‹ Les insectesChapitre 4 sur 40 · Suites à Buflon , 2 vol. in-8c · texte numérisé non relu

Suites à Buflon , 2 vol. in-8c

DIPTÈRES

Dans tous les climats, sous toutes les latitudes, dans les champs, les prés, les bois, et jusque dans nos demeures, on voit voltiger et butiner ces sylphes aériens.

On divise les Nèmocères en deux familles : celle des Culïcides, qui comprend le genre Cousin (Culex), à trompe longue etmenue, à suçoir de six soies, et celle des Tipulaires , à trompe courte et épaisse, à suçoir de deux soies.

Étudions le genre Cousin, le Cousin piquant ( Culex pipiens ), dont Réaumur a fait, dans ses admirables Mémoires pour servir à r histoire des Insectes , une histoire si curieuse et si complète.

« Les Cousins sont nos ennemis déclarés, dit Réaumur dans V Introduction de son mémoire, et des ennemis très-fâcheux. Mais ce sont des ennemis bons à connaître. Pour peu que nous leur donnions l’attention, nous nous trouverons forcés de les admirer et d’admirer môme l’instrument avec lequel ils nous blessent. D’ailleurs, dans tout le cours de leur vie, ils ont à offrir des faits propres à contenter les esprits curieux des merveilles de la nature : il y a môme tel moment de leur vie où, après avoir fait oublier à l’observateur qu’ils le persécuteront un jour, ils lui font ressentir des inquiétudes pour leur sort. »

Exposons donc, puisqu’il en est ainsi, l’histoire de ces insectes, qui peuvent provoquer à la fois nos craintes et notre pitié. L’illustre naturaliste que nous venons de citer, nous servira de guide.

Le corps du Cousin piquant est long et cylindrique. Au repos, lune de ses ailes est croisée sur l’autre. Ces ailes offrent, vues

Fig. 20. Cousin piquant.

Fig. 21. Cousin piquant vu de profil.

au microscope, un spectacle charmant. Leurs nervures sont, comme leurs bords, particulièrement couvertes ff écailles en forme de 'palettes oblongucs, striées très-finement, suivant leur longueur. Ces écailles se retrouvent sur tous les anneaux du corps, où elles se touchent les unes les autres.

Les antennes du Cousin piquant , surtout celles des mâles, forment de beaux panaches (fig. 22).

Leurs yeux, à réseau, sont si gros, qu’ils entourent et couvrent presque toute la tête. Ceux de quelques-uns sont d’un

Fig. 24. Trompe de Cousin piquant (grossie). Fig. 25. Trompe du Cousin piquant

(grossie).

vert admirable; mais vus en certains sens, ils paraissent rouges. La figure 23 montre la tête du Cousin piquant avec ses deux yeux, ses antennes et sa trompe.

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Une machine bien digne de notre attention est celle dont le Cousin se sert pour nous piquer, cet organe que Ton nomme sa trompe (tig. 24). Ce qu’on en voit ordinairement n’est que l'étui des pièces destinées à percer notre peau et à sucer notre sang, et dans lequel ces pièces sont contenues, comme les lancettes et d'autres instruments sont renfermés dans l’étui d’un chirurgien. L’étui (fig. 25) est cylindrique, couvert d'écailles, et terminé par un petit bouton. Fendu dans toute sa longueur, de manière à pouvoir s’entr’oüvrir , il renferme un faisceau d'aiguillons.

Réaumur a cherché à observer, en se faisant piquer par des Cousins, ce qui sepasse pendant l’attaque. Il oubliait, en voyant opérer l’insecte, le petit mal que lui causait sa blessure. Cette blessure, il la sollicitait comme une grâce, et craignait de ne pas l'obtenir quand il le voulait.

Réaumur a remarqué que l’aiguillon composé, qui a environ une ligne de longueur, s’enfonce dans la chair de plus de trois quarts de ligne, et que pendant ce temps l’étui se courbe, d’abord en arc, puis se plie en deux, la moitié inférieure étant alors appliquée contre sa moitié supérieure.

Il a vu, en outre, que l'étui de certains Cousins était plus composé encore que celui que nous venons de décrire. Mais nous ne nous arrêterons pas davantage sur ce point.

Essayons maintenant de donner une idée delà structure et de la composition de cet aiguillon, qui, après avoir percé notre peau, va pomper notre sang.

Fig. 26, 27, 28. Aiguillons da Cousin piquant.

Réaumur dit que l’aiguillon du Cousin est formé de cinq pièces. Il avoue pourtant qu’il est très-difficile de s’assurer du nombre exact de ces pièces, de la manière dont elles sontréu-

nies, et de leur figure. Nous savons aujourd’hui qu’il y en a six. Réaumur a cru voir, comme Leuwenhoeck, qu’il y en a deux qui sont faites comme des lames cl'épèe à trois quarts. Ce

Fig. 29. Portrait de Réaumur.

sont celles dont les pointes sont recourbées, et qui ont des dentelures sur la convexité de leur courbure (fig. 26).

Pour prendre une idée de la forme des autres pointes, le lecteur jettera les yeux sur les figures 27 et 28. 11 verra ainsi que l’aiguillon du Cousin piquant est une épée en miniature.

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La piqûre faite par une pointe aussi fine que Test celle de l'aiguillon d'un Cousin, devrait ne nous faire aucun mal. « La pointe de la plus fine aiguille, comparée à celle de l’aiguillon du Cousin, dit Réaumur, est à peu près comme la pointe d’une épée comparée à celle d’une aiguille. » Comment donc une si légère blessure n’est-elle pas fermée sur-le-champ? Comment de petites tumeurs s'élcvent-elles dans l'endroit qui a été piqué? C’est que la plaie n'est pas simple; mais qu'elle a été arrosée par une liqueur capable de l’irriter.

On voit sortir cette liqueur, en diverses circonstances, du bout de la trompe du Cousin, sous la forme d’une goutte d’eau très-limpide.

Réaumur a quelquefois aperçu cette liqueur dans la trompe même.

« Il n’y aurait rien de mieux, dit-il, pour empêcher le mauvais effet des piqûres des Cousins, que de délayer sur-le-champ avec de l’eau la liqueur qu’ils ont laissée dans la plaie. Quelque petite que soit cette plaie, il ne serait pas difficile d’y introduire de l’eau. En la grattant sur-lechamp on l’agrandirait, et il n’y aurait qu’à la laver après l’avoir agrandie : quelquefois je me suis bien trouvé d’avoir eu recours à ce remède. »

Les Cousins ne se présentent pas toujours à nous sous la forme de ces cruels insectes ailés, avides de notre sang. Il est un état sous lequel ils nous laissent en repos : c’est l’état de larve.

C'est dans les eaux et dans les eaux croupissantes qu'il faut chercher la larve de l'insecte qui nous occupe. Elle se présente comme un ver aquatique, qui fourmille dans les mares, depuis le mois de mai jusque vers le commencement de l'hiver.

Si l'on veut suivre dès leur première origine les larves du Cousin piquant , on n'a qu'à conserver dans un jardin, .ou dans une cour, un baquet rempli d'eau. On verra, au bout de quelques semaines, cette eau se remplir de larves de Cousins (fig. 30). Ces vers, qui sont très-petits, viennent à la surface de l'eau où les appelle le besoin de respirer. Pour respirer, ils dirigent un peu au-dessus du niveau de l'eau l'ouverture d'un tuyau a, qui part du dernier anneau. Ils sont obligés, par conséquent, de se tenir la tète en bas. A côté dù tuyau respiratoire, est un autre

tuyau b plus court, mais plus gros, presque perpendiculaire à la longueur du corps, et dont l’ouverture est la terminaison extérieure du tube digestif. Tout son contour est bordé de longs poils qui se disposent en entonnoir, quandils flottent dans l’eau. Du bout du môme tuyau, et du dedans de l’entonnoir de poils, partent quatre lames ovales, minces, transparentes, et comme écailleuses, qui semblent quatre nageoires. Elles sont posées par paire, dont l’une part du côté droit, et l’autre du côté gauche.

Ces quatre lames peuvent s’écarter les unes des autres. Chaque anneau a de chaque côté une houppe de poils , et le corselet en a trois. La tète c est arrondie et aplatie. Elle offre deux yeux bruns, sans réseau. Autour de la bouche sont plusieurs espèces de barbillons garnis de poils, dont deux en forme de croissant sont plus considérables que les autres.

Le Cousin fait jouer avec vitesse ces deux espèces de houppes, qui déterminent de petits courants de liquide à se diriger vers la bouche. Ces courants portent à la larve l’aliment qui lui est nécessaire, c’est-à-dire des insectes imperceptibles, des débris végétaux et terreux.

Fig. 3o, Ces larves changent plusieurs fois de

Larve du Cousin piquant. ^ dang ^ Ce fejt ^

signalé par Dom Allou, savant chartreux, a qui se plaisait, dit Réaumur, à admirer les ouvrages de l’Éternel, dans le temps où il cessait de chanter ses louanges. »

Nous croyons utile de reproduire les quelques lignes dont Réaumur accompagne la mention des recherches de ce digne chartreux. Elles nous paraissent encore aujourd’hui trèsbonnes à lire.

« Si ces pieux solitaires qui composent tant de nombreuses commudautés, avaient comme Don Allou le goût d’observer les insectes, nous pourrions espérer que les faits les plus essentiels de l’histoire ne ces petits animaux nous seraient bientôt connus. Quel délassement ces religieux pourraient-ils se proposer plus digne de l’état qu'ils

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ont embrassé, que celui qui mettrait sous leurs yeux les merveilleuses productions d’une puissance sans bornes? Alors leur loisir même les porterait à adorer cette puissance et leur fournirait de quoi la faire adorer plus souvent par ceux qui en sont distraits par trop d’occupations soit sérieuses, soit frivoles d

Après avoir changé trois fois de peau en quinze jours ou trois semaines, la larve de Cousin piquant quitte une quatrième fois sa dépouille. Mais il n’est plus le même qu'il était auparavant. Il a changé de forme et d'état. Au lieu d'être oblong, son corps est raccourci, arrondi et contourné de façon que la queue est appliquée contre le dessous de la tête et que la masse totale semble lenticulaire. Cela est ainsi quand l’animal est en repos. Mais il peut se mouvoir et nager, et pour cela » *

il déplie son corps par mouvements brusques pour avancer. il R

Dans ce nouvel état, c’est-à-dire dans l’état de nymphe (fig. 31), l'animal n’a plus besoin de prendre de nourriture. Il n'a plus d’organes digestifs, mais il a autant, et même plus qu’avant sa métamorphose, besoin de respirer l'air atmosphérique.. M

Toutefois les organes de sa respiration sont bien p\ changés. Pendant que l'insecte était à l'état de larve, . 0 c’était par le long tuyau adossé à sa partie postérieure Nymphe qu'il recevait ou qu’il expulsait l'air. En se défaisant de piquant, sa peau de ver, il a perdu ce tuyau. Deux espèces d'oreilles d'âne, qui s’élèvent sur son corselet, sont pour la nymphe ce que le long tuyau de la’ queue était pour le ver. Aussi tientelle toujours au-dessus de l'eau les bouts de ces deux oreilles.

De cette nymphe va sortir l'insecte parfait, qui s'est organisé peu à peu, et dont on distingue déjà les parties essentielles, sous la membrane transparente qui les recouvre.

Lorsque l’insecte est parvenu à ce moment où ses enveloppes ne lui sont plus nécessaires, et qu'il veut s’en débarrasser, il se tient en repos à la surface de l’eau, redresse la partie postérieure de son corps , et la tient étendue à Ja surface de l’eau, au-dessus de laquelle son corselet est élevé.

1. Mémoires sur l'histoire naturelle des Insectes , in -4°, tome V.

A peine est-il resté un moment dans cette position, qu’en gonflant les parties intérieures et antérieures de son corselet, il oblige sa peau de se fendre entre ses deux cornets respiratoires. Cette fente n’a pas plutôt paru, qu’on la voit s’allonger et s’élargir très-vite.

« Elle laisse à découvert, dit Réaumur, une portion du corselet du Cousin aisée à reconnaître par la fraîcheur de sa couleur, qui d’ailleurs est verdâtre et différente de celle de la peau qui l’enveloppait auparavant.

