‹ Les insectes (volume 2)Chapitre 44 sur 53 · IV.%€ERDES, Schmidt. — Genre voisin · texte numérisé non relu

IV.%€ERDES, Schmidt. — Genre voisin

Nous signalons ces insectes pour leur habitation sur diverses plantes dans les lieux marécageux et non loin de la mer. On a trouvé des larves de ce genre dans de vieux troncs d'arbres, surtout de Pins^ gisant au bord de la mer et périodiquement immergés à la marée montante : ainsi la larve de N. lepturoides, Thunb., ou melanura, Oliv., de l'Europe, de l'Algérie, du Caucase, qui, d'après M. E. Perris, est munie de chaque côté de deux stem-mates, contre l'insertion de l'antenne. Les espèces de Nacerdes, au nombre d'une trentaine, sont surtout d'Europe, et aussi de Sibérie, de Syrie, de Perse, des Indes, de Madagascar, du Sénégal.

STEii'OSTOMA, Latr. — Tète allongée en museau rostriforme, avec mandibules allongées, saillantes ; antennes de onze articles, grêles, filiformes, insérées loin des yeux. Corselet très-allongé, cyliadrii|uo. Élytres longues, planes, atténuées en arrière. Pattes grêles.

Le corps de l'espèce type et unique de ce genre estsvelte, finement pubescent, atténué aux deux extrémités, avec taille très-variable, de 7 à 10 millimètres d'habitude, et d'un beau bleu passant quelquefois au vert bronzé, avec les pattes et la base des antennes roussâtres. Elle est méridionale, de France, d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et d'Algérie. C'est le >'. rostratum, Fabr. ou cœruleum, Petagna (pi. xlv, fig. 8; 8 a, tête vue en dessus et antenne), vivant au bord de la mer, sur les Eryngium.

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WVCTERUS, Clairv. — Tête prolongée en museau ou rostre épais, de longueur variable. Corps épais; convexe, recouvert d'une pubescence serrée, ruusse ou grisâtre. Antennes filiformes. Tarses hétéromères.

Ce genre anormal touche par ses caractères multiples aux genres OEdemera dans les Canlharidiens, Pytho et Rhinosimus dans les Tén6brioniens, et enfin à la tribu des Curculioniens télramères. M. E. Blanchard le place dans les Curculioniens, ainsi que les Rhysodes à côté. Ce sont des Coléoptères au plus de taille moyenne, noirs ou d'un bronzé obscur, à téguments finement chagrinés. Outre la pubescence, ils sont recouverts à l'élat vivant, (i linstar des Larinus (Curculioii.), auxquels ils ressemblent un peu, d'une poussière farineuse jaune ou rousse, qui se renouvelle si on l'enlève. On les trouve sur les fleurs, surtout celles des Ombellifôres. — Ex. : M. curculionoides, Fabr., de France, d'Allemagne, d'Algérie, du Caucase (pi. xlv, flg. 9 ; 9 a, tète). Cet insecte, de h à 7 millimètres, est d'un brun noirâtre, couvert d'une pubescence très-fine, cendrée ou roussûtre, à élylres sans stries, se tenant immobile sur diverses plantes, surtout les Chardons, remontant jusqu'en Angleterre, mais plus commun dans le midi delà France, principalement au bord de la mer. Des auteurs ont fait de ce genre la petite famille des Myctérides. Il y a six autres espèces d'Europe orientale, de Sardaigne, de Turquie, de^ États-Unis.

Tribu des SCOI.YT1EI1S.

La tribu des Scolytiens présente des affinités incontestables avec celle des Apatiens, surfout par les mœurs et l'aspect extérieur, car il y a plutôt analogie que ressemblance réelle. Les larves des Apatiens, à galeries irrégulières, sont bien difierentes : les antennes ont d'autres nombres d'articles, les mâchoires ont deux lobes ; les tarses ne sont pas tétramères de la même façon, car chez les Apatiens c'est le premier article qui est le plus petit de tous, et le quatrième, au contraire, chez les Scolytiens. Il est bien plus difficile de séparer nettement les Scolytiens des Curculioniens, avec lesquels Erichson les réunit; cependant ceux qui ont un rostre bref, mais aussi long que celui de certains Curculioniens, s'en distinguent par des jambes denticulées ; ceux qui se rattachent au type du genre Tomicus ont une tète bien différente des Charansons,car elle est brièvement conique ou subglobulouse et cachée en partie dans le corselet. Les antennes, bien que sur le même plan que celles des Charansons, c'est-à-dire oflrant un scape (premier article), un funicule et une massue terminale, ont des nombres d'articles plus variables, ceux du funicule pouvant se réduire beaucoup et ceux de la massue se souder. On peut dire que les Scolytiens, surtout parleurs larves, forment une tribu annexe des Curculioniens.

C Duméril plaçait les, Scolytiens dans sa famille hétérogène des Cylindriformes, avec les genres Clerus, Corynetes, Apale. Certains auteurs

SCOLYTIËiNS. 65»

leur conservent exclusivement le nom de Xylophages, qui leur convient essentiellement par leur régime, mais quia l'inconvénient d'(ître trop général, et qui s'appliquait, dans les ouvrages de Latreille, à ces insectes et à d'autres types. l'Jifin nous rejetterons pour cuv le nom de Bosirichides, comme prêtant à une confusion déjà expliquée.

Voici les caractères généraux des Scolytiens adultes : Pièces buccales réduites, avec mâchoires "unilobées et palpes des deux sortes de trois articles. Tête variable, parfois en museau ou rostre court, ou bien élargie et courte, ou bien subglobuleuse et cachée. Antennes de trois à douze articles, courtes et coudées, insérées dans une petite fossette en avant des yeux ou rudiment de scrobe. Corselet très-convexe en avant et couvert de fines aspérités serrées. Élytres presque toujours très-convexes, à stries plus ou moins distinctes, souvent tronquées et impressionnées à l'extrémité, avec quelques dents ; cavités cotyloïdes des hanches antérieures fermées en arrière, avec abdomen de cinq segments en dessous. Pattes courtes, à jambes comprimées, parfois denliculées, avec tarses létramères ou plutôt subpentamôres, avec le troisième article bilobé et le quatrième ayant à la base un article rudimentaire ; crochets simples. Corps de forme générale allongée et plus ou moins cylindriqi:e.

Les Scolytiens sont de petite taille et de couleurs le plus souvent uniformes, noires, ferrugineuses, rarement testacées, très-rarement métalliques. On les trouve sur les végétaux qu'habitent leurs larves ou volant aux alentours, et cela pendant toute la belle saison, car leur multiplication est rapide et permet plusieurs générations dans la même année, du moins pour beaucoup d'espèces.

Les Scolytiens comptent à juste titre parmi les insectes les plus nuisibles, et s'attaquent d'une manière presque exclusive aux végétaux ligneux, aux arbustes et surtout aux arbres, pénétrant ou dans la partie interne de l'écorce, ou dans le bois, de la tige, et, pour certaines est pôccs, des plus minces rameaux. Les forestiers se préoccupent avec raison des ravages terribles de ces animaux, qui peuvent amener en peu d'années la mort des plus grands arbres de nos bois, de nos plantations, de nos promenades. Les Scolyles proprement dits ne nuisent pas aux arbres résineux, mais aux Amentacées, aux Ulmacées, aux arbres fruitiers, etc. La plupart des autres, au contraire, vivent de Conifères, tantôt exclusifs aux Pins, ou aux Sapins, ou aux Thuias, tantôt inditférents à divers genres. Au printemps, on rencontre en li'oupes énormes et à toutes les heures du jour, les Scolytes et les Hylésines; mais les Tomiques et les Hylurgues ne se rencontrent guère qu'au déclin de la journée, et c'est lii soir principalement, et peut-être la nuit, qu'ils se livrent à leurs ébats: en elfet, on trouve souvent le matin, criblés de trous d'entrée, des arbres qui, la veille, n'offraient pas la moindre trace d'invasion. La forme cylindroïde du corps des Scolytiens, la râpe d'aspérités de leur corselet et du bout de leurs élytres; leur tête solidement attachée;

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leurs mantlibulcs courtes, fortes, dentelées ; leurs antennes courtes et pouvant se replier sous la tète; les pattes aplaties, souvent dentées ou en râteau, les rendent propres à creuser des galeries, à s'y maintenir et à y cheminer, à rejeter au dehors les déblais. Les femelles déposent dans leur galerie, dite galerie de ponte, des œufs gros comme des graines de pavot, qu'elles recouvrent de poudre de bois ; souvent les mîlies creusent aussi ces galeries. On ne connaît pas bien les détails de l'accouplement de ces petits insectes. Il paraît probable qu'il a lieu surtout dans la galerie de ponte. Les femelles des Scolytes proprement dits font, dit-on, sortir la partie postérieure de leur corps à l'orifice du trou d'entrée, de manière à s'offrir à l'organe du mâle qui erre sur l'écorce, cherchant à remplir la mission pour laquelle, il est né. On a trouvé des Hylurgues {H. Piniperda) des deux sexes accouplés dans la galerie de ponte, en position telle que le mâle et la femelle avaient dû, pour s'unir, s'approcher l'un de l'autre à reculons.

