‹ Les insectes (volume 2)Chapitre 27 sur 53 · PROPERTY OF · texte numérisé non relu

PROPERTY OF

SCARABÉIENS. — CÉNÉRALITÉS. 4ô4

éiytres ne recouvrent' pas tout l'abdomen, et laissent à découvert le dernier arceau ou pygidium, qui est corné, ainsi que le segment précédent. En dessus^ l'abdomen présente huit segments, mais on n'en voit habituellement que six en dessous, car les premiers arceaux sont annihilés par le développement de la poitrine ; les deux derniers, le pénultième surtout, surpassent ordinairement les précédents en grandeur. L'aire de l'abdomen est '.rès-divcrse. Elle peut devenir moindre que celle du thorax chez les Onlophages, où le prothorax est très-grand pour l'insertion de très-fortes pattes fouisseuses; au contraire, il s'allonge dans les Phyllophages et les Mélitophiles. Les variations s'étendent dans de très-grandes limites dont le maximun se trouve dans le genre Dynasles et le minimun dans le gearc Lelhrm.

Si les caractères des Scarabéiens adultes offrent les plus grandes différences, l'étude de leurs premiers états démontre combien cette tribu est naturelle. Autant la diversiticalion s'opère dans les formes définitives, autant les premiers états se ressemblent ; à une première forme commune succèdent des développements divergents. Les larves sont toutes des vers gonflés, à peau molle, d'un blanc livide ou jaunâtre, cylindroïdes, avec une teinte ardoisée dans la région postérieure où s'accumulent les excréments. Ces larves sont courbées en dedans, conformation qui leur interdit la possibilité de s'étendre en ligne droite, rend difficile el pénible la progression sur une surface unie, et les force, dans le repos, à se tenir sur le côté à la façon des Iules. La tête est écailleuse, presque toujours aveugle, munie d'un labre, de robustes mandibules dentées, de mâchoires avec palpes de quatre articles, d'une lèvre inférieure charnue, transversale, à palpes de deux articles, d'antennes de cinq articles, plus ou moins coudées à partir du troisième article exclusivement. Les trois anneaux thoraciques sont plus courts que ceux de l'abdomen et munis de pattes à cinq pièces. Les anneaux du thorax et de l'abdomen sont ridés transversalement, au nombre de douze, après la tète, plus en général un mamelon ou appendice anal considérable, avec une paire de stigmates prothoraciques et huit paires abdominales, les stigmates de la dernière paire très-grands. Le dernier anneau abdominal est très-volumineux, et sa forme habituelle lui a fait donner le nom de sac. 11 est en général arrondi et épais et courbé sous le ventre, rempli d'excréments souvent ^isibles par transparence, quelquefois rétréci. Les segments offrent des poils longs et flexibles, ou courts et roides, dirigés en arrière, servant à faciliter la progression. A l'exception des Cétonides, le sac est divisé en deux parties par un sillon transverse. Le corps des larves se termine par un anus à fente transversale.

Les larves des Scarabéiens copropliages vivent, suit des boules d'excréments faites par les parents, soit au milieu du monceau sordide où les œufs ont été déposés, et leur vie est courte. Les autres prolongent au contraire leur existence pendant une ou plusieurs années : tantôt

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elles rongent sous terre les racines de plantes auxquelles elles arrivent par des galeries souterraines (Mélolonlliides); tantôt elles vivent dans les arbres morts, les troncs caverneux, les débris vermoulus dus à divers insectes, le terreau, l'humus même (Cétonides, Dynastides).

Les larves se métamorphosent en nymphes dans le milieu où elles ont vécu, et en se façonnant des coques aux dépens des substances qui les entourent. Les nymphes sont grosses et massives, et c'est chez elles qu'apparaissent les formes si diversifiées des adultes. Elles ont communément à l'extrémité de l'abdomen deux saillies cornées parallèles ou divergentes, et les fourreaux de leurs ailes inférieures débordent toujours ceux des élytres (Erichson). Après l'éclosion, les insectes adultes restent un certain temps renfermés dans la coque nymphale, jusqu'à ce que leurs téguments aient acquis assez de dureté pour leur permettre de se frayer un passage, et d'affronter les risques de la vie libre.

Les Scarabéiens adultes ont des mœurs très-diverses et peu susceptibles d'être indiquées dans une formule généi'ale. Beaucoup sont crépusculaires, d'autres se plaisent aux vives ardeurs du soleiL Les uns se nourrissent de substances stercoraires, c'est-à-dire principalement de matières végétales modifiées par la digestion; d'autres de substances végétales décomposées par l'action de l'air et de l'eau ; beaucoup au contraire rongent diverses parties des végétaux vivants, très-principalement les feuilles ; enfin certains , recherchent le miel des fleurs ou divers sucs qui découlent des arbres, à l'instar des Lucaniens. C'est sur ces régimes distincts que de Geer (177Zi) s'est fondé pour distribuer en trois familles les Scarabées de Linnœus, en les partageant en. Scarabées de terre, Scarabées des arbres, Scarabées des fleurs.

Nous terminerons cette étude générale par la citation d'un passage de M. Mulsantj où cet entomologiste, dans un style image, décrit les aspects variés des Lamellicornes (1) qui habitent la France :

« L'inspection de la robe des espèces de cette tribu suffit généralement pour révéler leur condition. Les Oryctes et les Rhizotrogues, condamnés à une vie en partie cachée, sont rougeâtres comme la terris qui leur sert d'asile. Les Coprophages, voués aux travaux les plus vils, portent presque tous les couleurs lugubres adoptées parla douleur. Les espèces crépusculaires ou nocturnes ont aussi communément des teintes obscures comme les ombres, ou noires comme les téni'bres. Celles au contraire qui vivent à la lumière, celles surtout pour lesquelles les fleurs ouvrent tous les trésors de leur sein, ont reçu, pour leur faire la cour, un véritable habit de conquête. Les uns portent un corselet revêtu de velours ; les autres ont des élytres garnies d'écaillés colorées; la cuirasse de plusieurs est encadrée dans du jais ou parée de dessins variés ; celle des autres brille d'une richesse toute métallique. Là c'est le cuivre avec toutes ses nuances ; ici l'argent est uni à l'azur le

(i) Mulsant, Lamçllkoines de France, 18/12, p. 2.5.

SCAHABÈES DE TERRE. 403

plus tendre ; ailleurs c'est l'or avec son poli et son éclat. Et, comme si ce n'était pas assez du don de la beauté, diverses espèces ont reçu le pouvoir de répandre des odeurs plus ou moins agréables. Celle des Osmodernes est assez forte pour trahir leur présence sur les arbres qu'ils fréquentent; celle d'une Trichie n'est sensible, au contraire, qu'à une faible distance, mais elle est si parfumée, que cette charmante créature semble avoir dérobé au.\ roses leurs arômes les plus suaves. »

A l'exemple d'Erichson, nous diviserons la tribu des Scarabéiens en deux sections, en joignant au caractère de rentomologiste allemand quelques autres faits généraux signalés par Lacordaire.

La première section {JLaparostictiques) présente les stigmates abdominaux situés sur la membrane qui unit les arceaux supérieurs aux inférieurs, et par suite sont tous cachés sous les élytres. F-,a languette est toujours distincte du menlon ; les deux lobes des mâchoires sont libres chez les larves.

Dans la seconde section {Pleurosticiiques),\e% stigmates abdominaux sont placés, les uns sur la membrane d'union des arceaux; les autres, en plus grand nombre, sur la partie relevée des arceaux ventraux euxmêmes, ceux de la septième paire étant généralement visibles quand les élytres sont fermées. La languette est, le plus souvent, cornée en partie et soudée au menton ; les deux lobes des mâchoires sont soudés ensemble chez les larves.

Section l'e.— SCARABÉES DE TERRE.

Les Scarabées constructeurs et rouleurs de boules doivent d'abord appeler notre attention. Tous ces Pilulaires, comme on peut les nommer en général, ont les jambes intermédiaires et postérieures grêles et jamais brusquement dilatées: ce sont les pattes de la dernière paire qui servent dans les deux sexes à rouler la pilule ; ils ont les jambes arquées et grossissant peu et régulièrement de la base à l'extrémité ; les tarses sont étroits, partout de même largeur. Les pièces buccales sont lamelleuses, tout au plus cornées sur leur tranche externe, et propres seulement à saisir et à diviser des substances molles, semi-liquides; elles sont cachées sous le chaperon. La tête et le corselet sont dépourvus de proéminences notables; les antennes ont huit ou neuf articles, dont le premier est très-grand et dont les trois derniers forment la massue. L'abdomen présente en dessous six segments soudés ensemble. Ils volent en tenant les élytres fermées, les ailes étant sorties et étalées. La cause obligée de celte sorte de vol est d'abord le mode d'articulation des élytres et du mésolhorax. En outre, il est d'autres causes, mais autres que chez les Cétoines vraies, où nous retrouverons un vol analogue. Les Pilulaires n'ont pas, comme celles-ci, les épimères mésothoraciques saillants, et un é'usson dont l'agencement spécial gêne

kOlx COLÉOPTÈRES. — SGARABÊJEXS.

l'écartement des élytres, puisque l'écusson manque chez eux ; les élytres ont leurs bords internes imbriqués ou sont soudées ensemble.

Les Pilulaires ont un front tranchant qui leur sert de bûche pour diviser les matières stercoraires, ^ des pattes antérieures larges et robustes pour fouir. Ils savent élaguer les parties les moins nutritives, les pailles non décomposées par la digestion, et façonnent des pelotes, d'abord humides et grossières, puis acquérant de la solidité et la forme sphériqueà mesure qu'elles sèchent, consolidées à l'extérieur par des grains terreux, en tournant sur elles-mêmes entre les pattes postérieures des Scarabées. Quand la boule est devenue assez solide, le Pilulaire la fait rouler, en la tenant entre ses pattes postérieures, bien assujettie entre les forts éperons des jambes, en marchant lui-mOme à reculons sur les quatre pattes de devant, jusqu'à ce que, parvenu au trou qu'il a creusé d'avance, il l'y précipite. Le plus souvent le mâle et la femelle se prêtent un mutuel secours pour cette dernière opéralion, l'un tirant avec ses pattes de devant la boule que l'autre pousse avec celles de derrière .

