‹ Les insectes (volume 2)Chapitre 46 sur 53 · II. — GONATOGÈRES ou FRAGTICORNES · texte numérisé non relu

II. — GONATOGÈRES ou FRAGTICORNES

Antennes plus ou moins fortement coudées au second article. Rostre muni de scrobes pour recevoir le scape.

BKACHYCERi:§>, Fabr. — Rostre court, épais, défléchi ; antennes courtes, à peine coudées, terminées en massue. Corps très-dur, épais, gibbeux, ovalaire. Pas d'ailes; élytres grandes, soudées, très-convexes.

Ces Curculioniens ont les téguments inégaux et sculptés d'une manière très-variable ; ils sont de taille grande ou moyenne, et marchent lentement sur le sol dans les lieux sablonneux, et parfois sur des plantes basses dont ils mangent les feuilles. Les nombreuses espèces du genre sont de l'ancien continent, surtout de l'Afrique australe, et celles d'Europe du bassin méditerranéen. Nous citerons le B. polyophthalmus, Schœnh., du cap de Bonne-Espérance (pi. xlix, fig. 1 ; 1 «, antenne; 1 6 et 1 c, tarse, sous deux aspects), à élytres bordées d'ocelles.

Un certain nombre de genres, formés aussi d'espèces aptères, épigées ou épiphytes, se rangent à la suite : ainsi le genre Brachyderes, Schœnh.,

664 COLÉOPTÈRES.— CURCULIONIENS.

à corps allongé, à antennes bien coudées, de douze articles, avec massue de quatre, à rostre courl, épais, subhorizonlal, dont le espèces vivent sur les Pins, les Chênes, les Bouleaux, etc. Ce genre comprend quelques espèces nuisibles : tels sont le B. incanus, 1Jnn., de 7 à 9 millimètres, un peu déprimé en dessus, à antennes rousses, noir, avec une pubescence cendrée, tantôt fondue , tantôt en bandes peu distinctes, avec de fines stries ponctuées sur lesélytres,de toute l'Europe, principalement du nord, fréquent sur les Pins, où vit surtout sa larve, les Sapins' et parfois les Bouleaux ; attaque également les feuilles et les bourgeons : c'est le Charanson strié et sans ailes de GeolTroy, commun partout, dans le midi de la France, en Espagne, en Algérie ; —le B. pubescens, Bolim-, ronge les bourgeons des Pins; — le B. lusitanicus, Fabr., ceux des Pins et des Chênes. Long de 10 à 12 millimètres, il est brun, avec un enduit grisâtre et des écailles cuivreuses nacrées ou verdâtres, formant une bande.

ClJRCIJIilO, Linii., ou Entimus, Germ. — Rostre un peu plus long que la tête, à scrobes profondes; écusson en triangle. Élytres très- convexes, amples, comprimées latéralement, très-larges et très-saillantes aux épaules. Corps atténué en arrière, subconoïde, naviculaire, couvert d'écaillés. Pattes allongées, à longs poils fins, à cuisses renflées.

Ce genre comprend quelques magnifiques espèces du Brésil, connues depuis longtemps. Leurs belles écailles sont tenaces, et l'on emploie ces insectes pour la parure, mêlés aux fleurs artificielles. On se procure partout VE. iinperialis, Linn., de taille très-variable, ordinairement de 16 à 30 millimètres, noir, avec séries longitudinales de points enfoncés, garnies d'écaillés d'un vert doré. On le reçoit sans cesse du Brésil, où il est très-abondant, au point, dit Lacordaire, que ses légions font plier les branches des Mimosas sous leur poids. Moins commun est VE. nobilis, Oliv., de taille un peu plus petite que le précédent, lui ressemblant beaucoup, mais d'un ton plus vert et avec séries un peu sinueuses d'écaillés vertes sur fond noir. Enfin le rare E. splendidus, Fabr., de la taille de ÏE. i'mperialis, brille d'un plus riche éclat; une vestiture analogue étant rehaussée par des taches confluentes et un beau reflet cuivreux.

Cl CliOMUS, Schœnfi. — Rostre couTt, très-robuste, un peu renflé et tronqué. Élytres oblongo-ovales, convexes, arrondies aux épaules et atténuées en arrière.

Ce genre est formé d'espèces de l'Afrique australe, dont beaucoup sont encore inédites, de taille moyenne, de couleur noire ou fauve, avec des poils, le corselet rugueux et des élytres munies de côtes remplies d'aspérités. — Ex. : C. coronatas, Schœnh., du Cap (pi. xlix, flg. 2).

GONATOCÈRES. — TYPHUS, JNALPACTUS, PACHYRHYNCHUS. 665

CVPHI.'S, Schœnh. — Rostre aussi large que la tête, épais, subparallèle, sillonné au milieu; antennes assez longues, avec massue oblongo-ovale, articulée. Élytres convexes, à épaules obtusangles débordant beaucoup le corselet. Pattes robustes, -tarses larges, spongieux en dessous^

Les espèces de ce beau genre américain sont en général de grande taille et ornées, par leurs brillantes écailles, de magnifiques couleurs. — Ex. : C. Latreillei, Schœnh., de l'intérieur du Brésil, rapporté d'abord par A. Saint- Hilaire ; d'un beau bleu pâle, avec corselet noir et macules noires sur les élytres (pi. xux, fig. 3).

Nous citerons encore du Brésil une espèce commune, le C. Germari, Schœnh., de 20 à 30 millimètres, d'un vert blanchâtre, avec macules noires entourées d'une bordure cuivreuse éclatante, et le splendide C. sumptuosus (nom de.collect., Muséum), rare espèce de môme taille, tout entière du plus beau vert doré cuivreux chatoyant, glacé de reflets d'azur.

PI..%TYOMl'fi, Schœnh. — Rostre très-épais, excavé en dessus; antennes à massue acuminée et articulée. Élytres à épaules très- saillantes et anguleuses.

