‹ Les insectesChapitre 5 sur 40 · ORDRE DES HÉMIPTÈRES · texte numérisé non relu

ORDRE DES HÉMIPTÈRES

Les Pentatomes. Les diverses espèces de Punaises. — Le Réduve masqué. — L’Hydromètre. — La Nèpe cendrée. — La Ranâtre. — La Gorise. — Récolte du Hautle dans les lacs du Mexique. — Le Notonecte. — La Cigale. — La Cigale dans l'antiquité. — Le bon la Fontaine mauvais naturaliste. — Le Fulgore porte-lanterne . — Mlle Sybille de Mérian à la Guyane. — L’Aphrophore. — Les Membraces. — Les Pucerons. — Observations de Ch. Bonnet sur la reproduction des Pucerons. — Amitié singulière des Pucerons et des Fourmis. — La Cochenille; sa culture et sa récolte en Algérie.

Ce qui distingue particulièrement les Hémiptères des autres ordres d’insectes, c’est la forme de leur bouche, qui consiste en un bec, plus ou moins long, composé de six parties, savoir : la lèvre inférieure ou gaine, quatre soies internes, représentant les mandibules et les mâchoires des insectes broyeurs, et qui sont les parties perforantes du bec ; enfin la lèvre supérieure, ou labre. Grâce à cet appareil, ces insectes sont essentiellement suceurs, et se nourrissent, pour la plupart, du suc des végétaux, qu’ils aspirent avec leur bec.

Les ailes des Hémiptères sont ordinairement au nombre de quatre ; tantôt toutes membraneuses et semblables entre elles, d’autres fois les supérieures étant seulement un peu plus consistantes que les inférieures. En général, les premières diffèrent tout à fait des ailes inférieures et ne sont membraneuses que vers le bout ; tandis que pour le reste, elles sont épaisses, coriaces ou crustacées.

Les Hémiptères se divisent en deux sections très-distinctes :

HÉMIPTÈRES

Tune comprend les insectes dont le bec naît du front ou partie supérieure de la tète, et dont les élytres sont demi-coriaces et demi-membraneux, d'un tissu différent à leur base de celui de leur extrémité : ce sont les Hétêroptères (stepoç , différent, 7UT£pov, aile). L’autre sefction comprend ceux dont le bec naît de la partie inférieure de là tête, et dont les élytres ont partout la meme consistance: ce sont les Homoptères. Nous allons faire l’histoire de ces deux sous-ordres.

HETEROPTÈRES.

Ces insectes, autrefois désignés sous le nom commun de Punaises, ont été divisés parLatreille, en deux grandes familles contenant : l’une les Gèocorises , ou Punaises terrestres , l’autre les Hydrocorises, ou Punaises d'eau.

Les Punaises terrestres comprennent un grand nombre de genres, qui, pour la plupart, n'offrent que peu d'intérêt. Nous nous bornerons à citer ici les Pentalomes , désignées sous le nom vulgaire de Punaises des bois , les Lygèes , les Punaises proprement dites, les Rêduves et les Hydromètres.

Les Pentalomes, qui comprennent aujourd'hui plusieurs genres, comprennent les Punaises des bois de la plupart des auteurs. On les trouve sur les plantes et sur les arbres. Leur vol est prompt, mais de courte durée.

La Penlalome ornée , connue sous le nom de Punaise rouge du Chou , ou Punaise mignonne du Chou , se trouve très-communément sur le chou et la plupart des plantes crucifères. Elle est panachée de rouge et de noir et ses couleurs sont sujettes à de nombreuses variations.

La Penlalome grise (fig. 73) est commune dans toute l'Europe. On rencontre fréquemment ces punaises en automne, sur les framboises, auxquelles elles communiquent leur mauvaise odeur. On les trouve encore en quantité sur le Bouillon blanc, lorsque cette plante est en fleur.

La tête et le corselet sont, en dessus, d'un brun grisâtre,

Fig. 73.

Pentatome grise.

quelquefois légèrement pourpré. La partie écailleuse des étuis a une teinte de pourpre, mais leur partie membraneuse est brune.

Toutes ces parties sont couvertes de points noirs, qu’on ne peut voir qu’à la loupe. Les ailes sont noirâtres. Le dessous de tout le corps et les pattes sont d’un gris clair un peu jaunâtre, avec un grand nombre de petits points noirs. Le ventre est tout noir en dessus; mais il est bordé de taches noires et de taches blanches alternatives.

Nous avons reproduit ici la description que donne de cette punaise l’illustre naturaliste suédois de Geer, parce que nos jeunes lecteurs auront certainement rencontré cet insecte ou le rencontreront un jour, en cueillant des framboises.

