné àlui-méme, tombe dans l’anarchie. La famine, le pillage, la ruine et la mort sont à ses portes. N’ayant plus de couvain à espérer, les Abeilles vivent au jour le jour, sans souci du lendemain. Elles cessent de travailler, ne vivent plus que de vol et de rapine, et finissent par dfsparaître. C’est une société qui se décompose et se dissout par l’absence d’un lien moral.

Si la perte de la mère Abeilfè, ou reine mère, a lieu à une époque où il existe encore dans la ruche des larves d’ouvrières âgées de moins de trois jours, les nourrices, comme nous l’avons déjà dit, adoptent quelques-unes de ces larves, et en font des reines, grâce à l’éducation physique et à la nourriture spéciale qu’elles leur donnent. Dans ce cas, le mal est donc réparable; les ouvrières s’en tirent toutes seules. Mais si la ruche possède une reine dégénérée, qui ne pond que des mâles, l’intervention de l’homme est nécessaire pour sauver cette ruche, par la substitution d’une reine féconde. Si, en effet, une reine étrangère voulait pénétrer seule dans une ruche qui renferme une mère régnante, elle serait infailliblement arrêtée à la porte, et étouffée par les sentinelles qui gardent la ruche. Celles-ci l’entourent aussitôt, et la retiennent captive sous elles, jusqu’à ce qu’elle périsse d’asphyxie ou de faim. Elles n’emploient {point leurs dards contre la reine intruse, excepté dans le cas où l’on chercherait à la délivrer de leurs étreintes. C'est en l’étouffant qu’on la fait disparaître.

Lorsqu’on veut introduire dans une ruche une reine étrangère, après avoir enlevé l’ancienne souveraine, il faut user de beaucoup de précautions pour la faire pénétrer dans le domicile commun.

Les Abeilles ne s’aperçoivent qu’au bout de quelque temps de la disparition de leur reine; mais alors elles manifestent un grand émoi. Elles courent çà et là comme des folles; elles quittent leurs travaux, et font entendre un bourdonnement singulier. Si on leur rend leur souveraine naturelle, elles la reconnaissent, et le calme renaît à l’instant même dans l’atelier.

La substitution d’une reine nouvelle à la souveraine primitive ne produit pas le même effet dans toutes les circonstances. Si l’on introduit la nouvelle reine une demi-journée seulement après l’ enlèvement de F ancienne reine, la nouvelle venue est fort mal reçue. Elle est sur-le-champ environnée, cernée; les ouvrières cherchent à l’étouffer. D’ordinaire elle succombe à ces mauvais traitements. Mais si on laisse s’écouler un intervalle plus considérable avant d’introduire la remplaçante, les Abeilles, rendues plus traitables par l’attente, se montrent mieux disposées à son égard.

Si, enfin, on laisse passer un interrègne de vingt-quatre heures, la reine étrangère est toujours reçue avec les honneurs dus à son rang. Un bourdonnement général annonce l’événement à toute la population de la ruche. On décerne à la reine adoptive un cortège choisi. On forme la haie sur son passage;, on la caresse du bout des antennes; on lui offre du miel. Un petit trémoussement joyeux de l’escorte annonce que tout le monde est satisfait dans la petite république. Les travaux des champs et ceux de l’intérieur recommencent alors avec plus d’activité que jamais.

C’est surtout pendant les jours orageux, alors que la chaleur et l’électricité de l’atmosphère favorisent la sécrétion du pollen dans les plantes, que les Abeilles vont à la récolte dans lacampagne. Elles pressent, elles entassent dans la ruche les provisions pour la froide saison, tout en élevant avec soin le couvain, l’espoir de l’avenir, spem g cutis, comme dit Virgile.

Ces occupations pacifiques, et pour ainsi dire pastorales, sont interrompues quelquefois par les dures nécessités de la guerre. Il arrive que les Abeilles d’une ruche appauvrie, poussées par la faim, mauvaise conseillère, se décident à attaquer, pour en piller les trésors, une ruche voisine, qui abonde en provisions de bouche.

Alors s’engage entre les deux bataillons un combat acharné- Chacun se précipite avec furie sur son adversaire. Deux Abeillesse pressent et se mordent jusqu’à ce que l’une soit terrassée. Le vainqueur grimpe sur le dos du vaincu, elle le serre au cou avec ses mandibules, et le perce de son dard, entre les anneaux du ventre. L’Abeille victorieuse se place auprès du corps de

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son ennemi terrassé. Posée sur quatre pattes, elle frotte orgueilleusement lune contre l’autre ses pattes de derrière, signe suprême du triomphe.