Il est des espèces de Scolytiens qui pénètrent dans les branches inférieures desSapinsj et les larves les perforent et amènent la dessiccation du rameau : ce qui faisait appeler ces espèces par Linnœus jardiniers de la nature, se chargeant d'élaguer des rameaux trop nombreux. D'autres espèces, bien plus pernicieuses, attaquent les slipes et les grosses branches, et pénètrent jusqu'à l'aubier des Conifères. C'est ainsi que le Tomicus fypographus, Linn., e?t un des fléaux les plus redoutables des grandes forêts de Sapins du nord de l'Europe. Les feuilles aciculaires jaunissent et l'arbre meurt en commençant par la cime. Souvent les prêtres ont imploré dans les églises la clémence divine pour mettre un terme aux dévastations de ce clièlif insecte. Dans les forêts du Harz les ravages sont signalés dès 1665. De 1757 à 1783 le fléau reparaît dans ces mêmes forêts, avec diverses intermittences, et en 1783 le mal était à son comble, et les arbres malades furent évalués en nombre à un million et demi. Ces masses de Sapins, naguère d'un superbe vert foncé, n'offraient plus à la vue qu'un aspect jaune terne et portant l'empreinte de la mort.

Les larves des Scolytiens (avec certaine exception pour le genre Piaujpus) sont tout à fait du même plan que celles des Curculioniens. Elles sont, comme celles-ci, aveugles, apodes, à corps courbé en arc, à tête petite, coriace, rentrant dans le premier anneau thoracique, avec la même réduction des antennes et des pièces buccales, à premiers anneaux boursouflés par des mamelons latéraux : la forme arrondie du bord inférieur des anneaux et les fines aspérités du corps servent k lar reptation dans les galeries. La femelle a espacé dans la galerie de ponte, qui a la largeur de son corps, les œufs, un à un en général, chacun dans une petite entaille, à droite et à gauche. De chaque œuf sort une larve creusant une galerie à peu près perpendiculaire à celle de la mère et s'élargissant à mesure que la larve s'accroît; si la larve meurt, la galerie inachevée reste courte. Au fond de sa galerie, dans

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une sorte d'ampoule terminale formant la région la plus large, la larve, parvenue à tout son développement, s'entoure de poudre de bois agglutinée et devient nymphe. Au bout de peu de temps^ l'adulte sort en perçant l'écorce d'un trou circulaire. Cliaque larve a creusé toujours droit devant elle, de sorte que les galeries des diverses larves ne viennent pas se couper. Ces précautions instinctives amènent dans les galeries de la mère et des tarses une régularité qui leur donne souvent la forme d'élégantes arborisations, dont les dimensions, en rapport avec la taille des espèces et les dessins constants pour chaque espèce, constituent d'importants caractères de celles-ci, et offrent pour les Scolytiens une excellente preuve qu'ils se séparent naturellement des Curculioniens à galeries des larves, quand elles sont lignivores, toujours confuses et sans ordre. 11 faut remarquer, principalement pour les Tomiques, que certaines espèces pénètrent dans les bois, d'autres ne s'adressent qu'aux vieilles ccorces, d'autres aux écorces minces, et enfin d'autres à celles seulement des plus jeunes pousses ; de sorte qu'un môme arbre peut cantonner quatre espèces différentes. Ce sont surtout les écorces dans leur liber qui sont attaquées par le plus grand nombre des Scolytiens, et c'est ce qui explique la gravité de leurs ravages en détruisant une région aussi essentielle pour la vie des arbres. On observe que ceux qui se logent dans les écorces épaisses creusent toutes leurs galeries dans sa partie profonde, mais que les espèces qui s'en prennent aux écorces minces établissent, tant adultes que larves, les galeries avec deux segments de leur circonférence, l'un à l'intérieur de l'écorce, l'autre à l'extérieur de l'aubier; de sorte qu'en détachant l'écorce, on observe deux épreuves en creux des mêmes dessins^ l'un sur l'écorce, l'autre sur le bois. C'est afin, sans doute, de ne pas compromettre, en approchant trop de la surface, le fragile abri qu'offre une mince écorce. M. E. Perris (ses intéressants travaux sur les Scolytiens se trouvent dans les Ann. de la Soc. entoin. de France, années 1852 et 1856) a divisé les espèces de Scolytiens en catégories importantes pour les forestiers, d'après la forme des galeries et la partie de l'arbre qu'elles affectent. Les plus nombreuses espèces font des galeries subcorticales. Tantôt la galerie de ponte est longitudinale, et alors les galeries des larves sont transversales ou selon des arcs de circonférence, mais peuvent devenir longitudinales avec flexion, si le diamètre de l'arbre ne se prête pas à tout leur développement transversal; tantôt la galerie de ponte est transversale, ordinairement en accolade à partir du trou d'entrée, et les galeries des larves longitudinales ; enfin, il peut y avoir plusieurs galeries de ponte rayonnantes ou étoilées à partir du trou d'entrée, et alors les galeries des larves sont perpendiculaires aux rayons. Un petit nombre d'espèces font des galeries qui pénètrent dans le bois, soit perpendiculaires à l'axe de l'arbre, soit formant avec sa circonférence comme la corde d'un arc. Les galeries des larves se détachent comme d'habitude à angle droit de part et d'autre de la galerie de ponte, et

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lantùt chaque larve fait sa galerie séparée, tantôt une galerie sert à plusieurs.

Une question divise les naturalistes et les forestiers au sujet des dégâts commis par les Scolytiens. Les Allemands se sont partagés à cet égard en deux camps. Les uns, parmi lesquels il faut comprendre les anciens entomologistes, Gmelin et lUiger et M. Ralzeburg, dont l'ouvrage sur les insectes nuisibles aux forêts offre une magnifique iconographie devenue classique, regardent les insectes comme un fléau direct et du premier degré, en admettant qu'ils se jettent sur les arbres sains et en pleine vigueur et détruisent en eux les organes de la vie, de sorte que les arbres succombent. L'autre école soutient que les arbres deviennent d'abord malades, en raison de diverses causes, et qu'alors les insectes, averlis par leur instinct et sans doute par un odorat des plus subtils, s'aperçoivent de l'état de faiblesse des végétaux, alors même qu'il n'est pas encore visible pour nous, se portent sur ces plantes, et achèvent leur destruction sous d'innombrables lésions. Dans un arbre très-vigoureux, l'excès de sève les rebute en bouchant constamment les trous et les entailles qu'ils pratiquent , les œufs demeureraient emprisonnés dans des tissus de nouvelle formation, et la sève extravasée noierait les larves. On a pris des écorces mortes, criblées d'insectes; elles furent appliquées à la place de lambeaux égaux d'écorce enlevés à des arbres en pleine vigueur , et les larves n'ont pas envahi l'écorce saine voisine. Dans l'été extraordinairement sec de 1835, qui détruisit 50 000 pieds d'arbres au bois de Vincennes, il fut constaté que près de la moitié n'avaient pas été atteints par les Scolytiens : ainsi 10 000 pieds de bois blanc et 10 000 de Chênes. Des arbres abattus et criblés de Scolytcs furent débités eu bûches amoncelées près de jeunes Chênes bien portants, et aucune trace de Scolytiens éclos par milliards au printemps de 1836 ne fut remarquée sur ces Chênes distants de quelques mètres. M. E. Perris a constamment observé des faits analogues dans les forêts de Pins maritimes des Landes. Aussitôt qu'un arbre sain est renversé, il est perforé dès le lendemain. M. E. Perris a fait enlever au printemps l'exlrémité de toutes les branches déjeunes Pins vigoureux, et les Toinicus et les Pissodes les ont fait périr auesilôt, avant que les bourgeons adventifs aient eu le temps de réparer le dommage. Les Pins sont parfois altaqués par une maladie inconnue et contagieuse qui se propage par les racines, et le seul remède est d'isoler les arbres atteints du reste de la forêt par une tranchée circulaire ; ils sont achevés en quelques mois par les Scolytiens. On peut dire que les insectes lignivorês se comportent comme les Mousses et les Lichens, qui ne s'allachent qu'aux troncs des arbres qui commencent à s'affaiblir par la maladie ou la vieillesse, tandis que les troncs robustes conservent une écorce lisse.