Les Pilulaires ne se rencontrent pas au nord de l'Europe, mais plusieurs espèces existent au sud, et plus encore dans les régions chaudes. Ils marchent mal, à cause de leurs longues pattes arquées, mais volent bien et d'autant mieux que le soleil est plus ardent. Ils sont attirés de tous côtés par l'odeur des déjections animales aussitôt que celles-ci sont déposées. C'est ordinairement à la fin du printemps et vers le milieu de l'été qu'on les voit former leurs pilules, en travaillant avec d'autant plus d'ardeur que la chaleur est plus forte. On trouve souvent sur une même fiente un grand nombre de ces insectes occupés chacun à la formation de sa boule. Peu fermes sur les quatre pattes antérieures, et obligés de marcher à reculons, ces insectes sont renversés fréquemment, pour peu que le terrain soit inégal, et se relèvent avec peine. Ces difficultés, loin de les rebuter, semblent redoubler leur ardeur. Us font concourir leurs efforts à un but commun, et, pour l'obtenir, paraissent fort indifférents au droit de propriété : quand une boule, par la culbute de son possesseur, vient à rouler au loin, un autre s'en saisit, et le dépossédé, relevé de sa chute, prend la première boule qu'il voit à sa portée, ou s'occupe avec activité à en façonner une nouvelle.

Chaque boule est destinée à contenir un œuf. La femelle le dépose au milieu du berceau et du garde-manger de la larve future. Celle-ci, constituée sur le type général des larves de Scarabéieris, doit vivre en terre, dans le trou où a été projetée la boule et aux dépens de la matière de celle-ci, puis devenir nymphe dans une coque faite de débris et de terre.

L'examen attentif des travaux des Pilulaires doit convaincre Ihomme le plus infatué de la haute intelligence de son espèce qu'il ne peut en refuser une parcelle ù ces chélives et laborieuses créatures, «Souvent,

riLLI.AIRtS. 605

dit M. MulsanI (H), fcurtoui parmi les Scarabées qui conslruisenl une pelote beaucoup plus grosse qu'eux, souvent un ami obligeant vient prè(er ses bons offices. Il se place sur le somme! du corps sphérique, et, en se penchant en avant, l'entraîne dans un mouvement de rotation. Quelquefois un accident arrive : la boule tombe dans un trou, et y resterait inévitablement sans le secours de nouvelles forces nécessaires pour l'en extraire. Un Pilulaire auquel semblable mésaventure était arrivée se dirigea, dit llligcr, vers un (as de bouse voisin, et revint bientôt avec trois camarades ; fous quatre réunirent leurs efforts pour tirer la pelole du précipice, et ils y parvinrent enfin : ce résultat obtenu, les trois compagnons, dont la tâche éfail accomplie, s'en retournèrent aussitôt à leur ouvrage. >■>

Les deux sexes, avons-nous dit, travaillent à construire et à rouler les pilules à œufs ; mais, comme on peut le présumer d'avance, les mâles mettent moins d'activité que les femelles dans ces opérations destinées à assurer le sort de leur postérité. Il est bien rare, chez les insectes, que les mâles viennent en aide à l'autre sexe ; ils ressemblent aux hommes des peuplades sauvages, propres seulement à lu chasse et aux combats. « Les mâles, dit M. Mulsanf ('2) à propos d'un genre de Pilulaires {Sisyphus), montrent un attachement moins vif que l'autre sexe pour ces petites pelotes qui doivent servir de berceau à leurs descendants. Souvent, pour mettre à l'épreuve leur amour maternel, il m'est arrivé de transporter dans la main un couple de Sisyphes avec le fruit de leurs travaux. Dès que je leur rendais la liberté, le mâle en usait pour s'envoler ; la femelle restait ordinairement attachée à la pilule, objet de ses eipérances, et se résignait à la conduire seule. J'ai vu quelques-unes de ces créatures surprises par la nuit avant d'avoir pu enterrer assez profondément leur globule : le lendemain, de grand matin, je les retrouvais le tenant embrassé entre leurs pattes, comme un trésor dont elles n'avaient pu se séparer. »

Est-il exact de dire, comme cela parait résulter d une observation superficielle, que les mâles restent spectateurs tranquilles des rudes travaux de leurs compagnes ? Le Créateur ne laisse pas vivre les êtres inutiles à la reproduction, et, chez les industrieux Hyménoptères notamment, où tant de femelles nidifient plusieurs mois de l'année, les mâles n'ont au printemps qu'une existence éphémère. Une très-jolie observation de M. P. de la Hrulerie, faite dans le midi de l' Espagne, au printemps de 1866, me paraît donner la clef du rôle exact des mâles. Si chez les Batraciens et les Poissons les mâles sont dans bien des cas les auxiliaires indispensables de la ponte, chez les Pilulaires leur présence est un stimulant nécessaire à l'accomplissement du devoir maternel. Étrange et touchant spectacle que celui offert à l'intelligent

(1) Mulsant, Coicoplcrc! de Fra'ur, LAMEi.i;conM;s, i8i2, f. !ii .

(2) Mulsant, op. cit.

Zi(Hi COLÉOP ! ÈRES. — SCAUABÉIENS.

observateur que nous venons de nommer, par VAteuchus cicairicosus, Luc, qui abondait sur la plage de Malaga, là où l'on parquait les porcs ! « Je le vis, dit-il, rouler ses boules. La femelle seule se charge de ce soin, et, comme les autres espèces du genre, marche à reculons et se sert de ses pattes de derrière pour maintenir son précieux fardeau. Le mâle surveille le travail avec un intérêt visible, mais sans y prendre une part active. Qu'un obstacle se rencontre et que la boule qui contient sa progéniture tombe dans une inégalité du sol, il faut voir comme il s'agite, tourne tout autour, pousse sa femelle du chaperon, l'excite, j'allais dire de la voix, mais plutôt en faisant retentir d'un ton désespéré le bruil que produit le frottement de son abdomen contre ses élytres. Si l'observateur prend la femelle et la pose à quelque distance, le mâle redouble son cri plaintif. La femelle l'entend^ elle paraît indécise, consulte les quatre points cardinaux, s'oriente entin, et de sa course la plus rapide revient, tout en trébuchant, ressaisir la boule, objet de sa maternelle sollicitude. Voils accusez le mâle d'être un paresseux, jouant le rôle de la mouche du coche! Mouche peut-être, mais mouche indispensable, car, si vous le prenez, la femelle s'arrête et reste la tête baissée sur le sable, de l'air le plus piteux du monde. Elle serre toujours sa boule dans ses pattes de derrière, mais rien ne la fera bouger, et, si l'on ne lui rend son compagnon, je crois qu'elle mourra sur place (1). »

Peut-être toutes les espèces de roiileurs de boules n'offrent pas un accord aussi complet dans le ménage; mais certes l'existence prolongée des mâles atteste leur nécessité pour la conservation assurée de la progéniture.

On peut dire que les Pilulaires remplissent, dans l'ordre naturel, un but plus important et plus élevé que celui de la propagation de leur race. Il importe que les matières stercoraires, cause d'infection atmosphérique, soient mêlées au sol le plus promptemenl possible ; là, par une heureuse compensation, elles fournissent aux végétaux l'azote et les sels calcaires, et sont l'agent puissant et eftîcace de la fertilité de la terre. Rien de plus utile que ces petites forces constamment répétées et agissant sur d'immenses espaces : de chétifs insectes deviennent les plus actifs auxiliaires des grandes harmonies, et font partie de ce cycle admirable par lequel la matière, engagée tour à tour dans la vie et dans la mort, tantôt obéit à ces mystérieux archées des anciens philosophes, tantôt subit passivement les lois des corps bruts, sans que jamais, depuis l'origine première du- monde, il n'y ait ni création ni perte. Celui qui a tiré la matière du néant pouvant seul l'y replonger. Nous voyons en effet les Pilulaires abonder dans les régions chaudes, où la putréfaction est si prompte, s'occuper sans relâche de leurs travaux dans les heures diurnes, et d'aul^ant plus activement, que la, tem-

(i) P. de la Brûlerie, Ann. Soc. httom. de France^ 1866, p. 522.

P1LULA.1RES. — ATEUCHUS. /j07

pératurc est plus élevée et par suite les miasmes plus abondants et plus redoutables. En outre les mâles déploient le même talent que les femelles, font seuls des boules nécessairement stériles, et les femelles en confectionnent aussi où elles ne mettent pas d'œufs, alors que leur progéniture est à l'abri de tout danger. Ces pelotes inutiles sont gardées par ces insectes avec beaucoup moins de sollicitude ; un seul individu les roule, et, au moindre accident qui l'oblige à les abandonner, se laisse facilement arracher par un autre le fruit de ses peines.

Des mœurs tout à fait analogues se manifestent chez certaines espèces américaines : ainsi chez le Canthon ou Coprobius volvens (Catesby, Hist. nat. de la Caroline).

ATEUCHUS, Web. (1) — Chaperon cachant les organes buccaux, sexdenté, semicirculaire. Antennes de neuf articles, les trois derniers formant la massue. Corselet grand, transversal, débordant les élytres. Jambes antérieures fortement tri- ou quadridentées en dehors, servant à fouir ; tarses antérieurs nuls dans les deux sexes.

