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Histoire delà Gambie

Sous le dôme est un assez grand vide, espèce de comble qui occupe le tiers de la hauteur totale, et qui entretient dans Tédifice une température plus uniforme que si tout ce pâté était plein. Au niveau du sol est la cellule royale, oblongue, à fond plat et à voûte arrondie, percée de fenêtres rondes. Tout autour se distribuent les salles de service : ce sont des chambres, également rondes et voûtées, communiquant par des corridors. Sur les côtés s'élèvent les magasins, adossés aux murailles de la maison; ils sont remplis de gommes et de sucs végétaux solidifiés et en poudre. Sur le plafond de la chambre royale s’élèvent des piliers, hauts d’un mètre, qui supportent les couvoirs. Ce sont de petites cellules à cloisons de sciure de bois gommée, qui subdivisent à l’orifice de grandes chambres aux murailles d’argile. Placée entre les combles et la grande nef qui surmonte la salle royale, la nourricerie se trouve dans toutes les conditions désirables d’égalité de température et de ventilation.

La cellule royale renferme urî couple unique, objet des soins les plus empressés, mais retenu dans une étroite captivité, car les portes sont trop étroites pour donner passage à la monstrueuse reine, et même au mâle, qui se tient d’ordinaire blotti à à ses côtés. Des milliers de serviteurs s’empressent autour de la mère. Ils lui donnent à manger, et emportent, nuit et jour, les myriades d’œufs qu’elle pond. Les œufs sont placés dans les couvoirs, où ils donnent naissance à des larves blanches, semblables aux ouvriers, et qui se nourrissent d’abord des moisissures qui poussent sur les cloisons de leurs cellules. Elles deviennent nymphes, puis neutres, ou mâles et femelles. A ces dernières il pousse plus tard des ailes.

Par une soirée d’orage, ces individus sexués sortent de leur nid par millions, pour s’accoupler dans l’air; puis aussitôt ils retombent sur le sol et perdent leurs ailes. Ils sont alors détruits par d’autres insectes, leurs ennemis. Quelques couples seulement, recueillis par des ouvriers, sont mis à l’abri, et deviennent le noyau d’une nouvelle colonie.

Les soldats n’ont d’autre occupation que de veiller à la défense du nid. Si l’homme veut l’attaquer, au premier coup de pioche qu’il donne, on les voit accourir furieux. Ils attaquent

NÉVROPTÈRES.

les agresseurs et les percent jusqu’au sang, de leurs pinces acérées, s’attachent à la blessure et se font écraser plutôt que de .lâcher prise. Les nègres, qui n’ont pas de vêtements, sont bientôt mis en fuite; les Européens ne se retirent qu’avec leurs pantalons largement tachés de sang.

Pendant le combat, les soldats frappent de temps à autre, sur le sol, avec leurs pinces, et produisent un petit bruit sec, auquel les ouvriers répondent par une sorte de sifflement. Les ouvriers paraissent aussitôt; et avec des boulettes de mortier, se mettent à boucher les trous, à réparer les dégâts. Les soldats rentrent alors, à l’exception d’un petit nombre, qui restent pour surveiller le travail des maçons; ils donnent, par intervalles, le signal accoutumé, et les ouvriers répondent par un sifflement qui veut dire : « Nous y sommes! » en redoublant d’activité.

Si l’attaque recommence, les soldats sont à leurs postes, défendant le terrain pied à pied. Pendant ce temps, les ouvriers masquent les passages, bouchent les galeries, et murent avec soin la cellule royale. Si l’on pénètre jusqu’à ce sanctuaire, on peut enlever et emporter la cellule qui renferme le précieux couple sans que les ouvriers de service auprès de la reine interrompent leur besogne, car ils sont aveugles.

Ils ne cheminent jamais à découvert, excepté dans les cas extrêmes. Personne n’ignore les terribles dégâts qu’ils occasionnent aux ouvrages de l’homme. Invisibles pour ceux qu’ils menacent, ils poussent leurs galeries jusqu’aux murs des maisons. Ils perforent les planches, les poutres, les boiseries, les meubles, en respectant toujours la surface des objets attaqués, de sorte qu’il est impossible de s’apercevoir de leurs ténébreux ravages. Ils ont même l’attention d’empêcher la chute des constructions qu’ils rongent, en remplissant de mortier les vides qu’ils ont faits. Mais ces précautions ne sont employées que si la place leur semble bonne, et s’ils comptent y faire un séjour prolongé. Dans le cas contraire, ils détruisent le bois avec une rapidité inconcevable. On les a vus, en une seule nuit, percer de bas en haut, tout un pied de table, puis la table même, et toujours perçant, descendre parle pied opposé, après avoir dévoré le contenu d’une malle placée sur cette table.

