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Ce n’étaient cependant point des œufs de Fourmis. C’étaient des œufs de Pucerons. Les petits qui allaient bientôt éclore, devaient donner aux Fourmis prévoyantes la récompense des soins qu’elles leur avaient prodigués.

Quelle histoire admirable que la vie et les mœurs des Pucerons, et leurs rapports avec les Fourmis !

Mais nous serions entraînés trop loin, si nous voulions poursuivre davantage ces détails attrayants. Séparons-nous donc, quoique à regret, de nos industrieuses Fourmis et de leurs complaisants prisonniers.

Nous passerons à l’histoire d’une autre famille , à celle des Gallinsectes , comme les appelait Réaumur, ou Cocodès, comme on les nomme aujourd’hui, sans aucune allusion aux beaux jeunes gens qui ont reçu cette dénomination parisienne.

Ces animaux (ce sont les Gallinsectes que je veux dire) sont d’ailleurs bien étranges. Ils passent la plus grande partie de leur vie, c’est-à-dire plusieurs mois, entièrement immobiles, appliqués contre des tiges ou des branches d’arbrisseaux. Ils s’y tiennent aussi dépourvus de mouvement que la plante à laquelle ils sont attachés. On dirait qu’ils font corps avec elle.

Autre singularité. Leur forme est tellement simple, que rien, à l’extérieur, ne fait soupçonner le corps d’un insecte. Plus il est grand, et moins il a l’air d’un être vivant. Lorsque le Gallinsecte est en état de se multiplier, lorsqu’il est occupé à pondre ses milliers d’œufs, il ne ressemble encore qu’à une excroissance d’arbre.

On rencontre des Gallinsectes sur l’orme, le chêne, le tilleul, l’aune, le houx, l’oranger, le laurier-rose. Certaines de ces espèces sont remarquables par les belles matières colorantes rouges qu’elles fournissent. Telle est la Cochenille du Nopal ( Coccm cacti ), — le Kermès varie (Chcrmes varlegatus), ou Cochenille clu Chêne 9 — la Cochenille de Pologne .

La Cochenille du Nopal , ou Cochenille ordinaire ( Coccus cacti), vit au Mexique, sur diverses espèces de nopals (Opuntia), particulièrement sur Y Opuntia vulgaris, Y Opuntia coccifera et Y Opuntia ma , plantes qui appartiennent à la famille des Cactées.

Ces insectes sont assez remarquables en ce que le mâle et la

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femelle sont tellement dissemblables, qu’on les prendrait pour des animaux de genres différents. Peut-être même ont-ils de la peine à se reconnaître entre eux ! Comprenez-vous un insecte qui n’est pas bien sûr de ne pas se tromper, quand il vient mettre ses hommages aux pieds de sa tendre moitié ; ou bien la tendre moitié forcée d’y regarder à deux fois, avant de reconnaître son époux légitime et de lui faire bon accueil !

Le mâle (fig. 99) offre un corps allongé, déprimé, d’un rouge brun foncé. Sa tête petite, munie de deux longues antennes, plumeuses, n’a qu’un bec rudimentaire. Son abdomen se termine pardeux soies fines, et plus longues que le corps. Ses ailes, parfaitement transparentes, dépassent l’extrémité de l’abdomen et se croisent horizontalement sur le dos. Il est vif et agile.

La femelle offre un tableau tout autre.

Elle est d’abord deux fois plus grosse que le mâle (Gg. 99), bombée en dessus, plane en dessous. Elle ressemble à une larve et n’a point d’ailes. Son corps est formé d’une dizaine d’anneaux, couverts d’une poussière glauque. Son bec est très-développé et les soies de l’abdomen beaucoup plus courtes que le corps.

Le poids de leur corps, comparé à la brièveté de leurs pattes, indique que ces êtres sont voués â l’immobilité.

Ces pattes ne leur servent, en effet, qu’à se cramponner au végétal où ils puisent leur nourriture.