« Dès que la fente a été agrandie, et l’agrandir assez est l'affaire d’un instant, la partie antérieure du Cousin ne tarde pas à se montrer; bientôt on voit paraître sa tête, qui s’élève au-dessus des bords de l’ouverture. Mais ce moment et ceux qui suivront jusqu’à ce que le Cousin soit entièrement hors de sa dépouille sont des moments bien critiques pour lui, des moments où il court un terrible danger. Cet insecte qui vivait dans l’eau, qui serait mort si on l’en eût tenu dehors pendant un temps assez court, a subitement passé à un état où il n'a rien autant à craindre que l’eau. S’il était renversé sur l’eau, si elle touchait son corselet ou son corps, c’en serait fait de lui. Voici comment il se conduit dans une situation si critique. Dès qu’il a fait paraître sa tête et son corselet, il les élève autant qu’il peut au-dessus des bords de l’ouverture qui leur a permis de paraître au jour. Le Cousin tire la partie postérieure de son corps vers la même ouverture, ou plutôt cette partie s’y pousse en se contractant un peu et s’allongeant ensuite. Les rugosités de sa dépouille dont elle s’efforce de sortir, lui donnent des appuis. Une plus longue portion du Cousin parait donc à découvert et en même temps la tête s’est plus avancée vers le bout antérieur de sa dépouille; mais à mesure qu’elle s’avance vers ce côté, elle s’élève de plus en plus ; le bout antérieur du fourreau et sou bout postérieur se trouvent donc vides. Le fourreau alors est devenu pour le Cousin une espèce de bateau dans lequel l'eau n’entre pas et où il serait bien dangereux qu’elle entrât. Elle ne saurait trouver de passage pour arriver au bout postérieur et les bords de la fente du bout antérieur ne sauraient être submergés que lorsque ce bout est considérablement enfoncé. Le Cousin est lui-même le mât du petit bateau qui le porte. Les grands bateaux qui doivent passer sous les ponts ont des mâls qu’on peut coucher. Dès que le bateau est hors du pont, on hisse son mât en le faisant passer successivement par diverses inclinaisons, on l’amène a être perpendiculaire au plan horizontal. Le Cousin s’élève ainsi successivement jusqu’à devenir le mât de son petit bateau, et un mât posé verticalement. On a peine à s’imaginer comment il a pu se mettre dans une position si singulière, qui lui est absolument nécessaire et comment il peut s’y conserver.... Le devant du bateau est beaucoup plus chargé que le reste : aussi a-t-il beaucoup plus

Fig. 32. La nymphe du Cousin piquant rompant ses enveloppes, et passant de l’eau

dans l’air.

peu qu’il s’élève du vent, pour peu que ce vent agisse sur la surface de l’eau. On voit pourtant d’abord avec plaisir la petite agitation de l’air qui suffit pour faire voguer le Cousin avec vitesse ; il est porté de diffé-

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de volume. L’observateur qui voit combien ce devant de bateau enfonce, combien ses bords sont près de l’eau, oublie dans l’instant que le Cousin est un insecte auquel il donnera volontiers la mort dans un autre temps; il devient inquiet pour son sort et il le devient bientôt davantage pour

rents côtés; il fait différents tours dans le baquet. Quoiqu’il ne soit que comme une espèce de bateau ou de mât, parce que les ailes et les jambes sont appliquées contre le corps, il est peut-être, par rapport à son petit bateau, une voilure beaucoup plus grande qu’aucune de celles qu’on ose donner à un vaisseau. On ne peut s’empêcher de craindre que le petit bateau ne soit couché sur le côté.... Dès que le bateau a été renversé, dès que le Cousin a été couché sur la surface de peau, il n’y a plus de ressource pour lui. J’ai vu quelquefois l*eau couverte de Cousins qui, par cet accident, avaient péri en naissant. Il est pourtant plus extraordinaire que le Cousin parvienne à finir son opération. Heureusement elle n’est pas de longue’durée ; tout le danger peut être passé en une minute.

« Ce Cousin, après s’être dressé perpendiculairement, tire scs deux premières jambes du fourreau et.il les porte en avant. 11 tire ensuite les deux suivantes; alors il ne cherche plus à conserver sa position gênante, il se penche vers l’eau, il s’en approche, il pose dessusses jambes; l’eau est pour elles un terrain assez ferme et assez solide qui, sans céder trop, peut les soutenir, quoique chargées du corps de l’insecte. Dès que le Cousin est ainsi sur l’eau, il est en sûreté, ses ailes achèvent de se déplier et de se sécher, ce qui est fait plus vite qu’on ne peut le dire ; enfin le Cousin est en état d’en faire usage, et bientôt on le voit s’envoler, surtout si on tente de le prendre. »

Peut-on rien imaginer de plus curieux que le mécanisme compliqué de cette délivrance, si minutieusement décrite par le naturaliste français?

Un dernier mot sur le Cousin piquant , dont l’existence est remplie de tant de curieux détails.

Le lecteur apprendra peut-être sans plaisir que ces insectes se multiplient prodigieusement , et que de plus ils sont extraordinairement féconds.

* Plusieurs générations naissent dans une seule année. Il ne faut à chaque génération qu’environ trois semaines à un mois pour être en état de donner naissance à une génération nouvelle. Le nombre des Cousins qui naissent dans l’intervalle d’un an, est donc vraiment effrayant. Peu de jours après que les nymphes d’un baquet se sont transformées en Cousins, on peut voir, à la surface de l’eau de ce baquet, nager des œufs, que les femelles y ont laissés, et qui sont disposés en petits amas très-élégants (fig. 33).

On trouve en Amérique plusieurs espèces du genre Cousin

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que Ton désigne sous les noms de Moustiques et de Maragouins. Tous les voyageurs parlent des souffrances que ces insectes

Fig. 33. Œufs de Cousins piquants (grossis).

font endurer, surtout dans les premiers temps, à l’étranger qui traverse ces parages. On ne peut se préserver, pendant le sommeil, de la piqûre de ces cruels ennemis qu'à l’aide de gazes tendues tout autour du lit, c’est-à-dire de moustiquaires .

Les moustiquaires ne sont pas seulement nécessaires en Amérique. Pendant l’époque des chaleurs, en Espagne, dans toute l’Italie, dans une partie du midi de la France, il faut envelopper son lit de ces rideaux de gaze ou de mousseline, si l’on veut goûter quelque repos. Il faut aussi avoir la précaution de rester sans lumière dans la chambre à coucher; car la vue de la lumière appelle aussitôt ce dangereux compagnon, dont le bourdonnement et les piqûres ne' laissent aucun repos pendant toute la durée de la nuit. Donc, avis aux personnes qui voyageraient dans les contrées que nous venons de citer.

Les Tipules ou Tipulaires ont le corps étroit et allongé, avec les pattes longues et grêles. La tête de ces animaux est ronde, et occupée en majeure partie, surtout dans les mâles, par des yeux à facettes. Les ailes, longues et étroites, sont tantôt écartées, tantôt croisées horizontalement, et quelquefois penchées, ou en toit. Les balanciers sont nus et allongés, l’abdomen long, cylindrique et souvent terminé en massue dans les mâles, et en pointe dans les femelles. Les antennes, plus longues que la tête, offrent le plus souvent de quatorze à seize articles tantôt en façon de peigne ou de scie, tantôt garnies de poils formant des panaches, des faisceaux ou des verticilles.

Ces insectes se tiennent sur les plantes, dans les prairies, les jardins et quelquefois les bois. Au premier coup d’œil ils ressemblent à des Cousins; mais ils n’ont pas de trompe, ou

plutôt leur trompe est très-courte, et terminée par deux grandes lèvres, et leur suçoir se compose seulement de deux soies.

Les grandes espèces de Tipules, qui portent les noms vulgaires de Tailleurs et de Couturières , vivent dans les prairies, vers la fin de septembre et le commencement d’octobre. Elles y sont si communes, qu’on n’y peut l'aire un pas sans voir plusieurs de ces mouches s’élever en l’air

« Quoiqu’elles prennent quelquefois uft assez grand vol. dit Réaumur, lorsque le soleil est brillant et çliaud, ordinairement elles vont peu loin; souvent môme elles ne volent que terre à terre ou plutôt qu’à la surface des herbes. Dans certains temps, elles ne se servent de leurs ailes que pour soutenir un peu leur corps à fleur des herbes, et pour le pousser en avant.

a Les jambes, surtout les postérieures, sont démesurément grandes. Elles ont plus de trois fois la longueur du corps. Elles sont pour ces insectes ce que sont des échasses pour les paysans des pays marécageux et inondés ; elles leur permettent, en effet, de passer assez commodément sur des herbes élevées. »

Les petites espèces ont été désignées sous la dénomination de Caliciformes , à cause de leur ressemblance avec les Cousins Elles sont plus agiles que les grandes espèces, dont nous venons de dire quelques mots. Non-seulement elles volent plus volontiers, mais il en est qui se tiennent continuellement dans l’air.

Dans toutes les saisons, et meme pendant l’hiver, on voit dans l’air, à certaines heu résidu jour, des nuées de petits moucherons, que l’on prend pour des Cousins: ce sont des Tipules. Leur vol mérite d’être remarqué. Chacune de ces petites mouches ne fait ordinairement que monter et descendre, et cela, à peu près suivant la même ligne verticale.

Toutes ces mouches proviennent de larves, qui ressemblent à des vers très-allongés, dont la tête est écailleuse, ordinairement munie de deux très-petites antennes coniques, de deux crochets et de quelques autres pièces propres à la manducation. Leur corps est articulé, privé de pattes, pourvu quelquefois cependant d’appendices ou de mamelons qui les simulent ou en tiennent lieu.

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Ces larves ont des habitudes très-variées. Les unes sont aquatiques : ce sont les Tipules culiciformes . Il est une petite espèce qui se multiplie beaucoup dans toutes les eaux qui croupissent.

Ces larves vermiformes étant extrêmement communes, nous devons en dire quelques mots.

Elles sont rouges et d’un assez beau rouge. Elles habitent de petits amas de matières terreuses oblongues et contournées, percées de beaucoup de trous voisins les uns des autres. Chaque trou permet au ver de faire sortir sa tête et la partie

Fi'. 34. Tipule des potagers, à l’état de larve, de nymphe et d’insecte aérien.

antérieure de son corps hors de sa cellule. Ces cellules sont faites avec des débris de matières spongieuses et légères, des fragments de feuilles pourries, etc. Chacun de ces vers se transforme en nymphe, dans le tuyau où il achève de prendre son accroissement. Par sa métamorphose l’insecte perd son crâne écailleu^ et toutes ses parties extérieures. Il passe à l’état de nymphe, munie de jambes et d’ailes, et portant sur son corselet des panaches délicats, qui sont sans doute un appareil respiratoire. Cettë nymphe est très-vive et très-agile

dans ses mouvements sur l’eau. Quand le moment de sa dernière métamorphose est arrivé, elle se débarrasse de sa dépouille empanachée, à peu près comme le fait le Cousin.

La figure 34 représente la Tipule des potagers , à l’état de larve, de nymphe et d’insecte aérien.

D’autres espèces de petites Tipules ont des larves aquatiques assez semblables à celles que nous venons de décrire. Réaumur a vu que chacun de ces vers est logé au milieu d’une plaque épaisse et convexe par-dessus, formée de gelée blanche gluante et transparente. Quant aux espèces qui deviennent de grandes Tipules, leurs larves, ou vers, ne sont pas aquatiques. Elles ont des habitations très-diverses. Elles se tiennent sous terre. Toute terre qui n’est pas sujette à être fréquemment remuée, leur est bonne. On les trouve surtout dans celles des prairies basses et humides.

Réaumur a vu dans le Poitou des grands cantons de marais à herbages qui, en certaines années, n’avaient fourni que trèspeu d’herbe pour nourrir les bestiaux, à cause du désordre que ces larves y avaient causé. Dans les mêmes cantons et dans les mêmes années, elles avaient fait beaucoup de tort à la récolte des blés.

Ces larves semblent se contenter, pour tout aliment, de la terre, à l’état de terreau. Les excréments qu’elles rejettent, ne sont, en effet, selon Réaumur, que de la terre sèche, dont l’estomac et les intestins de l’insecte ont su tirer ce qu’elle contenait d’assimilable.

Voilà donc des animaux qui se nourrissent de terre!

Les vieux arbres sont souvent creusés de cavités résultant de la pourriture du tronc. Lorsque ces creux sont anciens, leur fond est rempli d’un terreau qui ressemble à celui que laisse un bon fumier. C’est là que les Tipules vont déposer leurs œufs. Réaumur a souvent trouvé leurs larves dans des troncs d’orme et de saule. Il en a vu aussi dans le tissu charnu de certains champignons. 11 observa avec soin les mœurs et les habitudes d’une de ces larves, qui se tenait au-dessous du chapeau d’un champignon, l’Agaric du chêne.

Cette chenille est ronde et grisâtre comme un ver de terre. Elle ne marche pas, elle rampe. Les endroits où elle se tient

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en repos et ceux où elle passe, lorsqu'elle va en avant, restent revêtus d'un enduit brillant, semblable à celui que laisse en marchant la Limace ou l'Escargot.

M. Guérin-Méneville a publié une note très-intéressante sur les migrations de la larve d’un genre particulier de Tipule, connu sous le nom de Sciara . Nous emprunterons à ce savant entomologiste les curieux détails qui suivent, et qui vont nous initier à l’un des faits les plus merveilleux assurément que présente l’histoire des insectes.

Les petites larves de la Sciara sont sans pieds et à peine longues de cinq lignes, sur un tiers de ligne de diamètre. Elles sont composées de treize anneaux, et d’une tête, petite et noire.

Dans certaines années, pendant le mois de juillet, on rencontre dans la Norvège et le Hanovre, aux alentours des forêts , d’immenses traînées de ces larves , formées par la réunion d’une innombrable quantité de petits vers, agglomérés entre eux par une matière gluante. Ces associations de larves ressemblent à une sorte d’animal étrange, qui aurait la forme d’un serpent. C’est comme une corde vivante, longue de plusieurs pieds , épaisse d’un à deux pouces , et résultant de la réunion d’un nombre considérable de petits animaux qui grimpent par milliers les uns sur les autres, et se meuvent ensemble. Toute la société marche ainsi de concert, laissant sur le sol une traînée, indice matériel de son passage.

Ces étranges rassemblements d’animaux forment de petites sociétés, longues quelquefois de quelques mètres seulement; mais il arrive parfois qu’elles composent des rubans de dix à douze mètres de longueur, de la largeur de la main et ayant l’épaisseur du pouce. M. Guérin-Méneville a observé des colonnes qui avaient jusqu’à trente mètres de long.