Réaumur raconte un fait assez bizarre, qu’il dit avoir observé plusieurs fois, et qui prouve que nos insectes ne se battent pas pour satisfaire un instinct sanguinaire et farouche, mais, ce qui est moins blâmable, pour satisfaire leur faim. Les Abeilles attaquées par une force supérieure ont la vie sauve si leurs ennemis parviennent à leur faire rendre gorge, c’est le mot propre. Trois ou quatre Abeilles s’acharnent après une seule. Elles la tirentparlesjambes.etla mordent au corselet. La malheureuse objet de cette agression n’a alors rien de mieux à faire, pour sortir vivante de ce mauvais pas, que d’allonger sa trompe, toute chargée de miel odorant. Les pillards viennent l’un après l’autre boire ce miel; puis, repus, satisfaits, n’ayant plus rien à demander et la conscience tranquille, ils s’en vont, laissant l’Abeille retourner à sa demeure champêtre.

11 est aussi des combats singuliers, de véritables duels, entre les Abeilles d’une même ruche. Les fortes chaleurs ont pour effet d’irriter nos Hyménoptères, de les exciter, de mettre leur petite tête en ébullition. Elles sont alors dangereuses pour l’homme, qu’elles attaquent hardiment. Mais, le plus souvent, c’est entre elles qu’elles se prennent de querelle et de bec, autrement dit d’aiguillon. On voit souvent deux Abeilles qui se rencontrent, se saisir au collet, dans l’air. Il arrive aussi qu’une Abeille furieuse se jette sur une autre, qui se promène tranquillement et sans penser à mal sur le bord de sa ruche tranquille.

Quand deux Abeilles sont ainsi aux prises, elles descendent à terre, car elles n’auraient pas en l’air assez d’appui pour se porter des coups assurés. Elles luttent alors corps à corps, comme autrefois les gladiateurs dans le cirque. Elles dardent continuellement leur aiguillon, mais, presque toujours, la pointe glisse sur les écailles dont elles sont revêtues. Le combat se prolonge quelquefois pendant une heure avant que l’une des deux ait trouvé chez l’autre le défaut de la cuirasse naturelle, et lui ait enfoncé dans les chairs son terrible dard. Le vainqueur laisse souvent ce dard dans la

plaie qu’il a faite , et alors il meurt dans son triomphe par suite de la perte de cet organe.

Quelquefois aussi nos deux combattants, malgré des assauts longs et acharnés, ne peuvent parvenir à entamer leur solide armure. Ils se quittent, de guerre lasse, et s’envolent, chacun de son côté, désespérant d’obtenir une victoire complète.

C’est ainsi, si par va lient componere magnis , — en d’autres termes, entendons-nous bien, s’il est permis de comparer les œuvres infimes de l’homme aux œuvres admirables de la nature, — c’est ainsi que l’on a vu, de nos jours, deux navires cuirassés, après avoir lutté, une journée entière, l’un contre l’autre, après avoir échangé, sur les eaux frémissantes de la mer, des centaines de coups de canon dont les boulets rebondissaient inoffensifs et inertes sur leurs cuirasses de fer et d’acier, se retirer lentement, s’éloigner l’un de l’autre, avec une majesté tranquille , devant l’évidente impuissance de s’anéantir réciproquement, en perçant l’énorme ceinture métallique qui entoure et protège leurs flancs robuste^.

A la fin de l’automne, quand les Abeilles ne trouvent plus dans les champs de fieurs à butiner, elles achèvent d’élever le couvain avec le pollen qu’elles conservent en magasin, et la ponte de la reine mère s’arrête.

Engourdies par le froid de l’hiver, les ouvrières finissent par ne plus sortir. Serrées les unes contre les autres, elles se réchauffent mutuellement, et résistent ainsi, quand le froid n’est pas trop intense, à la rigueur des gelées. Blotties entre les gâteaux, elles attendent le retour delà belle saison, pour recommencer les travaux dans la campagne et chez elles.

Après deux ou trois ans de cette existence laborieuse, l’Abeille meurt, mais pour revivre dans une nombreuse postérité, comme le dit Virgile en ces beaux vers :

At genus immorfcale manet, multosque per annos Stat fortuna domus, et avi numerantur avorum*.

On a beaucoup discuté sur la question de savoir si les Abeilles constituent des monarchies ou des républiques. C’est, à notre

1. Mais sa race est immortelle, la fortune de la maison reste debout pendant de longues années, et Ton compte les ancêtres des ancêtres.

