Tome V, 4e Mémoire
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verre, ni à aucun talc; et si on la regarde obliquement, on lui trouve toutes les belles couleurs de l’arc-en-ciel. 11 semble que la Cigale ait deux fenêtres vitrées par lesquelles on peut voir dans l’intérieur de son corps. »
Le triangle écailleux dont nous avons parlé plus haut, ne partage en deux que la partie postérieure de la cavité. La partie antérieure de cette même cavité est remplie par une membrane blanche, mince, mais consistante. Cette membrane n’est tendue que quand le corps de la Cigale se redresse. .
Mais dans tout ceci où est l’organe du chant? Quelles parties produisent le son? Réaumur va nous renseigner à cet égard.
Il ouvrit le dos d’une Cigale, et mit à découvert la portion de l’intérieur qui répond à la cavité où sont les miroirs. Il fut immédiatement frappé de la grandeur de deux muscles se rencontrant et s’attachant sur le revers de la pièce triangulaire et écailleuse, et précisément à celui des angles d’où partent les côtés qui forment les cavités où sont l’un et l’autre miroir.
<t Des muscles d’une telle force, placés dans le ventre de la Cigale et dans l’endroit du ventre où ils se trouvaient, ne semblaient y être que pour agiter vivement les parties qui, étant mues, produisaient le bruit ouïe chant. Aussi pendant que j’examinais un de ces muscles, pendant que je tiraillais doucement avec une épingle, pendant que je le faisais un peu sortir de sa place pour l’y laisser retourner ensuite, il m’arriva de faire chanter une Cigale morte depuis plusieurs mois. Le chant, comme on l’imagine, ne fut pas fort; mais il le fut assez pour me conduire à trouver la partie à laquelle il était dû. Je n’eus qu’à suivre le muscle que j’avais tiraillé, qu’à chercher la partie à laquelle il aboutissait. »
Dans la grande cavité où sont les miroirs et les autres parties signalées plus haut, il y a encôre deux réduits égaux et semblables, deux cellules dans lesquelles est logé un instrument sonore. C’est une membrane contournée en forme de timbale, qui n’est pas lisse, mais, au contraire, toute plissée et pleine de rugosités (fig. 84). Dès qu’on la touche, elle est plus sonore que le parchemin le plus sec. Si on frotte ses sillons ou sa surface convexe avec un petit corps incapable de percer ou de déchirer, tel qu’un morceau de papier roulé, on la fait aisément résonner; et on voit que la résonnance vient de ce
que les portions de la timbale qui sont déprimées par les frottements du petit corps, se relèvent dès que ce corps cesse d’agir contre elles. C'est ici qu’opèrent les deux muscles robustes dont la présence et le rôle ont été découverts par Réaumur.
« Il est clair, dit ce naturaliste, que quand le muscle se contractera et se relâchera alternativement avec vitesse, une portion convexe de la timbale sera rendue concave, et cette portion reprendra ensuite sa convexité par l'action de son propre ressort. Alors se fera ce bruit, ce chant que nous avons été si longtemps à nous expliquer, parce que nous avons voulu faire connaitie toutes les parties au moyen desquelles celui qui n’en fait point d’inutiles a voulu qu’il fût produit.»
Ajoutons, pour compléter ce que nous avons à dire sur ce sujet, que si les timbales sont les organes essentiels du chant, les miroirs, les membranes blanches et plissées, et les. volets extérieurs qui recouvrent tout cet appareil, contribuent pour une large part, comme Ta indiqué Réaumur, à modifier et à’ renforcer le son.
Nous avons dit plus haut que la Cigale femelle ne chante pas. Aussi ses organes de chant sont-ils tout à fait rudimentaires. Le fait est d’ailleurs depuis longtemps connu. Xénarchus, poète de Rhodes, s’écrie, avec peu de galanterie pour les dames :
« Heureuses les Cigales : leurs femelles sont privées de la voix! »
La nature a dédommagé la Cigale femelle de cette privation du chant, en lui donnant un instrument moins bruyant, mais plus utile. C’est une sorte de tarière, destinée à scier l’écorce des branches. Cet instrument est logé dans le dernier anneau de l’abdomen, qui, pour cet usage, est creusé en façon de gouttière. À l’aide d’un système de muscles antagonistes, la tarière peut sortir de son étui, ou y rentrer. Elle est munie de trois pièces. Au milieu est un poinçon, qui s’enfonce dans une branche, efi,maintient l’insecte. Deux stylets, dont les bords supérieurs, taillés en dents de scie, s’appuient, dos à dos, sur la pièce médiane, montent et descendent.alternativement le long de celle-ci.