Ce genre est formé de très-brillants insectes ailés, la plupart brésiliens, de taille moyenne et assez grande, à couleurs très-vives, mais mates, avec dessins très-variés. Nous figurons (pi. xlix, fig. U) le P. Dalmani, Schœnh., du Brésil, couvert d'épaisses écailles argentées, d'un blanc bleuâtre, avec les pattes, le rostre, les antennes, le contour du corselet, les épaules des élytres et une bande à leur extrémité, revêtus d'écaillés dorées ; les élytres sont fortement acuminées à leur extrémité.

MAUPACTUS, Schœnh. — Rostre épais, plan, canaliculé en dessus ; antennes longues et très- grêles, à massue allongée, acuminée, articulée. Pattes antérieures plus longues que les autres, à cuisses renflées et fusiformes. Corps ailé ou aptère, le plus souvent allongé.

Les parties chaudes de l'Amérique du Sud abondent enNaiipaclus, qui s'étendent jusqu'au Chili et à Buenos-Ayres ; ils se trouvent sur les arbres et les arbustes, les buissons, etc. Leur couleur est, ou uniforme, ou d'un dessin confus et peu constant dans la même espèce. — Ex. : N. macilentus, Schœnh., de couleur noire, habitant le Brésil (pi. xlix, fig. 5).

PACBfBHVH'CBUS, Germ. — Tête convexe, avec rostre très-court et épais, plan en dessus ; antennes robustes, à forte massue ovalaire, indistinctement articulée. Corselet ovalaire; élytres très-convexes, ovalaires, échancrées en arc à leur base, soudées. Pas d'ailes.

Le corps de ces insectes est robuste, dur, ovoïde, de taille médiocre, avec des téguments le plus souvent lisses et dont une partie est recou-

666 COLÉOPTÈRES. — CURGULIONIENS.

verte d'écaillés cuivreuses, dorées, vertes, bleues. On les trouve en Australie, aux Indes orientales, dans les îles de la Polynésie, à la Nouvelle-Guinée et surtout aux îles Philippines. Nous représentons une espùce à corselet noir, à élytres et pattes de riche couleur de bronze, avec tarses jaunes, le P. profanus, Esch. , des environs de Manille (pi. XLIX, fig. 6).

SYKYGOPS, Schœnh., Latr. — Antennes un peu grêles, à massue oblongue peu épaisse; rostre court, épais, réfléchi. Yeux subarrondis, proéminents, placés au milieu du front, presque accolés. Corselet oblong, arrondi sur lés côtés. Élytres brièvement ovales et convexes.

Ces Curculioniens, si curieux par la disposition des yeux (genre Cyclopus du Calai, de Dejean), sont d'une circonscription géographique restreinte, ne se trouvant que dans les îles Maurice et Bourbon. Leur corps est renflé, de taille médiocre, privé d'ailes, garni, ainsi que les pattes, de poils roides. Nous représentons le S". Cyclops, Schœnh., de l'île Bourbon (pi. xlix, fig. 7 ; 7 a, tête vue de face; 1 h, id. de profil; le, antenne ; 7 d, tarse antérieur). La couleur est d'un fauve testacé, plus pâle sur les antennes et les pattes ; elle est variée sur le corselet et les élytres par un enduit d'écaillés blanchâtres.

g»YIlTllO€ïS, Schœnh.— Rostre arqué et épais ; antennes très-courtes. Corselet rétréci en avant; élytres subcarrées. Pattes courtes et très-robustes.

Les espèces de ce genre sont africaines. Nous représentons le S. truncatus, (>hevr., du Sénégal, d'un noir grisâtre, avec les bords du corselet fauves, et ayant deux bandes fauves à la base et au sommet des élytres (pi. XLIX, fig. 8). Les espèces de ce genre sont de taille moyenne, avec les téguments en général écailleux.

CllLOnOPII.%IVU&>, Germ. — Corps ovale oblong ; rostre déprimé, caréné au milieu, échancré au. sommet ; antennes imparfaitement brisées.

Les Chlorophanus sont des Curculioniens dont la couleur habituelle est le verl, ainsi que l'indique le nom du genre. Us vivent sur les arbres et afl'ectionnent surtout les Saules. Une abondante efflorescence jaune, sécrétion qui se renouvelle quand on l'enlève, recouvre leurs téguments. Ils sont surtout abondants dans le sud-ouest de l'Europe, et l'espèce la plus commune de tout ce continent est le C viridis, Linn. (pi. xux, fig. li, mandibule, lèvre inférieure et mâchoire), de 8 à 10 millimètres, tout couvert d'écaillés vertes.

POLTDKOiSUlii, Germ. — Corps oblong, -en général ailé, écailleux ou pubescent, à téguments peu consistants, très-convexe. Antennes longues et grêles ; rostre

GONATOCtRLS. — POLYDROSUS, CLEONUS. 667

échancré à l'extrémité, à scrobes se courbant en dessous et se rejoignant presque.

On trouve sur les feuilles des herbes, des arbustes et des arbres ces petits Coléoptères, surtout sur les lisières des bois ; ils sont fréquemment polyphages. Leur livrée est uniforme, souvent brillante et métallique : on dirait qu'une rosée les recouvre, par le peu de cohérence de leurs écailles. Ce sont des insectes mous, oblongs, très-convexes. Plusieurs espèces de ce genre sont nuisibles. On rencontre communément, pendant les mois de mai et de juin, sur les feuilles des arbres fruitiers et surtout des Poiriers, de petits insectes d'une belle couleur verte ou dorée, due à de petites squamules des téguments, à rostre court et épais. Ils percent de petits trous le parenchyme des feuilles, et le mal peut être grave quand ils s'attaquent aux jeunes greffes, et détruisent les bourgeons. Ce sont le P. sericeus, Schall, de Suède, de France , d'Allemagne et de Russie, noir, de 5 à 7 millimètres, couvert d'écaillés d'un vert tendre, à antennes et pattes jaunes; — et le P. inicans, Fabr., de Zi à 9 millimètres, de toute l'Europe, noir, couvert de petites écailles couleur feu-doré, à antennes et pattes rousses. Cette espèce attaque aussi les Hêtres, les Chênes, les Bouleaux, les Coudriers. — On trouve encore dans les bois, sur les feuilles des mêmes arbres, le P. ceroinus, Linn., de toute l'Europe. Ces Curculioniens sont du reste peu nuisibles aux arbres forestiers.