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avis une véritable république. Comme toute la population est issue d’une mère commune, et que chaque larve de sexe féminin peut devenir reine, c’est-à-dire Abeille mère, si elle reçoit une nourriture appropriée, il est manifeste que le titre de reine a été donné à tort à l’Abeille mère. Au fond, elle n’est que présidente d’une république. Les vice-présidentes, comme nous l’avons déjà fait remarquer, sont toutes ces femelles, qui, à un moment donné, peuvent être appelées, par choix, c’est-à-dire par élection populaire, à remplir les fonctions de la souveraine, quand la mort ou un accident a supprimé le titulaire.

« 11 n’y a point de roi dans la nature, » disait un jour Daubenton, dans son cours au Jardin des plantes. Tout aussitôt, l’auditoire d’applaudir et de crier bravo!

L’honnête savant s’arrête tout troublé, et demande à son aide-naturaliste la cause de ces applaudissements, peut-être ironiques.

« J’aurai dit quelque sottise, répétait entre ses dents le pauvre Daubenton, se rappelant le mot de Phocion en pareille circonstance.

— Non, lui répondit son aide-naturaliste, vous n’avez rien dit que de très-vrai; mais, sans vous en douter, vous avez fait une allusion politique. Vous avez parlé contre les rois, et nos jeunes républicains croient que vous faites allusion à Louis XVI.

— Vraiment, s’écria le collaborateur de Buffon, je ne me doutais guère d’avoir fait de la politique ! »

La république des Abeilles, cette petite société animale, est admirablement constituée, et tous ces citoyens obéissent docilement à ses lois archiséculaires.

Les Abeilles ont souvent servi d’exemple pour démontrer, selon les uns, l'intelligence merveilleuse de certains petits animaux; selon d’autres, un instinct merveilleusement développé. Nous n’avons jamais bien compris, quant à nous, ce que l’on entend par le mot instinct , et nous accordons trèsnettement l’intelligence à l’Abeille, comme à beaucoup d’animaux. La plupart, des actes de leur vie semblent résulter d’une idée, d’une délibération mentale, d’une détermination prise après examen réfléchi.

La construction de leurs cellules, toujours uniforme, est, dit-on, le résultat de l’instinct. Pourtant il arrive que, dans des circonstances particulières, ces petits architectes savent abandonner l’ornière de la routine, se réservant de revenir, en temps utile, aux grands principes traditionnels qui assurent la beauté et la régularité de leurs constructions. On a vu, en effet, des Abeilles s’écarter de leurs pratiques ordinaires, pour corriger certaines irrégularités qui résultaient d’accidents, ou de l’intervention de l’homme qui était venu déranger leurs travaux.

François Huber raconte qu’il a vu des Abeilles étayer par des pitiés et des arcs-boutants de cire un rayon qui venait de tomber. En même temps, averties par cet accident néfaste, elles se mirent à fortifier les principales charpentes des autres rayons et à les lier plus fortement 5 la voûte de la ruche. Gela se passait au mois de janvier, c’est-à-dire à une époque où le travail n’est plus de saison, et lorsqu’il ne s’agissait que de pourvoir à une éventualité lointaine.

Une observation tout à fait analogue a été rapportée par M. Walond.

N’y a-t-il pas là, d’abord un véritable et excellent raisonnement, ensuite un acte, une opération, un travail, exécutés par suite de ce même raisonnement? Or une opération qui se fait comme conséquence d’un raisonnement est toujours le résultat de l’intelligence.

L’Abeille donne une autre nourriture aux différentes espèces de larves; Elle sait changer cette nourriture à temps, lorsqu’un accident a privé la ruche de sa reine, et qu’il s’agit de la remplacer. Elle fait donc encore ici preuve de jugement, d’intelligence.

Mais c’est surtout en face d’un ennemi que se montrent les facultés intellectuelles de notre insecte. Il y a toujours à l’entrée de chaque ruche trois ou quatre Abeilles, qui n’ont d’autre fonction que de garder la porte, pour surveiller les allants et venants, et empêcher qu’un ennemi ou un intrus ne se glisse dans la communauté. Lorsqu’une de ces sentinelles aperçoit un ennemi aux environs de la ruche, elle s’élance vers lui et, par un bourdonnement menaçant et significatif, le

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somme de se retirer. S’il ne comprend pas l'avertissement, ce qui est rare, car hommes, chevaux, chiens, et animaux de

Fig. 350. Abeilles portières, gardant l’entrée d’une ruche.

toute espèce, connaissent parfaitement le danger auquel ils s’exposent en approchant trop d’une ruche en travail1, l’Abeille va chercher du renfort, et revient bientôt avec un bataillon déterminé au combat. Tout cela s’appelle, il nous semble, intelligence.

M. de Frarière, dans son ouvrage sur les Abeilles et l'Apiculture, raconte l’anecdote suivante.

1. Les piqûres produites par des Abeilles ont des suites assez graves. Il arrive souvent que de gros animaux, tels que des chevaux ou des bœufs, attachés dans le voisinage d’un rucher, et qui ont inquiété les Abeilles, meurent des suites de leurs piqûres.