La Pentatome grise, marquée de noir, de jaune et de rouge, se trouve dans toute l’Europe, dans les champs cultivés, les jardins, quelquefois aussi sur le tronc des gros arbres, particulièrement des Ormes. Cette espèce, ainsi que la plupart de celles qui entrent dans le groupe que nous signalons, est. pourvue d’un organe odorifique dont ôn ne ressent les effets que si l’insecte est irrité ou menacé de quelque danger. Si on la flaire sans en être aperçu, on ne sent aucune mauvaise odeur. Écoulons à ce sujet M. Léon Dufour :

<r Saisissez avec une pince la Pentatome, et plongez-la dans un verre rempli d’eau claire ; armez votre œil de la loupe et vous verrez s’élever de son corps d’innombrables petites bulles, qui en venant crever à la surface exhalent à l’instant cette effluve qui affecte si désagréablement l’odorat. Cette vapeur essentiellement âcre exerce sur les yeux, quand elle les atteint, une action irritante très-prononcée. Lorsqu’on lient entre les doigts un de ces insectes vivants de manière à ne point boucher les orifices odorifères et à diriger vers un point déterminé de la peau les fusées de cette vapeur, on voit qu’il en résulte une tache ou brunâtre ou rutilante que les lotions répétées n’enlèvent pas d’abord, et qui produit dans le tissu cutané une altération analogue à celle qui succède à l’application d’un acide minéral, b

L’odeur repoussante exhalée par diverses espèces du groupe des Pentatomes est due à un fluide, sécrété par une glande uni-

HÉMIPTÈRES

que, pyriforme, jaune ou rouge, qui occupe le centre du corselet, et aboutit entre les pattes postérieures.

Chez lesSyromastes qui sont des punaises de ce même groupe, la sécrétion a, au contraire, une odeur agréable qui rappelle celle des pommes de reinette.

Plusieurs espèces de Pentatomes sont nuisibles aux agriculteurs. Mais d’autres attaquent les insectes destructeurs, et doivent être épargnées avec soin. Nous citerons, sous ce rapport, la Penlatome bleue , qui tue les Altises de la vigne.

Tout le monde a vu au pied et sur la partie inférieure du tronc des arbres, ou bien au bas des murs exposés au midi, des groupes de cinquante à soixante petits insectes, serrés les uns contre les autres, et souvent les uns sur les autres, la tête dirigée vers un point central. Ils portent une livrée rouge tachetée de noir. Aux environs de Paris, les enfants les connaissent sous le nom de Suisses , probablement à cause du rouge qui domine sur leur corps, couleur de Puniforme que portaient les troupes suisses autrefois au service de la France. En Bourgogne, les enfants les appellent Petits cochons rouges. On les trouve décrits dans Y Histoire des Insectes de Geoffroy, sous le nom de Punaise rouge des jardins. Us constituent aujourd’hui le genre Lygée. Quand arrive la mauvaise saison, ces petits Suisses se réfugient sous les pierres et sous les écorces, pour y passer l’hiver. Pendant toute cette saison, ils demeurent comme engourdis. Mais dès les premiers jours du printemps, ils se raniment, et reprennent leurs habitudes ordinaires. Ils sucent la sève des végétaux, piquent les capsules de diverses espèces de mauves, et se tiennent toujours du côté du soleil.

La Punqîse proprement dite , la Punaise des lits (Acanthia lectularia ) (fîg. 74), cet insecte si désagréable, si puant, abonde dans les habitations malpropres, principalement dans les villes et surtout dans celles du Midi. Elle se tient dans les lits, les boiseries, les papiers de tenture. Il n’est pas de fissure si étroite où elle ne se puisse glisser. Elle est nocturne et fuit la lumière. « Noclurnüm fœtidum animal , » dit Linné. Son corps est

Fig. 74.

Punaise des lits (grossie).

ovale, long d’environ cinq millimètres, déprimé, mou et brun, couvert de petits poils. Sa tête, munie de deux antennes velues, de deux yeux arrondis et noirs, porte un bec, court, courbé directement sousla poitrine, et appliqué dans un léger sillon, lorsque Tanimal est en repos. Ce bec, composé de trois articles, renferme quatre soies grêles, droites et acérées. Le corselet est comme aliforme sur les côtés. L’abdomen est très-développé, orbiculaire, à huit segments, très-déprimé, et s’écrase aisément sous les doigts. Les élytres sont rudimentaires. Il n'y a point d’ailes membraneuses. Les pattes ont des tarses à trois articles, dont le dernier est muni de deux forts crochets.

L’odeur de l’homme attire les punaises, et le lecteur sait peutêtre, malheureusement pour lui, que quand on a le triste sort de coucher dans une chambre qui en est infestée, ces petits tyrans sanguinaires arrivent de toutes parts, dès que la lumière est éteinte. Jls grimpent le long des murs, quelquefois se laissent tomber perpendiculairement du plafond, en un mot, arrivent en foule vers le lit, où ils s’acharnent sur leur malheureuse victime.

