I. — ORTHOCÈRKS ou RECTICORNES
Anlenues non coudées au second article; parfois pas de sillon laléral.
,KRUCHU§>, Linn. — Tète penchée, terminée par un bec court et large sans scrobes. Antennes de onze articles, déprimées, dentées en scie ou pectinées, insérées devant des yeux grands, convexes, réniformes ou en fer à cheval. Éiytres laissant à découvert le dernier arceau abdominal ou pygidium.
1.05 Bruclies, par leur museau le' plus court que présentent les Curculioniens, et par le développement de leurs pièces buccales, se rappro-
OllIHOCÈKES. — BRUCHUS. 653
chent notablement de la tribu des Chrysoméliens. A l'état adulte on les reconnaît à leur corps court, à leur rostre très-peu saillant, à leurs teintes ternes, souvent duveteuses ; on les trouve sur les fleurs et les feuilles des plantes attaquées par leurs larves, ou dans le voisinage, et il en est qui hivernent dans la mousse et les fentes des écorces.
Les larves sont ou aveugles ou parfois à stemmates, apodes pour les espèces d'Europe, courtes, charnues, blanches et glabres, à antennes de deux articles, le dernier sétiforme, avec bourrelets transversaux aux segments de l'abdomen et du thorax, et les stigmates portés sur des mamelons latéraux ; on signale des pattes très-courtes chez les larves des grandes espèces exotiques qui paraisssent rechercher les fruits à enveloppe ligneuse de divers arbres de la famille des Palmiers. En Europe, les larves connues des Bruchus vivent dans les graines des Légumineuses. La femelle pond à la surface des gousses encore jeunes et tendres, dans lesquelles les petites larves entrent aisément pour aller se loger à l'intérieur des graines. Le plus souvent, après s'être nourries des cotylédons, elles se changent en nymphes, sans précaution spéciale, dans l'intérieur de la graine. L'insecte parfait perce une pellicule ménagée d'avance par la larve en un point de la graine, et ne sort, dans nos climats, qu'au printemps, après avoir passé l'hiver dans la graine, si la saison est trop avancée; aussi ces insectes sont sujets à être transportés au loin par l'homme avec les graines, et la Bruche des pois est devenue cosmopolite de cette façon ; parfois certaines espèces ont des larves qui sortent des graines pour la nymphose, en s'enveloppant d'un cocon formé en partie de leurs excréments, habitude qui rappelle certaines larves de Chrysoméliens. Ceux de ces insectes qui vivent des graines de nos Légumineuses potagères sont désignés par les grainetiers et épiciers sous le nom absurde de Pucerons.
Le B. /'/s^■, Linn., de France, d'Allemagne, de l'Espagne méridionale, d'Algérie et du Caucase, vit dans les Pois de toutes variétés. Long de 5 millimètres, il est noir, mais paraît gris par suite d'un duvet blanchâtre, a les élytres variées de blanc, et l'extrémité visible de l'abdomen blanche avec deux points noirs. Ordinairement il n'y a qu'une larve par pois, et l'on reconnaît la sortie de l'insecte à un trou rond dont la graine est percée ; quand il est encore dans le pois, on voit un cercle un peu plus foncé qui indique la sortie future alors qu'il aura rongé la pellicule. Quand les pois doivent servir pour purée, on conseille, pour détruire les Bruches, de chauffer la graine au four vers 60°; mais on n'en mange pas moins les débris d'insectes ; au reste, on avale au printemps dans les pois verts un nombre énorme de très-jeunes larves : l'adulte vit depuis le printemps où il éclot jusqu'en juillet. En jetant les pois pour semence dans l'eau, on voit d'habitude surnager ceux qui sont atteints. 11 est bon de ne pas les semer, car ils lèvent d'habitude comme les autres, la larve respectant à l'ordinaire l'embryon ; mais le jardin est alors infesté pour l'avenir. Les Lentilles, cultivées dans toute
65/i COLÉOPTÈRES. — CURGULIONIENS.
