V. — MORDELLIDES
Organes buccaux très-variables, parfois atrophiés, sauf les palpes labiaux. Tête infléchie ou verticale, venant s'appuyer, au repos, contre les
ùOh COLÉOPTÈRES. — CANTHARIDIENS.
hanches antérieures, munie postérieurement d'un cou très-brusque et Irrs-élroit, mais entièrement engagé dans le corselet et invisible extérieurement. Antennes de onze articles, très-rarement de 10, filiformes, •dentées en scie, pectinées ou même flabellées, d'insertion variable. Corselet plus ou moins atténué en avant, et postérieurement de la largeur de la base des élytres. Élyfres variables, parfois déhiscentes ou même abrégées, avec les ailes inférieures dans ce cas non repliées sous elles, rarement les unes et les autres nulles chez les femelles. Tarses hétéromèresj àpénultièmearlicie variable, à crochets variables, simples, dentés, pectines ou fendus également.
I.es Mordellides constituent un groupe très-naturel et répandu dans toutes les régions du globe. Si les mœurs sont variées à. l'étal de larve, on peut dire qu'à l'état adulte, à part quelques espèces qu'on ne trouve que sur le tronc des arbres ou dans le détritus de leur intérieur, les Mordellides fréquentent les fleurs, et surtout, en Europe du moins, les Ombellifères. Ce sont des insectes très-vifs et très-agiles, sautant aisément et se retournant brusquement sur eux-mêmes, de manière à échapper très-facilement aux doigts qui veulent les saisir. L'aspect général est très-constant et frappe les yeux par la forme voûtée du corps ; la taille est au plus médiocre, souvent petite ; le corps allongé, épais, régulièrement rétréci d'avant en arrière et arqué en dessus, avec le corselet et la tête inclinés, invisibles ou à peu près d'en dessus. Les téguments sont solides et revêtus d'une fine pubescence couchée et soyeuse; les couleurs ne sont pas métalliques, sont souvent uniformes, et les dessins, quand il en existe, sont des taches ou des bandes blanches ou jaunâtres, et pouvant s'offrir à la fois sur les élylres, le corselet et les flancs.
GENRES PRINCIPAUX
MORDElil.A, Linn. — Yeux non échancrés. Palpes maxillaires allongés, à second article long, à quatrième article sécuriforme. Tarses antérieurs et intermédiaires à pénullicnie article plus ou moins échancré au sommet ; leurs crocliels fendus en deux branches subégales, l'une d'elles dentée; pygidium prolongé en une saillie conique.
Les Mordellessont nombreuses en espèces, plus de cent, et répandues en Europe, dans les deux Amériques, à Ceylan, aux îles Woodlark et Lifu, à la Nouvelle-Guinée, en Australie, à la Nouvelle-Zélande.
Leur taille est au plus moyenne, petite et très-petite ; leur couleur noire, assez brillante, mais voilée parde fins poils couchés et que relèvent parfois des taches ou des bandes argentées ou jaunâtres. On les prend sur les vieux troncs d'arbres et sur les tleurs. Leurs élytres sont étroites acuminées, consistantes. On a étudié quelques larves de ce genre. Leur corps est charnu, allongé, un peu atténué aux deux extrémités, plan en dessous, convexe en dessus, glabre. La tète est subécailleuse, porte des ocelles en nombre variable, des antennes de quatre articles, des
MORDELLIDES. — MORDELIJSTENA. 605
palpes maxillaires de trois, adaptés à des mâchoires unilobces, de trèspelits palpes labiaux de deux articles. Le prolhorax est couvert d'un écusson corné, et les segments thoraciques, à peu rpùs égaux à ceux de l'abdomen, ont des pattes très-courtes, à articles peu distincts, dirigées, obliquement en arrière; le dernier segment de l'abdomen, âpre, rugueux, corné, est prolongé en une saillie conique sous laquelle s'ouvre l'anus, sans pseudopode. En raison de leurs pattes, ces larves marchent lentement, et tombent sur le côté quand on les sort des galeries dont elles perforent les liges ou les troncs de divers végétaux morts ou maladifs, ainsi les Vignes, les Peupliers, les Chênes, etc.; elles s'y changent en nymphes sans coque. Nous représentons une espèce exotique, le M.picta, Chevr., de Cayenne (pi. xlvi, fig. 7; 7 a, tète en dessus ; 7 b, tarse antérieur ; 7 c, crochets de ce tarse très-grossis). Les deux espèces qu'on rencontre communément aux environs de Paris, et qui sont de toute l'Europe , l'Algérie et du Caucase, sont le M. fasciata, Fahr., de 6 ù 8 millimètres, noir, allongé, à élytres ornées de deux bandes transversales de poils roux, soyeux, d'un jaune faible, doré et chatoyant, et le M. aculeala, Linn., de 5 cà (\ millimètres, tout noir et non satiné, figuré par Geoflroy, pi. vi, n° 7, t. 1. Quand on les prend sur les fleurs, ces insectes deviennent immobiles et tombent ,• ils se blottissent avec facilité dans les moindres creux, où la forme de leur corps les fait rouler facilement, car ils se courbent sur eux-mêmes en rapprochant la têle de leur abdomen pointu.
MonDElXD^TK'VA;, Costi. — Caractères des Mordella, avec jambes et tarses postérieurs munis de hachures sur la tranche dorsale.
Les mœurs sont celles des Mordelles ; la forme du corps est un peu plus étroite. U faut indiquer le M. humeralis, Linn., noir, avec la bouche, les bords du corselet et les pattes jaunâtres, de l'Europe et de l'Algérie, se trouvant aux environs de Paris; et le M. pumila, Gyll., d'Europe et d'Algérie, dont la larve a été trouvée dans les tiges de diverses plantes, ainsi l'Armoise commune, le Marrube vulgaire, etc., allongée, cylindroïde, avec le dernier anneau du corps plus petit que les autres, pointu et terminé par deux courtes épines. Il y a près de cent espèces de ce genre en Europe, en Sicile, aux Canaries, à Ceylan, dans l'Amérique du Nord.
Nous laisserons, à l'instar des anciens auteurs, les genres suivants dans le groupe des Mordellides. On les place actuellement dans une famille séparée, les Rhipiphorides, d'après des différences dans les pièces buccales et dans les antennes, qui sont de onze ou dix articles, pectinées ou flabellées chez les mâles, le plus souvent dentées en scie chez les femelles. On connaît trop imparfaitement les premiers états pour en tirer des caractères séparateurs certains.
606 (:0LÉ0PTÈnL:s. — cantiiauidiens.
EVjtXiOCERA, G.-Mén., OU Ptilophorus, Gerstâck, ou Pelecotoma, Latr.— Corps oblong ou suballongc. Tète assez grande, ovalaire, arrondie en avant ; antennes des mâles à articles longuement flabellés à partir du troisième, dentés en scie che?; les femelles. Écusson bien marque. Élytres entières, recouvrant l'abdomen et les ailes inférieures, un peu atténuées en arrière chez les mâles.
Ce genre n'a que peu d'cspùces, d'Europe, d'Algérie, de Sibérie, du Cap, d'Ausfralie. Le type est VE. Dufourt, Latr., de mœurs mal connues, des régions méridionales de l'Europe et du nord de l'Afrique, se prenant en mai et juin sur les Chênes-liéges, et principalement sur leurs branches mortes ; mais toujours rare. Le m;lle est figuré pi. xlvj, fig. 6. Les espèces de ce genre sont couvertes d'une pubescence blanchâtre.
UlYODITEfsl, Latr. — Tête très-large^ transverse, déprimée antérieurement; antennes courtes, chez les mâles, billabellées à partir du second article, uniflabellées chez les femelles. Élytres très-courtes, squamiformes, déhiscentes, laissant tout l'abdomen et la majeure partie des ailes inférieures à découvert. Écusson bien dégagé.
Le type de ce genre est un insecte singulier, le M. suhdiptcrus, Fabr. , de la France méridionale, de l'Espagne, de l'Analolic, ayant au premier abord un peu l'aspect d'un Diptère ou d'un Hyméuoplère. Jacquelin du Val dit l'avoir toujours trouvé exclusivement, dès les premiers jours d'août, sur les fleurs de VEryngiam campestre, au pied des coteaux, dans les Pyrénées-Orientales. Nous figurons le M. fasciatus, Say, de l'Amérique du Nord (pi. xlvi, fig. 5). Les femelles de ce genre ont l'abdomen terminé par un oviducte corné très-saillant. Il y a neuf espèces, d'Europe, d'Amérique septentrionale^ de Cafrerie, du Chili.
ttlllPII»HOKft'!»»j Fabr., ou Emexadia, Cast. — Tète grande, saillante, ovale ou ovale-oblongue, arrondie en avant; antennes courtes, de dix articles, longuement bidabellées chez les mâles, fortement unipectinées chez les femelles. Élytres à peu près de la longueur de l'abdomen, fortement acuminces chacune poslérieurement et déhiscentes.
Les insectes de ce genre, de petite (aille, ont une livrée où se combinent le noir, le rouge orangé, le jaune ferrugineux ou testacé ; leurs tarses sont allongés, à articles tous entiers, avec des crochets fortement fendus au sommet. Ils sont des régions méridionales de l'Europe et se plaisent sur diverses fleurs quand ils sont adultes. Nous représentons le R.prœastus, Gebl., ou ruiipennis, Chevr., delà France méridionale, d'Ilalie, de la Russie orientale, de Sibérie (pi. xlvi, fig. li, femelle ; Ub, tarse postérieur). La figure [\a montre le profil du môme insecte; son corselet atténué et déclive en avant, avec son lobe médian très-saillant ; l'abdomen épais, comprimé latéralement, fortement rétracté et comme
Ml-IOECUS, iilllPlDIUS. 607
largement tronqué postérieurement, du moins après la mort, ofl'rant cinq arceaux: apparents, dont le premier très-grand; les pattes allongées, surtout les postérieures. Jacquelin du Val dit avoir pris cet insecte dans les Pyrénées-Orientales, sur les fleurs de VEryngiumcampestre, et, aux mômes lieux, sur une espèce de Menthe. Citons aussi le R. flabellatus, Fabr., espèce de la France méridionale, d'Espagne, d'Italie, d'Algérie. Le fait très-curieux à noter sur cette espèce, et sans doute sur d'autres du même genre, c'est que, rapporte M. E. Blanchard, la femelle paraît pondre dans les nids des Guêpes, où se développent les larves. Il y aurait donc chez ces Hétéromères la première apparition des mœurs si curieuses qui semblent un caractère général du groupe suivant, les Méloïd.es. On dit que la larve d'une troisième espèce, le R. larvatus, Schrank, ou bimaculatus, Fabr., de toute l'Europe méridionale et d'Algérie, a été trouvée dans un canal creusé au centre de la racine de VEryngium campestre, mais peut-être y était-elle parasite d'une autre larve. Une cinquantaine d'espèces de toutes les régions des deux mondes.