A cause des dévastations qu'ils produisent, Linné a appelé' les Termites le pics grand fléau des Indes.

Il existe en France deux espèces de Termites, le Termite lucifuge ou Termite des Landes , petit insecte d’un noir brillant (au moins le mâle), avec des jambes roussâtres, qui est assez répandu dans les landes de la Gascogne, et le Termite à cou jaune (Termes flavicollis), qui vit dans l’intérieur des arbres, et nuit beaucoup, en Espagne et dans le midi de la France, aux oliviers et autres arbres précieux, tandis que le premier s'attaque aux chênes et aux sapins.

Latreille a admis que c’est le Termite lucifuge qui exerce ses ravages à la Rochelle, à Rochefort, à Saintes, à Tournay- Charente, dans File d’Aix, etc., où beaucoup de maisons ont été complètement minées par ces terribles insectes. Mais M. de Quatrefages 1 a fait voir que les mœurs des Termites citadins diffèrent, en plusieurs points essentiels, de ceux des Termites campagnards. Aussi est-il plus probable que les premiers appartiennent à une espèce exotique, qui aura été malheureusement importée en France par un navire de commerce.

D’après M. Bobe-Moreau2, c'est seulement en 1797 qu’on découvrit, pour la première fois, les Termites, à Rochefort, dans une maison restée longtemps inhabitée, et qu’ils avaient minée complètement. En 1804, Latreille rapportait, comme ouï-dire, que les Termites ont, pendant quelques années, inquiété les habitants de Rochefort. Mais en 1829, le même auteur tient un bien autre langage. Il parle avec effroi des ravages exercés par cet insecte dans les ateliers de la marine royale. L’invasion du Termite en France est donc récente.

Une note qui a été remise à M. de Quatrefages par M. Beltrémieux, précise encore davantage la date de l’importation des Termites : elle aurait eu lieu vers 1780, époque où les frères Poupet, riches armateurs, firent venir des ballots de Saint-Domingue à Rochefort, à la Rochelle, et sur quelques autres points de notre littoral où ils possédaient des magasins.

Les ravages que les Termites exercent dans les villes de la

1. Note sur les Termites de la Rochelle . Annales des sciences naturelles ,

3e série, t. XX, p. 18; — 1 853.

2. Mémoire sur les Termites observés à Rochefort. Saintes, 1843.

Fig. 41 8. Un nid de Termites belliqueux dans l'Afrique australe, d’après Srneathman.

NEVROPTÈRES.

Saintonge, sont vraiment effrayants. Gomme Valencia, dans la Nouvelle-Grenade, ces villes se trouveront peut-être un jour suspendues sur des catacombes.

AT'onnay-Charente, une salle à manger s’écroula, etl’amphytrion et ses convives tombèrent ensemble dans la cave. On peut voir, dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle de Paris, les colonnes de bois qui soutenaient cette salle, et qui furent rapportées par Audouin, envoyé en mission pour constater les dégâts. Audouin rapporta aussi, comme objet curieux, le voile de noces d’une dame, qui avait été entièrement troué par les Termites.

A la Rochelle, ces insectes se sont emparés de la préfecture (construite par les frères Poupet) et de l’arsenal. Là ils ont envahi bureaux, appartements, cour et jardin. On ne peut planter un piquet ou laisser une planche dans le jardin sans les voir attaqués le lendemain. Un beau jour, les archives du département se trouvèrent détruites sans que la moindre trace du dégât parût au dehors. Les Termites avaient miné les boiseries, percé les cartons, mangé les parchemins et les papiers administratifs, mais toujours en respectant scrupuleusement la feuille supérieure et les bords des feuillets. C’est par hasard qu’un employé, moins superficiel que ses collègues, souleva un jour une de ces feuilles qui cachaient des détritus, et découvrit ainsi le triste pot aux roses , c’est-à-dire la destruction des archives. On est forcé aujourd’hui d’enfermer tous les papiers de la préfecture dans des boîtes de zinc.

Ces Termites ne se hasardent pas plus que leurs congénères à la lumière du j our. Ces terribles mineurs s’enveloppent toujours de ténèbres. Iis construisent partout des galeries couvertes, à mesure qu’ils s’avancent dans un bâtiment. M. Blanchard et M. de Quatrefages ont vu, à la Rochelle, les tranchées pratiquées par les Termites. Ce sont des tubes formés de matières agglutinées, qui sont collés le long des murs, dans les caves et les appartements, ou bien suspendus aux voûtes, en manière de stalactites.