Les circonstances de là naissance des larves de la Cochenille sont fort curieuses. Ces larves naissent dans le corps desséché de la mère morte. Ainsi le squelette m.ffernel leur sert de berceau. Voici comment. Les œufs sont attachés à la partie inférieure du corps de la mère. Quand le venlre de la mère s’est vidé, sa paroi inférieure se rapproche de la supérieure, et le tout finit par composer une cavité assez vaste. Quand la mère est morte, ce qui ne tarde pas, son ventre se dessèche, sa peau se raccornit, et forme une sorte de coque. C’est dans ce berceau membraneux, dans ce squelette, dans ce cercueil, héritage de famille, que naissent les larves de la Cochenille.

Fig. 99. Cochenilles mâle et femelle.

La Cochenille vit à Tétât sauvage dans les bois. Mais on peut sans peine la propager, ou l’élever artificiellement.

Personne n'ignore, en effet, que le petit insecte nommé Cochenille fournit, quand on a desséché son corps et qu’on l’a mis

Fig. 100. Branche de nopa portant des Cochenilles.

en poudre, une matière colorante d’un rouge admirable, et que rien ne peut remplacer pour la nuance qui lui est propre.

Cette circonstance a sauvé la Cochenille de la destruction à laquelle tant d’autres genres d’insectes ont été voués, par la

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main des hommes ou par celle de la nature. Dans les climats chauds où se plaît la Cochenille, on s’est appliqué à la conserver, à la multiplier, pour en retirer la précieuse matière colorante que son corps recèle.

Voici comment on s’y prend au Mexique pour élever la Cochenille, ou faire de la coccicullurc.

On choisit un terrain découvert, défendu contre les vents d’ouest, et de l’étendue d’environ un hectare. On l’entoure d’une haie de roseaux, et l’on plante, selon des lignes espacées d’un mètre environ, des boutures de nopals écartées les unes des autres de 30 centimètres au plus.

Cette nopalerie ainsi constituée, il s’agit d’y établir les Cochenilles. Pour cela, on va chercher dans les bois, ou bien on prend sur des tiges de nopals, que l’on a abrités pendant l’hiver, des femelles de Cochenille prêtes à pondre. On les dépose, par douzaines, dans des nids de bourre de coco, ou dans des petites corbeilles tissées avec des feuilles de palmier nain, et on attache ces nids aux épines des nopals. Ceux-ci sont bientôt couverts de jeunes larves. Il ne s’agit plus que de les abriter de la pluie et des vents.

Les larves se transforment promptement en insectes parfaits, qui se fixent à demeure sur les branches du cactus , comme le représente la figure 100. On se hâte de les cueillir dès qu’ils sont à leur dernier degré de développement.

La récolte ne doit pas être difficile, vu l’immobilité de ce petit être.

Une fois recueillies, on enferme les Cochenilles dans des boîtes de bois du pays, et on les expédie en Europe, pour les usages de la teinture.

Telle est la méthode, fort simple, on le voit, d’élever la Cochenille, méthode qui est en usage depuis des siècles au Mexique.

Vers la fin de l’année 1700, un Français, nommé Thierry de Menouvilie, forma le projet d’enlever aux Espagnols ce précieux insecte, pour en doter nos colonies. Il aborda au Mexique, et cacha si bien le motif de son voyage, qu’il parvint à embarquer et à conduire à Saint-Domingue plusieurs caisses renfermant des cactus chargés de Cochenilles, vivantes.

Malheureusement, une révolution survenue à Saint-Do-

mingue ne permit pas de mettre à profit le dévouement de Thierry de Menouville. Les Cochenilles moururent, et les Espagnols conservèrent le privilège de cette culture.

En 1806, M. Souceylier, chirurgien de la marine française, réussit à apporter du Mexique en Europe des Cochenilles vivantes. Il les remit au professeur de botanique de Toulon, mais les essais de conservation ne réussirent pas.

En 1827, la naturalisation de la Cochenille fut tentée en Corse, mais sans succès.