En France, selon notre habitude pourles questions modestes et utiles, o:] s'e-t peu occupé de cette discussion, et même elle est restée long-

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temps ignorée. On s'esl contenté, en général, de la solution la plus directe, sans aucune observation approfondie, comme si la chose allait de soi, en admettant que lorsqu'on voit périr des arbres et qu'on y trouve des insectes lignivores, ceux-ci sont la cause immédiate du dommage. C'est ainsi qu'en 1835 on attribua au Pissodes notatus la perte des Pins de la forêt de Rouvray, au Scohjtes pygmœus celle des arbres du bois deVincennes, au Scolijtrs ?/iw/f<sfr/«i«s la ruine des Ormes des boulevards de Paris et des environs de la capitale. Cette désastreuse année avait appelé l'attention sur ces faits, et V. Audouin émit une opinion mixte assez singulière, consignée dans l'Histoire des insectes, de M. E. Blanchard (18/|5). L'instinct des adultes les porterait à attaquer pendant plusieurs années consécutives les arbres sains, afin de les affaiblir cl de les prédisposer ainsi à être attaqués par les larves. Les observations directes font tout à fait défaut à cette hypothèse, et il faudrait admettre souvent de la part de Scolytiens des voyages fort éloignés de leur lieu de naissance, ce qui n'est pas l'habitude des insectes. Peut-être arrivet-il parfois accidentellement que des nuées de Scolytiens entraînés par le vent ont attaqué des arbres sains là où la tourmente les déposait, parce qu'ils n'en trouvaient pas d'autres pour se nourrir. Aujourd'hui MM. E. Perris, Goureau, Boisduval, ont adopté complètement l'opinion de la maladie, c'est-à-dire des arbres débilités par diverses causes avant l'invasion des insectes, de même que les auteurs allemands Liebich, Lincker, Thiersch, Wiegmann, Krutzsch, etc. En Angleterre, M. Wallace s'est aussi rangé à l'opinion que les Scolytiens n'attaquent que les arbres déjà maladifs, et ses observations ont porté sur les espèces de Scolytiens qui ravagent les forêts des archipels indiens.

La question la plus importante à traiter au sujet des dangereux Scolytiens est celle des remèdes à apporter à leurs dégâts. I>es moyens curalifs ont très-peu de valeur, si, comme tout porte à le penser, ces insectes ne font que hâter la mort des arbres déjà faibles et malades. Le lavage des troncs à l'eau salée ou à la chaux n'a pas grand effet. On emploie à Paris depuis plusieurs années, pour guérir les Ormes des promenades publiques, le moyen suivant : l'écorce est enlevée à tous les points envahis par les Scolytiens. On tue ainsi les larves en les exposant à l'air, et l'on brûle toutes les écorces détachées. On couvre de goudron noir ou coaltar toutes les parties décortiquées, et l'on empêche ainsi l'évaporation de la sève j cette opération se fait en juin et juillet. Les arbres ne sont du reste sauvés que pour peu de temps; on tue bien les insectes, cause secondaire de la mort de l'arbre , mais on n'a pas obvié aux causes premières de la maladie, et celles-ci continuent à agir et amènent la destruction. La grande mortalité des arbres du bois de Vincennes avait amené, sur les indications de M. E. Robert , l'essai d'un procédé que son peu d'efticacilé a fait depuis abandonner. On décortiquait les troncs par bandes longitudinales, de manière à ne conserver que certaines régions d'écorce. La sève afflue davantage dans

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l'écorce conservée, et, disail-on, en môme temps que les Scnlyliens ne peuvent plus vivre dans les parties décortiquées, la sévc surabondante les chasse du reste de l'écorce, et les bourrelets de cicatrisation sont trop durs pour être entamés par leurs mandibules. L'expérience n'a pas justifié ces espérances. Les branches non décortiquées demeurent toujours la proie des Scolytiens, puis l'arbre s'affaiblit en raison de la décortication partielle qu'il asubje,et bientôt les Scolytiens, plus acharnés que jamais, détruisent les parties où l'écorce a été conservée. M. E. Perris fait remarquer que la pratique contredit tout à fait cette méthode pour les Pins maritimes desLandes. Ces arbres sont entaillés par les résiniers, et l'on observe, dès qu'ils sont n:alades, que les Scolytiens et les Longicornes viennent^récisément faire leurs pontes sur les iutervalles garnis d'écorce et sur les bourrelets. En outre, l'aisselle des rameaux, où les fibres de liber et d'aubier se contournent d'une manière comparable à celle des bourrelets de cicatrisation, sont des points très-exposés aux attaques des Scolytiens. L'étude attentive et prolongée pendant de nombreuses années, de ces forets de Pins desLandes, n'inspire à M. E. Perris que peu deconflancc dans tous les moyens tentés par l'homme contre les insectes. On n'a que des palliatifs, et encore à la condition du concours simultané de tous les agriculteurs ou sylviculteurs d'un pays.

Il a observé que, dans ces landes où aucune précaution n'est prise, les Tomiques et les Hylurgues sont toujours sensiblement en même nombre. Ce sont les parasites et les phénomènes atmosphériques, la sécheresse, la grêle, la gelée prin tanière, qui sont les grands moyens destructifs que la nature emploie pour limiter le nombre des espèces. Cependant M. E. Perris fait remarquer qu'il ne faut pas cesser de rechercher avec sollicitude les moyens humains de détruire les insectes, et que les entomologistes seuls, par une étude attentive des mœurs et des habitudes, peuvent amener à une solution partielle ou complète de ces importants problèmes.

Les moyens préventifs dont les forestiers se servent surtout contre les Scolytiens consistent à abattre dès le principe tout arbre attaqué et à enlever radicalement l'écorce, à écorcer et à carboniser les arbres malades abattus, si l'on ne peut les enlever immédiatement ; enfin, à laisser des arbres-piéges destinés à recevoir la majorité des pontes et à les écorcer après. Dans l'opinion si probable que les Xylophages respectent les arbres bien portants et ne font périr que ceux dont une maladie ou un accident a affaibli l'énergie vitale, le meilleur moyen préventif estr de planter les arbres dans les meilleures conditions possibles de terrain, et de les maintenir en état de vigueur par des labours au pied, des arrosements, des fumures, des engrais liquides et, au besoin, une taille rationnelle. Il est très-important d'opérer un échenillage actif, car les chenilles, dévorant les feuilles.ou les tiges, affaiblissent l'arbre elle préparent aux ravages bien plus graves des Scolytiens. C'est ainsi

SCOLYTILNS : RAVAGES, IIEMÈDES. 63y

que sur les Ormes on a remarqué que les Xylophages envahissent les sujets à la suite des dommages réitérés des chenilles de deux Lépidoptères, le Cossus Ligniporila dans le tronc et les branches, le Liparis Chrijsorrhea sur les feuilles. En 1835, eut lieu une destruction de la plupart des arbres du bois de Vincennes, et il n'y eut pas plus de la moitié des arbres qui succombèrent qui présentèrent les traces des Scoly tiens. La cause principale du dommage fut l'extrême sécheresse de l'été, qui offrit plus de trois mois consécutifs sans pluie. On peut dire ici, surtout au sujet des arbres plantés en quinconce ou en allées, pour ombrager et embellir les parcs et promenades publics, que l'homme contribue pour une part considérable à la propagation de ses ennemis, ainsi que nous l'avons déjà vu pour les Hannetons. La destruction inconsidérée des oiseaux dans les bois voisins des grandes villes a amené la multiplication des chenilles, qui affaiblissent énormément les arbres par la perte des feuilles, organes de leur respiration, et dès lors les Scolytiens par myriades détruisent les parties vitales où circule la sève. 11 faudrait interdire avec sévérité le dénichage et la vente pour la cage des petits passereaux. Remarquons toutefois que l'utilité des oiseaux est diminuée en ce qu'ils détruisent aussi des insectes zoophages.