Certains quartiers d’Agen et de Bordeaux commencent aussi à souffrir des ravages de ces insectes. Le danger paraît imminent.

On doit à M. de Quatrefages d’intéressantes expériences sur

les Termites de la Rochelle. Non-seulement le savant naturaliste a contribué à faire connaître les mœurs de ces insectes ténébreux, mais encore il a donné les moyens de les détruire.

On avait essayé en vain, contre ces terribles ravageurs, différentes substances : l’essence de térébenthine , le savon arsénical, la lessive bouillante, etc. M. de Quatrefages a eu recours aux injections gazeuses. Il a successivement expérimenté le bioxyde d’azote, l’acide nitreux, le chlore et l’acide sulfureux. Le chlore surtout a répondu pleinement à ses espérances. Pur, il tue les Termites instantanément; mêlé à neuf dixièmes d’air, il les asphyxie au bout d’une demi-heure.

<r Pour attaquer les Termites, dit M. de Quatrefages, ou devra choisir de préférence l’époque de la reproduction, afin de faire périr les femelle^ fécondées. Il est probable que, comme leurs congénères exotiques, les Termites de nos climats chercheront à se défendre en murant l’intérieur de leurs galeries au premier signe d’attaque. Il faudra donc agir avec beaucoup de promptitude, et porter les appareils, autant que possible, au centre même de leur habitation, là où les galeries sont plus larges et plus nombreuses.

a Avec quelque soin que l’on opère et quel que soit le succès d’une première tentative, il me semble impossible de détruire en une seule campagne tous les Termites d’une localité. Ici, comme dans toutes les opérations du même genre, une certaine persévérance sera nécessaire, surtout si l’on agit dans une ville ou dans une contrée infestées d’une manière très-générale ; dans ce cas, on sera même forcé de recommencer de temps à autre. Lorsque, au contraire, les Termites sont encore cantonnés, le succès me semble devoir être durable. Cette circonstance heureuse existe à la Rochelle, et en sachant la mettre à profit, on préviendrait sans doute l’extension du fléau, qui, d’un moment à l’autre, peut atteindre la ville entière \ »

En 1864, les lords de l’amirauté anglaise ont fait une enquête auprès de la Société entomologique de Londres, pour connaître les meilleurs moyens de préservation du bois contre les attaques des Termites indiens. En réponse à cette consultation, la Société entomologique a recommandé plusieurs procédés : injection de chaux vive ou de créosote, application du savon arsénical, etc. Mais il ne paraît pas que ces procédés soient d’une efficacité infaillible, ni surtout d’un emploi facile.

1. Mémoires sur la destruction des Termites. Annales des sciences naturelles, 3* série, t XX, p. 15.

NÉVROPTERES.

Parmi les autres Névroptères à métamorphoses incomplètes, nous citerons d’abord les Perles et les Némour es, qui voltigent

au bord des eaux, et se posent sur les pierres, les buissons, les plantes aquatiques. Leurs larves sont nues, sans fourreaux

et vivent toujours dans l’eau. Elles se cachent sous les pierres, pour guetter de petits insectes, car elles sont carnassières. On

les voit souvent balancer leur corps, en s’accrochant par leurs pattes, à un caillou. Elles passent l’hiver et ne deviennent

Fig. 423. Perle à deux points (adulte).

nymphes qu’au printemps, après une mue ; il leur pousse alors des rudiments d’ailes. Bientôt après, les nymphes se métamorphosent en sortant de l’eau.

Fig. 424. Némoure bigarrée.

L’adulte ne vit que peu de jours, car sa bouche n’est pas propre à l’alimentation. Les larves ont au bout du corps deux longs filets, qui restent aux adultes des Perles, mais non pas à ceux des Némoures ; ces dernières perdent les deux soies caudales à Tétât adulte.

Une espèce de Perles est très-commune sur les quais de Paris.

NÉVROPTÈBES.

Les Éphémères ont le corps long, grêle, muni de deux ou trois longues soies. Leur nom indique la courte durée de leur existence. On les voit paraître en grand nombre, à certaines époques de l’année. Leur éclosion a lieu au coucher du soleil : ils ont eu le temps de s'accoupler et de pondre leurs œufs quand le soleil reparaît le lendemain. Ils ont alors cessé de vivre, de sorte que les bords des rivières, des étangs, des lacs, sont jonchés de leurs corps. Leur nombre est quelquefois si considérable, que, selon Réaumur, le sol paraît comme couvert de neige et qu'on les recueille pour fumer les terres.