TtiWlveECVS, Gerst. — Dégradation dans les pièces buccales. Élytres déhiscentes à partir du milieu et très-aiguës au bout.
Le type et espèce unique est le M. paradoxus, Linn., de l'Europe moyenne et méridionale, de couleurs mêlées de noir et de ferrugineux. Les mœurs précédentes continuent, car on trouve cet insecte le plus habituellement dans les nids du Vespa vuhjaris, où la larve a subi sa métamorphose, et moins souvent sur les fleurs des Ombellifères, ou sur les troncs d'arbres couverts de mucilages dus à un état maladif.
miIPIDlIJS, Thunb. — Bouche atrophiée. Antennes longuement pectinées chez les mâles, filiformes chez les femelles. Élytres des mâles très-abrégées et déhiscentes, laissant en grande partie à découvert les ailes inférieures; ni élytres ni ailes chez les femelles, qui sont larviformes et bien plus grosses que les mâles.
Les insectes de ce genre, extrêmement rares en collection, présentent un fait de parasitisme unique chez les Coléoptères. La femelle passe sa vie sur le corps des Blattes, et se présente comme un sorte de ver allongé, segmenté, graduellement rétréci en arrière et terminé par un long oviducte. On ignore comment elle s'accouple et comment elle pond dans le corps des Blattes des œufs d'où naissent des larves qui se développent à l'intérieur, et ne diffèrent des femelles que par des antennes rudimentaires et l'absence d'oviducte. Les mâles, longs de 2 à 3 millimètres au plus, n'ont sur les Blattes qu'un parasitisme accidentel et temporaire. Le type est leiî. pectinicornis^ Thunb., ou Blattarum, Sundewall, îrouvé sur le Blalta yermanica {Phyllodmmia), en Angleterre, en Autriche, en Allemagne et aux Indes. (]es mœurs rappellent les Méloïdes, et encore plus l'ordre des Rhipiptères, satellite de celui des
(J08 COLÉOPTtRES. — CANTHARTDIEXS.
Coléoptères. Les larves des Rhipiptères passent leur existence dans le corps de divers Hyménoptères, et les femelles, apodes et sans antennes, restent toute leur vie en partie engagées dans le corps de l'insecte qui les porte. 11 est probable au conlraire que la femelle du R. pectinicornis, oculée et anlennée, se déplace sur le corps des Blattes, et n'est que cramponnée aux poils, cherchant par instinct les meilleures places pour être aperçue du mâle et pour la ponte la plus efficace. U y a là un beau sujet de recherches, et qui exigera d'examiner un nombre énorme de ces hideux Blattiens qui infestent certains magasins et les vaisseaux, afin de retrouver ou cette espèce ou ses analogues. Une autre espèce est de Portugal et une de Port-Natal.
M.— MÉLOIDES.
Mandibules robustes; mâchoires à deux lobes, inermes, ciliés. Antennes de onze arliiles, très-rarement de neuf, tantôt assez épaisses, claviformes, ou dilatées irrégulièrement, tantôt allongées, presque moniliformcs, parfois sétacées- Tète trigonc ou ovalaire, parfois verticale, le plus souvent penchée en dessous, brusquement resserrée postérieurement en un cou étroit, bien marqué. Corselet à peu près de la largeur de la tête. Élylres très-variables de forme, peu solides ; le plus souvent des ailes. Abdomen de cinq à sept arceaux inférieurement, développé, de consistance molle, parfois comprimé sur les côtés. Cuisses ordinairement comprimées ; jambes terminées par deux éperons ; tarses hétéromères, à articles entiers, à crochets toujours bifides, la partie supérieure la plus forte et souvent dentelée.
Lacordaire a imposé à ce groupe le nom de Méloïdes en souvenir de Linnœus, qui a donné le nom de Melue à tous les insectes de ce type dont il a eu connaissance. Ce sont des Coléoptères de taille assez grande ou moyenne, se rattachant à deux formes générales ; les Méloés et les Cantharides. On peut affirmer, quoiqu'on n'en ait pas encore la démonstration complète pour tous les genres, que les larves des Méloïdes vi\ent toutes en parasites dans les nids des Hyménoptères, dont elles dévorent les œufs et les larves ; une partie des genres sont vésicants et doués d'une odeur forte. Ces insectes constituent les Vésicants dû M. Mulsanf, les Épispasiiques et une partie des Sténoptères de C. Duméril.
IifF.l.01i, Linn.— Antennes de onze articles, grenues, en chapelet, souvent subccudécs au milieu. Élylres imbriquées ou se recouvrant à la base (du moins el.ez les espèces d'Europe), déhiscentes après la moitié de leur longueur, à bord interne légèrement arqué, plus courtes que l'abdomen ; pas d'ailes. Corps mou, allrngé ; (cusson in\inble. Abdomen Irès-développé, Irès-gonllé chez les femelles.
Les Méloés sont des Coléoptères de forle taille, le plus souvent paraissant au printemps ; aimant les terrains sablonneux et secs, riches
MÉLOÏni.S. — MliLOf. 609
en nids d'Hyménoptères; marchant lentement dans les prairies au milieu des herbes, car leurs pattes, longues et grêles, ont peine à porte en avant un abdomen énorme dont les anneaux semblent distendus par l'obésité et la quantité de sucs ou de matières molles qu'ils renferment. Ils sont presque toujours d'un noir à reflet bleu ou violet, rarement bronzé, doré ou rougeutre. Quand on les saisit, ils simulent la mort, et laissent en même temps suinter par les articulations des pattes un liquide jaune ou blanchâtre, d'odeur à la fois fade et pénétrante, destiné par la nature, selon C. Duméril, à éloigner les attaques des oiseaux et des petits mammifères qui seraient attirés par la succulence du corps des Méloés, très-grands mangeurs de plantes basses et d'herbes, à l'état adulte, recherchant les Renoncules, les Léontodons, etc. C'est ce qui explique l'épithèle de grassouillet donnée par quelques auteurs anciens à ces insectes (îXaicîtâvôapc.;, pinguiculus ; OH Beetle,OilClock, des Anglais). On se sert en Espagne, dans la médecine vétérinaire, du Meloe proscarabœus; dans l'Hindoustan, d'après le docteur Fleming, on emploie comme vésicantle M. trianthpmœ, qui vit sur des fleurs de Cucurbitacées. Lavini et Sobrero ont retiré de la canlharidine (sans doute des isomères) de plusieurs espèces du genre Meloe.
Létymologie du nom de Méloé, emprunté par Linnœus àParacelse, est fort incertaine. Peut-être ce nom vient de |i.sXaç, à cause de leur couleur noire ; selon Moufet, il serait tiré de la propriété qu'ont ces insectes d'émettre par les articulations des pattes une liqueur comme mielleuse, a melloso sudore affatim pxstiUante. Les Méloés figurent dans l'ancienne pharmacopée, et entraient dans la composition de plusieurs médicaments auxquels on attribuait de grandes vertus, ils participent sans doute à la propriété de la plupart des espèces de Cantharides d'agir sur les voies de la sécrétion des reins, car Agricola dit, en parlant de leur emploi : « Urinam patenter pellunt, secl unà sanguinem. ) Cette action provient de l'inflammation de la membranne muqueuse qui tapisse les uretères et la vessie. C'est sans doute à ces insectes, et non aux Buprestes actuels, qu'il faut attribuer la propriété de faire enfler le bétail qui les avale par mégarde avec l'herbe des prairies.
Nous trouvons principalement aux environs de Paris le M. autumnalis, 01iv.,dc toute l'Europe et d'Algérie, à antennes épais.-ics au milieu, d'un noir lisse, avec quelques points enfoncés sur les élytre?, qu'on voit en automne el au premier printemps, ainsi dans les fortifications de Paris; le M. majalis, Linn., plus spécial au midi de la France, à antennes non épaissies au milieu, dont l'abdomen est d'un rouge cuivreux, el surtout le Âl. proscarabœvs, Linn., de toute l'Europe, de l'Algérie, du Caucase, de la Sibérie, de l'isthme de Suez, espèce trèscommune dans les prairies reverdissantes, alors que la primevère étale sa corolle citron aux rayons du soleil de mars, au début du prinlemps. Il est d'un noir bleuâtre ou violacé, avec la surface des téguments chagrinée ; les mâles, comme cela a lieu dans la plupart des Méloés curo-
CIRARD. 30
610 COLÉOPTËRLS. — CANTHARIDIENS.
péens, ont les articles des antennes noueux et dilatés vers le milieu, où ces organes sont coudés. On trouve les plus grandes différences de taille, non-seulement d'un sexe à l'autre, les femelles pouvant à peine traîner leur énorme ventre, mais entre sujets du même sexe, ce qui doit tenir à des nutritions très-variables des larves. Cette espèce abonde, à la fin de mars et au commencement d'avril, dans les prairies qui sont près du pont d'Ivry, le long de la Seine, près de son confluent avec la Marne. On trouve aussi dans cette localité une espèce très-voisine, plus bleue, spéciale à la France, le .W. cijaneus, Muls., et aussi le M. violaceus, Marsh., à corselet plus étroit que le proscarabœus. On y rencontrait jadis une espèce beaucoup plus rare, d'un riche bronzé éclatant au soleil, le M. variegatus , Donovan, ou scahrosus, Marshara, fortement rugueux, qui existe isolé, au premier printemps, dans les prés voisins de Paris et dans les fossés des fortifications.