Appareil musical de la Cigale mâle
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A l’aide de cet admirable instrument, la Cigale femelle incise obliquement l'écorce et le bois des branches, et ne s’arrête que vers la moelle. Le mêle chante pendant qu’elle travaille. Quand la loge est suffisamment profonde et convenablement préparée la femelle dépose au fond cinq à huit œufs (fig. 85).
Fig. 85. Cigale femelle déposant ses œufs dans la rainure’qu’elle a pratiquée sur une branche d’arbre.
De ces œufs naissent de très-petites larves blanches (fig. 86), qui sortent de leur nid, descendent le long des tiges, et s’enfoncent dans la terre, où elles sucent les racines des arbres. Elles deviennent des nymphes qui creusent la terre avec leurs pattes antérieures, très-développées, et continuent de vivre aux dépens des racines. A la fin du printemps, ces nymphes (fig. 87) sortent de terre, s’accrochent aux troncs des arbres, et se dépouillent un beau soir, de leur peau, qui reste entière et desséchée, faisant apparaître l’insecte parfait.
Bien faibles d’abord, ces pauvres métamorphosées se traînent péniblement. Mais le lendemain, réchauffées aux pre-
miers rayons du soleil, ayant eu sans doute le temps de réfléchir sur leur nouvelle position sociale, et moins étonnées que la veille, elles agitent leurs ailes, s’envolent, et les mâles lancent dans les airs les premières notes de leur strident concert.
Les Cigales se tiennent sur les arbres, dont elles hument la sève, au moyen de leur bec acéré. Il est assez difficile de les saisir, parce que, grâce à leurs grandes ailes, si développées, elles fuient au moindre bruit, avec rapidité.
Ces insectes bruyants habitent l’Europe méridionale, l’Afrique dans toute son étendue, du nord au sud, l’Amérique aux mêmes latitudes qu’en Europe, tout le centre et le sud de l’Asie, la Nouvelle-Hollande et les îles de l’Océanie.
Les Cigales qui, dans les pays chauds, recherchent encore l’ardeur du plus brûlant soleil, ne se trouvent pas dans les régions tempérées ou froides. Il résulte de là que les peuples méridionaux les connaissent très-bien, tandis que dans le Nord le vulgaire prend toujours pour la Cigale la grande Sauterelle verte , qui est si commune eji ces régions et qui crie à peu près à la façon de la Cigale.
On voyait à l’Exposition des beaux-arts en 1866 un joli tableau de M. Aussandon, la Cigale et la Fourmi , qui montrait sous une forme allégorique le sujet de la fable de la Fontaine. Or le peintre avait représenté en guise de Cigale une magnifique Sauterelle vert pomme. La peinture matérialisait ici, pour ainsi dire, l’erreur commune des habitants du Nord, qui fait confondre la Cigale avec la grande Sauterelle verte.
Du reste, pour le dire en passant, la fable de la Cigale et la Fourmi , de la Fontaine, est pleine d’erreurs d’histoire naturelle. Rien n’est plus facile que de le prouver.
Fig. 86. Larve de Cigale.
Fig. 87. Nymphe de Cigale.
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Dès les premiers vers, l’auteur prouve qu’il n’a jamais observé l’animal dont il parle.
La Cigale ayant chanté Tout Pété.
Aucune Cigale n’a pu chanter tout l'été, attendu que sa vie dure à peine quelques semaines.
Se 'trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue.