Les Polydrosus sont surtout d'Europe, et principalement de sa partie boréale, et certaines espèces des deux Amériques. Ils ont des téguments assez mous, le corselet petit et tronqué aux deux bouts, les élytres à épaules obtusément angulées, avec des stries régulières. Us vivent en troupes nombreuses dans les bois, sur les feuilles des arbres, des buissons, des plantes basses, et leur corps noir est d'ordinaire revêtu d'écaillés d'un vert gai, parfois à reflet métallique, sans dessins. On prend en abondance aux environs de Paris, en fauchant sur les buissons, deux espèces vertes, qui voltigent au soleil en tournoyant et se posant fréquemment à terre, le P. planifrons, GylL, et le P. pteryguinalis, Bohm., de plus petite taille.

CLEOIVïiS, Schœnh. — Corps oblong, souvent aptère. Roslie peu allongé, épaissi au bout, le plus souvent caréné ou canaliculé en dessus. Corselet subconique ; élytres allongées ou ovales-oblongues, à épaules peu saillantes et obtusément subangulées.

Ces Curculioniens, de taille grande ou moyenne, sont répandus dans l'ancien monde, de la Sibérie au cap de Bonne-Espérance ; on les rencontre pour la plupart le long des chemins, sur la terre, sur les murs, sous les pierres ou au pied des plantes. Ils aiment les lieux secs et arides.

668 COLÉOPTÈRES. — GURCULIONIENS.

Les Cleunus figurent parmi les plus gros Charansons de noire pays ; ils sont épais et convexes, et à téguments si durs, que les épingles ont beaucoup de peine à le traverser. On trouve pn'is de Paris et dans toute l'Europe et le Caucase le C. sulcirostris, Linn., de 12 à 15 millimètres, à rostre très-sillonné, d'un brun noir, avec petits grains noirs brillants et fascies obliques de poils gris ; — le C. marmoratus, Fabr., plus petit, également aptère, existant aussi en Algérie, d'un brun noir, marbré de poils gris ouroussâlres et couverts de grosses granulations. L'Europe, surtout dans le sud et l'est, le Caucase, l'Algérie, en comptent une quarantaine d'espèces. Citons C. lacryinosus, Schœnh,, de Natal, du cap de Bonne-Espérance (pi. xlix, fig. 9).

BARVJIOTUS, Germ. — Corps ovalaire, aptère, revêtu de lines écailles. Rostre assez épais, subparallcle; cuisses renflées en massue.

Ces Coléoptères, de taille moyenne, ont, pour la plupart, une livrée sombre, grise ou maculée de gris, de brun, de ferrugineux. On les trouve en général sous les pierres. Les auteurs anglais en citent deux espèces comme étant très-nuisibles aux jardiniers-fleuristes de leur pays, demeurant tapies le jour près des racines, et sortant le soir pour ronger les feuilles des Polyanthus, des Oreilles-d'ours, des Pensées, des Renoncules, et aussi des Fèves et des Trèfles. Ce sont les B. obscurtis, Fabr., et B. mœrens, Fabr., de l'Europe occidentale et septentrionale.

BYLOBlU§i, Germ. — Rostre plus long que la tête, subcylindrique, un peu arqué, déprimé et élargi au bout; antennes à massue ovale, acuminée, articulée. Élytres oblongues, convexes, à épaules saillantes ; cuisses en massue, jambes renflées. Corps oblong, ailé, partiellement pubescenl.

Les Hylobies sont surtout propres aux pays froids et tempérés de l'hémisphère boréal; leur corselet et leurs élytres sont tuberculeux, et celles-ci ont des rangées régulières de points enfoncés. De taille au moins moyenne, ces Coléoptères ont, sur un fond noir ou ferrugineux, des mouchetures, des bandes, des points formés par des poils blancs ou jaunâtres. Ceux dont on a observé les mœurs vivent aux dépens des Conifères, et plusieurs sont nuisibles. Ainsi : 1'//. Abietis, Linn., des Pins et Sapins, noir, de 8 à 13 millimètres, à élytres chargées d'un duvet gris et jaune, et à stries ponctuées en chaînettes : le Charanson tigré de Geoffroy; — VH. Pineti, Fabr., plus grand, moins commun, à cuisses dentées comme le précédent, taché de gris jaunâtre, à élytres à stries profondes, avec des points quadrangulaires, se rencontrant surtout sur les Mélèzes : ces deux espèces, de toute l'Europe, ayant leurs larves vivant à l'intérieur du bois; — 1'//. Pinastri, Gyll., propre à l'Angleterre, à la Suède, au nord de l'Allemagne, à la Finlande, ne se trouvant pas en France.

GONATOCÈRES. — PISSODES. 669

PISSODES, Germ. — Rostre grêle, cylindrique, filiforme, un peu arqué ; antennes courtes, à massue ovale, acuminée. Élytres oblongues, peu convexes, saillantes aux épaules, calleuses el atténuées vers l'extrémité. Jambes comprimées. Corps oblong, recouvert en dessus de squames piliformes.