la moitié méridionale de la France, sont attaquées encore plus que les pois par diverses espèces de Bruches, de taille bien plus petite que la Bruche du Pois, en général d'un gris jaunâtre varié de noir et de blanc, par effets de pubescence. Parfois certaines localités sont tellement ravagées qu'on n'a d'anire moyen de détruire les Bruches que d'in'errompre pendant plusieurs années la culture des Lentilles. Dans les lentilles qu'on mange en automne ou à l'entrée de l'hiver existent très-souvent des larves dont on ne soupçonne pas l'existence et qui se mêlent par la cuisson à la purée de lentilles ; vers le carême, au contraire, les adultes sont éclos, et l'on voit leurs petits corps noirs quand on écrase les Lentilles et on les sent craquer sous les dents. Je puis citer au moins quatre espèces vivant dans les lentilles : B. Lentis, Bohm. , de France, d'Allemagne, d'Italie, d'Egypte; d'après M. Heeger, quand la larve a consommé une lentille, si la môme gousse ne lui en fournit pas une seconde à sa convenance, elle se laisse tomber le soir à terre, rampe sur le sol , privée de pattes, à l'aide de ses mandibules , puis atteint une nouvelle gousse où elle trouve la seconde lentille nécessaire à son développement complet. A cette espèce il faut ajouter B. pallidicornis, Bohm., à antennes d'un jaune testacé, du midi de la France, d'Espagne, de Dalmatie , et entin deux espèces du midi de la France , B. tristis, Bohm., et B. Ulicis, Muls. : cette dernière espèce prise en abondance par M. Grenier dans les champs de Lentilles.
Le B. tristis attaque aussi le Pois chiche ou Garvance, cultivé dans le midi de la France et en Espagne, et très-estimé pour les purées. La Fève est rongée par une Bruche plus grosse que celles des Lentilles, presque aussi forte en taille que la Bruche des Pois, c'est le B. rufiinanus, Bohm., de toute l'Europe et du nord de l'Afrique, de à millimètres, à pubescence gris jaunrdre, avec point blanc au corselet. Comme la Fève est une graine très-volumineuse, chacune sert souvent de refuge et de nourriture à deux Bruches. Nous citerons encore, parmi les très-nombreuses espèces du genre Bruchus,\es B. fiavimanus, Bohm., ou afpnis, Frœhl., qui vit dans le sud de la France dans la Gesse ou Pois vivace; B. Viciœ, Oliv., et B. nubilus, Bohm., de 2 millimètres 1/2, noir, à pubescence blanche, de France, d'Allemagne, d'Espagne, de Russie méridionale, attaquant toutes deux la Vesce, mais ne faisant tort qu'aux semences et non aux fourrages : B. mar(jindlus, Fabr., de France, d'Allemagne, de Russie méridionale (pi. xlviii, tig. 1; If/, tête vue en dessus et antenne). M. E. Blanchard a fait connaître, sous ses divers états, une grande espèce exotique de Bruciius à cuisses postérieures très-renfljées (du sous-genre Pachymerus de certains auteurs), venant de Madagascar dans des graines de Pandanus, d'où son nom de B. PanJani. Elle fut étudiée sous ses trois états; elle est entièrement grisâtre et longue de 5 à 6 millimètres ; plusieurs individus habitent souvent la même graine.
ORTHOCÈRES. — ANTHRIBUS, BRACHYTARSUS, CHORAGUS. 655
;%!l'THKlBU!i», Geoffr, — Rostre élargi, muni de scrobes. Antennes droites, de onze articles, terminées par une massue allongée de trois. Tarses de quatre articles, le troisième très-petit et enfoui entre les lobes du second.
Ces insectes et ceux des genres analogues sont à corps oblong et poilu , à livrée assez sombre, assez souvent uniforme ou à taches nuageuses. On le? trouve sur le bois mort, les troncs pourris des vieux arbres, les Champignons ligneux, plus rarement sur les feuilles et les fleurs. Le type est r^.a/6mws, Linn., de toute l'Europe, sur le Châtaignier, l'Orme, le Saule, le Rouleau. Sa larve, aveugle, à pattes très-courtes, vit dans les branches.
Bn.%CHVTAnjs>iIJ*^, Schœnh. — Caractères analogues. Pattes courtes, robustes,
larges.
La livrée des espèces consiste en une marqueterie due à de petites taches noires sur un fond variable. Nous citons ce genre à cause des mœurs curieuses et exceptionnelles de ses larves aveugles, munies seulement de pseudopodes thoraciques très-contractiles ; on les trouve dans les coques qui sont la peau desséchée des Cocciis femelles (Hémipt.), sans qu'on sache au juste si elles ont vécu en parasites de la substance de l'insecte, ou si elles s'emparent de la dépouille, comme d'un abri, après la mort du Coccus et la dispersion de sa ponte. On doit citer les B. scabrosus, Fabr., et varius, Fabr., de presque toute l'Europe. Le premier, de 3 à Zi millimètres, a les élytres d'un brun rouge, tachetées de blanc et de noir ; le second, de 2 millimètres 1/2, est noir, à élytres tachetées de gris. Les Brachytarses ont le corps épais, très-convexe, assez court, à tarses larges, cà élytres subcarrées, souvent munies de côtes.