« Quand la bise fut venue » veut dire sans doute le mois de novembre, ou celui de décembre. Il y a longtemps, à cette époque de l’année, que les Cigales ont passé de yie à trépas. Quand on parcourt la lisière des bois, dès le mois d’octobre, dans le midi de la France, on trouve le sol jonché de Cigales mortes. La Cigale de la Fontaine rie pouvait se trouver alors « fort dépourvue, » par la raison qu’elle était morte.
Elle alla crier famine Chez la Fourmi, sa voisine,
La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister.
La Fourmi est carnassière, et bien qu’elle aime le miel, elle n’a rien à faire d’un grain de blé ni d’autres grains, dont, selon le fabuliste, elle aurait fait provision. D’autre part, la Cigale à laquelle il reproche de n’avoir
Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau,
n’a jamais songé à pareille victuaille, car elle vit uniquement de la sève des grands végétaux.
Les fables du poète que l’on nomme, en France, on n’a jamais su pourquoi, le bon la Fontaine , fourmillent d’erreurs du genre de celles que nous venons de relever. Les mœurs des animaux y sont presque toujours représentées à l’opposé du vrai. Pour s’initier aux habitudes des animaux, la Fontaine n’avait sans doute ni les livres de Bufïon, ni les mémoires de Réaumur, qui n’étaient pas encore de ce monde ; mais n’avait-il pas le livre de la nature? Comment la Fontaine a-t-il pu négliger une telle source d’enseignement, puisqu’il fait parler
les bêtes, et que, dans ses vers , la nature entière dialogue et bavarde comme vous et moi !
Mais il est temps de citer les espèces principales de Cigales. Nous en signalerons deux : celle du Frêne , qui vit sur les arbres dans le midi de la France, et celle de l’Orne, qui est très-commune dans le midi occidental de la France. Elle est particulièrement répandue dans les forêts de pins maritimes, qui abondent entre Bayonne et Bordeaux. C’est sur ces deux espèces de Cigales que Réaumur a fait les belles observations que nous avons résumées plus hauL.
La Cigale du Frêne, ou Cigale plébéienne, très-commune en Provence, se trouve, quoique assez rarement, dans la forêt de Fontainebleau, et accidentellement dans la Brie. Elle est d’un jaune gris en dessous, noire en dessus. Sa tête et son thorax sont marqués ou rayés de jaune. Ses élytres sont transparentes et offrent, à leur base, deux taches, dont l’une est jaune et l’autre noire, et à leur extrémité deux taches enfumées. Les ailes sont hyalines, non tachetées; les pattes sont jaunes, rayées de noir.
M. Solier, dans un mémoire inséré dans les -Annales de la Société entomologique de France, dit que son chant, très-fort et très-aigu, paraît formé d’une seule note, répétée avec rapidité; qu’il s’affaiblit insensiblement après un certain temps, et se termine par une espèce de sifflement, qu’on peut imiter en partie en prononçant les deux consonnes s l , et qui ressemble au bruit de l’air sortant par un petit pertuis d’une vessie comprimée. Lorsque cette Cigale chante, elle remue vivement son abdomen, de manière à l’éloigner et à le rapprocher alternativement des opercules des cavités sonores; à ce mouvement s’ajoute un petit tremblement du mésotliorax.
Le même entomologiste rapporte une observation très-intéressnnte faite sur cette espèce de Cigale par son ami M. Boyer, pharmacien à Aix, observation qu’il a répétée avec M. Boyer.
Les Cigales, en général, sont très-craintives et s’envolent au moindre bruit. Cependant, lorsqu’une Cigale chante, on peut s’en approcher, en sifflant d’une manière tremblotante, et imitant à peu près son cri, mais de manière à le dominer. L’insecte descend d’abord un petit espace le long de
Fig. 88. Manière de faire chanter une cigale sur le bout de son nez,
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l’arbre, comme pour se rapprocher du siffleur; puis il s’arrête. Mais si l’on vient à lui présenter un bâton, en continuant de siffler, la Cigale s’y pose, et redescend lentement à reculons. De temps en temps, elle s’arrête comme pour écouter. Enfin, attirée et comme fascinée par l’harmonie du sifflet, elle finit par arriver jusqu’à l’observateur.