Ce genre comprend une quinzaine d'espt'ces d'Europe, de Sibérie, de l'Amérique du Nord, des espèces encore plus nuisibles que le précédent, et de mœurs pareilles, détruisant les arbres résineux. Les femelles déposent leurs œufs dans les crevasses de l'écorce, et les larves gagnent surtout la partie inférieure du stipe de l'arbre ou les premières racines, et creusent dans les couches de l'écorce et de l'aubier leurs vastes et funestes galeries. Les adultes se trouvent sous les écorces avec les larves, ou sur le feuillage qu'ils dévorent ; ils sont de taille moindre que le genre précédent, moyenne ou petite; leurs téguments rugueux ont des taches blanches ou jaunes, formées de squamules, sur un fond brun rougeâtre ou ferrugineux. Nous citerons particulièrement deux espèces. L'une est le P. Fini, Linn., de toute l'Europe, long de 12 à 15 millimètres, avec deux bandes maculaires trausverses d'un gris roussâtre sur les élylres, le corps et la tète d'un brun marron. On le trouve, selon les régions, en mai, juin, juillet, dans les forêts de Pins et de Sapins, aimant surtoutàronger les bourgeons terminaux et les petites branches des jeunes plants. Une partie de la ponte devient adulte en automne, et se cache sous la mousse pour hiverner jusqu'au printemps, de sorte que ces sujets précèdent ceux qui éclosent des larves ou nymphes ayant passé l'hiver. Il est lourd et ne paraît pas se servir de ses ailes, se laissant tomber sur le sol en contractant ses pattes, si l'on cherche à le saisir. Par le mauvais temps, il reste au repos sous les branches, et il descend se cacher dans les herbes pendant les grandes chaleurs du jour et la fraîcheur des nuits. On observe tout à fait les mêmes mœurs dans une espèce un peu plus petite, non moins funeste, le P. notatus , Fabr., d'Europe et d'Algérie, d'un brun marron, avec taches roussâlres sur le corselet et les élytres. Les adultes paraissent en mai et juin, et les larves ou les nymphes, couvertes de spinules e;» général, passent l'hiver dans le bois, et parfois donnent en automne des adultes qui hivernent. C'est là un fait fréquent pour un très-grand nombre d'insectes, et qui dépend de la température de la belle saison.

L'observation des raœ,urs de ces deux pernicieuses espèces a donné les moyens de diminuer leurs ravages. Comme ils aiment à se cacher dans les abris du sol, on place sur la terre fraîchement remuée des écorces d'appât, dont le côté convexe est tourné en haut, et le matin on envoie des femmes ou des enfants lever ces pièges et ramasser les Charansons blottis. On dispose aussi sur le sol des fagots et des bûches d'appât formés de branches fraîchement coupées et destinés à appeler les femelles pour la ponte. Enfin, comme celles-ci aiment pour cette opération les souches et la base des arbres languissants et malades, il faut

670 COLÉOPTÈRES. — CURCULIONIENS.

avoir soin d'enlever immédiatement les écorces des vieilles souches qu'on laisse sur le sol et celles de tous les arbres renversés ou cassés par le vent.

HYPER.%, Germ., ou Phytonomus, Schœnh.— Corps le plus souvent ailé, parfois aptère, ovale-obloiig ou ovalaire. Antennes de douze articles, avec massue en général de quatre. Élytres en général assez convexes, à épaules arrondies et saillantes, dilatées sur les côtés, arrondies au sommet ; téguments couverts à la fois d'écaillés, de poils, de soie.

Les Curculioniens de ce genre ont tantôt le rostre aosez robuste et pubescent, tantôt grêle et filiforme ; ils ofi'rent un petit écusson triangulaire ; les mâles sont plus petits et moins larges que les femelles, ont le rostre plus court, l'abdomen plus plat. Ils se trouvent sur le feuillage de beaucoup d'herbes, sous les pierres, dans les chemins. Les larves vivent à découvert sur les feuilles qu'elles rongent, se recouvrent d'une couche de matière visqueuse, et fabriquent une coque légère pour devenir nymphes. M. E. Perris est parvenu à faire filer sous des verres de montre les larves du P. Viciœ, Gyll., et les a suivies construisant leurs coques à larges mailles, et prenant avec les pièces buccales la liqueur visqueuse sortie d'un mamelon situé à la base dorsale du douzième segment. Ces insectes sont surtout de l'Europe, de l'Asie occidentale et du nord de l'Afrique ; l'étude très-difficile de leurs espèces est exposée dans une récente monographie des Ilypérides par Capiomont {Ann. Soc.entom. France, iS<51 , p. Û17, et 1868, p. 73), avec d'intéressantes généralités.

Nous n'indiquerons que quelques espèces communes partout : /'. punctatus , Fabr. , de 7 à 10 millimètres, très-variable de teinte, gris d'habitude, avec fascicules de poils ou taches noirâtres, parfois blanchâtres ou fauve ocreux, ou brun, ou même noir. — P. fasciculatus, Herbst, de 6 à 7 millimètres, habituellement gris cendré fascicule de roux, parfois blanchâtre, rougeâlre, brun, noir, avec sujets de couleur uniforme, vivant sur des Carottes sauvages {Daucus), de toute l'Europe, du nord de l'Afrique, d'Abyssinie, du Dongola, de l'île de Madère. — P. rariabilis, Herbst, oblong ou trapu, de à à 5 millimètres, variant beaucoup, noir, brun, ferrugineux, rouge, testacé, avec squamules plus claires, de toute l'Europe, du nord de l'Afrique, de Madère, de l'Asie méridionale et occidentale. — P. murinus, Fabr., de 5 à 7 millimètres, de couleur analogue et variée comme l'espèce précédente, avec taches brunâtres, dont la larve vit sur la Luzerne; de toute l'Europe et du bassin méditerranéen, de Madère. — P. nigrirostris, Fabr., petite espèce de 2 à 3 millimètres, des mêmes localités,, vivant sur les Ononis, très-commun, avec poils écailleux d'un beau vert, suture rousse aux élytres, rostre et pattes bruns, etc.

