ORDRE DES COLÉOPTÈRES
Les Cétoines. — Les Goliaths. — Les Trichies. — Le Hanneton. — Rayages qu’occasionnent les larves du Hanneton. — Les Scarabées proprement dits. — Les Scarabées sacrés. — Les Bousiers. — Les Lucanes. — Les Sylphes. — Les Nécrophores. — Les Hydrophiles. — Les Dytiques. — Les Colymbètes. — Les Gyrins. — Les Carabes. — Les Calosomes, etc., etc.
Dans les collections d’insectes, les Coléoptères occupent presque toujours la plus grande place. Ils sont recherchés par les amateurs, à cause de l’éclat de leurs couleurs, de la solidité de leurs téguments, et de la facilité avec laquelle on peut les conserver. Cette circonstance a beaucoup contribué à donner à l’ordre des Coléoptères une prépondérance marquée dans l’immense série des insectes connus. On en a recueilli beaucoup plus qu’on n’a pu- encore en décrire, et les collections sont encombrées d’espèces dont aucun naturaliste n’a encore donné le signalement. En admettant que les collections de premier ordre renferment chacune environ vingt-cinq mille espèces parfaitement distinctes, et qu’une certaine fraction de ces trésors soit particulière à chaque collection, M. Blanchard est arrivé à évaluer à plus de cent mille le nombre des espèces de Coléoptères que l’on obtiendrait si l’on réunissait les diverses collections entomologiques de France, d’Angleterre et d’Allemagne. Mais tous les jours nous voyons arriver des différentes régions du globe de nouvelles richesses, à peine soupçonnées jusqu’alors, et ce ne sont pas seulement les petites
espèces, mais également les plus grandes et les plus belles, qui fournissent leur contingent. 11 est donc permis de croire que, si la surface entière de la terre était explorée avec soin, on obtiendrait une quantité incalculable de Coléoptères assez bien caractérisée pour constituer des espèces ou des genres distincts.
Les Coléoptères (de xokoç, étui, et 7nrepov, aile) sont des insectes à quatre ailes. Les ailes antérieures, ou éhylres, ne servent pas au vol ; ce sont des étuis plus ou moins coriaces, quelquefois tachetés de vives nuances, et ne se croisant jamais l’un sur l’autre. Les ailes postérieures sont membraneuses, offrant des nervures ramifiées, et se repliant sous les élytres, qui les protègent pendant le repos. La bouche des Coléoptères est garnie de mandibules, de mâchoires et de deux lèvres bien distinctes, propres à la mastication.
Les métamorphoses de ces insectes sont complètes. Une larve ou un petit ver sort de l’œuf pondu par la femelle. Après une existence plus ou moins longue dans ce premier état (il dure trois ans chez le Hanneton), l’insecte se transforme en nymphe, qui se tient dans une immobilité complète. Au bout d’un certain temps, la nymphe déchire son enveloppe et revêt la forme d’insecte parfait.
Les Coléoptères présentent les mœurs les plus variées sous le rapport de l’habitation et de la nourriture. On ne retrouve pas, dans cet ordre, ces admirables instincts , ces manifestations d’intelligence, qui rapprochent certains Hyménoptères des êtres les plus élevés dans l’échelle animale. Mais leur existence offre des particularités très-dignes d’une étude sérieuse et approfondie. Quelques-uns sont carnassiers; c’est par là qu’ils se rendent utiles à l’homme. Ils détruisent d’autres insectes nuisibles, auxquels ils font la chasse sur le sol, sur les plantes basses, dans les arbres et jusqu’au sein des eaux. Beaucoup de ces Coléoptères se nourrissent de cadavres; ils recherchent les matières animales en putréfaction. On peut les considérer comme d’utiles auxiliaires : ce sont les croque-morts de la nature.
Un grand nombre de Coléoptères habitent les excréments des animaux. Les bouses de bœufs, de buffles, de chameaux,
donnent asile à des Coléoptères de diverses familles, qui vivent ainsi de matières végétales plus ou moins animalisées. D’autres attaquent les peaux, et en général les animaux desséchés; ils sont le fléau des collections entomologiques. Enfin, d’immenses légions de Coléoptères sont phytophages, c’est-à-dire attaquent les racines, les écorces, le bois, les feuilles et les fruits, et font le désespoir des agriculteurs.
Ce sont surtout les larves qu’il faut redouter. Celles qui vivent dans le bois peuvent, en quelques années, occasionner la perte d’arbres vigoureux et pleins de vie, ou détruire complètement les poutres d’un bâtiment. Certaines larves, telles que celles du Hanneton, rongent les racines des végétaux, et font périr les récoltes. D’autres, enfin, dévorent les feuilles et les tiges des plantes sur pied, détruisent les fleurs dans les jardins, ou attaquent les céréales dans nos magasins. Aussi l’homme leur fait-il une guerre acharnée. Il bénit les oiseaux qui lui viennent en aide, en détruisant ces dangereux rongeurs.
Dans l’immense variété des Coléoptères connus, nous devrons nous contenter de choisir les types les plus saillants et les mieux caractérisés.
Nous commencerons par les- Scarabées, au corps épais et ramassé, aux antennes courtes, terminées par une massue foliacée.
C’est à cette tribu qu’appartiennent la belle Cétoine dorée qui vit sur les roses, le Hanneton, le Nasicorne, le Scarabée des Égyptiens, le Bousier, etc. C’est la tribu la plus intéressante de tout l’ordre des Coléoptères. Elle correspond à la grande division des Lamellicornes de Latreille. Ce nom de Lamellicorne était destiné à rappeler la disposition en lames, plus ou moins serrées, des extrémités des antennes de ces insectes.
Beaucoup de Scarabées ont des mandibules membraneuses, au moins partiellement, et toujours petites. Cette particularité est en rapport avec leurs habitudes. Jamais, en effet, ils n’ont à triturer de corps durs; ils se nourrissent tous, soit de fleurs ou de feuilles, soit de matières stercoraires.
Leurs larves se ressemblent beaucoup, même pour des familles assez éloignées entre elles à l’état parfait. Ce sont de
gros vers blanchâtres, à peau diaphane, à tête écailleuse, garnie de mandibules dentées, qui vivent dans la terre ou dans les bois pourris.
Les nymphes sont grosses et trapues; elles laissent déjà apercevoir toutes les formes de l’insecte parfait. Elles se fabriquent une loge ou crypte, pour subir leur métamorphose. Les larves des Scarabées restent ordinairement trois ans sous cet état.
La durée de la vie de nymphe est très-courte, comme aussi celle de la vie d’insecte parfait.
Les différences de sexes sont souvent très-marquées à l’extérieur, par des saillies, cornes, etc., qui font l’ornement distinctif du mâle.
Dans le groupe des Scarabées, nous aurons à parler surtout des Cétoines , des Hannetons et des Scarabées , proprement dits.
La famille de Cétoines est l’une des plus remarquables, par la beauté des insectes qui la composent et par la richesse des reflets de leur corps. Les uns ont des couleurs métalliques d’un grand éclat, les autres des teintes veloutées, richement assorties.
Leurs larves vivent dans les morceaux de bois en décomposition; les insectes parfaits fréquentent les fleurs et aiment le soleil.
Cette famille comprend un très-grand nombre d’espèces, dont le type est YEmèraudine ou Cétoine dorée ( Cetonia aurata),
Fig. 458. Cétoine dorée.
d’une belle couleur vert doré, avec de petites lignes transversales et blanchâtres.
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La Cétoine dorée fréquente surtout les roses, dont elle mange les pétales et les étamines. C’est le Melolonthe doré d’Aristote, qui nous dit que cet insecte infortuné partageait avec le Hanneton le privilège d’amuser les enfants. La Cétoine vole jour et nuit sans difficulté, en se servant de ses ailes inférieures sans ouvrir les élytres (fig. 458). Lorsqu’on la saisit, elle répand, par l’extrémité de l’abdomen, une liqueur fétide, seul moyen de défense que possède ce pauvre insecte.
Les larves de la Cétoine dorée (fig. 459) ressemblent beaucoup aux larves des Hannetons; mais leurs pattes sont plus
Fig. 459. Larve et coque de Cétoine dorée.
courtes. On les trouve dans les bois pourris, et souvent dans les fourmilières. Quand elles ont acquis tout leur développement, elles se fabriquent une coque de forme ovale (fig. 459), où elles se transforment en nymphes ; la coque se compose d.e parcelles de bois agglomérées avec une matière soyeuse que les larves sécrètent.
La larve de la Cétoine splendide , qui est la plus magnifique de France, se rencontre, quelquefois dans les nids d’Abeilles sauvages.
En Russie, la Cétoine dorée passe pour un remède très-efficace contre la rage. Dans le gouvernement de Saratow, que traverse le Volga, la rage se déclare assez fréquemment, par suite des chaleurs qui régnent pendant tout l'été dans ces steppes arides. Les habitants, sans cesse exposés à être mordus par des chiens enragés, ont essayé successivement bien des préparations pour combattre les suites de ces terribles accidents. Il paraît que la Cétoine, séchée et réduite en poudre, a produit plusieurs fois de bons effets.
Voici la recette qu’un habitant de Saratow a publiée dans
un journal russe, en ajoutant qu’il s’en servait depuis trente ans, qu’aucun des sujets traités par lui n’était mort, et que son remède pouvait s’employer avec succès dans toutes les phases de la maladie.
Au printemps, on cherche au fond des fourmilières de la Fourmi rousse certaines larves blanches, que l’on conserve avec soin dans un pot, avec la terre où on les a trouvées, jusqu’au moment de leur métamorphose, qui a lieu au mois de mai. L’insecte, qui n’est autre que la Cétoine clorêe, est tué, desséché, et gardé dans des pots hermétiquement fermés, pour qu’il conserve l’odeur forte qu’il exhale au printemps, et qui paraît être une condition de l’efficacité du remède. Quand un cas de rage se présente, on pulvérise quelquesunes de ces Cétoines desséchées, et on étend la poudre sur une tartine de beurre, que l’on fait manger au malade. Toutes les parties de l’insecte doivent entrer dans la composition de cette poudre, qui, par cela même, ne peut pas être très-fine.
Pendant toute la durée du traitement, il faut éviter, autant que possible, de boire, ou si la soif est trop impérieuse, ne boire qu’un peu d’eau pure ; mais on peut manger. Ordinairement, ce remède procure un sommeil plus ou moins long, qui peut durer trente-six heures, et qu’il ne faut pas empêcher. Au réveil, le malade est, dit-on, guéri. La morsure doit ^tre traitée localement par les moyens chirurgicaux ordinaires.
Quant à la dose du remède, elle dépend de l’âge du malade et du développement de la maladie. On donne, à un sujet adulte, immédiatement après la morsure, de deux à trois Cétoines; à un enfant, de une à deux; à un individu chez lequel la maladie s’est déjà déclarée, de quatre à cinq. Donné à un individu sain, le remède n’offrirait d’ailleurs aucun danger.
Dans le cas où des symptômes d’hydrophobie se manifesteraient quelques jours après l’emploi du remède, on recommencerait le traitement.
On a aussi essayé de préparer ce remède avec des Cétoines recueillies, non à l’état de larve, mais à l’état d’insecte parfait,
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en les prenant sur des fleurs, et il paraît que les tentatives ont réussi.
D'après M. Bogdanoff, dans plusieurs gouvernements de la Russie méridionale, les amateurs de chasse ont l’habitude de faire avaler de temps en temps à leurs chiens, comme préservatif, une moitié de Cétoine en poudre avec du pain, ou avec un peu devin. Tout le monde, dans ces contrées, est persuadé de l’efficacité de ce moyen pour empêcher le développement de Phydrophobie.
On ne devrait peut-être pas rejeter une croyance aussi répandue et aussi enracinée sans s'appuyer sur quelques expériences, car la médecine ne possède encore aucun remède contre la rage. Il ne serait donc pas inutile d'essayer celui-ci.
Deux espèces plus petites que la Cétoine dorée, la Cétoine piquetée et la Cétoine velue à poils jaunâtres, vivent sur les fleurs
Fig. 460. Cétoine argentée.
de chardons. L'Afrique occidentale, le Cap, Madagascar, etc., sont très-riches en espèces de Cétoines.
On compte parmi les Cétoines les Goliaths , insectes gigantesques qui habitent l’Afrique et les Indes orientales. Leur longueur totale peut atteindre de dix à quinze centimètres. Leurs couleurs sont ordinairement un blanc ou un jaune mat, qui n'ont rien de métallique, avec des taches d’un noir velouté ; elles sont dues à une sorte de duvet d’une extrême ténuité, qui s'enlève assez facilement.
La tête de ces énormes Coléoptères est d’ordinaire dè-
coupée ou échancrée. Elle est ornée parfois d’une ou deux cornes. Leurs pattes, fortes et robustes, sont armées d’éperons, et présentent sur leur arête externe des dentelures aiguës, qui donnent à ces insectes une physionomie rébarbative, que leurs mœurs inoffensives sont loin de justifier.
Toutes ces cornes, et toutes ces dents à l’aspect terrible, ne sont, en effet, pour un assez grand nombre de ces insectes, que de simples ornements. Ils composent le pittoresque uniforme des mâles. C’est l’équivalent des bonnets à poil, des casques à flamme et des épaulettes à graines d’épinards de nos militaires. La tenue des Goliaths femelles est beaucoup plus modeste, comme il convient à leur sexe.
Nous représentons ici le Goliath de Derby (fig. 463) et le Goliath polyphème (fig. 464).
Fig. 463. Goliath de Derby. Fig. 464. Goliath polyphème.
Les Goliaths étaient autrefois excessivement rares dans las collections et d’un prix inaccessible aux amateurs ordinaires.
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Mg. 465. Goliath cacique mâle.
modeste, grâce aux voyageurs qui, à l'exemple du docteur Savage, les ont recueillis par centaines dans les pays qui les produisent.
On voit sur la côte de Guinée ces énormes Coléoptères vol-
Un seul exemplaire se payait jusqu'à 500 francs. Mais depuis quelque temps les Goliaths de la côte de Guinée et du cap des Palmes se vendent aux amateurs d’Europe à un prix
tiger au sommet des arbres, dont ils recherchent les fleurs. Pour les attraper, on abat les arbres, ou bien on tire sur eux avec un fusil chargé de sable, comme on le fait pour les Colibris. L’espèce que le docteur Savage a rendue commune, est
Fig. 466. Goliath cacique femelle.
le Goliath cacique , dont nous représentons le mâle et la femelle (ôg. 465-466). On le rencontre sur la côte de Guinée. Le Goliath de Drury (fig. 467), habite la Sierra Leone (côte de la Guinée occidentale).