CHOR.tGUi», Kirby. — Cuisses très-épaissies, en massue, propres au saut.
Le type est le C. Sheppardi, Kirby, d'Angleterre, de France, d'Allemagne et d'Italie. Les larves, aveugles et apodes, rongent, d'après L. Dufour, l'intérieur des tiges mortes de l'Aubépine, et les adultes se trouvent sur les branches du même arbuste, et sautent vivement pour fuir la main qui tend à. les saisir ; on les trouve aussi sur l'Aulne et sous les écorces des arbres fruitiers. Nous représentons cet insecte dans la seconde planche des Chrysoméliens (fîg. 11; lia, tête).
STEliOCÉRU!"*, Schœnh. — Rostre plus long que la tète, élargi et situé en avant. Antennes grêles, de onze articles, les trois derniers en massue allongée et lâche. Yeux très-grands, convexes, oblongo-ovales. Corps massif, oblong, pubescent.
Nous figurons le S. Garnoti , Boisduval , de la Nouvelle -Guinée (pi. xr.vm, tig. 'ô; oa, tète grossie vue en dessus; 3 h, antenne; 3c, tarse
656 COLÉOPTÈRES. — CURCLLIONIENS.
antérieur, avec le troisième article enfoui). Selon Lacordaire, celte espèce devrait fornaer un genre nouveau, afin de ne laisser dans le genre Stenocerus que des espèces américaines répandues du Brésil au Mexique.
RHYllCUlTEm, Herbst. — Tête allongée, subcylindrique, avec rostre tantôt long filiforme et un peu arqué, tantôt médiocre ou court, robuste, parfois un peu dilaté au sommet. Antennes terminées en massue allongée. Élytres plus larges que le corselet, presque carrées, arrondies chacune au sommet, un peu déhiscentes et laissant plus ou moins à découvert le dernier segment abdominal (1).
Ce genre, de 75 espèces de tous pays, sauf de l'Australie, comprend en Europe de nombreuses espèces, dont les adultes fréquentent de préférence les feuilles et les fleurs des arbustes. Ils ont des couleurs uniformes et d'un éclat métallique : bleues, vertes, cuivreuses, dorées, etc. Certaines espèces sont fort nuisibles et partagent, avec d'autres Curculioniens à long bec, les noms de Lisette, Bêche, liecmare, Hécare, etc., que leur donnent les agriculteurs et les jardiniers.
Un certain nombre d'espèces s'attaquent aux feuilles des arbres et les roule en cornet, non en cylindre. Tels sont le R. Betulœ, Linn.. de toute l'Europe, d'un noir bleuâtre, vivant sur l'Aulne, le Charme, le Bouleau, le Hêtre; le R. Populi, Linn., de France, d'Allemagne, du sud de la Russie, d'un vert bronzé avec riche reflet pourpre, se trouve sur les Peupliers et les Trembles; le R betuleti, Fabr., ou Alni, MûU., ou viridis, Fourc, de toute l'Europe, de 5 à 6 millimètres, très-redouté des viticulteurs sous les noms d'Urbec, Diableau, Velours-vert; le mâle est vert, la femelle verte ou bleue ; celle femelle roule les feuilles de Vigne et y fait des piqûres où elle dépose ses œufs; puis elle coupe en partie le pétiole de ces feuilles, de façon à arrêler la sève, afin de permettre aux petites larves de mordre plus aisément les feuilles roulées , attendries, à demi mortifiées ; les rouleaux flétris finissent par tomber sur le sol, alors que les larves à toute leur croissance les quittent pour se changer en nymphes dans la terre ; une partie des adultes sortent en automne, et les autres n'éclosent qu'au printemps suivant. Cette espèce se trouve aussi sur les Poiriers, les Bouleaux et les Hêtres, et roule les feuilles de la même manière ; sur les grands arbres elle ne produit que peu de dommages, à cause du nombre considérable de leurs feuilles. Les mœurs des Curculioniens rouleurs de feuilles donnent les moyens de les détruire, en particulier pour l'espèce actuelle. L'insecte est trèstimide, tombe au moindre choc, les pattes pliées, faisant le mort. Ou étend des linges sous les ceps ou au pied des treilles ; on secoue les branches, on ramasse les adultes. On coupe en juin les feuilles en cornet contenant les œufs et les larves, et l'on a soin, non pas do les laisser
(1) Moriogr. par M. besbrochers des Loges, Abeille, V, 1868, p, 317.