U Éphémère vulgaire , ou Mouche de mai (fig. 425), est de couleur brune, tachée de jaune, avec les ailes enfumées à taches brunes. Ces insectes se font remarquer par leur vol élégant : ils s’élèvent et s’abaissent continuellement. En agitant les ailes, ils s’élèvent; mais si leurs ailes, quoique déployées, restent immobiles, ainsi que les filets de la queue, ils retombent. On les voit par myriades dans les lieux aquatiques.

Nous avons dit que les Éphémères ne vivent que quelques heures: telle est la règle générale; mais on peut prolonger leur existence pendant dix ou quinze jours en empêchant la reproduction. Au reste, si la durée de la vie de ces insectes est si courte quand ils sont à l’état parfait, alors que la conformation de leur bouche les empêche de prendre aucune nourriture, cette durée est fort longue à l’état de larve. Ainsi que Swammerdam l’a consigné dans son curieux mémoire, intitulé : Vita Ephemeri , elle n’est pas de moins de trois ans.

Les femelles pondent leurs œufs en une seule masse, et les laissent tomber dans l’eau, sous forme de paquet. Les larves qui en sortentsont très-agiles, et nagent avec beaucoup de facilité ; mais d’ordinaire elles se cachent sous les cailloux du fond. Les côtés de l’abdomen sont garnis de branchies très-frangées, qui leur

servent, non-seulement pour respirer l'air dissous dans l'eau, à la manière des poissons, mais encore pour nager. Ces larves ont, à l’extrémité de leur corps, deux ou trois filets, comme les

Fig. 426. Nymphe d’Éphémère.

Fig. 427. Larve d’Éphémère.

insectes parfaits. Elles se creusent des galeries dans la vase des rivières et des étangs et se nourrissent de petits insectes.

Les nymphes (fig. 426) ne diffèrent des larves (fig. 427) que par des rudiments d’ailes. Pour se métamorphoser, elles sortent de l’eau et s’accrochent aux plantes. La peau se fend sur le dos lorsqu’elle est desséchée; et il en sort un insecte lourd, qui vole mal et dont les ailes sont opaques. Il est encore enveloppé d’une peau très-fine, dont une dernière mue le débarrasse au bout de quelques heures. Cette peau reste attachée sur la plante où s’opère la mue; elle conserve la forme de l’insecte.

La mue des nymphes est un fait spécial aux Éphémères; c’est la transition de la fausse image (; pseudoimago ) à Vimage {imago) de Linné.

On compte dans la même famille les Clo'ès, dont les larves chassent les petits insectes, en nageant.

La Cloè diplère (fig. 428), qui n'a que deux ailes, se rencontre

NÉVROPTÈRES 503

souvent dans les maisons , collée contre les vitres et les rideaux des fenêtres.

Tous ces insectes se conservent mal dans les collections; la

dessiccation leur fait perdre leurs formes, et la fragilité de leurs membres devient telle, que le moindre choc suffit pour les briser.

Les Libellules sont des insectes au type bien caractérisé. L’élégance de leurs formes, la grâce de leurs mouvements, leur ont valu la dénomination vulgaire de Demoiselles. Elles sont toujours d’une assez grande taille. Plusieurs offrent des couleurs vives et métalliques, qui ne le cèdent pas en beauté à celles des papillons. Leurs ailes, d’une délicatesse extrême, toujours lisses et brillantes, présentent des teintes variées; quelquefois elles sont complètement transparentes et agréablement irisées. Souvent la coloration des mâles diffère de celle des femelles. On les voit voltiger au bord de l’eau , pendanttout l’été, surtout en plein soleil. Elles volent avec une rapidité extrême, rasant par intervalles le liquide, et s’échappant toujours sans peine, quand on veut les saisir. Rien

de plus joli qu’une troupe de Demoiselles prenant ses ébats au bord d’un étang ou d’une rivière, par un beau jour d’été, alors qu’un soleil ardent vient lustrer leurs ailes des nuances les plus vives.

Tant à l’état parfait qu’à celui de larve ou de nymphe, les Libellules sont carnassières. Leur vol rapide en fait d’habiles chasseresses. Grâce à leurs yeux énormes, elles embrassent tout l’horizon. Elles saisissent au passage les mouches, les papillons, et les déchirent aussitôt avec leurs fortes mandibules. Quelquefois l’ardeur de la chasse les entraînant loin des ruisseaux, on les rencontre dans les champs.

