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Mémoires , tome VI, page

est fait. Le mouvement de ses mandibules est encore plus prompt que celui de ses jambes.

Vers la fin de l’été,* le guêpier peut renfermer jusqu’à trois jinille ouvrières, et jusqu’à trois cents femelles, qui vivent en bonne harmonie. Le nombre des mêles égale celui des femelles. Une femelle pèse, à elle seule, autant que trois mâles, ou que six ouvrières.

A l’exception de celles qui s’occupent de la bâtisse et de l’éducation du couvain, toutes les Guêpes vont à la chasse, pendant la journée. Elles sont carnassières. On les voit s’attaquer à d’autres insectes, qu’elles dépècent, après les avoir tués, afin d’en emporter les quartiers au nid, où des milliers de bouches béantes réclament leur nourriture.

La Guêpe affectionne les vignes dans nos campagnes. Elle pénètre aussi dans l’intérieur de nos maisons. Elle infeste les étals des bouchers. Mais ces derniers ne s’en plaignent pas trop, car la Guêpe éloigne les mouches, qui déposeraient leurs œufs sur la viande fraîche, et contribueraient ainsi à la corrompre.

.Quand l’hiver approche, les sorties des Guêpes deviennent de plus en plus rares, et elles cessent bientôt tout à fait. La plupart meurent alors, blotties dans leur nid. Quelques femelles seules, comme nous l’avons dit, .traversent la froide saison. Elles dorment, les ailes et les pattes repliées sous le corps, ce qui leur donne l’aspect de chrysalides.

Elles peuvent néanmoins encore piquer dans cet état, ainsi que M. Guérin-Méneville en a fait la douloureuse expérience.

Le printemps les réveille, et elles fondent alors de nouvelles colonies.

a C’est dans cette saison, dit M. Maurice Girard dans son livre sur les Métamorphoses des insectes, qu’avec un peu d’entente il serait aisé de diminuer singulièrement le nombre des Guêpes si nuisibles plus tard aux fruits, en chassant au filet les mères Guêpes , qu’on attirerait en abondance au moyen de groseilliers-cassis en fleurs. »

Avis aux cultivateurs. %

Les Frelons se distinguent des autres Guêpes par leur grande taille. Ils aiment à faire leur nid dans les troncs des vieux arbres. Ils perforent le bois sain, pour arriver au noyau carié, où ils creusent un trou, qu’ils déblayent parla galerie d’entrée.

HYMÉNOPTÈRES

Dans ce trou, ils construisent d'abord une calotte, suspendue à la voûte par un pédicule, puis une série de gâteaux composés de cellules et suspendus le premier à cette calotte, le deuxième au premier, et ainsi de suite, par des tiges ou piliers d’une substance papyracée.

Les nids logés sous des toits ont souvent la forme d’une poire allongée. La figure 379 représente un de ces nids, d’après Réaumur.

Les sociétés de Frelons sont encore moins nombreuses que celles des Guêpes ordinaires. Elles comprennent au plus deux cents individus.

Les Polistes sont des Guêpes particulières, plus petites que les autres, élancées, à abdomen aminci à sa base. Elles emploient moins de façons pour construire leurs nids, qui sont dépourvus d'enveloppes, comme le montre la figure 380. Elles les attachent aux tiges de genêts ou d’autres arbustes, par un pédicule. Ce sont des espèces de petits bouquets papyracés , composés de vingt à trente cellules groupées en cercle ou en éventail, dans une position oblique.

La Guêpe canonnière de Cayenne ( Chartergus nidulans fig. 381) est un artiste consommé. Son nid représente une sorte de boîte

ou de sac, fabriqué avec un carton si fin et si blanc, que le meilleur ouvrier cartonnier s’y méprendrait,

Fig. 380. Nid de Poliste française.

Le nid de Chartergue ou Guêpe canonnière offre un seul trou au centre de sa base; chacun des gâteaux qu’il contient est également percé d’un trou à son milieu, afin de donner passage aux Guêpes.

Fig. 381. Guêpe cartonnière.

Au point de vue de l'architecture, la Guêpe cartonnière est presque supérieure à l’Abeille, car l’Abeille ne bâtit pas sa demeure, elle ne fait que la meubler , comme le fait remarquer, avec raison, Latreille.

Le Chartergue brésilien , que les habitants du Brésil nomment Lechcguana , fabrique un miel dont l’usage n’est pas sans danger. Il occasionne le vertige et de vives douleurs d’estomac. Le naturaliste Auguste Saint-Hilaire, pendant son séjour au Brésil, en ressentit lui-même les effets fâcheux.

11 y a encore des Guêpes solitaires, qui font leurs cellules dans des trous qu’elles creusent dans la terre, ou dans les tiges de certaines plantes. A l’état adulte, elles se nourrissent de miel; mais leurs larves sont carnassières, et la femelle est obligée de leur apporter des insectes vivants.

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Les plus communes de ces Guêpes solitaires sont les Odynères.

L’ Odynère rubicole fait son nid dans une tige de ronce (fig. 382), avec du mortier qu’elle prépare. La larve (fig. 383) tapisse

adulte.

Fig. 383.

Larve

de rodynère rubicole.

Fig. 384.

Nymphe

de l'Odynère rubicole.

sa loge d’un cocon soyeux; puis elle devient nymphe (fig. 384). C’est l’œuf le dernier pondu qui éclôt le premier; puis viennent les autres dans l’ordre inverse de leur ponte. S’il en était autrement, les insectes ne pourraient pas sortir de leurs cryptes sans détruire sur leur passage les nymphes moins avancées.

Fig. 385. Nid de l’Odynère dans une tige de ronce.

Nous représentons (fig. 385) le nid de YOdynère bâti par ce petit insecte à l’intérieur d’une tige de ronce.

Les Fourmis . — Les mœurs des Fourmis sont aussi remarquables que celles des Abeilles. Dans leurs merveilleuses républiques, chacun a ses attributions déterminées, dont il s’acquitte par sentiment et sans contrainte. Confiée à tous les citoyens, l’autorité s’exerce au profit de tous. Par suite des habitudes de prévoyance et de frugalité, l’aisance règne dans les demeures de ces petits animaux, qui s’attachent à leur patrie •souterraine avec une sorte de patriotisme exalté. Malheur à

celui qui viendrait les troubler dans leurs occupations, ou démolir leur maison. Les Fourmis sont un peuple guerrier qu*on n’attaque pas impunément!

Les Fourmis, comme les Abeilles, forment une véritable république, composée : 1° des mâles; 2° des femelles; 3° des neutres, ou ouvrières. Nous verrons plus loin les travaux et le rôle de chacun de ces trois ordres de membres de la république. Parlons d’abord des espèces.

Les Fourmis se divisent en un grand nombre d’espèces, qui ont été décrites avec soin, par Réaumur, de Geer, Latreille, et Pierre Huber, le fils du célèbre aveugle qui a si admirablement écrit l’histoire des Abeilles.

Toutes ces espèces ont cependant quelques traits généraux communs qui les font distinguer aisément de tous les autres insectes.

Les Fourmis ont un corps svelte porté sur de longues jambes. Les ouvrières sont plus trapues et plus petites que les mâles; et ces derniers plus petits que les femelles. Les mâles ont les yeux gros et saillants, tandis que les yeux des ouvrières et des femelles sont petits.

Tous ces insectes sont pourvus d’antennes coudées, avec lesquelles ils examinent tout ce qu’ils rencontrent, et qui paraissent leur servir â se communiquer leurs idées. Deux mandibules cornées, très-vigoureuses, leur tiennent lieu, à la fois, de pinces, de tenailles, de ciseaux, de pioche, de fourchette et d’épée. Un cou mince et court joint la tête au corselet, qui, chez les mâles et les femelles, donne attache à quatre ailes grandes, inégales et veinées. Les ouvrières seules sont dépourvues d’ailes.