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Les nombreuses expéditions qui visitent actuellement l’intérieur de l’Afrique, ne manqueront pas d’accroître le nombre
Fi^. 466. Goliath de Drury (grandeur naturelle;.
des espèces connues de ces splendides insectes, qui lont l’ornement des collections.
Le groupe des Trichies, qui compte dans nos pays quelques représentants, est très-voisin de celui des Cétoines.
Les Trichies ont les élytres plus courtes, l'abdomen plus gros, les pattes plus grêles. La Tricliie à bandes ( Trichius fas datas), qui est noire et couverte d'un duvet cendré, avec les élytres jaunes, à trois bandes noires, se rencontre en masse sur le rosier des jardins, aux mois de juin et de juillet. Les larves vivent à l’intérieur des vieilles poutres, en respectant leur surface.
Dans un jardin, à quelques lieues de Paris, on avait construit un petit pont en bois. 11 paraissait extérieurement dans un parfait état de conservation ; rien au dehors n'aurait fait croire à la possibilité d'une rupture des poutres de chêne qui le composaient. Cependant plusieurs de ces poutres se brisèrent tout à coup. On vit alors que le bois était creusé jusqu'à la surface, qui n'était plus qu’une mince feuille, d'une épaisseur imperceptible. Tout l'intérieur était rempli de Trichies, à l’état de larve, de nymphe et d’insecte parfait.
La Tricliie à bandes est l’espèce la plus commune aux environs de Paris. Geoffroy l’a décrite sous le nom assez bizarre de la Livrée d’ Ancre, parce que le marquis d'Àncre faisait porter à ses valets des habits jaunes bordés de galons alternativement coupés de vert et de jaune.
La Trichie ermite ( Osmodcrma eremita) est un gros insecte, d’une couleur lie de vin, autrefois commun aux environs de Paris, et qu'on ne trouve guère plus près que Fontainebleau. 11 faut le chercher dans le terrain qùi remplit. la cavité des vieux troncs de saules, ou de poiriers. L'odeur de cuir de Russie ou de prune qu’il exhale, lui a fait donner, dans quelques pays, le nom de prunier .
La Trichie noble ( Gnorimus nobilis) ressemble beaucoup à la Cétoine dorée, et se trouve sur les fleurs du sureau, dont cet insecte doré relève la blancheur.
Une espèce beaucoup plus petite, longue seulement de 4 à 5 millimètres, est le Valge hèmiplère {V aigus hemipterus), que l’on rencontre fréquemment au printemps^ dans la poussière des chemins. La femelle porte une longue tarière, qui lui sert à déposer ses œufs dans les bois pourris.
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Duméril a décrit longuement les singuliers manèges de ce petit insecte : les mouvements saccadés et comme convulsifs par lesquels ils se transporte d’un endroit à T autre ; son attitude chancelante, suite de la longueur démesurée de ses pattes postérieures; le port vertical de celles-ci, qui, par leur singulière direction, gênent beaucoup moins la marche, qui est dirigée par les quatre autres pattes. Il faut admirer surtout l’artifice que le Valge emploie , comme du reste beaucoup de Coléoptères, pour échapper à ses persécuteurs, en faisant le mort. Aussitôt qu’il est appréhendé par quelque ennemi, ses membres se roidissent et deviennent immobiles. Le corps, abandonné à lui-même, porte à faux de quelque côté qu’il tombe, car ses pattes ne se fléchissent plus; si on les fait plier, elles restent dans l’inclinaison qu’on leur donne. Rien ne trahit donc la vie, la volonté, dans ce petit être sec et grêle
Fig. 467. Inca treillissé.
glacé par la peur et qui contrefait le mort, peut-être sans s’en douter lui-même.
Nous mentionnerons encore ici les Incas , beaux insectes du même groupe, qui se rencontren t dans l’Amérique méridionale,
et dont les mâles ont une tête biscornue. Ils volent pendant le jour, autour de grands arbres, sur lesquels ils vivent. La figure 467 représente YJnca treillissê.
L'insecte le plus vulgairement connu de la famille qui nous occupe, est le Hanneton .
Le mot Hanneton, d'après M. Mulsant, vient du latin A litonus
Fig. 468. Hanneton vulgaire.
(qui a des ailes sonores), dont on a fait d’abord Halleton. Linné lui a donné d’abord le nom de Mèlolontha , qu’il portait probablement chez les Grecs, ainsi que cela semble résulter de ce passage d'Aristophane, dans sa comédie des Nuées :
« Donnez l'essor à votre esprit, dit l'auteur grec, laissez-le voler où il voudra, c.omme le Mèlolonthe attaché par la patte à un fil. »
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On voit que l'habitude de martyriser le Hanneton date de loin.
Le Hanneton vulgaire (fig. 468) est un des plus grands fléaux de l’agriculture. A l’état d’insecte parfait, il dévore les feuilles de beaucoup d’arbres, et principalement celles des ormes. Aussi les, enfants désignent-ils les fruits de l’orme sous le nom de pains de Hanneton. Mais les dégâts qu’ils occasionnent à l’état d’insecte parfait, sont encore peu de chose à côté de ceux qui sont causés par leurs larves, c’est-à-dire par ces vers blancs , si redoutés des agriculteurs.
On voit paraître les Hannetons, dès le mois d’avril si la saison est chaude. Mais c’est surtout au mois de mai qu’ils se montrent en grande quantité. Aussi portent-ils en Allemagne le nom de Maikdfer ( scarabée de mai). On les trouve jusqu’en juin. La durée de leur vie d’insecte est de six semaines. Ils craignent la chaleur du jour, et les rayons brillants du soleil ; car ils se tiennent accrochés à la face inférieure des feuilles. Ce n’est que le matin, de bonne heure, et au coucher du soleil, qu’on voit voltiger les Hannetons autour des 'arbres qu’ils fréquentent. Ils volent avec rapidité, en produisant un bruit monotone, par le frottement de leurs ailes. Mais le Hanneton se dirige mal en volant. Il sé cogne à chaque instant contre les obstacles qu’il rencontre. Il tombe alors lourdement à terre, et devient le jouet des enfants qui le guettent. On connaît le dicton : Étourdi comme un Hanneton .
Ce qui contribue encore à rendre le vol de ces insectes lourd et peu soutenu, c’est qu’ils ont besoin de se gonfler, comme des montgolfières, pour s’élever dans l’air. C’est une particularité qu’ils partagent avec le Criquet voyageur . Avant de prendre son essor, le Hanneton agite ses ailes pendant plusieurs minutes, et gonfle son abdomen, de manière à absorber le plus d’air possible. Les enfants, qui s’aperçoivent de ce manège, disent alors que le Hanneton compte ses écus , et ils lui chantent ce refrain, qui s’est conservé depuis bien des générations :
Hanneton vole, vole,
Va- t’en à l’école.
Une variante qu’on entend dans les provinces de l’Ouest, est celle-ci :
Barbot, vole, vole, vole,
Ton père est à l’école,
Qui m’a dit, si tu ne voles,
Il te coupera la gorge Avec un grand couteau de saint George.
Pendant le jour, les Hannetons se tiennent sous les feuilles, dans une immobilité parfaite ; car la chaleur qui donne de l'activité aux autres insectes, paraît, au contraire, les engourdir. C'est pendant la nuit seulement qu’ils dévorent les feuilles des ormes, des peupliers, des chênes, des hêtres, des bouleaux, etc. Dans les années où leur nombre est peu considérable, on s'aperçoit à peine de leurs dégâts; mais à certaines époques ils se montrent en légions innombrables, et alors on voit des parties entières de jardins ou de bois dépouillées de leur verdure, et présenter, au milieu de l’été, l'aspect d’un paysage d'hiver. Les arbres ainsi dépouillés ne périssent pas en général; mais ils reprennent difficilement leur première vigueur, et ceux des vergers restent un an ou deux sans porter de fruits. Ce sont surtout les arbres des lisières, placés le long des champs cultivés, qui sont exposés aux ravages des Hannetons, parce que les larves de ces insectes se développent dans les champs. A l’intérieur des forêts, on ne les rencontre jamais en grand nombre.
Dans certaines années, les Hannetons se multiplient d'une manière si effrayante qu'ils dévastent toute la végétation d'une contrée. Dans les environs de Blois, quatorze mille Hannetons furent recueillis par les enfants, en quelques jours. A Fontainebleau, ou aurait pu en recueillir autant, une certaine année, en quelques heures.
Parfois les Hannetons se'réunissent en essaims, comme les Sauterelles, et ils émigrent d’un canton à un autre, lorsqu'ils ont tout dévasté et qu'ils n’y trouvent plus de nourriture.
Pour donner une idée du nombre prodigieux auquel les Hannetons arrivent dans certaines circonstances, nous rapporterons quelques dates historiques.
En 1574, ces insectes furent si abondants en Angleterre, qu'ils empêchèrent plusieurs moulins de tourner sur la Savern.
En 1688, dans le comté de Galway, en Irlande, ils formaient un nuage si épais, que le ciel en était obscurci l'espace d'une
Fig. 469. Diligence assaillie, près de Gisors,par une troupe de Hannetons, le 18 mai 1832.
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lieue, et que les paysans avaient peine à se frayer un chemin dans les endroits où ils s'abattaient. Iis détruisirent toute la végétation, de sorte que le paysage revêtit l'aspect désolé de l’hiver. Leurs mâchoires voraces faisaient un bruit comparable à celui que produit le sciage d’une grosse pièce de bois; et le soir, le bourdonnement de leurs ailes ressemblait à des roulements lointains de tambours. Les malheureux Irlandais furent réduits à faire cuire leurs envahisseurs et à les manger à défaut d'autre nourriture.
En 1804, d’immenses nuées de Hannetons, précipitées par un vent violent dans le lac de Zurich, formèrent sur le rivage un banc épais de corps amoncelés, dont les exhalaisons putrides empestaient l’atmosphère.
En 1832, le 18 mai, à neuf heures du soir, une légion de Hannetons assaillit une diligence, sur la route de Gournay à Gisors, à sa sortie du village de Talmontiers, avec une telle violence, que les chevaux aveuglés, et épouvantés, refusèrent d’avancer, et que le conducteur fut obligé de rétrograder jusqu’au village, pour y attendre la lin de cette grêle d'un nouveau genre.
M. Mulsant, dans sa Monographie des Lamellicornes' de la France , raconte qu’en mai 1841 on vit des nuées de Hannetons traverser la Saône, dans la direction du sud-est au nord-ouest, et s’abattre sur les vignobles du Méconnais. Les rues de la ville de Mâcon en étaient jonchées au point qu'on les ramassait avec des pelles. A certaines heures, on ne pouvait passer sur le pont sans exécuter un rapide moulinet avec un bâton , pour se garantir de leur contact.
L’accouplement a lieu chez les Hannetons vers la fin de mai. Les femelles une fois fécondées, les mâles meurent. Les femelles ne leur survivent que le temps nécessaire pour assurer la propagation de leur espèce. Elles meurent après la ponte.
Le nombre des œufs que pond une femelle est de vingt à trente. Avec ses pattes de devant, la femelle creuse dans le sol un trou de dix à vingt centimètres de profondeur; c’est là qu’elle dépose ses œufs, d'un blanc jaunâtre, de la grosseur d’un grain de chènevis. Son instinct la conduit à choisir les
terres douces, légères et bien fumées, qui sont, en même temps, les (terres les mieux aérées et les plus fertiles.
Il est facile de conclure de là que les cultures et les labours ont rendu le Hanneton plus commun qu'il ne l’était autrefois. C’est l’enfant de la civilisation, le parasite de l’agriculture, et les cultivateurs peuvent dire : Meaculpa, c'est ma faute.
Dans un intervalle de quatre à six semaines après la ponte,
Fig. 470-471. Larve du Hanneton.
les petites larves éclosent (fig. 470-471) et s’attaquent immédiatement aux racines des végétaux. Ces larves sont connues dans les différentes localités sous les noms de Ver blanc , Turc, Engraisse-Po u le , etc. Recourbées, contournées en demicercle. elles ont une tête dure et cornée, des pattes grêles et noires, plus longues que chez les autres espèces de Scarabées. Leur corps est gonflé par une graisse blanchâtre, sous une peau transparente. La tête et la bouche ont une nuance rougeâtre.
La durée de leur existence est de trois et quelquefois de quatre ans. De l’œuf pondu au mois de juin, il éclôt une larve au mois de juillet. Elle commence à grandir pendant les six derniers mois de l’année, et continue pendant les deux années suivantes. Pendant cet espace de temps, elle change plusieurs fois de peau.
Vers la fin de la troisième année, la larve se transforme en nymphe, après s’être entourée d’une coque consolidée par une bave glutineuse et par quelques fils de soie.
La nymphe (fig. 472-473) est d’une couleur pâle, jaune roussâtre, avec deux petites pointes à l’extrémité du corps. Les
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élytres et les ailes, couchées, recouvrent les pattes et les antennes.
Vers la fin d’octobre, l’insecte parfait se dessine déjà; mais il est encore mou et sans force. Il passe l’hiver dans sa loge, durcit et se colore à la fin de l’hiver, et se montre peu à
Fig, 472-473. Nymphe du Hanneton.
peu à la surface du sol. Au mois d’avril, trois mois après sa naissance, le Hanneton sort de terre, et va s’attaquer aux feuilles des arbres.
Cette longue durée du développement des Hannetons explique pourquoi on ne les voit pas chaque année en même nombre. Lorsqu’ils ont paru une fois en grande quantité, ce n’est qu’au bout de trois ans qu’on doit s’attendre à revoir leur progéniture en nombre proportionné. C’est donc tous les trois ans que nous avons une année à Hannetons , comme celle qui s’est montrée en 1865. Dans les années intermédiaires, ils ne sont jamais très-abondants.