<c Ces animaux, dit Moquin-Tandon dans sa Zoologie médicale , n’attirent pas le fluide sanguin par une aspiration proprement dite, comme le font les Sangsues. L’organisation de leur appareil buccal ne permet pas ce genre de fonction. Les soies du bec appliquées les unes contre les autres exercent une sorte de mouvement de va-et-vient qui fait monter le sang dans l’œsophage à peu près comme l’eau dans une pompe à chaîne. Cette ascension est favorisée par la nature visqueuse du fluide et surtout par ses globules. »

La partie de la peau que la Punaise a piquée, en produisant une sensation assez douloureuse, se reconnaît aune petite tache rougeâtre, offrant un point foncé en son milieu. Le plus souvent, une petite ampoule s’élève au point piqué, et parfois, si les piqûres sont nombreuses, ces ampoules deviennent confluentes et simulent Fig. 75. une sorte d’éruption.

Œuf de ia punaise. Qes vjjajnes bêtes pondent, vers le mois de

mai, des œufs oblongs et blanchâtres (fig. 75), offrant un petit opercule, pour la sortie de la larve. Celle-ci diffère de l’insecte à l’état parfait, par une couleur pâle et jaunâtre et par l’absence des élytres.

HÉMIPTÈRES

Les Punaises existent dans presque toute l’Europe, bien qu’elles soient rares ou presque inconnues dans ses parties septentrionales. Les villes du centre de l’Europe sont le séjour préféré de ce parasite, mais les villes du nord ne sont pas complètement affranchies de sa présence. Le marquis de Custine assure qu’à Saint-Pétersbourg il s’est trouvé plusieurs fois aux prises avec cet ennemi de l’espèce humaine.

L’Écosse même a été envahie par la Punaise.

Elle est fort rare dans le midi de l’Europe; on la voit fort peu en Italie, où elle est, il est vrai, remplacée par d’autres insectes, plus dangereux ou plus incommodes.

On a prétendu que les Punaises ont été apportées d’Amérique en Europe. Mais on ignorait alors qu’Aristote, Pline et Dioscoride en avaient mentionné l’existence. Ce qui est certain, c’est qu’on ne connaissait pas ces détestables buveuses de sang en Angleterre avant le commencement du xvie siècle.

Un célèbre voyageur naturaliste espagnol, Azavrâ, a fait remarquer que la Punaise n’infeste pas les hommes à l’état sauvage, mais seulement lorsqu’ils sont réunis, en état de civilisation, dans les habitations à la manière européenne. Il tirait de là cette conclusion que les Punaises n’ont été créées que longtemps après l’homme, lorsque, après plusieurs siècles écoulés depuis leur apparition sur le globe, les hommes se constituèrent en sociétés, en républiques, ou petits États urbains. La paléontologie (science des êtres fossiles) n’a point confirmé cette opinion.

La Punaise n’est pas un insecte glouton, toujours avide de sang. Au contraire, sa sobriété est remarquable. Ce n’est qu’après un jeûne prolongé qu’elle pique les animaux. Audouin a constaté qu’elle peut vivre un an et même deux ans sans nourriture.

On a de tout temps employé une foule de moyens divers pour détruire ces insectes. Mais, en dépit de tout, rien n’est plus difficile que d’en débarrasser les boiseries et les tentures qui en sont infestées. En général, les odeurs fortes les font mourir. Aussi recommande-t-on, pour écarter ces hôtes désagréables, la fumée du tabac, l’essence de térébenthine, le soufre en combustion. L’onguent mercuriel et la pâte de sublimé corrosif

sont aussi d'excellents moyens de destruction. On a enfin préconisé dans le même but une plante de la famille des Crucifères, le Passe-rage ( Lcpidium ruderalé ), et plus récemment la racine de Pyrèlhre mise en poudre, et insufflée sur les meubles ou les boiseries. Cette poudre est connue et s'emploie à Paris sous le nom de poudre insecticide .

Ii est encore deux autres espèces de Punaises ( Acanthia ) qui attaquent l’homme. L’une est 1 ’Acanthêe ciliée qu’on a observée dans les maisons de Kazan, et qui diffère de celle des lits, non-seulement par sa forme, mais aussi par ses habitudes. Elle ne vit pas en société, dans les étroits interstices des meubles, mais se promène isolée, à pas lents, paresseusement, sur les murs ou les couvertures des lits. Son bec est très-long; les piqûres qu’il produit sont très-douloureuses, et déterminent la production d’enflures persistantes.

L’autre espèce est YAcanlhèe arrondie , qui vit à l’ile de la Réunion, et attaque l’homme, comme le fait celle d’Europe.

Deux espèces du même genre vivent en parasites sur les Hirondelles et les Pigeons domestiques. Une autre espèce est propre aux Chauves-souris de nos climats.