Des trois paires de pattes, les postérieures sont les plus longues. Chaque paire de pattes est armée d’un éperon, et frangée de poils très-courts, qui tiennent lieu de brosses. L’abdomen, gros, court, ovale ou carré, est toujours plus volumineux dans les femelles.

On distingue trois groupes principaux de Fourmis. Les Myrmiques (fig. 386, 387) ont deux nœuds au pédicule, par lequel l’abdomen s’attache au corselet ; les Ponères n’y ont qu’un nœud. Dans ces deux groupes, les femelles et les neutres ont un ai-

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guillon, et les larves ne filent pas de cocon pour se changer en nymphes. Enfin, les Fourmis •proprement dites ( Formica )

n’ont qu’un nœud au pédicule de l’abdomen, comme lesPonères. Leurs larves se filent une coque soyeuse. Elles n’ont point d'aiguillon , mais elles versent dans les blessures que font leurs mandibules, une liqueur acide, dont l’odeur pénétrante est bien connue. Cette liqueur, c’est l’acide formique, produit naturel que le chimiste sait aujourd’hui fabriquer artificiellement , par la combustion de matières ligneuses et amylacées. Tout leur corps est imprégné de cette liqueur acide, et a une forte saveur aigre. Quelques personnes aiment à mâcher des Fourmis, à cause de ce goût aigrelet. « On en fait aussi, dit Ch. de Geer, des crèmes pour l’entremets, auxquelles ces Fourmis donnent, dit-on, le goût de jus de citron. » Nous connaissons, dans le midi de la France, des personnes qui ont mangé de ces crèmes aux Fourmis !

Les Polyergues forment un sous-genre des Fourmis proprement dites.

Chez toutes ces espèces, les ouvrières, ou neutres , sont chargées des constructions, des approvisionnements,' de l’éducation des larves, enfin de tous les soins du ménage et de la défense du nid. Dépourvues d’ailes, elles sont attachées à la glèbe et condamnées au travail. En revanche, c’est à elles qu’appartiennent la force, l’autorité, la puissance. Rien ne se fait que par elles.

a Tutrices nées d’une immense famille au berceau , dit M. Victor

Fig. 386.

Myrmique rouge, mâle (grossi).

Fig. 387.

Myrmique ouvrière (grossie).

Rendu, par leur vigilance, leur tendresse et leur sollicitude, sans être mères eiles-mêmes, elles participent aux fonctions et aux jouissances de la maternité.- Seules, elles décident de la paix ou de la guerre; seules elles prennent part aux combats : tête, cœur et bras de la république, elles assurent sa prospérité, veillent à sa défense, fondent des colonies et dans leurs œuvres se montrent grands et courageux artistes. »

Les nids de Fourmis (fig. 388-389) sont connus sous le nom de Fourmilières . Ils varient beaucoup, quant à la forme et à remploi des matériaux. Le bois ou la terre en font surtout les frais.

Ce qui frappe au premier abord dans les fourmilières, c’est

Fig. 388-389. Coupe de nids de Fourmis.

la grandeur de ces demeures, qui forme un curieux contraste avec l’exiguïté de l’ouvrier. 11 est certain que sous ce rapport l’homme ne saurait comparer ses œuvres à celle d’un humble insecte.

Chaque espèce de Fourmi a un ordre d’architecture qui lui

Fig. 390. Vue d’une fourmilière.

il •

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est propre. La Fourmi fauve, ou Fourmi rousse ( Formica ru fa), Tune des plus communes dans nos bois, construit un monticule arrondi, avec tous les objets qu’elle peut ramasser sur son chemin : fragments de bois, brins de paille, feuilles sèches, grains de blé, débris d’insectes, etc. Ce monticule, dont la base est protégée par des matières plus solides, n’est que l'enveloppe extérieure du nid, qui se prolonge sous terre, à une profondeur assez grande. Des avenues, habilement ménagées, conduisent du sommet à l'intérieur. Les ouvertures de la fourmilière sont plus ou moins larges; mais à l'approche de la nuit, elles sont barricadées avec soin. On les ouvre chaque matin, excepté les jours de pluie, où les portes restent fermées et les habitants consignés à l'intérieur.

La fourmilière n’est d’abord qu'un simple trou creusé dans le sol, et dont l’entrée est masquée par des matériaux de construction. Mais les ouvrières mineuses ne cessent de creuser des galeries et des chambres, disposées par étages. Les déblais terreux sont portés au dehors, et servent à élever l’édifice supérieur, qui grandit en même temps que l’excavation s’approfondit. C’est un labyrinthe miné de toutes parts. Il renferme des corridors, des carrefours, des chambres et des salles spacieuses, qui communiquent entre elles par des passages souvent verticaux. Les corridors aboutissent tous à une grande salle centrale, moins basse que les autres, et soutenue par des piliers ; c’est là que se tiennentla plupart des Fourmis. Les fourmilières ont souvent 60 centimètres d’élévation, sur une profondeur égale. La figure 390 montre l'intérieur d’une fourmilière, dessinée d'après nature dans le bois de Meudon. On voit à l’extérieur quelques Fourmis, occupées à traire des Pucerons.

Fig. 391-393. Fourmis noires cendrées, mâle, femelle et ouvrière.

La catégorie des Fourmis maçonnes comprend un grand nombre de variétés : la Fourmi noire cendrée ( Formica fusca ,

fig. 39 1-393) la brune , la jaune , la sanguine , la roussatre ( Polyergus rufescens), la noire , la mineuse ( Formica cunicularia ), la Fourmi des gazons , etc.

Toutes ces espèces emploient un mortier plus ou moins fin pour élever leurs monticules, en même temps qu'elles creusent des souterrains. La Fourmi fuligineuse, d'un noir luisant, sculpte le bois; elle creuse son labyrinthe dans -le tronc d’un arbre avec un habileté consommée. La Fourmi rouge ( Myrmica rubra) exerce, suivant les circonstances, le métier de maçon ou de sculpteur.

Les maçonnes procèdent à leurs constructions en profitant de la pluie ou de la rosée du soir, pour faire du mortier. Elles ne sortent qu’après le soleil couché, ou lorsqu'une pluie fine vient mouiller le toit. Alors elles se mettent au travail. Elles roulent des pelotes de terre, les rapportent entre leurs mandibules, et les appliquent aux points où les constructions ont été arrêtées. De toutes parts, on voit arriver des terrassiers chargés de matériaux. Tout cela s’agite, s’empresse, se remue, mais toujours dans le plus grand ordre, et avec une entente parfaite. Tout s’exécute à la fois. Les appartements s’élèvent les uns au-dessus des autres, et l’édifice monte à vue d’œil. La pluie, le soleil et le vent se chargent le consolider et de durcir le savant édifice de ces industrieux ouvriers, qui ont reçu de Dieu seul leur merveilleuse science.

Sans autre outil que leurs mandibules, les Fourmis sculpleuses viennent à bout du bois le plus dur. Elles le percent à jour et le réduisent en guipure, en y creusant de nombreux étages de galeries horizontales .

La Fourmi jaune a deux sortes d’habitations : elle passe l’été dans un arbre, et l’hiver dans un terrier.

Indépendamment des entrées principales, il existe, dans quelques nids, de petites portes, dissimulées, gardées par des sentinelles. Beaucoup d’espèces

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creusent aussi des galeries couvertes, que l’on ne démasque que dans un danger pressant, soit pour ouvrir une issue aux assiégés, soit pour tourner l’ennemi qui a déjà envahi la place.

Les fourmilières sont, en effet, de véritables forteresses dé fendues par mille artifices ingénieux, et gardées par des postes toujours sur le qui-vive.

La vie d’intérieur est à peu près la même chez les différentes espèces. La naissance et l’éducation des petits, les fonctions des adultes, ne diffèrent pas sensiblement d’une variété de Fourmi à l’autre.

Les femelles vivent ensemble en bonne harmonie. Elles pondent, sans cesser de marcher, des œufs, de dimensions microscopiques, blancs et de forme cylindrique. Les ouvrières les ramassent et les emportent, pour les amonceler dans des chambres spéciales.