Pendant la môme année, on réussit à introduire la Cochenille aux îles Canaries. Mais les habitants ne comprirent pas l’importance de cette tentative. Ils mettaient la Cochenille au nombre des insectes nuisibles, et cherchaient à s’en débarrasser de toutes façons. Ce n’est qu’après les résultats obtenus par quelques cultivateurs plus éclairés, que les habitants des îles Canaries reconnurent les profits qu’on pouvait tirer de cet insecte.

Dès lors cette culture s’étendit. A partir de l’année 1831, elle s’accroissait rapidement. Ainsi, les produits importés des îles Canaries, en 1831, n’étaient que de 4 kilogrammes de Cochenilles. En 1832, ils s’élevaient à 60 kilogrammes, en 1833 à 660 kilogrammes, en 1838 à 9000 kilogrammes, en 1850 à 400 000 kilogrammes.

Nos colons d’Algérie ont tenté la môme culture. En 1831, M. Limonnet, pharmacien d’Alger, rassembla des Cochenilles, et eut le mérite de les introduire le premier dans notre colonie. Par suite de mauvais temps, ces premiers essais furent infructueux. Mais ils ne tardèrent pas à être repris.

M. Loze, chirurgien de la marine, chargé d’introduire de nouveau cet insecte, et M. Hardy, directeur de la pépinière centrale d’Alger, se consacrèrent, avec une grande intelligence, à cette naturalisation et à la culture de la Cochenille en Algérie.

En 1847, le ministre de la guerre de France, dans le but de faire déterminer par le commerce lui-même la valeur de la Cochenille algérienne, fit vendre sur le marché de Marseille une caisse de Cochenille provenant des récoltes de 1845 et 1846, du jardin d’essai d’Alger, et qui contenait 17 kilogrammes de cette marchandise.

Fig. loi. Récolte de la Cochenille en Algérie.

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Depuis cette époque, cette culture, dont l'initiative avait été due à M. Limonnet, se développa rapidement. En 1853, dans la seule province d’Alger, on comptait quatorze nopaleries, contenant 61 500 plantes. L’administration achetait alors les récoltes au prix de 15 francs le kilogramme.

Nous n’avons indiqué que d’une manière sommaire comment se fait la récolte de la Cochenille. C’est ici le lieu d'entrer à ce sujet dans quelques détails.

On ramasse ces insectes au moment où les femelles vont effectuer leur ponte, c'est-à-dire dès qu’on aperçoit sur quelques nopals des Cochenilles nouvellement nées. C’est, en effet, quand les femelles sont pleines, qu’elles renferment la plus grande quantité de matière colorante. Le moment de la récolte arrivé, on étend des toiles sur le sol, au pied des nopals, et on détache les cochenilles, on racle les tiges de ces plantes avec un pinceau assez dur, ou avec une lame de couteau peu tranchante.

La figure 101 représente la récolte de la Cochenille en Algérie.

Par une saison favorable, on peut répéter cette opération trois fois dans l’année, sur une nopalerie. Les insectes étant ainsi recueillis, on les fait périr, en les trempant dans l’eau bouillante, ou bien en les passant au four, ou en les torréfiant sur une plaque de fer chaud.

Les Cochenilles retirées de l’eau bouillante sont ensuite étalées sur des claies, et séchées, d'abord au soleil, puis à l’ombre, dans un lieu aéré. Pendant leur immersion dans l'eau, elles perdent la poudre blanche qui les recouvre. On les appelle en cet état, au Mexique, ronagridas.

Les Cochenilles passées au four se nom ment jaspcadas et sont d'un gris cendré ; les Cochenilles torréfiées sont noires et se nomment negras.

On distingue, dans le commerce, trois sortes de Cochenilles: 1° la mestèque , de couleur rougeâtre avec une poussière glauque plus ou moins abondante; 2° la noire , qui est plus grosse et d'un brun noirâtre; 3° la sylvestre , qui est, au contraire, plus petite et rougeâtre. Cette dernière est la moins estimée. On la recueille sur des nopals abandonnés Sans culture.

On importe en France, chaque année, 200 000 kilogrammes de Cochenilles, qui représentent une valeur de 3 millions environ.