Ces agglomérations s’avancent avec la lenteur d’une limace, et dans une direction déterminée. Si une de ces colonnes rencontre un obstacle, une pierre, par exemple, elle le franchit, le tourne, ou bien se divise en deux bandes, qui se réunissent après avoir dépassé l’obstacle. Si l’on enlève une portion de la colonne, elle se trouve partagée en deux ; mais elle

se reforme promptement, parce que la partie postérieure rejoint bientôt celle qui précède. Enfin si Ton met la partie postérieure de ce ruban animé en contact avec l’antérieure, on forme ainsi un cercle vivant, qui roule sur luB-même pendant longtemps, quelquefois pendant un jour entier, avant qu’il se soit rompu et puisse continuer d’avancer.

Quand on touche ce serpent de larves agglutinées, on éprouve un sentiment de froid.

On ne rencontre jamais ces vers en troupe par le mauvais temps; il faut un ciel serein pour engager ces étranges colonnes à se mettre en campagne.

Le phénomène, si curieux, si étonnant, delà réunion d’une quantité prodigieuse de larves sans pieds, qui avancent par un mouvement commun résultant du mouvement propre de milliers de petits vers, fut signalé pour la première fois, en 1603, par Gaspard Sclnvenefelt. Ce naturaliste ajoute que les habitants de la Sibérie considèrent ce phénomène comme le précurseur d’une mauvaise récolte, si ces cordons de vers rencontrent les montagnes; tandis que s’ils descendent vers la plaine, c’est un présage favorable.

En 17 15, Jonas Ramus parla du même phénomène, en rappelant une autre idée superstitieuse qu’y attachent les paysans de la Norvège. Cet écrivain nous apprend que les paysans norvégiens, quand ils se trouvent en présence de l’une de ces colonnes mobiles, jettent au-devant de ce ruban qui marche, leur ceinture ou leur veste. Si Yorme-drag (c’est le nom donné à la colonne mobile) franchit cet obstacle, c’est un signe de bonheur. On doit redouter, au contraire, quelque événement sinistre, si la colonne tourne l’obstacle sans le franchir (fig. 35).

Ces mèmès animaux ont été observés, vers 1845, à Birkenmoor près Hefeld, par M. Rande, inspecteur royal des forêts de Hanovre.

Comment expliquer ces étranges voyages par bandes associées et agglutinées?

M. Guérin-Méneville croit que ces larves, qui vivent en grand nombre dans certains cantons, finissent quelquefois par dévorer toutes les substances nutritives contenues dans le

. Paysans de la Norvège devant un ruban de larves de Sciarra.

DIPTERES.

terrain. Après avoir épuisé ces parages, elles sont obligées d'en sortir, pour aller chercher plus loin un lieu favorable à leur existence, ou peut-être seulement à leurs métamorphoses. C'est alors que commence ce fantastique voyage.

Quant à la réunion en colonnes de ces myriades d’individus, M. Guérin-Méneville croit qu’on peut l'expliquer par le besoin que ces larves éprouvent de se protéger mutuellement contre la dessiccation quand elles sont obligées de sortir de terre. Réunies en masses, humectées par la matière gluante qui sert à les agglomérer, ces larves peuvent s’éloigner sans danger des lieux où elles ont vécu. Livrées à elles-mêmes, elles ne tarderaient pas à périr.

Ici, comme en d’autres cas, l’union fait la force; et la force, pour nos pauvres Diptères, c'est l’humidité conservatrice!

Quelle que soit l’explication que l’on en donne, les migrations collectives de ces escadrons d’insectes sont un des plus surprenants phénomènes de la nature.

BRACIIOGÈRES.

Les Brachoceres (de 6pa/uç et xspa;, c’est-à-dire à courtes antennes) se partagent en quatre groupes. Dans ces groupes, le suçoir se compose de six soies. Il comprend, entre autres familles, celle des Tabaniens. Les insectes qui appartiennent à cette famille ont une force remarquable. L’audace et l'énergie sont poussées chez eux aü plus haut degré.

Ces insectes sont d'une taille supérieure à celle de la plupart des Diptères. Leurs ailes sont mues par des muscles puissants, leurs pieds très-robustes. Leur aiguillon est formé de six lancettes, aplaties et acérées. Répandus sur toute la terre, leur instinct est partout le même : c’est l’instinct du sang, au moins chez les femelles, car les mâles sont d’une humeur moins guerrière ; ils ne font de mal à personne, et vivent du suc aromatique des fleurs.

Les Tabaniens fréquentent particulièrement les bois et les pâturages. Pendant l’été, et aux heures les plus chaudes du

jour, on les voit voler en bourdonnant et cherchant leur proie.

M. de Saint-Fargeau a décrit le maqége que les mâles exécutent dans leur vol. On les voit sillonner les airs dans les allées des bois, en y faisant, en quelque sorte, la navette. Ils restent quelque temps suspendus à une môme place ; puis se transportent, par un mouvement brusque et direct, à l'autre bout de leur station aérienne, pour y reprendre la même immobilité, en tournant la tête, dans chacun de ces mouvements, vers des côtés opposés. Ce naturaliste s'est assuré qu’ils guettent alors le passage des femelles, et tâchent de les. saisir en se précipitant sur elles. Lorsqu’ils ont réussi à s’en emparer, ils s’enlèvent à une hauteur où on les perd de vue.

Nous ne les suivrons pas dans leurs amours empyréennes.

C’est à ce groupe qu’appartiennent les Taons ( Tabanus ).

Le Taon automnal (fig. 36) est commun dans nos contrées. Il est long de huit à neuf lignes, et de couleur noirâtre. Les palpes, la face et le front, sont gris; les antennes noires; le thorax gris, rayé de brun ; l’abdomen tacheté de jaune.

Fig. 36. Taon automnal.

Fig. 37. Chrysops aveuglant.

DIPTÈRES. 67

les jambes d’un blanc jaunâtre, les ailes a bord extérieur brun.

Le Taon des bœufs est long de douze lignes et d’un brun noirâtre. Les palpes, la face et le front, sont jaunâtres. Les antennes sont noires, à base blanchâtre; le thorax, muni de poils jaunes, est rayé de noir. Le bord postérieur des segments de l’abdomen est fauve ; les jambes sont jaunâtres à extrémité noire. Le bord extérieur des ailes est jaune. Cette espèce se rencontre fréquemment dans les bois.

Le Chrysops aveuglant (fig. 37), qui appartient à cette même famille, et dont le nom générique chrysops , signifie yeux d’or, tourmente beaucoup les chevaux et les bestiaux, en cherchant à les piquer autour des yeux. Son corps est jaunâtre, rayé ou tacheté de noir; son abdomen est jaune et ses yeux dorés.

Dans le second groupe des Brachocèrcs , le suçoir est composé de quatre soies; et les antennes sont ordinairement terminées par un style, qui semble en être plutôt le complément qu’un appendice.

Ce groupe comprend trois familles. Mais deux de ces familles seulement renferment des types assez intéressants pour nous arrêter.

Nous signalerons, dans la famille des Tanyslomes , la tribu des Asilides, celle des Empides , celle des Bombyliens et celle des Anlhraciens. Dans la famille des Brachystomes , nous signalerons les tribus des Leplidcs et celle des SyrphidesJ

Les Asiles ont pour caractère propre et principal, la force. Tous leurs organes sont combinés pour produire cette qualité, qu’ils ne manifestent que trop en se rendant aussi redoutables aux bestiaux que les Taons , mais dépassant encore ces derniers insectes en cruauté native.

Les Asiles exercent un brigandage effréné sur les autres insectes, et même sur ceux de leur propre espèce. Leur trompe est robuste; l’une des soies du suçoir est munie de petites pointes tournées en dedans, qui paraissent destinées à retenir le corps dans lequel la trompe est enfoncée. Ils opèrent leurs ^vages dans les allées des bois et sur les routes bien exposées au soleil.

Nous citerons dans ce groupe Y Asile frelon (fig. 38). Cet insecte est long de dix à douze lignes. Sa tête est jaune, ses

antennes noirâtres, son thorax d’un jaune brunâtre. Les trois premiers segments de l’abdomen sont noirs; le deuxième et le troisième offrent un point blanc de chaque côté; les autres segments sont jaunes. Les ailes sont jaunâtres et tachetées de noir sur le côté interne. Cette espèce est commune dans toute l’Europe , et vit aux dépens des chenilles et d’autres insectes, qu’elle suce avec une grande promptitude.

Les Empides vivent de proie, comme les Asilides; mais les mâles se nourrissent particulièrement du suc des fleurs.

« La rapine qu’ils exercent à l’égard des autres insectes , dit M. Macquart dans son Histoire naturelle des Diptères , se fait au vol, quelquefois à la course et . ils saisissent leurs victimes avec leurs Asile frelon. pieds conformés de diverses manières

très-favorables à ce genre de vie ; mais c’est dans les airs qu’ils se livrent le plus souvent à leurs chasses ainsi qu’à leurs amours. Ils se réunissent en troupes nombreuses qui, dans les belles soirées d’été, tourbillonnent comme les Cousins auprès des eaux. Mais une remarque singulière que j’ai faite sur l’Empis livide, c’est que, parmi des milliers de couples que j’ai vus posés sur des haies ou des buissons, presque toutes les femelles étaient occupées à sucer un insecte ; les unes tenaient de petites Friganes, d’autres des Éphémères, la plupart des Tipulaires. »

Si les Empides ont la trompe dirigée en dessous et ressemblant à un bec d’oiseau, les Bombyliens ont, au contraire, la trompe dirigée en avant.

On reconnaît le genre principal qui a donné son nom à ce groupe, à son élégante fourrure, à la délicatesse des pieds, à

DIPTERES.

la longueur des ailes étendues horizontalement de chaque côté du corps.

Beaucoup plus communs dans les climats chauds que dans le Nord, ces insectes, dont les larves ne sont pas encore connues, prennent leur essor à l’heure où les rayons du soleil sont le plus ardents. Ils volent très-rapidement, en faisant entendre un bourdonnement grave. Ils planent au-dessus des fleurs, dont ils pompent les sucs, sans se poser sur leurs corolles.

La figure 39 représente le Bombyle bichon , qui est assez commun dans toute l’Europe. Cet insecte est long de quatre à six lignes, noir, à poils jaunes. Ses pieds sont fauves; ses ailes offrent une bande brune sinuée au bord extérieur. •

Les Anthraciens ont une physionomie différente de celle des Bomby liens. Leur corps est beaucoup moins velu; leur trompe est courte et cachée dans la bouche; leurs ailes, trèsgrandes, présentent, au moins dans le principal genre, une livrée de deuil remarquable, dans laquelle les combinaisons du noir et du blanc se mêlent avec une admirable diversité.

« Ici, dit M. Macquart, la ligne qui sépare les deux couleurs est droite, là elle figure des degrés, ailleurs elle est profondément sinuée. Quelquefois la partie obscure présente des points transparents, ou la partie hyaline des taches ténébreuses. Cette sombre parure, jointe au noir velouté du corps, souvent orné de bandes argentées, donne aux Anthrax une élégance remarquable. Lorsqu’ils se fixent sur les corolles de T églantier et de l’aubépine pour en ravir les sucs, ils produisent le contraste le plus piquant et ne font pas moins ressortir leur propre beauté que celle de ces aimables fleurs. »

L 'Anthrax sinuè est commun en Europe.

Les Mouches de la famille des Syrphiens comprennent trois

Fig. 39.

^Bombyle bichon.

types remarquables, que nous ne saurions passer sous silence. Ce sont les Vermillons , les Volucelles et les Hélophiles.

Le Vermillon ( Vermileo De Gceri) (fig. 40), qui habite la France centrale et méridionale, est long de quatre à cinq lignes. Sa face est blanche, son front gris, bordé de noir. Son thorax d'un gris jaunâtre a quatre bandes brunes chez le mâle. Son abdomen est fauve, tacheté de noir; ses ailes hyalines.

La larve du Yermilion présente un corps cylindrique, aminci, et susceptible de toutes sortes d’inflexions. Sa tète est conique et armée de deux pointes cornées ; le dernier segment est allongé, aplati, relevé et terminé par quatre tentacules velus. Sur les côtés du cinquième segment, on découvre une petite saillie, d’où sort une pointe cornée et rétractile.

Cette larve a des mœurs bien singulières. Elle se creuse dans le sable un petit entonnoir, un petit enfoncement conique, où elle se tient en embuscade, comme l’Araignée, immobile au fond de son petit terrier. Dès qu’un insecte y tombe, elle lève brusquement la tête, serre sa proie dans les replis de son corps, et la dévore. Puis elle en rejette la dépouille. Elle vit de cette manière, pendant au moins trois ans, avant de passer à l’état d’insecte parfait.

Les Volucelles (fig. 41) ressemblent beaucoup aux Bourdons.

Certaines espèces usent et abusent de cette ressemblance, pour s’introduire frauduleusement dans le nid des Bourdons, et y déposer leurs œufs.

Lorsque ces œufs ont donné naissance aux larves des Volu -

DIPTÈRES

celles, celles-ci, qui ont une bouche armée de deux mandibules, dévorent les larves des Bourdons, leurs hôtes.

C'est ainsi qu'elles reconnaissent l’hospitalité qu'elles ont reçue 1

Les Hélopliiles (fig. 42) méritent d’être signalées ici à cause de la forme singulière des larves de plusieurs de ces insectes. Leur tête est grosse, charnue et de forme un peu variable. Mais ce qui les fait aisément distinguer de beaucoup d'autres larves, c’est qu’elles ont une queue toujours très-longue, et quelquefois d’une longueur démesurée par rapport à celle du corps.