Ce genre est célèbre par la vénération qu'avaient pour certaines de ses espèces les anciens Égyptiens. Aussi l'une d'elles a reçu le nom d'-4. sacer, Linn. C'est un gros insecte d'un noir peu brillant, à chaperon sexdenté, à tête munie de deux tubercules, à corselet et à élytres lisses. Il se trouve dans le midi de l'Europe, sur tout le pourtour méditerranéen, dans le Caucase, en Asie Mineure, en Egypte, dans la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, dans presque toute l'Afrique et au cap de Bonne-Espérance. On le rencontre dans le midi de la France, sur les côtes de la Méditerranée, plus ordinairement eu Provence qu'en Languedoc ; il est commun à Marseille, sur le bord de la mer, du côté de Montredon. 11 déploie, sous l'influence de la chaleur, une activité incroyable. Il choisit habituellement un terrain en pente pour y placer sa boule. On voit souvent, au printemps ainsi qu'au commencement de l'été, dans les dunes ou sur les sables qui touchent la mer, les Scarabées sacrés se livrer au travail d'enfouir leurs boules : ils grattent' avec une grande vivacité la terre, qu'ils amoncellent d'abord derrière leurs pattes postérieures, puis, se retournant et se servant de leur chaperon comme d'une pelle, ils poussent plus loin les débris qui les embarrassent. Les pelotes destinées à ne pas nourrir de larves sont enterrées avec peu de précautions : le lieu dans lequel elles ont été déposées offre, au moins le premier jour, une ouverture béante qui permet de les apercevoir. Les autres pelotes, c'est-à-dire celles qui renferment des œufs ou des larves, sont au contraire complètement enterrées avec le plus grand soin. En creusant le sable, on trouve souvent, avec une

(1) Ce nom a prévalu, du moins en France, sur celui, plus ancien, de Scarabœus, Linn.

de celles-ci, le couple d'insectes par qui elle a été roulée. On dirait, comme le l'ait observer M. Mulsant, que ces petits animaux restent attachés à cet objet, pour veiller à sa conservation, ou pour attendre, près de ce dépôt précieux, la mort qui doit mettre fin à leurs travaux.

Latreille s'exprime comme il suit à propos de ces utiles insectes: « Messagers du printemps, annonçant par leur reproduction le renouvellement de la nature ; singuliers par cet instinct qui leur apprend à réunir des molécules excrémentitielles en manière de corps sphériques; occupés sans cesse, comme le Sisyphe de la Fable, à faire rouler ces corps ; distingués des autres insectes par quelques formes particulières, ces Scarabées parurent aux prêtres égyptiens ofîrir l'emblème des travaux d'Osiris ou du Soleil (1). » Une autre raison de la vénération qu'inspirait cet insecte est que l'on supposait que tous ces Scarabées étaient mâles, et qu'il n'y avait pas chez eux de copulation. Les caractères sexuels distinctifs sont, avons-nous dit, presque insensibles chez les Pilulaires. Plutarque dit, à propos des Égyptiens : « Ils honorent l'aspic, la belette et l'escharbot, d'autant qu'ils voient en eux ne sais quelles petites images reluire de la Divinité, comme nous apercevons le corps du soleil en une goutte d'eau ; car il y en a beaucoup qui cuident encore et le disent, que la belette s'accompagne avec son mâle et qu'elle fait ses petits par la bouche, et disent que c'est une figure et représentation de la parole qui se forme et procède de la bouche. Et quant aux escharbots ils tiennent qu'en toute leur espèce il n'y a point de femelle, que tous les mâles jettent leur semence dedans une certaine matière qu'ils forment en façon de boule, laquelle ils poussent à reculons, comme il semble que le soleil tourne, le ciel au contraire de lui qui a son mouvement d'occident en orient (2). »

Les mêmes opinions sont exprimées par Porphyre, dans son traité de VAbstinfnce de la chair des animaux : il dit que ce Scarabée est honoré comme la figure de l'astre du jour.

De tous les auteurs anciens qui ont parlé du Scarabée sacré, Horapollon est celui qui a traité ce sujet avec le plus d'étendue. 11 lui a consacré un chapitre d'un ouvrage mystique {Hiéroqhjphes, liv. I, chap. 10) qui passe pour avoir été traduit de l'égyptien en grec par un nommé Philippe. Voici, d'après un mémoire de [.atreille o), des extraits des principaux passages :

« Tous les Scarabées ont trente doigts, à raison du nombre de jours que le soleil met à parcourir chaque signe du zodiaque. On en distingue trois espèces. La première, .ou le Scarabée proprement dit, présente des rayons et a été par analogie consacrée au Soleil...- Tous les

(1) Latreille, Cours d'entomologie. Roret, 1831, p. 54.

(2) Plutarque, Isis et Osiris, chap. 39, trad. d'Amyot.

(3) Latreille, Des Insectes peints nu sculptés sur les monuments antique'j ii VEgiiple {Mem. du Mus.. 1819, t. V, p. 2i9).

PILULAIHES. — AIEUCHUS. /i09

individus de ce Scarabée sont du sexe masculin. Lorsque l'insecte veut se reproduire, il cherche de la liente de bœuf, et, après en avoir trouvé, il en compose une boule dont la figure est celle du monde ; il la fait rouler avec les pieds de derriOro, en allant à reculons et dans la direction de l'est à l'ouest, sens dans lequel le monde est emporté par son mouvement ; celui des astres se fait dans une direction opposée ou du vent du couchant vers celui du levant. Le Scarabée enfouit sa boule en terre, où elle demeure cachée pendant vingt-huit jours, temps égal à celui d'une révolution lunaire, et pendant lequel la race du Scarabée s'anime. Le vingt-neuvième jour, que l'insecte connaît pour ôtre celui de la conjonction de la lune avec le soleil et de la naissance du monde, il ouvre cette boule et la jette dans l'eau. U sort de cetfe boule des animaux qui sont des Scarabées. C'est par ces motifs que les Egyptiens, voulant désigner un être unigène ou engendré de lui-même, une

naissance, un père, le monde, l'homme, peignaient un Scarabée »

On a cherché à interpréter cet amalgame d'erreurs et de faits réels. La forme orbiculaire de ses boules de fiente faisait de cet insecte le symbole du monde, ainsi que la manière dont on prétendait qu'il les roule, soit dans le sens direct, d'occident en orient, soit dans le sens rétrograde, d'orient en occident, car on trouve les deux opinions dans les auteurs de l'antiquité. Les anciens voyaient bien cet insecte enterrer sa boule ; mais, convaincus d'une génération spontanée, il leur fallait nécessairement supposer que l'insecte venait ensuite la déterrer et la jeter dans l'eau, élément nécessaire pour produire, selon leurs idées, avec le concours de la chaleur, les êtres qui n'avaient ni père ni mère. Latreille explique les trente doigis par l'observation du nombre des cinq articles des six tarses, dont le produit donne trente, et il cite une pierre gravée, du genre nommé ahraxas par les archéologues, figurée par Montfaucon d'après Kircher, représentant un Scarabée ayant à chaque patte antérieure une main étendue à cinq doigts, il faut toutefois faire remarquer que cette ingénieuse déduc^tion de Latreille, vraie pour la majeure partie des Scarabées stercoraires, se trouve précisément inexacte pour les Ateuchus proprement dits; ils n'ont pas de tarse aux membres de devant, et cette atrophie est naturelle, et non le résultat d'un accident de collection, comme on l'a cru longtemps. Les fortes jambes de devant de ces insectes leur servent à fouir la terre pour enterrer les boules, et des tarses grêles eussent été nuisibles pour ce travail.

On comprend donc pourquoi les monuments, les hiéroglyphes représentent, multipliée de mille façons, l'image du Scarabée sacré. Il est ciselé, quelquefois dans des proportions gigantesques, sur les murs des temples, sur les chapiteaux des colonnes, sur les obélisques, gravé sur les pierres précieuses, sur des médaillons, des cachets, des grains de collier ou de chapelet. Cet insecte, toujours mâle, était sculpté au bas des statues des héros pour exprimer la vertu guerrière.

410 COLÉOPTÈliES. — SCARABÉIENS.

exempte de toute faiblesse. L'idée du sexe mâle de tous ces insectes venait de la grande ressemblance entre les deux sexes, et de ce que le mâle travaille aux boules comme la femelle. Selon le docteur Clarke, les femmes mangent encore aujourd'hui, en Egypte, des Atnichus sacer pour se rendre fécondes, car la fécondité est un des attributs du soleil^ dont ces insectes sont l'emblème. Dans le zodiaque de Dendcrah, le Scarabée sacré remplace, dans les signes célestes, le Scorpion des Grecs. Il était aussi le symbole de la transmigration des âmes, et placé dans la tombe des personnes pieuses comme un dieu tufélaire. Une momie rapportée de l'expédition d'Egypte par E. Geoffroy St-Hilaire renfermait un Ateuchus sacer parfaitement conservé. On doit s'étonner de l'oubli d'Hérodote, qui ne parle pas de cet insecte dans son livre II, intitulé Ëuterpe, où il traite de la religion et des mœurs des anciens Egyptiens, et cite longuement leurs animaux sacrés, l'ibis, le chat, le crocodile, etc.

Comme on doit s'y attendre pour un être doué de tant de vertus, il jouait un grand rôle dans la médecine antique. Les empiriques et les mages, c'est-à-dire ceux qui employaient la magie comme moyen de guérison, s'en servaient contre les fièvres intermittentes.

Les monuments antiques du peuple zoophile représentent aussi l'image d'une autre espèce, VA. laticollis, Linn., noire, moitié plus petite que 1'^. sacer, très-commune dans toute l'Europe méridionale, remontant plus haut que l'autre, puisqu'on la trouve dans une bonne partie de la France et de l'Allemagne. Le chaperon a six dents, mais les élytres sont sillonnées et non lisses, double caractère bien sensible sur les amulettes des deux espèces. On le trouve dans diverses parties des environs de Lyon, particulièrement sur les monts d'Or et les coteaux de la Pape. Il est très-rare aux entours de Paris, comme tous les Pilulaires, si réellement il y a été trouvé ; mais cependant les amateurs ont peut-être chance de l'y rencontrer, si c'est bien l'insecte que Geoffroy a connu et appelé le Hottentot. Enfin il est bien probable qu'une troisième espèce recevait les hommages des Égyptiens, et se rattache d'une façon curieuse à leur antique histoire. Horapollon, dans ses récits confus et erronés, dit que le Scarabée sacré lance des rayons analogues à ceux du soleil. Latreille avait d'abord supposé que les six dentelures du chaperon représentaient les rayons de l'astre ; mais une intéressante découverte amena une hypothèse plus vraisemblable, et qui nous fait comprendre pourquoi les images de cet insecte nous présentent souvent des traces d'une ancienne dçrure. En 1819, M. Cailliaud, de Nantes, dans son voyage au Sennaar, découvrit à Méroé, sur le Nil Blanc, un autre routeur de boules, retrouvé depuis dans les mêmes pays par M. Botta, ressemblant beaucoup pour la forme aux précédents, mais, au lieu de leur robe obscure, orné d'une éclatante couleur verte, prenant sur certaines parties une teinte dorée, analogue en conséquence par ses reflets aux rayons de l'astre du jour.