ORTHOCÈRES. — RHYNCHITES. 657
sur le sol, ce qui ne détruirait rien, mais de les livrer aux flammes vengeresses. Dans les vergers se frou^ve un très-pelit Rhynchite, bien connu des jardiniers sous le nom de Coupe-bourgeons. Il appartient à un autre groupe par ses mœurs. Les femelles, dans ce groupe, piquent les bourgeons réservés pour donner des fruits, et y pondent, en y faisant un petit Irou oblique avec leur rostre armé à l'exlrémité de deux petites dents agissant comme des ciseaux. Puis, après avoir percé autant de bourgeons qu'il y a d'œufs à pondre, elles descendent un peu sur le rameau et le coupent circulairement aux trois quarts avec les mandibules aussi nettement qu'avec un couteau. On a prétendu que ces insectes ont enseigné aux arboriculteurs le pincement des arbres fruitiers. La sève s'arrête, la petite branche pend, noire et desséchée, puis tombe sur le sol, et la larve conlinue à ronger le bois pourri, puis se change en nymphe dans une petite coque terreuse. Certains adultes éclosent en septembre, mais la plupart seulement au printemps suivant. C'est le petit R. conicus, lllig., long de 3 à Zi millimètres, y compris le bec, qui produit sur les jeunes Poiriers les rameaux flétris qu'on voit pendre eu mai et juin ; il s'attaque aussi aux Pommiers, Pruniers, Abricotiers, même à l'Aubépine; vole aisément d'un arbre à l'autre, comme tous les Rhynchites nuisibles ; est d'un bleu foncé et tombe sur le sol au moindre choc. Il faut enlever en mai et juin les rameaux flétris tous les deux ou trois jours et les brûler. La même espèce se nomme encore R. Icosandriœ, Scop., ou R. AlUariœ, Fabr., d'un bleu violet, pubescent, à élytres ponctuées : c'est le Becmare bleu à poils de Geoffroy, qui se trouve dans toute l'Europe. La construction des cônes ou des cylindres de feuilles enroulées de plusieurs Rhynchites indigènes a été décrite en détail par P. Huber {Mém. Soc. phys. et hist. nalur. de Genève, 1839, t. VIII, p. /i55).
Il est d'autres Rhynchites dont la femelle perce les jeunes fruits, y dépose un œuf, puis entaille le pédoncule, de sorte que bientôt le fruit se détache et tombe. C'est ainsi qu'on trouve en France et dans une partie de l'Europe le R. cupreus, Linn,, vivant dans les prunes, à long duvet, très-bronzé, à rostre bleu au bout, et le R. Bacchus, Linn., de taille moindre, li à. 5 millimètres 1/2, d'un rouge cramoisi, avec une teinte de vert doré, moins bronzé que le précédent, le rostre et les antennes noirs, couvert de duvet. Il paraît que c'est à tort qu'on lui a donné un nom qui laisse croire qu'il nuit à la Vigne ; on le trouve au contraire, comme le dit M. Géhin {Soc. hist. nat. de la Moselle, 8" bull., 1856-J857), dans les vergers, sur les Pommiers et surtout sur les Poiriers. Il se montre adulte au premier printemps sur les arbres en fleur, et la ponte a lieu en juin, après le nouage des fruits. La femelle perce sur les petites poires un trou avec son rostre, de 3 à 4 millimètres de profondeur, et y pond un œuf blanchâtre qu'elle pousse au fond avec son rostre ; puis elle ferme l'orifice du trou avec une matière glutineuse qu'elle lisse avec son abdomen. Au bout de huit jours éclôt une petite larve apode, d'un blanc rosé, à tète noire, écailleuse. Elle perce
658 COLÉOPTÈRES. —CURCULIONIENS.
tout le fruit et déverse ses excréments par un trou opposé à celui de ponte. Au bout d'un mois environ, le fruit tombe, la larve en sort et se change en nymphe, qui doit donner l'adulte au printemps suivant, lors de la floraison des Poiriers et Pommiers; il se nourrit des feuilles jusqu'à son accouplement. Il faut avoir soin, pour éviter des dégâts qui peuvent diminuer beaucoup la récolle des poires, d'enlever tous les jeunes fruits piqués, à cicatrice gommeuse, et de les brûler.