Les travaux du chemin de fer et la création du village d'Alfort-ville détruisent pour les entomologistes les intéressantes prairies du confluent de la Seine et de la Marne, ce qui arrive aussi pour tant d'autres lieux des environs immédiats de Paris (1). Nous citerons encore le M. brecicollis, Panz., de toute l'Europe, dont nous donnons les détails caractéristiques du genre (pi. xi.vii, flg. 7, antenne du mâle, avec le deuxième article très-court, les suivants obconiques, les articles médians noueux et irréguliers : ce qui n'est propre qu'à certaines espèces; 7 o, mâchoire avec palpe assez long, avec chaque article rétréci à la base et le dernier tronqué ; 7 6, lèvre inférieure, avec palpes courts, à dernier article ovale ; 7 c, mandibule ; 7 d, labre, transversal, sinué en avant, avec les angles arrondis; le, tarse postérieur, avec crochets fendus en deux parties égales non pectinées). Nous figurons une espèce exotique, le M. Cordillerœ, Chevr., trouvé sur le haut plateau du Mexique, à Sainte- Croix, près d'Orizaba, sur des montagnes élevées (pi. xlvii, fig. 6). Il est d'un noir peu brillant, crevassé de petites lignes longitudinales, à abdomen très-développé en longueur, à antennes cylindroïdes , à articles égaux : ces deux derniers caractères appartiennent aux Méloés américains.
Les métamorphoses du genre Meloe sont maintenant presque complètement connues. On peut facilement conserver les adultes dans des pots contenant de la terre et recouverts d'un treillis métallique, en les nourrissant de salades et de plantes basses. J'ai vu vivre ainsi plus de deux mois certaines femelles du Meloe proscarabœus. On observe, même en captivité, qu'elles font plusieurs pontes en avril et mai, et, à chacune d'elles, creusent en terre un trou où elles déposent un grand
(1) C'est en recherchant ce rare Coléoptère que, en 1843, je crois, un amateur trouva pour la première fois, si près de Paris, le Nijssia zonaria (Lépidopt. Phal.), espèce rare jusqu*alors, et qui, rencontrée à Ivry en abondance, alimenta toutes les collections fr.-jnçaises.
MÉLUÏDES. — iMÈLOE : HYPERMÉTAMOUPHUSE 611
nombre d'œufs jaunes, agglutinés, oblongs, en forme de cylindres terminés par deux iiémisphôres. Le M. proscarabœus en pond plus de quatre mille, d'après Newport. Ils sont recouverts de terre, à moins qu'ils ne soient pas fécondés. Au bout de trois à six semaines, il sort de ces œufs de petits êtres jaunes, pédiculiformes. Ils furent aperçus par l'entomologiste hollandais Goedart en 1700 , puis étudiés par de Geer {Mém., t. V, p. 31). Ces observateurs constatèrent les détails qui précèdent; mais ils ne tardèrent pas à voir périr ces espèces de petits poux jaunes nés des œufs de Méloés. Ce sont leurs premières larves ou larves primitives. Réaumur a figuré, sans la reconnaître, cette larve fourvoyée sur un Eristalis (Dipt.) {Mém., t. IV, pi. 31, fig. 17). Elle fut depuis rencontrée plusieurs fois sur des Hyménoptères, et prise pour un insecte aptère épizoïque; probablement le Pediculus Apis, Linn., n'est-il que cette larve, et c'est certainement la première morphose vue par Goedart et de Geer, que Kirby lit connaître en 1802 pour un parasite, sous le nom de Pediculus Melittœ, rencontré sur des Andrènes, et L. Dufour en 1828, sous celui de Triuntjulinus Andrenetarum, toujours pour un insecte trouvé sur les Andrènes. Ces petits animaux sont cramponnés aux ailes, ou au dos de leurs porteurs, et surtout fixés dans les jointures.
L'histoire exacte des métamorphoses dugenrc jl/c/oe, particulièrement de l'espèce M. cicatricosus, Leach, de toute l'Europe, fut commencée eu 18/i5 par Newport {Trans. of the Linn. Soc, t. X\, p. 297), et presque complètement achevée par M. Fabre en 1858 (J/m. se. nat., t. IX, p. 265). La larve du 31. cicatricosus fut trouvée par Newport dans les nids de VAnthophora retusa; M. Fabre la rencontra également dans les nids des Anthophora parietina ou pilipes, dernière espèce hantée aussi par les Sitar is. Ces premières larves, très-agiles, ressemblant à de petits poux jaunes, sont allongées, parallèles, un peu déprimées; leur tête offre de chaque côté un stemmate arrondi et saillant, et des antennes de trois articles terminées par une soie : leurs mœurs exigent en effet des sens bien développés. Les mandibules sont courtes et arquées. Le thorax est divisé en trois segments bien séparés, subtriangulaires et subégaux. Ils portent des pattes assez longues, de cinq pièces, la dernière en forme d'onglet flanqué de deux crochets un peu plus courts, ce qui explique le nom de Triongulin deL. Dufour. L'abdomen, oblong, allongé, finement pubescent, offre neuf segments égaux, le dernier muni de quatre soie? terminales, et en dessous, de deux courts mamelons rétractiles.
Dans les premiers moments qui suivent l'éclosion, ces larves restent immobiles et serrées les unes près des autres, comme les œufs d'où elles sortent; puis, comme réveillées par la chaleur et la lumière, elles se meuvent avec vivacité et se répandent sur les plantes, surtout des fa-^ milles des Composées et des Renonculacées. Newport avait supposé avec justesse, mais sans observation complète, que les jeunes Méloés, nés loin des nids des Abeilles maçonnes où ils doivent vivre, grimpent, au sortir du terrier natal, dans les fleurs des Composées, principalement
612 GOLÈOPTÈRliS. — t:A.NrHARlDIElNS.
des Pissenlits, et y attendent les Hyménoptères qui butinent. M. Fabre a vérifié complètement cette assertion en examinant sur un talus de la route qui va de Carpentras au mont Ventoux, et couvert de nids de V Authophora parietina^ les premières larves du M. cicatricosus grimpant sur les fleurs des Séneçons, des Camomilles, etc., et s'y tenant immobiles, en embuscade dans les fleurons. Il n'y en avait pas sur des Coquelicots et d'autres fleurs non composées. En outre, et près des nids des Anlhophores, où les femelles de Méloés avaient eu l'instinct de pondre, couraient sur le sol des milliers de larves inquiètes, non encore gîtées. Si l'on vient à loucher les fleurs où sont ces larves, aussitôt elles se précipitent et s'accrochent aux objets qu'on leur présente, drap, velours, coton, beurre, etc., mais ne cessent de s'y mouvoir, ne se sentant pas à leur convenance. Au contraire, sur des insectes vivants captifs, des Anthophores, des Diptères, des Abeilles, des Papillons, et aussi sur des Araignées, les petits Méloés se précipitent dès qu'il y a un contact avec la fleur, mais restent immobiles, rassurés. De même, Newporl avait vu ses larves dans un flacon recouvrir le corps d'un Malachius bipuslulatus qu'il leur jeta et s'y tenir en repos. Elles se tiennent aussi immobiles sur des cadavres d'insectes, même très-secs, tandis qu'elles s'agitent sans cesse sur tout objet inanimé d'autre r)rigine. M. Fabre a vu pareillement les larves de Sitaris s'attacher indifféremment à tout insecte velu. Souvent on trouve des larves de Méloés sur des mâles, d'où elles passeront aux femelles dans 1 accouplement. Dans les observations de M. Fabre, les Anthophores prises au vol, ainsi que les Mélelcs et les Cœlioxys parasites de leurs nids portaient toutes de petits Méloés ramassés sur les fleurs composées ; des Diptères {Eristalia, Calliphora), dont les larves vivent de matières putrides, mais dont les adultes se posent sur les fleurs, avaient aussi des premières larves de Méloés, de môme qu'une Ammophile, chasseresse de chenilles : il y avait là aberration de l'instinct, et ces jeunes Méloés devaient périr ; il en est de même en général pour ceux qui se portent sur les Abeilles neutres ou les Bourdons neutres qui ne pondent pas, à moins qu'ils ne passent au contact dans les nids sur des mâles ou des femelles fécondes. M. Mulsant, d'après MM. Drewsen et Schiœdte, a donné une liste des Hyménoptères sur lesquels on a trouvé ces premières larves. On y voit figurer les genres Odynerus, Andreim, Panurgus, Nomada, Anfhidiwn, Megachile, Eprolus, etc., et aussi Bonibus et Psithyrus. Ces auteurs citent aussi quatre espèces de Tentliré.liniens, Hyménoptères ù larves phytophages, qui devaient certainement laisser périr les imprudents Mélués. De même ceux qu'on a vu se fourvoyer sur des Scolies (Hymen.) non mellifiques périssent ; les Nomades, les Psilhyres (Hymen.) et les Vo;ucelles(Dipt.), parasites des nids de Bourdons, peuvent en conduire au but désiré, etc. Il est certain que l'extrême fécondité des Méloés s'explique, parce que beaucoup de ces premières larves sont destinées à périr. Newport croyait à tort que ces larves primitives mangeaient le miel
MÉLOÏDES.— MILOE : HYPERMÊTAMORPHuSE. 613
destiné aux larves des Hyménoptères mellifîques dont elles sont les parasites ; il n'en est rien, chaque larve passe sur l'œuf au moment où il est pondu et en dévore peu à peu la substance sans toucher au miel. M. Fabrc a réussi à voir dans une cellule d'Anthophore une larve jaune de Méloé posée sur une pellicule ridée flottant sur le miel, c'est-à-dire sur l'enveloppe d'un œuf mangé. M. Fabre trouva aussi une seconde laroe (deuxième morphose) vivant de miel ; après que l'œuf est détruit, c'est l'aliment réservé à la postérité de l'Anthophore qui sert à nourrir le Méloé. Deux autres secondes larves furent encore rencontrées ensuite. Cet élat était seulement connu d'une manière vague par NewporI, qui avait trouvé la dépouille de la seconde larve adhérente à la pseudochrysalide dont nous allons parler. Les secondes larves, très-différentes du petit pou jaune si agile, sont aveugles, molles, recourbées, à treize segments, ayant quelque ressemblance avec des larves de Lamellicornes, à pattes courtes, mais plus robustes et plus développées que chez les secondes larves de Sitaris, dont elles diffèrent encore par les mandibules munies d'une large dent interne. Puis vient une troisième morphose donnant une pseudo-chrysalide {Ivès-hien connue de Nevvport,qui la nommait pseudo-larve) , simplement à demi invaginée dans la peau fendue de la seconde larve et non complètement recouverte, comme cela a lieu chez les Sitaris dont la pseudo-chrysalide est assez voisine. Elle est immobile, inerte, sans nourriture, et offre de spécial une forme arquée en dessus et atténuée aux deux extrémités, treize segments bien apparents, un bourrelet latéral de chaque côté; il y a trois paires de tubercules au thorax. Il est probable que ce troisième état dure près d'un an. Newport croyait à tort qu'à cet élat succédait la nymphose. M. Fabre a vu qu'il y a auparavant (quatrième morphose) une troisième larve ressemblant beaucoup à la seconde larve qui mangeait le miel, avec mandibules et pattes un peu moins robustes ; elle est à demi incluse dans les téguments pseudo-chrysalidiens fendus, comme ceux-ci le sont cà leur tour dans la peau de la seconde larve, tandis que chez les Sitaris le double revêtement est complet. Puis \ient une nymphote ordinaire (cinquième morphose), et enfin l'adulte (sixième morphose). On voit donc que chez les Méloés il y a quatre mues avant la nymphe, et dans ces quatre mues le tube digestif et le système nerveux restent pareils; celui-ci ne se concentre qu'à la cinquième nymphose pour la nymphe. Ue môme chez les Sitaris.