PILULAIRES. — ATtUCllUS. 411

« Un jour, dit Cailliaud (1), que je chassais les oiseaux, à une lieue de Sennâr, sur la route de Faybali, le hasard offrit cà mes yeux le fameux Scarabée sacré des Égyptiens. Cet insecte est d'un vert parfois éclatant ; son corselet est nuancé d'nne teinte cuivreuse à reflet métallique, ce qui se rapporte parfaitement à ce que disent Horapollun et Élien, qu'il était doré et rayonnant. Ce Scarabée est fidèlement représenté dans les peintures de plusieurs monuments, et sur les caisses des momies les plus anciennes je l'ai toujours vu colorié en vert et jamais en noir. Cependant un Scarabée qui se trouve aujourd'hui en Egypte, et qui a cette dernière couleur, a été regardé par les modernes comme

le vrai Scarabée sacré » MM. Cailliaud et Latreille admirent

comme très-probable que les Égyptiens, originaires de l'Ethiopie ou des régions élevées de la vallée du Nil, ont adoré d'abord ce brillant Scarabée; puis que leurs descendants, remontant peu à peu vers le nord à mesure que la population accrue mettait en culture progressive le delta du Nil, confondirent dans une vénération commune l'insecte doré de leurs ancêtres avec son noir congénère qu'ils retrouvaient seul dans la Basse-Egypte.

Cependant Ch. Nodier a élevé des doutes sur ce que cette interprétation aurait de trop absolu (2). Il croit d'abord que l'insecte de M. Cailliaud n'était pas absolument inconnu des modernes ; mais c'est à tort, car il le confond avec le Gyinnopleurus profanusl Fabr., de la côte de Guinée, également d'un vert brillant. En outre, s'il y a des Scarabées cà amulettes dorés, il en est de verts, de bleus, de rouges, de fauves, ou de la couleur naturelle de la terre de potier ; ces colorations n'auraient donc pas de rapport avec la couleur des espèces réelles. La véritable idée du Scarabée sacré ne se rapporte pas à une individualité distincte, mais à plusieurs espèces. Horapollon en reconnaît trois, et Pline encore plus.

Quoi qu'il en soit de ces discussions archéologiques n'intéressant que les érudits, Latreille a donné cà la troisième espèce d'Ateuchus dont nous avons parlé, le nom d'J. /Egijptiorum, Latr. (pi. xxiv, fig. 1). Outre la couleur si caractéristique, l'espèce diffère par divers détails de VA. sacer. La taille de cet insecte varie beaucoup, de 18 à 45 millimètres, de longueur.

Nous représentons des détails de l'-'l. sacer pi. xxiv, fig. 2, tête vue en dessous; 2 a, labre; 2 6, mandibule; 2 c, mâchoire et palpe; 2 d, lèvre inférieure et palpes ; 2 e, antenne.— En 1856, on a rencontré près de Paris, au mois de mai, mais tout à fait accidentellement, une

(1) Cailliaud, Voyage à Méroé, au fleuve Blanc. Paris, impr. royale, 1827, t. II, p. 311, et t. IV, p. 279.

(2) Ch. Nodier, Mélanges tirés d'une petite bibliothèque (Paris, Roref, 1829) : « Interprétation des hiéroglyplies. Reclierches archéologiques et entomologiques sur le Scarabée des Égyptiens, etc. »

/il 2 COLÊOPTÈRKS. — SCARABÉIENS.

quatrième espèce, à Ateuchus , VA. semipunctatus . Kabr., qui est du pourtour méditerranéen et noir. Il se trouvait dans des souches abandonnées par l'inondation de la Seine. I.es détritus que laissent après eux les fleuves débordés lors des grandes crues sont une source de riches trouvailles, et l'amateur intelligent ne doit jamais négliger de les explorer. Il y a transport d'espèces d'autres localités, cl en outre certaines espèces, habitant d'or.linaire d'inaccessibles retraite?, ne se présentent à nous que lorsque les eaux les ont violemment arrachées à leurs demeures : de même que ces rares castors du Rhône qu'on trouve parfois éperdus et troublés, sur les quais de quelque ville de Provence, après les inondations redoutables du fleuve.

Le genre Ateuchus, qui n'intéresse pas moins l'érudit que le naturaliste, comprend une soixantaine d'espèces, de toute l'Europe méridionale, du Caucase, de toutes les régions de l'Afrique, de l'Arabie, de la Tartarie, de la Perse, des Indes orientales et de Ceylan.

l^lSYPHl'^i, Latr. — Cliaperon subhexagonal, échancré en avant. Antennes de huit articles, avec massue lamelleuse de deux articles. Arrière-tronc très-court et très-épais, triangulaire, et élytres de même forme. Jambes postérieures extrêmement longues, courbes en dedans, à cuisses débordant l'abdomen; tarses antérieurs courts, existant dans les deux sexes.

Ces insectes, d'un noir mal, des mêmes pays qiie les précédents, avec la Chine en plus, et une espèce égarée du Mexique, S. mi'xicanus, Harold, volent à la façon des Cétoines, en glissant les ailes hors de leurs élytres fermées. Il en est une espèce, très-commune dans toute l'Europe méridionale, et qui se trouve quelquefois, mais rarement, près de Paris. C'est le S. Schafferi, Linn., nommé par Geoffroy le Bousier araignée, à cause de ses longue ^ pattes grêles, noir mat, à élytres striées, de 7 ù i'2 millimètres. La mythologie a fourni à Latreille le nom de ce genre, en souvenir du filsd'Éole ei d'Énarète, condamné à rouler au sommet d'une montagne un rocher qui lui échappait toujours au moment où il croyait toucher au terme de ses peines. On peut dire en efï'et, du S'. Schnfferi, qu'il a la monomanie du jeu de boules ; sans relâche on le voit occupé à en construire ou à en rouler, et souvent il satisfait son instinct à peu de frais, avec des crottins de chèvre. Ce noir et bizarre insecte vit dans les matières les plus rebutantes, se délecte d'excréments humains, marche gauchement à cause de ses longues pattes postérieures, et se plaît sur les terrains en pente, les coteaux insolés. Les Sisyphes ont fourni à M. .Mulsant d'intéressantes observations. « J'avais placé, écrit-il, des Sisyphes dans un vase recouvert d'une cloche de toile métallique; je leur avais fourni les matériaux nécessaires pour leur travail, rnais ils avaient beau façonner des pilules, ils ne pouvaient les conduire bien loin. L'un d'eux finit par grimper sur le treillis, emportant avec ses pieds postérieurs, et

PlLULAÎflKS. — G\.\LNOFLEUaUS, CANTHON. M3

Sun globule, e( la femelle qui lui aidait précédemment à le faire rouler. 11 parvint ainsi, avec plus ou moins de peine, jusqu'au dôme de cette espèce de voûte : là sa petite boule lui ccbappa ; il se laissa tomber aussitôt pour la rejoindre. Plusieurs fois le même fait s'est renouvelé sous mes yeux avec les mêmes circonstances. » On peut consulter, pour l'étude des espèces de ce curieux genre, la Monographie du genre Sisyphe, par Gory (br. in-8°, 1 pi., Paris, 1833),

<iYM!*fOPl.El!lHJS, Illig. — Chaperon faiblement sinué ou muni de deux, quatre, six dents. Antennes de neuf articles, la massue de trois. Élytres rétrécies d'avant en arrière, fortement échancrées sur les côtés au-dessous des épaules.

Les Gymnopleures se reconnaissent sans peine en ce que les flancs du premier arceau ventral sont mis à découvert par le sinus ou rétrécissement brusque des élytres. L'espèce la plus répandue en France est le G. Mopsus, Pallas, ou pilularius, Fabr., de tout le sud de l'Europe, nommé par Geoffroy, Bousier à couture, lisse et noir. II se prend trèsrarement aux environs de Paris ; il y a quelques années, les amateurs parisiens en capturèrent un certain nombre à Asnières. Il abonde aux environs de Lyon. Ces insectes vivent rassemblés en troupes plus ou moins considérables, et couvrent de leur multitude les déjections des Solipèdes et des Ruminants ; mais, à peine les approche-l-on, surtout à l'ardeur du soleil estival, qu'ils s'envolent avec facilité, au point que, en un instant, on n'en trouve plus un seul. Il parait qu'on prend un peu plu.s souvent, aux environs de Paris, l'autre espèce française, le 6'. flagellatus, Fabr., noir, plus rugueux que le précédent, comme lui de 10 à 15 millimètres. M. Boulard l'a trouvé plusieurs fois, notamment une fois suivant un troupeau de moutons pour se jeter sur les crottins, aussitôt qu'ils tombaient sur le sol. Les deux espèces se prennent près de Pithiviers. Les Gymnopleures, comptant envii'on soixante espèces, sont propres à l'ancien continent, et la plupart des espèces exotiques sont ornées de belles couleurs métalliques. Il faut joindre Java àuv pays de l'ancien monde qui les renferment, comparativement aux deux genres précédents.

CAMTllOIV, Hoffmannsegg. — Chaperon subparabolique, sinué ou bidenté, parfois quadridenté en avant. Antennes de neuf articles, la massue de trois. Les quatre jambes postérieures plus ou moins arquées; tarses fortement comprimés, les antérieurs très- courts.