EUOPS, Schœnh. — Caractères analogues au genre précédent. Yeux plus grands et contigus en dessus.
Les huit esp(!;ces de ce genre sont de l'Australie, des Indes, de Ceylan, de l'Afrique australe, de Madagascar. — E\. : E. falcatus, G.-Mén., de l'Australie (pi. xlvhi, fig. Zi ; lia, tète vue en dessus, avec les yeux et une antenne). C'est dans le voyage de la Coquille que cette espèce a été trouvée pour la première fois à la Nouvelle-Hollande.
RHIMOTIA, Kirby. — Rostre plus long que la tête, subtransversal, cylindrique, arqué. Antennes longues, de onze articles, les derniers un peu plus grands. Corps linéaire et pubescent, comme velouté.
L'aspect habituel des espèces de ce genre propre à l'Australie et à la Tasmanie est d'oifrir des élylres finement rugueuses, en totalité ou en partie d'un beau jaune orangé, avec deux bandes latérales de même couleur sur le corselet. Le type est le R. hœmoptera, Kirby (pi. xLvni, fig. 5; 5a, antenne).
EUROTMCHU*, Schœnh. — Tête cylindro-conique, avec rostre deux fois plus long, arqué, un peu dilaté au niveau des antennes, celles-ci de onze articles avec massue allongée de trois articles, le dernier très -long.
Ces insectes australiens et polynésiens, d'assez grande taille, offrent un peu de poils blanchâtres ou fauves, se détachant facilement; la tête et le corselet sont lisses et les élylres striées.— Ex. : E. scabrior, Kirby (pl.xLvnr, fig. 6; 6 a, antenne).
ClfIjAS, Latr. — Rostre droit, de longueur variable. Antennes de dix articles, le dernier très-allongé en massue au moins aussi longue que le funicule chez les mâles, moindre chez les femelles. Corps oblong, aptère.
Ce genre, si curieux par les antennes, ne se compose que d'un petit nombre d'espèces rares des Indes, de Java ou de la côte occidentale d'Afrique. — Ex. : C. longicollis, Chevr., du Sénégal (pi. xLvin, fig. 10; 10 a, antenne du mâle). Ces espèces, de taille petite ou médiocre, ont les téguments lisses, de couleur uniforme brune, noire ou bleuâtre.
ORTHOCÈRES. — KHIMOMACEK, DIODYRHYNGHUS, APION. 659
nuilVOM.^CER, Fabr., et DIODTRllViUrcni'^i, Mégerle. (Caractères communs.) — Rostre allongé, dilaté à l'extréniité. Tête courte, transverse ; antennes allongées, grêles, de onze articles, insérées dans une fossette vers le milieu du rostre. Élytres recouvrant tout l'abdomen. Corps allongé.
Une espèce d'Europe, du premier genre, 7?. lepturoides, Fabr., de forme sublincaire, vivant, dit-on, sur les fleurs, et une autre du second genre, D. attelaboides, Fahr., à rostre plus long, surtout chez la femelle (tûte du mâle, pi. xi.v, fig. 10), insecte long de 5 millimètres environ et qu'on trouve adulte sur les Pins. Il pond ea mai sur les cônes mâles des Pins maritimes, et la larve, d'un blanc un peu roussâtre, ressemblant beaucoup à celle du Balanin des noisettes, dévore les étamines, le pollen et l'axe du cône (E. Perris).
APIo;V, Herbst. — Ce nom vient de la forme de poire qu'offrent ces insectes, à cause de leur tête conoïde terminée par un rostre effilé, tandis que l'abdomen est toujours très-renflé, ovoïde ou subglobuleux. C'est le genre Oxysloma de C. Duméril. — Rostre long, arqué, tantôt cylindrique, tantôt filiforme à l'extrémité, plus long chez les femelles, où il sert à la ponte, que chez les mâles. Tête allongée; antennes de onze articles, d'insertion variable, terminées par une massue de trois articles. Élytres plus ou moins convexes, ovales ou sphéroïdes, recouvrant complètement l'abdomen. Corps piriforme.