Quinze jours après la ponte, la larve apparaît (fig/397). Son corps est transparent. On y distingue une tête et des anneaux, maispoint de pattes. Leur bouche est un mamelon rétractile, bordé de mandibules rudimentaires. Les ou- ... on>y

rig. dyv.

vrières y dégorgent les sucs qu’elles ont éla- Larve de Myrmique borés dans leur estomac. Comme elles ne font rou°e (°rossie)’ pas de provisions, il leur faut récolter chaque jour les liquides sucrés destinés à l’alimentation des larves.

Dès la naissance des larves, une troupe de nourrices est chargée des soins que réclame leur éducation. Ces nourrices les mettent à l’air pendant le jour. A peine le soleil ;s’est-il levé, que les Fourmis placées sous le toit vont avertir celles qui sont au dedans, en les touchant avec leurs antennes, ou les remuant avec leurs mandibules. En peu d’instants, toutes les issues sont encombrées par des ouvrières qui portent des larves à l’extérieur. Elles vont les placer au sommet de la fourmilière, pour les exposer à la chaleur bienfaisante du soleil. Quand les larves sont restées quelque temps à la même place, leurs gardiennes les soustraient à l’action directe des rayons solaires, et les mettent dans des loges peu profondes,

où elles peuvent encore ressentir une chaleur plus douce. On voit ensuite les Fourmis elles-mêmes s'accorder pendant quelques instants les douceurs d'un repos bien gagné, en s’entassant les unes sur les autres en plein soleil.

Il n'est aucun habitant de la campagne qui n'ait vu le curieux spectacle que nous venons de rappeler, c’est-à-dire la peuplade d’une fourmilière portant au soleil les jeunes nourrissons, pour leur faire éprouver l'action bienfaisante de la chaleur solaire. Nous conseillons à l'habitant des villes, transporté pour un jour à la campagne, de s’allonger près d’une fourmilière, dans la belle saison, pour assister à ce spectacle, l’un des plus curieux de la nature.

Les soins que les Fourmis ouvrières prodiguent aux jeunes, ne consistent pas seulement à les nourrir et à leur procurer une température convenable. Elles doivent encore les entretenir dans une extrême propreté. Avec leurs palpes, elles les nettoient, les brossent, distendent leur peau, et les préparent ainsi à l'épreuve critique de leur seconde métamorphose.

A ce moment, les larves des Fourmis proprement dites se filent une coque soyeuse, d'un tissu serré, de couleur grise ou jaunâtre ; celles des Myrmvqüeset des Ponères ne s'entourent pas d'une coque avant de se changer en nymphe.

Les nymphes sont d'abord d’un blanc pur, mais elles prennent bientôt une couleur de plus en plus foncée, qui va jusqu'au brun noir. Elles possèdent tous les organes de l’adulte, enveloppés d'une membrane si mince qu’elle paraît irisée. La ligure 398 représente la nymphe de la Fourmi rouge.

Ce sont les coques de Fourmis qui renferment ces nymphes qu'on appelle improprement dans les campagnes des œufs de fourmis. On les recherche pour les donner aux jeunes faisans et aux jeunes perdreaux.

Les nymphes restent immobiles jusqu’à leur délivrance, qui s’accomplit avec les secours des sont celles-ci qui déchirent le manteau de la nymphe, et achèvent de l'en dégager. Elles surveillent ensuite le nouveau-né. Pendant quelques jours, elles le nourrissent,

Fig. 398. Nymphe de

Myrmique rouge.

ouvrières. Ce

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le promènent, et ne l’abandonnent que lorsqu’il peut se passer de leurs bons offices.

Les mêmes ouvrières, quand les provisions manquent, ou que la fourmilière est menacée d’un grand danger, mettent sur leurs épaules les œufs, les larves, les nymphes, et quelquequefois les femelles et les mâles qui refuseraient de les suivre. Ainsi chargées, elles s’en vont, nouveaux Anchises, chercher une autre patrie. Elles n’oublient jamais, dans cette émigration précipitée, les ouvrières infirmes ou malades, qui périraient dans le logis abandonné et désert.

Les femelles et les mâles qui viennent d’éclore, ne jouissent pas de la môme liberté que les jeunes ouvrières. On les cantonne dans la fourmilière, où ils sont gardés à vue jusqu’au jour du départ général.

C’est vers la fin du mois d’août qu’on voit apparaître au dehors les essaims de Fourmis ailées des deux sexes. Les mâles sortent les premiers, agitant leurs ailes irisées et transparentes. Les femelles, moins nombreuses, les suivent de près. On voit tout à coup cette troupe s’enlever sur un signal donné, et disparaître dans les airs, où se fait Faccouplement. Les mâles périssent immédiatement après. Les femelles fécondées retournent à la maison paternelle, ou bien vont fonder de nouvelles colonies, avec l’aide de quelques ouvrières, qui leur font cortège.

A partir de ce moment, les femelles n’ont plus besoin de leurs ailes. Les ouvrières s’empressent de les leur couper, ou bien, et le plus souvent,- elles se les arrachent elles-mêmes.

Elles ont perdu, avec leurs ailes, le désir de la liberté. Désormais elles ne quitteront plus leur retraite. Les soins de la maternité future doivent seule les occuper. Les ouvrières leur réservent des chtmbres souterraines, où elles sont gardées à vue par des sentinelles. A certaines heures seulement, on les rencontre dans les étages supérieurs. Lorsqu’elles veulent marcher, un cortège de gardes se presse sur leurs pas et les enveloppe de tous côtés, de manière à les empêcher d’avancer trop vite. Il n’est sorte d’attentions qu’on ne leur prodigue, pour leur faire oublier la captivité. On les caresse, on les brosse, on les lèche, on leur offre continuellement des

victuailles. A la moindre apparence de danger, les ouvrières s’emparent, avant tout, des femelles fécondées, et les entraînent par des issues secrètes, pour mettre en sûreté leur précieuse personne, espoir de la nation formicienne.

La tâche des ouvrières est immense, car la besogne augmente à mesure que la population s’accroît. Mais la division du travail et l’entente cordiale qui existe entre les membres de la communauté, leur permettent de faire face à tous le3 événements, de parer à toutes les nécessités.

Rien n’est amusant comme d’observer les manèges que les Fourmis emploient pour transporter des objets d’un certain volume. Elles trébuchent, elles culbutent, elles roulent dans les précipices. Mais, en dépit de tous les accidents, elles reviennent à leur tâche, et finissent toujours par l’amener à bonne fin.

Les tranquilles habitants de ces républiques souterraines sont liés entre eux par une affection mutuelle et une fraternité dévouée, qui rendent l’assistance facile. Tout le monde s’entr’aide dans la mesure de ses forces. Si une Fourmi est fatiguée, une camarade la porte sur son dos. Celles qui sont absorbées par l’ouvrage, et n’ont pas le temps de songer à leur repas, sont nourries par leurs compagnes. Lorsqu’une Fourmi est blessée, la première qui la rencontre lui porte secours et la ramène à la maison.

Latreille ayant arraché les antennes à une Fourmi, en vit une autre s’approcher de la pauvre blessée, et verser, avec sa langue, quelques gouttes d’un liquide jaunâtre sur la plaie saignante de la victime.

Hélas 1 combien les sentiments des hommes sont différents de ceux de l’humble insecte que foule son pas distrait, et combien cet Hyménoptère, si petit par sa taille, est grand par le cœur 1 #

Huber fils prit un jour une fourmilière , afin d’en peupler un des appareils vitrés qui lui servaient à faire ses observations, et qui consistait en une sorte de cloche de verre superposée au nid. Notre naturaliste mit en liberté une partie des Fourmis, qui alla se fixer au pied d’un marronnier voisin. Le reste fut conservé pendant quatre mois dans l’appareil. Au bout de ce temps, Huber transportai tout dans le jardin. Quelques

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Fourmis parvinrent à s’évader de l’appareil. Ayant rencontré leurs anciennes compagnes, qui habitaient toujours le pied du marronnier, elles les reconnurent. On les vit, en effet, toutes gesticuler, se caresser mutuellement avec leurs antennes, se prendre par les mandibules, comme pour s’embrasser en signe de joie, puis rentrer ensemble dans le nid, au pied du marronnier. Bientôt elles vinrent en foule chercher les autres Fourmis qui se trouvaient sous la cloche, et en quelques heures l’appareil de notre observateur se trouva complètement vide de ses prisonniers.