Ces insectes, au nombre de plus de cent espèces, existent dans toute l'Amérique et les îles annexées, et y remplacent les Gymnopleures. Ils s'étendent de la Patagonie assez avant au nord. Leur taille est moyenne; ils sont glabres dessus et dessous, de forme courte et subovule, de

couleur variée, souvent métallique. Ils fréquentent les bouses; mais on trouve aussi certaines espèces sur les feuilles et dans les plaies des arbres, d'après les observations de Lacordaire et d'Alc. d'Orbigny : par exemple le C. moniliferum, E. Blanch., de Bolivie et du Pérou.— Nous figurons une espèce d'un beau vert brillant, le C. viride, Palisot Beauv., des Etats-Unis, pi. -xxiv, fig. h; ha, patte intermédiaire (jambe et tarse). A côté des Coni/ion se placent encore plusieurs genres américains à espèces nombreuses : Deltochilum, Eschsclioltz, Canthidium, Erichson, Chœndium, Audinet-Serville, Pinotus, Erichson.

COPRa<:ci'§i, Reiche. — Chaperon semi-circulaire, avec son bord antérieur bidenté, cachant les organes buccaux. Élytres subsemi-orbiculaires. très-convexes, recouvrant tout l'abdomen ; pas d'ailes inférieures. Tarses antérieurs très- courts. Pygidium entièrement replié sous l'abdomen et subhorizonlal.

Ce caractère du pygidium et l'absence d'ailes donnent à ce genre, ainsi qu'au genre Mentophilus , Casteln., également australien, un caractère spécial parmi les Pilulaires routeurs de boules. Le genre Coprœcus a été établi sur un insecte encore unique dans les collections, le C. hemisphœricus, Péron (pi. xxiv, fig, 3; 3 a, jambe et tarse postérieurs). Il est d'un noir terne , le corselet finement rugueux, les élytres ayant chacune six côtes peu saillantes, avec l'intervalle finement ponctué et une carène marginale, le dessous noir. Cet insecte fait partie depuis 1803 de la collection du Muséum, et provient des côtes occidentales de la Nouvelle-Hollande, explorées dans la célèbre expédition aux terres australes, entreprise sous le consulat. Le type de Péron est mutilé et manque d'antennes et de pièces buccales.

Les Coléoptères coprophages qui se présentent maintenant à notre élude peuvent se caractériser par le nom de Bousiers proprement dits. Lacordaire assure qu'il en est qui construisent des boules aussi parfaites que celles des Pilulaires Ateuchides, notamment chez les Copris et les Ontophayus, mais sans les rouler sur le sol, manœuvre que ne leur permet pas la structure de leurs pattes postérieures. Ces boules à œufs seraient déposées au fond des retraites; d'autres se contenteraient d'ajouter à l'œuf enfoui assez de matière stercoraire pour nourrir la larve (1). Je ne sais si une confusion n'a pas été faite entre des boules construites par les adultes pour la larve, puis pour la nymphe, ou des ctfques nymphales faites par la larve parvenue à son terme ; car l'exemple cité par Lacordaire au sujet des boules du C. Midas, grande espèce des Indes orientales, n'est pas probant. En effet (2), rapporte le

(1) Lacordaire, Gênera des Coléoptères,- l. III, 1856, p. 63 et 87, Roret, Paris

('2) Sykes, Trons. of the Entom. Soc . of Lmdort , t. I,.p. 130.

coPRis. M 5

colonel Sykes, ou trouva à Pooua, en extrayant du sable, des boules dures et fermées ; elles furent d'abord prises pour des boulets de pierre, et renfermaient des nymphes qui donnèrent naissance, au bout de plus d'une année, au C. Midas. Mais il ne mentionne pas avoir vu les adultes en façonner de pareilles. Cette grande espèce, du genre actuel Heliocopris, Hope, est très-répandue ; car elle est, aux Indes orientales le H. Midas, Fabr., en Nubie gigas, Linn., en Egypte Isidis, Latr., en Arabie bubalus, Schonherr, en Cafrerie pj/ramû/ews, Ziegler. La bouche de ces insectes, comme celle des Coprophages pilulaires, montre qu'ils ne peuvent manger que des matières semi-liquides ou très-molles. Les jambes intermédiaires et postérieures sont plus ou moins robustes et dilatées à l'extrémité, ce qui n'a pas lieu chez les Pilulaires qui sont moins fouisseurs ; les tarses diminuent graduellement de largeur de la base au sommet, et les antérieurs manquent quelquefois, surtout chez les mâles. La tète et le prothorax sont trèssouvent munis de cornes ou de tubercules, surtout chez les mâles. Les différences sexuelles sont en général très-prononcées. L'abdomen a six segments en dessous, tous soudés.

GENRES PRINCIPAUX

COPRlJ^, Geoffr. — Front muni ordinairement d'une corne chez les mâles et d'une carène transversale cliez les femelles. Antennes de neuf articles, les trois derniers en massue. Corselet cornu ou tubercule en dessus chez les mâles, impressionné ou muni d'une carène transversale chez les femelles ; pas d'écusson. Tarses antérieurs grêles, existant dans les deux sexes.

L'étude du genre Copris est malaisée par suite du grand nombre de ses espèces, des modificalions continuelles, dans une même espèce, des armatures de la tête et du corselet, enfin des profondes différences entre les sexes. Tous les Copris sont de couleur foncée, en général d'un noir brillant. Ils s'écartent peu des bouses dans lesquelles ils vivent, et se pratiquent au-dessous une retraite, les petites espèces en grattant superficiellement le sol, les grandes en y creusant des trous qui ont souvent plus de 30 centimètres de profondeur. Il y a environ cinquante espèces du genre tel qu'il est réduit actuellement, principalement des régions chaudes de l'ancien monde, et quatre de l'Amérique septentrionale, ainsi le C. minutus, Drury. Ces insectes volent rarement, et font entendre une stridulation en frottant le bord postérieur des élytres contre les arceaux supérieurs terminaux de l'abdomen (propygidium et pygidium). Le plus souvent les œufs sont' pondus dans les trous de retraite sous les bouses et entourés de matière cxcrémentitielle ; il en est qui, dit-on, les placent dans des boules parfaitement fabriquées, mais non roulées. On trouve très-communément, dans les province:^ méridionales de la France et de l'Europe, le C. lunaris, Lin.,

existant aussi dans l'Algérie et le Caucase^ et remontant même en Angleterre, à corps épais et ccnvexe, noir, très-luisant, avec un chaperon semi-circulaire légèrement incisé au milieu antérieurement, et portant une corne élevée, longue, recourbée et pointue dans le mâle, courte et tronquée dans la femelle, dont Olivier avait fait à tort une espèce sous le nom de C. emaryinattis. Le corselet, tronqué en avant et offrant en arrière un contour en demi-lune, porte trois cornes, celle du milieu large, obtuse, bifide ; les élylres portent huit sillons longitudinaux. L'espèce existe assez rare près de Paris, et paraît rechercher de préférence les crollins de chevaux dans les lieux sablonneux. Geoffroy l'appelle le Bousier capucin. —ISoas figurons une espèce de Java, le r. bellator, Chevrolat, pi. xxiv, fig. 10, décrite dans le texte de Vlçon. de Guér.-Mén. (p. 81). Citons encore le C. hispa7ius, Linn., ou paniscus, Fabr., de l'Europe méridionale.

1»H.*I1'^BS, Mac Leay. — Front des mâles ordinairement muni d'une longue corne, remplacée par une carène transversale chez les femelles. Pattes trèsrobustes ; tarses antérieurs nuls chez les mâles, très-petits et parfois aussi absents chez les femelles.

Les Phanœus sont des insectes des deux Amériques, sauf le contour arctique, ayant les formes robustes des Copris, dont ils partagent les mœurs. Comme eux aussi ils produisent une stridulation en frottant l'abdomen contre les élytres.

Beaucoup recherchent les excréments, ainsi ceux des Tapirs, mais ne creusent pas de trous en dessous ou des trous très-peu profonds. 11 en est qui, par une différence de régime, recherchent les matières animales décomposées, ainsi les poissons rejefés au bord des fleuves (ex. : P. Milon, E. Blanch., de la Plata) ; ils ont alors l'odeur musquée et fétide à la fois propre aux ^écrophores et aux Silphes. Certains Phanées du Paraguay ensevelissent en quelques heures les cadavres des serpents et des rats. Les Phanées se hâtent tellement à se rendre sur les excréments, qu'ils n'attendent pas toujours qu'ils soient entièrement déposés, et que leur arrivée subite causa plusieurs fois une frayeur involontaire aux Européens nouvellement débarqués dans l'Amérique du Sud.

A la différence des sombres Copris, les couleurs des Phanœus sont presque toujours brillantes et métalliques. Nous figurons la plus éclatante espèce du genre, le P. imperafor, (^hevr., de l'intérieur du Brésil (pi. XXIV, fig. 8 ; S a, lèvre inférieure et palpe). Ce splendide insecte a été rencontré dans le Tucuman et le Corrienles par Lacordaire et A. d'Orbigny. La tête, à chaperon bidenté et bordé de noir, est d'un cuivreux doré très-écjatant, et porte postérieurement une petite corne noire. Le corselet, d'un cuivreux doré, bosselé, offre au milieu deux larges taches noires élevées, et des impressions noires

EURYSTERNUS, ONTOPHAGUS. 417

latérales et basilaires. Les élytres, d'un bleu verdâtre dans leur moitié basilaire, ont le reste d'une splendide couleur d'or poli, ainsi que les cuisses ; le reste des pattes et le dessous du corps sont noirs. Le P. splendidulus, Fabr., s'étend du Brésil à la Patagonie.

EDRVSTERWUS, Daim. — Tête reçue au repos dans des excavations inférieures du corselet. Antennes de neuf articles, à massue de trois articles. Écusson en triangle allongé. Tarses antérieurs très-courts.

Ce genre, de couleurs sombres, de mêmes mœurs que les Copris, comptant seize espèces, qui fréquentent les excréments et les plaies des arbres, est propre au Mexique, à la Guyane, au Brésil, à la Colombie, au Venezuela. Les Eurysternes se trouvent surtout dans les bouses de vacbe^ mais sans y creuser de trous, et volent le jour. — Ex. : E. fœtidus, G.-Mén., de l'intérieur du Brésil (pi. xxiv^ tig. 5; 5 a, profil), généralement sali par des matières terreuses.