Rêaumur appelait ces larves vers à queue cle rat . Il remarqua qu'elles étaient aquatiques. Ayant placé ces vers dans un vase

contenant de l'eau (fig. 43), il vit qu’ils se tenaient perpendiculaires au fond du vase, et parallèles les uns aux autres, le bout de leur queue étant à la surface de l’eau. Il eut alors l'idée d’élever peu à peu le- niveau de l’eau, et il vit à mesure s’élever le bout de la queue de chaque ver. Cette queue, qui d’abord ne s’élevait qu’à deux pouces, finit par atteindre une élévation de cinq pouces.

On remarquera que le corps de chaque ver ne dépasse pas quatre à cinq lignes en longueur. Cette queue est un organe remarquable, à l'aide duquel le ver peut aller respirer l'air, alors que son corps est couvert de plusieurs pouces d’eau. Elle se compose de deux tuyaux, dont l’un, comme celui de nos lunettes, peut rentrer dans l’autre. Réaumur l’appelle le tuyau de la respiration. 11 est terminé par un petit mamelon brun

dans lequel il y aurait, selon Réaumur, deux trous destinés à donner entrée à l’air, et il offre cinq petits pinceaux de poils qui sont étendus et flottent sur l’eau.

Lorsque l’époque' de la métamorphose de ces vers approche, ils sortent de l’eau e.t vont s’enfoncer dans la terre. Là, leur peau durcit et devient une sorte de coque. Sous cette coque l’insecte perd la forme de ver, et prend peu à peu celle de nymphe, qu’il conserve jusqu’à ce qu’il soit en état de se défaire de ses dernières enveloppes, et de paraître avec des ailes.

Fig. *»3. Hélophiles, ou vers à queues de rat, nageant dans l’eau.

Quelle vie accidentée, quelle existence pleine de changements et de péripéties, que celle de ces insectes, qui passent la première et la plus longue période de leur .existence sous l’eau, qui passent sous terre une autre partie de leur vie, et qui enfin, après avoir rampé dans ces deux éléments, jouissent, au sein de l’air, des voluptés du vol !

Le troisième groupe des Brachocères est celui des Mouches ou Dichœtes , c’est-à-dire à suçoir formé de deux soies.

Ici se rangent les Œstres , les Conops et les Mouches proprement dites.

Les Œstres sont ces redoutables Insectes qui attaquent le cheval, le mouton et le bœuf. Les travaux de Réaumur dans

DIPTÈRES

ses admirables Mémoires, et ceux de M. Joly, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Toulouse, qui a publié, en 1846, de précieuses recherches sur ce sujet, nous serviront de guide dans le rapide exposé qui va suivre.

Voici la description que donne M. Joly de YOEstre du cheval , que représente la figure 44, dessinée d'après les planches qui accompagnent le mémoire de ce naturaliste.

La tète de cet insecte est large, obtuse; la face fauve, à duvet blanchâtre, soyeux. Les yeux sont noirâtres, les antennes ferrugineuses, le thorax gris, l’abdomen d’un jaune roux, tacheté

de noir. Les ailes sont blanchâtres, non diaphanes, à reflets dorés, traversées vers le milieu par une bande flexueuse noirâtre. Les pattes sont d'un jaune pâle.

Cette espèce se trouve en France, en Italie. Elle existe aussi en Orient, et notamment en Perse.

Pendant les mois de juillet et d’août, l’OEstre fréquente nos pâturages. Elle dépose ses œufs, principalement sur les épaules et sur les genoux des chevaux. Pour cela, la femelle se tient suspendue, pendant quelques secondes, au-dessus du lieu qu’elle a choisi. Elle fond sur cette partie, et, avec la pointe recourbée de son abdomen, colle son œuf à l’un dos poils du cheval, au moyen d’une liqueur glutineuse dont elle l’enduit, et qui ne tarde pas à se dessécher. Le même moyen se répète à des intervalles très-courts. Souvent plus de quatre ou cinq cents œufs sont ainsi déposés sur le même cheval.

Guidé par un merveilleux instinct, Y Œstre femelle place généralement ses œufs sur les parties du corps que le cheval ne

Fig. 44.

Œstre mâle du cheval.

Œstre femelle du cheval.

peut atteindre avec sa langue, c'est-à-dire à la partie interne des genoux, sur les épaules, et rarement à l’extrémité libre du poil de la crinière.

C’est principalement pendant les mois les plus chauds de l’année, et quand les chevaux sont aux champs ou au pâturage, que les Œstres femelles viennent fondre et pondre sur ces utiles et excellents compagnons de nos travaux (fig. 46).

Les chevaux redoutent beaucoup l’attaque de ces insectes. Ils froncent leur peau lorsque l'OEstre y dépose ses œufs. Les suites de cette piqûre ne laissent pas d’être sérieuses. Yoici d’ailleurs quelles sont les conséquences de cette attaque et comment elles se manifestent.

Les œufs des OEstres, qui sont blancs et coniques, adhèrent aux poils du cheval, comme on le voit sur la figure 45.

Ils sont munis d’un opercule qui, au moment de l’éclosion, s’ouvre, pour laisser passage à la jeune larve. Cette éclosion a lieu, d’après M. Joly, environ une vingtaine de jours après le dépôt des œufs, et elle se fait là où l'œuf a été déposé. En effet, ce n’est pas à l’état d’œufs, mais bien sous celui de larves, que le cheval introduit lui-même, comme nous allons le dire, dans son propre estomac, les hôtes parasites à qui la nature a réservé ce singulier séjour. En se léchant, le cheval les saisit avec sa langue; plus tard, en avalant sa nourriture, il les fait pénétrer dans son estomac. Quelquefois, chose remarquable, ce sont d’autres insectes, comme les Taons, par exemple, qui, par leurs piqûres réitérées, déterminent le cheval à se lécher, et par suite à introduire chez lui son ennemi le plus cruel.

Dans le périlleux trajet qu’elles doivent parcourir de la peau du cheval à son estomac, bien des larves d’OEstres, on le

Fig. 46. Chevaux au pâturage piqués par des Œstres.

DIPTERES.

conçoit, succombent, broyées par la dent de ranimai ou écrasées par les matières alimentaires. C’est à peine si une Œstre sur cinquante arrive jusqu’à l’estomac du cheval, et pourtant, si l’on ouvre l’estomac d’un cheval attaqué par les OEstres, on le voit presque toujours littéralement criblé de ces larves.

La figure 47 représente, d’après l’une des planches qui accompagnent le mémoire de M. Joly, l’état de l’estomac d’un cheval ainsi envahi et ravagé par l’OEstre.

Fig. 47* Portion de l’estomac d’un cheval envahi par des larves d’Œstres.

Ces larves sont d’un jaune rougeâtre, et chacun de leurs segments est armé, sur ses bords postérieurs, d’une double rangée d’épines triangulaires^ alternativement plus grandes et plus petites, jaunâtres à leur base, noires à leur sommet, qui est toujours dirigé en arrière. La tête est munie de deux crochets, qui servent principalement à attacher la larve à la paroi interne de l'estomac. Les épines dont toute la surface de leur co*rps est garnie, contribuent à la fixer encore plus solidement en s’opposant par leur direction même à ce que l’animal soit entraîné par les aliments qui ont subi la première digestion.

Il est probable que cette larve, si singulièrement logée, se nourrit de la mucosité sécrétée par les cryptes de la muqueuse

stomacale, et qu'elle respire à l'aide de l'air que le cheval avale avec ses aliments, pendant l'acte de la déglutition.

Il faut convenir pourtant qu’il est plongé dans une atmosphère gazeuse fort insalubre, car à l'intérieur de l’estomac du cheval se dégagent des gaz presque tous mortels pour l'homme et pour la généralité des animaux, c'est-à-dire de l’azote, de l’acide carbonique, de l'hydrogène sulfuré et de l’hydrogène carboné.

Pour expliquer comment l’insecte peut vivre dans de telles conditions, M. Joly a proposé l’ingénieuse hypothèse suivante :

<t Quand l’estomac, que la larve habite, dit le savant naturaliste, ne renferme que de l’oxygène ou de l’air presque pur, l’insecte ouvre les deux lèvres de la cavité où sont placées les plaques stigmatiques et respire à son aise. Quand la digestion des matières alimentaires donne naissance à des gaz impropres à la respiration ou bien quand ses stigmates courent le risque d’être obstrués par les substances solides ou liquides renfermées dans le ventricule, il ferme ses deux lèvres et continue à vivre aux dépens de l’air contenu dans ses volumineuses trachées.

Quelle que soit la valeur de cette explication, ajoute M. Joly, il n’en est pas moins très-curieux do voir un insecte passer la plus grande partie de sa vie dans un milieu qui serait promptement mortel pour la plupart des animaux, dans un organe où, sous l’empire de la vie, les forces chimiques opèrent la merveilleuse transformation des aliments en la propre substance de l’animal auquel cet organe appartient. Mais comment cet insecte lui-méme peut- il résister à l’action de ces forces mystérieuses et rester seul intact au milieu de toutes ces matières qui se transforment et se décomposent sans cesse ? Autre question difficile ou plutôt impossible à résoudre dans l’état actuel de la science; autre énigme qui confond notre orgueil et dont celui-Jà seul peut-être qui a créé l’homme et le vermisseau pourrait nous dire le secret. j>

Parvenue à son développement complet, la larve d'OEstre emprisonnée dans l'estomac du cheval abandonne la membrane où- elle était restée fixée jusqu’à ce moment; puis, dirigeant la partie antérieure de son corps vers l'ouverture pylorique de l’estomac, elle se laisse entraîner par les aliments. Elle traverse, mêlée au bol alimentaire, toute l’étendue du canal intestinal, sort par l’issue extérieure de ce canal, et touche à terre, où elle cherche aussitôt un lieu convenable pour opérer l'avant-dernière de ses métamorphoses.

DIPTÈRES

Alors sa peau s’épaissit, durcit, et devient noire à l’intérieur . Tous les organes de l’animal sont formés d’une pulpe blanchâtre amorphe; mais bien tôt cette pulpe s’organise et l’insecte parfait s’achève. Il soulève un opercule placé à la partie antérieure de sa coque, déploie ses ailes et prend son vol.

Cet être, né au fond des entrailles d’un animal, est désormais appelé à vivre et à déployer ses ailes au sein des airs!

L'Œstre du bœuf (fig. 48) a le corps très-velu, la tête large, la face et le front couverts de poils fauves, les yeux bruns, les

Fig. 48. Œstre du bœuf.

antennes noires. Le corselet est jaunâtre, rayé de noir. L’abdomen est d’un blane grisâtre à sa base, couvert de poils noirs sur le troisième segment, et pour le reste, revêtu de poils d’un jaune orangé. Les ailes sont brunes, comme enfumées.

Tel est l’insecte qui cause une grande frayeur et une extrême agitation dans un troupeau de bœufs. Aussitôt que l’un de ces grands animaux se sent attaqué, on le voit, la tête et le cou tendus, la queue tremblante et placée sur la même ligne que le corps, s’enfuir vers la rivière ou l’étang le plus voisin, pendant que ses compagnons se dispersent (fig. 49).

Comment les bœufs peuvent-ils ressentir une pareille terreur à la vue de si petits insectes? et comment, d’un autre

côté, de simples mouches ont-elles le courage de braver nos plus grands animaux? On assure que le bourdonnement seul de TOEstre suffit pour effrayer le bœuf, au point de le rendre intraitable. Quant à l’insecte, il obéit simplement à la prévision maternelle qui lui commande de déposer ses œufs sous la peau de nos grands ruminants.

Disons maintenant comment les œufs de l’OEstre déposés dans les tissus du bœuf s’accommodent dans cet étrange milieu. La mère-insecte pratique dans la peau du bœuf un certain nombre de petites plaies. Chacune de ces plaies est le nid d’un œuf. C’est là qu’il doit être couvé. La chaleur du grand animal doit servir à le faire éclore. C’est une couveuse naturelle, pour faire pendant aux couveuses artificielles que les anciens Égyptiens avaient imaginées pour l’œuf des oiseaux domestiques, et que les modernes ont assez mal imitées.

Dès que la larve de l’OEstre est sortie de son œuf, logé entre cuir et chair, chez le bœuf, son hôte, elle se trouve dans un lieu parfaitement convenable à son existence. Ici, évidemment, les aliments lui sont fournis en abondance: elle est à même de la viande de boucherie! De plus, elle est défendue contre les injures de l’air. Enfin, plus heureux que l’homme, elle habite un milieu qui, en toute saison, jouit du même degré de chaleur.

Grâce à des conditions si heureuses, notre larve prend son accroissement tout à son aise, et parvient avec agrément à être mouche à son tour.

C’est au-dessous de la peau, très-épaisse, de nos bêtes à cornes, que se tiennent les larves del’OEstre. Les parties du corps du ruminant où les larves sont logées, se reconnaissent facilement. En effet, au-dessus de chaque larve, se voit une élévation, une sorte de tumeur, une bosse comme l’appelle Réaumur, la comparant, avec plus ou moins de justesse , à la bosse qui survient au crâne de l’homme qui a reçu un rude

coup.

La figure 50 représente, d’après les planches qui accompagnent le mémoire de Réaumur, la tumeur dont nous parlons.

Les paysans connaissent fort bien la nature et la cause de ces bosses. Ils savent que chacune renferme un ver (larve); que

Fig. 49. Troupeaux de bœufs dispersés par la piqûre des Œstres.

DIPTÈRES

ce ver provient d’une mouche, et qu’üi son tour il doit se transformer lui-même en une mouche.