M. Boyer est parvenu ainsi à faire placer sur son nez une Cigale, qui continua de chanter, en même temps qu’il sifflait d’accord avec elle, c’est-à-dire dans le même ton (fig. 88). Charmé par ce concert, Tin secte semblait avoir perdu sa timidité naturelle.
La Cigale de l'Orne est d’un jaune vert, taché de noir. Le thorax est rayé de jaune et tacheté de noir. L’abdomen est comme cerclé des mêmes couleurs. Les élytres et les ailes sont hyalines et leurs nervures alternativement jaunes et brunes. On y voit des taches jaunes et brunes. Les pattes sont uniformément jaunes. Le chant de cette espèce est comme enroué et ne se fait pas entendre de loin.
M. Solier, dans le travail que nous citions tout à l’heure, dit que le chant de cette Cigale est d’une intonation plus basse, mais qu’il est accéléré et qu’il dure moins longtemps. 11 ne se termine pas par l’expiration qui caractérise celui de l’autre espèce.
A côté des Cigales se placent les Fulgores, dont le type est le Fulgorc porte-lanterne (fig. 89).
Propres à l’Amérique méridionale, ces insectes sont surtout remarquables et faciles à reconnaître à leur tête très-grande, prolongée, et qui égalé à peu près les trois quarts du reste du corps. Le prolongement est horizontal, vésiculeux, renflé, à peu près de largeur égale à celle de la tête, présentant en dessus une forte gibbosité. Les antennes sont courtes, avec un second article globuleux et une petite soie terminale. L’espèce représentée dans la figure 89 est jaune, variée de noir. Les élytres sont d’un jaune verdâtre, semé de noir. Les ailes, de. la couleur des élytres, offrent à l’extrémité une grande tache semblable à un œil* Cette tache est entoiirée d’un cercle brun, trèslarge antérieurement.
Le Fulgore que nous venons de décrire vit à la Guyane.
Cet insecte, remarquable entre tous, jouit d’une grande renommée auprès du vulgaire, par une propriété qui lui est spéciale, la propriété de briller dans la nuit ou dans l’obscurité. De là son nom de Fulgore lanterne , ou porte-lanterne.
La connaissance du Fulgore lanterne a été répandue et popularisée en Europe par un livre célèbre, qui a pour titre : Métamorphoses des insectes de Surinam.
Cejivre, qui renferme le résultat de patientes études sur
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l’histoire naturelle de la Guyane hollandaise (gouvernement de Surinam), fut écrit et publié en trois langues, par une femme dont cette œuvre a rendu le nom immortel, par MlleSybille de Mérian, qui fut entourée de l’admiration etdu respect de ses contemporains, pour son amour des beautés de la nature, sa persévérance à les faire connaître et à les faire admirer.
Sybille de Mérian était originaire de Bêle. Fille, sœur et mère de graveurs célèbres, elle-même excellent peintre de fleurs, elle avait longtemps travaillé à Francfort et à Nuremberg. Elle avait lu avec recueillement la Théologie des Insectes !, et avec admiration le livre de Malpighi sur le Ver à soie. Pleine d’enthousiasme pour l’étude de l’histoire naturelle , elle quitta l’Allemagne, pour visiter les magnifiques collections de plantes que l’on conservait dans les serres de la Hollande. Elle fit, par son pinceau, d’admirables reproductions de toutes ces plantes..
Cette étude attentive du monde végétal, dans les serres où les végétaux vivent d’une existence artificielle, fit naître dans la pensée de la savante artiste Tardent désir d’aller observer ces merveilles naturelles dans les parties du globe où elles s’étalent avec le plus de magnificence et d’éclat. À l’âge de cinquante-quatre ans, Sybille de Mérian partit pour l’Amérique équinoxiale. Dès son arrivée, elle se hasardait, à peine accompagnée de quelques guides, dans les plaines marécageuses ou les vallées brûlantes de la Guyane. Pendant deux ans de séjour dans ces parages dangereux, elle fit une ample moisson de dessins et de peintures , qui devaient inaugurer en Europe l’introduction de l’art dans l’histoire naturelle.