Viennent ici se placer : le genre Bubas^ Muls., sans écusson, avec deux espèces noires de 12 à 20 millimètres, bicornes chez les mâles, du midi delà France; les B. bison, Linn., et bubalus, Oliv., et le genre Onitis, Fabr., à tête sans cornes, à petit écusson, comprenant une quarantaine d'espèces des régions chaudes de l'Afrique et de l'Asie^ avec trois espèces du contour méditerranéen, les 0. hungaricus, Herbst, Jon, Oliv., et Olivieri, lUig.

OIVTHOPHA.GUS, Latr. — Tète cornue ou carénée chez les mâles, en général carénée chez les femelles ; antennes ayant neuf articles, la massue de trois. Corselet grand, en général cornu ou tubercule chez les mâles, assez souvent chez les femelles ; pas d' écusson.

Les Onthophages sont très-nombreux en espèces, plus de trois cents. Leur taille est moyenne, souvent petite. Outre les bouses, où on les trouve ordinairement réunis en grand nombre, ils paraissent rechercher les matières animales, et certaines espèces sucent les plaies des arbres. Us volent avec facilité, surtout au soleil ; ils ne s'enfoncent pas d'habitude dans le sol, comme les Copris. A l'époque de la reproduction, les femelles creusent des trous et y enterrent leurs œufs, avec des amas de matières fécales, que certaines espèces, d'après Lacordaire, savent façonner en boules. On trouve ces insectes surtout dans l'ancien monde, dans ses parties chaudes et tempérées, et aussi dans les deux Amériques, l'Australie, la Tasmanie, la Nouvelle-Guinée et à Madagascar. Les espèces les plus communes, de toute l'Europe méridionale et du Caucase, et qu'on peut trouver aux environs de Paris, sont : 0. tourM5,Linn., noir, avec très-nombreuses variétés locales, dont l'une

418 COLÉOPTÈRES. — SGARABÉIENS

d'Angleterre, çf bovillus, Muls., de 7 à 12 millimètres de longueur, finement ponctué, ayant sur la tête deux très-longues cornes arquées chez le mule, deux lignes élevées transverses chez la femelle {Bousier à cornes retroussées, Geoffr.). 0. vacca, Linn., de même taille, variant du vert cuivreux au noir bronzé, à élytres jaunâtres à points verts, avec une pointe formant comme deux petites corne- sur la tête du mâle {Bousier à deux cornes, Geoffr.), une simple ligne sur celle de la femelle. Cette espèce, dont une des nombreuses variétés remonte jusqu'en Suède, préfère les bouses de vache. 0. Schreberi, Linn., noir, de 5 ù 7 millimètres, finement ponctué, à élytres striées avec deux taches rouges {Bousier à points rouges, Geoffr.). Il est des espèces dont les femelles ne savent pas faire de boules autour de leurs œufs, mais qui y suppléent par la ruse. Ainsi, en Provence, se rencontre VO. maki, Illig., noir, à élytres testacées et corselet cuivreux à quatre pointes. Il se précipite brusquement sur les pilules que roulent les Ateuchus, pénètre dedans avec une extrême rapidité, et se laisse ensuite entraîner et enfouir avec elles par leurs constructeurs (M. Mulsant, Jacquelin du Val). Les mêmes mœurs ont été observées dans une espèce du Caucase, 0. trochiscobius, Kolenati. — x\ous figurons une espèce exotique, du Sénégal, 0. rarus, G.-Mén. (pi. xxiv, fig. 6), et les détails de VO. vacca, Linn. (pL xxiv, fig. 7, antenne; 7a, mâchoire et palpe; 76, lèvre inférieure et palpes).

oiilTICELLUS, Lep. Saint-Fargeau et Aud. Serv. — Mêmes caractères que le genre précédent, sauf des antennes de huit articles, un pelit écusson triangulaire et des élytres plus longues.

Les Oniticelles sont en général de petite taille, ont un grand corselet ovalaire et échancré en avant, une couleur jaune terne, avec des taches et des linéoles noires. Les mœurs sont celles desOnthophages. La France en compte deux espèces jaunâtres : 0. flaoipes, Fabr., et paUipes, Fabr. — iNous figurons une espèce du Sénégal et du Cap, 0. ptciits, Ilausmann (pi. xxtv, fig. 9), décrite dans le texte de VIcon. de G.-Mén., page 80, sous le nom de 0. formosus, Chevr.

Les Scarabéiens dont la place naturelle est venue ne sont plus tous coprophages; il en est qui vivent dans la terre, le sable, les détritus végétaux (genres : Ammœcius, Muls.-, Rhyssemus, Muls., Psammobius, Latr., JEgialia, Latr.). Aussi les organes buccaux sont tantôt entièrement cachés par le chaperon, comme chez tous les Coprides, tantôt en partie découverts, forme de passage aux groupes suivants. Les lobes des mâchoires sont en général coriaces et inermes, mais parfois cornés, dentés, ciliés. Les antennes, insérées sous le chaperon, ont neuf articles ; la massue, courte et épaisse, en comprend trois. L'abdomen présenté

APHODIUS. ils

six segments ventraux, tous libres. Ce sont les plus petits Scarabéiens propres surtout aux régions tempérées, et se trouvant dans tous les pays delà terre, et les seuls Scarabées de terre existant dans les régions froides et même boréales (^p/iodiws Lapjjonwm; Gyll., borealis, Gyll.), la Laponie, la Sibérie, le Kamtchatka.

GENRES PRINCIPAUX

APHODIIJN, Illig. — Tête tantôt inerme, tantôt ayant de un à trois tubercules^ surtout chez les mâles; antennes à premier article très-long; écusson de grandeur normale. Éiytres striées, peu convexes, roides et cassantes, recouvrantes. Pattes robustes.

Les nombreuses espèces d'Aphodies, plus de trois cents, vivent toutes dans les excréments ; quelques espèces semblent préférer les matières animales et le terreau riche en végétaux décomposés. Celles de nos pays appartiennent aux Coléoptères les plus printaniers, et voltigent en grand nombre surtout aux approches du coucher du soleil. Elles se jettent sur les bouses des Ruminants aussitôt qu'elles sont déposées, et percent leur surface de trous nombreux ; simulent la mort en contractant leurs pattes et se collant contre terre quand on enlève les bouses. Les femelles, sans industrie, déposent leurs œufs dans la matière où elles vivent et où les larves se développeront. Les antennes de ces larves sont simplement et faiblement arquées. C'est dans les bouses sèches ou au-dessous, à peu de profondeur, que se trouvent les coques à nymphes. Ces insectes sont de tous les pays du monde, môme froids.

On peut diviser les Aphodies d'après la couleur des éiytres. Ils atteignent rarement une taille moyenne : — 1° Espèces à éiytres rouges en tout ou partie : A. fimetarius, Linn., de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, extrêmement commun, long de 6 millimètres, avec chaperon à trois tubercules, corselet noir brillant, et éiytres d'un rouge-brique, striées {Scarabée bedeau, Geoffr.), sortant toujours net et sec des matières stercoraires même liquides, comme d'un bain immaculé; A. quadriguttatus, Herbst, d'Europe et d'Algérie, une des plus petites espèces, noir, à pattes rouges, avec deux taches rouges sur les éiytres. C. Duméril dit l'avoir trouvé dans les lieux sablonneux, particulièrement au Champ de Mars, à Paris. C'est à cette division qu'appartient l'espèce que nous figurons, VA. bimnculatus, Laxm., ou coccinelloides, Pall., de la Russie caucasienne, à éiytres rouges avec une tache noire, à pattes rouges (pi. XXIV, fig. 11; lia, lèvre inférieure et palpes). — 2° Espèces à éiytres livides ou jaunâtres en tout ou en partie : A. merdarius, Fabr., d'Europe, d'Algérie, du Caucase, très-commun, noir; éiytres flaves, striées, à suture noire, ainsi que les pattes. A. conspurcatus, Linn., également très-commun et très-répandu, variant beaucoup, à chaperon tubercule, à corselet, pattes et corps noirs, à éiytres livides et

/i20 COLÉOPTÈRES. — SCARABÉIENS.

striées, tachetées de noir {Scarabée gris des bouses, Geoffr.)- — 3° Espèces à élytres noires ou brunes : A. fossor, Linn., la Tête avinée de Geoffroy, une des plus grandes espèces du genre, atteignant lU millimètres de longueur, très-commun, d'un noir luisant, avec chaperon trituberculé, à élytres noires et striées, quelquefois brunes. A. rufipes, Linn., noir et ponctué, de 12 à 13 millimètres, à élytres striées et ponctuées (le Jaxjet, Geoffr.), avec les pattes rousses. L'A. lividus, Oliv., est devenu cosmopolite, se rencontrant en Europe aussi bien qu'au Bengale, au Cap, aux Antilles, à Ceylan, aux îles Philippines, à la Nouvelle-Hollande, à la Nouvelle-Calédonie. Les Aphodies ont dû être fréquemment transportés avec les végétaux en caisse, contenant de la terre et du fumier d'herbivores.

CHIROU, Mac Leay. — Corps très-allongé et cylindrique. Antennes de nerf articles, pareilles à celles des Aphodius. Élytres allongées, cylindriques, ne recouvrant pas le pygidium libre et obconique. Pattes robustes.

La forme extérieure des Chiron avait fait placer ces insectes dans la famille des Lucaniens, bien que leur massue antennaire ne soit nullement pectinée. Ces insectes sont des régions chaudes de l'ancien continent, de méiamorphoses et de mœurs inconnues. Ils comptent actuellement neuf espèces. Le type est le C. digitatus, Fabr., de forme allongée et cylindrique, qui se trouve aux Indes orientales. — Nous figurons le géant du genre et aussi du groupe de Scarabéiens qui nous occupe, le Ç. grandis, Gory, du Sénégal^ pi. xxv, fig. 2 ; '2 a, tèle vue en dessous; 2 b, labre ; 2 c, membre antérieur (cuisse, jambe, tarse).