Lorsqu’une Fourmi a découvert une riche proie, loin de s’en délecter seule, comme une égoïste, elle convie toutes ses compagnes au festin. La communauté de biens et d’intérêts existe parmi tous les membres de cette société modèle. C’est la réalisation pratique du rêve formé par certains philosophes de nos jours, qui n’ont jamais pu que concevoir l’idée, la possibilité, le projet, de cette communauté d’intérêts et de biens, qui chez les Fourmis est la société même.

Comment ces pauvres insectes parviennent-ils à s’entendre pour tant de rapports continuels, pour ces secours, ces conseils, ces invitations? Il faut qu’ils aient un langage propre, ou bien qu’ils se communiquent leurs impressions par le jeu de leurs antennes.

Quand une Fourmi a faim, et qu’elle ne veut pas se déranger de son travail, elle en prévient une butineuse quijpasse, en la touchant avec ses antennes. Celle-ci s’approchant aussitôt, lui présente au bout de sa langue des sucs qu’elle dégorge à cet effet.

Les antennes servent donc aux Fourmis pour se faire comprendre les unes des autres. Le docteur Ebrard, qui a beaucoup étudié ces insectes, est d’avis qu’elles s’en servent aussi, comme l’aveugle de son bâton, pour se conduire, parce qu’elles n’ont pas bonne vue.

La durée de l’existence des Fourmis n’est pas bien connue. On admet que les ouvrières vivent plusieurs années.

Les Fourmis se nourrissent de toutes les substances. On les voit se repaître de viandes fraîches ou corrompues, de fruits et de fleurs, particulièrement de tout ce qui est sucré. Elles attaquent les insectes vivants, et les tuent pour les sucer.

Comme plusieurs insectes, les fourmis aiment beaucoup les liquides sucrés, le miel, les sirops, le sucre pur, etc. Dupont de Nemours raconte dans ses Mémoires que, pour mettre son sucrier à l’abri de l’invasion des Fourmis, il n’avait rien trouvé de mieux que de le placer « dans une île », c’est-à-dire au milieu d'une cuvette pleine d’eau. Il croyait bien avoir ainsi mis la forteresse à l’abri de toute attaque ; mais voici le parti que prirent les assiégeants.

Les Fourmis montèrent le long du mur, jusqu'au plafond, bien perpendiculairement au-dessus du sucrier. De là elles se laissèrent tomber dans l’intérieur de la place, pénétrant ainsi de vive force, et sans faire de mal à personne, dans la tour au sucre.

Comme le plancher était assez élevé, le courant d’air faisait dévier nos petits adversaires, dont un certain nombre tombaient dans les fossés de la citadelle, c’est-à-dire dans l’eau de la cuvette, à côté du sucrier. Leurs compagnes, placées sur le rivage, faisaient tous les efforts imaginables pour repécher les noyées. Mais elles craignaient de se mettre à l’eau sur un aussi grand lac. Tout ce qu’elles pouvaient faire, c’était de s’allonger le plus possible, en se tenant au rivage, pour tendre aux noyées une patte secourable.

Néanmoins le sauvetage n’allait pas grand train, lorsqu’il vint à la troupe inquiète une bonne idée.

On en vit quelques-unes courir à la fourmilière, puis reparaître. Elles amenaient avec elles une escouade de huit grenadiers, qui se jetèrent à l’eau sans balancer, et qui, nageant vigoureusement, saisirent avec leurs pinces et rapportèrent tous les noyés sur la terre ferme.

Onze Fourmis à demi mortes furent ainsi ramenées au rivage, c’est-à-dire au bord de la cuvette. Elles auraient probablement succombé toutes, si leurs compagnes ne se fussent hâtées de leur prodiguer à peu près les mêmes secours qui servent à rappeler nos noyés à la vie. On les roula dans la poussière, on les frotta, on les frictionna, on s’étendit sur les moribondes, pour les réchauffer; puis on les roula et on les frotta encore. Quatre revinrent à la vie. Une cinquième, à demi rétablie et remuant encore un peu les pattes et les antennes, fut reconduite chez elle avec toutes sortes de précautions. Les six autres étaient

Fig. 399. Fourmis occupées â traire des Pucerons.

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mortes. Elles furent portées dans la fourmilière par leurs compagnes attristées.

On croit rêver en lisant ces choses-là, et pourtant Dupont de Nemours nous dit : « Je l’ai vu ! »

Les Fourmis sont aussi très-friandes d’un liquide particulier que les Pucerons sécrètent par une poche de leur ab-

domen. Quand elles se sont emparées d'un Puceron, elles le harcèlent et l'excitent, pour le forcer à dégorger cette liqueur, mais sans lui faire aucun mal. Elles emportent les Pucerons dans la fourmilière, ou dans des étables particulières. Là, elles les entretiennent, leur donnent des aliments, puis elles tettent ces bonnes vaches laitières. Nous avons déjà mentionné ces curieux rapports des Fourmis avec les Pucerons en parlant de ces derniers. Nous nous bornons, en conséquence, à rappeler par une figure, les curieux rapports qui s'établissent entre les Fourmis et les Pucerons. La figure 399 montre des Fourmis mâles, femelles et neutres, occupées à traire des Pucerons.

Les Gallinsectes contribuent également à fournir aux Fourmis des liquides sucrés.

Pendant les froids de Fhiver, les Fourmis dorment au fond de leurs nids, sans prendre aucune nourriture. Un petit nombre d'espèces seulement résistent à la saison rigoureuse, en s’enfermant dans la fourmilière avec un troupeau de Pucerons. C’est ainsi que nos pâtres passent l'hiver dans leur cabane enfermés avec un troupeau de moutons et de brebis, pour subvenir à leur nourriture.

11 faut dire toutefois que l’hibernation n’a pas lieu chez les Fourmis dans les pays chauds.

Nous venons de décrire la société formicienne pendant les périodes tranquilles de paix extérieure. Mais nos petits Hyménoptères ne sont pas plus exempts que les autres animaux des nécessités et des dangers de la guerre.

Les Fourmis comptent beaucoup d'ennemis parmi la population des bois. Il faut donc qu’elles songent à repousser leurs attaques. Elles déploient dans ce cas les plus savantes ressources de Fart militaire appliqué à la défense des places.

Il est presque inutile de dire que des sentinelles sont, en tout temps, postées à une distance raisonnable de la fourmilière , pour observer les alentours. Lorsque la forteresse est inopinément attaquée, soit par de gros Insectes, des Coléoptères par exemple, soit par une fourmilière voisine, aussitôt nos sentinelles vigilantes se replient, et vont donner l'alarme dans le camp, non toutefois sans avoir fait d’abord bonne contenance devant l’ennemi, et lui avoir opposé une résistance honorable.

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Rentrées en toute hâte dans la fourmilière, elles se précipitent dans les couloirs, frappant de leurs antennes toutes les Fourmis qu’elles rencontrent et répandant ainsi l’alarme dans la cité. Bientôt l’agitation est devenue générale et des miliers de combattants sortent de la citadelle, prêts à repousser l’attaque et à faire mordre la poussière à l’ennemi.

La possession d’un troupeau de Pucerons est quelquefois un sujet de discorde et devient un casus belli entre deux fourmilières voisines. Mais le plus souvent la guerre a pour but de faire des prisonniers dans d’autres fourmilières, et d’emmener comme esclaves une partie des habitants d’un nid voisin.