Le Rèduve masqué ( Reduviùs personalus) , appelé aussi Punaisemouche par Geoffroy, le vieil historien des insectes des environs de Paris, est assez commun en France. Il se tient dans les maisons, surtout près des fours et des cheminées. C’est un animal de 15 à 20 millimètres, oblong, aplati en dessus, brunâtre, dont les élytres horizontales se croisent l’un sur l’autre, et dont les ailes, très-développées, servent au vol. Sa tête, étroite, portée par un cou dist inct, est munie de deux yeux composés, et de deux petits yeux simples. Il a sans doute besoin de voir très-clair, car il vole le soir dans les maisons. Qu’on ne le saisisse qu’avec précaution, si l’on veut absolument le voir de près, lorsque, dans les jours les plus chauds de l’été, il vient voler la nuit autour des lumières, car il pique l’homme. Ses blessures sont très-douloureuses, plus douloureuses que celles que fait l’Abeille, et elles déterminent immédiatement une sorte d’engourdissement dans le membre blessé.

Comme le Réduve tue très- rapidement divers insectes, en les perçant de son long bec, il est probable qu’il sécrète quel-

HÉMIPTÈRES

que venin. Mais on n'a pas jusqu’ici trouvé l’organe producteur de ce poison. Quoi qu’il en soit, le bec du Réduve est arqué et long de 2 millimètres 1/2 environ. Sa surface est hérissée de quelques poils. Il se compose de quatre articles et renferme quatre soies roides, écailleuses, à extrémité lancéolée et très-pointue.

Cet insecte ailé et nocturne va souvent faire la chasse à d’autres petits insectes, dans les lieux où les Araignées tendent leurs toiles. Lorsqu’il marche ou s’embarrasse sur ces toiles, les araignées n’ont garde de le saisir, car elles redoutent sa blessure. Elles le laissent prudemment s’agiter dans les fils de leurs rets, où il ne tarde pas à mourir de faim.

Le lecteur a souvent vu le Réduve prisonnier ou mort au sein d’une toile d’araignée, mais sans connaître sans doute ni son nom ni son histoire.

Pour l’apprendre, nous laisserons parler un célèbre naturaliste, Charles de Geer, le savant qui s’est acquis le plus de gloire après Réaumur, par ses études approfondies et persévérantes sur les mœurs et l’organisation des insectes. De Geer était Suédois et contemporain de Réaumur. Écoutons, à propos du Réduve aile t le Réaumur de la Suède :

« Cette Punaise, dit Charles de Geer, a, sous la forme de nymphe ou avant que les ailes se soient développées, une figure tout à fait hideuse et révoltante. On la prendrait, au premier coup d’œil, pour une araignée des plus laides. Ce qui la rend surtout si désagréable à la vue, c’est qu’elle est entièrement couverte et comme enveloppée, d’une matière grisâtre, qui n’est autre chose que la poussière qu'on voit dans les recoins des chambres mal balayées, et qui est ordinairement mêlée de sable et de parcelles de laine ou de soie ou autres matières semblables qui se détachent des meubles et des habits, qui rendent les pattes de cet insecte grosses et difformes et donne à tout son corps un air fort singulier. ;»

Quels instincts! quelles habitudes! Sous ce costume d’emprunt, sous ce manteau étranger à lui-même, l’insecte comme masqué, comme travesti, est devenu deux fois plus gros qu’il n’est réellement. Où va ce masque et comment marche-t-il? A quoi lui sert ce sale et grotesque travestissement? Écoutons de Geer;

a Elle marche aussi vite, quand elle veut, que les autres Punaises; mais communément sa démarche est lente et pour ainsi dire à pas

comptés, car, après avoir mis un pas en avant, elle s’arrête un peu, puis en avance un second, laissant, à chaque mouvement, la patte opposée en repos; elle continue ainsi successivement, ce qui la fait paraître marcher

Fig. 76. Charles de Geer.

comme par secousses et en mesure. Elle fait à peu près un pareil mouvement avec ses antennes, quelle remue également par intervalles et comme en heurtant. Tous ces mouvements ont un air encore plus singulier qu’on ne saurait dire *. »

Grâce à son déguisement, elle peut approcher des petits

1. Mémoires pour servir à V Histoire des insectes. Stockholm, in-4°, 1773. Tome III, page 283.

HEMIPTERES.

animaux dont elle fait sa proie, tels que les mouches, les araignées, les punaises des lits.

Nous Pavons vue, à Pétat parfait, lorsqu’elle a des ailes, rejeter son froc, ses ruses, gagner ouvertement sa vie.

Pour voir la singulière figure de ce Réduve, il faut lui enlever son çostume d’emprunt. Alors on voit paraître un tout autre animal, et qui n’a plus rien de repoussant. Si on excepte les étuis et les ailes, qu’il n’a pas encore, toutes les parties ont la figure qu’elles auront plus tard, après que les ailes se seront développées.

La figure 77 représente, d’après le mémoire de Charles de Geer, la nymphe du Réduve, couverte de poussière, et ressemblant à une Araignée; la figure 78 le même insecte nettoyé, débarrassé du manteau de poussière qui lui sertà se déguiser.

Les Hydromètres (de uowp, eau, et [xeTpsiv, mesurer) ont le corps linéaire, filiforme. La tête, qui forme presque le tiers de la longueur totale du corps, est munie de deux longues antennes, et armée d’un bec fin et capillaire. Les pattes sont longues et égales.