La première année, les petites larves mangent peu. Elles se nourrissent alors principalement de parcelles de fumier et de détritus de végétaux, et se tiennent réunies en familles. En hiver, elles s’enterrent profondément, pour se mettre à l’abri de la gelée et des inondations. Au printemps suivant, le besoin d’une nourriture plus abondante les force à se disperser. C’est alors qu’elles pratiquent des galeries souterraines dans toutes les directions, sans s’éloigner toutefois beaucoup du lieu où elles sont nées. Elles commencent à s’attaquer aux racines qu’elles trouvent à leur portée; leurs dégâts augmentent avec leur grosseur et la force de leurs mandibules. Parmi les racines, elles semblent préférer celle des- fraisiers, des salades,
des rosiers; mais elles ne dédaignent pas les autres végétaux, et s’attaquent aussi bien aux légumes et aux céréales qu’aux arbustes. Les ravages qu’elles exercent sont parfois incalculables. Les jardins maraîchers sont quelquefois entièrement dévastés. On a vu des champs de luzerne détruits en partie; des prairies d’une grande étendue perdre leur herbage; des pièces d’avoine périr sur pied avant la maturité; le quart, le tiers et jusqu’à la moitié des épis de blé tomber avant d’être coupés.
Ces larves voraces ne bornent pas leurs dégâts à la destruction des plantes herbacées. À mesure qu’elles croissent en âge et en force, dans leur dernière année surtout, elles attaquent aussi les végétaux ligneux. Quand elles ont rongé les racines latérales d’un jeune arbre, on voit pendre, desséchées, les pousses nouvelles qui leur correspondent. Les larves attaquent ensuite la racine principale, et amènent ainsi la perte de l’arbre. On trouve autour de chaque souche, ainsi minée, jusqu’à dix litres de vers blancs.;
M. Deschiens rapporte qu’il a vu six hectares de glandées, semés trois fois dans l’espace de cinq ans, avec une réussite parfaite, être autant de fois entièrement détruits par les vers blancs .
Un pépiniériste de Bourg-la-Reine éprouva, en 1854, par les ravages de ces terribles larves, des pertes qu’il évaluait à trente mille francs. D’autres ne conservaient que la centième partie de leurs plants.
En Prusse, les vers blancs ont détruit, en 1835, un semis considérable de bois de Y Institut forestier. Dans la forêt de Kolbetz, plus de mille mesures de pins sauvages furent dévastées de la même manière.
On ne sera donc pas étonné d’apprendre que les foudres de l’excommunication furent autrefois lancées contre les Hannetons, comme elles l’avaient été contre les Chenilles et les Sauterelles. Nous ne savons pas si cela leur causait grande impression. En 1479, les Hannetons, ayant occasionné une famine dans le pays, furent cités devant le tribunal ecclésiastique de Lausanne. L’avocat de Fribourg qui les défendit ne trouva pas sans doute dans les ressources de son éloquence
COLEOPTERES.
des arguments assez puissants en leur faveur ; car le tribunal, après mûre délibération, condamna la troupe inculpée, et la bannit du territoire.
Mais il ne suffit pas de rendre un arrêt, il faut encore avoir le moyen de le faire exécuter. Ces moyens coercitifs manquaient au tribunal de Lausanne. Aussi les Hannetons condamnés continuèrent-ils de vivre sur la terre de Suisse, sans paraître se douter de la condamnation qui venait d’être fulminée contre eux.
Les larves des Hannetons 'ont la vie dure. Elles résistent parfaitement à des fléaux qui sembleraient devoir leur être funestes. C'est ainsi que les inondations qui dévastèrent les rives de la Saône, il y a une quinzaine d’années, n’eurent aucune influence sur les vers blancs. Des terres et des prairies qui étaient restées quatre à cinq semaines sous l’eau, n’en furent nullement débarrassées pour cela.
La seule circonstance qui leur soit réellement nuisible, et qui Test aussi pour les Hannetons adultes, ce sont les gelées tardives des mois d’avril et de mai. Quand ces gelées arrivent après un temps doux, elles surprennent les larves à la surface du sol, et les font périr. Malheureusement, les mêmes causes font aussi du tort aux plantes qui ont déjà commencé à se réveiller.
La nature n’a donc pas suffisamment avisé aux moyens de détruire ces êtres malfaisants. On dirait qu’elle n’a pas’ prévu leur multiplication extraordinaire, qui a été, il faut le dire, favorisée par les progrès" de l’agriculture et par le défrichement.
Les animaux ne contribuent pas beaucoup à limiter le nombre des Hannetons, quoique ces derniers ne manquent pas d’ennemis naturels. Parmi les insectes, ce sont les grandes espèces de Carabes qui recherchent les vers blancs, aussi bien que les Hannetons adultes. Le Carabe doré, qu’on appelle aussi Couturière et Jardinier , s’attaque aux Hannetons, avec un sangfroid admirable. M. Blanchard a vu un Carabe tenir au milieu d’un chemin un Hanneton, lui ouvrir le ventre avec ses mandibules, et lui dévorer les intestins. Le Hanneton s’agitait, et même marchait encore, tout en subissant ce cruel supplice; et le Carabe le suivait, sans interrompre son opération san-
glante. Quelques reptiles, plusieurs mammifères carnassiers, tels que les musaraignes, les fouines,', les belettes, les rats et certains oiseaux, surtout les oiseaux nocturnes, font aussi leur proie du Hanneton ou de sa larve. Les corbeaux et les pies, qu’on voit picorer de motte en motte, font aux vers blancs une guerre acharnée, mais bien insuffisante. En effet, tous ces animaux réunis ne détruisent pas la centième partie des Hannetons qui naissent chaque année.
Yoici un exemple qui montrera toute l’étendue du mal. Dans une pièce de terre de 29 ares, on a fait trois labours à 72 raies. Au premier labour, on a ramassé par raie, 300 vers blancs ; au deuxième, 250 ; au troisième, encore 50 : ce qui fait 600 par raie, et 43 200 en tout. Il y avait donc au moins 150 000 vers
blancs dans un hectare, car le labour ne pouvait atteindre ceux qui étaient à une grande profondeur.
L’homme, victime de ces dégâts, a du nécessairement songer à la destruction de cet ennemi volant. On a proposé bien des moyens infaillibles, lesquels n’ont donné aucun résultat. On a offert des primes, mais le mal n’a pas diminué. Voici quelques-uns des procédés recommandés.
Aussitôt après le labour, on mène sur le champ infesté une bande de dindons, qui se font fête de dévorer les vers blancs. Ou bien, on sème dans le champ du colza très-épais, qu’on enterre par un labour profond, lorsqu’il est haut comme la main. Le colza fait, dit-on, périr les larves, tout en fumant le sol. Ou bien encore, on laboure la terre à l’approche des fortes gelées, pour exposer les vers au froid. Enfin, on peut arroser le champ avec de l’huile de houille, ou y répandre des cendres de buis.
Tout cela est dispendieux. Les moyens les plus simples sont ici les meilleurs. Il faut plutôt compter sur les labours que sur des substances destructive^, dont l’emploi présente toujours des inconvénients.
Vu les difficultés qui s’opposent à la recherche des larves, il faudrait recueillir les Hannetons à l’état adulte, en secouant fortement les branches des arbres sur lesquelles ils sommeillent pendant le jour, et les faire périr ensuite par un moyen quelconque. On détruirait ainsi de 20 à 40 œufs avec
COLÉOPTÈRES
chaque femelle. Un hannetonnage général, rendu obligatoire par une loi, et favorisé par des primes, serait donc le seul moyen efficace de combattre un fléau qui coûte bien des millions à l'agriculture. Ce moyen serait aussi moins dispendieux que le bouleversement des terres qui recèlent les larves, attendu que cellesci se tiennent de préférence dans les terrains en plein rapport.
En 1335, le conseil général de la Sarthe vota une somme de vingt mille francs pour la chasse aux Hannetous. Près de six cent mille litres en furent livrés, grâce à une prime de 3 centimes par litre. Comme un litre contient environ 500 Hannetons, on détruisit ainsi environ 300 millions de Hannetons !
Il est vrai que M. Romieu, alors préfet de la Sarthe, qui était le principal promoteur de cette excellente mesure, devint la pâture des petits journaux, et fut représenté costumé en Hanneton, dans le Charivari . La dérision et le ridicule sont trop souvent, dans notre pays, la récompense des idées utiles 1
En Suisse, on prit, en 1807, plus de 150 millions de ces insectes. Mais ces mesures isolées ne peuvent pas produire un résultat durable.
zOn a essayé de tirer parti des Hannetons dans l’industrie. D’après M. Farkas, on a réussi, en Hongrie, en les faisant bouillir dans l’eau, à en retirer une huile, qui sert à graisser les roues des voitures, et, d’après M. Mulsant, on a pu utiliser pour la peinture le liquide noirâtre que renferme leur œsophage. Mais le produit de ces industries n’est pas assez considérable pour leur assurer une certaine extension ; cela est à regretter, car on débarrasserait ainsi l’agriculture d’un de ses plus redoutables fléaux. Dans les basses-cours, on* nourrit quelquefois les volailles avec ces insectes. Les porcs en sont aussi très-friands.
Le Hanneton du châtaignier diffère de l’espèce commune, par ses pattes noires. Le Hanneton foulon , d’une taille double de celle de l’espèce commune, est bigarré de fauve et de blanc. On le rencontre sur les rivages de la mer, dans les dunes du nord et du midi de la France; car ses larves se nourrissent des racines des plantes salées.
Parmi les genres très-voisins du Hanneton, nous citerons les petits Rhizotroguesy blonds et poilus , qui volent le soir
dans les prairies, et les Euchlores ou Anomales , aux couleurs métalliques éclatantes.
L 'Euchlore de la Vigne est un insecte long de 15 à 20 millimètres, d’un beau vert, bordé de jaune, avec des élytres profondément sillonnées. Il cause parfois des ravages assez étendus dans nos vignobles.
Après les Cétoines et les Hannetons, nous arrivons aux Scarabées proprement dits.
V Oryctès nasicorne (fig.474) esttrès-commun danstoute TEu-
Fig. 474- Oryctès nasicorne.
Fig. 475.
Tête de l’Oryctès nasicorne mâle.
Fig. 476. Tête de la femelle.1
rope. C’est un Scarabée d’une taille d’environ 3 centimètres, d’un brun marron, parfaitement lisse. Le mâle porte sur le
Fig. 477. Oryctès dichotome.
front une corne, qui manque à la femelle (fig. 475-476). Sa larve, qui est un gros ver blanchâtre, plus gros que celui du
COLÉOPTÈRES
Hanneton, vit dans le bois pourri et dans la tannée qu’on employait autrefois dans les serres chaudes et dans les couches des jardins. On en trouvaitainsi par centaines dans les anciennes serres du Jardin des Plantes de Paris. Les cultures maraîchères, qui emploient la tannée de l’écorce de chêne, ont rendu ce coléoptère très-commun aux environs de la capitale.
On donne souvent à YOryctès ncisicorne les noms de Rhinocéros ou de Licorne.
La figure 477 représente une espèce exotique, YOryctès dichotome .
Parmi les vrais Scarabées, nous rencontrons plusieurs espèces d’une taille gigantesque, surtout en Amérique. Le Scarabée hercule , grand insecte d’un beau noir d’ébène, avec les élytres d’un gris olivacé, n’est pas rare aux Antilles. Son corselet se prolonge en une corne aussi longue que le corps, et recourbée à l’extrémité ; la tète porte également une longue corne élevée. Les femelles sont dépourvues de ces appendices, r. La figure 478 représente le Scarabée claviger , de la Guyane; la figure 479, le beau Scarabée de Porter.
Fig. 478. Scarabée claviger.
Les Géotrupes sont des insectes presque aussi gros que nos Hannetons communs. Ainsi que leur nom le rappelle, ils fouissent ou percent la terre. Ils la creusent particulièrement dans les prairies, sous les bouses de vaches desséchées à leur surface. C’est sous les excréments des ruminants et des chevaux qu’il faut les chercher. Ils volent surtout le soir. On les entend
bourdonner, par les belles soirées d’été, dans le voisinage des fumiers.
Le Gêotrupe stercoraire est d’un noir bleuâtre brillant; il atteint une longueur d’environ deux centimètres. On peut regar-
rig. 47ÿ. Scarabée de Porter.
der ce Coléoptère comme un utile auxiliaire de l’homme, parce qu’il débarrasse le sol des excréments qui y sont répandus.
Les Trox} qui appartiennent au même groupe, habitent, en général, les terrains sablonneux, et ont le corps presque tou-
COLÉOPTÈRES
jours couvert de terre ou de poussière; ils se nourrissent de substances végétales ou animales en décomposition.
Les mœurs des Bousiers ( Copris ) ressemblent à celles des Géotrupes. Ils vivent dans les excréments. La forme du chaperon, large, arrondie, sans dentelures, et s’avançant audessus de la bouche, suffit pour les faire distinguer des genres voisins. On ne trouve aux environs de Paris qu’une seule espèce de Copris , le Copris lunaire .
Les larves de ces insectes se forment une coque composée de terre et de bouse, avant de se transformer en nymphes; cette coque est plus ou moins ronde, et acquiert une grande dureté.
Les espèces du genre Ateuchus ramassent des portions d’excréments, qu’elles façonnent en boules où elles déposent leurs œufs; elles les roulent jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement arrondies comme des pilules. C’est ce qui a valu à ces insectes le nom de Pilulaires. Leurs pattes postérieures semblent spécialement conformées pour ce manège. Elles sont fort longues et assez éloignées des autres pattes, ce qui donne aux Ateuchus un aspect étrange et une démarche pénible. Ils semblent marcher à reculons, et font souvent des culbutes. On les voit ordinairement sur les coteaux, exposés aux plus grandes chaleurs du midi, réunis au nombre de quatre ou cinq, occupés à rouler une môme boule ; de sorte qu’on ne peut pas savoir quel est le véritable propriétaire de l’objet roulant. Ils ne semblent pas le savoir eux-mêmes; car ils roulent indifféremment la première boule qu’ils rencontrent, ou près de laquelle on les place.
Les Ateuchus sont de gros insectes aplatis, à large chaperon denté; ils appartiennent tous à l’ancien continent. Le type du genre est Y Ateuchus sacer , le Scarabée sacré des Égyptiens (fig. 48), page 549). Il est noir, et atteint une longueur d’un peu moins de trois centimètres. On le trouve assez communément dans le midi de la France, dans toute l’Europe méridionale, la Barbarie et l’Égypte. Les peintures et les amulettes des anciens Égyptiens le représentent très-souvent, et quelquefois en lui donnant une taille gigantesque. Il n’est donc pas douteux que ce ne soit cette espèce, qui était un objet de vénération pour les Egyptiens.