Pour les promenades publiques, l'homme opère sur les arbres des tailles irréfléchies. On les étête afin de les disposer en berceaux, et, par suite, on les affaiblit en les mettant hors de leurs conditions naturelles. Les taillis, où les arbres croissent en quelque sorte à leur volonté, sont toujours les parties des forêts les plus épargnées par les insectes. Les Ormes surtout aiment à croître isolés et libres dans les champs ; dès qu'on les plante en avenues et qu'on les taille pour cet usage, ils souffrent de l'afflux de sève qui résulte de la formation de nouveaux bourgeons adventifs, se couvrent d'ulcères, et bientôt sont envahis par les insectes. Les allées sablées s'opposent à la péiiétration facile des eaux pluviales dans les racines ; les feuilles tombées qu'on enlève en automne privent l'arbre d'un précieux aliment naturel. De même dans les vergers, les arbres fruitiers sont mutilés par une taille qui les amène à produire un petit nombre de gros fruits, mais qui les affaiblit et les prédispose aux attaques des insectes. Près des grandes villes, les Scolytiens abondent dans l'écorce des arbres, qui ne respirent qu'un air vicié par les émanations des usines et la fumée ; dans l'intérieur des villes, les fuites des conduits du gaz à éclairage imprègnent le sol de goudrons très-nuisibles aux racines, surtout pour les Ormes. Aussi on a recours pour les plantations urbaines aux essences exotiques : le Marronnier d'Inde, l'Ailante, le Platane, le Robinier; car si ces arbres souffrent comme nos végétaux indigènes des causes générales que nous venons d'indiquer, ils ne sont pas envahis, bien qu'affaiblis, par les Scolytiens européens auxquels leurs principes incrustants ne conviennent pas, et résistent ainsi bien plus longtemps, car le pro[ire des Scolytiens est d'amener rapidement la mort des arbres déjà maladifs. On

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est arrivé depuis quelques année?, pour les jardins publics et squares de la ville de Paris, à pratiquer Texcellente opération en élé, à de fréquents intervalles, de bêcher une aire circulaire autour de chaque arbre, en relevant la lerre en petits talus à la circonférence, puis de faire un arrosage à grande eau, en couche profonde. Ce moyen de raviver les arbres est un remède efficace, en même temps qu'un préservatif contre les dévastations des Xylopbages, non pas qu'on les détruire par là s'ils existent, mais parce qu'on ralentit leur action.

GENRES PRINCIPAUX

SC«I.TTrs, GeofTr. — Funicule des antennes de sept articles, massue ovoïde illoiigée. Lobe des mâclioires en fer de hactie oblique, un peu plus court que le palpe. Corps épais, peu convexe. Tôle en museau court. Corselet aussi long que les cljtres, celles-ci striées, aplaties à rexlrcmité. Jambes non denticulées au bord externe et munies d'un fort crochet à l'extrémité.

Les Scolytes n'attaquent pas les bois résineux. Plusieurs espèces sont Irès-nuisibles. Ainsi l'Orme en nourrit quatre espèces: leS. dcslruotor, Oliv., le Scolyle de Geoli'roy, le plus grand, de 6 à 5 millimètres, à corselet noir luisant, à élytres d'un fauve rougeâtre sombre, s'attaquant ;ui 1ionc(i;l. xxxvjj], fig. la, antenne; 16, mandibule; le, mâchoire ci palpe ; i d, lèvre inférieure et palpes ; 1 e, jambe et larse antérieurs). C'est aussi dans le tronc que \it le S', mxdlistrialus, Marsh., de toute l'Europe, plus petit. On trouve dans les branches le S. Uhni, Redl.,et le S.pygmœits, Herbst, qui nuit aussi beaucoup aux Chênes. Ces quatre espèces, de teintes analogues, ont des galeries de ponte subcorlicales et longitudinales. Il en est de même pour les S. rugulosus, Knoch, et l'ritni, Ralz.j qui vivent sous les écorces des Poiriers, Pommiers, Pruniers et Abricotiers malades. Le S. intricatits, Ralz., dévaste les Chênes «n'aiblis, établissant sous l'écorce une galerie de Jponle transversale en accolade, les galeries légèrement imprimées dans le bois.

Bll'B.anGlS, Lalr. — Funicule antcnuaire de f-ix articles, massue ublongo ovale à quatre divisions nettes. Tète en museau court. Corselet ponctué, plus court que les élytres, celles-ci fortement déclives à l'extrémité. Jambes denticulées en dehors. Corps épais, cylindroïde.

'Ce genic comprend des insectes rongeujs très-nuisibles aux Conifères. Le plus redoutable est VH. Piniperda, Linn., de toute l'Europe e du Caucase (pi. xxxvui, fig. '2, anlcnne ; L'c, patle antérieure). 11 a près c'e 6 millimètres de long, est noiiâtre, finement pubescent, avec les clyties sou-sent fenugineuses en toltilité ou en partie. Cette espèce vit cxclufci\c'u:ciil iur les Pins,, dont elle est le llcau, ro^ageant dans le

HTLURGUS, HYLESINUS. ' 641

Nord les Pins sylvestres, dans le Midi les Pins maritimes. On voit paraître les adultes de bonne heure , en mars dans le Nord , en janvier dans le Midi, et aussitôt ils perforent les écorces des Pins abattus ou malades, ainsi que les souches restées en terre, décelant leur présence par de petits tas de vermoulure rejetés des galeries ; souvent la résine se concrète en tube autour des trous d'entrée. Ceux-ci sont obliques, et la galerie de ponte s'étend en long sous l'écorce, sans entamer le bois, avec une petite courbe à l'entrée, puis devenant droite au-dessus et au-dessous. Le développement des larves ne devient rapide qu'en mai, et les adultes prennent leur essor en juin et au commencement de juillet. Ils trouvent moyen d'être nuisibles d'une autre manière que leurs larves. Ils cherchent un refuge et une nourriture dans les jeunes pousses de pin de l'année, et y creusent un canal en long. La jeune branche se flétrit et pend, prête à céder au vent ; on dirait des coups de ciseau donnés par ces jardiniers de la foret qui font souvent tomber les flèches du sommet des jeunes arbres. L'F. piniperda n'a qu'une génération par an, ainsi qu'une espèce plus petite des mêmes arbres, VH. niinor, Hartig. Il est probable, dit M. E. Perris, que c'est là le fait général pour les genres Hylurgus et Hylesinus. Nous citerons encore VH. ligniperda, Fabr., oblong, d'un brun fauve, également très nuisible aux Pins. Tous les Xylophages des Pins trouvent pour leurs larves un ennemi acharné dans la larve du Tillus formicarius ou Thanasimus (Clériens), qui leur fait la guerre sous les écorces.

HiriiESmus, Fabr. — Funicule des antennes de sept articles. Corps cylindrique ou oblongo-ovale.

Les caractères de ce genre sont très-voisins du précédent. Les espèces sont nombreuses et dévastent divers arbres : ainsi H. Thuiœ, E. Perris, H. bicolor, Brullé, le Thuia; H. cittatus, Fabr., l'Orme; H. oleiperda, Fabr., de très-petite taille, 3 millimètres, le Frêne, le Lilas et l'Olivier. Cet insecte noirâtre, recouvert de poils roux, loge ses œufs dans l'écorce et l'aubier des petites branches des Oliviers. Les branches rongées se distinguent par des taches rousses, ou violacées, ou d'un gris brunâtre ; elles languissent et meurent bientôt après. En avril elles sont en outre percées de petits trous ronds par où sortent les adultes. Ces insectes, dans le midi de la France, reçoivent les noms de Ciron ou Taragnon. Ils se jettent de préférence sur les Oliviers malades, et leur présence est un indice que le sujet souffre. Il faut donc soigner l'arbre, augmenter sa vigueur par les labours, les engrais, les arrosages, et de plus, il faut enlever en mars toutes les branches tachées et les brûler. Les Hylésines nous offrent encore deux espèces très-nuisibles aux frênes, 177. Praxini, Fabr., detoute l'Europe et du Caucase, de 3 millimètres de long, ovale, noir, marbré de grisâtre, à pubescence cendrée, à antennes fauves ; VH. crenatus, Fabr., un peu plus grand, d'im brun de poix, à

dUl COLÉOPrÈRES. — SGOLYTIENS,

élyfres profondément striées et à crénelures aiguës. F.es deux espèces dessinent sous l'écorce des galeries de jjonte transversales et en accolade, avec galeries de larves longitudinales. Les galeries sont admirablement nettes, vu la dureté du bois de Frêne. Ces insectes se montrent en avril et en mai, et se jettent par myriades sur les Frênes affaiblis ou sur ceux qui sont abattus.