Le lecteur a souvent vu

Fig. 79. Hydromètre des étangs.

marcher à la surface de l’eau , et avec une certaine lenteur, Y Hydromètre des étangs (fig. 79), dont le corps et les pattes sont de couleur ferrugineuse, les élytres d’un brun sombre et les ailes hyalines et légèrement enfumées. Geoffroy dit

qu’elle ressemble à une longue aiguille, et la nomme Punaiseaiguille.

La famille des Hydrocorises , ou Punaises d’eau , comprend des insectes dont les antennes, plus courtes que la tête, ou atteignant à peine sa- longueur, sont insérées et cachées sous les yeux, qui sont, en général, d’une grosseur remarquable.

Tous ces Hémiptères sont aquatiques et carnassiers. Nous citerons leurs deux principaux types, qui sont les Nèpes et les Notonectes.

La Nèpe cendrée (fig. 80), que Geoffroy appelait le Scorpion aquatique à corps ovale , et qu’on désignait aussi sous le nom d’Aralgnée d’eau, est très-commune aux environs de Paris, dans les eaux stagnantes des mares et des fossés. Son corps, ovale, très-déprimé, Je couleur cendrée, rouge au-dessus de l’abdomen, est long de vingt millimètres. Ses élytres sont horizontaux? coriaces el d’un gris sale. Ses pattes antérieures, à hanches courtes et à cuisses très-larges, sont terminées par de fortes pinces, qui donnent à l’insecte une grande ressemblance avec les Scorpions. C’est en repliant la jambe et le tarse sous la cuisse, que la bête retient sa proie et la suce avec son rostre.

Ce rostre, conique, pointu, et assez robuste, se compose de trois articles et renferme quatre soies grêles et pointues. Deux présentent d’un côté une sorte de lame étroite et tranchante, et offrent des dents vers leur base. Des deux autres, l’une est une fine aiguille lisse, l’autre est munie de cils dirigés d’arrière en avant.

C’est avec ce rostre, qui ressemble à une trousse de chirurgien, que la Nèpe pique et suce de petits insectes aquatiques, et n'épargne même pas sa propre espèce. Sa piqûre est douloureuse pour l’homme, mais sans le moindre danger.

A l’aide de ses quatre pattes postérieures, la Nèpe se met à la nage. Mais elle n’avance que lentement. Elle se traîne le plus souvent au fond de l’eau, sur la vase, et ne fuit pas la main qui veut la saisir. Son corps se termine par une queue, composée de deux filets creusés en gouttière, qui,

Fig. 80.

Nèpe cendrée.

HÉMIPTÈRES

appliqués l’un contre l'autre, forment un tuyau, que l’insecte peut mouvoir de côté et d’autre. C'est un canal par lequel il respire l’air extérieur; il en fait sortir le bout hors de l’eau et l’air y entre par l’inspiration. De très-petits poils, qui régnent au côté intérieur des deux gouttières, s’engrènent les uns dans les autres, et empêchent l’eau de pénétrer dans le canal. Il est probable que ce même canal sert aussi à la ponte des œufs.

Les œufs ressemblent à de petites graines, couronnées de plusieurs pointes. La Nèpe les enfonce dans les tiges des plantes aquatiques.

A côté des Nèpes, on place les Ranâtres , au corps cylindrique, allongé, linéaire, aux pattes postérieures très-longues et trèsgrêles, et dont une espèce, que Geoffroy appelle le Scorpion aquatique au corps allongé , est commune partout, dans nos eaux stagnantes au printemps. Elle est brunâtre, carnassière et très-vorace. . *

Nous devons signaler enfin le genre Corise} dont une espèce,

Fig. 81. Corise striée.

la Corise striée (fig. 81), est très-commune aux environs de Paris. Cet insecte marche mal et lentement à terre, mais il nage et fend l’eau avec une vitesse prodigieuse.

Toutefois ce n’est pas pour nous arrêter sur cette dernière espèce que nous avons écrit ici un nouveau nom de ce genre* Quelques insectes qui lui appartiennent et qui vivent au Mexique, méritent d’être mentionnés, à cause de certaines particularités curieuses que présentent leurs œufs. Un voyageur

naturaliste, M. Yirlet d’Aoust, a publié sur ce sujet les détails qui vont suivre.

a Des milliers de petits moucherons amphibies, dit M. Virlet d’Aoust, voltigent en l’air à la surface des lacs, vont, en plongeant de plusieurs pieds et même de plusieurs brasses, déposer leurs œufs au fond de l’eau, d’où ils ne sortent que pour aller probablement mourir à quelque distance de là.

< c Nous eûmes l’avantage d’assister à la pêche ou à la récolte de ces œufs, lesquels, sous le nom mexicain d 'haut le ( haoutle ), servent d’aliments aux Indiens, qui n’en paraissent pas moins friands que les Chinois de leurs nids d’hirondelles, avec lesquels nous sommes à même d’assurer qu’il y a quelque rapport de goût. Seulement Y ha u lie est loin d’atteindre les prix élevés de ceux-ci, réservés pour cette raison à la seule table des riches, car, pour quelque menue monnaie, nous pûmes en emporter environ un boisseau, dont, à notre prière, Mme B*** voulut bien nous faire préparer une partie.