I10RI.4, Fabr , et CISSITES, Latr. — Antennes de onze articles, droites et filiformes ; dernier article des palpes ovalaire. Élytres allongées, parallèle?, arrondies à rexlrcmité, recouvianl l'abdomen. Crochets des taises robustes, fendus, à division supéiieure crochue et pectinée.
(^cs genres, de peu d'espèces, sont étrangers à l'Europe ; les mâles ont les cuisses postérieures plus renflées que les femelles. Le type est le C. testaceus. Fabr., des Indes orientales, grand insecte tout entier
61^4 (OIÉOPTËRES. — CANTHARIDIENS.
d'un rouge marron brillant, représenté pi. xlvi, fig. 10 (10 a, palpe maxillaire ; 10 b, pâlie posiérieure de la femelle ; 10 c, patte postérieure du mâle ; 10 d, crochets grossis d'un tarse). D'après les observations faites aux Antilles par Guilding, il paraît que les larves des Coléoplères de ce genre vivent en parasites dans l.es nids que certaines Abeilles charpentières construisent, à la façon de nos Xylocopes, dans les matières ligneuses, remarque tout à fait vraisemblable en présence des mœurs de plusieurs genres européens. Les Horia sont du Brésil, de la Guyane, de Java, de Sumatra ; les Cissites, du Sénégal et des Indes.
ri^ROCOM.^, Geotfr. — Corps allongé, subparallèle, déprimé en dessus. Antennes courtes à articles dilatés, échancr'és, épineux ou vésiculeux chez les màles^ simples et fortement en massue chez les femelles^ le dernier très-grand, léniforme et comprimé.
Les Cérocomes sont d'un vert métallique brillant, passant au doré ou bleuritre ; les antennes des mâles ont les formes les plus bizarres qui existent, plus singulières encore que celles des Paussus : elles sont dans ce sexe presque toujours jaunes, ainsi que les pattes, et noires chez les femelles. Ils sont méditerranéens et asiatiques, et remontent peu vers le nord ; adultes, ils se trouvent sur les fleurs, surtout sur celles des Composées exposées an soleil et dans les lieux secs. On peut s'en emparer aisément, car, en plongeant la tète dans les corolles pour sucer le miel des nectaires qu'ils recueillent avec leurs mâchoires allongées et soyeuses, ils ne voient pas le danger. Ils suspendent tout mouvement au moment où on les saisit, marchent peu et volent avec facilité par les journées chaudes. Leurs larves, probablement de mœurs parasites et carnassières, sont encore inconnues. L'espèce qui remonte le plus au nord, jusqu'en Belgique, et qu'on trouve parfois aux environs de Paris, au mois de juin, en nombre, sur les Pâquerettes en fleur dans les prés, est le C. Schœfferi, Linn. (pi. xlvii, fig. 1, antenne du mâle; la, de la femelle), à dernier article des antennes ovoïde, de couleur vert doré comme la Cantharide des boutiques, de 10 millimètres, pubescent, à antennes et pattes jaunes, avec la tète et le corselet noirs, et labdomen d'un bleu azuré ou bronzé. On rencontre près de Paris, beaucoup plus r.irement, le C. Schreheri, Fabr., analogue au précédent, mais dont les premiers anneaux de l'abdomen sont jaunes et le dernier article des antennes des mâles triangulaire.
niVIiAlsniiS, Fabr. — Corps allongé, convexe, ordinairement velu. Antennes de onÉe, dix, neuf ou huit articles, grossissant un peu en massue vers l'extrémité, avec le dernier article grand, tronqué, terminé en pointe obtuse. Élytres allongées, parallèles, convexes, largement arrondies à l'extrémité.
Les Mylabres offrent un nombre considérable d'espèces propres à l'Europe méditerranéenne, à l'Asie, à l'Afrique. Les espèces d'Europe ont
MÉLOÏmiS. — MYr.APJlIS. 015
onze articles aux aniennes. La couleur est noire ou plus rarement d'un bleu brillant, avec des bandes ou tacbes jaunes ou rouges sur les élytres; parfois, par une inve'rsion analogue à celle des Coccinelles et des Erotyles, les élytres sont jaunes ou rouges, tachées de noir. Le dessin des élytres varie beaucoup et peut disparaître ; de là une foule de variétés et une inextricable confusion dans les espèces, où il y a sans doute des doubles emplois. La taille des Mylabres est quelquefois très-grande et au moins moyenne. Les larves, non encore étudiées, doivent vivre aux dépens des Hyménoptères, et, assez probablement, d'Hyménoptères sociaux, car, ainsi que cela a lieu pour les Cantharides,on trouve les Mylabres par espèces d'essaims sur les fleurs ou accrochés aux Graminées, peu actifs et plus lourds que les Cantharides, et ne devenant un peu plus agiles qu'à un soleil ardent. Les Grecs paraissent avoir employé les Mylabres comme vésicants. On cite comme usité encore de cette façon, dans l'Hindoustan et dans diverses parties de l'Orient, le M. variabilis, dont Robiquet a retiré de la cantharidine ; en Chine, on se sert pour cet usage du M. pustulata, Thunb., d'après M. Fumouze. Farines indique comme énergiquement vésicant le M. i2-punctata, Oliv., ou cymiescens, lllig., du midi de la France, des Pyrénées, d'Espagne, d'Italie. Selon M. Mulsant, la plupart des auteurs ont réuni le même insecte sous les noms de M. variabilis ou Cichorii, qui ne serait pas le véritable Meloe Cichorii de Linnœus, auquel le naturaliste suédois assigne à la fois pour patrie la France méridionale, la Chine et le cap de Bonne- Espérance, et qui est de taille différente. L'insecte linnéen est, ou mentionné inexactement, ou non encore retrouvé dans le genre confus des Mylabres. Il est probablement de Chine seulement.
L'espèce la plus intéressante pour nous, très-abondante dans l'Europe méridionale, est le M. variabilis, Pallas, ou Cichorii, Dorlhes, qu'on trouve aussi en Algérie et dans le Caucase. Il est noir, de 10 milUmètres, et, dans le type habituel, les élytres sont d'un jaune terne un peu fauve, avec trois bandes noires, dont une à l'extrémité. On trouve cette espèce à Fontainebleau, dans la Touraine et même parfois aux portes môme de Paris. Ainsi M. Stableau l'a prise une fois eu abondance le soir, dans la plaine de Grenelle, au repos dans des fleurs de Coquelicot. Il est probable que quelque accident atmosphérique avait, à une époque précédente, amené des Hyménoptères de points plus méridionaux, chargés dans leurs poils de premières larves. M. Stableau a remarqué dans la même localité un de ces insectes sortant de terre dans une sablière, sur un talus exposé au soleil, et, ayant creusé le sol en cet endroit, il en a découvert onze prêts à sortir et qui provenaient certainement de nids d'Hyménoptères. Nous citerons encore le M. decempunctata, Fabr., des régions méditerranéennes et du Caucase, noir, avec les élytres d'un jaune très-pâle, ayant chacune cinq points noirs ; on le trouve dans le midi de la France. Enfin, nous figurons des espèces exotiques : l'une de taille petite pour le genre, du Cap, le M. guttata, Cast., ou id-gut-
616 COLIiOPIÈRES.— CANTHARIDIENS.
tata, Billberg el Chevrolal, à antennes de huit articles, le dernier trèsgros, s. -g. Aclenodia, Cast. (pi. xLvir, fig. 1 ; 1 a, antenne grossie); el une espèce, au contraire de la plus grande taille, le M. myops, Chevr., du Cap (pi. xLvji, fig. i), noir, avecles antennes orangées à l'extrémité, une tache fauve à la base de l'élytre, puis deux larges bandes d'un fauve orangé. Les Mylabres ont plus de deux cent cinquante espèces, de toutes les régions de l'ancien monde. Manquent en Amérique et en Australie.
CORYIV.%, Billb. — Ce n'est réellement qu'une section du genre précédent. — Antennes de neuf articles, le neuvième gros, ovoïde, arrondi.
Nous représentons l'antenne du C. 12-punctata, Chevr., du Sénégal (pi. xLvir, fig. 3). On trouve dans le midi de la France, eu Espagne, en Italie, en Algérie, le C. Billberyi, Gyll., à corps oblong, convexe, de coloration noire et jaune, de l'aspect d'un Mylabre. Plus de vingt espèces de l'ancien monde.
ŒîIl.%S, Latr. — Antennes droites, ni arquées ni épaissies à l'extrémité. Élytres à suture droite, peu consistantes, non déhiscentes.
Le type de ce genre est VOE. afer, Liiin. (pi. xlvii, fig. 5, son antenne), du sud de l'Espagne et de l'Italie, de Grèce, d'Asie Mineure, très-vésicant, à corps allongé, parallèle, assez convexe. Les autres espèces de Barbarie, d'Asie Mineure, d'Angola.