Les Scarabées de terre qui doivent terminer l'étude du groupe présentent tous les mandibules et le labre non recouverts par le chaperon. il en est d'abord dont les antennes sont formées de dix articles, la massue en comptant trois ; la languette est membraneuse et bilobée, et l'abdomen offre six segments ventraux.

GENRES PRINCIPAUX

UYBAI.I1IS, Bruit. — Chaperon muni chez les mâles d'une petite corne droite au milieu de son bord antérieur; écusson très-petit. Élytres courtes, convexes, 'arrondies en arrière.

Les Hybales sont de petits insectes noirs ou noir brunâtre, du pourtour méditerranéen. Leurs neuf espèces doivent vivre dans les lieux sablonneux, comme celle qui s'avance jusqu'à l'extrême midi de la France : c'est \'H. Dorcas, Fabr., ou cornifrons, Dej., Brull. (pi. xxv, fig i : la, profil; 1 6, tête en dessus ; 1 c, tête de profil ; 1 d, antenne).

OCHODOEUS, HYROSORUS, LETHRUS. 421

OCHODŒllisi, Lep. Saint-Farg. et Aud. Serville. — Chaperon séparé du front par un sillon. Élytres courtes, peu convexes, arrondies au bout.

Ce genre renferme vingt espèces des deux mondes, manquant aux îles Malaises, dans la Polynésie et l'Australie. 11 est formé de petits insectes qui ressemblent d'aspect à des Nitidules, sont tous d'un fauve testacé ou rougeâtre, se trouvent parfois dans le jour sous les détritus végétaux, et se prennent surtout au vol le soir. Une seule espèce se trouve en France, c'est VO. chrijsomelinus, Fabr. — Nous figurons une espèce exotique, du Sénégal, qui lui ressemble beaucoup et est un peu plus grande, VO. rufus, G.-Mén. (pi. xxv, fig. 6:6a, tête en dessus ; 6 b, mâchoire et palpe; 6c, jambe antérieure et tarse, vus du dehors; 6 d, les mêmes en dedans).

HYBO§iORUS», Mac Leay. — Tête courte; premier article des antennes gros et long, massue globoso-lenliculaire. ftlytres courtes, très-convexes, arrondies en arrière. Pattes robustes.

Les Hybosores sont des insectes ovales, très-convexes, noirs ou d'un fauve vif et brillant, à élytres offrant des stries très-rapprochées. Ils vivent dans le sable et courent avec agilité à sa surface ; on dit que plusieurs espèces fréquentent les excréments humains. Ils sont surtout de l'ancien continent et du contour méditerranéen. Une espèce, d'Egypte, du Sénégal, d'Espagne, s'étend jusqu'au midi de la France, mais y est fort rare. C'est VH. arator, Illig., ou Illigeri, Reiche (pi. xxv, fig. 10; 10 a, tête grossie, vue en dessus; 10 6, bouche vue en dessous ; 10 c, labre ; 10e, jambe antérieure et tarse ; 10 f, massue de l'antenne).

Le caractère spécial et exclusif, parmi tous les Scarabéiens du groupe qui suit, est d'avoir onze articles aux antennes, dont trois constituent la massue de forme variable. Ce sont, parmi les Scarabées de terre, les mieux constitués pour fouir. Leurs mandibules et labres cornés, non recouverts par le chaperon, leurs mâchoires le plus souvent cornées et même dentées, indiquent que ces insectes se nourrissent de substances plus dures ; ceux qui sont coprophages peuven manger les débris végétaux des excréments non décomposés par la digestion. Ce sont les Scarabéiens qui présentent l'abdomen le plus court, tant les arceaux du thorax sont devenus amples pour insérer des pattes à cuisses épaisses, à muscles puissants. Cet abdomen réduit offre six segments ventraux.

GENRES PRINCIPAUX

LETHRl^S, Scopoli.— Tête forte; antennes à massue dont le premier article est en forme de cône creux évasé vers le haut, recevant à l'intérieur le deuxième,

[l22 COLÉOPTÈRES. — SGARABÉIENS.

et celui-ci emboîtant le troisième, de sorte qu'au repos on ne voit que la cupule, et que l'antenne paraît de neuf articles^ se terminant par un bulbe tronqué. Corselet plus large que les élytres, subcylindrique, largement échancré en avant. Élytres subglobuleuses, très-courtes, rebordées, se rétrécissant en arrière.

Les Lèthres sont de très-singuliers insectes, de la faune de l'Asie centrale, répandus de la Sibérie à la Russie méridionale, au nombre de onze espèces. La forme insolite de leurs antennes, avec les articles de la massue en entonnoir, les éloigne des autres Scarabéiens ; aussi C. Duméril les place, à côté des Anthrènes et des Hister, dans une famille hétérogène qu'il nomme Stéréocères ou Solidicornes. Les mâles ont une grande corne au-dessous de chaque mandibule ; la tête et le prothorax égalent au moins en longueur le reste du corps, tant l'abdomen est réduit dans le sens longitudinal. La couleur de ces insectes est d'un noir foncé, parfois bronzé. L'espèce la plus répandue est le L. podûlicus, Fischer (pi. xxv, fig. U, tête du mâle en dessus, avec mandibules cornifères; û a, mâchoire et palpe; U b, massue de l'antenne; U c, lèvre inférieure). Cet insecte habite la Russie méridionale, la Turquie, et s'étend jusque dans l'Allemagne orientale. Fischer, qui l'a observé à Moscou, nous apprend qu'il est très-nuisible à l'agriculture ; sort régulièrement pour aller à la provision, coupe les jeunes feuilles des plantes et les bourgeons au sommet des végétaux cultivés et surtout des vignes, les transporte en les plaçant sur ses pattes postérieures et descendant à reculons le long des tiges, ce qui est aussi son mode habituel de fuir, et les dépose dans des trous en terre creusés à l'avance. Chaque trou est habité par un mâle et une femelle. Le mâle défend sa femelle et son domicile conjugal avec intrépidité contre les mâles non appariés qui cherchent à troubler son ménage. Il s'engage une lutte opiniâtre entre les deux mâles. Le propriétaire s'avance à l'entrée du trou et lutte vigoureusement contre son adversaire, pendant que la femelle, pour interdire la retraite à son époux, le pousse dehors jusqu'à ce que le mâle étranger ait abandonné le champ de bataille. Souvent môme un des deux mâles perd le combat avec la vie. Suivant Koy et Bœhm, la vigne dans le sud-est de l'Allemagne, alors qu'elle commence à développer ses feuilles, n'a pas d'ennemi plus redoutable. Aussi les vignerons poursuivent-ils ces insectes avec la plus grande animosité, et les tuent impitoyablement lorsqu'ils tombent entre leurs mains : on trouve dans la campagne des espaliers entiers garnis de ces insectes pendus ou accrochés et sans vie. Leur nom vulgaire est Schneider, signifiant coupeur, tailleur, d'après leurs habitudes. Les élytres sont soudées , les ailes manquent en dessous. D'après MM. Gemminger et de Harold, une seconde espèce très-voisine, le L. apterus, Laxmann, s'étend de la Hongrie à la Sibérie. Ces deux espèces doivent avoir été souvent confondues, car on leur applique à toutes deux le nom de cephalotes, Pallas. Les mandibules des mâles des Lethrus, cor-

GEOTRUPES. /l23

nifères et bien plus développées que celles des femelles, avaient porté les premiers auteurs qui les connurent, notamment Pallas, à les ranger près des Lucanes ou Cerfs-volants. — Nous figurons une espèce de la Russie méridionale, le L. îongimanus, Fisch. (pi. sxv, fig. 3), à caractères moins accusés.

faKOTR1JPi:§t, Latr. — Tète médiocre; chaperon rhoniboïdal, rebordé; antennes épaisses, à massue formée de lamelles. Élytres ovales-oblongues ou hémisphériques, selon la forme analogue du corps. Pattes robustes.

Les Géotrupes sont des Scarabéiens d'assez forte taille, de couleur uniforme et foncée, mais à reflet métallique noir, bleu foncé, bleu violet, vert plus ou moins cuivreux, et la teinte peut varier dans la même espèce. Ils possèdent des organes de stridulation spéciaux et très-différents de ceux de divers autres groupes de Scarabéiens : c'est une saillie transversalement striée et située au bord postérieur des hanches de la troisième paire, laquelle, quand ces hanches se meuvent, frotte contre le bord postérieur de la cavité cotyloïde, qui est formée, comme d'habitude, par le bord antérieur du premier segment abdominal. Une monographie du genre Géotrupes a été publiée par M. H. Jekel (Ami. Soc. entoni. Fr., 4865).