« On accommode cette graine de différentes manières, mais le plus communément on en fait des espèces de gâteaux, qu’on sert avec une sauce, que les Mexicains relèvent, comme ils le font du reste pour tous leurs mets, avec du chilié, qui se compose de piments verts écrasés.

« Voici comment les naturels s’y prennent pour recueillir V haut le : ils forment avec des joncs pliés en deux des espèces de faisceaux qu’ils placent verticalement dans le lac à quelque distance du rivage, et comme ceux-ci sont reliés par un de ces joncs dont les bouts sont disposés en forme de bouée indicatrice, il est facile de les retirer à volonté. Douze à quinze jours suffisent pour que chaque brin de ces faisceaux' soit entièrement recouvert d’œùfs, qu’on retire ainsi par millions. On laisse ensuite sécher au soleil, sur un drap, ces faisceaux pendant une heure au plus; les graines se détachent alors facilement. Après cette opération, on les replace dans l’eau, pour une autre récolte. »

M. Virlet avait attribué à des mouches les œufs dont il vient d’être question. Mais en 1851 M. Guérin-Ménevrile ayant reçu en communication de M. Ghiliani une petite quantité des œufs dont on fait Yhaulte, et quelques-uns des insectes qui les produisent, constata que ceux-ci appartenaient à deux espèces différentes. L’une était depuis longtemps connue sous le nom de Corisa mercenaria ; M. Guérin-Méneville nomma l’autre Go visa fcmorcita.

Le même entomologiste découvrit, parmi les œufs de ces deux espèces, d’autres œufs d’un volume plus considérable, et

HÉMIPTÈRES

qu’il attribua à une espèce nouvelle du genre Notonecte , dont nous allons actuellement dire quelques mots.

On trouve très-communément aux environs de Paris, dans les fossés, les réservoirs, les eaux dormantes, la Notonecte glauque j que Geoffroy appelle la Grande •punaise à avirons . Son corps est oblong, étroit, rétréci postérieurement, convexe en dessus, plat en dessous, offrant sur les côtés, et à l'extrémité, des cils qui, en s’étalant, soutiennent l’animal sur l’eau. Sa tête est grande et d’un gris un peu verdâtre et porte de chaque côté un œil volumineux d’un brun clair. Son corselet est grisâtre, ses élytres d’un gris verdâtre, ses ailes membraneuses blanches. De ses pattes les quatre antérieures sont assez courtes, mais les postérieures, presque doubles, sont munies de longs cils et ressemblent à des avirons. Aussi c’est à l’aide de celles-ci que l’animal nage; et il le fait d’une singulière manière, en se plaçant sur le dos, et ordinairement dans une position inclinée, comme le fait voir la figure 82.

Fig. 82. Notonecte glauque.

Quand la Punaise aquatique se traîne au contraire sur la vase, ce sont ses pattes antérieures qui fonctionnent, les postérieures ne faisant que traîner. C’est ordinairement vers le soir ou dans la nuit qu’elle sort de l’eau, pour marcher ainsi, et pour s’envoler, si elle veut passer d’un marais à l’autre.

Cet insecte sanguinaire ne vit que de rapines; il est des plus carnassiers. Les insectes qu’il attaque meurent bientôt après avoir été piqués. De Geer pense que la Punaise d’eau verse dans la plaie une humeur venimeuse. Les Punaises d'eau s’emparent d’insectes beaucoup plus gros et en apparence plus forts qu’elles. Elles ne s’épargnent pas d’ailleurs entre elles, et s’entre-tuent quand elles le peuvent.

L'instrument avec lequel la Notonecte pique si fortement qu’elle cause une assez vive douleur, se compose d’un bec très-fort et très-long, conique, formé de quatre articles. Le suçoir est composé d’une pièce supérieure, courte, aiguë, et de quatre soies fines et pointues.

La femelle de la Punaise à avirons pond lin grand nombre d’œufs blancs et allongés, qu’elle dépose sur les tiges et les feuilles des plantes aquatiques. Les œufs éclosent au commencement du printemps, ou en mai , et les petits se mettent aussitôt à nager comme leur mère, sur le dos, le ventre en haut. M. Léon Dufour dit à ce sujet :

« Une région dorsale relevée en dos d’âne on en carène arrondie et revêtue d’un velouté qui la rend imperméable, des franges fines et nombreuses qui garnissent soit les pattes postérieures, soit les bords de l’abdomen et du thorax, soit enfin en double rangée une légère crête médiane de la paroi ventrale et qui s’étalent ou se ploient au gré de l’insecte comme de véritables nageoires, favorisent et cette attitude de supination cl la justesse des mouvements natatôires de la Notonecte. Puisque la nature, qui semble souvent se faire un jeu de produire des exceptions bizarres attestant l’immensité de ses ressources, avait condamné cet animal à passer sa vie dans une posture renversée, il fallait bien, pour le maintien de son existence, qu’elle lui donnât une organisation en harmonie avec cette attitude. C’est aussi dans ce but que la tête est inclinée sur la poitrine, que les yeux de forme ovalaire peuvent exercer la vision de haut en bas ; que les pattes antérieures ainsi que les intermédiaires, agiles et arquées, uniquement destinées à la préhension, peuvent se débander en quelque sorte à la faveur des hanches allongées qui les fixent au corps, et accrocher solidement leur proie avec les griffes robustes qui terminent leurs tarses. »

HOMOPTÈRES.