TETR.%o:i'VX, Latr. — Corps à téguments de consistance normale, finement pubescent ; corselet transversal. Élytres subparallèles, assez convexes, conjointement arrondies à l'extrémité.
Ce genre est exclusivement des deux Amériques. — Ex. : T. ventralis , Chevr., du Brésil, de Colombie (pi. xlvh, fig. 8), noir, avec corselet fauve taché de noir, jaune en partie en dessous , les élytres larges et noires. Une trentaine d'espèces des deux Amériques, surtout des régions chaudes.
€.%llTnARI§>, Geofifr., ou Lytta, Fabr. — Antennes droites, assez longues ou médiocres, non épaissies. Tète triangulaire; labre échancré, rétréci à sa base ; palpes des deux sortes, à dernier article tronqué. Jambes longues; tarses grands, à crochets bifides, mais simples, non pectines.
Ce genre comprend l'insecte vésicant qui offre pour nous le plus d'interOt. Les insectes vésicants ont été en usage dès une haute antiquité. Hippocrate en recommandait l'emploi interne dans l'ictère, l'apoplexie, l'hydropisie. On attribue à Archigène, médecin de la fin du premier
MÉLOÏOliS. — (.,.\.NTHARIS. 617
siècle de noire ère, la découverte de leurs vertus épispasiiques. I,e nom de Cantharis était donné par les anciens à beaucoup d'insectes différents. Linnseus nomma la Cantharide officinale, qui constitue l'espèce principale du genre actuel, Meloe vesicatorius, pour la distinguer des Cantharis non vésicants. Geoffroy rétablit le genre Cantharis, en y adjoignant malheureusement les Telephorus , trompé par une grossière analogie dans la forme extérieure et la mollesse des téguments, sans faire attention aux tarses, au mépris de sa propre méthode. Fabricius donna le nom de Lytta, et Dejean à'Epicauta, aux Cantharides vésicantes. De Geer, Latreille, Audouin, G. Duméril, conservèrent le genre Cantharis, maintenu avec raison par MM. Lacordaire, Mulsant, de Marseul, L, Fairmaire, etc., pour les espèces glabres à couleurs métalliques.
Les Gantharides ont le corps allongé, parallèle, convexe; les élytres très-flexibles, un peu plus larges que le corselet; les couleurs métalliques et parfois à bandes longitudinales jaunes ou cuivreuses. L'éclat métallique se trouve dans l'espèce la plus commune, le C. vesicatoria, Linn., de toute l'Europe moyenne et méridionale et du Gaucase, à antennes et tarses noirs (pi. xlvh, fig. 10, mâchoire avec un long palpe ; 10 a, labre ; 10 b, lèvre inférieure et palpes ; 10 c, tarse antérieur). G'est l'espèce uniquement employée en France, en Angleterre, dans le nord de l'Furope comme vésicant, et que l'on connaît vulgairement sous le nova de Cantharide officinale, ou des boutiques, ou encore de Mouche d'Espagne, car c'est ce pays qui la fournissait principalement autrefois au commerce de la droguerie.
Les Gantharides sont d'un vol vif à l'ardeur du soleil, qui fait reluire les cuirasses d'or de leurs essaims bourdonnants, tandis qu'elles soiit engourdies le matin et le soir. Les mules sont de moitié moins volumineux que les femelles, dont le long abdomen, lorsqu'il est gonflé d'œufs fécondés, déborde beaucoup l'extrémité des élytres, de sorte que leur vol est trèi-lent. La taille des cantharides varie de 15 à 20 et 25 millimètres de longueur. Files dévorent les Frênes, les Lilas, surtout lesLilas de Perse, les Troènes, et beaucoup plus rarement lesSyringas, lesGhèvrefeuilles, les Sureaux, et même les Bignonia?, les Peupliers, les Saules, parfois les céréales. Sous ce rapport ce sont des insectes nuisibles. On peut très-bien observer ces insectes aux environs de Paris. Tous Ici quatre ou cinq ans, ce qui dénoie une Irès-longue \ie à l'état de larves et de nymphe?, vers les premiers jours de juin, on les voit tout à coup paraître par troupes énormes, se portant de préférenceà tout au're arbre sur les Frênes cultivés dans les jardins, et dvorant les feuilles avec voracité à partir du haut, au point de dépouiller parfois complètement ces arbres. Une odeur pénétrante et désagréable décèle leur présence, et l'on entend un bourdonnement confus aux heures chaudes de la journée. Les mâles du Cantharis cesicatoria ont le premier article du tarse antérieur profondément échancré,et le crochet de la jambe, eu s'y abat-
618 COLÉOPTi'P.EF. — CANTMARIDIENS.
lanl, on fait un anneau. Pour s'accoupler, le mâle monte sur le dos de la femelle et fait entrer les antennes de celle-ci dans cette écliancrure, puis, abaissant son crociiet, relient celle-ci captive pur les antennes. Il la frappe alors tant qu'elle s'agite, avec ses antennes libres et l'extrémité de son abdomoii, jusqu'à ce que l'accouplement ait lieu.
Les mâles périssent presque aussitôt aprùs la fécondation, et les femelles survivent de quelques jours pour la ponte. Elles creusent un trou dans le sol avec leurs pattes de devant (Ratzeburg, Die ForstinseUen, Berlin, 1837, t. I, p. 89), et y pondent leurs œufs, qu'elles recouvrent de terre, absolument comme les Méloés ; il y a de même sans doute plusieurs pontes, car une grosse femelle renferme plusieurs milliers d'œufs.
Ceux-ci, en forme de cylindre arrondi aux deux bouts, éclosent environ quinze à vingt jours après la ponte. Il en sort des premières larves encore inconnues dans le dernier siècle, car Geoffroy dit n'avoir pu les rencontrer. Elles sont très-voisines decelles des Méloés, élancées, aplaties, hexapodes, à longues antennes sétacées, à mandibules crochues. Leur corps, de douze segments, outre la tête, se termine par deux soies caudales divergentes. Elles ont la couleur jaune-citron au moment de leur naissance, et peu de temps après sont déjà plus foncées. M, Ratzeburg ne croyait pas au parasitisme de ces larves sur des Hyménoptères;, car, dit-il, comment se rassembleraient les essaims de Cantharides. Tout s'explique avec le transport dans les nids, dont on n'avait alors aucune idie. Olivier (Encyclopédie méthod.) paraît avoir vu la seconde /ort;e des Canlharides, qu'il décrit comme molle, d'un blanc jaunâtre, à treize segments, avec une tète plate et ronde, deux courtes antennes filiformes, deux mandibules assez solides, six pattes courtes écailleuses, vivant en terre. 11 suppose, sans doute à tort, qu'elle se nourrit de racines ; il est à croire que sous cette deuxième forme elle mange les provisions des nids d'Halictes qui sont creusés dans un sol horizontal. Il est presque certain que les larves des Cantharides doivent vivre dans des nids d'Hyménoptères. M. Lichlenstein a vu les premières larves de la Cantharide écloses dans des boîtes s'attacher -dux'Halictus de préférence à d'autres. Hyménoptères. On pourrait s'étonner de voir les essaims énormes des Cantharides naître de nids d'Apides solitaires, si l'on n'observe que les régions un peu septentrionales; mais, dès le parallèle moyen, on est frappé du nombre énorme de ces nids sur tous les talus, et, au soleil levant surtout, on croirait à des ruches, tant est grande la population qui bourdonne au dehors, bien que chaque insecte soit propriétaire d'une habitation isolée. On comprend comment peu- Vent apparaître subitement tant de Cantharides, sorties probablement ù la fois de cette multitude de nids voisins les uns des autres. Il est prouvé que les ruches d'Abeilles, les gâteaux des sociétés de Bourdons ou de Guêpes, n'ont pas de Cantharides ; notre hypothèse est donc plausible. Des recherches d'un haut intjérêt sont encore à désirer sur ce point, car la démonslralion n'est pas faite.
"\iî-inïnF5. — GANTiTAPiis : usage. 619
Tout le monde connaît en Franco l'usage de la Cantharide officinale, dont on se sert comme médication énergique, soit pour une suppuration à établir, soit pour exciter la sensibilité dans une région, soit pour détourner l'inflammation qui s'est produite dans un organe essentiel. On pulvérise les Cantharides sèches et ou les mêle avec parties égales d'axonge et de cire, de manière à composer un emplâtre épispastique, ou bien on étend cette poudre mêlée de cire sur du tafTetas, qu'on transforme ainsi en sparadrap vésicant. On applique la préparation sur la peau, et on l'y maintient de douze à vingt-quatre heures; puis on détache avec précaution, de manière à ne pas déchirer l'épiderme soulevé en ampoule remplie de sérosité. Si l'on n'a voulu qu'un vésicatoire volant, on se contente de percer la peau pour faire écouler le liquide, et l'on panse avec du beurre frais ou du cérat,* si, au contraire, on cherche à obtenir une suppuration permanente, on coupe tout autour avec des ciseaux la peau de l'ampoule, ou même on l'arrache, si l'on veut produire une irritation plus vive. On entretient la plaie artificielle par un pansement avec une pommade contenant des Cantharides pilées.