Il existe une autre espèce qui est toujours représentée avec une couleur vert doré magnifique, et à laquelle Hérodote attribue aussi cette couleur. Comme on ne la rencontrait pas en Égypte, on a cru longtemps que les Égyptiens avaient voulu peindre l’espèce noire avec une couleur plus éclatante, pour lui rendre en quelque sorte hommage. Mais, en 1819, M. Caillaud trouva eüectivement à Méroé, sur les rives du fleuve Blanc, YAteuchus clore, qui ressemble beaucoup, à la couleur près, à YAteuchus ordinaire. Depuis, on l’a aussi rapporté du Sennaar. On lui a donné le nom d ’Ateuchus des Égyptiens. Les deux espèces étaient probablement sacrées Tune et l’autre.
Hor-Apollon , savant commentateur des hiéroglyphes des Égyptiens, croit que ce peuple, en adoptant comme symbole religieux le Scarabée, a voulu représenter tout à la fois : une naissance unique , — un père, — le monde , — un homme .
La naissance un ique exprime que le Scarabée n’a pas de mère. Un mâle voulant procréer, disaient les Égyptiens, prend de la fiente de bœuf, la pétrit en boule, et lui donne la forme du monde, la roule avec ses pattes de derrière, du levant au couchant, et la dépose dans la terre, où elle reste vingt-huit
Fig. 480. Scarabée chema.
jours. Le vingt-neuvième jour, il jette dans l’eau sa boule ouverte et il en sort un Scarabée mâle.
Cette explication montre aussi pourquoi le Scarabée était employé à représenter à la fois un père, un homme, et le
Fig. 481. Scarabée, sacré des Égyptiens.
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monde. Il y avait d’ailleurs, d’après le même auteur, trois sortes de Scarabées : l’un avait la forme d’un chat et jetait
Fig. 482. Scarabée chorinée.
des rayons éclatants (probablement YAteuchus dorè)\ les deux autres avaient des cornes, leur description paraît se rapporter à un Bousier et à un Géotrupe.
VAteuchus sacré ne se trouve pas seulement en Égypte; il se rencontre dans le midi de la France, avec quelques espèces plus modestes et plus petites que cet Aleuchus sacré sur lequel
Fig. 483. Scarabée anubis mâle.
on a fait tant de commentaires, plus ou moins justes, plus ou moins tirés par les cheveux.
Comme autres espèces remarquables de Scarabées nous représentons le Scarabée chema (fig. 480), aux cornes robustes
et permanentes, le Scarabée charmée (fîg. 482), le Scarabée anubîs (fîg, 483 et 484), et le Scarabée Hercule (fîg. 485).
La dernière famille des Scarabéiens comprend les Lu-
Fjg. 484. .Scarabée anubis femelle.
canes ou Cerfs-volants . Ces Coléoptères sont de grande taille, et leur tête e^t armée de robustes et énormes mandibules. Tout cela leur donne un air féroce, que ne justifient aucunement leurs mœurs inoffensives. Ils vivent dans les arbres à demi décomposés, dont ils accélèrent la ruine. Leurs mandibules, apanage exclusif du mêle, les gênent plus qu’elles ne leur servent; elles les empêchent de voler avec facilité. La.
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force de ces mandibules leur permet de soulever des poids considérables. Mais cet insecte ne s’en sert guère que pour
Fig. 485. Scarabée Hercule.
montrer sa force, qui est énorme. Il n’attaqué pas les autres insectes, et ne vit que de détritus de végétaux.
Le Lucane commun (fig. 486) atteint une longueur de sept
centimètres en y comprenant les mandibules. Il est d’un brun marron foncé. On le rencontre, pendant les mois de mai, juin juillet, dans les grandes forêts, grimpant le long des arbres et s’accrochant aux tiges, avec ses mandibules.
Charles- de Geer dit que le Cerf-volant suce la liqueur mielleuse qui se trouve sur les feuilles du chêne, arbre qu’il recherche particulièrement, ce qui lui a fait donner en Suède le nom de Ek-Oxe (bœuf du chêne). On suppose qu’il mange aussi les feuilles. Dans quelques cas, il attaque des insectes.
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Fig. 487. Lucane belliqueux.
vivent dans l'intérieur de morceaux de bois, qu'elles triturent avec leurs mandibules. Leur vie dure près de quatre ans. Plusieurç naturalistes pensent que les larves de Lucanes étaient les Cossus des Romains, qui figuraient sur la table des riches patriciens, et particulièrement de Lucullus.
La figure 487 représente le Lucane belliqueux ; la figure 488 le Lucane d'Europe] la figure 489 une espèce exotique, le Lucane
Westwood dit qu'on a vu un Lucane descendre un arbre en emportant une chenille dans ses mandibules. Le Lucane peut s'apprivoiser. Swammerdam en avait un qui le suivait comme un chien, quand il lui présentait du miel.
Les Lucanes ne volent que le soir, se tenant presque droits, pour ne pas basculer. Leurs larves, blanchâtres, à tête rousse,
Melly du Gabon, et la figure 490 une autre espèce exotique, le Lucane des Célèbes (Malaisie) ou Lucane Titan .
Fig. 488. Lucane cerf-volant (Europe). Fig. 489. Lucane Melly (Gabon).
Le Synclèse de Tasmanie (S yndesus cornutus , fig. 491), et le Chiasognathe,de la côtt; du Chili (fig. 492), d'un beau vert doré, à reflets cuivreux, constituent des genres voisins des Lucanes.
Nous arrivons à la tribu des Silphes , qui sont pour l'homme des auxiliaires encore plus utiles que les Bousiers, puisque beaucoup d'entre eux débarrassent le sol des cadavres d’animaux en putréfaction.
Les insectes les plus remarquables de cette tribu sont les Escarbots , les Silphes proprement dits et les Nècrophore $.
L’Escarbot ( Hister ) est un petit insecte reconnaissable à son corps presque rond, lisse et brillant, avec les ély très marquées de stries. Ses mandibules sont assez développées. Il atteint une longueur de 5 à 6 millimètres.
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Les Silphes ou Boucliers , ainsi nommés à cause de leur forme
large et arrondie, sont d’une taille plus grande (15 à 18 mil-
Fig. 491. Syndesus cornutus.
limètres), de couleur foncée, et exhalent une odeur nauséa-
bonde. Quand on les saisit, ils dégorgent un liquide noirâtre. Ils s’introduisent sous la peau des cadavres d’animaux , et en
dévorent les chairs jusqu’aux os. Les larves, plates et dentelées, vivent, comme les adultes, dans les charognes. L’espèce la plus commune est le Silphe obscur , d’un noir foncé, finement ponctué.
Deux espèces que l’on rencontre aux environs de Paris, le Silphe à quatre points et le Silphe thoracique , grimpent sur
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les arbres et vivent de chenilles. Il paraît certain que la larve du Silphe obscur fait beaucoup de tort aux betteraves, dont elle dévore les feuilles.
Fig. 493.
Escarbot rugueux.
Silphe à quatre points.
Fig. 495.
Silphe thoracique.
Les Nécrodes s’éloignent peu des Silphes. Ils s’en distinguent par des pattes postérieures plus grandes. On ne rencontre en Europe que le Nècrode littoral (fig. 496-497); la figure 498 représente le Nècrode à larmes , de l’Australie.
Fig. 496.
Necrodes littoralis mâle.
Fig. 497.
Necrodes littoralis femelle.
Necrodes lacrymosa.
Les Nécrophores , ou fossoyeurs , sont d’honnêtes croque morts, qui enterrent avec soin les cadavres abandonnés sur le sol.
Lorsqu’ils flairent un mulot, une taupe, un poisson en décomposition, on les voit arriver, par troupes, pour procéder à l’inhumation. Ils se glissent sous le cadavre, et creusent la terre
avec leurs pattes, projetant -en tous sens les déblais qu’ils retirent. Peu à peu le cadavre s’enfonce; au bout de vingtquatre heures, il a d’ordinaire disparu dans un trou de 20 centimètres de profondeur, mais les Nécrophores le descendent encore plus bas, jusqu’à 30 ou 40 centimètres au-dessous de la surface. Alors nos fossoyeurs remontent, chassent la terre dans la fosse de manière à la remplir, et les femelles
Fig. 499. Nécrophores enterrant le corps d'un rat.
pondent leurs œufs dans la tombe, où les larves trouveront plus tard une nourriture abondante.
Quand le terrain est trop dur pour être entamé, les Nécrophores poussent le cadavre plus loin, jusqu’à ce qu’ils trouvent un sol perméable.
On a-percé une taupe d’un bâton, ou bien on l’a attachée à une ficelle, pour voir comment les Nécrophores s’en tireraient. Ils ont creusé le sol au-dessous du bâton et coupé le
COLÉOPTÈRES
fil, et la taupe a été enterrée malgré les obstacles qu'on avait suscités aux pauvres fossoyeurs.
La figure 499 représente une troupe de Nécrophores enterrant un petit rat.
Le Nècrophore fossoyeur (fig. 500) est bigarré de jaune et de noir; le Nècrophore germanique (fig. 501) est plus grand, tout
Fig. 500. Nècrophore fossoyeur. Fig. 501. Nècrophore germanique.
noir, et plus rare. Tous ces insectes exhalent une odeur musquée désagréable. Leur corps est souvent couvert de petits importuns, les Gamases , qui se font voiturer par eux, en s'accrochant à leurs poils, et qui se servent des Nécrophores comme d’un omnibus, pour aller à la recherche de leur nourriture.
Les Staphylins vivent de cadavres d'animaux, de fumier et de détritus. Ils attaquent aussi des insectes vivants. Ils sont,
Fig. 502. Staphylin odorant, adulte, nymphe et larve.
pour la plupart, de petite taille, [et se distinguent par leurs élytrestrop courtes, qui ressemblent aune veste ou une jaquette. Mais les ailes ont un développement bien suffisant. Les
grandes espèces ont de fortes mandibules. Quand on les irrite, les Staphylins dégorgent un liquide âcre et noir; et par l’abdomen, ils émettent un liquide volatil à odeur musquée. On rencontre dans les chemins le Staphylin odorant (fig. 503)
Fig. 503. Staphylin odorant.
qui, lorsqu’il sesent attaqué, relève l’abdomen et fait sortir
Fig. 504.
Staphylin à grande mâchoire (maxillosus)
Fig. 505.
Staphylin hirtus.
deux vésicules blanchâtres qui répandent un liquide éthéré. Sa larve vit sous les pierres. Ses mœurs sont celles de Tin-
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secte adulte. Elle est très-carnassière et très-agile, et attaque souvent ses semblables.
Le Slaphylin à grande mâchoire (maxillosus , fig. 504) ressemble de loin à un Bourdon, à cause de ses longs poils jaunes. Le Slaphylin hirtus (fig. 505) a des poils blancs et noirs.
Les genres Psêlaphe et Clavigère , voisins des précédents, renferment de petits insectes qui vivent en parasites dans les nids
Fig. 506. Psêlaphe de Heise. Fig. 507. Clavigère à ossettes.
des Fourmis. Le Psèlaplie de Heise (fig. 506), long de 2 à 3 millimètres, vit dans les débris de joncs, au bord des marais.
Le Clavigère à fossettes (fig. 507) se rencontre dans le nid d’une petite Fourmi rousse, qui en prend soin comme de ses propres enfants, parce que le Clavigère sécrète une liqueur très-appréciée par les Fourmis, qui sont toujours occupées à lui lécher le dos.
Les Dermestes attaquent de préférence les tendons et les peaux des cadavres. Quelques-uns des insectes de cette famille sont un fléau pour nos collections et pour les pelleteries. Ils dévorent une foule de matières sèches : les peaux, les plumes, les cordes à boyaux, les crins, les objets en écaille, les corps
desséchés d’insectes, etc. Quelques autres Dermestes se nourrissent aussi de matières animales encore fraîches. Tel est le Dermeste du lard (fig. 508), que l’on rencontre dans certaines
Fig. 508. Dermeste du lard.
charcuteries malpropres. Il est noir, avec la base des élytres fauve et marquée de trois points noirs. Les larves sont couvertes d’un poil roussâtre; elles mangent le lard, les peaux et s’attaquent aussi entre elles. L'insecte parlait n’exerce pas de ravages. Comme tous les Dermestes, il contrefait le mort quand on veut le saisir.
Le Dermeste renard , d’un gris fauve, détériore les pelleteries. La Compagnie de la baie d’Hudson, dont les magasins, à Londres, étaient dévastés par cet insecte, offrit un jour une prime de 20 000 livres sterling (un demi-million) pour un moyen de destruction du Dermeste.
Les pelleteries ont aussi à craindre YAttagène {Attagenus pellio,
Fig. 509. Attagène des pelleteries.
fig. 509), dont la larve, couverte de poils jaunâtres, porte à l’extrémité une sorte de balai, qui l’aide à se mouvoir.
L’Anthrène des musées , long de 2 millimètres, noir avec trois bandes grisâtres, fait le désespoir des entomologistes, dont sa larve détruit les collections. Elle est couverte de poils gris et
Fig. 510. Hydrophile brun.
Il ne faut le saisir qu’avec précaution, car sa poitrine est garnie d’une forte pointe, qui perce la peau. Il puise l’air en faisant sortir de l’eau ses antennes et les collant sur son corps. Les bulles d’air, qui s'engagent dans cette espèce de rigole, glissent sous le corps et se fixent aux poils; de sorte que l’animal semble vêtu de perles. C’est ainsi que l’air parvient aux orifices respiratoires.
On voit quelquefois la femelle de YHydrophile accrochée aux
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brunâtres, qu’elle hérisse dès qu’on la touche. L’insecte parfait recherche les fleurs. Il contrefait le mort quand on veut, le saisir. On a cherché tous les moyens possibles pour éloigner les Anthrènes, en plaçant dans les collections d’insectes du camphre, de la benzine, du tabac, du soufre, etc. La benzine les fait périr très-vite.