Arrivons au second groupe établi dans la classe des Hémiptères, à celui des Homoptères .

Les insectes qui rentrent dans cette division sont assez nombreux. Ils se rangent en trois grandes familles, dont nous allons successivement passer en revue les membres les plus remarquables. Ces familles sont celles des Cicadaires , des Pucerons et des Coccidês .

HÉMIPTÈRES

La Cigale est le type de la première de ces familles.

Le chant de la Cigale est étourdissant et monotone. C’est toujours la même note, aiguë, aussi brûlante que le rayon de soleil qui la fait éclore. Gomme le dit Bilboquet, dans les Saltimbanques , « ceux qui aiment cette note ont de quoi être satisfaits. »

Virgile juge fort bien le chant de la Cigale : il n’y voit qu’un son rauque et désagréable :

At mecum raucis, tua dum vestigia lustro,

Sole sub ardenti résonant arbusta cicadis,

dit le poète latin dans ses Églogues.X irgile revient sur la même pensée, par un vers admirable, dans ses Gèorgiques :

Et cantu querulæ rumpent arbusta cicadæ.

Le chant de la Cigale si aigu, si discordant, faisait pourtant les délices des Grecs. Écoutez Platon, dès les premières lignes du Phèclon :

« Par Junon, s’écrie le philosophe-poôte, quel charmant lieu de repos!... Il pourrait bien être consacré à quelques nymphes et au fleuve Acheloüs, à en juger par ces figures et ces statues. Goûte un peu le bon air qu'on respire. Quel charme et quelle douceur! On entend comme un bruit d’été, un murmure harmonieux qui accompagne le chœur des Cigales! »

Les Grecs avaient donc un goût tout particulier pour le chant de la Cigale. Ils aimaient à entendre ses notes stridentes, aiguës comme une pointe d’acier. Pour en jouir tout à leur aise, ils renfermaient ces petits animaux dans des cages d’osier à claire-voie, à peu près comme nos enfants enferment le Grillon, pour entendre son cri-cri joyeux. Ils poussaient l’amour de cet animal au chant criard jusqu’à en faire le symbole de la musique. On voit, dans leurs figures emblématiques de l’art musical, une Cigale posée sur les cordes d’une cythare.

Une légende grecque rapporte qu’un jour deux joueurs de cythare, Eunome et Ariston, luttant ensemble sur cet instrument sonore, une des cordes de la cythare d’Eunome s’étant brisée, une Cigale vint se poser dessus, et chanta si bien pour

remplacer la corde absente, qu;Eunome remporta la victoire, grâce à cet auxiliaire inattendu.

Pour donner une idée de la suavité de leur éloquence, Homère compare les sages vieillards troyens, assis près des portes Scies, aux Cigales harmonieuses.

Anacréon a composé une ode en l’honneur de la Cigale.

« Heureuse Cigale qui, sur les plus hautes branches des arbres, abreuvée d’un peu de rosée, chantes comme une reine 1 Ton royaume, c’est tout ce que tu vois dans les champs, tout ce qui naît dans les forêts. Tu es aimée du laboureur ; personne ne te fait de mal; les mortels te respectent comme le doux prophète de l’été. Tu es chérie des Muses, chérie de hébus même, qui t’a donné ton chant harmonieux. La vieillesse ne t’accable point. O sage petit animal, sorti du sein de la terre, amoureux des chaDls, libre de souffrances, qui n’as ni sang, ni chair, que te manque-t-il pour être un Dieu? d

Il est convenu dans les Cours de littérature qu’il faut s’extasier sur la grâce et l’élégance de cette ode d’Anacréon. Le naturaliste ne saurait partager cette admiration. La grâce poétique nous paraît totalement absente de ce morceau, et quant au fond, on ne peut y voir qu'un tissu d’erreurs grossières et d'absurdités.

La Cigale est une reine , — au chant harmonieux , — qui se nourrit de rosée , — qui est sortie de la terre, — qui ne souffre pas, — qui ne vieillit pas, — qui n'a ni sang ni chair, — à qui il ne manque rien pour être Dieu.

Voilà ce que les poètes grecs nous enseignent en histoire naturelle. Voilà ce que l’on donne à admirer à la jeunesse des écoles et des Facultés!