Il est donc nécessaire de se procurer ces insectes. Le commerce retire aujourd hui les Cantharides principalement de l'Ukraine, et aussi delà Hongrie et de la Valachie, et les droguistes les nomment alors Cantharides d'Allemagne, parce qu'elles leur arrivent par l'intermédiaire des négociants de ce pays. L'Italie, la Suisse surtout, en fournissent une certaine quantité ; on en récolle très-peu en France , ce qui est à regretter, car elles y sont aussi bonnes qu'ailleurs. Autrefois on les obtenait en abondance de l'Espagne ; mais ce trafic y est abandonné, et aujourd'hui les pharmaciens de ce pays les font venir d'Italie ou de Russie. On opère d'habitude la récolte de ces insectes en prenant quelques précautions, comme masques et gants, pour garantir les yeux et les muqueuses de l'action irritante qu'elles causent ; ces précautions, du reste, ne seraient nullement nécessaires, selon M. Berthcud (thèse de pharmacie, école de Paris, 1856). On place, le matin, des draps sous les Frênes chargés de Cantharides et dont on secoue les branches ; les insectes tombent engourdis et ne s'envolent pas, à cause de la fraîcheur de l'air. On les tue aussitôt, soit en vase clos par les émanations du goudron de houille, soit en lesplaçant dans des tamis de crin au-dessus d' un vase dans lequel bout du vinaigre, et on les fait sécher. Ou bien on leur donne la mort au four chaud. Leur poids diminue beaucoup, au point qu'il en entre 6Z1OO individus dans 500 grammes. On réduit en poudre les insectes secs. Cette poudre est d'un gris verdâtre et toujours parsemée, quelque fine qu'elle soif, de points brillants, à reflets métalliques, le plus souvent d'un vert doré, quelquefois bleuâtres ou rougeâtres, et qui sont des fragments des téguments extérieurs et des élytres. La poudre a une odeur nauséabonde et une saveur acre, et, projetée sur des charbons ardents, répand en brûlant l'odeur d'empyreume repu-
620 COLÉOPTÈRES. — CANTHARIDIENS.
gnanle qu'offrent les substances animale?. Dans presque tous les échantillons de Cantharides du commerce se rencontrent fortuitement des Cétoines dorées, tombées des Frênes, quand on les secoue pour la récolte des Cantharides. Il est bon que les pileurs de Cantharides prennent quelques précautions, comme de bien entourer le pilon d'une peau flottante, assujettie d'autre part autour du mortier: sans cela, on a vu quelquefois survenir aux yeux de violentes inflammations. M. Mulsant regarde comme imprudent de se reposer et surtout de s'endormir sous un Frêne très-chargé de Cantharides.
Bretonneau et Robiquet père ont les premiers isolé le principe vésicant du Cantharis vesicatoria, connu des chimistes sous le nom de cantharidine, substance non azotée, de formule C'^H'^O*, blanche, cristallisée en petites lamelles d'aspect micacé, inodores, insoluble dans l'eau, très-soluble dans le chloroforme et l'acétone, peu soluble dans l'alcool froid, plus soluble dansl'alcool bouillant ; l'éther même bouillant la dissout mal, mais elle est soluble dans les corps gras, et, ;\ chaud, dans les acides acétique et sulfurique. Elle donne des vapeurs dès 120° à 125°, complètes vers 210°, et se condense, après cette sublimation, en petites lames, transparentes comme le verre, sans résidu, si l'on opère sur trèspeu de matière, avec résidu charboncux,si l'on sublime 15 à 20 grammes. Quand on veut démontrer enpeu detompsl'existenced'un principe vésicant spécial, on procède comme ilsuit,ct celle petite expérience cslgénérale pour les insectes épispastiques. On fait macérer dans un petit tube la poudre avec del'étherou mieux du chloroforme, et l'on jette le tout sur uneboulettede coton qu'on presse avec une baguette de verre, de manière à filtrer la partie soluble. On fait tomber la liqueur à la surface de l'eau tiède, l'éther ou le chloroforme s'évapore ; on enlève avec une barbe de plume mouillée lesgoufleletteshuileusesqui nagentù la surface dei'eau, on les porte sur un papier buvard qui absorbe l'eau, et il reste des petits cristaux de cantharidine. Une parcelle de cette matière portée sur la muqueuse de la lèvre inférieure détermine à l'instant même le soulèvement de l'épiderme et une vésicule remplie de sérosité.
Pour l'extraction delà cantharidine on a d'abord employé le procédé de Thierry (1835), qui n'est autre que le dosage quulilalif précédent. On épuise la poudre de Cantharides par la macération dans l'alcool, suivie d'une expression du marc ; puis on distille la teinture ainsi obtenue et on laisse reposer le résidu : la cantharidine se dépose en petits cristaux qu'on purifie à plusieurs reprises par traitement à l'alcool bouillant suivi de refroidissement. L'alcool a l'inconvénient de dissoudre assez mal la cantharidine et de dissoudre avec elle d'autres matières, tellement qu'un quart de l'extrait est formé par une matière colorante rouge. Un meilleur procédé (W. Procter) est d'épuiser la poudre par le chloroforme, qui ne dissout pas la matière rouge et dissout mieux la caiitharidine Mais on avait eu'ore l'inconvénient d'obtenir la cantharidine mêlée de matières grasses et résineuses que dissout avec elle le chloroforme.
MÉLOÏDES. — CANlllAlilS : CANTIlARlDliNt;. 621
M. Fiimouze (l) a modifié la méthode comme il suit : On a laissé macérer avec le chloroforme la poudre de cantharides ; on sépare par la presse la teinlure du marc, on distille au bain-marie,et l'on a ainsi un extrait chloroformique. On le mélange avec un volume égal de sulfure de carbone dans lequel les graisses et résines se dissolvent, la cantharidine se précipite: on la lave au sulfure de carbone, puis on la fait cristalliser à plusieurs reprises au chloroforme bouillant. La difficullé de l'extraction de la canlharidine provient de ce qu'elle n'existe chez l'insecte qu'on petite quantité, car l'extrait chloroformique le plus riche en cette substance n'en contient environ que la soixantième ou même la quatre-vinglième partie de son poids.
Les Cantharides perdent une partie de leur principe actif si on les sèche à une température trop élevée; le mieux est de les sécher au four, dans une étuve, et non à l'air libre, car c'est alors surtout que les insectes et Acariens nuisibles viennent y pondre leurs œufs. On sophistique les Cantharides soit avec des Cantharides altérées ne contenant plus de canlharidine, fraude que di^céle seulement un dosage comparatif, soit avec de l'huile pour augmenter leur poids, ce qui se reconnaît au toucher gras. Les Cantharides saines sont sèches, non brisées, de vives couleurs et d'odeur vireuse caractéristique.
La cantharidine se trouve exclusivement dans les parties molles et réside surtout dans les abdomens ; il en existe à. peine dans les tètes, thorax et cuisses et en raison d'un peu de parties molles que ces organes renferment; elle manque dans les pattes, les antennes, les élylres, les téguments durs, parties qui ne '.ont pas vésicantes. Cela a été reconnu en expérimentant comparativement sur desrégions isolées (Farines, M. Courbon), et cela est vrai pour tous les Coléoptères à propriétés analogues.
[.es Cantharides, comme tous les insectes desséchés, sont attaquées par plusieurs insectes destructeurs, les mêmes qui en général dévorent les substances animales dures. Ainsi on a signalé parmi les espèces qui les réduisent en vermoulures et dissocient leurs parties, les Anthrenus varius, Fabr., le même qui fait le désespoir des collectionneurs d'insectes ; Ptinus fur, Linn., Dermestes lardarius, Linn. , insectes auxquels M. Fumouze a reconnu qu'il faut joindre les Anobium paniceum, Fabr., Cryptophagus cellaris, Scopoli, et Attageims pellio, Linn. M. Fumouze a le premier étudié les Acariens ou Miles des anciens auteurs qu'on rencontre aussi dans les Cantharides sèches; il a notamment signalé cinq espèces différentes, et il doit encore en exister d'autres. Ce sont, dans les Sarcoptide?, les Tyroglijphus longior, Gerv., et T. sicidus, Robin et Fu • mouze, espèce nouvelle trouvée dans des Cantharides de Sicile et aussi moins fréquente; les T. siro et T. entomophagus, Acariens de toutes les collections d'insectes ; leèGlycyphagus cursor, Gerv. ; et G. spinipes, Hoch.;
(1) D'' A. Fumouze, De la Caniharide officinale, thèse de pharmacie, école de Paris, 1867.
622 COLÉOPTÈRES. — CANTHARIDIENS.
et enfin, parmi les Cheylétides. le Cheijletus eruditus, Lalr., Acarien<]e3 vieux livres et manuscrits.
Au reste, comme on va le voir, les insectes destructeurs n'ont pas grande importance au point de vue industriel. S'il paraît vrai que certains animaux n'ont pas .'i soufTrir du principe actif des Cantharides, qui seraient dévorées avec avidité par les Hérissons, les insectes ne paraissent pas avoir le même privilège, et respectent dans leurs ravages la cantharidine, substance qui n'existe au reste qu'en faible quantité dans la Cantharide officinale, ainsi que nous l'avons déjà établi, de sorte qu'il reste aux destructeurs une nourriture trop suffisante. Il y a déjà longtemps que Limousiu-Lamothe annonça à la Société de pharmacie que les vermoulures de Cantharides étaient vésicantes, et Dubuc, de Rouen, fit la môme remarque, pourvu, disait-il, que les vermoulures aient été gardées en lieu sec. Audouin et C. Uuméril sont de la môme opinion. Ce dernier dit que l'action des Cantharides se conserve très-longtemps, et qu'il a expérimenté de la poudre de ces insectes gardée en magasin depuis plus de vingt-quatre ans et encore trés-efficace en emplâtres vésicants. 11 pense dès lors que les larves des insectes destructeurs qui attaquent les Cantharides sèches ne mangent que les parties inertes. M. Fumouze a repris celte question d'une manière plus rigoureuse par des dosages chimiques. Il retira des vermoulures assez récentes, de deux ou trois ans au plus, sensiblement autant decimtharidine que du même poids de parties molles séchées et non atteintes par les larves. Il constate en outre un fait curieux et encore en partie inexpliqué, exigeant de nouvelles recherches. Il vit que des Cantharides bien sèches et très-vermoulues, datant de dix à douze ans, faisaient de bons emplâtres vésicants, comme les Cantharides de C. Duméril, et cependant il ne put retirer de cantharidine de leur extrait chloroformique. Il est probable que, par le temps, la cantharidine, tout en conservant son action épispastique, se modifie sous le rapport chimique en quelque composé probablement isomère, rebelle aux agents ordinaires.