Dans les planches de son ouvrage, Sybille de Mérian représente toujours l’insecte qu’elle veut décrire, sous ses trois formes de larve, de nymphe et d’insecte parfait. Elle accompagne son dessin des plantes qui servent à la nourriture de l’insecte, comme aussi des animaux, grands ou petits,, qui lui font la guerre. Chacune de ses planches est un petit drame. Près de l’insecte défiant et craintif, on voit le Lézard avide qui le guette, ou l’Araignée féroce qui prépare son embûche sinistre. La vie si courte et si agitée des êtres inférieurs
1. Théologie des Insectes, ou démonstration des perfections de Dieu dans tout ce qui concerne les insectes , par Lesser, traduit en fiançais. La Haye, 1742, '2 vol. in-8°.
se voit là tout entière, avec ses luttes continuelles, ses ruses infinies, sa fin rapide, et tous les épisodes de l’existence des êtres inférieurs, pour lesquels la vie, comme celle de l’homme moral, n’est qu’un long et douloureux combat!
Telle fut l’œuvre, tels furen t le noble dévouement et la digne carrière de Sybille de Mérian. Que les femmes, que les jeunes filles, en proie à l’ennui d’une vie inoccupée, parcourent son beau livre. Elles y apprendront ce qu’une femme peut faire de ‘'tant d’heures de désœuvrement ou d’inutiles loisirs. Étudier la nature, suivre un pauvre insecte, dans toutes ses métamorphoses, cette occupation doit, il nous semble, donner plus de satisfaction à Tâme, plus de force à l’esprit, plus d’admiration reconnaissante pour le suprême auteur de la nature, que la confection d’une broderie , ou la lecture de la Famille Benoiton !
C’est, avons-nous dit, dans l’ouvrage de Sybille de Mérian : Métamorphoses des insectes de Surinam, que l’on trouve signalées, pour la première fois, les propriétés lumineuses du Fulgore lanterne. L’auteur rapporte en ces termes cette observation,, qui fut le résultat du hasard :
« Quelques Indiens m’ayant apporté un jour un grand nombre de ces Porte-lanternes , je les renfermai dans une grande' boite, ignorant alors qu’ils jetaient cette lumière la nuit; entendant du bruit, je sautai du lit, et je' fis apporter une chandelle. Je trouvai bientôt que ce bruit venait- de cetteboite, que j’ouviis avec précipitation ; mais effrayée d’en voir sortir une flamme ou, pour mieux dire, autant de flammes qu’il y avait d’insectes, je la laissai d’abord tomber. Revenue de mon étonnement, ou plutôt de ma frayeur, je rattrapai tous mes insectes, dont j’admirai la vertu singulière (fig. 90). s>
Depuis l’époque à laquelle Mlle de Mérian visita la Guyane, divers voyageurs ont dit n’avoir pu observer, comme elle, ce phénomène de phosphorescence. Il est donc probable que cette propriété n’existe que dans le mâle ou la femelle de l’insecte, et même seulement à certaines époques.
Quel spectacle merveilleux doivent présenter les riches vallées de la Guyane, lorsque dans la nuit silencieuse les airs sont sillonnés par ces flambeaux vivants; lorsque les Fulgores promènent dans l’espace des traits de feu qui s’entre- croisent
Fig. yo. Mlle Sybille de Mérian découvre, à la Guyane, les propriétés lumineuses du Fulgore-lnnterne.
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dans tous les sens,- qui s’éteignent et se rallument, qui brillent et s’effacent, et font apparaître, dans le calme de l’atmosphère, l’image de ces éclairs qui ne se montrent d’ordinaire qu’au milieu du trouble des éléments agités.
Passons à un autre insecte intéressant de l’ordre qui nous occupe, YAphrophore, sans nous effrayer de son nomrébarbatif, car on peut lui donner bien d’autres noms, en choisissant parmi tous ceux que le vulgaire lui a décernés.