Ces Coléoptères constituent les plus petits Curculioniens, leur taille variant en général, rostre compris, entre -2 et 5 millimètres, et sont d'une élude difficile par leur faible taille, le grand nombre de leurs espèces, plus de deux cents pour l'Europe, et pas loin de quatre cents en tout, et les dissemblances de couleur qui peuvent exister entre les deux sexes d'une même espèce. Les élytres sont presque toujours striées, avec les intervalles entre les stries costiformes, les couleurs d'ordinaire uniformes, noires, bleues, rouges ou fauves, vertes ou cuivreuses. Ces insectes ont été rencontrés partout, excepté jusqu'à présent en Australie et à Madagascar. Tantôt ils sont glabres, tantôt recouverts d'une pubescence formant parfois quelques taches ou bandes. Les Apions ont été décrits récemment dans une monographie de M. Weucker {Abeille, t. I, i86i). On les trouve surtout sur les végétaux dans lesquels vivent leurs larves. Nous indiquerons seulement les espèces qui peuvent causer des dégâts en s'attaquant à des végétaux utiles.
Un premier groupe comprend celles qui vivent à l'intérieur des graines ou des fleurs, principalement dans la famille des Légumineuses. Tantôt elles se métamorphosent dans le fruit : ainsi, une espèce d'Europe, d'Algérie, du Caucase, attaquant les Légumineuses cultivées, VA. Pomonœ, Fabr., atteignant 3 ou 3 millimètres 1/2, de couleur noire, bleue ou verdâtre, avec pubescence blanchâtre ; — VA. Craccœ, Linn.,espèce plus petite, de toute l'Europe, d'un noir terne, dont la larve
660 COLÉOPTÈRES. — CURCULIONIENS.
ronge les graines de Vesce ; — 1'^. Trifolri, linn., noir, à reflet verdâtre, d'Europe, d'Algérie, de Syrie, dont la larve vit dans les gousses de Trèfle; l'A. Viciœ, Payk., de toute l'Europe et d'Algérie, dans les gousses des Vesces et des Lentilles, ovoïde, terne, noir à pubescence grise ;—rj4. Ervi, Kirby, de toute l'Europe, à larve dans les Lentilles ; — VA. flavo-femoratwn, Herbst, d'Europe et d'Algérie, ayant sa larve vivant aux dépens du Trèfle incarnat ; — l'.d. Pisi, Fabr., d'Europe, d'Algérie, du Caucase, ayant sa larve dans les gousses de Pois, de Vesce, de Trèfle, ovale, noir, court, presque globuleux, à élytres d'un bleu noir peu brillantes: Tadulte peut se jeter sur divers végétaux, ainsi je l'ai trouvé mangeant en société les feuilles d'Oseille.
Ou bien la transformation a lieu dans l'inférieur des fleurs ou des boutons ; c'est ce qui arrive pour deux espèces communes et nuisibles d'Europe et d'Algérie : 1'^. Fagi, Linn., ou plus exactement apricans, Herbst, ovale, convexe, noir, à élytres noires, avecléger reflet verdâtre, exerçant de grands ravages dans les Trèfles conservés pour semences, la larve vivant dans la fleur, en rongeant la jeune gousse et ses ovules, l'aduKe sortant fin juin et juillet par un trou à la base du calice ; — I'^. Carduorum, Kirby, variant beaucoup de taille, surtout en longueur, noir, pubescenf, élytres noires, bleues ou verdatres, de forme allongée, qui l'a fait nommer le Becmare allongé par Geoffroy, attaquant les capitules des Chardons et les feuilles charnues de l'involucre des Artichauts.