Chaque bosse a intérieurement une cavité, qui sert de logement à la larve. Aussi la cavité et la bosse grandissent-elles de concert, à mesure que la larve se développe.

C’est ordinairement sur les jeunes vaches ou sur les jeunes bœufs, en un mot sur les bêtes à cornes de deux ou trois ans, qu’on trouve surtout ces tumeurs. Il est rare d’en voir sur de vieux bœufs. La mouche qui, en perçant la peau de l’animal,

Fig. 50. Tumeur produite par l’Œstre sous la peau du bœuf.

occasionne la naissance de ces tumeurs, choisit les peaux qui ne doivent lui présenter que peu de résistance. Railleurs des chairs jeunes et tendres ne sont-elles pas les plus propres à fournir une bonne nourriture aux larves de la mouche?

Chaque tumeur est munie d’une petite ouverture. C’est par cet étroit canal que la larve peut respirer.

Pour en examiner la cavité intérieure, Réaumur ouvrit quelques-unes de ces tumeurs, soit avec un rasoir, soit avec des ciseaux. 11 trouva cette habitation fort dégoûtante. La

larve est logée dans une véritable plaie suppurante. Le pus occupe le fond de la cavité, et la tête du ver est continuellement, ou presque continuellement, plongée dans ce liquide pathologique, a Elle y est très-bien sans doute, » dit Réaumur, qui ajoute que ce pus paraît être l’unique aliment de la larve.

L’état d’une bête à cornes, dit encore le grand naturaliste, qui a sur son dos trente à quarante bosses, serait bien cruel, serait un terrible état de souffrance , si sa chair était continuellement déchiquetée par trente à quarante gros vers. Mais il est probable qu’ils ne font point souffrir, ou qu’ils ne font souffrir que peu le grand animal.

« Aussi, ajoute Réaumur, les bêtes à cornes dont le corps est le plus couvert de bosses non-seulement ne donnent aucun signe de douleur, mais il ne parait même pas que ces bosses leur soient préjudiciables en aucune façon. y>

Réaumur a cherché à découvrir comment la larve qui a pris tout son accroissement, parvient à sortir d’une habitation où il ne lui convient plus de rester. Il se demandait comment ce ver pouvait sortir par une ouverture plus petite que le volume de son propre corps.

« La nature, dit Réaumur, a appris à ce ver le plus sûr, le plus doux, le plus simple des moyens. C’est celui auquel nos chirurgiens ont souvent recours pour tenir des plaies ouvertes ou pour étendre leur ouverture. Ils tiennent des tentes pressées dans le trou qu'ils veulent agrandir. Deux ou trois jours avant celui où le ver doit sortir, il commence à faire usage de son derrière comme d’une tente, pour augmenter le diamètre du trou de son habitation. 11 l’y fait entrer et l’en retire plusieurs fois pendant deux ou trois jours, et plus il le répète de fois, plus il est en état de tenir longtemps son bout postérieur dans le trou; il y est moins à l’étroit. Le jour qui précède celui où le ver doit sortir, on trouve presque continuellement la partie postérieure du ver dans le trou. Enfin, il en sort à reculons et touche à terre. Là il se loge sous une pierre, ou s’enfonce dans le gazon. Il demeure tranquille et se prépare à ses transformations ultérieures. Sa peau se durcit, les anneaux s'effacent, sa couleur passe au noir. Dès lors l’insecte est détaché de cette peau qui lui forme comme une coque ou une boite

Fig. 51- Sortie d’une larve d’Œstre, d’après Réaumur.

DIPTÈRES

très solide. A la partie antérieure et supérieure de la coque est une pièce triangulaire que la mouche détache lorsqu’elle est en état de paraître au grand jour. »

La figure 51 représente, d'après les planches qui accompagnent le mémoire de Réaumur, la larve d’OEstre sortant de sa coque.

L’habile observateur s’est encore demandé avec quel instrument l’OEstre peut parvenir à percer le cuir épais du bœuf.

Cet* instrument, la femelle seule le possède. Il est placé à l’extrémité postérieure du corps. C’est un cylindre, d’un brun noir, luisant, et comme écailleux. En pressant entre deux doigts le ventre de la mouche, on le fait sortir et s’allonger. Réaumur a vu qu’il était composé de quatre tuyaux qui pouvaient rentrer. les uns dans les autres, comme ceux d’une lunette (fig. 52). Le dernier tuyau, vu par-dessous, semble terminé par cinq petits boutons écailleux, qui ne sont pas placés sur la même ligne, et sont les bouts de cinq différentes parties écailleuses. Trois de ces boutons sont munis de crochets, et ces trois crochets composent un instrument excellent pour agir contre une peau dure et épaisse. Réunis, ils formeht une

1 1 Fig. 52. Tariere

cavité semblable à celle de nos tarières et qui de l 'œstre femelle se termine en cuiller. Mais cette cuiller, composée de trois pointes, est bien plus en état que celle de nos tarières de mordre sur le corps qu’elle doit percer.

La Cêphnlèmie des moutons ( Cephalæmici ovis) a reçu ce nom par suite des très- fâcheux rapports -qui s’établissent entre ces deux êtres.

Le mouton ressent à la seule vue de cet insecte une terreur extrême. Dès qu’une de ces mouches volantes apparaît, une agitation subite se déclare dans le troupeau. La brebis attaquée secoue la tête lorsqu’elle sent la mouche posée sur ses narines. En même temps, elle frappe violemment la terre avec ses pieds antérieurs; puis elle se met à courir çà et là, tenant le nez très-près du sol, flairant le gazon, et regardant avec inquiétude si elle est encore poursuivie.

C’est pour éviter les attaques de la Céphalémie que, pendant les jours chauds de l’été, on voit les moutons se coucher sur les grandes routes, enfoncer leurs naseaux dans les ornières poudreuses, ou bien encore se tenir debout, ayant la tête baissée et logée entre les deux jambes de devant, le nez presque en contact avec le sol (fig. 54).

Quand ces pauvres bêtes sont en pleine campagne, on les voit quelquefois se rassembler, de manière à former une espèce de bataillon très-compacte, placer leurs naseaux les uns contre les autres et très-près de la terre, de sorte que les moutons qui occupent les rangs extérieurs sont les seuls exposés.

La Céphalémie du mouton (fig. 53) a la tête moins velue,' mais plus grosse proportionnellement que celle de l'OEstre du cheval. Sa face est rougeâtre, son front brun, à bande pour-

Fig. 53. Céphalémie du mouton.

prée; ses yeux, d’un vert foncé et changeant. Ses antennes sont noires; son thorax est tantôt gris, tantôt brun, hérissé de petits tubercules noirs sétigères. L’abdomen, sur un fond blanc, est tjchet'é de brun ou de noir. Les ailes sont hyalines.

La Céphalémie du mouton habite l’Europe, l’Arabie, la Perse, et même les Indes orientales. Elle dépose ses œufs sur le bord des narines de l’animal.

Sa larve vit dans les sinus frontaux et maxillaires, C’est un

Fig. 54. Moutons attaqués par la Céphalémie.

DIPTÈRES

ver blanchâtre, offrant, sur chacun de ses segments, une bande transversale noire. Sa tête est armée de deux crochets cornés, noirs, parallèles, mobiles de haut en bas et latéralement. Chaque segment du corps est hérissé, en dessous, de plusieurs rangs de tubercules presque sphériques, surmontés de petites épines à pointes rougeâtres, et toutes dirigées en arrière. Ces pointes, dit M. Joly, servent probablement à faciliter la progression de l’animal sur les surfaces lisses et glissantes des membranes muqueuses auxquelles il se fixe pour se nourrir, et peut-être aussi à augmenter la sécrétion de ces membranes, par l’irritation que ces nombreux piquants y déterminent1.

Fixée au moyen de ses crochets mandibulaires à la membrane muqueuse qu’elle perfore, la larve se nourrit de mucus et de pus, et vit dans ce milieu, d’après M. Joly, pendant près d’une année entière. Elle en sort au boutde ce temps, en suivant la voie par où elle est entrée, tombe sur la terre, s’y enfonce à la profondeur de quelques centimètres, et s’y transforme en nymphe.

Sa coque est d’un beau noir. Trente à quarante jours après son ensevelissement, la larve se réveille insecte parfait. Celui-ci détache, à l’aide de sa tête, qui grossit considérablement à cet effet, l’opercule placé'à la partie antérieure de sa coque, et prend son vol.

Malgré la forme menaçante de leur trompe, les mœurs des Conops sont très-douces. A l’état adulte, on les voit seulement sur les fleurs, dont ils cherchent à sucer le suc emmiellé. Mais il n’en est pas de môme de leurs larves. Celles-ci vivent en parasites sur les Bourdons. Latreille a vu le Conops rufipècle sortir adulte du corps d’un Bourdon , par les intervalles des segments de l’abdomen.

Les Muscides forment cette grande tribu de Diptères connus sous le nom vulgaire de Mouches et qui sont répandus sur notre globe en si grande abondance.

Compagnes fidèles des plantes, les Mouches les suivent jus-

1 . Recherches sur les Œstrides en général, et particulièrement sur les Œstres qui attaquent l'homme, le cheval, le bœuf et le mouton , par N. Joly , professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, in-4°, Lyon, 1846. (Page 63.)

qu’aux derniers confins de la végétation. En même temps, elles sont appelées par la nature à hâter la dissolution des êtres qui ont cessé de vivre. Elles placent dans les cadavres des animaux leurs larves, qui font leur proie de ces chairs corrompues, et contribuent ainsi à débarrasser promptement la terre de causes funestes d’infection pour ses habitants. Aussi les organes de ces insectes sont-ils modifiés à l’infini, pour s’approprier à la diversité de leurs fonctions.

M. Macquart, le savant auteur de Y Histoire naturelle des Diptères, divise les Muscid.es en trois sections : celle des Créophiles , celle des Anthomyzides , et celle des Acalypteres.

Section des Créophiles . — Les Créophiles sont les Mouches

dont l’organisation est la plus robuste. Leurs mouvements sont vifs, leur vol rapide. La plupart se nourrissent du suc des fleurs ; quelques-uns du sang ou des humeurs des animaux. Ceux-ci déposent leurs œufs sur divers insectes, ceuxlà sur les corps en décomposition. D’autres sont vivipares.

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Les Tachinaires , par exemple, dont fait partie le genre Êchinomie (fig. 55), prennent leur nourriture sur les fleurs. Elles déposent leurs œufs sur les Chenilles. Les jeunes larves, à leur naissance, pénètrent dans le corps de ces chenilles, et s'alimentent de la substance adipeuse qui y abonde. Quelle n’est pas quelquefois la surprise du naturaliste, qui a précieusement recueilli une chrysalide, qui attend de jour en jour le brillant papillon dont elle est la mystérieuse et grossière enveloppe, et qui voit s’échapper à sa place un essaim de mouches!

Il paraît, d’après de récentes observations, que les Tachinaires exercent sur tous les ordres d’insectes cette singulière prérogative.

Hlais il est une autre manœuvre bizarre à laquelle se livrent les Diptères qui nous occupent, pour préparer à leurs larves, dès le moment de leur naissance, une abondante provision de victuailles. Voici le procédé qu’ils emploient.

Personne n’ignore que certains insectes fossoyeurs, tels que les Abeilles, Charançons, Mouches, etc., portent dans leurs souterrains leurs proies, c’est-à-dire d’autres insectes dont ils se sont emparés, et qu’ils destinent à servir de pâture à leurs propres larves. De petites Tachinaires, épiant l’instant favorable, se glissent furtivement dans ces retraites, et déposent leurs œufs sur ces victuailles mêmes qui devaient servir à régaler d’autres convives. Les larves des Tachinaires qui éclosent de bonne heure, font leur curée des provisions amassées dans le souterrain, et réduisent les légitimes propriétaires du logis à mourir d’inanition.

« Cet instinct, dit M. Macquart,* est accompagné de la plus grande agilité; de l’opiniâtreté et de l’audace nécessaires à ce brigandage; et, d’un autre côté, les Hyménoptères , frappés de crainte ou de stupeur, n’opposent aucune résistance à leurs ennemis, et quoiqu’ils fassent une guerre continuelle à divers insectes et particulièrement à divers Muscides, jamais ils ne saisissent ceux dont ils ont tant à se plaindre, et qui cependant n’auraient aucune arme à leur opposer, »

Les Sarcophages sont des Diptères fort communs, qui se trouvent le plus souvent sur les fleurs, dont ils butinent les sucs. Par une singularité très-rare chez les insectes, les femelles ne pondent pas des œufs, mais des petits vivants.

Réaumur a observé, avec son soin habituel, ce cas remarquable de viviparisme. Il le constata sur une Mouche qui, dans nos maisons, cherche, pour y déposer ses larves, les endroits où F on conserve la viande. Cette mouche est grise, ses jambes sont noires et ses yeux rouges.

Quand on a pris une de ces mouches, et qu’on la tient entre ses doigts, on voit souvent sortir de la partie postérieure de son corps un petit ver oblong, blanchâtre, cylindrique, qui s’agite, pour se dégager tout à fait. C’est une larve qui commencé à voir le jour, et qui fait des efforts pour sortir du corps de sa mère. Elle n’est pas plutôt dégagée, que le bout d’une autre commence à se montrer. Il en sort ainsi quelquefois jusqu’à trente ou quarante. Si l’on presse légèrement le ventre de la mouche, il peut sortir en très-peu de temps plus de quatrevingts de ces larves.