Tout le monde doit savoir que c’est avec la Cochenille que l’on compose le carmin , magnifique couleur rouge, fréquemment employée par les peintres. La laque carminée est un autre produit obtenu par la Cochenille. Enfin Yècarlate est de la Cochenille précipitée par un sel d’étain.

Avant que la Cochenille du Mexique fût connue en Europe, on se servait, pour la préparation du carmin employé dans les arts, de la Cochenille kermès ou Cochenille du Chêne ( Coccus ilicis ) connue encore aujourd’hui dans le commerce et dans les pharmacies sous les noms de Kermès animal , Kermès végétal , Graine d* écarlate.

Cette Cochenille vit de préférence, on le croit du moins, sur le Chêne vert ( Quercus ilex) : de là son nom spécifique.

La Cochenille du Chêne se développe presque exclusivement, non sur le chêne vert, mais sur le Quercus coccifera , arbuste commun dans les lieux secs, arides, et qui végète sur un grand nombre de points de la région méditerranéenne, en particulier sur les garrigues de l’Hérault.

Les femelles de cet insecte, qui desséchées portent le nom de graines de kermès , sont de la grosseur d’une groseille ordinaire, sans traces d anneaux, à peu près régulièrement sphériques, d’un noir violet et glauque. Elles adhèrent aux rameaux de l’arbuste Quercus coccifera , et forment comme des galles sèches et cassantes, que les paysans du midi de la France détachent, et vendent à un prix assez élevé.

Avant que l’on possédât les Cochenilles du Mexique et de l’Algérie, ces Cochenilles étaient très-employées dans le midi de l’Europe, en Orient et en Afrique. Elles fournissaient une belle couleur rouge.

Cette dernière Cochenille et celle du Mexique ont reçu quelques usages en médecine. Elles entrent dans Yalkermès, sorte de liqueur ou d’élixir que l’on sert sur les tables en Italie, principalement à Florence et à Naples.

Une autre espèce de Cochenille est la Cochenille de Pologne ( Coccus Polonicus ), qu’on rencontre en Pologne et en Russie, plus

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rarement en France, sur les racines du Scier anthus per ennis, petite plante de la famille des Paronychiées. On récolte cette Cochenille dans l’Ukraine, vers la fin du mois de juin, lorsque l'abdomen des femelles est gonflé, et rempli d'un suc pourpre et sanguin.

On se servait beaucoup autrefois en Europe du kermès polonais. Ce produit n’a pas d’ailleurs perdu toute son importance dans les contrées où on le rencontre abondamment.

Nous n’avons plus à signaler, parmi les insectes de ce groupe, que la Cochenille laque ( Coccus locca ), qui vit dans les Indes, sur plusieurs arbres, entre autres sur le Figuier des Indes , sur le Figuier des pagodes , sur le Jujubier cotonneux , sur le Croton porte-laque , etc.

Ces derniers insectes produisent une matière colorante connue sous le nom de laque. Ils se fixent sur les petits rameaux, se pressent en grand nombre, en formant des lignes à peu près droites. La réunion des corps de plusieurs femelles fécondées, unis entre eux par une transsudation résineuse, qui a été déterminée par la piqûre de l’écorce, constitue la matière désignée dans le commerce et dans l’art de la teinture sous le nom de laque , de résine laque , de gomme laque , etc.

La résine laque se trouve dans le commerce sous quatre formes : 1° la laque en bâtons, telle qu’on la trouve concrétéeà l’extrémité des branches d’où elle exsude : c’est une croûte irrégulière brunâtre ; 2° la laque en sortes, détachée des branches et concassée ; 3° la laque en écailles , fondue et coulée en plaques minces, dont la qualité varie avec la proportion de principe colorant qu’elles renferment; 4° la laque en fils, qui ressemble à des fils rougeâtres feutrés et qu’on prépare ainsi dans l’Inde.

Un dernier mot sur les Cochenilles. Le Coccus manniparus , qui vit sur les arbustes du mont Sinaï, fait exsuder des branches qu’il a piquées une sorte de manne. Le Coccus sinensis en fait découler une espèce de cire, que l’on emploie en Chine à la fabrication des bougies.

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