Telle est l’origine des fourmilières mixtes qui, indépendamment de leurs fondateurs naturels, contiennent une ou deux espèces étrangères, ilotes que les vainqueurs ont enlevées à leur berceau, pour en faire des auxiliaires et des serviteurs.

Dans ces fourmilières mixtes , l’espèce importée dépasse en nombre la population première, comme il arrive quelquefois sur les navires qui se livrent à la traite des nègres , et où les esclaves se trouvent en plus grande proportion que les matelots de l’équipage.

La phalange des Fourmis réduites en esclavage rend toutes sortes de soins aux maîtres du logis. Ils sont léchés, brossés, caressés, voiturés, nourris, par leurs bons et fidèles serviteurs, qui s’occupent même d’élever leur progéniture.

Les maîtres rejettent sur les esclaves toute espèce de travail. Ils ne se réservent que la guerre. De temps en temps, ils entreprennent des expéditions contre quelque fourmilière voisine. S’ils sont vaincus, et reviennent sans emmener de prisonniers, les esclaves, ou auxiliaires , les boudent , et leur défendent pendant quelque temps l’entrée du nid. S’ils reviennent, au contraire, chargés de butin, on les flatte, on leur donne à manger, on les débarrasse de leurs prisonniers, que l’on emmène à l’intérieur de la forteresse. Les tribus belliqueuses n’enlèvent d’ailleurs que des larves et des nymphes d’ouvrières, dans les fourmilières qu’elles vont piller.

Ces jeunes captives s’habituent à leurs ravisseurs. Élevées dans la crainte ,des maîtres, elles ne songent jamais à les abandonner.

Deux espèces constituent les tribus guerrières qui forment des sociétés mixtes avec les espèces qu’elles réduisent en es-

Fig. 400. Fourmis ronssâtres.

clavage. Ce sont: la Fourmi roussâtre (fig. 400) et la Fourmi sanguine (fig.401). Elles s’attaquent toujours aux nids des noires cendrées et des mineuses.

Fig. 401 . Fourmis sanguines.

Les Fourmis roussatres ont les mandibules façonnées pour la guerre. Elles ne respirent que luttes et combats. Les Fourmis sanguines sont moins féroces. Elles travaillent elles-mêmes, et ne font point de ces razzias générales par lesquelles les roussdtres dépeuplent les fourmilières voisines.

Pierre Huber a été Y Homère des Abeilles , comme François Huber, son père, fut le grand historiographe des Fourmis. C’est donc à François Huber que nous emprunterons la description qu’il nous reste à faire, des mœurs des Fourmis en temps de guerre.

François Iluber raconte ainsi une de ces expéditions, dont il fut témoin :

« Le 17 juin 1804, dit-il, en me promenant aux environs de Genève, entre quatre et cinq heures de l’après-midi, je visâmes pieds une légion d’assez grosses Fourmis roussâtres qui traversaient le chemin. Elles marchaient en corps avec rapidité, leur troupe occupait un espace de huit à dix pieds de longueur sur trois ou quatre pouces de large; en peu de minutes, elles eurent entièrement évacué le chemin; elles pénétrèrent au travers d’une haie fort épaisse, et se rendirent dans une prairie où je les suivis; elles serpentaient sur le gazoq sans s’égarer, et leur colonne restait toujours continue, malgré les obstacles qu’elles

HYMÉNOPTÈRES

avaient h surmonter. Bientôt elles arrivèrent près d’un nid de Fourmis noires cendrés, dont le dôme s’élevait dans l’herbe, à vingt pas de la haie. Quelques Fourmis de cette espèce se trouvaient à la porte de leur habitation. Dès qu’elles découvrirent l'armée qui s'approchait, elles

Fig. 40?. Pierre Haber.

s’élancèrent sur celles qui se trouvaient à la tête de la cohorte; l’alarme se répandit au même instant dans l’intérieur du nid, et leurs compagnes sortirent en foule de tous les souterrains. Les Fourmis roussâtres, dont le gros de l’armée n’était qu’à deux pas, se hâtaient d’arriver au pied de la fourmilière; toute la troupe s’y précipita k Jafois et culbuta les noires cendrées qui, après un combat très-court, mais très-vif, se retirèrent au

fond de leur habitation. Les Fourmis roussâtres gravirent les flancs du monticule, s’attroupèrent sur le sommet, et s’introduisirent en grand nombre dans les premières avenues ; d’autres groupes travaillaient avec leurs dents à se pratiquer une ouverture latérale. Cette entreprise leur réussit, et le reste de l’armée pénétra , par la brèche, dans la cité assiégée. Elle n’y fit pas un long séjour; trois ou quatre minutes après, les Fourmis roussâtres ressortirent à la bâte par les mômes issues, tenant chacune à leur bouche une nymphe ou une larve de la fourmilière envahie. Elles reprirent exactement la route par laquelle elles étaient venues, et se mirent sans ordre à la suite les unes des autres; leur troupe se distinguait aisément dans le gazon par l’aspect qu’offrait cette multitude de coques et de nymphes blanches portées par autant de Fourmis rousses. Celles-ci traversèrent une seconde fois la |haie et le chemin, et se dirigèrent ensuite dans des blés en pleine maturité où j’eus le regret de ne pouvoir les suivre *. »

Huber ajoute qu'étant retourné au nid pillé, pour l'examiner en détail, il y vit quelques ouvrières noires cendrées qui rapportaient au domicile les quelques larves qu'elles avaient réussi à sauver. Ayant découvert plus tard le nid de ces Amazones , c'est le nom qu’il donne aux Fourmis guerrières, il y trouva beaucoup de noires cendrées qui vivaient en parfaite intelligence avec leurs ravisseurs.

Les Amazones commencent leurs expéditions à la fin de juin, aux heures les plus chaudes de la journée. Elles sortent en longues files, huit ou dix de front, précédées par des éclaireurs. Ces colonnes s’élancent au pas de course, en ligne droite, et sans tâtonner. Elles n'ont pas de chef. La tête se reforme à chaque instant. Celles qui sont en avant, n’y restent pas; elles vont au bout de quelque temps se ranger en arrière, et sont remplacées par celles qui les suivaient. Toute la troupe reste ainsi en communication constante avec le reste de l’armée et sait à chaque instant ce qui s’y passe. Rarement l'armée expéditionnaire se divise en deux corps.

Arrivée sous les murs de la place, la colonne s’arrête pour se masser en un seul corps. L'assaut a lieu avec une impétuosité incroyable. En un clin d’œil, la place est escaladée, prise et pillée, et les Fourmis noires cendrées mises en fuite ou emmenées en captivité.

1. Recherches sur les mœurs des fournis indigènes. Vans, 1810, page 210.

HYMÉNOPTÈRES

La même fourmilière peut être envahie jusqu’à trois fois de suite dans la même journée. Mais alors les noires cendrées, averties, se sont barricadées chez elles, et dans ce cas, les agresseurs s’en retournent sans les attaquer.

Les Fourmis mineuses (fig. 403), moins timides que les noires cendrées, se défendent avec plus d’énergie. Il y a alors des

Fig. 403. Fourmis mineuses.

combats meurtriers. Le champ de bataille demeure jonché de têtes, de pattes, de membres épars, de cadavres et de blessés. Les mineuses poursuivent les pillards , pour leur arracher leur butin. Mais elles sont quelquefois repoussées vigoureusement, et les roussâtres regagnent leur repaire avec le fruit de leur rapine, de leur vol à patle armée .

La tactique des Fourmis sanguines diffère de celle des Fourmis roussâtres. Elles ne sortent que par petits détachements, qui commencent par engager des escarmouches de tirailleurs, autour de la fourmilière ennemie. Des courriers expédiés, de temps à autre au camp des Fourmis sanguines , en ramènent du renfort. Quand la troupe se sent en force, elle envahit le nid des Fourmis noires cendrées , et emporte le couvain que celles-ci n’ont pas eu le temps de mettre à l’abri.