Les Hydrophiles, bien différents du groupe que nous allons considérer tout à l’heure, sont herbivores. On peut les nourrir avec des feuilles de salade. Le grand Hydrophile brun (fig. 510), qui atteint 4 centimètres, est commun dans nos eaux douces.
plantes aquatiques, la tête en bas, former son cocon au moyen de deux filières, situées à l’extrémité de l’abdomen (fig. 511). C’est dans ce cocon, terminé par un long pédicule, que l’Hydro-
Fig. 511. Filière de l’Hydrophile. Fig. 512. Nymphe de l’Hydrophile.
phile pond ses œufs. Après l’avoir traîné avec elle pendant quelque temps, la femelle abandonne ce cocon dans une eau calme. Au bout de quinze jours, il en sort de petites larves brunes, fort agiles, qui grimpent sur les plantes. Ces larves sont à la fois herbivores et carnassières. Elles se nourrissent de plantes et de petits mollusques à coquilles, qu’elles saisissent par-dessous, et qu’elles brisent, en les pressant contre leur dos, pour en extraire le mollusque. Si elles sont attaquées, elles émettent un liquide noir, qui trouble l’eau et lui permet de s’échapper.
Au bout de deux mois, la larve sort de l’eau, et s’enfonce dans la terre pour se transformer en nymphe (fig. 512), qui devient insecte parfait un mois après. Ce dernier se colore peu à peu, et sort de terre au bout de douze jours. D’après M. Duméril, l’intestin de la larve s’allonge peu à peu à mesure que son régime devient herbivore. L’adulte, en effet, préfère la nourriture végétale aux matières animales. C’est à la fin de l’été que V Hydrophile brun devient insecte parfait. Il passe l’hiver, engourdi au fond de l’eau. Les femelles pondent au mois d’avril.
Le petit Hydrophile ( Hydrous ) est plus commun que le grand; son corps est plus arrondi en arrière.
COLÉOPTÈRES
Nous allons maintenant considérer une série d’insectes aquatiques et carnassiers : les Dytiques , les Cybisters et les Gyrins ou Tourniquets. Ce sont de véritables corsaires, dont la rapacité dépasse celle des Coléoptères terrestres. Non contents de se dévorer entre eux, lorsque la faim les presse, d’attaquer surtout les larves de tous les insectes aquatiques, tels que les Libellules et les Éphémères, ils se nourrissent aussi de mollusques, de têtards de grenouilles et de petits poissons. Il est facile de les élever en captivité. Si on les enfermait dans de petits aquariums, le spectacle de leurs ébats serait beaucoup plus amusant que la vue des poissons rouges, qu’on rencontre partout et qui ne sont bons qu’à amuser les Schaa bahams européens. Il faudrait seulement avoir soin de couvrir les bocaux d’une gaze, pour empêcher les insectes parfaits de s’envoler.
Cette tribu est peu nombreuse, peu variée dans ses formes. Un corps ovale, des pattes recourbées et élargies en rames, munies de cils, distinguent les insectes qui la composent. Ils vont puiser l’air à la surface de l’eau, comme les marsouins.
Les plus carnassiers de ce groupe sont les Dytiques et les
Fig. 513. Dytique bordé mâle et femelle; patte antérieure du mâle grossie.
Cybisters. On pourrait les appeler les requins de la création entomologique. Rien de ce qui peuple les eaux n’est à l’abri de
la voracité des Dytiques. Ils s’attaquent aux petits mollusques, aux jeunes poissons, aux têtards de grenouilles, aux larves d’insectes, et sucent avec avidité les morceaux de viande crue qu’on leur jette. On peut les conserver dans des bocaux pendant plusieurs années, en les nourrissant avec des matières animales. Leur corps ovalaire, à bords tranchants, leur permet de fendre l’eau avec une grande facilité. Les pattes postérieures leur servent de rames. Ils puisent l'air à la surface de l’eau, en soulevant l’extrémité postérieure de leurs élytres. On les trouve dans les eaux stagnantes, pendant la plus grande partie de l’année, mais surtout en automne. Pendant l’hiver, ils s’enfoncent dans la vase et sous les mousses. Les femelles déposent leurs œufs dans l’eau.
Les larves qui en sortent, s’accroissent rapidement. Elles sont
Fig. 514. Nymphe et larve du Dytique bordé.
longues, renflées au milieu, et garnies de poils flottants. Pour se métamorphoser en nymphes, elles s’enfoncent dans la terre du rivage.
Les insectes parfaits sont amphibies; ils sortent de l’eau, et volent d’une mare à l’autre pour satisfaire leurs appétits voraces.
L’espèce la plus commune de ce genre est le Dytique bordé (Dyticus marginaliSj fig. 514), d’un brun verdâtre foncé, avec une bordure jaune. Les élytres du mâle sont lisses, celles de la femelle cannelées; la patte antérieure du mâle est garnie de ventouses. La larve est brune, la nymphe est d’un blanc sale.
Le Dytique bordé attaque quelquefois le grand Hydrophile .
COLÉOPTÈRES
Il le perce entre la tête et le corselet, c’est-à-dire au défaut de la cuirasse, et le dévore, en dépit de la loi du plus fort. Le
Fig. 515. Dytiscns latissimus.
plus grand des Dytiques, le Dytiscus latissimus (fig. 515), vit presque au nord de l’Europe.
Les Cybisters sont répandus surtout dans les pays chauds. Une espèce européenne est le Cybister de Rœscl. Ce groupe comprend encore un grand nombre d’insectes plus ou moins semblables aux précédents, par leur conformation et par leurs mœurs. JNous nous bornerons à en représenter quelques-uns
Fig. 516. Acilius sulcatus (mâle). I-ig. 517. Acilius sulcatus (femelle).
par des figures. Ce sont les Acilius (fig. 516-519), les Notères (fig. 520), les Colymletes (fig. 521-523), les Haliples (fig. 524),
Acilius fasciaUis mâle.
Fig. 521.
Colymbetes cinereus.
Fig. 519.
Acilius fasciatus femelle.
Fig. 522.
Colymbetes notatus.
Fig. 523.
Colymbetes striatus.
Fig. 527.
Saphis cimicoïde.
Fig. 526.
Hydroporus confluens.
Fig. 528.
Laccophilus variegatus
les Hydropores (fig. 525, 526), les Sapins (fig. 527), les Lacco philes (fig. 528, 529), les Hydatiques (fig. 530), les Hygrobies (fig. 531), qui abondent dans les mares.
Fig. 529. Fig. 530. Fig. 531.
Laccophilus minutus. Hydaticus grammicus. Hygrobia Hermanni.
Les Gy r ins, genre voisin des Dyliqfies, aiment, au contraire, les eaux claires et un peu agitées. Ce sont de petits insectes noirs, qui vivent en troupes nombreuses, nageant avec rapidité, et décrivant sans cesse des cercles capricieux, ce qui leur a valu le nom de Tourniquets. Ils sont remarquables par la disposition de leurs yeux, qui sont doubles; en sorte que les
Fig. 532.
Cybister de Rœsel.
Fig. 533.
Gyrin nageur.
Fig 534.
Larve du Gyrin nageur.
Gyrins semblent avoir quatre yeux. Les yeux inférieurs regardent dans Le au et guettent la proie ou le poisson qui s’avance en ennemi ; tandis que les yeux supérieurs regardent
dans l’air, et avertissent l’insecte de l’approche des oiseaux. Pour échapper aux poissons , le Gyrin saute hors de l’eau, et se sert aussi de ses ailes. Pour échapper aux oiseaux, il plonge rapidement. Cette agilité et cette double vue rendent la capture des Gyrins fort difficile. Il faut les surprendre avec un filet disposé en forme de poche. Au moment où on les saisit, ils émettent un liquide laiteux et fétide.
Les femelles déposent leurs œufs bouta bout, sur les feuilles des plantes aquatiques. Les larves sont longues et étroites, d’un blanc sale. Elles sortent de l’eau à la fin de l’été , et se forment un cocon sur les plantes qui bordent les rives. Après un mois, l’insecte parfait éclôt et s’élance dans l’eau.
La figure 533 représente le Gyrin nageur , et la figure 534 sa larve.
Le Gyrin strié (fi g. 535) se trouve dans les eaux de l’Europe méridionale.
Toutes ces espèces sont de petite taille, et ne dépassent pas 5 à 6 millimètres; mais sous les tropiques on rencontre des Gyrins de 20 millimètres de longueur. L’une de ces espèces, le distinctus , existe dans le petit lac des Solazies, à l’île de la Réunion, connu pour ses eaux minérales. Les malades s’amusent à pécher cet insecte, au moyen d’une ligne amorcée d’un lambeau de drap rouge, sur lequel l’insecte se jette avec ardeur. On le trouve aussi dans une source thermale de l’Algérie.
Les Épinectes (fig. 537) sont de grands Gyrins du Brésil, à pattes antérieures très-allongées.
Mais les insectes carnassiers terrestres par excellence, ceux
Fig. 535.
Gyrin strié.
Gyrinus distinctus.
Fig. 537.
Epinectes sulcatus.
COLÉOPTÈRES. 573
qui se font le plus redouter par leurs ravages et leur voracité, sont les Carabiens.
Cette tribu, Tune des plus nombreuses de Tordre des Coléoptères, renferme des insectes à pattes longues et agiles, armées de puissantes mandibules, propres à déchirer leurs victimes. Ils sont, parmi les Coléoptères, les lions et les tigres, tandis que les Nécrophores et les Silphes jouent le rôle des hyènes et des chacals. Les yeux des Carabiens sont très-saillants, ce qui leur permet de voir de très-loin leur proie. Ils se réfugient sous les pierres et sous les écorces; mais par un beau temps, on les voit aussi courir dans les chemins. Ardents et audacieux , il n'est pas rare de les voir s'attaquer à des espèces beaucoup plus grosses qu'eux.
L’agilité qui distingue ces insectes, se retrouve chez leurs larves, qui sont également obligées de faire la chasse aux proies vivantes, au lieu de rester ensevelies, au milieu de leur nourriture, comme les larves des Hannetons et celles des autres Scarabées.
Ces insectes carnassiers sont fort nombreux, circonstance heureuse, vu la quantité infinie de petits êtres nuisibles qu’ils détruisent. Jls dévorent les chenilles, les Charançons et une infinité d’autres parasites qui sont le fléau de l’agriculture. Il faut donc regretter le préjugé populaire qui porte des cultivateurs ignorants à les exterminer. On devrait, au contraire, les importer dans les jardins maraîchers, comme on y importe les crapauds, et comme on introduit les chats dans les greniers.
a Les Carabes, dit M. Michelet, tribus immenses de guerriers armés jusqu’aux dents, qui, sous leurs lourdes cuirasses, ont une activité brûlante, sont les vrais gardes champêtres, qui, jour et nuit, sans fêtes ni repos, protègent vos champs. Jamais ils ne se permettront d’y toucher la. moindre chose. Ils procèdent uniquement à l’enlèvement des voleurs, et ne veulent de salaire que le corps du voleur même. »
Mais le paysan détruit brutalement ces utiles chasseurs. Il se fait ainsi l’auxiliaire des insectes nuisibles, le conservateur et le propagateur de ceux qui mangent son bien.
Les enfants, séduits par la richesse des ailes des Carabes, s'amusent à attraper ces vigilants protecteurs de nos cultures,
sans connaître la fâcheuse portée de leur action. Heureusement l’instruction se répand peu à peu dans les campagnes; les cultivateurs commencent à être éclairés sur leurs véritables intérêts, et à savoir distinguer les animaux utiles qu’il convient de conserver dans les champs pour la sauvegarde des récoltes.
Dans quelques localités delà France, on a déjà fait des essais pour introduire les Carabes et les Cicindèles dans les jardins, et l’on s’en est fort bien trouvé.
Les vrais Carabes se reconnaissent à leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes, et à leur corselet élégamment découpé. Ils ont, en général, des formes plus massives que les Cicindèles , qui composent une famille voisine. Ces dernières forment, en quelque sorte, l’avant-garde et les troupes légères ; les autres, les gros bataillons.
Les Carabes étant, en général, nocturnes ou du moins crépusculaires, et se tenant, pendant la journée, cachés sous des pierres, il n’est pas facile d’observer leurs manèges.
On peut regarder comme le type de ce genre le Carabe doré (fig. 538), que le peuple appelle Couturière , Jardinière, Ser-
Fig. 538. Carabe doré. Fig. 539. Carabe pourpre.
gent , Vinaigrier , etc., et qui abonde dans nos champs et dans nos jardins. 11 a les élytres d’un beau vert, avec trois côtes et les pattes jaunâtres. Quand on le touche, il dégorge une salive noire et âcre, et il lance par derrière un liquide cor-
COLÉOPTÈRES
rosif d’une odeur désagréable. Le Carabe doré détruit les larves d’insectes et les chenilles. On l’a même vu s’attaquer à de gros insectes comme le Hanneton.
Dans lés environs de Paris, on rencontre le Carabe pourpré (fig. 539), dont la robe, de couleur sombre, est bordée de nuances rouges et violettes. On rencontre clans les Pyrénées, plusieurs Carabes aux reflets métalliques, dont les belles couleurs font la joie des collectionneurs : le Carabe splendide , le Carabe rutilant , etc. Mais les plus beaux insectes de cette tribu viennent de la Sibérie et du nord de la Chine. Citons comme exemple le Carabe émeraude , d’un beau vert pré, le Carabe de Viakinghof , d’un beau bleu noir, bordé d’azur avec une bande dorée, etc.
Les figures 540, 541 et 542 représentent le Carabe à côtesy le Carabe Adonis et le Carabe à nœuds , dont les étuis sont
relevés en bosses et creusés de fossettes chagrinées. Ce dernier Coléoptère n’est pas rare en Alsace; il vit le long des berges des ruisseaux.
Les larves des Carabes, longues et aplaties, vivent dans les
troncs d’arbres, dans les feuilles sèches, sous les mousses. Elles sont agiles et font la chassé aux insectes. La figure 543 représente la larve du Carabe à reflet dore ( auronitens ).
Un autre groupe de la même famille est constitué par les Calosomes. Ils ont des ailes sous leurs élytres, tandis que les
Fig. 544. Fig. 545.
Calosome sycophante. Larve et nymphe du Calosome à points d’o
vrais Carabes n’en ont pas ; ils s’en servent pour passer d’un arbre à l’autre.
Au mois de juin, on trouve sur les chênes le beau Calosome sycophante (fig. 544), d’un bleu violacé, ayant les antennes et
COLÉOPTÈRES
les pattes noires, et les élytres d'un vert doré éclatant, avec des stries longitudinales. D'après Réaumur, la larve de ce Calosome va souvent élire domicile dans les poches où se sont renfermées les Chenilles processionnaires du chêne, et elle en débarrasse promptement l'arbre qui en est infesté.