La cause habituelle de destruction du principe actif des Cantharides dans les pharmaciei est l'humidité, dont on doit les garantir avec soin. Le mieux, et ce moyen les préserve aussi des insectes destructeurs des parties molles, est de les placer dans des caisses de bois bien calfeutrées avec des bandes de papier et tenues en lieu sec.Sans ces précautions, elles se couvrent de moisissures et dégagent l'odeur ammoniacale : c'est l'incurie des pharmaciens qui explique pourquoi les emplâtres vésicants faits avec les vieilles Cantharides ont en général peu d'effet. ' Malheureusement l'action de la poudre de Cantharides provoque aussi de très-graves efTets toxiques. Prise à l'intérieur, elle amène une constriction de la gorge avec ardeur et sécheresse de la langue et soif très-vive. Puissurviennent des vomissements sanguinolents, des coliques violentes, d'affreuses douleurs à l'épigastre et d;in3 les hypochondres ; et enfin le malade, atteint quelquefois même d'une sorte d'hydrophobie par suite
MÉLOÏDES. — CANTIIAIU^: EFFlil TOKinUE, EXPERTISE. ~ LYTTA. 623
de la difficulté extrême àavaler, succombe au milieu de convulsions, de délire et de grandes souffrances. En outre l'ingestion de cette poudre détermine des émissions d'urines sanglantes et une grande irritation des organes génitaux, avec priapisme opiniâtre, et souvent délire vénérien insatiable. Aussi celte poudre est fréquemment entrée dans des préparations, comme pastilles, opiat, etc., destinées à assouvir la lubricité, et parfois à procurer des surprises criminelles. De là le plus généralement les empoisonnements par cette substance sont accidentels, et résultent de son emploi imprudent à titre d'apbrodisiaque. A l'autopsie, on trouve la muqueuse digestive d'un rouge noirâtre et ecchymosée ; on décèle la poudre dans les matières vomies, ou sur la muqueuse stomacale et intestinale, par un examen à la loupe qui montre les parcelles brillantes dont elle est parsemée. Les exiraits de teinture de Cantharides déterminent les mêmes accidents que la poudre; il me parait bien difficile, en l'absence de réactifs spéciaux et vu l'altération très-probable de la cantharidine absorbée, de constater l'emploi d'une teinture qui n'offre pas les points brillants. La poudre de Cantharides appliquée à l'extérieur peut amener l'empoisonnement avec les mêmes phénomènes nerveux, et la même inflammation de la muqueuse vésicale et des organes génito-urinaires, ce qu'on observe parfois lors des larges vésicatoires appliqués aux régions inférieures; seulement le canal digestif est alors rarement altéré. Pline rapporte que le chevalier romain Cossinus fut tué par l'absorption interne de Cantharides ou de Mylabres d'après les ordonnances d'un médecin que Néron, dont il se croyait l'ami, lui avait envoyé pour le traiter.
On ne trouve- en France, du genre Cantharis proprement dit, que l'espèce commune, autour de laquelle se groupent diverses espèces d'un vert doré ou d'un beau bleu, d'Algérie, deSardaigne, de Sicile, de Grèce. Nous représentons le C. sulcifrons, Che\r., du Brésil, noir, avec élytres jaunes à trois lignes noires (pi. xlvu, fig. 9; 9 a, sa tête vue de face).
Les genres Cantharis et Ltjtta comptent environ deux cents trente espèces des deux mondes, surtout des régions chaudes, non signalées à Madagascar, en Australie, en Polynésie.
Ll'TTA, Fabr., ou EpiCAUTA, Dej. — Antennes filiformes, amincies vers l'extrémité, jjarfois épaissies au milieu. Corps allongé, parallèle, convexe.
Ce genre, restriction de l'ancien genre Lytta de i'abricius, bien que très-voisin des Cantharis, s'en distingue, dit M. L. Fairmaire, par la forme des mâchoires, les antennes, et surtout par un aspect un peu différent. Les Cantharis sont métalliques, brillants ; les Lytta sont des insectes couverts d'une fine pubescence qui les rend mats ; le corselet est moins court et les élytres un peu élargies en arrière, surtout chez les femelles. Ij'Europe n'a que pe i d'espèces de ce genre, confinées surtout
G2.'l COr.ÈOPTËllES. — CANTHARIDIENS.
dans la région S. l^. En France, on trouve dans le Midi le L. rudiforsum, Goeze ou verticalis lllig., qui vole trùs-peu quoique ailé, et se trouve courant à terre ou arrête sur les végétaux dont il se nourrit. Certaines espèces américaines de ce genre nous présentent beaucoup d'intérêt. En Amérique septentrionale on emploie comme vésicant le L. atomaria, Germar, ou punctata, Klug, qui se trouve aussi à la Guyane et au Brésil, et vit sur les fleurs de Pomme de terre. A Montevideo se montre trcsabondamment une autre espèce qui a été l'objet de très-remarquables expériences de la part du docteur Courbon (1). C'est le L. adsperna Klug, ou vulgairement la Cantharide pointillée, longue de 13 à 16 millimètres au plus, ayant les élvtrrs, le corselet, la tète, l'abdomen d'un gris cendré et uniformément criblés de petits points noirs ; les antennes sont noires et les pattes roussâtres. La couleur grise est due à de petites écailles pulvérulentes qu'enlève un frottement un peu rude, et alors l'insecte devient noir. On le trouve sur la Bette {Beta vulgaris) et couvrant parfois la plante au point d'en faire disparaître les feuilles à la vue, en décembre, janvier, février, mars, été et automne de ces régions. C'est malheureusement ce qui explique pourquoi le L. adspersa s'est jeté sur la Betterave nouvellement introduite, au point d'en compromettre la culture de la manière la plus grave (2). C'est en janvier et février qu'on doit recueillir ces insectes, le soir ou le matin, alors qu'ils sont moinsagiles et restent engourdis sur la plante. On secoue les Bettes au-dessus d'un sac de toile à large ouverture, garni de feuilles au fond, et l'on fait périr ces Coléoptères en les exposant à la chaleur solaire dans un flacon de verre bien bouché, ou en soumettant le sac de toile fermé qui les contient à la vapeur du vinaigre bouillant. La propriété vési canle est plus forte que celle de la Cantharide officinale ; mais le point capital reconnu par M. Courbon, c'est que jamais, comme cela arrive parfois avec les emplâtres ordinaires de Cantharide pilée, elle ne détermine la moindre irritation sur les organes génilo-urinaires. Cela fut bien constaté dans son emploi on poudre pour amener des vésicatoires loco dolenti dans des cas d'hépatite chronique, de sciatique rebelle, de bronchite chronique et de pneumonie. On comprend dès lors combien cet insecte peut devenir précieux en raison de son action épispaslique considérable et de l'inutilité de toute tentative pour d( s emplois criminels ou lubrique?, et il serait facile, vu son extrême abondance dans les régions de la Plata, de le demander au commerce d'exportation, de manièie à alimenter toutes les pharmacies d'Europe, à l'exclusion de toutes les espèces non innocentes.
1) (ÀVipl. rend. Acad. cks sciitncs, 1855, t. XLI, p. 1003.
^2) Maurice Girard, Ânn. Soc. cnlomol. de France, 18G0, Bull., p. 73
MtLOÏOES. — SPASTJCA, NEM0GNA.TI1A, LEPTOPALPLS, ZONMTIS. 625
SPASTICA, Lacord. — Antennes longues, grêles, filiformes, de onze articles. Crochets des tarses fendus, à division inférieure très-grêle, la supérieure non peclinée.
Les insectes de ce genre, à corps finement pubescent, constituent un genre très-voisin des Lyita, et formé par quelques espùces de l'Amérique du Sud, de taille moyenne, de couleur variable, dont une partie est encore inédite. IS'ous figurons le S. flavicollis, Chevr., du Brésil (pl.xLvn, tîg. l/i; ilx a, antenne; iU b, crochets d'un tarse).
Les genres de Méloïdes qui suivent ne sont plus doués de la propriété vésicante.
IVEIIIOGIVATHA, Illig. — Tête acuminée en museau ; lobe externe de la mâchoire prolongé en lanière velue, grêle et filiforme, moitié plus longue que le palpe; antennes filiformes. Crochets bifides des tarses pectines à la division supérieure.
Ces insectes ont un rebord externe aux élytres, et celles-ci sont déhiscentes après le milieu et atténuées à l'extrémité. Une espèce, de la faune méditerranéenne, se trouve dans le midi de la France : c'est le N. chrysomelina, Fabr. (pi. xlvii, fig. 12; tète du mâle vue de face ; 12 a, antenne ; 12 b, crochets d'un tarse).
E,EPTOPALiPU§>, G.-Mén. — Palpes maxillaires très-longs, presque collés au corps, dépassant l'insertion des pattes postérieures ; lobe externe de la mâchoire en pinceau cilié dépassant les mandibules, mais n'atleignant pas le second article du palpe.
Les genres Nemognatha et Leptopalpus comptent près de quarante espèces de l'Europe méridionale, d'I^gypte, de Sibérie, des régions chaudes ou tempérées des deux Amériques. Le genre Leptopalpus a les mandibules arquées, aiguës, saillantes, etoflre la plupart des caractères du genre Nemognatha : mais il en difl'ère, ainsi que du genre Zonitis, qui a aussi le lobe externe de la mâchoire très-grèle, parce que les élytres sont convexes et non déhiscenles en arrière. Nous représentons le^rostratus, Fabr., d'Algérie et du sud de l'Espagne (pi. XLvri, fig. 13; 15 a, tète vue de face ; 13 6, mâchoire et son palpe isolée; 13 c, crochets d'un tarse).
Z©:%ïTïS, Fnbr. - Tèlc ovalaire, acuminée à l'extrémité; antennes droites et filiformes. Lobe externe des mâchoires anomal, en filet grêle, dépassant les mandibules. Palpes allongés. •
Les Zo?H'h"s sont -des Coléoptères à corps allongé, presque parallèle, convexe, avec les élylrcs allongée?, convexes et flexibles, atténuées seulement ù rcxticmilé, où elles ironi déhiscenles, sans rebord. La coloration tes espèces d'i'uiope Cbt peu vaiitc, noire et fauve pâle ou rou-
GIRARI). ^0
(i2fi COLÉOPTÈRES. — CAINTHAIUDIENS.
geâfre, les élytres de cette derniCre couleur, avec quelques bandes et macules noires, qui peuvent ou disparaître, ou au contraire s'agrandir au point que les élytres peuvent devenir entièrement noires. Dans les espèces exotiques il en est de métalliques. Les Zonitis d'Europe sont de la région méditerranéenne. On les trouve adultes sur les fleurs, parfois réunis en groupes et immobiles, comme presque tous les insectes de la famille. Ils doivent y pondre des œufs d'où naissent de premières larves qui s'accrocheront aux poils des Hyménoptères. En effet, par une récente observation, M. Giraud a vu que le Z. mutica, Scriba, espèce du midi de la France et de l'Allemagne, d'Espagne et d'Algérie, est parasite des nids de VOsmia tridentata, et offre des pseudo-chrysalides tout à fait semblables à celles des Sitaris. Citons encore le Z. prœusia, Fabr., de toute l'Europe méridionale, d'Algérie et du Caucase, d'un jaune pâle ou testacé, avec les antennes et l'extrémité des élytres noires. Nous figurons (pi. XLvn, fig. 11) le Z. puncticollis, Chevr., insecte qui faisait partie de la collection d'Olivier, et était indiqué par lui comme recueilli dans son voyage en Mésopotamie. Il a le dessus du corps et les élytres d'un noir bleuâtre, le corselet rouge, avec un point médian bleuâtre. Cet insecte ne me paraît pas avoir été retrouvé.