Quelquefois aussi les sanguines s’installent dans le nid, dont elles ont mis en fuite les habitants, et y transbordent toute leur population.

Le motif de ces émigrations, de ces attaques, c’est que l’ancien nid est devenu hors d’usage , ou qu’il est exposé à quelque danger.

Les sanguines ne sont pas les seules, parmi les Fourmis, qui désertent ainsi leur berceau. Plusieurs espèces l’abandonnent également, pour des motifs analogues , et vont se construire ailleurs un nouveau gîte, où elles transportent toute la population du premier nid.

Quand on réfléchit aux mœurs des Fourmis, on est forcé de reconnaître que l'intelligence et la raison apparaissent encore plus dans leurs actes que dans ceux des Abeilles. La vie des Fourmis, aussi bien que celle des Abeilles, est pour nous une énigme indéchiffrable. Les actes des animaux, en général, sont quelquefois un abîme où se confond notre raison.

Les Orientaux disent : « On écrira le dernier mot sur l'homme; sur l’éléphant, jamais l » Ajoutons qu’oa ne dira pas plus le dernier mot sur l’éléphant, ce colosse du règne animal, que sur cet être infime et chétif qui s’appelle la Fourmi.

Les Fourmis sont des Hyménoptères fouisseurs qui vivent en société; mais il y a aussi des fouisseurs solitaires.

Les plus connus de ces Hyménoptères sont les Cerceris , le Philante apivore (fi g. 404), qui nourrit ses larves avec des Abeilles, qu’il a engourdies par un vigoureux coup d’aiguillon ; — les Pompiles et les Sphex , qui s’attaquent aux Araignées ; — les Mutilles ,

dont les femelles ressemblent à des Fourmis agréablement variées de rouge et de jaune ; les miles, ailés et plus petits, sont noirs.

Les Mutilles (fig. 405-406) vivent parasites dans les nids des Abeilles solitaires. Leurs larves dévorent les larves de ces Abeilles.

Tous ces Hyménoptères alimentent leurs petits de proie vivante engourdie. D’autres déposent leurs œufs sous la peau de certains insectes, surtout lorsque ceux-ci se trouvent à l’état de larves ou de chenilles. Ils rendent ainsi service à l’agriculture en détruisant beaucoup d’insectes nuisibles. Au lieu d’aiguillon, ils ont une tarière destinée à percer la peau de leurs victimes. G’est ainsi que les Ichneumoniens introduisent

HYMÉNOPTÈRES

leurs œufs sous la peau des chenilles, d'où l'on voit plus tard sortir des Hyménoptères au lieu d'un papillon , ce qui avait fait croire à d'anciens observateurs à quelque transmutation d’espèce.

Les Pimples (fig. 407), qui appartiennent à cette famille d'insectes, ont une tarière très-longue qui, avec ses deux appendices, figure trois serres, et leur permet d'atteindre les larves dans les nids où elles sont cachées.

Les Ophions (fig. 408) ont l’abdomen aminci en faucille. Ils pondent leurs œufs sur la peau des chenilles, qu’ils attaquent au moyen d’une tarière courte et tranchante dont ils sont pourvus.

Les Cynips , ou Gallinsectes , sont de petits Hyménoptères noirs ou fauves dont la femelle a une tarière roulée en spirale et cachée dans une tissure de l'abdomen, avec laquelle elle pique les végétaux.

Une liqueur particulière qu'elle verse dans la piqûre autour

Fig. 407. Pimples.

Fig. 408. Ophions.

de l’œuf qu’elle y a déposé, fait naître une excroissance végétale, qui a reçu le nom de galle . La larve se développe au centre de cette boule, et se transforme en nymphe, puis en insecte parfait, qui ne tarde pas à percer sa prison. La figure 409 représente le Cynips du chêne et les figures 410 et 411 les Galles qu’il produit.

Les Galles des églantiers sont chevelues. La noix de galle ,

Fig. 410.

Noix de galle.

Fig. 411.

Noix de galle coupée.

Fig. 4o9.

Cynips du chêne.

riche en tannin, qui sert à faire l’encre, provient d’un Cynips étranger, qui vit sur un chêne d’Orient.

Les Pommes deSodome , que les voyageurs rapportent des bords de la mer Morte, sont des grosses noix de galle, remplies de poussière et de larves sèches.

Les Siriciens et les Tenthrédiniens forment deux tribus d’insectes dont les premiers sont d’assez grande taille, qui ont un corps cylindrique, l’abdomen étant attaché au thorax dans toute sa largeur, sans pédicule.

Les Sir ex (fig. 144) percent le bois vert. Leurs larves vivent plusieurs années à l’intérieur de ce bois. On les rencontre en grand nombre dans les forêts de sapins. Us bourdonnent comme des Bourdons et les Frelons. D’après Latreille, ces insectes se montrent parfois en si grande quantité, qu’ils deviennent pour le peuple un sujet d’effroi.

La femelle du Sirex géant possède une longue tarière recti-

HYMÉNOPTÈRES

ligne. Ses larves ont une très-grande force dans leurs mandibules. Elles sont capables de perforer jusqu'à du plomb. Ce fait a été observé plusieurs fois.

Fig. klk, Sirex géant.

En 1857, M. le maréchal Vaillant présenta à l'Académie des sciences des paquets de cartouches dont les balles avaient été percées par les larves d’un Sirex , pendant le séjour de nos troupes en Crimée. Quelques-uns de ces insectes étaient encore renfermés dans la galerie qu'ils s’étaient creusée au sein du métal. M. Duméril, — et ce fut là un des derniers travaux du vénérable et savant naturaliste, — écrivit sur ce sujet un rapport, dans lequel étaient consignés plusieurs faits analogues.

M. Duméril rappelait, par exemple, que M. le marquis de Brême, en 1844, avait montré à la Société zoologique plusieurs cartouches de guerre au sein desquelles les balles avaient été perforées par des insectes, dans une profondeur de quatre à cinq millimètres. Ces cartouches provenaient de l'arsenal de Turin. On les avait déposées dans des barils construits en bois de mélèze, dont les douelles avaient été attaquées par des insectes. On reconnut que c’était après avoir quitté le bois que ces animaux avaient rongé les enveloppes des cartouches, et enfin les balles mômes.

En 18^3, Audouin présenta à la Société entomologique de France une plaque de plomb, provenant de la toiture d’un bâtiment, sur laquelle ce naturaliste supposait que des larves de

Callidies avaient pratiqué des sinuosités profondes, pour s’y loger, comme dans le bois. On avait vu antérieurement, à la Rochelle, des parties entières de couvertures de plomb, nonseulement rongées, mais percées de part en part, par des larves de Bostriches.

En 1844, M. Desmarest fit connaître l’érosion et la perforation de lames de plomb, opérées par une espèce de Bostriche (le Bostriche capucin) et par des Callidies.

En 1 843, M. Du Boys présenta à la Société d’agriculture de Limoges des clichés typographiques, alliage très-dur, comme on le sait, formé d’antimoine et de plomb, qui avaient été percés et criblés de trous par deux Bostriches. Les trous étaient de quatre millimètres de diamètre, sur quatorze de profondeur. Les clichés subirent ces perforations, bien qu’ils se trouvassent enveloppés de plusieurs doubles de papier et de carton.

Comme ces clichés servaient à l’impression de l’ouvrage des Fastes militaires de la France , on peut dire que nos braves reçurent ainsi d’un vil insecte plus de blessures que ne leur en avaient causé les ennemis.

Pour constater que ces insectes ont, en effet, la propriété de perforer les métaux, comme d’autres perforent et traversent les matières ligneuses, l’entomologiste de Limoges fit l’expérience suivante.