Le Calosome à points d’or ( auropunclatus ) est propre au midi
Fig- 546. Calosome inquisiteur, poursuivant un Bombardier.
de la France. Sa larve (tig. 545) dévore les colimaçons et s’établit dans leur coquille.
On a vu les larves* de . Calosomes se remplir d'aliments au point de doubler de volume. En cet état, elles sont quelquefois dévorées par des larves de leur propre espèce.
Une espèce plus petite, le Calosome inquisiteur , se rencontre assez fréquemment dans nos bois. La figure 546 représente cet insecte poursuivant un Bombardier ( Brachinus explodens)7 qui lui lance, pour l’arrêter, une vapeur à odeur pénétrante.
Dans les contrées du sud-est de l’Europe, et dans l'Asie Mineure, on trouve d’énormes Carabiques, les Procrustes et les Procères , qui atteignent à 5 et 6 centimètres, et dont les téguments sont sculptés comme une peau de chagrin à fortes aspérités.
Une seule espèce se rencontre en France, le Procrusle coriace (fig. 547). Dans la Carniole (Autriche), on trouve le Procère géant (fig. 548).
Les Omophrons (fig. 549), petits Carabiques presque globu-
Fig. 549. Omophron limbatum. Fig. 550. Nebria arenaria.
leux, d'un jaune pâle avec des lignes vertes, vivent dans le sable, au bord des rivières.
COLÉOPTÈRES
Les Nébries aiment en général les contrées montagneuses. La plus grande espèce, la Nébrîe arènaire (fig. 550) se trouve sur tous les bords de la Méditerranée, et môme sur nos côtes occidentales. Mais ses couleurs pâlissent à mesure qu’elle remonte vers le nord sur la côte africaine. Elle est d’un jaune clair avec des lignes noires.
Les Nébries se cachent, soit sous les tas de plantes marines amenées par les vagues, soit sous les souches des arbres roulés par la mer. Quand on les prive de leur abri, elles s’échappent avec une rapidité telle, qu'il est difficile de s’en emparer.
Fig. 551. Tefflus Megerlei. Fig. 552. Damaster blaptoides.
On trouve au Sénégal les Tefles (fig. 551), gros Carabes noirs, aux élytres cannelées et vermiculées.
D’autres espèces voisines sont : le Damaster (fig. 552), propre au Japon, remarquable par sa tête allongée et ses élytres
pointues; — YAnthie (fig. 553), qui se rencontre dans les sables
en Afrique et dans l’Inde, et dont la tête est armée d’une fa-
Fig. 555. Scarite géant à l’affût.
çon redoutable; — le Campylocnèmis , ou Hypèrion (fig. 554)
COLÉOPTÈRES
insecte d’Australie, d’un noir brillant, qui atteint plus de sept centimètres, et dont les pattes courtes et dentelées lui permettent de creuser des terrains.
On trouve, sur les côtes du midi de la France, un représentant de ce groupe le Scarite géant (fig. 555), qui se blottit dans un antre comme les Grillons, et dévore tout ce qui passe à sa portée.
L’innombrable tribu des Harpales renferme des Carabiques de taille assez petite, tantôt d’un vert bronzé, tantôt d'un noir terne ou brillant, qui rendent de grands services à nos jardins. Cachés sous les pierres, ou dans les feuilles sèches, au pied des arbres, ils font la chasse à une foule de petites mites, che-
Fig. 557.
Galérite de Leconte (larve).
Fig. 558.
Galerite de Leconte.
Fig. 556.
Harpale bronzé.
nilles, cloportes, etc. Ces Coléoptères exterminent ainsi le menu gibier.
On rencontre dans toutes les cours, dans tous les jardinets, YHarpale bronzé (fig. 556), qu’on voit reluire au milieu des pavés, comme une petite lame de laiton.
Les Galèrites (fig. 557, 558) se distinguent par des antennes
épaisses à la base ; elles exhalent une odeur très-forte. Presque toutes sont propres à l’Amérique.
Fig. 560. Larve et nymphe de Mormolyce.
Un des insectes les plus curieux de cette tribu est le Mormolyce-feuille, de Java (fig. 559), dont les élytres débordent de manière à lui donner l’aspect d’une feuille. Il vit sous les
COLÉOPTÈRES
écorces. La larve et la nymphe (fig. 560) ressemblent à celles des autres Carabiques.
La deuxième grande famille de la tribu des Carabiens se compose des Cicindèles , insectes à taille élancée, à grosse tête saillante, à pattes très-longues, à la démarche vive et rapide.
Les Cincidèles aiment les plaines sablonneuses. Au soleil, elles volent en décrivant des zigzags continuels; mais leur vol est peu soutenu. Par un temps couvert, on les voit courir sur le gazon, ou se cacher dans des trous. Quand on veut les prendre, on se pose de manière à les mettre à l'ombre de son corps. Cela suffit pour les calmer, au moins pendant un instant ; et Y on en profite pour les saisir. On les rencontre sur les plages de la mer, d’où on les voit quelquefois s’élever par centaines, sous les pas des promeneurs, comme des bouquets de feux d’artifice. Elles se nourrissent de Mouches et de petites Crevettes, dont les bords de la mer sont littéralement criblés.
Dans les sentiers des environs de Paris, on rencontre, à chaque instant, la Cicindèle champêtre (fig. 561), qui est d’un beau vert taché de blanc; l’abdomen est d’un rouge cuivreux.
La Cicindèle hybride , d’un vert terne relevé
Cicindèle champêtre.
par dix bandes, habite les bois sableux; la Cicindèle maritime est une espèce qui diffère de la précédente. La grande Cicindèle des bois , qui vole très-bien et qu’il n’est pas facile de saisir, se rencontre souvent dans les gorges les plus brûlantes des forêts de Fontainebleau et de Montmorency. Elle est brune, tachée de blanc; elle répand une forte odeur de rose, à laquelle succède bientôt l’odeur âcre de la salive qu’elle dégorge.
Nous représentons ici les Cicindèles de Dumoulin , — rugueuse , — scalaire , — héros, — à quatre lignes, et la Cicindèle du Cap.
Il est curieux de voir l’ardeur avec laquelle les Cicindèles poursuivent leur proie. Avec leurs mâchoires, elles dépècent promptement les ailes et les pattes de leur victime; elles
sucent ensuite ses intestins avec leurs palpes. Souvent, lorsqu’elles sont dérangées dans cette occupation agréable, comme
Fig. 562.
Cicindelle dé Dumoulin.
Fig. 563.
Cicindèle rugueuse.
Cicindèle scalaire.
elles ne veulent pas lâcher prise , elles s’envolent avec leur proie. Cependant leur vol n’est point assez puissant pour leur
Fig. 567.
Cicindèle du Cap.
permettre de transporter un peu loin un tel fardeau. Lorsqu’on saisit entre les doigts une Cicindèle, elle agite avec fureur ses mandibules aiguës, et cherche à vous pincer. Mais ses morsures sont inoffensives et peu douloureuses.
Les Cicindèles sont prodigieusement agiles à la' course. Armées de mâchoires assez puissantes pour atteindre leurs victimes et pour les saisir corps à corps, elles peuvent se passer de ruses et de stratagèmes.
COLÉOPTÈRES
Leurs larves (fîg. 568), dont le corps est mou, et dont les pattes sont courtes, se déplacent moins facilement. Pour satisfaire leur voracité, elles sont obligées de se mettre à l’affût dans des trous.
Ces larves ont une longueur de deux centimètres; leur
Fig. 568. Larve de Cicindèle champêtre. Fig. 569. Trou d’affût de la larve de Cicindèle.
tête est cornée et présente la forme d'un trapèze. Le premier anneau est également corné, d'un vert métallique. Le huitième porte une paire de tubercules à crochets, dont la larve se sert pour monter et descendre dans son trou vertical, à la façon d’un ramoneur.
Ce trou (fig. 569) a une profondeur de cinquante centimètres. Pour le creuser, la larve emploie d’abord ses mandibules et ses pattes. Elle le déblaye de la manière suivante : elle se retourne, charge de terre le plateau qui couvre sa tête, grimpe le long de la cheminée en se pliant en forme de Z, et transporte ainsi son fardeau jusqu’en haut, comme les servànts des maçons, qui grimpent sur une échelle, en portant sur la tête une auge de mortier. Arrivée à l’orifice du trou, elle lance au loin les déblais dont sa tête est chargée; ou s’ils sont trop lourds, elle les écarte simplement en les poussant avec sa tête.
Il est difficile d’observer ces manèges; car les larves sont très-défiantes, et se retirent aussitôt dans leur trou, lorsqu’elles prennent ombrage. Elles se tiennent en embuscade à l'entrée de ces souterrains , qu’elles bouchent hermétiquement avec leur tête et leur corselet. C’est une espèce de
trappe qui bascule dès qu’un être imprudent essaye d’y passer. Le malheureux qui se hasarde sur ce pont chancelant est précipité dans le puits, et la Cicindèle se gorge de son sang. Ces mœurs rappellent, on le voit, celles du Fourmi-lion. Quand arrive le moment de la métamorphose, la larve
Fig. 570-571. Nymphe de la Cicindèle.
(Dessus.) (Dessous.)
de Cicindèle agrandit le fond de son trou et en bouche l’entrée avec de la terre, avant de se changer en nymphe.
La nymphe (fig. 570-571) est d’un jaune pâle, luisante,
Fig. 572, Mégacéphale de King.
Fig. 573. Mégacéphale oxychéloïde.
garnie de petites épines. La métamorphose a lieu entre les mois d’août et d’octobre; l’insecte éclôt au printemps.
On rapproche des Cicindèles les Mègacèphales (fig. 572-574) de l’Afrique et de l’Amérique tropicale; les M anticores ( fig. 575),
COLÉOPTÈRES
qui se distinguent par un aspect robuste et trapu; — les Pogonoslomes (fig. 576), qui vivent à Madagascar; — les Ctenostomes,
Fig. 575. Manticore tuberculeuse.
Fig. 576. Pogonostome gracieux.
propres à l’Amérique (fig. 577), remarquables par la longueur de leurs palpes pendants et hérissés ; — les Omus , de Californie; — les Thèrates (fig. 578), insectes de la Nouvelle- Hollande, etc.
La tribu des Pimèliens , appelés autrefois Mèlasomes , parce qu’ils sont presque tous habillés de noir, offre quelques ressemblances avec celle des Carabiens. Ils recherchent les endroits obscurs et fuient la lumière. On les trouve à terre, sous les pierres; leurs mouvements sont lents, ils paraissent marcher avec difficulté. L’insecte le plus connu de ce groupe, c’est
le Blaps, à odeur repoussante, qui habite les endroits sombres et humides , tels que les caves, et ne sort de sa retraite que
pendant la nuit. Ses élytres sont soudées et dépourvues d’ailes. Le vulgaire les regarde comme un présage de mauvais au-
Fig. 579. Blaps obtus. Fig. 580. Ténébrion de la farine et sa larve.
gure. On a nommé l’espèce la plus commune, le Blaps portemalheur, présage-mort , sorcière de la mort , etc.
La figure 579 représente le Blaps obtus. D’après le rapport d’un voyageur, les femmes, en Égypte, afin d’engraisser, mangent, cuit avec du beurre, le Blaps sillonné , qui est très-commun. On l’emploie également contre les douleurs d’oreilles, la morsure du Scorpion, etc.
Un autre insecte de la même famille est le Ténébrion (fig. 580) , d’un brun noirâtre , avec les élytres fortement striées, et d’une longueur de quinze millimètres. Sa larve
COLÉOPTÈRES
vit dans la farine; elle est cylindrique et d'un fauve luisant. Les amateurs d'oiseaux les recherchent, pour en nourrir les habitants de leurs volières. On trouve souvent dans le pain les débris du Tinèbrion meunier , ou ceux de sa larve, que le peuple appelle Ver de farine (fig. 580).
L'insecte que l’on considère comme le- type de la tribu des Piméliens, est la Pimèlie à deux points , commune dans le midi de la France.
Nous arrivons à la tribu des Coléoptères vésicants, dont les plus connus sont les Cantharides.
Ces insectes ont généralement une consistance molle ; leurs élytres sont très-flexibles. Ils recherchent les fleurs. Quelques-uns se tiennent constamment sur les arbres. Tous sont très-vifs et très-agiles. Avalés, ils sont un dangereux poison. On les emploie en médecine pour faire des vésicatoires.
La Cantharide des boutiques ( Cantharis vesicatoria) est d'un beau vert. Elle atteint une taille de deux centimètres. On la trouve sur les frênes, sur les lilas et sur d’autres arbustes. Dans toute l’Europe on en fait une grande consommation. Le commerce l’a longtemps tirée d'Espagne, et la tire encore souvent de ce pays; c’est de là que lui vient le nom vulgaire de Mouche d'Espagne. Comme elle vit en sociétés nombreuses, sa récolte est plus facile et moins coûteuse que ne le serait celle des autres espèces de la même famille qui vivent isolément, mais qui ont les mêmes propriétés médicinales.
La présence des Cantharides se manifeste par l’odeur de souris qu’elles répandent au loin.
Quand, à l’aide de cette odeur, on a découvert l'arbre, ordinairement un frêne, sur lequel les Cantharides se sont abattues, on les récolte de la manière suivante. On étend de grand matin, au pied de l'arbre, une toile d’un tissu clair, et on secoue fortement les branches, pour en faire tomber les insectes. Ces derniers, engourdis par le froid de la nuit, ne cherchent pas à s'échapper (üg. 581). Lorsqu'on juge que la récolte est suffisante, on relève les quatre coins, et on plonge le tout dans un baquet rempli de vinaigre étendu d'eau. Cette immersion suffit pour faire périr les Cantharides. On les
transporte ensuite dans un grenier, ou sous un hangar bien aéré. Pour les faire sécher on les étale sur des claies recouvertes de toile ou de papier. De temps en temps, pour faciliter leur prompte dessiccation, on les remue, soit avec un bâton, soit avec les mains, ce qui est plus commode. Mais il faut alors prendre la- précaution de mettre des gants, car si on les touche avec les mains nues, on éprouve des accidents plus ou moins graves. La même précaution doit s’employer aussi pendant la récolte.