CAMPTOt'RRUj^, Latr. — Funicule des antennes de sept articles, sans filets chez les femelles, dont les articles ont chez les mâles de longs filets grêles et aigus au côté interne, avec massue globuleuse, indivise. Corps subovale, convexe.

Ces Scolytiens de l'Amérique du Sud sont remarquables par leur éclat. Le type est le C, œneipennis, de la Guyane, à corps d'un noir brillant, avec des élytres bronzées. Nous figurons les antennes de cette espèce pi. xxsviii, fig. 3, mâle ; 3 a, femelle.

PHIiŒOTRIUIJS, Latr. — Corps court, trapu, cylindroïde, à pubescence hérissée. Tête courte. Antennes à scape très-long et en massue, à funicule de cinq articles avec massue de trois articles en longues lamelles internes.

Le type du genre est le P. Oleœ, Fabr. Ce petit insecte (2 millimètres environ de longueur) est noirâtre, revêtu d'un duvet grisâtre, avec antennes rousses. Il est représenté pi. xxxvm, (ig. Zi;/ia, antenne trèsgrossie; Ub, tarse antérieur. Il est probable qu'il peut vivre sur d'autres arbres que les Oliviers, car on l'a rencontré près de Paris, sans doute par suite d'importation, comme bien d'autres insectes. De môme que l'Hylesinus uleiperda, il se jette sur les Oliviers affaiblis, et les remèdes sont pareils. Il cause à ces arbres des dommages sérieux et se trouve répandu comme eux dans toute la région méditerranéenne. Il existe en Algérie. Il se loge de préférence à l'enfourcliure des branches, où les larves vivent et où la femelle perce l'écorce pour faire sa ponte. 11 découle des ouvertures pratiquées une substance gommeuse, assez semblable à de la manne. Le moindre vent fait rompre les rameaux ainsi rongés. C'est surtout avec les mortalités, lorsque les jeunes rejets encore faibles repoussent des vieilles souches, que ce Scolylien fait le plus de mal.

TOMICE'N, Latr., ou BosTRlCHus, Fabr. (Nous rejetons le second nom du genre par un motif de confusion déjà expliqué.) — Corps très-cylimlrique. Tète très- ' courte et rentrée dans un corselet très- convexe en avant, couvert antérieurement d'aspérités ou de granulations, sans impressions latérales pour recevoir les jambes. Élytres cylindriques, plus ou moins excavées à leur extrémité, avec les bords de l'excavation dentelés. Tarses courts.

Ce genre comprend les espèces lés plus nombreuses de Scolytiens, dont certaines sont fort nuisibles. Les ïomiques sont hérissés de poils

TOMIGUS. 6Z|3

fins, et leur livrée varie du jaune ferrugineux au noir brunâtre assez brillant. Nous représentons (pi. x.xxvui, fig. 5) l'antenne du T. bispinus, Ralz., de France et d'Allemagne, espèce qui vit dans les tiges de Clématite; antenne avec scape très-long et en massue, court funicule de cinq articles, massue arrondie, avec traces de sutures arquées, ou flexueuses dans d'autres espèces. Les femelles en général diffèrent trèspeu des milles; cependant, dans beaucoup d'espèces, elles sont plus allongées et ont les élytres moins denticulées à l'extrémité. Plusieurs espèces de Tomicus s'attaquent spécialement aux arbres résineux. Nous sigalerons les suivantes, à galerie de ponte subcorticale et longitudinale : T. typographus, Linn., de Suède, de France, d'Allemagne, du Caucase, ayant 3 millimètres de long ; le mâle et la femelle se logent ensemble sous récorce^ en creusant une chambre nuptiale d'où partent les galeries de ponte, offrant des trous à air recouverts seulement de la plus fine pellicule de l'écorce ; une première éclosion d'adultes a lieu en mai, puis une seconde au bout de deux mois, dont les sujets hivernent sous la mousse et dans les crevasses du bois, pour reproduire au printemps ; cet'e espèce est exclusive aux Sapins et les attaque surtout à la partie supérieure de la tige, là où de fortes branches se séparent du slipe. On a vu des forêts entières périr sous leurs attaques, il faut enlever les chablis, les branches rompues ; écorcer les arbres malades, faire des tranchées par où circulereront l'air et la lumière, et, parfois, laissant sa part au dommage, isoler du reste de la forêt, par une large abattue circulaire, les premiers arbres atteints ; l'ennemi le plus redoutable de cette espèce est la larve du Clérien déjà cité qui dévore les Scolytiens des Conifères, et divers Draconiens et Chalcidiens (Hyménoptères). T. stenographus, Duft., de France, d'Allemagne du Tyrol, un peu plus grand que le précédent; il s'attaque aux Pins des diverses espèces ; de la chambre nuptiale partent plusieurs galeries de ponte en haut et en bas ; chacune ayant d'habitude un mâle et une femelle; les galeries des larves sont faiblement indiquées sur l'aubier il y a deux générations par an. T. Laricis, Fabr., de foute l'Europe et d'Algérie, sur les mélèzes et sur les pins ; il a 3 millimètres de long et offre trois générations dans l'année ; de la chambre nuptiale partent des galeries en haut et en bas, moins longues et beaucoup plus étroites que celles de l'espèce précédente; une seule femelle existe dans la chambre nuptiale creusée par elle et par plusieurs mâles, et chacun de ceux-ci, dit-on, creuse une galerie de ponte. T. viUosus, Fabr., nuisible aux Chênes.

D'autres Tomiques font des galeries de ponte transversales, toujours sous l'écorce seulement. Nous citerons le T. curvidens, Germ., d'Allemagne, de France, spécialement dans les forêts des Vosges, attaquant surtout le Sapin blanc, mais aussi le Sapin rouge et parfois le Pin; sa longueur est en moyenne de 2 millimètres ; ses galeries sont en accolade un peu oblique à partir du trou d'entrée, et celles des larves s'élè*

6&Û COLÉOPTÈRES. — SCOLYTIENS.

vent verticales au-dessus et au-dessous, en serpentant ; il n'attaque que les plants maladifs et dépérissants, et est moins nuisible que les espèces précédentes; T. bicolor, Herbsl, des îles Britanniques, de Suède, de France, d'Allemagne, s'attaquant aux Chênes et aux Hêtres.

Enfin, certains Tomicus, à galeries toujours sous l'écorce, ont les galeries de ponte en rayons autour du trou d'entrée. Tels sont les T. chalcographus, Linn., de toute l'Europe, Aivant dans les Sapins ; T. hidens, F'abr., exclusif aux Pins des espèces du Nord et du Midi ; il ne recherche que les jeunes sujets de 5 à 10 ans, ou les branches supérieures des arbres plus âgés; aussi sa taille est très-petite, ne dépasse pas 2 millimètres; chacune des galeries rayonnantes contient un mâle et une femelle, de sorte qu'un seul groupe de galeries renferme cinq à six ménages, avec une antichambre commune à tous; il a au moins deux générations par an; T. Saxeseni, Ratz, que M. E. Perris n'a rencontré en France que sur l'Aulne et le Chêne, mais qui, en Allemagne, selon M. Ratzeburg, attaque aussi les arbres verts.

Les derniers Tomiques que nous avons encore à mentionner entrent dans l'inférieur du bois. Le T. eurygrapfius, Erichs., pénètre dans les vieux Pins nouvellement abattus. Sa taille varie de 2 à 3 millimètres; la femelle creuse d'abord une galerie dans l'aubier, en rejetant au dehors des petits tas de sciure blanche, puis perce une double galerie transversale se détachant de chaque côté de la galerie d'entrée ;-il n'y a qu'une seule génération dans l'année ; on trouve plusieurs larves dans la même galerie. C'est aussi ce qui arrive pour le T. monographus, Fabr., de France, d'Allemagne, d'Algérie, perçant les bois de Chêne, d'Aulne, de Peuplier. On ne trouve qu'une larve par galerie pour une autre espèce de l'intérieur du bois, le T. dispar, Fabr., du Châtaignier, du Marronnier, du Robinier ; le nom de cette espèce vient de ce que la femelle ayant la forme cylindrique ordinaire, le mâle est court, avec les élytres presque globuleuses. Le T. dryôgraphus, Erichs., perfore spécialement le bois de Chêne.