La femelle pond ses œufs dans l’eau. Il en sort des larves, qui rappellent un peu la forme de l’insecte; seulement, leur corps est plus ramassé et la tête plus aplatie.

Larves et nymphes habitent le fond des étangs et des ruisseaux. Là , tapies dans la fange, elles guettent les insectes, les mollusques, les petits poissons. S’il passe une proie à leur portée, elles débandent, comme un ressort, une arme fort singulière qui représente chez elles la lèvre inférieure. C’est une sorte de masque animé, armé de fortes pinces dentelées et porté par des pièces articulées, dont l’ensemble égale la longueur du corps lui-même. Ce masque agit à la fois comme une lèvre et comme un bras; il saisit la proie au passage et l’amène à la bouche.

« Quand quelque insecte aquatique s’approche d’elles, dans le temps qu’elles sont en humeur de manger, dit Ch. de Geer, elles poussent le masque en avant très-subitement et comme un trait, et s’en saisissent avec les deux serres; ensuite, retirant le masque, elles approchent la proie de leurs dents, et commencent d’abord à la ronger. J’ai remarqué qu’elles n’épargnent pas même leurs semblables, mais qu’elles s’entremangent quand elles le peuvent, et je les ai vues aussi dévorer de trèspetits poissons que j’avais mis auprès d’elles. Il est très-difficile aux autres insectes d’éviter leurs coups, parce que, marchant ordinairement dans l’eau fort doucement et comme à pas comptés, à peu près comme les chats qui sont à l’affût des petits oiseaux, elles allongent subitement leur masque et arrêtent leur proie tout d’un coup *. »

1. Ch, de Geer, Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes , t. II, 2e partie, p. 674.

NÉVROPTÈRES.

La figure 429 représente, à gauche, la larve de la Libellule, avec l'instrument d'attaque que nous avons appelé masque et dont elle se sert pour happer un petit insecte; à droite, la Libellule adulte, sortant de la nymphe.

Fig. 429. Larve de Libellule et éclosion de l’adulte.

La respiration de ces larves est fort singulière. Leur abdomen est terminé par des appendices qu’elles écartent pour laisser pénétrer l’eau dans le tube digestif, dont les parois sont garnies de branchies communiquant avec les trachées. L’eau, privée d’oxygène, est ensuite rejetée en dehors, et la larve s’avance ainsi, au milieu de l’eau, par un effet de recul. Elle n’a pas les panaches de branchies latérales qui font l’office de nageoires chez les Éphémères.

La nymphe offre déjà des moignons d’ailes. Pour se métamorphoser, elle se traîne hors de l’eau, où elle a vécu près d’une année ; grimpe lentement sur quelque plante voisine, et s’y suspend la tête en bas. Bientôt le soleil dessèche et durcit sa peau, qui tout d’un coup éclate et se fend. La Libellule dégage alors sa tête et son corselet. Ses pattes, ses ailes, encore molles et sans vigueur, se raffermissent au contact de

l’air; au bout de quelques heures, elles ont pris toute leur force. Aussitôt l’insecte abandonne, comme un vêtement usé, la peau terne et limoneuse qui la couvrit si longtemps et qui en garde* la forme (voyez la figure 429), et s’élance à la recherche de sa proie.

C’est alors que nous voyons le féroce Dragon ailé (Dragon-fly, c’est- le nom qu’elle porte en anglais) errer à la surface de ses eaux natales, tantôt planant à la façon de l’aigle, tantôt décrivant des cercles rapides, tantôt s’élançant, comme une flèche, sur une victime, qu’elle dévore sans s’arrêter.

Les Libellules sont répandues dans le monde entier. Leur type est la Libellule déprimée ( Libellula depressa , fîg. 430),

très-commune en Europe. Le mâle est brun, avec l’abdomen bleu en dessus; la femelle, d’un jaune olivâtre, bordée de jaune sur les côtés. Tous deux ont l’abdomen large et déprimé.

L ’Æshne a l’abdomen cylindrique et en forme de baguette. Elle atteint un décimètre de longueur; son vol est plus rapide que celui des hirondelles.

Les Caloptêryx volent plus lentement. Le mâle est d’un bleu métallique, ses ailes diaphanes sont traversées d’une bande bleue verdâtre; la femelle, d’un vert bronzé, aies ailes d’un vert métallique, avecune tache jaunâtre au bord. Ces insectes aiment à se poser sur les roseaux, ils tiennent alors les ailes relevées.