11 plaça dans un creuset de plomb, à parois minces, un individu vivant de la Leplure couleur de feu de Geoffroy ( Callidium sanguineum), coléoptère qui se trouve communément l’hiver dans nos appartements, parce que sa larve se développe en grand nombre dans les bois destinés à nos foyers. Au-dessus de ce creuset, on en emboîta un autre, contenant aussi un individu semblable, qu’on enferma et recouvrit par un troisième creuset. Quelques jours après, on sépara les creusets ; celui du milieu avait été percé et on trouva réunis les deux Callidies : l’insecte inférieur avait fait un trou, pour s’introduire dans le creuset intermédiaire.

M. Du Boys fit une expérience chimique qui permit de constater que l’insecte qui avait rongé le métal, ne l’avait pas fait servir à sa nourriture. On analysa le corps desséché de

HYMÉNOPTÈRES

l’un des Bostriches capucins. Après l’avoir dissous dans l’acide azotique, on le fit complètement brûler, et l’on ne put démontrer dans les cendres, reprises par l’acide azotique, la moindre trace de plomb.

Cette expérience prouve que les insectes perforants ont seulement pour but de sortir des galeries dans lesquelles ils se trouvent accidentellement déposés à l’état de larve, et que ce n’est qu’ autant qu’ils ont subi leur complète transformation , qu’ils cherchent à conquérir leur liberté.

Les observations du meme genre s’étant multipliées après le rapport de M. Duméril, l’Académie des sciences reçut, au mois de juin 1861, deux mémoires, l’un de M. Heriot, capitaine d’artillerie, l’autre de M. Bouteille, conservateur du musée d’histoire naturelle de Grenoble, contenant plusieurs observations nouvelles de perforations par les insectes, de balles de plomb contenues dans des cartouches de guerre. M. Milne Edwards a lu à l’Académie des sciences un court rapport sur ces travaux.

L’insecte qui avait produit les perforations observées sur les balles des cartouches envoyées en Crimée en 1857, et que M. Duméril avait particulièrement étudié, était le Sirex juvencus . Il avait été apporté*de France dans le bois formant les caisses qui contenaient les cartouches. Dans le cas nouveau dont nous parlons, c'est-à-dire pour les cartouches qui furent envoyées, en 1861 à l’Académie par M. le capitaine Heriot et par M. Bouteille, les perforations avaient été produites par une autre espèce d’IIyménoptères. M. Milne Edwards, qui avait trouvé en place, sur plusieurs de ces cartouches, l’insecte cause de ce singulier dégât, n’eut pas de peine à y reconnaître le Sirex gigas , qui, à l’état de larve, vit dans l’intérieur des vieux arbres ou des pièces de bois, et qui, après l’achèvement de ses métamorphoses, sort de sa retraite, pour se reproduire.

Pour se frayer un chemin au dehors, les Sirex rongent, avec leurs mandibules, les substances ligneuses, ou les autres corps durs qu’ils rencontrent sur leur passage. C’est en poursuivant un travail de ce genre, que les insectes emprisonnés accidentellement dans les paquets de cartouches, lorsqu’ils n’étaient encore qu’à l’état d’œuf ou de larve, ont dû attaquer les balles

de plomb ainsi que le papier et les autres corps qui se rencontraient sur leur route et s’opposaient à leur passage.

M. Bouteille établit, dans son mémoire, que M. Duméril avait commis une erreur en admettant que l’organe perforant employé parles Sirex pour attaquer les balles de plomb dans les cartouches de Crimée, était la tarière , située à l’extrémité de l’abdomen de la femelle, et destinée à entailler la partie du bois où elle doit déposer ses œufs. M. Bouteille a constaté, en effet, que ce ne sont pas seulement les Sirex femelles qui ont attaqué les cartouches, mais que des mêles, dépourvus de tarière, ont occasionné les mêmes dégâts.

Les Tcnlhrédiniens sont appelés Porte-scies , parce que les femelles sont munies d’une tarière double, dentelée en scie, pour inciser les végétaux où elles déposent leurs œufs. Les larves de ces insectes ont une ressemblance frappante avec les chenilles des papillons. Elles ne s’en distinguent que par une grosse tête globuleuse, non échancrée, et par leurs pattes abdominales

Fig. 415. Fausses chenilles. Fig. 416. Lophyre du pin.

en général au nombre de plus de dix. On les appelle Fausses chenilles (fig. 415). La plupart, lorsqu’on les touche, se redressent et s’agitent d’un air menaçant. Elles se filent des cocons de soie, avant de se changer en nymphes.

La Lophyre du pin (fig. 416), qui dévore les feuilles des arbres verts, dans nos forêts, appartient à cette même famille.

ORDRE DES NÉVROPTÈRES.

Le Termite, son organisation et ses mœurs. — Rayages occasionnés en France par le Termite. — Les Perles et les Némoures. — L’Éphémère. — Les Gloës. — Les Libellules ou Demoiselles. — L’Æshne. — Les Galoptéryx. — Les Agrions. — Les Raphidies. — Les Mantispes. — Les Semblides. — Le Fourmi-lion. — Les Ascalaphes. — Les Hémérobes. — Les Panorpefs. — Le Bittaque et le Borée. — Les Phryganes. — Le Rhyacophile et l'Hydropsyche.

Les Névroptères, dont le type vulgaire nous est donné par les Libellules , ou Demoiselles , ont quatre ailes membraneuses, ordinairement assez larges, pourvues d’une fine et délicate réticulation de petites nervures transversales, qui leur donnent l’aspect d’une dentelle.

Quoique cet ordre soit l’un des moins étendus, des moins nombreux, il offre cependant, chez les insectes qui s’y trouvent compris, de très-grandes modifications de formes et d’habitudes.

Une section de Névroptères comprend des insectes à métamorphoses incomplètes. Les Libellules , les Éphémères , les Termites, appartiennent à cette catégorie. Les insectes appartenant à l’autre .section, dans laquelle se rangent les Plmyganes , les Panorpes , les Fourmi-lions , subissent des métamorphoses complètes. Les nymphes des premiers marchent et vivent absolument comme les larves; seulement, au moment de la dernière transformation, la peau de la nymphe se fend, et il en sort l’insecte parfait. Chez les seconds, au contraire, la nymphe est immobile, inactive, et ne prend aucune nourriture, comme celles des Hyménoptères et des Coléoptères.

Malgré cette diversité dans leur mode de développement, tous ces insectes se ressemblent trop pour qu'on puisse scinder en deux Tordre des Névroptères. D’où il suit qu’il ne faut pas attacher une trop grande importance à ces différences de transformations par lesquelles l’insecte arrive à son dernier état.

Les insectes les plus intéressants dans l’ordre des Névroptères, sont les Termites , improprement appelés Fourmis blanches , à cause de la grande analogie qui existe entre leurs mœurs et celles de nos Fourmis.

Les Termites forment, par leur genre de vie, une anomalie frappante parmi Tordre dans lequel les place leur conformation. En effet ils vivent en sociétés très-nombreuses et construisent des demeures très-solides et très-étendues, véritables ouvrages de Cyclopes ou de Titans , si on les compare aux dimensions infimes et à l’apparence molle et faible de cette vermine blanchâtre.

Beaucoup de voyageurs ont parlé de ces insectes. On les rencontre dans les savanes de l’Amérique du Nord, à la Guyane, en Afrique, dans la Nouvelle-Hollande, et même aujourd’hui en Europe, où ils ont été importés par des navires du commerce.

M. de Pré fontaine raconte que, voyageant en Guyane, il vit des nègres faire le siège de certains édifices bizarres, qu’il appelle fourmilières. Les nègres n’osaient les attaquer que de loin et avec des armes à feu, quoiqu’ils eussent eu la précaution de creuser tout autour un petit fossé rempli d’eau, où se noyaient les assiégés lorsqu’ils faisaient une sortie. C’étaient des termitières.

Peut-être faut-il voir aussi des Termites dans ces fourmis qui, au dire d’Hérodote, habitaient la Bactrie, et qui, plus grandes qu’un renard, mangeaient une livre de viande par jour1. Retirés dans des déserts de sable, ces insectes gigantesques se creusaient, disait-on, des demeures souterraines, et soulevaient des collines de sable d’or, que les Indiens venaient enlever, au péril de leur vie.