On trouve très-abondamment près de Paris, rampant sur les capitules, les bractées et les feuilles du Trèfle, les larves du P. Mêles, Fabr.,

GONATOCÈRES. — CONIATL'S , PHYLLOBIUS. 671

var. Tnfolii, Herbst. Longues de 7 millimtitres , elles sont vertes ou jaunâtres, et ressemblent à de petites chenilles. Comme les larves d'autres Phijtonomus, elles adhèrent aux feuilles, sur lesquelles elles se déplacent au moyen d'une humeur visqueuse qui suinte du dessous de leur corps, et deviennent nymphes dans des coques élégantes en façon de filet à mailles lâches, ovales, comme faites de dentelles ou de tulle blanc, ou un peu ambré (1). Probablement que, outre les Ichneumoniens parasites, d'autres Hyménoptères, des Fouisseurs, emportent ces larves comme proies dans leurs nids, de même qu'Audouin a vu près de Paris VOdynerus spinipes alimenter sa progéniture avec les larves vertes, vivant sur la Luzerne, du P. variabilis, Herbst.

COAIATU^, Germ. — Caractères analogues aux Phyionomus. Corps ailé. Yeux globuleux plus convexes, scrobes s'effaçant en arrière.

L'intérêt de ce genre est le riche éclat de ses espèces, qui rappellent dans leur petite taille les splendides livrées des beaux Charansons exotiques Entimus, Cyphus, etc. Les Coniatus vivent dans le midi de l'Europe et le nord de l'Afrique sur les Tamarix, et nous engageons les jeunes amateurs à les recliercher sur ces arbres, où ils brillent au soleil comme des perles de feu. Tels sont les C. Tamarisci, Fabr., de lia. 5 millimètres, d'un vert clair métallique, avec deux bandes cuivreuses bordées de noir sur les élylres, pouvant passer au ferrugineux ou au rouge doré éclatant, les jambes rousses; — C. répandus, Fabr., de 2 à û millimètres, d'un ton carné brillant, avec bandes brunes sur le corselet et les élytres, se trouvant aussi, outre les régions indiquées, sur les bords des torrents alpestres, sur les rives du Rhin (L. Fairmaire); — C.suavis, Schœnh., de 3 à i millimètres, des landes maritimes, d'un vert bleuâtre, avec fascies cuivreuses et noirâtres. En Algérie, cet insecte est d'un vert brillant doré, avec taches cuivreuses très-éclalanles. C'est le C. chrysochlora, Lucas, variété locale d'après Capiomont.

I^qtixobiIjS, Germ. — Corps allongé ou oblong, ailé. Antennes de douze articles ; rostre assez court, épaissi, presque droit. Élytres à épaules obtusément angulées et saillantes.

Ces Charansons vivent sur les plantes et les feuillages, et nous offrent plusieurs espèces nuisibles. On rencontre fréquemment sur les Pommiers et les Poiriers une espèce de forme allongée et étroite, le P. argentaius, Lion., de toute l'Europe, couvert de squamules d'un vert argenté brillant ou d'un bleu verdâtre argenté. On y rencontre aussi le P. Piri, Linn., de France, d'Allemagne et du sud de la Russie, revêtu d'écaillés d'un vert tendre, soyeux, passant quelquefois au verdâtre :

(1) A. Laboulbène, Ann. Soc. entomol. de France, 1862, p. 569,

672 COLÉOPTÈRES. — CURCULIONIENS.

c'est le Charansun à écailles certes et pattes fauves de Geoffroy ; — le Phyll. oblongus, Linn., se trouvant en Espagne en outre des mômes pays que l'espùce précédente, fauve et couvert d'un duvet griscltre; le Charanson à étuis fauves de Geoffroy, dévorant en mai et juin les feuilles des Poiriers, Pommiers, Cerisiers et autres arbres, très-dangereux pour les greffes de l'année. — Enfin, le P. Betulœ, Fabr., de France et du sud de l'Allemagne, couvert d'écaillés d'un vert doré luisant, est commun sur les Poiriers dans certaines localités ; on le trouve aussi sur le Coudrier et le Bouleau. On n'a d'autres moyens de délivrer les arbres frutiers des attaques des Charansons argentés [Phtjllobhis et Polydrosus) que de saisir ces petits insectes sur les feuilles, ou de les faire tomber le matin sur un drap, et de les écraser ou de les brûler.

OTIORHYIVCHIIS, Germ. — Corps aptère, oblong-ovale ou subovalaire. Rostre droit, épaissi à l'extrémité et éctiancré en triangle ; antennes longues et grêles, de douze articles. Corselet arrondi au milieu. Élytres à épaules arrondies, non saillantes, écusson nul ou très-petit [{).

Ce genre est le plus nombreux en espèces de la tribu des Curculioniens ; d'après Lacordaire, ses espèces s'élèvent à environ quatre cents. Leur taille est moyenne ou assez petite, leurs couleurs en général peu brillantes, et les dessins sans intérêt. Les téguments sont très-durs. On les rencontre sur les rameaux et les feuilles des plantes, sur les chemins, dans les lieux sablonneux, contre les murs, sous les pierres. Il est naturel que, dans ce nombre considérable d'espèces, certaines nous causent des dommages. L'O. sulcatus, Fabr., de Suède, des îles Britanniques, de France et d'Allemagne, entièrement noir, assez grand, à élytres sillonnées, avec les intervalles variés de petites teintes grisfltres, s'introduit dans les serres et sous les châssis ; sa larve, très-nuisible aux jardins, ronge les racines des Fraisiers, des Cinéraires, des Saxifrages, des Primevères de Chine, etc. Il faut rempoter les plantes malades et bien nettoyer les racines. — L'O. Ligustici, Linn. (de laLivèche), de toute l'Europe et du Caucase, est très-commun aux environs de Paris. C'est un gros Charanson noir, de 12 à là millimètres, à élytres bombées, ovales, fortement striées, à côtes ponctuées et couvertes d'écaillés d'un gris terreux. Il est fort nuisible aux cultures des Pêchers, dont il ronge les fleurs elles jeunes pousses, et aussi aux Vignes en Bourgogne. M. Boisduval rapporte que les jardiniers des environs de Paris, qui le nomment Bécare, sèment de la Luzerne près des arbres pour l'attirer. Il mange la nuit et a le crapaud pour grand ennemi. C'est le Charanson à étuis réunis et chagrinés de Geoffroy. — Une espèce, de taille moindre, analogue de couleurs, a élytres striées, soudées, parsemées de taches grises, VO. raucus, Fabr., des îles Britanniques, de Suède, de France et d'AUe-

(1) Stierlin (trad.). — Monogr. des Oliorhynchus d'Europe {Ann. Soc. entom, Fr., 1864, p. 159.)