NÉVROPTÈRES,

Les Agrions, qui sont de la même famille, ont le corps blanc, brun ou vert, et les yeux très-saillants. Ils sont plus sveltes, plus gracieux que les Libellules proprement dites; leurs larves sont très-allongées et minces.

Au printemps, on rencontre dans les bois des insectes à grosse tête et à corselet allongé. Les femelles ont une longue tarière, pour déposer leurs œufs sous l'écorce des arbres, où vivent leurs larves. Ces larves se nourrissent d’insectes. Elles se tordent comme de petits serpents. Les nymphes sont aussi très-agiles; elles ressemblent beaucoup aux adultes, et ont des ailes appliquées contre le corps.

Ces insectes qui se rencontrent partout, mais toujours en

petit nombre, sont les Baphidies , que l’on voit représentées (fig. 431, 432, 433) à l'état de larve, de nymphe et d’adulte, et les Mantispes (tig. 434), qui sont communes dans le Midi.

M. Blanchard range dans la même tribu les Semblides , dont les larves sont aquatiques, à tête écailleuse, pourvues d’yeux, de mandibules arquées et de courtes antennes.

Les larves et les nymphes des Semblides respirent, comme celles des Éphémères, par des filets articulés externes, ou bran-

Fig. 431.

Raphidie mâle.

Fig. 432. Fig. 433.

Larve de Raphidie. Nymphe de Raphidie.

Fig. 434. Mantispe païenne.

chies, analogues à ceux des poissons. Cependant les nymphes sont terrestres. Elles s’enfoncent dans la terre au pied des arbres, et l’adulte en sort au bout de quinze jours, en laissant sa peau de nymphe dans son nid. Il ne vit que peu de jours. La femelle pond ses œufs sur les roseaux, les pier-

res, etc. La figure 435 représente la Semblide de la boue dans ses trois états. C’est l’espèce la plus commune dans notre pays.

Nous arrivons aux Névroptères qui subissent des métamorphoses complètes : ce sont les Myrmèlèoniens , dont le Fourmilion est le type le plus saillant, et les Phryganes.

Les larves des Myrmèlèoniens sont terrestres et carnassières. Au moment de subir leur transformation en nymphes, elles se filent un cocon soyeux. Les larves des Phryganes, au contraire, sont aquatiques. Elles s’entourent d’une sorte de fourreau protecteur, composé d’une coque soyeuse et d’incrustations de toute sorte. Les nymphes, aussi bien que les larves de ces insectes, respirent au moyen de branchies.

Le Fourmi-lion ( Myrmeleo formicarius , fig. 436) se trouve aux environs de Paris. C’est un élégant insecte, qui ressemble aux Demoiselles; il s’en distingue par ses antennes. Sa larve est d’un gris rosé un peu sale, avec de petits bouquets de poils noirâtres sur son abdomen très-volumineux. Ses pattes sont assez longues et grêles, les antérieures divisées en avant, tandis que les postérieures sont très-serrées contre le corps et ne permettent à l’animal que de marcher à reculons.

Ces larves se rencontrent en grande abondance dans les endroits sablonneux les plus exposés à l’ardeur du soleil. Là, elles se contruisent une espèce d’entonnoir dans le sable mouvant (fig. 437), en décrivant, à reculons, des tours de spire

NÉVROPTÈRES.

dont le diamètre diminue graduellement. Leur robuste tête carrée leur sert de pelle, pour lancer le sable au loin. Elles se cachent alors au fond du trou, la tête seule en dehors, et

attendent avec patience qu’un insecte vienne à rôder autour de l'abîme mouvant. A peine cette Araignée des sablières a-

Fig. 437. Fig. 438. Larve, cocon,

Entonnoir du Fourmi-lion. nymphe de Fourmi-lion.

t-elle aperçu sa victime au bord de son entonnoir, qu’elle lui lance une pluie de poussière, pour l’étourdir et la faire glisser au fond du précipice, ce qui ne manque pas d’arriver. Alors elle la saisit avec ses mandibules acérées, et la suce; puis elle rejette la dépouille vide hors de son trou et se remet à l’affût. Ce sont surtout les Fourmis qui deviennent sa proie. De là son nom de Fourmi-lion.

Vers le mois de juillet, les larves de Fourmi-lion se fabriquent un cocon sphérique, mêlé de grains de sable, où elles se transforment en nymphes, qui éclosent vers la fin d’août.

Fig. 439. Myrméléon libelluloïde.

Les Fourmi-lions adultes répandent une odeur de rose. Leur vol est faible, ce qui les fait distinguer des Libellules.

NÉVROPTÈRES.