Si l’on présente de la viande à ces vers, ils s’y enfoncent avec empressement et la mangent avec avidité. Ils croissent rapidement, atteignent au bout de quelques jours leur grandeur définitive, se font une coque de leur propre peau. De chaque coque sort, au bout de quelque temps, une mouche mâle et femelle. Si l’on ouvre le corps de ces mouches vivipares, on voit bientôt une sorte de gros ruban contourné en spirale sur lui-même. Ce ruban paraît, au premier abord, n’être qu’un assemblage de vers placés parallèlement les uns à côté des autres. Mais chaque ver a une enveloppe membraneuse fine et blanche, analogue à ces toiles d’araignée si légères qu’on voit voltiger en automne, et qu’on nomme fils de la Vierge .

On ne peut s’empêcher d’admirer la prodigieuse fécondité qui a été donnée à cette espèce de mouche, quand on sait que, sur une longueur de 3 lignes, la larve qui renferme les petits vers, en contient 2000. Or, cette larve ayant 2 pouces 1/2 de longueur, loge, par cela même, environ 20 000 vers.

Les Stomoxes, très-voisins de la mouche ordinaire, s’en écartent beaucoup par leurs habitudes. Ce sont des buveurs de sang.

Le Stomoxe 'piquant est très-commun dans nos climats. Ses palpes sont fauves , ses antennes noires, son thorax rayé de noir, son abdomen taché de brun. Sa trompe est solide, menue

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et allongée. Elle dépose ses œufs sur le cadavre des grands animaux.

La Mouche dorée , ou Lucilie cæsar , pond ses œufs sur les viandes dépecées, ou les animaux abattus. Elle est longue seulement de trois à quatre lignes, d’un vert doré, avec des palpes de couleur ferrugineuse , des antennes brunes et des pieds noirs.

Une espèce de ce genre, la Lucilie hominivore, a acquis dans ces derniers temps, une triste célébrité. C’est à M. le docteur Charles Coquerel, chirurgien de la marine impériale, que nous devons sur ce dangereux Diptère les renseignements les plus exacts, et la révélation des dangers auxquels l’homme est exposé par ses attaques, dans certaines contrées du globe.

Mais décrivons d’abord l’insecte, qui est fort joli et de couleurs brillantes.

Fig. 56. Lucilie hominivore.

La figure 56 représente, d’après le mémoire de M. Charles Coquerel, la larve et l’insecte parfait, ainsi que les mandibules cornées qui terminent la larve.

Sa longueur est de 9 millimètres. Sa tête est grande, d’un jaune doré et duveteux. Le thorax est d’un bleu foncé trèsbrillant, à reflets pourpres comme l’abdomen. Les ailes sont transparentes, un peu enfumées; leurs nervures sont noires, ainsi que les pattes.

Cet insecte si joli est un assassin. M. Coquerel nous a appris qu’il peut, dans des circonstances particulières, produire la mort de ces malheureux condamnés que la justice humaine a déportés au lointain pénitencier de Cayenne.

Quand un de ces êtres dégradés qui croupissent dans une sordide malpropreté, s’endort, en proie à une ignoble ivresse, il arrive que cette mouche s’introduit dans sa bouche et dans ses narines. Elle y pond ses œufs, et lorsque ces œufs se sont changés en larves, il survient chez la victime de cet envahissement des désordres assez graves pour entraîner la mort1.

Ces larves sont d’un blanc opaque, longues de 14 à 15 millimètres et munies de onze segments. Elles ont une bouche armée de deux mandibules cornées très-aiguës. Logées dans l’intérieur des fosses nasales et des sinus frontaux, elles coupent, elles broient, elles rongent. On les a vues gagner le globe de l’œil , et gangréner les paupières. Elles entrent dans la bouche, corrodent et dévorent les gencives et l’entrée de la gorge, de manière à transformer ces parties en une masse de chair putréfiée, en une bouillie infecte.

Détournons nos regards de cet horrible tableau, et remarquons que cette Mouche hominivore n’est point un parasite proprement dit de l’homme, car elle ne l’attaque qu’accidentellement, comme elle attaque les êtres qui vivent journellement dans la malpropreté.

On trouve rapporté dans beaucoup d’ouvrages de médecine un fait qui se passa il y a vingt ans à la clinique chirurgicale de M. J. Cloquet. L’histoire n’est peut-être pas ragoûtante, mais elle est si curieuse au point de vue qui nous occupe, que nous ne croyons pas devoir en priver nos lecteurs. Voici donc la chose :

On apporte un jour à l’Hôtel-Dieu un pauvre diable, à demi mort. C’était un mendiant, qui, ayant dans son bissac de la viande corrompue, s’était endormi au soleil, sous un arbre. Son sommeil dut être long, caries mouches eurent le temps de déposer leurs œufs sur la viande gâtée, les larves eurent le temps de naître, et de plus, de dévorer la viande du mendiant.

Il paraît que les larves prirent goût à ce repas, car elles

1. « La plupart des transportés attaques par] la Lucilie hominivore, dit M. F. Bouyer, capitaine de frégate, dans un Voyage à la Guyane française , ont succombé malgré les secours de la science. Les cures que l'on a obtenues sont des exceptions. Sur une douzaine de morts constatées, en cite trois ou quatre guérisons.» ( Tour du Monde, 186G, 1er semestre, p. 318.)

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passèrent de la viande morte au tissu vivant. En d’autres termes, après avoir mangé la viande, elles commencèrent à manger le porteur; après avoir dévoré la chair morte, elles se mirent à dévorer l’homme vivant.

Réveillé par la douleur, le mendiant fut conduit à l’Hôtel- Dieu, où il trépassa définitivement.

Qui croirait que l’une des causes qui rendent difficile l’exploration de l’Afrique centrale, est une simple mouche, qui n’est pas plus grosse que la Mouche domestique? La Mouche tsetsé (fig. 57), brune, avec quelques raies jaunes et transversales sur

l’abdomen, et des ailes plus longues que le corps, est sans danger pour l’homme, pour tous les animaux sauvages et, parmi les animaux domestiques, pour le porc, le mulet, l’âne, la chèvre. Mais elle fait des piqûres mortelles au bœuf, au cheval, au mouton et au chien, et rend les contrées de l’Afrique centrale inhabitables pour ces animaux précieux.

Elle semble posséder une vue perçante ; « rapide comme la flèche, écrivait un voyageur, M. de Castelnau, elle s’élance du haut d’un buisson, sur le point qu’elle veut attaquer. »

M. Chapmann, l’un des voyageurs qui se sont avancés le plus loin au milieu de l’Afrique méridionale, raconte qu’il

se couvrait le corps avec le plus grand soin , pour éviter les piqûres de cet ennemi aérien. Mais si une épine avait fait à son vêtement un trou presque imperceptible, il voyait souvent la Tsetsé, qui paraissait savoir qu’elle ne pouvait traverser le drap , s’élancer et venir le piquer sur le point qui n’était pas recouvert.

Cette suceuse de sang sécrète, par une glande située à la base de sa trompe, un venin si actif, que trois à quatre mouches suffisent pour tuer un bœuf.

La Glossine tsetsé abonde sur les rives du fleuve africain le Zambèze. Elle fréquente les buissons et les roseaux qui le bordent. Elle aime d’ailleurs tous les lieux aquatiques. Les bestiaux africains reconnaissent à de très-grandes distances le bourdonnement de cet ennemi sanguinaire, et ce bruit sinistre leur cause une profonde terreur.

Le célèbre voyageur Livingstone, en traversant les régions de l’Afrique arrosées par le Zambèze, perdit, par les piqûres de la Mouche tsetsé, 43 bœufs magnifiques qui n’avaient cependant reçu (car on les surveillait de très-près) qu’un très-petit nombre de piqûres.

a L’un des caractères les plus remarquables de la piqûre de cette mouche, dit Livingstone , est d’être complètement inoffensive pour l'homme et pour les animaux sauvages, même pour les veaux tant qu'ils sont encore h la mamelle. Nous n’en avons jamais souffert personnellement, bien que nous ayons vécu deux mois au milieu de ces insectes.

<f ....Lorsqu'on a sur la main une de ces mouches, et qu’on les laisse agir sans les 'troubler, on voit sa trompe se diviser en trois parties, dont celle du milieu s’insère assez profondément dans votre peau -, l’insecte retire cette tarière , l’éloigne un peu et se sert alors de ses mandibules qui, sous leur action rapide, font contracter à la piqûre une teinte cramoisie; l’abdomen de la mouche, flasque et aplati auparavant, se gonfle ■peu à peu, et, si l’insecte n’est pas tourmenté, il s’envole tranquillement aussitôt qu’il est gorgé de sang. Une légère démangeaison succède à cette jùqûre, mais n’est pas plus sérieuse que celle qui est causée par un moustique. Chez le bœuf, l’effet immédiat ne semble pas avoir plus de gravité que chez l’homme, et ne trouble pas l’animal; mais, quelques jours après, il s’écoule des yeux et du mufle de la pauvre bête un mucus abondant, la peau tressaille et frissonne comme sous l’impression du froid, le dessous de la mâchoire inférieure commence à

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enfler, symptôme qui parfois se manifeste également au nombril ; le bœuf s’émacie de jour en jour, bien qu’il continue àpaitre, l’amaigrissement s’accompagne d’une flaccidité des muscles de plus en plus prononcée, la diarrhée survient, l’animal ne mange plus et meurt bientôt dans un état d’épuisement complet. Les bœufs qui ont un certain embonpoint à l’époque de la piqûre sont pris de vertige, comme si chez eux le cerveau était attaqué; ils deviennent aveugles, et périssent peu de temps après. Les changements subits de température, amenés par la pluie, semblent bâter les progrès du mal; toutefois l’appauvrissement graduel met généralement plusieurs jours pour arriver à son terme, et, quels que soient vos efforts, les pauvres bêtes finissent toujours par mourir....

« L’âne, le mulet et la chèvre jouissent du même privilège que l’homme et les animaux sauvages à l’égard de cet insecte. Il en résulte que la chèvre est le seul animal domestique de beaucoup de peuplades nombreuses qui habitent les bords du Zambèze , où la Mouche tsetsé devient un véritable fléau. Mes enfants étaient souvent piqués par cette mouche ; ils n’en éprouvaient aucun mal ; et nous étions entourés d’antilopes, de buftles, de zèbres, de cochons, qui paissaient impunément au milieu des tsetsés, bien que, entre la nature du cheval et du zèbre, du bœuf et du buffle, du mouton et de l’antilope, il y a trop peu de différence pour qu’il soit possible d’expliquer ce phénomène d’une manière satisfaisante : l’homme n’est-il pas lui-même un animal domestique, tout aussi bien que le chien ? Les veaux sont à l’abri des effets de cette piqûre aussi longtemps qu’ils tettent leurs mères, et les chiens nourris de lait n’en succombent pas moins au mal qui en résulte. Gette singularité nous fit croire tout d’abord que ces ravages étaient produits par quelque plante et non par l’insecte; mais le major Vardon, appartenant à l’armée de Madras, trancha la question en allant à cheval sur une petite colline infestée de tsetsés; il ne permit pas à sa bête de manger un brin d’herbe, ne resta dans cet endroit que le temps nécessaire pour regarder le pays, et pour saisir quelques-unes des mouches qui piquaient sa monture; dix jours après, le malheureux cheval était mort*. i»

Les habitants des rives du Zambèze ne peuvent donc avoir d'autre animal domestique que la chèvre. Quand des troupeaux de bœufs, conduits par des voyageurs ou des marchands, sont forcés de traverser ces lieux maudits, on ne les fait marcher que pendant les nuits claires de la froide saison. On a même soin de les barbouiller de fiente, mêlée de

1. Livingstone '.Explorations dans l'intérieur de V Afrique australe et voyages à travers le continent Saint-Paul, de Loanda à l'embouchure du Zambèze , de 1840 à 1846 ; traduit de l’anglais. In-8, Paris, 1850, pages 93-95.

lait. En effet, la mouche tsetsé a un profond dégoût pour, la fiente des animaux, et d'ailleurs, à l’époque où l’on fait voyager les bœufs à travers ces parages, elle est engourdie par l’abaissement de la température. Ce n’est qu’avec ces précautions que l’on peut franchir cette dangereuse étape.

Le genre Calliphore (Calliphora) a pour type bien connu la grosse Mouche bleue de la viande, que tout le monde connaît par son abdomen brillant et azuré, à reflets blancs.

Cette mouche, très-commune partout, est le Calliphora vomi toria , sur laquelle Réaumur a fait de si nombreuses et de si belles observations, que nous ferons connaître à nos lecteurs.

Si l’on renferme, comme l’a fait Réaumur, dans un vase de verre, une Mouche bleue de la viande , et qu’on place près de cet insecte un morceau de chair fraîche, au bout d’une demijournée à peine, la mouche aura déposé ses œufs sur la viande. Elle les dépose les uns auprès des autres, en divers tas, inégalement gros et irréguliers. L’ensemble de ces tas (fig. 58) renferme environ 200 œufs, qui sont d’un blanc irisé et quatre à cinq fois plus longs que larges. Moins de vingt-quatre heures après que l’œuf a été pondu, une larve en sort.

Fig. 58. Œufs de la Mouche de la viande.

Le jeune être n’est pas plutôt né qu’il songe à manger. Il s’enferme dans le morceau de viande, et à l’aide des crochets et du dard dont ce crochet est pourvu, il détache de petites portions de viande, qu’il ingurgite aussitôt.