C'est en vertu des fausses idées des Grecs surlTiistoire naturelle en général, et sur la Cigale en particulier, que ce petit être symbolisait, chez les Athéniens, la noblesse de la race. On s'imaginait, chez ces grands enfants de la science qu’on nomme les Grecs, que la Cigale se forme aux dépens de la terre, et dans son sein. Dès lors, ceux qui prétendaient à une antique et haute origine, portaient dans leurs cheveux une Cigale d'or.

Les Locriens plaçaient sur leurs monnaies la ligure d’une Cigale. Voici l'origine que la fable assigne à cet usage :

La rive du fleuve au bord duquel Locres était bâtie, était

HÉMIPTÈRES

couverte de légions criardes de Cigales, tandis qu'on ne les entendait jamais (à ce que prétend la légende) sur la rive opposée, où s’élevait la ville de Rhège. Pour expliquer cette circonstance, on prétendait qu’ïïercule, voulant un jour dormir sur cette rive, fut si tourmenté par « la suave éloquence * des Cigales, que, furieux de leur concert, il demanda aux dieux, et obtint sur l’heure, qu’elles n’y chantassent plus désormais!

Voilà pourquoi les Locriens avaient adopté la Cigale comme arme parlante de leur cité.

Les Grecs ne faisaient pas seulement leurs délices poétiques et musicaux du chant des Cigales; ils ne se contentaient pas de leur adresser des poèmes, de les adorer et de frapper des médailles portant leur image. Obéissant à des appétits plus grossiers, ils les mangeaient. Ils donnaient ainsi satisfaction tout à la fois au cœur, à l’esprit et au ventre.

Mais il est temps d’arriver à la description simple et vraie de l’insecte qui nous occupe.

Les Cigales sont très-reconnaissables à leur corps épais, trèsrobuste et assez ramassé; à leur tête large, sans prolongement, qui supporte des yeux très-gros et proéminents, des ocelles ou yeux simples au nombre de trois, disposés en triangle sur le sommet du front, et de courtes antennes. Les jeunes élytres et leurs ailes ont la forme d’un étui enveloppant le corps pendant le repos. Cellesci peuvent être transparentes et sans coloration, ou bien paréos de couleurs vives et variées. Les pattps ne sont nullement propres au saut. La femelle est munie d’une tarière à l’aide de laquelle elle entame l'écorce des arbres pour y déposer ses œufs. Le mâle (fig. 83) est pourvu d’un organe, non de chant, mais d e stridulation, qui n’existe pour ainsi dire pas chez la femelle.

Nous nous arrêterons un moment sur l’appareil du chant, ou plutôt du bruit, de la Cigale mâle, et sur la structure de la tarière de la femelle.

C’est à Réaumur qu’on doit la découverte complète du méca-

Fig. 83.

nisme à l’aide duquel la Cigale produit le bruit aigu qui la signale au loin. Nous allons donner un résumé du mémoire célèbre dans, lequel le naturaliste français a si admirablement décrit l’appareil musical des Cigales1.

Ce n’est pas dans le gosier qu’est placé l’organe du son chez la Cigale : c’est sur le ventre. Quand on observe le ventre du mâle d’une grande espèce de Cigale, on y remarque deux plaques écailleuses, assez grandes, qu’on ne trouve point chez les femelles. Chaque plaque a un côté en ligne droite; le reste de son coutour est arrondi. C’est par le côté en ligne droite que la plaque est fixée et arrêtée immédiatement au-dessous de la troisième paire de pattes. Cependant on peut la soulever avec un effort, mais fort peu, parce que deux espèces de chevilles épineuses, dont chacune appuie sur chaque plaque qui s’élève, l’empêchent de s’élever trop, et la font retomber aussitôt.

Si l’on soulève les deux plaques jusqu’à les renverser sur le corselet, si l’on met à découvert les parties qu’elles cachent, on est frappé de l’appareil qui se présente.

On ne peut douter que tout ce qu’on voit n’ait été fait pour mettre la Cigale en état de chanter, dit Réaumur. Quand on compare les parties qui ont été disposées pour qu’elle pût chanter, pour ainsi dire, du ventre, avec les organes de notre gosier, on juge que les nôtres mont pas été faits avec plus de soin que ceux au moyen desquels la Cigale rend des sons qui ne sont pas toujours agréables. »

On aperçoit ici une cavité qui a été pratiquée dans la partie antérieure du ventre, et qui est partagée en deux loges principales par un triangle écailleux.

« Le fond de chaque loge offre aux enfants qui prennent des cigales un spectacle qui les amuse et qui peut être admiré par les hommes qui savent faire le meilleur usage de leur raison. Les enfants croient voir un petit miroir au fond de chaque cellule taillée en demi-cercle. Quand une petite glace du verre le plus mine g ot le plus transparent ou une petite lame du plus beau talc serait sertie au fond de chacune de ces cellules, ce qu’on y verrait ne paraîtrait pas différent de ce qu’on y voit; la membrane qui y est tendue ne le cède en transparence ni à aucun

Page 1