T;a majeure partie des espèces de Géotrupes présente le corselet inerme. Tels sont, parmi les plus communes, répandues dans toute l'Europe et le Caucase : le G. stercorarius, Linn., à élytres striées, tantôt noir, tantôt bleu, tantôt d'un vert bronzé, brillant en dessus, tandis que le dessous est d'un bleu verdâtre. Sa taille varie de 15 à 25 millimètres. Cet insecte, très-commun, surtout dans les crottins des chevaux et ayant de nombreuses variétés locales, est appelé, par les gens de la campagne, Fouille-merde ou Mère à poux, à cause des Gamases (Acariens) dont il est fréquemment couvert, ainsi que les Nécrophores, les Bourdons, etc. Le G. vernalis, Linn., plus petit, d'un bleu foncé, souvent avec reflets rougeâtres sous certaines inclinaisons, sans fortes stries sur les élytres, répandant une odeur musquée assez prononcée, présentant plusieurs variétés. Ces deux espèces étaient nommées par Geoffroy, le grand Pilulaire et le petit Pilulaire. C'est qu'en effet ils forment, dit-on, avec les excréments des bœufs ou des chevaux, des petites boules qu'ils ne roulent pas, mais où ils enterrent leurs œufs, et le second, d'après Sturm et Kirby, se servirait de crottins de mouton comme de petites boules toutes faites. Latreille assure qu'on employait autrefois ces deux insectes, ou au moins certaines parties de leur corps, 'comme les cuisses, qui ont un brillant éclat cuivreux, dans la coiffure des dames. En continuant la revue des espèces vulgaires, nous rencontrons le G. sylvaticus, Panz., ressemblant au stercorarius, mais d'une couleur plus bleue, de 12 à 18 millimètres. Cette dernière espèce se trouve dans les bois, au milieu des Bolets, et sa larve

tl'lU COLÉOPTÈRES. — SCARABÉIENS.

vit de la bouillie qui résulte de la pourriture de ces gros champignons. Les deux autres espèces, ainsi que la plupart des Géotrupes, vivent exclusivement dans les excréments des herbivores et aussi dans ceux de l'homme. — Nous figurons une espèce du même groupe, le G. Blackburni, Fabr. (pi. xxv, flg. 5), d'un beau vert doré métallique, de l'Amérique du Nord. D'autres Géotrupes, moins nombreux en espèces, ont le corselet armé d'une à trois cornes, rudimentaires chez les femelles : ainsi le G. Typhœus, Linn., d'Europe et d'Afrique (s. -g. Minotaurus, Muls.). C'est le Phalangiste de Geoffroy, par la ressemblance de ses trois cornes du corselet avec les piques de la phalange macédonienne.

Les Géotrupes volent le soir, par les soirées chaudes et calmes de l'été, en faisant entendre un bourdonnement sourd, et le laboureur qui regagne sa chaumière en augure à bon droit du beau temps pour le lendemain. Ils rasent la terre d'un vol court, sinueux et mal dirigé, se frappent souvent contre les obstacles et retombent étourdis. Ils creusent sous les amas stercoraux des trous verticaux ou obliques, ayant parfois plusieurs décimètres de profondeur, à l'ouverture desquels Is se tiennent pendant le jour, occupés à satisfaire leur appétit, et prêts à s'y réfugier en cas de danger. Ils sont très-utiles en intercalant ainsi les engrais dans le sol. Le soir, ils chargent leurs trachées d'air, en refoulant le fluide dans les stigmates par des mouvements de leurs élytres, se dressent sur leurs pattes de derrière et prennent leur essor; mais souvent leur premier coup d'aile, frappant l'air avec trop de force, les rejette en arrière sur le dos, et ils doivent s'y reprendre à plusieurs fois. Ils se renversent sur le sol, si l'on cherche à les saisir, et contrefont le mort en étendant leurs paltes, qui demeurent inflexibles, sans doute pour dégoûter les oiseaux, surtout les corneilles, qui ne mangent que des insectes vivants ; toutefois cette ruse ne saurait les garantir des attaques de tous les oiseaux, dont plusieurs espèces leur font une guerre acharnée. On dit même, mais je laisse à Latreille la responsabilité du récit, que l'Écorcheur ou Pie-grièche {Lanius collurio, Gmel.) les emporte en grand nombre et les embroche aux épines du Prunellier, pour les retrouver, dans ce garde-manger rustique, quand la faim se fait sentir. On dit aussi que le Nécrophore germanique attaque parfois et tue les Géotrupes.

Les métamorphoses du G. slercorarius ont été bien observées par M. Mulsant. Voici sa description (1) ; « Quand la femelle se prépare à sa ponte (ce qui, pour le plus grand nombre, a lieu en automne), elle creuse un trou quelquefois de l\0 centimètres de profondeur, et même plus. On dirait qu'en descendant aussi bas dans le sol, elle prévoit que les jours de la larve dont la naissance aura lieu pourraient être menacés par la bêche du jardinier ou la charrue du laboureur, si elle rapprochait davantage de la terre la demeure qu'elle lui pré-

(4) Mulsant, Coléoptères de France, Lamellicornes, 1842, p. 345.

ATHYREUS. (125

pare. Les mandibules cornées, qui font à peu près l'office d'un groin de porc, ses pattes, les antérieures surtout, fortes, tranchantes et dentelées, sont les instruments que lui a donnés la nature pour parvenir à son but. Avec leur aide, l'espèce de puits qu'elle entreprend est bientôt achevé. Il est probable qu'elle y monte et descend plusieurs fois pour percer la paroi de cette galerie verticale et lui donner une dureté analogue à celle du pisé. Ces préparatifs terminés, elle construit dans le fond, et le plus souvent avec de la terre, une sorte de nid ou de coque ovoïde ouverte d'un côté. Dans ce berceau artistement uni à sa paroi interne, elle colle un œuf blanchâtre de la grosseur d'un grain de froment ; puis elle entraîne et entasse au-dessus de la niche qui a reçu son dépôt les matières stercorales placées à sa portée, de manière à en former une espèce de saucisson de 10 à 12 centimètres de longueur. On en trouve quelquefois deux, rarement trois sous une même bouse. Le nombre des pontes semble assez limité. L'œuf déposé reste à peine huit jours dans cet état. 11 en sort bientôt une larve, analogue pour la forme à celle du Hanneton, d'une couleur ardoisée, et revêtue d'une peau dont la délicatesse craindrait les moindres injures. Heureusement elle n'en a pas à redouter. Elle s'engraisse en s'élevant progressivement dans l'espèce de tuyau rempli d'aliments à sa convenance. Quelque temps après a lieu sa dernière métamorphose. Quand la ponte se fait dans le milieu ou vers la fin de l'automne, la transformation en insecte parfait s'opère au commencement du printemps, ou même quelquefois vers la fin de l'hiver, si le temps est doux. » Certains auteurs affirment que les larves desGéotrupes nuisent à l'agriculture, en ce que, se nourrissant d'abord des bouses qui les entourent, elles s'enfoncent ensuite dans d'autres directions, et dévorent les racines des plantes, comme les larves de Hannetons. Les observations précédentes de M. Mulsant rendent cette croyance peu probable.

Les Géotrupes ont près de quatre-vingt-dix espèces dans les divers pays des deux mondes, surtout de l'ancien; elles manquent en Malaisie, en Polynésie et en Australie.

ATllYREl'S, Mac Leay. — Tête allongée; chaperon muni d'une carène dentelée; antennes à massue grande et lenticulaire. Écusson très- étroit. Élytres courtes, très-convexes, rétrécies en arrière. Hancties intermédiaires fortement écartées, tandis qu'elles sont contiguës, ou du moins pas plus écartées que les hanches des autres paires, dans les Scarabéiens du même groupe. Métasternum ayant au milieu un disque.

Les Athyrées sont des Coléoptères exotiques des régions chaudes des deux mondes, mais peu fréquents en Afrique, toujours rares, de moyenne taille, la plupart de couleur brune ou d'un fauve terne, volant le soir à ras du sol, et creusant des trous profonds sous les bouses. Us comptent une quarantaine d'espèces. Nous représentons une

espèce du Brésil, 1'^. tridentatus, Mac Leay, var. castaneus, G.-Mén., de Cuba (pi. XXV, fig. 7; 7 a, corps en dessous, montrant les derniers caractères indiqués pour le genre). Elle est d'un fauve marron assez vif, avec trois tubercules sur le corselet, les élytres ponctuées et velues et tout le dessous du corps garni de longs poils jaunes.

B01,B0CERi%f!(, Kirby. — Caractères pareils à ceux des Athyreus,3.\ec quelques différences. Corps plus court, plus globuleux que chez les Athyreus ; écusson en large triangle (caractère très-différent). Élytres régulièrement striées (caractère très-différent). Hanches intermédiaires contiguës ou peu séparées.

Ce genre renferme plus de quatre-vingts espèces des deux mondes et d'Australie. La tâte et le corselet des Bolboceras sont souvent pourvus de carènes, de cornes, de tubercules, souvent très-bizarres chez les mâles, s'oblitérant chez les femelles. Les plus curieux sous ce rapport sont de l'Australie. Ces insectes sont habituellement d'un fauve plus ou moins vif. Cette couleur est très-accusée dans l'espèce figurée, qui est du Sénégal, le B. fulvum, Gory, décrit dans l'/co/i. de Guér.-Mén., page SU (1) (pi. xxv, tig. 8 ; 8 a, corps grossi et vu en dessous, pour montrer la différence avec les Athyreus; 8 b, tète en dessus ; 8 c, tête en dessous ; 8 d, mâchoire et palpe ; 8 e, antenne, la massue étalée).

Les Bolboceras sont très-peu nombreux en Europe et peu répandus. Us sont de forme globuleuse, à téguments luisants et glabres supérieurement, à élytres régulièrement striées. Chez les mâles le corselet a des dents ou des saillies en avant, et la tète une corne plus ou moins développée ou modifiée, mais immobile. Parmi ces petites espèces de Bolboceras européens, nous citerons le B. wiicorne, Schrank, d'Angleterre, de France, d'Allemagne ; le B. gallicum, Muls., du midi de la France, d'Espagne, d'Algérie. Long de 12 millimètres environ, il est globuleux et tout noir, se trouve dans des trous profonds ou dans les Truffes.

On a détaché du genre Bolboceras quatre curieuses espèces d'Europe et d'Amérique tempérées, pour en faire le genre Odontœus, Klug. Les types sont: 0. mobilicornis, Fabr., très-rare, de toute l'Europe, long de 8 millimètres, brun, fauve en dessous, et 0. fUicornis, Say, de l'Amérique du Nord. Elles offrent sur le front des mâles une très-longue corne grêle, étroite, articulée dans une sorte d'espace membraneux, et mobile pendant la vie, particularité sans autre exemple connu parmi les Coléoptères. Tous ces insectes se prennent le plus souvent au vol, à l'entrée de la nuit, comme les Athyrées. On les rencontre aussi sous les excréments à demi desséchés de l'homme et des herbivores dans des trous profonds. Les Bolboceras d'Europe et les Odontées sont toujours fort rares. Jacquelin du Val dit, à propos de YO. mobilicornis, que le corselet est bituberculé en avant au milieu, chez les mâles, avec

(1) Ce n'est peut-être pas une autre espèce que le D. senegalense, Cast.

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