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ment, dans ce souterrain ténébreux, eux qui vivent au grand jour, au grand soleil, et sous les caresses de la brise? Leur enfouissement dans ces lieux profonds ne s’est pas fait volontairement. Les pauvres Pucerons sont prisonniers de guerre. Les Fourmis, après avoir creusé des galeries au milieu des racines, ont envahi les gazons, et se sont emparées des Pucerons épars, qu’elles ont amenés avec elles, et rassemblés dans leurs nids. Les insectes captifs prennent leur mal en patience et s’arrangent en philosophes de ce nouveau genre de vie. Ils prodiguent à leurs maîtres, de la meilleure grâce du monde, les sucs nourriciers dont leur corps surabonde.
Charles Bonnet a constaté de vrais miracles d’habileté et d’industrie chez d’autres Fourmis qui font aussi provision de Pucerons.
« Je découvris un jour un tithymale, dit-il, qui supportait au milieu de sa tige une petite sphère à laquelle il servait d’axe. C’était une case que des Fourmis avaient bâtie avec de la terre. Elles en sortaient par une ouverture fort étroite pratiquée dans le bas, descendaient le long de la branche et passaient dans une fourmilière voisine. Je démolis une partie de ce pavillon construit presque en Pair afin d’en étudier l’intérieur. C’était une petite salle dont les parois en forme de voûte étaient lisses, et unies; les Fourmis avaient profité de la forme de cette plante pour soutenir leur édifice. La tige passait donc au centre de l’appartement et ses feuilles en composaient toute la charpente. Cette retraite renfermait une nombreuse famille de Pucerons, auprès desquels les Fourmis brunes venaient paisiblement faire leur récolte à l’abri de la pluie, du soleil et des Fourmis étrangères. Nul insecte ne pouvait les inquiéter et les Pucerons n’étaient point exposés aux attaques de leurs nombreux ennemis. J’admirai ce trait d’industrie et je ne tardai pas à le retrouver avec un caractère plus intéressant encore chez des Fourmis d’une espèce différente.
a Des Fourmis rouges avaient construit autour du pied d’un chardon un tuyau de terre de deux pouces et demi de longueur sur un et demi de largeur. La fourmilière était au bas et communiquait sans intervalle avec le cylindre. Je pris la branche avec son entourage et tout ce qu’il renfermait : la portion de la tige comprise dans le tuyau était garnie de Pucerons; je vis bientôt sortir par l’ouverture que j’avais faite à la base les Fourmis, fort étonnées de voir le jour en cet endroit, et je m’aperçus qu’elles y vivaient avec leurs larves ; elles les transportèrent en hâte dans la partie la plus élevée du cylindre qui n’avait pas été altérée. C’est dans ce réduit qu’elles se tenaient à portée de leurs Pucerons rassemblés et qu’elles nourrissaient leurs petits.
HÉMIPTÈRES
a Ailleurs plusieurs tiges de tithymale chargées de Pucerons s’élevaient au centre môme d’une fourmilière appartenant aux Fourmis brunes. Celles-ci, profitant de la disposition particulière des feuilles de cette plante, avaient construit autour de chaque branche autant de petites cases allongées; et c’est là qu’elles venaient chercher leur nourriture. Ayant détruit une de ces loges, les Fourmis emportèrent aussitôt dans le nid leurs précieux animaux; peu de jours après elle fut réparée sous mes yeux par ces insectes et les troupeaux furent ramenés dans leur parc.
« Ces cases ne sont pas toujours à quelques pouces de terre. J’en ai vu une à cinq pieds au-dessus du sol, et celle-ci mérite encore d’être décrite. Elle consistait en un tuyau noirâtre, assez court, qu’environnait une petite branche de peuplier à sa sortie du tronc. Les Fourmis y arrivaient depuis l’intérieur de l’arbre qui était excavé, et sans se montrer, elles pouvaient parvenir vers leurs Pucerons par une ouverture qu’elles avaient pratiquée à la naissance de cette branche; ce tuyau était formé de bois pourri, du terreau môme de cet arbre, et je vis plusieurs fois les Fourmis en apporter des brins à leur bouche pour réparer les brèches que je faisais à leur pavillon. Ces traits ne sont pas fort communs et ne sont point du nombre de ceux qu’on pourrait attribuer à une routine habituelle *. »
Un jour, Pierre Huber découvrit dans un nid de Fourmis jaunes une loge contenant un amas de petits œufs couleur d'ébène. Us étaient environnés de plusieurs Fourmis, qui paraissaient en prendre soin et qui cherchèrent à les emporter.
Dès que le nid fut mis au jour par lui, Huber s’empara de la loge, de ses habitants et du petit trésor qu’elle contenait, et plaça le tout dans un couvercle de boîte, recouvert d’une glace, afin de mieux observer. Il vit les Fourmis s’approcher des œufs, faire passer leur langue entre eux, la promener sur chacun de ces œufs et y déposer une substance liquide. Elles paraissaient traiter ces œufs exactement comme ceux de leur espèce; elles les palpaient avec leurs antennes, les réunissaient et les portaient fréquemment à leur bouche. Elles ne les quittaient pas un instant. Elles les prenaient, les retournaient, et après les avoir visités avec soin, elles les emportaient avec une extrême délicatesse dans la petite case de terre placée auprès d’elles1 2.