GONATOCÈRËS. — OTIORHYNCHUS, TROGLORIIYNCHUS. 673

magne, ronge dans les jardins des environs de Paris les jeunes bourgeons des Poiriers et des Vignes de treille. Il est curieux qu'on ne connaisse pas encore les larves des deux espèces que nous venons de citer. Elles se montrent en avril et mai, et aiment beaucoup à grimper le long des murs des jardins pour se chauffer au soleil printanier: c'est là qu'il faut les recueillir pour les mettre à mort. On trouve dans le midi de la France et de la Russie, en Espagne, en Italie et en Algérie, VO. meridionalis, Gyll., noir, avec léger reflet roux dû à des poils, de la grosseur d'un pois, un des insectes les plus funestes aux Oliviers, dont il vient la nuit ronger les feuilles et les bourgeons, tandis qu'il reste pendant le jour caché en terre, contre les racines. En raison de celte habitude, le meilleur moyen de lui faire la chasse est de fouiller le sol au pied des Oliviers, et de ramasser tous les Otiorhynques mis à découvert. L'O. picipeSj Fabr., de 7 à 8 millimètres, à élytres chagrinées, marbrées de brun rougeâlre et de gris, est un grand fléau depuis quelques années pour les vignobles de Saint-Émilion. Il ne se montre pas pendant le jour, mais pendant la nuit il s'introduit dans les bourgeons naissants, les dévore et les anéantit ; il disparaît dès que le soleil se montre. En ] 868, le propriétaire du vignoble en fit prendre et détruire 37 000 dans des chasses nocturnes. C'est le vrai moyen d'en finir avec cet ennemi ; comme il est privé d'ailes, il ne peut revenir d'un autre vignoble voisin.

Les Otiorhynchus sont des insectes essentiellement nocturnes, et qu'on rencontre accidentellement pendant le jour. (A. Rouget, Catal. des Coléopt. de la Câte-dVr, Dijon, 1854-1860, p. 208.)

TROGLORllTiliCHIJS, Schiœdte. — Antennes longues. Yeux nuls ; écusson nul. Corps allongé, oblong, revêlu de poils rares, aptère.

L'intérêt de ce genre, très-voisin zoologiquement du précédent, réside dans l'absence des yeux, et surtout dans le séjour dans des grottes obscures. La nourriture de ces Curculioniens cavernicoles doit consister en cryptogames très-inférieurs.

On est porté actuellement à restreindre les genres des insectes cavernicoles, à les faire rentrer dans les genres à vie ordinaire; à voir chez les insectes de celte sorte seulement des espèces créées pour la vie souterraine ou modifiées par elle, ayant pris la couleur rousse uniforme, perdu les ailes, et où les yeux deviennent nuls ou dégradés (1). M. Seid-

(1) Une curiosité toujours croissante s'attache, parmi les amateurs, à la recherche des Coléoptères et des autres Articulés des grottes ; aussi pensons-nous devoir donner quelques détails généraux sur leur chasse. On comprend qu'elle peut se faire toute l'année, car l'égalité de température des lieux souterrains permet une reproduction continuelle de leurs espèces, dont la fécondité, du reste, semble assez restreinte ; de sorte que les chasses réitérées épuisent les cavernes. Le printemps paraît toutefois être notablement la meilleure saison pour la récolte de ces singulières espèces, les

67/l COLÉOPTÈRES. — CURCLLIONIENS.

lilz ne voit dans les Troglorhynchus que des Otiorhynchus sans yeux. De même on paraît amené à supprimer les genres Machœrites et Aphœnops, à ne trouver dans ces derniers que des Anophthalmus, ce soiis-genre des Trechus étant restreint aux espèces à œil sans pigmentum noir.

Une espèce, le T. anophthalmus, Schiœdte, d'un rouge ferrugineux brillant, avec téguments ponctués (pi. xu, fîg. 3; 3 a, rostre et antenne de profil), a d'abord été découverte dans des grottes de la Carinthie, puis une seconde fort voisine dans le Tyrol. Enfin, en France fut découverte une troisième espèce, le T. Martini, L. Fairm., très-analogue d'aspect aux précédentes, de U millimètres de longueur, dans la grotte de Villefranche (Pyr.-Orient.).

lillLUS, Fabr. — Rostre très-variable. Élytres allongées, cylindroïdes, à peine ou pas plus larges que le corselet, en général arrondies à l'extrémité, mais parfois acuminées ou déhiscentes. Corps allongé, ailé, pubescent et pulvérulent.

Ces insectes vivent à l'état de larves dans les tiges des plantes dont ils rongent la moelle ; sous la forme parfaite, on les rencontre sur les plantes et parfois cachés sous les pierres. Ils présentent de très-nombreuses espèces, dont quelques-unes de très-grande taille parmi les exotiques, répandues sur tout le globe, vivant sur des végétaux très-variés, principalement sur les plantes basses en Europe, et au contraire presque exclusivement sur les feuilles des arbres dans les régions întertropicales de l'Amérique, dit Lacordaire.