Dans un genre très-voisin, le genre Xylolerus, Erichs., se trouvent deux espèces dont la première surtout est parfois fort nuisible au bois de service, c'est-à-dire à celui qui est destiné aux constructions navales, et qui a des dimensions assez fortes pour être débité en madriers et en pièces propres aux grosses charpentes de toute espèce. En avril et mai elles percent l'écorce de plusieurs trous, et entrent à plusieurs centimètres dans le bois, môme jusqu'au cœur dans les jeunes tiges. Il y a une seule larve par galerie, se détachant à angle droit de la galerie de ponte. Ces insectes sont noirs, à corps allongé et cylindrique, avec les élytres d'un rouge obscur et noirâtres sur les bords latéraux el la suture. I/espèce la plus nuisible est le A", domesticm^ Linn., de presque toute l'Europe, s'attaquant aux futaies d'arbres résineux, surtout aux Sapins blancs et aux Épicéas ou gros bois hollandais, de telle sorte que les arbres sont percés comme un crible ; il faut exécuter les coupes au

CURCULIONIENS. 645

prcQiier printemps, un peu avant la montée de la sève, et écorcer aussitôt les arbres, qui se couvrent d'une couche de résine et que l'insecte n'attaque pas. La seconde espèce, un peu plus petite , le X. lineatus, Oliv., est propre aux Hêtres.

PI..%TVPr§», Herbst. — Forme du corps et des élytres allongée et cylindrique. Palpes maxillaires de quatre articles. Antennes de six articles apparents, dont quatre au funicule avec massue en forme de palette compacte et tomenteuse. Tête libre du corselet, celui-ci excavé latéralement pour recevoir les cuisses antérieures.

Ce genre s'écarte assez notablement des autres Scolytiens; l'Europe n'en nourrit que deux espèces ; les autres sont surtout d'Amérique et des Indes Orientales. Les larves, toujours apodes et aveugles, ne sont plus courbées comme celles des autres Scolytiens, mais cylindriques, droites, à tète plus forte et plus saillante, et avec le dernier segment abdominal tronqué obliquement et terminé par une petite épine cornée. L'espèce la plus commune, de France, d'Allemagne et d'Algérie, qui perce dans l'intérieur du bois de (-hêne des galeries communes à plusieurs larves, est le P. cylimlrus, Fabr., de 5 à 6 millimètres, d'un brun noirâtre, à appendices roussâtres (pi. xxxviir, fig. 7, mâchoires et palpe; 7a, lèvre inférieure); les élytres sont ponctuées et fortement striées. Nous représentons en outre une espèce de la Havane, le T. Poeyi, G.-Mén., avec les élytres atténuées et prolongées à l'extrémité (pi. xxxviii, fig. 6; 6o, antenne; 6b, jambe et tarse antérieurs; Go, jambe antérieure de femelle vue en dehors). On doit remarquer que les cuisses et les jambes sont larges, et que la face externe des jambes antérieures est pluricarénée chez les femelles; au contraire, les tarses sont giêles et à premier article aussi long que les suivants réunis.

TRIBU DES CURCLLIO^IEMS OU CHARAUSOMS.

La tribu des Curculioniens est une des plus naturelles de l'ordre des Coléoptères, ce qui explique les grandes difficultés qu'on éprouve ù la subdiviser. On les nomme vulgairement les Charunsons. Elle correspond nettement aux genres Bruchus, Attelahus et CurcuHo, de Linnteus; aux Rhinocères ou Rostricôrnes , dont C. Duméril formait au commencement de ce siècle la première famille de son sous-ordre des Coléoptères tétramérés; aux Charansonites de Lamarck^ aux Rhynchophores ou Porte-Becs établis plus tard par Latreille. C'est qu'en effet le caractère qui frappe immédiatement les yeux au premier aspect de ces insectes est fourni par le prolongement de leur tête en une sorte de bec, quelquefois assez court, parfois très-long, tantôt épais, tantôt grêle, droit courbé et que Lalreille nommait probosnroHrp ,\iO\ïv le distinguer du véritable

ti^O COLÉOPTÈRES, — CURCLLIONIENS.

rostre des Hémiptères, organe constitué par les pièces buccales. Cependant on lui donne habituellement le nom de rostre, pour abréger. Quelquefois cette tète prolongée en bec n'offre pas de sillon latéral ou scrobe ; dans le plus grand nombre des genres existe ce scrobe destiné à loger le scape ou premier article de l'antenne, qui est généralement allongé. Les antennes sont le plus habituellement de onze à douze articles (de six à douze), parfois droites, le plus souvent coudées à partir du second article, terminées ordinairement en massue , parfois filiformes , ou épaissies en dehors, ou dentées en scie, ou même pectinées. Elles sont toujours insérées sur le rostre, à son extrémité s'il est court, vers son milieu ou près de sa base s'il est allongé. Par un balancement organique naturel, la tête si développée a des pièces buccales Irès-réduites ; la bouche, toujours placée à l'extrémité du rostre, ne présente d'apparentes au dehors que des mandibules fortes, mais courtes, comme il convient à des pièces destinées souvent à entamer des substances végétales dures, tandis que les mâchoires, les palpes, la lèvre inférieure, très-peu développés, restent cachés en toute ou en partie dans la cavité buccale. L'écusson très-variable , toujours petit, peut exister ou disparaître. Le corselet est en général beaucoup plus étroit que les élytres, qui, le plus souvent, recouvrent complètement l'abdomen; celui-ci offre en dessous cinq segments. Les tarses, qui terminent des pattes ordinairement très-robustes et assez courtes, ont presque toujours quatre articles à tous les membres, très-rarement cinq, et leur pénultième article est habituellement bilobé. Le corps est, dans la grande majorité des cas, renflé et trapu, sa forme pouvant varier au reste depuis un aspect allongé et presque linéaire jusqu a l'état ovoïde et même globuleux ; il est tantôt ailé, tantôt aptère, avec des élytres parfois soudées. Les hanches antérieures ont toujours leurs cavités cotyloïdes fermées en arrière.

Les Curculioniens vivent de végétaux sous leurs deux états actifs. On rencontre les adultes sur les fleurs, les feuilles, les tiges, quelques-uns sous les écorces; d'autres dans les endroits sablonneux, plusieurs sur les murailles, certains sous les pierres, etc. Ces derniers, qui vivent ainsi sur le sol, sont habituellement aptères et à élytres soudées, et ce sont eux qui ont les téguments les plus durs, au point qu'on a souvent beaucoup de peine à les percer d'une épingle pour les mettre en collection. La résistance des téguments et des élytres recouvrant tout l'abdomea paraissant le moyen de défense le plus certain de tous les Curculioniens qui sont peu agiles, surtout sur les surfaces planes, mais grimpent avec vitesse et surtout se cramponnent très-fortement aux végétaux; ceux qui possèdent des ailes s'en servent peu. Les couleurs de ces insectes varient beaucoup, avec un corps tantôt poilu, tantôt glabre; beaucoup n'ont que des teiutes sombres, grises, brunâtres, noirâtres, il en est qui étincellent de couleurs métalliques, ou uniformes, ou relevées par des dessins. Il en est, dans les genres exotiques surtout, qui sont ornés de

CURCULIONIENS. àkl

splendidps nuances dues à des écailles qui peuvent s'enlever, el qui sont analogues à celles des ailes des Papillons ; sous ces écailles sont des téguments lisses et ternes; mais, grâce à elles, on voit les plus splendides combinaisons : ainsi des gouttes d'or sur fond vert, des gouttes d'argent sur azur. En outre, beaucoup de Curculioniens laissent suinter une efflorescence qui se renouvelle pendant la vie, si on l'enlève, et ressemblent aux enduits cireux des prunes, aux sécrétions de certains Pucerons. Il est Irés-important pour les collectionneurs d'avoir, les Curculioniens récemment éclos et non frottés. Leur taille varie beaucoup , depuis certaines gigantesques Calandres des pays chauds jusqu'aux si minimes Apions qu'on ne peut conserver que sur carte ou paillette de mica. Les Charansons n'ont d'autre défense que de se laisser tomber quand on veut les saisir, et de se cacher dans les herbes ou dans les interstices du sol, en simulant la mort pendant quelques instants et en retirant leurs pattes.

Leur organisation interne a été étudiée par L. Dufour. Leur tube di^ gestif est a>sez allongé, comme chez tous les iusectes phytophages. Chez les Orthocôres (voyez plus loin pour ces mots) il est moins long que chez les Gonatocères, et les premiers n'auraient que deux canaux de Malpiglii, tandis qu'il en existerait six chez les seconds. Les résultats ne sont pas généraux, et de nouvelles études sont nécerssaires.