On rencontre dans le midi une espèce très-belle de Fourmi-lion : c'est le Myrmêlèon libelluloïcle (lig. 439). Sa larve peut se diriger en avant, et ne creuse pas d'entonnoir.

Fig. 440. Larve de Myrméléon.

Les Ascalaphes (fig. 442) se font remarquer par leurs longues antennes à massue, et par un vol rapide. Ils aiment le soleil, et habitent surtout les pays chauds; cependant on rencontre des Ascalaphes au mois de juillet, près de Paris, sur les co-

Fig. 441. Larve d’As calaphe. ‘ Fig. 442. Ascalaphe méridionale.

teaux secs de Lardy et de Poquency. Leurs larves (fig. 441) ont des mandibules propres à la succion. Elles guettent les insectes sous les tas de pierres et sautent sur leur proie.

Les premiers états des Nèmoplères (fig. 443) sont encore peu connus. Ce sont des insectes à ailes maculées de jaune et de noir, et dont les ailes inférieures sont presque linéaires. On les rencontre dans les pays méridionaux; mais très-rarement dans le midi de la France.

Lés Hèmèrobes, auxquels on donne aussi le nom de Demoiselles terrestres , sont de petits insectes très-délicats , d’une couleur

vert-pomme, aux yeux d'un rouge doré, qui laissent entre les doigts, si on les saisit, une odeur infecte. Réaumur les appelle les Lions des pucerons , parce que leurs larves, qui ressemblent

Fig. 443. Némoptères de Cos.

aux larves dos Fourmi-lions, et qui vivent sur les plantes, se nourrissent de Pucerons. Elles attaquent aussi les chenilles. Leurs mandibules sont percées d'un canal pour la succion, comme chez les espèces précédentes.

L’Osmyle (fig. 44a), insecte assez rare, qu’on trouve au mois

Fig. 444. Osmyle tacheté.

d'août dans les arbustes qui bordent les mares, appartient à la même famille. Sa larve vit dans la terre humide.

Les Panorpides constituent une petite famille assez singulière, à cause de la forme de leur tête, qui se prolonge en une sorte de bec, long et grêle. Aristote les appelle Mouches-scorpions et croit que ce sont des scorpions ailés.

Les Panorpes proprement dits (fig. 445) se tiennent dans les haies et sur les plantes pendant tout l'été. Ils ont le corps grêle,

NÉYROPTERES.

tacheté de jaune et de noir, et quatre ailes droites, maculées de noir. Chez les mâles, l'abdomen se termine par une pince (fig. 446), qui rappelle vaguement une queue de scorpion, et

Fig. 445. Panorpe femelle et mâle.

qui est destinée à saisir des Libellules, qu’ils tuent en les perçant de leur bec. La femelle dépose ses œufs dans la terre

Fig. 446. Pince du Panorpe mâle. Fig. 447. Panorpe femelle pondant.

(fig. 447). Au bout de huit jours, la larve paraît; elle met un mois à se développer, puis s’enfonce davantage sous terre, et enfin se change en nymphe, qui, au bout de quinze jours, remonte à la lumière sous forme d’insecte parfait.

Deux autres genres de Panorpides nous sont donnés par le , Bittaque tipulaire (fig. 448), qui ressemble à un grand Cousin muni de quatre ailes, et le Borée hyêmal (fig. 449), d’un noir luisant, que l’on rencontre en Suède et dans les parties élevées des Alpes, sautant sur les champs de neige, en troupes considérables.

Les Phryganes, ou Mouches- Caddis, sont surtout connues par

leurs larves, dont les pêcheurs à la ligne font une grande consommation, et que Réaumur plaçait dans ses Teignes aquatiques . Leur corps mou et délicat est protégé par des fourreaux, dans lesquels elles se cramponnent par deux crochets, placés à l'extrémité de l'abdomen. Le peuple les désigne sous différents

noms qui font allusion à leurs habitudes : il les appelle casets , charrêes , porte-bois , porte-sable , etc., parce qu'elles vivent dans une case couverte de parcelles de bois ou de sable, et qu’elles traînent souvent après elles. Leur nom latin Phryganea signifie fagot.

LesPhryganes, à l’état adulte, ressemblent beaucoup aux papillons de nuit. Elles s’en rapprochent encore par leur bouche rudimentaire, ainsi que par leurs ailes sans articulations, mais garnies de petits poils, analogues aux écailles des Lépidoptères. On peut dire que les Phryganes forment une sorte de transition des Lépidoptères aux Névroptères. On les appelait autrefois Mouches papilionacèes.