Nous citerons le L. paraplecticus, Linn., d'un brun roussâtre, de toute l'Europe, dont la larve vit dans les tiges Hsluleuses du Phellandrium aguaf/cu;» (Orabellifères). Le nom de cette espèce, assez rare près de Paris, vient de la croyance erronée qu'elle occasionnait la paraplégie

infiltrations de l'eau de la fonte des neiges les expulsant d'une foule de petits réduits et les amenant dans les grandes salles. Ce sont surtout les grottes humides et à stalactites qui contiennent des insectes, et souvent dans les parties les plus profondes : ainsi les Leptdderus. Cependant la première salle, la mieux aérée, est d'ordinaire la meilleure. Il faut être patient et persévérant ; visiter surtout les parties humides pour saisir les espèces courant à terre ou sur les parois ; relever toutes les pierres, même celles enfoncées profondément ; fouiller les excavations, les monceaux de pierres, au milieu de la boue, qui est ordinairement calcaire comme les montagnes où abondent les grottes. On fera bien d'attirer par un peu de fumier , ou des os décharnés, une tête de mouton par exemple, les espèces carnassières (M. Stableau). Aux premières visites, on ne trouve d'ordinaire rien, faute d'expérience. Il ne faut pas se décourager. Il importe de se munir de tubes, de bougies, qui éclairent mieux que la lanterne, et d'allumettes. Comme on est souvent forcé de se traîner en rampant dans des couloirs étroits, au milieu de la boue et du guano humide des chauves-souris, il est bon d'avoir un vêtement superficiel de •grosse toile. L'explorateur des cavernes doit s'attendre à de grandes fatigues,

GONATOCÈRES. — LIXUS. 675

chez les chevaux qui avaient le malheur d'avaler la larve avec la plante qui la contient ; mais on sait aujourd'hui posilivement que c'est au suc vénéneux de cette plante marécageuse qu'est due la paralysie qui frappe les animaux.

Le L. paraplecticus a les élytres prolongées en pointe aiguë et divergente ; elles ne divergent pas chez le L. turbatus, Gyll., ou gemellatus, de toute l'Europe, surtout méridionale, et du Caucase, trôs-analogue au précédent par la taille, de 10 à 15 millimètres, et à coloration d'un brun roux, due à des poils, mais plus gros et plus court, vivant sur la Ciguë. On trouve dans toute la France, mais rarement dans le nord, le L. angustaïus, Fabr. , plus grand, allongé et cylindrique , d'un brun noirâtre, avec une exsudation ferrugineuse, se trouvant sur les Mauves, les Fèves de marais et sur les Saules marceaux en août et septembre, et leZ. jiliformis, Fabr., plus étroit encore, de 8 millimètres, noir, avec bandes et taches de pubescence rousse, dont la larve vit sur les Chardons, où l'on trouve l'adulte. Les larves de Lixus ont des mamelons, des poils, des callosités qui leur permettent de cheminer dans l'intérieur des tiges de végétaux, où elles vivent en nombre variable, et leurs nymphes sont épineuses à l'extrémité. Les adultes sortent par un trou qu'ils percent dans la tige. Nous représentons le L. vittiger , Chevr. (pi. xLix, fig. 10), d'un blanc de neige, avec des bandes longitudinales noires, trouvé en Crimée.

Les Lixus sont recouverts à l'état vivant d'une substance pulvérulente, blanche, jaune ou rougeâtre, selon les espèces; examinée au microscope, elle offre l'aspect de filaments mêlés de granules ronds, de sorte qu'on a pu croire à un mycélium de cryptogames avec des sporules. Ce ne sont pas des substances extérieures accidentelles, comme des pollens, retenues par l'insecte, car la poussière se reproduit sous l'action vitale et chez les insectes enfermés dans des boîtes. Les cryptogames

même parfois à de véritables dangers ; mais c'est un aiguillon de plus pour ceux qui aiment la science avec ardeur, un plus vif désir de récolter les animaux souterrains. Il ne faut pas oublier de porter une chemise de flanelle, de se garnir le dos et la poitrine d'un plastron, et de ne pénétrer dans la caverne froide et humide qu'après un temps d'arrêt nécessaire pour arrêter la sueur causée par une montée pénible, souvent sous un soleil brûlant. Si l'on ne connaît pas bien la grotte à visiter, il faut prendre un guide ou se munir du peloton de ficelle d'Ariane ; bien se renseigner sur les salles à éboulements fréquents et les éviter; et, si l'on manque de documents à cet égard, bien étudier les débris tombés de la voûte, pour voir s'ils sont récents, et s'il peut y avoir péril à pénétrer plus avant. Enfin l'entrée de beaucoup de grottes n'est pas de plain-pied, surtout dans les Alpes. On y pénètre par des galeries verticales, qui exigent qu'on se munisse d'une corde à nœuds ou d'une échelle de cordes, qu'on ait quelque habitude de la gymnastique, des chaussures de montagne empêchant de glisser, et surtout, et principalement, du calme et de l'attention.

676 COLÉOPTÈRES. — CURCULIONIENS,

qui envahissent les insectes ne sont jamais normaux, et finissent par amener la mort des sujets qui les portent. Les filaments qu'on voit dans l'enduit pulvérulent ne sont jamais articulés ni pourvus d'organes de fructification. Chez certains insectes, cette exsudation se produit par places régulières et déterminées, entrant dans le dessin tégumentaire, ce qui éloigne encore toute idée de végétation parasite : ainsi chez plusieurs Cétoines, notamment Cetonia stictica (voy. p. /i8/i). Comme le fait remarquer M. Ch. Robin dans son résumé de cette question (1), bien qu'il n'y ait pas de glandes spéciales, il s'agit ici d'une sécrétion de matières cireuses ou résinoïdes par les tissus eux-mêmes, qui jouissent de la propriété de sécrétion comme de celle d'absorption. Outre le genre Lixus, les mêmes faits s'offrent chez le genre suivant, Larinus, chez diverses Cétoines, chez plusieurs Buprestiens européens et exotiques: ainsi chez l'Ancylochira rustica. Lion., recueilli en Suisse par M. J. Fallou, revêtu d'un superbe glacis vert ; chez plusieurs chrysalides de Noctuelles, où l'enduit est bleuâtre, etc. Il faut joindre à ce genre de sécrétion la poudre jaune dont est saupoudré le cocon du Bombijx Neustria, Linn. (Lépidopt.): les poussières ou filaments cireux blancs des Fulgora, Phenax, Lystra (Hémipt. homopt.), et sans doute aussi les exsudations cireuses de certains Pucerons et Cocciis : ainsi de la Cochenille sylvestre, le suintement résineux d\i Cocçus qui produit la gomme-laque, etc.