Les Curculioniens se rencontrent dans toutes les contrées, avec prédominance dans les régions chaudes, surtout en Amérique et principalement l'Amérique du Sud; ils sont le plus souvent solitaires, mais certains, comme les Apions , se pressent sur la même plante les uns contre les autres, en sociétés nombreuses. Les horticulteurs qui ont souvent à se plaindre des Charansons leur ont donné des noms vulgaires qui varient d'une province à l'autre ; les plus usités pour les localités du voisinage de Paris sont ceux de Lisette, Bécare, Bêche, Becmare, etc.

Si quelques Curculioniens adyltes sont nuisibles aux végétaux, c'est surtout à l'état de larves qu'ils sont souvent de désastreux fléaux pour les champs, les jardins, les bois, les amas de céréales; malheureusement on n'a contre eux que fort peu de moyens de préservation. Toutes les parties des plantes sont sujettes aux atteintes de ces larves. Il en est qui vivent à découvert sur les feuilles {Hijpera ou Phytonoiuua , Coniatus, etc.), et qui sont alors colorées, le plus souvent d'un verdâtre pâle ou jaunâtres. Elles progressent au moyen des mamelons inférieurs latéraux de leur corps et par un segment anal, gros et charnu, pseudopode. Elles sont très-solidement fixées sur les parties des plantes qu'elles ha bitent, au point de résister aux coups de vent les plus violents. On admet d'ordinaire que leurs mamelons laissent suinter une humeur visqueuse qui les fait adhérer au plan de position. Selon M. Goureau, elles marchent et se maintiennent sur ce plan au moyen de ventouses des mamelons pseudopodes inférieurs. Au terme de leur croissance elles se tissent un cocon rond ou ovale à l'aide d'une matière visqueuse qui

bZl.S COLÉOPTÈRES. — CUHCULIONIENS.

est, selon M. E. Perds, la même que celle qui servait à leur adhésion, ot qui proviendrait, selon quelques auteurs, de glandes salivaires internes 6^ d'une tilière buccale. Tantôt les coques sont faites d'un feutrage compacte de iils entremêlés en tous sens, tantôt d'un réseau à mailles d'inégale grosseur ; le tissu est toujours assez transparent pour laisser voir l'insecte à l'intérieur, et reconnaître s'il est larve, nymphe ou adulte. Deux ou trois jours après la confection du cocon la larve ■ devient nymphe, et celle-ci, au bout de dix à vingt jours, suivant les espèces, se change en insecte parfait qui sort de son enveloppe protectrice en pratiquant un trou à l'une de ses extrémités.

La plupart des larves de Curculioniens vivent à l'intérieur des plantes ou au moins cachées à la lumière; elles sont alors molles, d'un blanc laiteux ou jaunâtre. 11 en est qui se cachent dans les feuilles roulées en cornet {Rhynchites), ou les minent entre leurs deux épidermes {Orchestes, Brachonyx) ; certaines vivent dans les boutons qu'elles font avorter en dévorant les organes reproducteurs (Anthonomus) ; celles d'un très-grand nombre de genres {Balaninus, Catandra, etc.) rongent les fruits dans leur intérieur, en respectant l'enveloppe, de sorte que leur présence n'est pas soupçonnée ; beaucoup de larves se trouvent dans les tiges herbacées (^pton, Lixus, etc.), parfois avec des renflements galliformes, ou sous les écorces {Hylobius, Pissodes,e[c.), ou dans le bois {Anthribus, Cryptorhynchus.elc), ou dans la moelle (^pïon, Lixus, Gymnetron, Ceutorhynchus , etc.). Enfin, les racines peuvent être rongées à leur surface (OhoWii/nc/ius), dans leur intérieur (Ceu/or%nc/iU5, Calandra, etc.), ou en les déformant par des protubérances (Baridius) contenant les larves. Les Charansons des lieux arides et sablonneux vivent de racines.

Les larves des Curculioniens sont d'un type plus dégradé encore que celui des larves des Scarabéiens, et pareil à celui des larves des anciens Xylophages et particulièrement; de celles de la tribu des Scolytiens, si funestes aux arbres. TJn caractère important de mœurs plutôt que de conformation les sépare ; les galeries creusées par les larves de Curculioniens sont irrégulières en tous sens, sans plan préconçu instinctivement, tandis que celles tracées par les larves des Scolytiens affectent des dessins déterminés et même spécifiques. Nous ne pouvons exposer que les caractères les plus généraux de ces larves; leur corps est le plus souvent recourbé et un peu atténué en arrière, la tête cornée, munie de mandibules brunâtres, courtes et robustes, souvent obtusément dentées au bout, de mâchoires arrondies et ciliées, avec palpes de deux ou trois articles, d'une lèvre inférieure éçhancrée, avec palpe bi-articulé. Les antennes sont presque toujours un tubercule rudimentaire portant une soie. Ces larves sont d'habitude aveugles, ce qui se comprend par leur vie dans des galeries obscures ; celles qui vivent à découvert ont un petit nombre d'ocelles, trois, deux ou un de chaque côté. Les trois anneaux du thorax se distinguent à peine des neuf segments de Tab-

CURCULIONIENS. %!i9

tlomen, dont le dernier est presque toujours arrondi e( sans pseudopode. A part les larves se rattachant au type du genre Ânthribus et quelques autres larves où existent des rudiments de pattes au thorax, en forme de tubercules calleux sétigères, la progression ne s'effectue d'ordinaire que par des mamelons disposés en séries sur les côtés des divers segments et entourés de poils; il y a, selon la loi commune, une paire de stigmates prothoraciques et huit paires abdominales, portées par les anneaux h à 11. La nymphe n'offre rien de particulier, disent les auteurs. Il y aurait un grand intérêt à rechercher anatomiquement comment la tète courte et ronde de la larve se transforme en un rostre parfois si long et si grêle, et comment se développent les antennes et les yeux.

Les Curculioniens forment une des tribus les plus nombreuses en espèces de tout le règne animal et ne peuvent se comparer sous ce rapport qu'à certaines tribus de l'ordre si mal connu des Diptères. Schœnherr (1833 — 18/i5) en décrivit ou indiqua plus de 7000 espèces, et, en 1865, M. H. Jekel, un des entomologistes qui ont le plus étudié les Curculioniens, évalue le nombre des espèces des collections décrites, nominales ou inédites, à 25000, ce qui permet, si l'on songe combien de contrées sont encore peu explorées, de fixer le nombre 30 000, comme celui des espèces de celte tribu dans la création actuelle. Le catalogue Gemminger-Harold (i«71) indique dans les Curculionides propres aciuellement décrits plus de 10 000 espèces. Les classificateurs se sont donné beaucoup de peine pour introduire un peu d'ordre dans une telle exubérance de la vie, et l'on peut dire que, s'ils ont médiocrement réussi, la faute en est surtout à la confusion des caractères chez des êtres rendus subsimilaires par l'analogie des conditions d'existence, tant est intime et forcée la liaison des organes et des mœurs. Bien que nous ayons fort peu de goût pour tout ce qui touche aux divisions et subdivisions des entomologistes, il est indispensable ici de dire en quelques mots, avec le moins possible de termes techniques, comment les principaux auteurs ont compris le groupement des Curculioniens; nous épargnerons par là aux lecteurs de longues et pénibles recherches, en leur donnant la clef des divergences de classification, afin de leur permettre, s'ils veulent se livrer à une étude approfondie, de faire concorder les grands ouvrages entrepris à ce sujet.

Dès l'origine on reconnut qu'on pouvait séparer les Curculioniens en deux groupes, suivant qu'ils ont les antennes droites : d'où les genres lhuchus,Attelabus, Linn.; ou coudées : (kircuiio, Linn. Les anciens auteurs créèrent encore dans les premiers les genres Rhinomacer, Geoffr., Rhijnchites et Ainun, Herbst., Anthribus et Brmtlnis, Fabr., Ramphus, Clairv.; et dans les seconds les genres Bracliycerus et Lixus, Fabr., Calandra et Cossonus, Clairv.