Un amateur d’ Abeilles avait établi un rucher dan s son jardin. Mais bientôt il reconnut que certains oiseaux, que bon nomme Abeillers ou Guêpiers, avaient élu domicile chez lui. Perchés sur les arbres, ils croquaient toutes les Abeilles qu’ils pouvaient saisir au passage. Les coups de fusil n’éloignaient que les oiseaux utiles, tandis que nos Guêpiers se montraient indifférents à l’odeur de la poudre : ils semblaient invulnérables.

Un jour, comme le propriétaire, embarrassé, cherchait en sa cervelle le moyen de chasser les ennemis de ses Abeilles, il entendit tout à coup un grand bourdonnement. Quelques Abeilles qui avaient heureusement échappé au bec vorace de leurs agresseurs emplumés, s’étaient empressées d’aller répandre l'alarme dans la ruche, et y demander vengeance. Une véritable armée d’Abeilles menaçantes se dirigeait, en bon ordre, contre deux de ces oiseaux, désignés à leurs coups.

Ces derniers eurent raison de la phalange apienne, et se gorgèrent de cette proie ; puis ils reprirent leur position, pendant que les Abeilles, vaincues, retournaient au rucher.

Mais bientôt il se fit un grand tapage au sein de la ruche, et l’on vit les Abeilles, rassemblées en masse serrée, s’élancer avec la vitesse d’un boulet de canon, vers l’ennemi, qui, cette fois, s’enfuit à tire-d’aile et ne revint plus. Alors nos Abeilles firent dans leur demeure une rentrée triomphale, satisfaites du succès de leur tactique1.

Nous venons de dire qu’il y a des sentinelles à l’entrée de chaque ruche. Ce portier attentif, cet incorruptible cerbère, touche de ses antennes chaque individu qui veut pénétrer dans la maison. Les Frelons , les papillons dont nous avons parlé sous le nom de Sphinx tête de mort, des Limaces, etc., cherchent souvent à s’introduire dans la ruche. Dans ce cas. à l’appel des portiers vigilants, toutes les Abeilles réunissent leurs efforts pour défendre l’entrée du sanctuaire.

Il leur serait, en effet, impossible de s’opposer aux dégâts de ces ennemis, une fois entrés au cœur de la place. Quandun Sphinx a réussi à s’introduire dans une ruche, il s’attable et boit le miel à grandes lampées; il dévore toutes les provi-

1. Les Abeilles et V Apiculture , in-8, 2e édition. Paris, 1865. Page 107.

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sions, et les malheureuses propriétaires du logis sont forcées d'émigrer. >

Des Teignes, desCrabronides, etc., font la guerre aux Abeilles. Virgile, dans ses Géorgiques, fait une longue énumération de ces ennemis divers.

Pour empêcher l’entrée des papillons nocturnes, les Abeilles rétrécissent et barricadent quelquefois leur porte avec un mélange de cire et de propolis. Quand une limace ou une autre grosse bête est parvenue à s’introduire dans l’intérieur, elles la tuent et l’ensevelissent dans le propolis, ainsi que nous l’avons déjà raconté.

Cependant elles restent sans défense contre certains parasites microscopiques qui les attaquent quelquefois. Le Pou de l'abeille, qui a été décrit et dessiné par Réaumur dans un de ses Mémoires1 , le parasite qui a été décrit en 1866 par M. Duchemin , c’est-à-dire YAcarus de sucre , que l’on trouve aussi dans le miel liquide des ruches atteintes par la maladie qu’on nomme pourriture , sont les ennemis les plus sérieux de l’Abeille.

Les Fausses Teignes ( Galleries ) sont aussi de terribles ennemies de notre peuple industrieux. Toute ruche attaquée par les Galleries est perdue. Ces insectes destructeurs s’attaquent aussi aux Abeilles sauvages, les chassent de leurs nids et détruisent la cire des gâteaux. La Gallerie fait maison nette dans les édifices des Abeilles, tant sauvages que domestiques.

Les mœurs des Abeilles sauvages, qui font leurs nids dans les troncs d’arbres et autres cavités, ne diffèrent pas de celles des Abeilles réduites en. domesticité. Seulement ces dernières s’apprivoisent avec l’homme. Elles s’habituent aux personnes qui les soignent, et deviennent moins agressives envers les personnes étrangères.

L 'apiculture, ou culture des Abeilles, est encore aujourd’hui une industrie importante, quoique le miel ait beaucoup perdu de son utilité depuis l’introduction du sucre en Europe,

Sans entrer dans beaucoup de détails sur l’apiculture,

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