D'autres larves rongent l'intérieur des tiges dès végétaux herbacés, surtout la moelle, sans déformation extérieure, et, pour la nymphose, se font une coque grossière de détritus. Ainsi on observe sur les Malvacées, Guimauves, Roses frémières, etc., les A. œneum, Fabr., ovale, noir, convexe, à élytres bleues, vertes ou cuivreuses, espèce d'Europe, d'Algérie, de Syrie, du Caucase, faisant souvent dans les jardins beaucoup de mal aux Roses frémières, l'adulte rongeant les bourgeons, la larve la moelle ; — A. radiolus, Kirby, de la même distribution géographique, pareil de couleur, mais bien plus petit; — A. Malvœ, Fabr., d'Europe et d'Algérie, long de 2 millimètres, allongé et comprimé, roux foncé, couvert d'un duvet cendré, à élytres et pattes rousses, le Becmare puce de Geoffroy. — On trouve sur les Luzernes 1'^. tenue, Kirby, de loute l'Europe, très-petit et très-étruit, noir, assez brillant, la larve vivant dans les tiges de cette plante fourragère, sur les arbres fruitiers, les Lilas, et beaucoup de plantes basses des jardins ; — 1'^. œthiops, Herbst, de toute l'Europe, de l'Algérie, du Caucase, noir, à élytres d'un bleu noir, plus allongé que VA. Pisi, avec lequel on le confond quelquefois.— Une espèce vraiment polyphage est 1'^. vorax, Herbst, d'Europe et d'Algérie, ovale-oblong, noir, convexe, à élytres d'un noir bleuâtre, rendu terne par une pubescence grise assez épaisse. Il est très-commun sur les Pois, les Vesces, et sur divers arbres, le Frêne, le Sapin, le Noisetier, etc. Enfin, l'Oseille cultivée est attaquée par une espèce
ORTHOCÈRES. — APION, BRENTHUS. 661
du groupe qui nous occupe, 1'^. viulacenm, Kirby;, d'Europe et d'Algérie, faisant au reste peu de tort, car sa larvç se loge dans les grosses liges de l'Oseille, qu'on rejette pour la cuisine, et aussi dans les tiges de la Patience. Il peut seulement faire périr quelques porte-graines. Il est ovale, allongé, noir, assez brillant, de 3 millimt'tres, à élytres bleues ou verdâtres. Les larves se placent chacune dans une galerie longitudinale creusée dans la moelle de la tige, surtout aux nœuds d'où partent les feuilles. On peut donner ces larves comme type de celles du genre Apion : ce sont les mieux étudiées (D"' Laboulbène, Ann. Soc. entom. de France, 1862, p. 565). Elles sont allongées, atténuées en arrière, peu arquées, d'un blanc jaunâtre, à tâfe fauve, avec antennes de deux articles et un ocelle noirâtre, t-e corps n'a que très-peu de poils; le thorax offre une paire de ventouses de progression par anneau, et l'abdomen a à peine trace de mamelons. La nymphe, blanchâtre et allongée, se forme sans préparation dans la galerie, présente des yeux noirâtres, des antennes noueuses, de petites saillies sur les anneaux, et l'abdomen terminé par deux appendices divergents recourbés en arrière.
D'autres larves d'Apions vivent aussi dans les tiges ou les feuilles de végétaux, mais en y déterminant la formation de galles, visibles extérieurement, dans lesquelles elles demeurent jusqu'à leur dernière transformation. C'est ce que fait VA. hœmatodes, Kirby, entièrement d'un rouge plus ou moins foncé, commun sur les Oseilles. Sa larve et sa nymphe, ressemblant à celles de l'espèce précédente, mais de couleur orangée, se logent au centre de petits renflements de la tige, parfois les deux par galle.
Enfin, un très-petit nombre de larves d'Apions vivent aux dépens des racines et y font naître, par l'extravasation de la sève, des nodosités et des crevasses : ainsi 1'^. basicorne, lUig., de France , d'Allemagne, pour racines de Bardane.
On peut dire que l'homme est désarmé contre les Apions, surtout en raison de leur petitesse, qui rend leur recollage impossible; de très-petits Hyménoptères, des Clialcidiens surtout, sont nos meilleurs auxiliaires. En raison de ces rotations connues entre les espèces carnivores et phytophages, les Apions disparaissent certaines années presque entièrement dans une localité, ayant fourni une immense pâture à leurs ennemis ; mais ceux-ci, s'étant reproduits outre mesure, meurent eu grande partie de faim, et Apions de reparaître. A cette action, on peut dire normale, se joignent les vicissitudes atmosphériques auxquelles les insectes et adultes sont très-sensibles au moment de leur éclosion, alors que leurs organes sont encore mous.
BREMTHIS, Fabr. — Rostre souvent très-long, à grandes scrobes, dilaté en général antérieurement ctiez les mâles, filiforme chez les femelles; antennes de onze articles, sans massue nelle. Corps toujours allongé, très-souvent linéaire
662 COLÉOPTÈRES. — CURCUMONIENS,
et très-étroit. Tête en généra] unie au corselet par un cou bulbiforme avec étranglement.