Quand les Cantharides sont bien sèches, on les introduit dans des vases de bois, de verre ou de faïence, hermétiquement bouchés, et on les conserve dans un endroit à l’abri de l’humidité. Avec ces précautions, on peut les garder longtemps sans qu’elles perdent rien de leurs propriétés caustiques. Duméril a essayé, pour faire des vésicatoires, des Cantharides qui avaient vingt-quatre ans de magasin, et qui n’avaient rien perdu de leur énergie vésicante.
Les Cantharides desséchées sont si légères qu’un kilogramme renferme près de treize mille individus.
Arétée, médecin qui florissait à Rome au premier siècle de notre ère, paraît avoir employé le premier, comme 'moyen de vésication, les Cantharides réduites en poudre. Hippocrate les donnait à l’intérieur contre l’hydropisie, l’apoplexie et la jaunisse. Mais il est à peu près établi que les Cantharides des anciens n’étaient pas celles dont l’usage a prévalu aujourd’hui. C’était probablement une espèce voisine, le Mylàbre des chicorées .
On a fait l’analyse chimique des Cantharides et on en a retiré un principe vésicant, la cantharidine . Ce produit organique se présente sous forme de petites lames brillantes , incolores, solubles dans l’éther et dans les huiles. Un atome de cette matière appliqué sur la peau, et en particulier sur la lèvre inférieure, fait à l’instant même soulever l’épiderme, et produit une vésicule remplie de sérosité.
Malgré le principe corrosif que l'enferment les Cantharides, elles sont attaquées , comme les autres insectes desséchés , par les Dermestes et les Anthrènes, qui s’en régalent sans le moindre inconvénient.
Les Mylabres ont le plus grand rapport de structure, d’appa-
rence et de propriétés, avec les Cantharides , qu’elles remplacent en Orient, en Chine, et dans le midi de l’Europe. On les rencontre en grappes sur les fleurs des chicorées, des chardons, etc.
Le Mylabre de la chicorée , assez commun en France , surtout dans le midi , est de taille assez petite ; tandis que d’autres espèces sont assez grandes. Il est noir, velu, avec une grande tache jaunâtre à la base de l’élytre, et deux bandes transversales de la même couleur.
Un autre groupe de cette famille comprend les Mèloès , aux élytrçs très-courtes, sans ailes. Ils marchent lentement et difficilement sur les plantes basses, les femelles traînant un énorme abdomen, rempli d’œufs. On les observe ordinairement au printemps. En Allemagne, on leur donne le nom de Maiwunn (ver de mal). Leur succulence les exposerait sans doute par trop à la voracité des oiseaux, et de quelques petits mammifères insectivores , s’ils îT avaient la ressource de faire suinter, à volonté, au moment du danger, de toutes leurs articulations, une humeur onctueuse, d’un jaune rougeâtre, dont l’odeur et probablement aussi les propriétés caustiques repoussent leurs agresseurs.
Les femelles déposent leurs œufs sous la terre, et il en sort des larves d’une forme très-bizarre. Avalés par des bestiaux, les Méloés les font gonfler et mourir. C’est pour cette raison que Latreille a émis l’opinion que ces insectes sont les Buprestes (Enfle-bœuf) des anciens, dont parle la loi de Cornélius ( Lex Cornelia de sicariis et veneficis). Mais le nom de Buprestes a été appliqué par Linné aux Richards , coléoptères dont il sera question plus loin, et il a été généralement adopté par les naturalistes.
Le plus commun parmi les Méloés est le Mèloè proscarabèe. On le trouve en abondance, dès le mois d’avril, dans les prairies voisines du pont d’Ivry près de Paris.
Les métamorphoses des insectes de la famille des Cantharides étaient restées longtemps entourées d’un voile impénétrable. Les recherches de Newport , en Angleterre , et de M. Fabre (d’Avignon), en France, ont fait connaître, de nos jours, les phases, extrêmement curieuses, au milieu desquelles
s’accomplissent les métamorphoses 1 d’une espèce qui appartient à la même famille, le Silaris humeralis. Ces observations, dont nous allons donner un aperçu rapide, mettront probablement les naturalistes sur la voie pour observer également les premiers états des Cantharides proprement dites.
Les Silaris (lig. 582) ne prennent aucune nourriture lorsqu’ils sont parvenus à l’état parfait. Quand la femelle a été fécondée, elle dépose, à l’entrée du nid cl’une Abeille solitaire, deux à trois mille œufs, très-petits, blanchâtres, agglutinés en masses informes. Un mois après, il sort de ces œufs de trèspetites larves (d’un millimètre de longueur seulement), d’un vert noir luisant, coriaces, armées de foi tes mâchoires et de longues pattes et antennes (fig. 583). Ce sont les larves primi-
Fig. 582. Sitaris huméral. Fig. 583. Première larve de Sitaris (très-grossie).
ZMtôs.EUes restent immobiles et sans prendre de nourriture jusqu’au printemps suivant. A. cette époque éclosent les Abeilles mâles, qui précèdent d’un mois l’apparition des femelles.
A mesure que les Abeilles sortent de leur nid, les larves de Sitaris s’accrochent à leurs poils.
De là ils passent sur les femelles, à l’époque de l’accouplement.
1. Annales des sciences naturelles3 1857, 4e série, tome VII, page 300.
Quand les Abeilles males ont bâti des cellules, et les ont garnies de miel, la femelle, on le sait, dépose dans chacune un œuf. Aussitôt les larves de Sitaris se laissent tomber sur ces œufs, les ouvrent et en hument le contenu. Alors elles changent de peau, et la seconde larve paraît.
Celle-ci tombe dans le miel, dont elle se nourrit pendant un mois et demi. Elle est aveugle, tandis que la première larve est munie de quatre yeux , sans doute pour guetter au passage les Abeilles qui doivent lui servir de conducteurs, comme les'compagnons d’Ulysse guettaient les moutons de Polyphème, pour sortir de l’antre où ils étaient retenus prisonniers.
Peu de jours après, cette seconde larve se contracte, et il se détache de son corps une pellicule transparente, qui laisse entrevoir une masse, d’abord molle, bientôt assez dure et d’un fauve vif; on la nomme pseudonymphe (fig. 584). Elle passe l’hiver.
Fig. 584. Fig. 585. Fig. 586.
Pseudonymphe de Sitaris. Troisième larve de Sitaris. Nymphe de Sitaris.
Au printemps il en sortune troisième larve (fig. 585) semblable à la seconde. Celle-ci ne mange pas et se meut à peine. Elle se change bientôt en une nymphe ordinaire (fig. 586), d’un blanc jaunâtre, d’où sort le Sitaris adulte, qui ne vit que quelques jours, pour assurer la propagation de i’espèce, comme cela s’observe aussi chez les Éphémères.
Telles sont les curieuses circonstances qui président aux métamorphoses de ce Coléoptère.
On avait remarqué depuis longtemps les larves de Sitaris, cramponnées aux poils des Anthophores; mais on les prenait pour des parasites, et on les avait décrits comme tels.
Les Lampyriens ont des élytres faibles et molles, comme les insectes de la tribu précédente, A l’état d’insectes parfaits, ils
fréquentent les fleurs. Leurs larves sont carnassières et attaquent d'autres insectes, ou des vers.
C’est à ce groupe qu’appartiennent les Lampyres , ou Vers luisants, qu’on voit scintiller, pendant les nuits d’été, dans l’herbe et sur les buissons.
Les Vers luisants sont fort agiles. Quand on réussit à s’en emparer, ils cessent aussitôt d’émettre leur douce lumière blanchâtre. Ils ont la faculté de faire briller ou disparaître à volonté ce flambeau naturel; ce qui est, du reste, une propriété commune à tous les animaux phosphorescents.
Les propriétés lumineuses dont ces animaux sont doués, ont pour but de révéler leur présence au sexe opposé, car les femelles surtout possèdent ces propriétés à un haut degré. De même que les sons ou les odeurs qu’exhalent d’autres insectes, attirent, séduisent et dirigent les uns vers les autres les deux sexes, ainsi, chez les Lampyres, une lueur phosphorescente signale les femelles aux mâles. C’est le flambeau de l’amour, c’est un phare naturel, c’est un télégraphe animé qui brille dans le silence et l’obscurité des nuits.
Le siège de la substance phosphorescente varie suivant les espèces. Il existe ordinairement sous les trois derniers anneaux de l’abdomen.
La lueur est produite par la combustion lente d’une sécrétion particulière. Elle semble émise par scintillation. On a constaté qu’elle se dégage brusquement lorsque l’animal contracte ses muscles, soit spontanément, soit sous l’influence d’une excitation artificielle.
On a tenté quelques essais chimiques pour connaître la nature ou la composition de l’humeur qui produit cet effet étrange; mais jusqu’ici les recherches ont appris seulement que l’action lumineuse est plus énergique dans l’oxygène et nulle dans les gaz inertes. Chez l’espèce que l’on rencontre le plus souvent aux environs de Paris, le Lampyris noctiluca , la phosphorescence est d’une teinte verdâtre ; elle prend , dans certains moments, l’éclat d’un charbon incandescent.
Les femelles des Lampyres sont dépourvues d’ailes; tandis que les mâles en sont pourvus, et possèdent des élytres bien développées. Les femelles ressemblent beaucoup aux larves;
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seulement, elles ont la tête plus apparente et le corselet en bouclier, comme les mêles. Les larves se nourrissent de petits mollusques. Elles pénètrent dans la coquille ‘des Colimaçons, après en avoir dévoré l’habitant. Elles possèdent la propriété phosphorescente à un moindre degré que les femelles adultes. La nymphe femelle ressemble à la larve; la nymphe du mâle, au contraire, laisse apercevoir ses ailes repliées sous une mince peau. L’insecte parfait éclôt vers l’automne.
Fig. 587. Lampyre noctiluque.
Le Lampyre luisant ( Lampyris noctiluca , flg. 587) est d’un jaune brunâtre. Il est commun dans les environs de Paris.
Dans un genre voisin, la Luciole d'Italie, les deux sexes sont ailés, d’un brun fauve, et également phosphorescents. On les rencontre en grand nombre en Italie, et les pelouses sont émaillées de leurs feux errants.
D’autres insectes de cette famille sont privés de la faculté d’émettre de la lumière. Tels sont, par exemple ^ les Lyques, aux brillantes couleurs, que l’on rencontre en Afrique et dans l’Inde. Un des plus beaux est le Lycus latissimus.
Un autre groupe est formé par les Driles , insectes fort singuliers dans leurs habitudes. Le type est le Drile flavescent , au panache jaune (Drilus flavescens). Le mâle, long de sept millimètres, noir et velu, avec les élytres d’un jaune testacé, à antennes munies dè longs filaments, a été longtemps seul connu. La femelle, dix à quinze fois plus volumineuse, privée d’ailes et d’élytres, d’un brun jaunâtre, n’a été découverte que beaucoup plus tard, parce qu’elle n’a, en apparence, rien de commun avec le mâle, par la forme et la couleur.
Lés métamorphoses de ces curieux insectes Sont aujourd’hui parfaitement connues. Mieczinsky, naturaliste polonais établi à Genève, avait trouvé des Driles à l’état de
larve dans la coquille de Y Hélix nemoralis. Ces larves dévoraient le Colimaçon dont elles occupaient la demeure, comme font les larves dès Lampyres. Mieczinsky observa leur éclosion, mais ii n'obtint que des Driles femelles, qui diffèrent à peine des larves dont elles procèdent. Le naturaliste génevois en fit un genre particulier sous la dénomination de Cochleoctonus vorax (vorajce tueur de coquilles). Plus tard, Desmarest reprit ces observations. Il se procura à l’école vétérinaire d’ Al fort, un certain nombre de coquilles d' Hélix, remplies des mêmes larves. Il en vit sortir, non-seulement des Cochléoctones, mais encore des Driles, et il observa leur accouplement. Il fut donc prouvé, par cet argument sans réplique, que ces deux insectes, si dissemblables, appartiennent à la même espèce.
La larve du Drile jaune se fixe sur la coquille du colimaçon, par une sorte de ventouse comme une sangsue. Peu à peu, elle se glisse entre le mollusque et sa maison, et le dévore entièrement. Pour se métamorphoser en nymphe, elle ferme rentrée de la coquille avec la vieille peau qu'elle a abandonnée. Parvenue à l’état parfait, elle quitte la coquille qui lui a servi de demeure temporaire.
Les femelles de Driles jaunes se réfugient sous les pierres et les feuilles séchées, ou rampent lentement sur le sol, pendant que les mâles, qui volent avec une grande facilité, se trouvent sur les plantes et sur les broussailles. Ces insectes ne sont pas rares aux environs de Paris.
M. H. Lucas a observé, en Algérie, près d’Oran, une autre espèce curieuse, le Drile maurilanique. La larve de cet insecte vit aux dépens de l'animal du Cyclostoma Volzianum , qui ferme l’entrée de sa coquille avec un opercule de substance calcaire. La larve de ce Drile se fixe sur le bord de la coquille, à l’aide de sa ventouse, et dirige ses fortes mandibules du côté où le Colimaçon est obligé de soulever son opercule, soit pour respirer‘Pair, soit pour marcher. Dans cette position, elle a la patience d’attendre quelquefois plusieurs jours à la porte. Le colimaçon recule aussi longtemps qu’il le peut le moment fatal. Mais quand, vaincu par la faim ou étouffant dans sa prison, il se décide. enfin à ouvrir sa porte, le Drile profite aussitôt de cette occasion pour couper le muscle qui retient
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le pied du limaçon. La brèche étant faite, rien ne s'oppose plus à l'entrée de l'ennemi dans la place. Il s'y glisse et se met à manger tranquillement le malheureux mollusque inoffensif, qui lui donne le logement et la nourriture.
Les Ptilodactyles , les Eucinètcs et les Gèbrions appartiennent aux insectes de la meme famille. Les deux premiers sont exotiques.
Les Êlatériens sont d'assez gros insectes, d'une texture souvent fort dure, ayant le prosternum prolongé en pointe, et les antennes dentelées en scie. Ils ont la faculté de sauter lorsqu'on les couche sur le dos, et de retomber sur leurs pattes. De là leur nom d ’Elalères (dérivé de la môme racine que le mot élastique) ou de Scarabées à ressort. Ils produisent, en sautant, un choc sec, et souvent frappent, à coups redoublés lorqu'on les empêche de s'élancer; c'est ce qui les a fait nommer Taupins et Maréchaux (fig. 588).