Pline, qui rapporte ces mêmes fables, ajoute qu’on voyait dans le temple d’Hercule des cornes de ces fourmis.

1. De Quatrefages, Souvenirs d'un naturaliste, in-18. Paris, 1854, t. II , p. 377.

NÉVROPTÈRES.

De nos jours encore, quelques voyageurs ont répété sur les Termites des fables absurdes. Ils leur ont attribué un venin, qu’on ne respire pas sans être empoisonné; ils ont dit qu’une seule morsure allumait une fièvre mortelle. La vérité, telle qu’elle nous est révélée par des observateurs consciencieux, est bien plus étrangeque ces fictions ou ces erreurs.

Les Termites offrent, dans les espèces, de curieuses modifications sur la nature desquelles les savants ne sont pas d’accord.

Il y a d’abord les insectes parfaits, mêles et femelles, qui sont pourvus d’ailes. Ensuite il y a les neutres, qui se partagent en soldats, chargés de la défense du nid, et en ouvriers, auxquels incombent les travaux d’architecture et les soins du ménage. Ces derniers sont plus petits que les soldats.

Latreille et quelques autres naturalistes pensaient que les ouvriers sont les larves des Termites. Smeathman croit que les soldats sont les nymphes. M. de Quatrefages admet que les soldats sont des neutres, et que les ouvriers se recrutent à la fois parmi les larves et les nymphes. On peut admettre, avec d’autres naturalistes, que les soldats et les ouvriers sont des neutres : les premiers des mâles avortés, les seconds des femelles avortées. Yoici, en effet, ce que M. Lespès a observé sur les Termites des Landes.

Parmi ces insectes, les plus nombreux sont les ouvriers. Leur taille est celle d\me forte Fouhni. Ils sont chargés de creuser les galeries, d’aller à la recherche des provisions, de soigner les œufs; les larves et les nymphes. Les ouvriers ont une tète arrondie -et des mandibules courtes; ils sont aveugles. Les soldats, moins nombreux, ont une énorme tête, presque aussi grande que le reste du corps, et de très-fortes mandibules croisées. Ils sont aveugles comme les ouvriers. L’anatomie a fait voir à M. Lespès que les uns et les autres sont des neutres, à savoir, les soldats des mâles et les ouvriers des femelles, à organes avortés.

Les larves de ces derniers Termites ressemblent beaucoup aux ouvriers. Celles qui doivent devenir des mâles ou des femelles, se distinguent de celles qui deviendront des neutres, par de très-légers rudiments d’ailes, et leurs nymphes montrent déjà des ailes imparfaites, cachées dans des fourreaux

plus ou moins longs; de plus, elles ont des yeux cachés sous la peau. Les mâles et les femelles seuls ont des yeux; ils portent des ailes, qu'ils perdent aussitôt après T accouplement. Ceux qui proviennent des nymphes à longs fourreaux alaires, deviennent les petits rois , et les petites reines , après leur essaimage, qui a lieu à la fin de mai. Les nymphes à fourreaux courts éclosent au mois d’août; elles donnent des mâles et femelles plus volumineux, qui deviennent les rois et les reines . Tous ces couples .sont recueillis par les neutres, et les reines grandes et petites se mettent aussitôt à pondre; les grandes sont beaucoup plus fécondes. Les ouvriers ne paraissent avoir pour elles de soins d’aucune sorte.

À cette dernière particularité près, tout se passe probablement de la même manière chez les Termites exotiques. Mais chez ces dernières la reine est l’objet d’un véritable culte.

La planche 417 représente les quatre types de la république des Termites lucifuges ou des Landes . On voit à gauche un ouvrier, à droite un soldat, au centre un mâle ailé, tous les trois très-grossis. Les traits dessinés à côté indiquent leur grandeur naturelle. Au-dessous du mâle on voit la reine féconde d’un Termite ( dddd)} en grandeur naturelle, avec le ventre monstrueux dont nous allons parler.

Plusieurs espèces de Termites ont été étudiées avec soin par le voyageur anglais Srîieathman , à la fin du siècle dernier, dans l’Afrique australe. Ses récits constituent ce que nous avons de plus exact et de plus complet sur ces insectes1.

La plus grande des espèces observées est le Termite belliqueux ( Termes bellicosus). Les ouvriers ont cinq millimètres de long. Leur corps est mou et d’une délicatesse extrême; mais leurs mandibules acérées attaquent les corps les plus durs. Les soldats ont une longueur double, et pèsent autant que quinze ouvriers; ils s’en distinguent parleur énorme tête cornée, armée de pinces aiguës.- Le mâle pèse autant que trente ouvriers, et atteint une longueur de dix-huit millimètres.

, Mais la femelle féconde laisse bien loin derrière elle toutes

1. Some account of the Termites etc. dans les Philosophical Transactions, t. LXXI, 1781.

NÉVROPTÈRES.

ces dimensions. Son ventre devient deux mille fois plus gros que le reste du corps! Elle atteint alors jusqu'à quinze centimètres de long et pèse autant que trente mille ouvriers. Par un

Fig. 4i7.

Termite lucifuge mâle (a\ ouvrier (b), soldat (cj (grossis). Femelle fécondée et pondant ( dcldd ).

contraste hideux, la tête seule ne grossit pas. On voit ici (fig. 417) dddd la représentation exacte de ce monstre.

Cette reine phénoménale est toujours immobile et captive

dans sa cellule, occupée uniquement à pondre. Sa fécondité dépasse toutes les bornes : soixante œufs par minute, plus de quatre-vingt mille par jour. Smeathman est porté à croire que cette ponte prodigieuse dure toute l’année !

<r Cette bête molle et blanchâtre, dit M. Michelet, un ventre plutôt qu’un être , est grosse au moins comme le pouce ; un voyageur prétend en avoir •vu une de la taille de l'écrevisse. Plus grosse, elle est plus féconde, plus intarissable ; cette terrible mère des poux semble d’autant plus adorée de sa vermine fanatique. Elle parait leur idéal, leur poésie, leur enthousiasme. Si vous l’emportez avec un débris, une ruine de la cité, vous les voyez sous le bocal se mettre à l’instant au travail , bâtir une arche qui protège la tête vénérée de la mère, lui refaire sa salle royale, qui deviendrait, si les matériaux le permettaient, le centre, la base de la cité ressuscitée. Je ne m’étonne pas, au reste, de la rage d’amour que montre ce peuple pour cet instrument de fécondité. Si toutes les espèces ensemble ne travaillaient à les détruire, cette mère vraiment prodigieuse les ferait maîtres du monde, et que dis-je? ses seuls habitants. Les poissons resteraient seuls; mais les insectes eux-mêmes périraient. 11 suffît de se rappeler que la mère abeille ne fait pas en un an ce que la mère termite peut faire en un jour. Par elle, ils engloutiraient tout; mais ils sont faibles et savoureux; c'est tout qui les engloutit *. d

En effet, les oiseaux sont avides des Termites; les bassescours en détruisent d’immenses quantités. Les Fourmis leur donnent la chasse et en mangent des légions. Les nègres, dans l’Afrique australe, ne peuvent s’en rassasier. Ils recueillent ceux qui tombent dans les eaux et les torréfient comme le café; ainsi préparés, ils les mangent à pleines mains et les trouvent délicieux. Les Indiens enfument les termitières et arrêtent au passage les individus ailés. Ils les pétrissent avec de la farine et en font une sorte de pâtisserie. Les voyageurs s’accordent d’ailleurs à parler des Termites comme d’une nourriture agréable. Ils comparent leur saveur à celle de la moelle des os ou d’une crème sucrée. Smeathman les préfère aux fameux Vers palmistes , friandise connue dans les Indes, -qui n’est autre chose que la larve du Calandre des palmiers . Il paraît cependant que l’abus des Termites frits engendre une dyssenterie, qui peut devenir mortelle.

Toutes les espèces de Termites sont, avant tout, mineuses;

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