Les Coléoptères de ce genre et des genres dérivés sont exotiques, des régions chaudes de l'Asie et de l'Amérique. D'habitude glabres, parfois de couleur uniforme, ils ont en général sur les élytres des bandes ou des taches fauves formées de la réunion de linéoles calleuses sur un fond noir ou brunâtre, ce qui leur donne un aspect spécial parmi les Curculioniens. Lacordaire a étudié à la Guyane les habitudes des Brenthes de ces régions. Elles vivent toutes dans le bois, sous les écorces sèches ou à demi décomposées, parfois en sociétés nombreuses ; certaines espèces aiment à s'enfoncer dans le bois décomposé. On les rencontre aussi quelquefois grimpant contre le tronc, d'où elles se laissent tomber quand on veut les saisir. Leur attitude est curieuse. Le corselet étant mobile sur le segment suivant, cette partie du corps et le long rostre qui la précède tombent sur le plan de position à chaque pas que fait l'insecte. Les mâles en marchant agitent continuellement leurs antennes, à la façon des Tenthrèdes et des Ichneumons (Hyménoptères), et les deux sexes, quoique pourvus ordinairement d'ailes, n'en font jamais usage.
AiUORPUOCEPHALUS, Sclicenh. — Corps linéaire. Tète ayant sur le vertex une grande fossette radiée très-profonde, et, sur le front, à la base du rostre, une grande plaque élevée, cordiforme, sous laquelle s'insèrent des antennes moniliformes de onze articles. Cuisses en massue.
L'intérêt de ce genre est que l'espèce typique est européenne et le seul représentant dans ce continent du groupe des Brenthes. C'est 1'^. coronatus, Germ., du midi de la France et de l'Allemagiie, d'Italie, de Sicile, et dont l'habitat s'étend jusqu'en Nubie. On le trouve sous les écorces d'arbres, et, d'après Latreille, il y vivrait en compagnie de certaines Fourmis. Chez le mâle, le rostre est court, inégal en dessus, portant des mandibules arquées très-saillantes. Chez la femelle, il est étroit et cylindrique, et porte dés mandibules courtes et droites. C'est ce sexe que nous représentons pi. xlvhi, fîg. 7 ; la, tète et rostre en dessus ; 7 6, antenne.
DlliRU^, Pascoe. — Tête allongée et cylindrique et cou bulbiforme; rostre trèslong, plus court chez les femelles, dilaté à la base puis cylindroïde ; antennes de onze articles. Élytres allongées, isolément prolongées au bout en une tige longue et grêle (ce qui a valu au genre son nom : Deux-Queues).
Ces insectes sont revêtus d'écaillés et sont de couleur, soit uniforme, soit variée par des bandes longitudinales. Le genre appartient aux îles de la Malaisie et aux Moluques. — Kx. : D. farcillutus, Schœnh., femelle (pi. XLVJII, fig. 8).
ULOGERUS, RHAMPHUS.— GONATOGÈRES.— nRAGHYCERUS. 663
VLOCERIIIS, Daim. — Antennes de neuf articles plus ou moins difformes et hérissés de grosses écailles.
Ce genre est propre aux régions chaudes de rAmériquo. — Ex. : U. immundus, Daim., du Brésil (pi. xlviii, fig. 9, son antenne).
Rn.%lIPHUS, Clair. — Pattes postérieures propres au saut en raison de leurs cuisses très-renflées. Rostre infléchi, allongé, linéaire ; antennes de onze articles, terminées en massue ; éljtres recouvrant entièrement l'abdomen.
Les Coléoptères de ce genre, peu éloignés des Apions, sont de trèspetite taille et ressemblent beaucoup aux Orchestes, qui sont de l'autre légion des Curculioniens. Comme eux ils sautent vivement et au même degré que la Puce commune; on les trouve sur divers végétaux, tels que l'Aubépine, les jeunes Peupliers et Bouleaux. Les larves vivent en mineuses dans le parenchyme des feuilles et s'y changent en nymphes dans une petite loge, de même que celles des Orchestes. On a observé sur le Pommier, le Poirier, le Bouleau, la larve du /?. flamcornis, Clairv., de Suède, de France, du Tyrol ; elle est apode, ovale, d'un jaune brillant, et, après avoir hiverné, se change en nymphe, dont les segments abdominaux sont très-mobiles. La même feuille en nourrit tantôt un seul, tantôt plusieurs individus. U y a trois autres espèces de diverses régions de l'Europe méridionale.