Tout au commencement du siècle, C. Duméril, dans sa Zoologie analytique [1199), donne un tableau des genres de ses Rhinocères, dans le-

650 COLÉOPTÈRES. — GURGULIONIENS.

quel il se sert partiellement du caractère anteunaire, et établit la série des genres : Raraphe , Orchestes , Lixe , Charanson (genres actuels Ca~ landra et bien d'autres), Brachycère, Attelabe, Anthribe , Oxystome (syn. des Apions), Bruche, Brenthe et Becmare (syn. de Rhinumacer). Germar (1818 à 1826) est le premier, parmi les entomologistes modernes, qui revisa et compléta l'étude des Curculioniens, précédant ainsi un auteur suédois, Schœnherr, qui leur consacra trente ans de sa vie, et dont le dernier travail est un véritable monument élevé aux Charansons {Gênera et species Curculioniduin, Parisiis, 1833-18Z|5, 8 vol. in-8°). Nous remarquerons en passant que cet ouvrage, composé par un collectionneur exclusif et dominé par une préoccupation constante, décrit les plus minutieux détails des Curculioniens adultes, sans un seul mot sur leurs métamorphoses, leurs mœurs, les végétaux dont ils se nourrissent, leurs ravages. lia eu soin toutefois d'indiquer la distribution géographiqiie. Schœnherr, reprenant les deux grandes divisions des anciens auteurs, sépare ses insectes en Orthocères (les Recticornes de Latreille) et Gonatocères(Fracticornes, Latr.). Les premiers sont subdivisés en familles dominées par les genres Briichus, Anthribus, Âltelabus, Rhinomacer, Apion, Ramphus, Brenthus. Les seconds sont plus nombreux, et Schœnherr a adopté pour eux une subdivision indiquée par Latreille, et qui remonte à Linnceus, selon la grandeur de leur rostre ; il n'a fait que changer en noms grecs les noms latins. Ses Brachyrhynques ou Brévirostres comprennent, comme types fondamentaux, les genres Brachijcerus, Brachyderes, Cleonus, Byrsops, Oliorkynclms, et dans ses Mécorhynques ou Longirostres sont tous les Charansons groupés autour des genres Erirltinus, Cryptorhynclius , Cionus , Calandra, Cossonus et Dryophthorus.

Ce qui montre bien toute la difficulté d'établir des groupes dans cette tribu si naturelle, ce sont les divergences dans lesquelles tombent les auteurs contemporains de Schœnherr ou ceux qui le suivent. M. E. Blanchard (i8/i5) conserve les groupes fondamentaux de Schœnherr et dans le même ordre, sans indiquer la division en antennes droites ou coudées; ses Curculioniens sont placés entre deux tribus démembrées des anciens Xylophages, les Bostrichiens (nos Apaliens) et les Scolytiens. Jacquelin du Val conserve aussi, a\ec peu de modifications, la classification de Schœnherr {Gênera des Colécpt., 1855), et il en est de même de M. K. Desmarest {Coléopt. EncycL, Chenu, 1860, b^ vol.).

L'homogénéité du régime, nous l'avons déjà dit, produit les grandes ressemblances qu'olfrent les Coléoptères tétramères ou plutôt subpen- 'tamères (M. Westwood), car le quatrième article des tarses normaux subsiste d'ordinaire en vestige (complet chez les Dryophthorus, tout à fait mil au contraire chez la plupart des Brachycerm); de là de continuels désaccords chez les auteurs. Ainsi, parmi les entomologistes voués à l'études des seuls Coléoptères européens, M. Redtenbacher établit, dan? le grand groupo qui nous occupe, trois subdivisions d'égale valeur :

CURCULIONIENS. 651

les Bnuhes (y compris les genres groupés autour de Anthribus et de Bhinumacer), les Charansons (avec les Brenthes) et les Scolytes; Schaum (1862) érige en familles les lîruches, les Charansons (avec lesquels il comprend les Anthribes), les Scolytes et les Brenthes, et Erichson ne sépare pas les Scolytiens des Curculioniens. M. Grenier (Calai des Coléopt. de France, Paris, 1863) reproduit à trc-s-peu près la série des genres de M. E. Blanchard, c'est-à-dire l'ordre suivi par Schœnherr, sans indiquer une division en deux légions, selon la forme des antennes, ne trouvant pas, sans doute, la séparation assez tranchée pour certains genres.

Lacordaire (1863 — 1866) a pensé devoir rejeter tout groupement fondé sur les antennes et sur le rostre. Il sépare d'abord tout à fait des Curculioniens les genres associés aux types Brenthus, Briichvs et Anthribus (ces deux derniers distingués surtout par la présence du labre), et les Scolytiens. Il déclare contraire aux affinités naturelles le groupement antennaire, et reconnaît, avec Herbst, qu'il est impossible d'établir une séparation précise entre les espèces brévirostres et longirostres. C'est là, je crois, malheureusement ce qu'on peut reprocher à toutes les classifications que ce soit, pour peu qu'on s'adresse à un groupe vraiment naturel ; c'est une difficulté insoluble tenant à l'essence même des choses. Lacordaire, suivi par M. de Marseul, a donné la préférence à deux caractères qui sont moins commodes à vérifier par la petitesse des organes et de la plupart des sujets que les précédents pour les entomologistes qui débutent ; ce n'est pas une objection au point de vue de la philosophie de la science, car réellement ils offrent une distinction plus précise que ceux adoptés par Schœnherr ; mais cela constitue un inconvénient grave pour notre ouvrage qui n'est nullement destiné aux spécialistes et nous empêchera de les adopter. Lacordaire établit chez les Curculioniens deux légions : la première, sous le nom d'Adélognathes, comprend tous les genres dont les mâchoires sont en totalité ou en majeure partie (ceci laisse encore de Titidécision) cachées par le menton, et dont les principaux sont les genres Brachyderes , Naupactus, Cijphus, Otiorhynckus , Phyllobius, Brachycerus , etc. La seconde légion, bien plus nombreuse, les Fhanérognathes , est formée par les Charansons, chez lesquels les mûchoires sont tout à fait à découvert, et leurs genres fondamentaux sont les suivants : Byrsops, Htjpera ou Pliytonomus , Cleonus, Lixus, Hijlobius, Pissodes, Bayous, Brachonyx, Apion, Attrlabus, Rhinomacer , Maydalinus , Balaninus , Anthonomus, Orchestes, Cionus, Baridius, Cryptorhijnchus , Acalles, Rhamphus , Ceutorhynchus , Gxjmnetron, Calandra ou Sitophilus, Cossonus.

Il y a là des genres à antennes droites ou coudées ; cette classification prend pourpoint de départ un seul caractère, comme celle de Schœnherr, et peut aussi par cela même dissocier des affinités naturelles. On arriverait, dit Capiomont [Aîih. Soc. ent. de France, 1867, p. 1^1), à des divisions plus naturelles en groupant les Curculioniens d'après l'ensemble de leur organisation extérieure ; c'est là le rêve idéal de toutes

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1rs classificaliQiis, qui demeureront toujours forcément plus ou moins artificielles.

M. H. Jekel n'a pas suivi les idées de Lacordaire, et a beaucoup plus diminué encore le nombre des Charansons vrais, il partage les Subpentamères Rhyncbophores en huit familles d'égale valeur ; sept se groupent autour des genres Bruchus, Anthribus, Attelabus, Calandra, Cossonus, Scolytus et Brenthus, et, avec tous les insectes qui ne rentrent pas dans ces types, il forme les Curculionides vrais, en n'y admettant qu'à l'état de familles aberrantes les genres formés d'espèces épigées des types des Brachycerus, Byrsops et Amycterus. Pour les autres, généralement épiphytes, il les partage en trois grandes sections. Dans la première, les femelles ont de plus grandes dimensions que les mâles ; dans la seconde, les deuv sexes sont sensiblement égaux sous ce rapport ; enfin, le troisième groupe offre des mâles supérieurs en taille aux femelles, ou au moins égaux. Cette classification, fondée sur les caractères sexuels, est compliquée, exige la connaissance des deux sexes " des sujets, pour les trois divisions ei aussi pour leurs subdivisions, et n'ofl're pas une séparation nette entre les second et troisième groupes, ni entre les groupes plus détaillés ; en outre, M. H. Jekel semble affectionner les mots techniques, et fon travail est certainement d'une lecture ardue qu'on ne doit pas recomniancler aux débutants. Le travail de cet habile spécialiste est toutefois important à consulter pour les lecteurs d'une instruction approfondie dans l'étude des Coléoptères [Ann. Soc. ent. Fr., 186/i, p. 537-5S6).

Un autre travail de cet auteur bon à consulter est son Catalogus, en latin, des genres et espèces de Schœnherr (Paris, 18Zi9).

Nous suivrons à peu près l'ordre adopté par M. E. Blanchard, et avec toute l'extension qu'il donne aux Curculioniens, sans autre prétention que d'offrir surtout l'exposition des genres les plus tranchés et l'indication des espèces les plus nuisibles, avec les moyens proposés pour remédier à leurs ravages, faisant passer les applications utiles avant toute théorie scientifique, et évitant avec soin les difficultés propres à décourager quand on les aborde au début des études.

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