Dans les mois de juin et de juillet, on voit sur presque tous les arbres et sur les plantes les plus diverses une sorte d’écume blanche, composée de petites bulles d’air, qui s’étale en petites couches, sur les feuilles et les rameaux. Les enfants appellent cela de la mousse. Cette mousse est produite par un insecte que les paysans appellent Crachat de Coucou ou bien Écume printanière. De Geer a étudié avec soin les métamorphoses de cet insecte.
L'Aphrophore (de àcppo'c, écume, et ©epw, je porte) est logé dans l’écume dont on vient de parler. Il y vit, et n’en sort qu’après avoir pris des ailes.
De Geer se demande pourquoi cet insecte se confine pendant toute sa vie dans une liqueur. Il pense, en définitive, que cette mousse a pour effet de garantir l’insecte qui s’y cache, contre les ardeurs du soleil.
Ce même manteau, fait de rosée et d’azur, paraît aussi le mettre à l’abri des attaques des insectes carnassiers et des Araignées. D’autre part, sa peau est sans doute constituée de telle sorte qu’elle transpirerait trop abondamment si elle était exposée à l’air libre, et l’insecte mourrait bientôt desséché.
Quelle que soit l’explication que l’on donne de la nécessité de ce milieu demi-aérien, demiliquide, il est facile de vérifier que la larve de YAphrophore ne peut vivre longtemps hors de sa ^ bienheureuse enveloppe d’écume. Si on l’en re- Larve tire, on voit le volume de son corps diminuer à dAPhr°Ph0levue d’œil, et le pauvre animal mourir, comme un poisson retiré de son élément naturel.
Les insectes qui demeurent dans cette écume sont des larves à six pattes (fig.^ 91) qui, lorsqu’on les met à découvert, marchent assez vite, sur les tiges des plantes et sur les feuilles. Ces larves sont vertes, avec le ventre jaune.
De Geer voulut savoir comment les larves produisent cette écume singulière, et il s’y prit comme nous allons le dire.
Il retira une de ces larves de son milieu écumeux, l’essuya avec un pinceau, et la plaça sur une jeune tige, nouvellement coupée, de chèvrefeuille, qu’il fit tremper dans un verre d’eau, afin de lui conserver sa fraîcheur. Il observa ensuite l’animal à la loupe, et voici ce qu’il remarqua :
« Elle commence, dit le naturaliste suédois, à se fixer à un certain endroit de la tige dans lequel elle pique le bout de sa trompe, et reste ainsi longtemps dans la môme attitude, occupée à sucer et à se remplir de sève. Ayant ensuite retiré sa trompe, elle y reste, ou bien elle va se placer sur une feuille où, après divers mouvements réitérés de son ventre, qu’elle hausse ou baisse et tourne de tous côtés, on voit sortir de la partie postérieure de son corps une petite bulle de liqueur qu’elle fait glisser, en courbant le dessous de son corps. Recommençant ensuite les mômes mouvements, elle ne tarde guère à rendre une seconde bulle de liquide remplie d’air, comme la première, qui se trouve placée à côté et tout près de la précédente, et continuant toujours la môme opération aussi longtemps qu’il lui reste de la sève dans le corps, elle se trouve bientôt couverte d’une certaine quantité de petites bulles qui, sortant l’une après l'autre du corps, se portent vers le devant du corps, aidées en cela par le mouvement du ventre. Ce sont toutes ces bulles réunies qui forment une écume blanche et extrêmement fine, dont la viscosité tient l’air renfermé dans ces bulles et empêche cette même écume de se dissoudre facilement. Si la sève que la nymphe a tirée de la plante est épuisée avant qu’elle ne se sente assez couverte d’écume, elle recommence alors à sucer, jusqu’à ce qu’elle ait acquis une nouvelle quantité suffisante d’écume qu’elle a soin de joindre à la première *. »
C’est dans leur écume que les larves se changent en nymphes, et celles-ci n’en sortent point pour subir leurs dernières métamorphoses. Elles changent de peau au sein même de l’écume. Elles ont alors, dit de Geer, l’art de faire évaporer et dessécher l’écume qui les touche immédiatement, de manière qu’il se forme un grand vide au dedans de la masse d’écume, dans laquelle leur corps se trouve entièrement libre. L’écume