Les œufs que pondent les femelles des Phryganes, sont renfermés dans des capsules gélatineuses, qui se gonflent dans Peau et s’attachent aux pierres. La larve s'y aperçoit, comme un petit ver sans pied. Elle éclôt bientôt, et ressemble d’abord à une petite ligne noire. Us est facile de l’élever dans un aquarium. On voit alors qu'elle se construit un fourreau soyeux, qu’elle traîne après elle et qui protège son abdomen. Quand on l'inquiète, elle rentre tout entière dans son étui.

Fig. 448. Bittaque tipulaire.

Fig. 449. Borée hyémal.

NÉVROPTÈRES.

L’intérieur de cet étui est lisse et formé de vase; à l’extérieur, il est fortifié par des matières étrangères.

La Phrygane rhombique (üg. 450, 45 1 , 452) garnit son fourreau

Fig. 450.

Phrygane rhombique au repos.

Fig. 451. Phrygane rhombique.

de brins de bois ou d’herbes, disposés comme le montre la figure 453. D’autres espèces disposent ces brins en spirale, d’autres en séries parallèles.

Fig. 453. Fourreaux réguliers de l’étui d’une Phrygane.

La Phrygane flavicorne tapisse sa demeure de petites coquilles. « Ces sortes d’habits, dit Réaumur, sont très-jolis, mais ils sont aussi des plus singuliers. Un sauvage qui, au lieu d’être

couvert de fourrures, le serait de rats musqués, de taupes, ou autres animaux vivants, aurait un habillement bien extraordinaire; tel est en quelque sorte celui de nos larves. » D’autres Phryganes emploient, pour construire l’étui qui leur sert de demeure, du sable et de petits cailloux. Chaque espèce se sert toujours des mêmes matériaux, à moins qu’elle ne s’en trouve privée et obligée d’en employer d’autres. Ces fourreaux protègent les larves contre la voracité de leurs ennemis.

Les larves des Phryganes ont une tête écailleuse ; les trois premiers anneaux de leur corps sont plus coriaces que le reste. Elles vivent dans l’eau, et respirent par des sacs branchiaux, disposés sur l’abdomen en houppes molles et flexibles. Elles mangent tout ce qu’on leur offre: des feuilles, et même des insectes, des larves de leur propre espèce. Les nymphes sont

Fig. 45*i. Nymphe de Phrygane Fig. 455. Phrygane poilue •

poilue (grossie). adulte.-

immobiles. Elles restent environ quinze jours dans le fourreau, dont l’orifice a été fermé par des grilles de soie, puis elles rompent ces grilles, et quittent leur prison. Dans cet état (fig. 454), elles nagent sur l’eau jusqu’à ce qu’elles rencon-

NÉVROPTÈRES.

trent un appui auquel elles puissent s’accrocher pour sortir de l’eau. Dès lors elles se boursouflent, leur peau se fend sur le dos, et l’insecte parfait s’en échappe.

Les Phryganes adultes (fig.455) sont d’un gris jaunâtre. Leurs ailes sont poilues, peu propres au vol. Elles ne mangent pas, et ne quittent guère le bord de l’eau. Pendant le jour, elles se tiennent accroupies sous les feuilles, sur les murs, sur les troncs d’arbres, les ailes repliées et les antennes accolées. Le soir, on les voit voler, en nuées épaisses, au-dessus des ruisseaux et des mares. La lumière les attire, comme tous les insectes nocturnes, et on les trouve quelquefois en nombre sur les réverbères des quais.

Les Hydropsychcs et les Rhyacophiles sont de petits insectes qui ressemblent beaucoup aux Phryganes. Leurs larves ont, pour

Fig. 456. Hydropsyche atomaire, larve, adulte, nymphe. Sa maison.

respirer, les unes des branchies, les autres des tubes rétractiles. Elles se construisent des abris fixes, plus ou moins imparfaits, contre le sol et les grosses pierres, et elles les quittent momentanément. Quelquefois ces calottes renferment plusieurs larves à la fois.

La figure 456 réprésente les métamorphoses d’une Hydropsyche. La larve se voit à gauche, la nymphe à droite, l’insecte

ailé au milieu. Deux tentes ou abris de l’insecte sont représentées en bas.

La figure 457 montre les divers états du Rhyacophile vulgaire : larve, cocon, nymphe et insecte adulte.

Fig. 457. Rhyacophile vulgaire, larve, nymphe, abri, cocon et adulte mâle.

Les Rhyacophiles offrent cette particularité, que la larve se file un cocon dans l’intérieur de sa demeure, avant de se changer en nymphe.

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