Ces vers ne paraissent rejeter aucun excrément solide; mais ils produisent une liqueur gluante, qui entretient sur la viande une certaine humidité, et hâte sa putréfaction, ou, ce qui est la même chose , la rend plus tendre. Nos larves mangent donc, elles mangent toujours et beaucoup; si bien qu’en quatre ou

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cinq jours, elles arrivent à leur dernière période d’accroissement. Alors elles ne prennent plus de nourriture jusqu'à ce qu'elles se soient transformées en Mouches.

Pour le moment, elles ne sont encore qu'à l’état de nymphe. En cet état, elles n'ont plus besoin de rester sur la chair corrompue qui fut leur berceau en même temps que leur gardemanger, et où jusque-là elles s'étaient si bien trouvées. Elles la quittent donc, et vont chercher leur retraite sous terre.

Ce ver qui était blanc, transparent, charnu, et dont la chair paraissait tendre et molle, prend alors la figure d'un globe de couleur rougeâtre. Il a perdu tout mouvement, il ne peut plus ni s'allonger, ni s'accourcir, ni se gonfler, ni se contracter. La vie semble l’avoir abandonné.

a On nous raconterait un prodige, dit Réaumur, si on nous apprenait qu’il y a un quadrupède de quelque espèce de la grandeur d’un ours ou même de celle d’un bœuf qui, dans un certain temps de l’année, à l’approche de l’hiver par exemple, se détache entièrement de sa peau pour s’en faire une espèce de boite, de la figure d’une boule allongée; qu’il se renferme dans cette boite, que non-seulement il sait la rendre close de toutes parts, qu’il sait de plus lui donner une solidité qui le met à l’abri des injures de l’air et des insultes des autres animaux. Ce prodige, nous l’avons en petit dans la métamorphose de notre ver. Il se défait de sa peau pour s’en faire un logement solide et bien clos. »

Si l’on ouvre ces coques vingt-quatre heures seulement après la métamorphose des vers, on n’y trouve encore aucun vestige des parties propres aux nymphes. Mais quatre ou cinq jours après, la coque est occupée par une nymphe blanche, pourvue de toutes les parties d'une Mouche. Les jambes et les ailes, quoique contenues dans des fourreaux, sont très-distinctes. Ces fourreaux sont si minces qu’ils ne les cachent pas. La trompe de la mouche est couchée sur le corselet; on distingue ses lèvres et l’étui de l'aiguillon. La tête est grosse et bien façonnée; ses gros yeux, à facettes, sont très-reconnaissables. Les ailes semblent encore informes , parce qu’elles sont plissées et comme empaquetées. C’est la Mouche , mais la mouche immobile et inanimée; c'est comme une momie enveloppée dans ses langes.

Pourtant cette momie doit se réveiller, et lorsque vient le moment de ce réveil, elle est devenue forte et vigoureuse. C’est

qu’en effet elle a besoimde force et de vigueur pour accomplir cet acte important de sa vie. Bien que ses langes soient minces , c’est pour la nymphe un grand ouvrage que de s’en débarrasser, car chacune de ses parties extérieures en est enveloppée comme d’un étui, à peu près comme un gant s’ajuste exactement à tous les doigts de la main. Mais ce qui doit exiger le plus de force, c’est l’opération consistant à pratiquer l’ouverture de cette coque, de ce cercueil, dans lequel notre momie est étroitement enfermée.

C’est toujours par le même bout que chaque Mouche sort de sa coque, par celui où est placée sa tête, et où se trouvait auparavant celle du ver. Ce bout est composé de deux pièces, de deux demi-calottes appliquées l’une contre l’autre. Ces deux demi- calottes peuvent se détacher l’une de l’autre et du reste de la coque. Il suffit à la Mouche qu’une des deux soit détachée ; et pour arriver à ce résultat, elle emploie un moyen bien surprenant. Elle gonfle et elle contracte alternativement sa tête, comme par un mouvement de diastole; et la tête, en se gonflant, pousse les deux demi-calottes du bout de la coque. Celle-ci ne résiste pas longtemps contre les coups de bélier que la Mouche produit avec sa tête, et l’insecte sort enfin triomphant.

Cependant notre nouveau-né est encore assez différent de ce qu’il sera bientôt. Cette Mouche, qui doit être bleue, est alors grisâtre. Mais elle avance vite en perfection. Au bout de trois

Fig. 59. Mouche de la viande.

heures seulement, elle a atteint sa couleur définitive, et dans un temps fort court toutes les parties de l’animal prennent la

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consistance et la fermeté qui les caractérisent. En même temps, les ailes qui, au moment de son entrée dans le monde, étaient de vrais moignons, s'étendent peu à peu et déplient tous leurs zigzags. On voit alors la Mouche à viande telle que nous la connaissons (tig. 59).

Un des points de la structure de cette Mouche qui a le plus attiré l'attention de Réaumur, et qui est bien digne d'exciter la curiosité de tous ceux qui s'intéressent à tout ce petit monde ailé, c’est la composition de sa trompe. Avec l'illustre observateur de l'œuvre de Dieu chez les Insectes, nous jetterons donc un regard sur l'appareil , compliqué et remarquable, à l'aide duquel la Mouche, ce parasite, cet affamé, ce gourmand de nos repas, peut sufcer les liquides, et même goûter à des substances solides et cristallines, comme un morceau de sucre.

Il n'est pas difficile d'obliger une Mouche à montrer sa trompe tout entière, bien étendue et bien gonflée. On n’a qu'à presser entre deux doigts, soit les deux côtés, soit le dessus et le dessous du corselet. On la force ainsi, et sur-le-champ, à tirer la langue, pour ainsi dire .

Cette trompe paraît composée de deux parties articulées ensemble, et qui forment un angle plus ou moins ouvert (tig. 60).

Fig. 60. Partie conique de la trompe

Trompe de la Mouche de la viande. de la Mouche de la viande.

La première portion de la trompe, celle qui part de la tête, est entièrement membraneuse et a la forme d'un entonnoir. Nous la nommerons la partie conique et la représenterons à part (Gg. 61). La seconde portion se termine par un empâtement, en partie cartilagineux ou écailleux et d'un brun luisant. En dessus de la portion conique s’élèvent deux espèces d’antennes oblongues, sans articulations, de couleur marron et garnies de poils.

Si Ton cesse de presser le corselet, on voit la partie conique membraneuse et musculeuse se retirer dans son espèce de boîte (fig. 62). Sa base est. fixe et le reste se raccourcit en se plissant et entraînant les deux antennes. La seconde portion est en même temps tirée dans la cavité, mais elle se redresse en faisant des angles de plus en plus aigus, de façon que quand elle arrive à l'ouverture de la cellule, sa longueur est parallèle à celle de cette cellule qui a toute la capacité néces-

saire pour recevoir cette seconde partie. L’empâtement s’allonge et s’aplatit un peu, et il recouvre la trompe.

Obligeons une seconde fois la trompe à s’étendre, pour bien voir son bout. C’est là que se trouve l’ouverture qui peut être regardée comme la bouche de l’insecte, et comme une bouche munie de deux grandes et épaisses lèvres (fig. 63).

Ces lèvres forment un disque perpendiculaire à l’axe de la trompe, ovale, et divisé par une fente en deux parties égales et semblables. Les lèvres ont chacune un grand nombre ‘de cannelures parallèles et perpendiculaires à la fente. Ces cannelures sont formées par une suite de vaisseaux posés les uns auprès des autres. 11 suffit de presser la trompe pour voir les vaisseaux distendus par un liquide.

Réaumur, auquel nous empruntons tous ces détails, a découvert quelques-uns des usages de cette trompe. Sur les parois intérieures d’un vase de verre bien transparent, il étendit de légères couches d’un sirop épais. Puis il y renferma des Mouches. Il lui fut dès lors aisé d’en voir quelques-unes qui allaient se fixer sur les parois, pour se régaler de la liqueur sucrée dont elles sont très-friandes. 11 les observa avec soin, et, dans son admirable livre, il invite les curieux à se donner ce

Fig. 62. Trompe rétractée de la Mouche de la viande.

Fig. 63. Extrémité de la trompe de la Mouche de la viande.

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spectacle, dont ils seront assurément satisfaits, comme il le fut lui-même.

Pendant que le corps de la trompe est fixe, son bout est dans une grande agitation. On y voit des mouvements de plusieurs espèces, et tous d'une vitesse surprenante. Ce sont les lèvres qui agissent de cent façons différentes, et toujours avec rapidité. Alternativement le petit diamètre du disque qu’elles forment, s’allonge et se raccourcit; l’angle des deux lèvres varie à chaque instant; elles" deviennent successivement plates et convexes, soit tout entières, soit par portion.

Tous ces mouvements, remarque Réaumur, donnent une grande idée de l’organisation de la partie qui les exécute.

Le but de tous ces mouvements, c’est de Xlg. faire entrer le sirop dans l’intérieur de la ,Lè7e la tro°ipe trompe. Si l’on considère avec attention viande, ces lèvres (fig. 64), on remarquera aisément qu’elles se touchent vers le centre du disque et laissent entre elles deux ouvertures, l’une en avant, l’autre èn arrière. Celle qui est en avant est, pour ainsi dire, la bouche de la Mouche, car c’est à cette ouverture qu’est conduite la liqueur qui doit être et qui est bientôt introduite dans la trompe. Sans nous préoccuper, pour le moment, du conduit par lequel elle monte, nous pouvons demander d’avance, quelque soit ce canal, quelle est la force qui contraint la liqueur à s’y élever.

Il est presque certain que la succion est la principale cause qui fait monter la liqueur dans cette trompe. Celle-ci serait dès lors une pompe aspirante, dans laquelle la liqueur est poussée par la pression dé l’air extérieur. La mouche vide d’air le canal de sa trompe, et la goutte liquide appliquée contre l’ouverture pénètre et monte dans ce canal, sous l’influence de la pression de l’air. Il faut ajouter à ce phénomène physique les mouvements nombreux et multiples qui se font dans la trompe, et qui doivent déterminer des pressions capables de faire avancer la liqueur introduite dans le canal.

Réaumur s’est demandé comment des sirops très-épais, et même du sucre solide, peuvent être aspirés par la trompe molle

de la Mouche. 11 a vu ici des merveilles. Il a vu que si une Mouche rencontre un sirop trop épais, elle sait le rendre suffisamment liquide; — que si elle rencontre du sucre trop dur, elle sait en fondre de petites portions. Il existe, en effet, dans son corps une provision de liqueur, dont elle fait sortir à volonté une goutte par le bout de sa trompe. Elle laisse tomber cette goutte de liquide sur le sucre qu’elle veut dissoudre, ou sur le sirop qu'elle veut étendre.

Une Mouche qu’on tient entre ses doigts, laisse souvent apercevoir, au bout de sa trompe, une goutte de cette liqueur, très-fluide et très-transparente.

a L’eau versée pour ainsi dire sur le sirop, dit Réaumur, ne s’insinuerait pas toujours assez vite .entre toutes ses parties, le mouvement des lèvres de la Mouche hâte l’opération; les lèvres retournent, manient et pétrissent le sirop, afin que l’eau le pénètre promptement, comme on manie et pétrit avec les mains une pâte dure qu’on veut ramollir en y faisant entrer l’eau qui la couvre. C’est ainsi encore que la Mouche en use pour le sucre. Quand la trompe est obligée d’agir sur un grain d’une figure irrégulière et raboteuse sur lequel elle ne peut s’appliquer commodément, son bout se conlourne pour le saisir, pour l’embrasser. Quel- ' que fois il est très-plaisant de voir comment la Mouche retourne le grain en divers sens; il semble qu’elle joue avec ce grain comme un singe joue avec une pomme. Ce n’est pourtant que pour parvenir à le bien tenir, à le mouiller avec plus de succès et à pomper ensuite l’eau qui l’a dissous en partie, r

Réaumur a remarqué souvent une goutte d’eau au bout de la trompe de Mouches qui étaient complètement rassasiées d’aliments. Il a vu cette goutte remonter dans la trompe, puis redescendre à son extrémité, et cela à plusieurs reprises. Il lui a semblé que ces Mouches, comme plusieurs espèces de nos quadrupèdes, avaient besoin de ruminer; que pour mieux digérer la liqueur qu’elles ont fait passer dans leur estomac, elles sont obligées de la faire revenir dans leur trompe, pour l’y faire rentrer ensuite mieux préparée.

Pour s’assurer directement de la réalité de sa supposition, Réaumur goûta l’eau qu’avait amenée' au bout de sa trompe une Mouche qui, dit-il, «Vêtait soûlée de sucre, » et il trouva cette eau sucrée. De même, ayant offert de la gelée de groseille à une Mouche, il entrevit, après qu’elle s’en fut suffisam-

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ment gorgée, plusieurs gouttes d'une liqueur rouge dans la trompe, et, l’ayant goûtée, il trouva la saveur que sa vue seule faisait deviner d’avance.

L’illustre observateur qui avait déjà fait toutes ces jolies découvertes sur la structure et sur les fonctions de la trompe des Mouches, avait souvent réfléchi sur ce fait, que des liqueurs dont les Mouches sont friandes, sont renfermées sous la peau de certains fruits, comme les poires, les prunes, les raisins, etc., ou même sous la peau de certains animaux dont elles aiment à sucer le sang. Pour que la trompe d’une Mouche puisse agir dans de telles circonstances, il faut donc qu’elle ait piqué et ouvert la peau. S’il en est ainsi, pensait Réaumur, les Mouches doivent avoir un aiguillon. Il chercha longtemps cet aiguillon et finit par le trouver.