Voici le mécanismé qui permet au Taupin d'exécuter ces mouvements. Il s'areboute , en s’appuyant sur le sol par la
Fig. 588. Organe du Fig. 590.
saut chez le Taupin (face). Larve.
tête et par le dos (fig. 589); puis il se débande comme un ressort : la pointe du corselet pénètre dans une fossette située au-dessous de l'anneau suivant, et le dos vient heurter avec force le plan d'appui. Par réaction, l’animal est lancé en l'air. Il recommence ce manège jusqu'à ce qu'il se retrouve sur le ventre, car ses pattes sont trop courtes pour lui per-
mettre de se retourner. Sa structure lui donne le moyen et la force de rebondir autant de fois qu’il est tombé sur le dos, et il peut s’élever ainsi à plus de douze fois la longueur de son corps.
Les larves desTaupins (fig. 290) sont cylindriques, à peau écailleuse, à pattes très-courtes. Elles vivent dans le bois pourri ou dans les racines de plantes. D’après M. Goureau, elles passent cinq ans dans cet état.
Les larves du genre Agrictes occasionnent des dégâts considérables dans les champs de blé. Elles ressemblent beaucoup aux vers de farine (larves du Ténébrion).
Les Tètralobites sont les plus grands Êlatériens connus ; ils atteignent une longueur de six à sept centimètres. On les rencontre aux Indes orientales et en Afrique.
On trouve en Amérique des Taupins phosphorescents. Ce sont les Pyrophores , que les Espagnols de l’Amérique du Sud désignent sons le nom de Cucuyos. Ils ont à la base du corselet deux petites taches lisses et brillantes, qui scintillent pendant
F g. 591. Pyrophore noctiluque, ou cucuyo du Mexique.
la nuit; les anneaux de l’abdomen émettent aussi une lueur Les Cucuyos éclairent assez pour qu’on puisse lire à une faible distance de leur corps.
Le Pyrophore noctiluque (fig. 591) est très-répandu à la Havane, au Brésil, à la Guyane, au Mexique, etc. On les voit en grand nombre, la nuit, dans le feuillage des arbres. Lors de la conquête espagnole, un bataillon nouvellement débarqué
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n’osa engager le combat avec les naturels, parce qu’il prit les Cucuyos qui brillaient sur les arbres environnants pour des mèches d’arquebuses prêtes à faire feu.
« Dans ces contrées, dit M. Michelet, on voyage beaucoup la nuit pour échapper à la chaleur. Mais on n’oserait s’engager dans les ténèbres peuplées des profondes forêts, si les insectes lumineux ne rassuraient le voyageur. Il les voit briller au loin , danser, voltiger. Il les voit de près posés sur les buissons à sa portée. Il les prend pour l’accompagner, les fixe sur sa chaussure pour lui montrer son chemin et pour faire fuir les serpents. Mais quand l’aube se fait voir, reconnaissant et soigneux, il les pose sur un buisson, les rend h leur œuvre amoureuse. C’est un doux proverbe indien : « Emporte la mouche de « feu; mais remets- la où tu l’as prise ’. »
Les femmes créoles se servent des Cucuyos pour rehausser l’éclat de leur toilette. Singuliers bijoux auxquels il faut donner à manger, qu’il faut baigner deux fois par jour, qu'il faut soigner sans cesse, pour les empêcher de mourir !
Les Indiens prennent ces petits animaux en balançant en l’air, au bout d’un bâton, pour les attirer, des charbons incandescents : ce qui prouve que la lueur que répandent ces insectes est pour eux un appel. Puis ils les vendent aux dames de la ville. Une fois entre les mains des femmes, les Cucuyos sont renfermés dans de petites cages de fil de fer trèsfin. On les nourrit de fragments de canne à sucre, et on leur fait prendre des bains, qui remplacent pour eux la rosée du matin et du soir.’
Quand les dames mexicaines veulent orner leur toilette de ces diamants vivants, elles les placent dans de petits sacs de tulle léger, qu’elles disposent avec goût sur leurs jupes.
Il y a encore une autre manière de monter les Cucuyos. On leur passe, sans les blesser, une épingle sous le corselet, et on pique cette épingle dans les cheveux. Le raffinement de l’élégance consiste à combiner avec les’ Cucuyos, des colibris et de véritables diamants, ce qui produit une coiffure éblouissante. Parfois, emprisonnant de gaze ces flammes animées, les gracieuses Mexicaines les tournent en ardents colliers; ou
bien elles les roulent autour de leur taille, comme une ceinture de feu. Elles arrivent au bal sous un diadème de topazes vivantes, d’émeraudes animées, et ce diadème flamboie ou pâlit, suivant que l’insecte est frais ou fatigué. En rentrant, après la soirée finie, on fait prendre à ces pauvres bêtes un bain qui les rafraîchit, et on les remet dans leur cage, qui, veilleuse d’un nouveau genre, répand toute la nuit dans la chambre une douce clarté.
En 1766, un Gucuyo amené vivant d’Amérique à Paris, probablement dans quelque vieux morceau de bois qui se trouvait dans le vaisseau, causa une grande frayeur aux habitants du faubourg Saint-Antoine, lorsqu'ils le virent voler le soir, en brillant dans Pair.
En 1864, un certain nombre de Cucuyos furent apportés du Mexique à Paris, par M. Laurent, capitaine de la frégate la Floride. Une expérience faite dans le laboratoire de l’École normale montra que le spectre chimique de leur lumière est continu, sans raies noires aucunes; il se distingue, en outre, du spectre de la lumière solaire par une plus grande intensité de la couleur jaune. La lumière se produit probablement comme chez les Lampyres, par la combustion lente d’une substance sécrétée par l’animal.
Le Cucuyo peut d’ailleurs à volonté, augmenter ou diminuer l’éclat de cette lueur, au moyen de membranes qu’il superpose, comme des écrans, au-devant des bosses phosphorescentes qu’il a au front.
Aux Indes et en Chine, les femmes se servent pour leur coiffure, ou comme pendants d’oreilles, d’un autre coléoptère de la même tribu, qui commence même à être employé à cet usage par les femmes du midi de la France. C’est le Richard , aux couleurs splendides et. d’un éclat métallique. Linné, comme nous l’avons dit plus haut, lui donna, à tort, le nom de Bupreste qui, chez les anciens, servait à désigner un coléoptère très- di lièrent, le Méloé, du groupe des Cantharides; mais les naturalistes modernes ont consacré ce titre illégitime.
Les Richards y ou Buprestes , ont la démarche lourde ; mais ils volent avec la plus grande facilité pendant l’ardeur du soleil, et se jettent sur les troncs d’arbres exposés aux rayons du
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Fig. 592.
Bupreste impérial.
midi. En Europe, et surtout dans le nord, ils sont assez rares et détaillé assez petite. Il faut les chercher sur les bouleaux, dont la couleur blanche semble les attirer. Dans les régions les plus chaudes du globe, ils sont très -abondants, de grande dimension, et parés d’étincelantes couleurs. Ils ne sautent pas et ne sont pas doués de la propriété phosphorescente. Leurs larves sont sans pattes, allongées, blanchâtres, de consistance charnue, avec le premier anneau du corps trè'sélargi. Elles vivent dans les troncs d’arbres, entre l’écorce et le bois, se creusant des galeries irrégulières, et restent parfois sous cet état dix ans avant de se métamorphoser.
Laporte de Castelnau et Gory ont décrit et figuré environ treize cents espèces de Buprestes. La figure 592 représente le Bupreste impérial. Le Bupreste albo spère , les Julodis, les Chrysochroas, \es Brachys, appartiennent également à la grande famille des Buprestes.
Les Clèriens se rattachent aux tribus précédentes. Ils ont le corselet plus étroit que les élytres et assez long, leurs tégument sont moins solides que ceux des Tau pin s* et des Richards. Les uns sont phytophages, les autres carnassiers. Le type principal de cette famille est le Clairon fourmi ( Clerus formica rius) , roux, avec la tête et les pattes noires, dont la larve vit aux dépens des larves des Charançons.
Une autre espèce, la Nècrobie , qui vit de matières animales desséchées, est devenue célèbre, parce qu’elle fut la cause du salut du plus grand entomologiste de notre siècle.
Le nom de Nècrobie (de vexpo; et 6toç) ne signilie point: qui vit sur les cadavres , mais bien, vie et mort. Voici la touchante histoire dont ce nom est destiné à consacrer le, souvenir, et que Latreille lui-méme a racontée dans son Histoire des Insectes .
Avant 1792, Latreille n’était connu que par quelques mémoires qu’il avait publiés sur les Insectes. Il était alors prêtre à Brives-la-Gaillarde. On l’arrêta, avec les curés du Limousin qui n’avaient pas prêté serment. Ces malheureux furent con-
portation. Cependant les prisons ne se viciaient que lentement, et les condamnés n'en devaient pas moins partir pour
duits à Bordeaux, sur des charrettes, pour être déportés à la Guyane. Arrivés à Bordeaux au mois de juin, ils furent incarcérés à la prison du grand séminaire, en attendant qu'un navire fut prêt à appareiller. Sur ces entrefaites, le 9 thermidor arriva, et fit suspendre pour quelque temps l'exécution de l'arrêt qui condamnait les prêtres non assermentés à la dé-
Fig. 593. Latreille.
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l’exil. Seulement , leur déportation avait été remise au printemps.
Latreille demeurait donc détenu à la prison du grand séminaire.
Dans la chambre qu’il occupait, se trouvait, en même temps que lui, un vieil évêque malade, dont un chirurgien allait chaque matin panser les plaies. Un jour, comme le chirurgien achevait le pansement de l’évéque, un insecte sortit d’une fente du plancher. Latreille s’en empare aussitôt, l’examine, le pique avec une épingle sur un bouchon de liège, et paraît enchanté de sa trouvaille. '
« C’est donc un insecte rare, dit le chirurgien.
— Oui, répond l’ecclésiastique.
— En ce cas, vous devriez me le donner.
— Pourquoi?
— C’est que j’ai un ami qui a une belle collection d’insectes et à qui il ferait plaisir.
— Eh bien, portez-lui cet insecte; diles-lui comment vous l’avez eu, etpriez-le de m’en dire le nom. »
Le chirurgien courut chez son ami.
Cet ami, c’était Bory de Saint-Vincent, naturaliste qui devint célèbre depuis, mais qui était fort jeune à cette époque. 11 s’occupait déjà beaucoup de sciences naturelles, et en particulier de la détermination des insectes. Le chirurgien lui remit la trouvaille du prêtre. Mais, malgré toutes ses recherches, il ne parvint pas à classer ce coléoptère.
Le lendemain, le chirurgien ayant revu Latreille dans sa prison, lut obligé de lui déclarer que, d’après son ami, ce coléoptère n’avait pas été décrit. Latreille comprit à cette réponse que Bory de Saint- Vincent était un adepte. Gomme on ne donnait aux détenus ni plume, ni papier, il dit à son messager:
« Je vois bien que M. Bory de Saint-Vincent doit connaître mon nom. Vous lui direz que je suis l’abbé Latreille, et que je vais aller mourir à la Guyane, avant d’avoir publié mon Examen des genres de Fabricius. »
Bory, à cette nouvelle, commença d’actives démarches, et obtint que Latreille sortirait de prison , sous caution de son oncle Dayclas et de son père, comme convalescent, avec
rengagement formel qu’on présenterait le prisonnier à lapre mière réquisition de l'autorité.
Le vaisseau qui devait emmener Latreille à l’exil, ou plutôt à la mort, appareillait déjà lorsque ces démarches aboutirent et que Bory et Dayclas obtinrent sa sortie de prison. Cette sortie fut providentielle, car le bâtiment sur lequel Latreille devait être embarqué sombra en vue de Cordouan, et les marins seuls purent se sauver. Peu de temps après, ses amis obtinrent sa radiation de la liste des déportés.
C'est ainsique la Nccrobiaruficollis fut le sauveur de Latreille.
La tribu des Charançons est encore bien plus nombreuse que celle des Taupins et des Richards. On les reconnaît à leur tête prolongée en museau ou en trompe, à leur bouche rudimentaire, à leurs antennes coudées. Il en existe environ vingt mille espèces. Ils se nourrissent de végétaux. Les larves sont des vers sans pattes, mous, blanchâtres, à tête trèspetite, et vivent dans l’intérieur des tiges ou des graines des plantes; elles occasionnent souvent d'énormes dégâts. C'est l’un des fléaux de l’agriculture. Chacun de nos légumes secs, chaque variété de céréales, a dans cette immense famille son ennemi personnel.
Yoici d'abord les Bruches. La Bruche du pois (fig. 594), qui
Fig. 594. Fig. 595.
Bruche du pois (grossie). Bruche du pois et pois percé par cet insecte.
est brune, avec des taches blanches, sort du pois, à la fin de l'été. Chaque femelle dépose ses œufs sur les pois murs et encore sur pied. La larve s'y creuse une habitation, et sort ensuite par un trou circulaire (fig. 595).
La Bruche de la lentille reste dans son nid tout l’hiver, et n'éclôt que vers le printemps suivant.
La Bruche des fèves marque chaque fève de plusieurs points noirs.
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La vesce a également sa Bruche spéciale.
La Calandre du blé , d’un brun noirâtre, dépose ses œufs sur les grains, et la larve en mange ensuite les parties intérieures.
On a proposé une foule de moyens pour éloigner ce dernier Charançon. Le meilleur moyen est un ensilage rationnel, et une bonne aération des tas de blé.
Citons encore le Charançon du trèfle (Apion) ; le Charançon du colza ( Gripidius brassicæ ), le Charançon des navets ( Ceuto rliynchus) , etc. , etc.
Tous les végétaux, la vigne, les arbres fruitiers, les bouleaux, les pins, ttc., sont rongés par des Charançons. Voici,
Fig. 59d. Pissode tacheté.
comme exemple, le Pissode tacheté du pin (fig. 596), qui a la précaution, comme le montre la figure ci-dessus, de couper à demi les jeunes tiges et les pétioles des feuilles du pin, afin, dit M. Maurice Girard1, que la sève n’afflue que difficilement dans l'organe flétri, et ne puisse étouffer ses jeunes larves.
Les Swlytes, les Hylésines, les Bostriches, qui se rattachent à la famille des Charançons; creusent des galeries entre le bois et l’écorce de différents arbres, lorsqu’ils sont à l’état de larve, et dévorent les feuilles à l’état adulte. La figure 597 représente l’Hylésine du pin.