Les Zonitis comprennent une quarantaine d'espèces de l'Europe méridionale, de Syrie, des Indes, du Gap, d'Australie, d'Amérique septentrionale, de Timor, de l'île Art.
SITAlftli*», Latr. — Mandibules arquées et aiguës; mâchoires normales. Antennes filiformes, à articles allonges. Élytres déhiscentes à partir d'une longueur variable, le plus souvent fortement sinuées aux bords interne et externe, et alors très-atténuées à l'extrémité, comme d'étroites lanières. Tarses à crochets bifides et variables.
Les Sitaris ont le corps épais et assez convexe ; leurs couleurs sont le noir et le jaune testacé, cette dernière couleur étant d'habitude celle des élytres. Les mâles ont la taille plus petite que les femelles, les élytres plus courtes, plus rétrécies en arrière, et le dernier segment de l'abdomen profondément échancré. Ces insectes, au nombre d'une dizaine d'espèces, sont propres à l'Europe méridionale et au nord de l'Afrique. L'espèce la plus commune et que nous trouvons dans toute la France, surtout très-commune dans le Midi, aux environs d'Avignon et en Provence, est le S.humeralis, Fabr., ou mieux muralis, Forster, noire, à l'exception des élytres, dont la base est jaune et comme coupée transversalement. C'est la Xécydale humérale de Fabricius et la Cantharide à bandes jaunes de Geoffroy, ce qui montre qu'on rencontrera l'insecte aux environs de Paris. Il est figuré pi. xLvii, fig. 15 (15 a, antenne; 15 6, tarse antérieur).
On sait depuis longtemps que les larves de cette espèce vivent en parasites dans les nids de ces Mellifiques solitaires qu'on appelle en général Abeilles maçonnes. On prend parfois les adultes par centaines surde vieux
MÈLOÏDES. — SlTAUrS : HYPERMÉTAMORPHOSE. 627
murs de ferre; on les trouve souvent en grand nombre à l'entrée des nids, immobiles, comme engourdis. C. Duméril dit, à l'arlicle Sitaride du Dictionnaire des sciences naturelles, p. 3i3 : « Nous avons trouvé très-souvent cet insecte dans les nids d'Abeilles construils dans l'argile, ou dans les murs d'enceinte faits avec de la terre. Il est surtout trèscommun à Amiens. Il est probable que la larve est élevée en parasite et qu'elle dévore celle des Abeilles. » Foudras, en 1810, trouva les larves dans les nids d'Anfhophores ; j\.udouia en 1835, et M. Mulsant en 18Zi9. Celui-ci observa la ponte, l'éclosion, et vit que les larves tuent celles des Anthophores au printemps suivant. Les mœurs de ces larves et leurs curieuses transformations, ou hypormétamorphoses, ont été étudiées avec grand soin par M. Fabre {Ann. des sciences nat., If série, Zool., 1857, t. VII, p. 299, et 1858, t. iX, ,p. 265), dans des mémoires encore plus remarquables par l'élégance du style que par la complète nouveauté des faits, car, sous ce rapport, l'auteur a surtout étendu et précisé les observations plus anciennes de Newport sur les larves des Méloés.
Sur les nombreux talus que présentent les coteaux arides du midi de la France, dans des tubes creusés dans la ferre sècbe et dure, se trouvent, dans la même retraite, les nids des Anfhopbores et des Osmies ; aufond sont les cellules des AnÛ\o])\\OTe?>{Antlwphorapilipes), régulières, à parois lisses, présentant chacune une larve nue, et, vers l'entrée, des cellules d'Osmies [Osiaia tricornis) en terre gâchée, grossières, avec des larves filant un cocon. Aux cellules à larves d'Anfhophores sont jointes des cellules du même insecte, mais contenant, au lieu de la progéniture normale, des larves de Mélectes {Melecta armata), Hyménoptères parasites des nids. Enfin il en est qui contiennent une coque ovoïde, fine, ambrée, où se trouve la nymphe du Sitaris humeralis ou muralis. Tout autour des orifices des dépouilles de Sitaris pendent enroulées aux toiles d'Araignée, des milles se promènent dans l'espoir de s'accoupler, des femelles fécondées enfoncent leur gros abdomen à l'entrée d'une galerie et y disparaissent à reculons. Dans le milieu de l'été, les femelles des Sitaris, qui, comme leurs mâles, ne vivent que peu de jours et sans prendre de nourriture, déposent à l'entrée des trous une masse de petits œufs blancs, ovales, agglutinés. Un mois plus tard, dans le courant de septembre, sortent de ces œufs des larves très-petites, d'un millimètre de longueur seulement, cuirassées, à neuf segments abdominaux s'affénuant peu à peu, à antennes terminées par une longue soie, à mandibules arquées ; elles sont très-agiles et ont des pattes assez robustes terminées par un ongle aigu et très-mobile ; l'avanf-dernier segment abdominal oiîre latéralement deux crochets cornés et redressés, et le dernier se termine par deux longues soies recourbées, pareilles à la longue soie que porte chacune des cuisses. Enfin cette larve est très-bien pourvue sous le rapport de la vision, car elle a quatre ocelles, deux de chaque côté. Telles sont les premières larves, qui passent l'hiver sans prendre de nourriture, immobiles et entassées sans ordre^ comme les
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œufs. Au mois d'avril, éclosent les Anthophores mâleS;, qui précèdent environ d'un mois l'apparition des femelles : avec prestesse et au passage les larves s'accrochent à leurs poils, et se pendent ainsi la tète eu bas ; de là elles passent sur les femelles, soit par un séjour intermédiaire sur les fleurs, soit plus probablement lors de l'accouplement. La femelle construit pour la postérité qu'elle ne verra pas éclore des cellules qu'elle remplit d'un doux miel; la larve parasite, jusqu'alors toujours à jeun, lors de la ponte de l'œuf, se laisse tomber sur celui-ci, en évitant avec soin le lac mielleux où elle se noierait; elle ouvre l'œuf avec ses mandibules acérées, mange l'intérieur, et se sert de la coque alTaissée comme d'un radeau flottant. Puis au bout de huit jours environ, la peau de la première larve se fend par le dos, et il en sort une secojide larve,hien différente de lapremière. Elle est aveugle, blanche, n'a que des pattes atrophiées, ne posant pas, des pièces buccales rudimentaires, et un énorme ventre renflé, surtout dans la partie ventrale qui doit plonger dans le miel, les stigmates relevés en dessus, hors du liquide. Ue Carnivore, le régime est devenu mellivore ; ici aucune peine pour trouver l'aliment, aussi les organes des instincts ont disparu. Cinq à six semaines sont employées à consommer le miel amassé dans la cellule parl'Anthophore, et la larve devient pseudo-chrysalide, corps inerte, segmenté en treize parties, ovalaire, privé de tout mouvement et revêtu de téguments cornés, de couleur jujube. Sur ces téguments se dessine un masque céphalique sans parties mobiles et distinctes, six tubercules indices des pattes, neuf paires de stigmates, et postérieurement un disque circulaire. Cet état ditTère de la nymphe ou vraie chrysalide par l'absence des sculptures des parties de l'adulte, et son immobilité, le manque presque total de reliefs, la font ressembler à une pupe de Diptère; mais le tégument n'est pas la peau de la seconde larve, mais une peau nouvelle plus interne, car la pseudo-chrysalide reste recouverte par une pellicule transparente et continue, mais bien distincte, qui est précisément celle peau, comme dans une outre close.
La pseudo-chrysalide passe habituellement l'hiver. Au printemps elle devient unetroisième iart;ereproduisant à peu près la forme de laseconde larve, et contenue dans uiie double enveloppe formée de la peau cornée delà pseudochrysalide et de la dépouille de la seconde larve. Sous cette troisième forme, le Si (or /s ne prend aucune nourriture; ses mouvements, très-lents, se bornent à des contractions et à des dilatations, la marche ne pouvant s'etrectuer sur ses pattes trop faibles. Peu après une dernière mue change cette larve en nymphe, pareille à celle de tous les Cpléoptôres, c'est-à-dire avec les organes de l'adulte développés, les pattes et les antennes repliées sous le ventre, le tout emmaillotlé d'une mince peau. Au bout d'un mois éclôt Y adulte; de sorte que la vie totale du Sitaris humeralis est de deux ans.
Cependant il n'est pas certain que cette évolution soit exactement celle de tous les Silaris. Ainsi, pour le S. Solieri, Pecchioli, espèce de
OEDÉMÉRIDES. — CA.LOPUS. 629
l'extrâme midi de la France, d'Italie, d'Espagne, Audouin rapporte avoir observé pr<^s de Pise ses œufs déposés sur des Romarins, agglutinés entre eux et éclosant; il faut alors que les premières larves de cette espèce, comme celles des Méloés, passent sur les Hyménoptères butinant sur les fleurs.
Les métamorphoses des Silaris sont les mieux connues de colles des genres du groupe des Méloïdes; il peut se présenter des différences intéressantes d'espèce à espèce, comme le montre l'exemple précédent. II reste un \aste champ de recherches à explorer pour les autres genres et surtout pour ces insaisissables Cantharides dont on n'a fait qu'entrevoir les larves primitives. On a trouvé sur des Osmies et des Andrènes des larves noires, pédiculiformes, ressemblant aux larves primitives jaunes des Meloe et devant appartenir à d'autres genres. Espérons dans l'avenir ! Observateurs, à l'œuvre !