Cet aiguillon existe sur le dessus de la partie de la trompe qui est terminée par les lèvres. Il

verture qu’on observe entre les lè- de la Mouche dela viandevres de la trompe, vers son bord antérieur, où se rendent des ruisseaux de la liqueur sur laquelle les lèvres agissent. C’est là l’unique ouverture des lèvres, et le suçoir qui s’empare de la liqueur est la même partie que nous appelions tout à l’heure l’étui de l’aiguillon.

Quand on est avec Réaumur, on ne s’en séparerait jamais. Cependant nous nous arrêterons là à ces détails, pour continuer notre revue des principaux genres des Diptères.

Le genre Musca (mouche), dans lequel Linné comprenait l’immense série des Diptères, à l’exception des Tipulaires, des Tabaniens, des Asiles, des Bombyleset des Empides, est maintenant réduit à la Moucha domestique et à quelques espèces voisines.

Les habitudes de ces compagnes de nos logis se rapportent aux deux grands mobiles de la vie animale '. manger et assurer la perpétuité de l’espèce.

est placé dans une coulisse charnue et enveloppé dans un étui. C’est une pointe très-fine à l’extrémité et de couleur blonde (fig. 65). Le bout de cet aiguillon se trouve dans l’ou-

Fig. ü5. Aiguillon de la trompe

de la Mouche de la viande.

Les Mouches se nourrissent principalement des fluides qui transsudent du corps des animaux, c’est-à-dire de la sueur, de la salive, de la sanie des plaies et autres excrétions. Elles recherchent aussi les sucs végétaux; car on les voit dans nos habitations s’acharner sur les fruits et les substances sucrées.

Les Mouches ordinaires déposent leurs œufs sur les végétaux, et particulièrement sur les champignons en décomposition, sur les fumiers, les bouses de vache, etc.

Les Mouches sont essentiellement parasites. Elles se jettent sur les hommes et les bestiaux, pour humer les substances fluides répandues à la surface de leur corps. Dans nos habitations, elles butinent sur tout ce qui peut les nourrir. Leurs générations se succèdent avec une grande rapidité.

La Mouche domestique ( Musca clomeslica) est longue d’environ trois lignes, d’une couleur cendrée avec la face noire, les côtés jaunâtres et le front jaune à bandes noires (fig. 66). Les antennes sont noires ; le thorax présente des lignes noires ; l'abdomen est pâle en dessous et ses côtés sont d’un jaune transparent chez les mâles. 11 est marqueté de noir. Les pieds sont noirs; les ailes sont assez claires, à base jaunâtre. Cette espèce est extrêmement répandue dans toute l’Europe. Tout le monde sait combien elle est incommode aux environs de Paris, vers la fin de l’été, et surtout dans le midi de la France, pendant la saison chaude.

La Mouche des bœufs ( Musca bovinci), très-voisine de la Mouche domestique , est également très-commune en ‘France. Elle se jette sur les narines, les yeux, ou les plaies des bestiaux.

La Mouche bourreau (Musca carnifex) , qui n’est pas rare en France, attaque aussi les bœufs. Elle est d’un vert métallique obscur, à léger duvet cendré. Son front est argenté sur la face et sur les côtés. Son abdomen est bordé de noir, ses ailes hyalines à base jaunâtre.

Section des Anthomyzides. — La section des Anthomyzides renferme des jnsectes qui semblent être des Créophiles dont l’organisation s’affaiblit par une gradation presque insensible.

Mouche domestique.

DIPTÈRES

Leurs couleurs sont très- diverses. Le noir, le gris, le ferrugineux se nuancent et se combinent à l'infini. Ajoutez à cela des reflets qui recouvrent le fond et changent la livrée du petit animal suivant Fincidence des rayons lumineux.

Les mœurs des Ànthomyzides offrent, comme leur organisation, de grands rapports avec celles des Muscides.

Dans ce groupe de Diptères , nous dirons d’abord quelques mots des Anthomyies.

Ces mouches sont répandues dans tous les lieux, sur toutes les fleurs, et particulièrement sur les capitules des Composées et les ombelles des Ombellifères. Elles se réunissent souvent en troupes nombreuses, dans les airs, et s’y livrent, comme les Tipules , aux danses joyeuses auxquelles l’amour les convie.

Les femelles déposent leurs œufs dans la terre , et leurs larves s’y développent rapidement. Celles-ci se suspendent à quelque corps , comme font les Chrysalides, pour s’y transformer en nymphes.

L’Anthomyie pluviale (fig. 67) est longue de deux à quatre lignes, d’un cendré blanchâtre. S„s ailes sont hyalines. Son thorax présente cinq taches noires, et son abdomen trois rangs de ces memes taches.

Nous nous arrêterons un moment sur les Pégomyies , qui sont très-intéressantes à l’état de larve, et qui ont excité l’intérêt et la sagacité de Réaumur.

Le berceau de ces Diptères, c’est l’intérieur des feuilles. Ils travaillent, comme des mineurs du monde végétal, dans le parenchyme des feuilles, entre les deux membranes épidermiques.

La jusquiame, l’oseille, le chardon nourrissent surtout leurs larves. Si l’on tient, et qu’on considère en face du jour, une

Fig. 67.

Anthomyie pluviale.

feuille dans laquelle un de ces mineurs s’est établi , on voit l’ouvrier forer continuellement la membrane végétale. Sa tête est armée -d’un crochet, formé de deux pièces cornées, et il pioche, avec ce crochet, dans le parenchyme de la feuille. L’effet des coups de pioche est visible, car les endroits sur lesquels ils tombent, prennent peu à peu de la transparence. Chaque coup détache une petite portion de la substance de la feuille. C’est de celte façon que nos mineurs se creusent des galeries, dans lesquelles ils trouvent le couvert, le vivre et la sécurité.

Les uns se changent en nymphes dans la galerie même qu’ils ont creusée, les autres sortent des feuilles lorsqu’ils sont près de leur première transformation.

Section des Acalyptères. — Les Acalyplères, qui terminent l’im-

Fig. 68. Hélomyze.

mense tribu des Muscides, comprennent le plus grand nombre de ces insectes. Leur organisation est amoindrie et leur complexion délicate. Ils vivent le plus souvent dans l’épaisseur des

DIPTÈRES

bois, sur le gazon et les plantes aquatiques. Redoutant l'éclat et la chaleur du soleil, ils ne von t jamais puiser le nectar des fleurs. Leur vol est faible. Ils ne se livrent pas à ces joyeuses danses aériennes que nous avons signalées dans les groupes pré édents. Leur vie est généralement triste, obscure et cachée. Les uns recherchent les substances animales et végétales décomposées, les autres les matières végétales vivantes.

Nous ne pourrons signaler dans cet immense groupe de Muscides que quelques types, intéressants à divers égards, tels que les Hèlomyzes , les Scatophages , les Orlaluies , les Daciis, les Thyrèophores .

Les Hèlomyzes (fig. 68) vivent dans les bois. Leurs larves se développent au sein des champignons. Réaumur a étudié la larve de YHêlomyze de la truffe. Cette mouche a la tête de couleur ferrugineuse, le thorax d’un gris brun, les épaules d’un jaune brunâtre, les ailes brunâtres, l’abdomen jaune et brun, les pieds roux.

Les larves de ces insectes exercent une déprédation que les gourmets ne lui pardonneront pas : elles gâtent les truffes. Lorsqu’on presse entre les doigts une truffe trop avancée, on y sent des parties ramollies qui cèdent sous cette pression. Si l'on ouvre la truffe, on trouve en ces points des larves de l'insecte qui nous occupe.

Ces larves sont blanches et très-transparentes, elles ont une bouche armée de deux crochets noirs. C'est avec ces crochets qu’elles piochent la truffe, comme d’autres larves piochent la viande. Les excrétions que rendent ces petits parasites provoquent la décomposition, la pourriture de la truffe.

Au bout de quelques jours, les larves ont pris tout leur accroissement. Elles quittent alors la truffe, et vont se loger dans la terre, pour s'y changer en nymphes.

Les Ortalides constituent une tribu qui se fait remarquer par le port relevé des ailes, ordinairement bariolées, le mouvement de vibration de ces organes, et surtout le berceau que ces Muscides choisissent pour leur progéniture dans les fruits et les graines. La nature paraît avoir assigné à chaque espèce un végétal particulier.

Nous ne signalerons ici que YOrtalide du Cerisier , dont la larve vit de la pulpe des cerises. La mouche est longue d'une ligne et demie. Elle est d’un noir un peu métallique, sa tête est fauve, le bord des yeux blanc, les tarses roux. Les ailes sont rayées de quatre larges bandes noires.

Le Dacus des olives (fig. 69) est une petite mouche moitié moins grosse que notre Mouche commune, d'un gris cendré sur le dos, avec la tête d'un jaune orangé, les yeux verts et le front jaune, marqué de deux gros points noirs. Son corselet est orné de quatre taches d'un jaune pèle, et sa partie posté-

Fig. 69. Dacus des olives.

rieure est de cette même couleur ainsi que les antennes et les pattes. Les ailes sont transparentes, à reflets verts, dorés, roses et bleus suivant l'incidence des rayons lumineux, et caractérisées par une petite tache noire à leur extrémité. Le ventre est d'un jaune fauve ou orangé, taché de noir de chaque côté. Cette mouche a des mouvements brusques et saccadés; elle porte ses ailes étendues, elle sautille plutôt qu'elle ne vole. C'est un insecte désastreux, un véritable fléau qui fait perdre à l'agriculture française cinq ou six millions tous les deux ou trois ans.

M. Guérin -Méneville a fait sur le Dacus des olives de précieuses observations, et indiqué, sur l'invitation de la Société impériale d' Agriculture de Paris, les moyens de préserver les olives de cette larve ruineuse, qui fait ordinairement manquer deux récoltes sur trois. C’est à ce savant entomologiste que nous emprunterons les détails qui vont suivre.

A l’époque où les olives sont formées, le Dacus vient placer un œuf sous l’épiderme de chacun de ces fruits. A l’aide

DIPTÈRES

d’un petit instrument corné dont la femelle est pourvue, elle perce la peau de l’olive d’un petit dard contenu dans cet instrument, agite ses ailes et pond. Elle se nettoie, elle se délasse ensuite, en passant ses pattes sur sa tête, sur ses ailes et .sur toutes les autres parties de son corps. Puis elle s’envole, et va chercher une autre olive, pour y déposer un autre' œuf;

Fig. 70. Olives attaquées par le Dacus, pour y faire sa ponte.

elle répète cette manœuvre jusqu’à ce qu’elle ait placé ainsi sur autant de fruits les trois ou quatre cents œufs qu’elle porte.

La figure 70 montre, d’après le mémoire publié par M. Guérin-Méneville dans la Revue nouvelle du 15 juillet 1847, le Dacus, faisant sa ponte sur une olive, et les larves déjà nées à l’intérieur d’un autre de ces fruits.

Les larves qui succèdent à ces œufs sont blanchâtres, molles, sans pattes (fig. 71). Elles passent quinze à seize jours dans la

pulpe de l’olive, en s’y creusant une galerie, d’abord verticale, qui va aboutir au noyau, puis détournée, et longeant ce noyau. Quand ces larves sont arrivées au terme de leur développement, elles se rapprochent de la surface, élargissent le premier canal, et ne laissent entre ce canal et l’air extérieur qu’une, mince pellicule, au milieu de laquelle on aperçoit la petite ouverture primitive par laquelle la mère avait d’abord introduit son œuf.

La ligure 72, exécutée d'après le dessin qui accompagne le mémoire de M. Gu érin-Méne ville, montre la galerie creusée

Fig. 71. Larves

par la larve du Dacus.

autour de l’olive par la chenille du Dacus. Cette larve prépare ainsi une issue facile à l’insecte parfait. Alors sa peau se contracte , son corps diminue de longueur et se transforme en une coque ovalaire, qui ne tarde pas à brunir; c’est •la chrysalide de l’insecte. Elle présente du côté de la tête une ligne arquée, une fine suture qui masque une sorte de calotte, ou de porte, que la mouche fera sauter aisément avec sa tête, lors de son éclosion. Douze jours après la métamorphose de la larve en nymphe, la mouche éclôt.

Il a donc fallu au Dacus vingt-sept à vingt-huit jours pour parvenir à cet état, depuis le moment où l’œuf a été pondu. Aussi cette espèce, sous le chaud climat de la Provence et de lTtalie, peut-elle se reproduire plusieurs fois, depuis le commencement de juillet, époque où les premières mouches commencent à pondre, jusqu’à la fin de l’automne.

Pour sauver en ces pays une notable partie de la récolte des olives, M. Guérin-Méneville a conseillé d’avancer suffisam-

DIPTÈRES

ment la récolte, pour que toutes les olives soient broyées à une époque où les larves de la dernière génération qui doivent se conserver dans les olives abandonnées ou dans la terre, selon les climats, soient encore dans ces fruits. Si une première opération ne suffisait pas pour tout détruire, on la répéterait Tannée suivante. On serait bien dédommagé du sacrifice qu’entraînerait cette pratique, par une succession de bonnes récoltes, et par la certitude d’un bénéfice assuré et permanent. En effet, par une récolte hâtive, on obtient encore au moins une demirécolte d’huile; tandis qu’en attendant l’époque ordinaire de la cueillette des olives, on laisse aux larves du Dacus le temps de ronger tout leur parenchyme, ce qui leur enlève le peu d’huile qu’elles auraient pu donner si Ton avait moins attendu pour les détruire. Cette cueillette hâtive offre encore l’avantage de détruire un grand nombre de larves, ce qui diminuera d’autant les moyens de reproduction de la mouche.

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