IiARII*X'S, Germ.— Caractères analogues aux Lixus. Corps jamais cylindroïde, mais oblong ou brièvement ovale avec tous les passages, pulvérulent; scrobes du rostre confluentes en dessous, tandis qu'elles sont séparées chez les Lixus.

Les Larinus ont une taille très-variable, depuis quelques millimètres jusqu'au-dessus de la moyenne ; ainsi L. Cmarcp, Fabr., d'Europe et d'Algérie. Leurs nombreuses espèces sont de l'ancien monde et de l'Amérique du Nord. Comme les Lixus, leurs téguments sont très-durs, mais leur forme est toute différente, car ils sont épais et ovalaires. Une sécrétion pulvérulente, ordinairement jaune ou rousse, et qui se renouvelle pendant la vie, suinte également de tout leur corps. Il est important pour les collectionneurs de conserver cet enduit caractéristique. Aussi, de même que pour les Lixus, il ne faut pas jeter ces insectes dans le flacon de chasse, mais les piquer immédiatement, chose difficile, vu leur dureté. On ne peut les tenir entre les doigts, qui enlèveraient l'enduit ; on les pose à plat sur la main, ou mieux on les maintient contre un objet avec une pince très-fine. C'est surtout sur les Carduacées de tous les groupes qu'on recherchera les curieux Larinus. Ils sont bien plus rares dans le nord de la France qu'au midi. On prend

(1) Ch. Robin, Hist, nat. des végétaux' parasites qui croissent sur l'homme et sur les animaux vivants, p. 686. Paris, J. B. Baillière et fils, 1853.

GONATOGÈRES. — LA.RINUS, PERITELUS. 677

sur la Centaurée, et aussi sur le Carduus nutans, le L. Jaceœ, Fabr., de 7 à 8 millimètres, noir, parsemé de petites taches de pubescence grise ; sur les Carlines (genre de Chardons), en Europe et Algérie, le L. Ursus, Fabr., de 8 à 10 millim(''tres, brun foncé, avec bandes de poils gris ou roussâtres. Sur ces mêmes plantes, notamment le Carlina vulijaris, qui est commun dans les lieux secs et pierreux, et sur le bord des chemins, on récoltera le L. Carlinœ, Oliv., espèce des environs de Paris, de forme suballongée, noire, à écailles grisâtres. Sa larve, grisâtre, très-courbée, tout à fait apode, mamelonnée sur les côtés, a été trouvée dans les capitules de Serratula arvensis et de Cirsium palustre, et s'y construit une coque brunâtre en paillettes accolées provenant des enveloppes des graines. Elle s'y change en une nymphe blanchâtre, glabre et luisante, sans prolongements postérieurs, et l'adulte éclôt en août. (Laboulbène, Ann. Soc. entoin. de France, 1858, p. 278.)

Les larves des Larinus vivent en général dans les capitules des Synanthérées et s'y font des coques en tibrilles végétales agglutinées, tandis que les larves des Rhinocyllus, Germ., genre voisin, qui ont le môme habitat, se font des coques noirâtres uniquement d'une substance visqueuse solidifiée. Les larves des Larinus, très-sédentaires, manquent de poils, et les nymphes sont moins épineuses postérieurement que celles des Lixus. En Orient, existent des Larinus dont les larves collent leurs coques aux rameaux des Onoporclon et des Echinops sur lesquels elles ont vécu. Ces coques sont employées dans le pays sous le nom de tréhala, pour guérir les aiïections catarrhales, au moyen d'un mucilage sucré qu'elles donnent en se dissolvant dans l'eau bouillante. M. Berthelot a découvert dans cette substance un sucre spécial, la tréhalose (1).

PKRlTELlJS, Germ. — Corps ovale-oblong ou subovalaire, revêtu de squamules; antennes allongées, assez fortes. Corselet court, tronqué aux deux extrémités •, pas d'écusson. Élytres à épaules arrondies, non saillantes.

Les Peritelus se trouvent en général sur les pierres, à terre dans les chemins, au pied des arbres et aussi sur les plantes. Le type du genre est le P. griseus, Oliv., de 6 milllimètres, en entier d'un gris jaunâtre, maculé de noir sur les élytres à grosses côtes, avec corselet pointillé. Cet insecte est polyphage, et depuis quelques années ravage les Mûriers des environs de Paris au premier printemps. La larve vide les bourgeons en respectant les écailles extérieures, au point que les Mûriers, perdant tous leurs bourgeons, sont retardés d'un mois et ne donnent de feuilles que par les bourgeons adventifs. Cette nuisible espèce

(1) Guibourt, Berthelot, C. R. Acad. des sciences, XLVI, 1858, p. 1213 et 1276. — l\ Gervais et van Beneden, Zool. méd., I, 312, texte et figures du tréhala et de son insecte.

678 COLÉOPTÈRES. — CURCULIONIENS.

n'est pas mentionnée au nord de la France (de Norguet, Catal. des Coléopt. du départ, du Nord, Lille, 1.863, p. 154). En Lorraine, cette espèce ravage les Pommiers et Poiriers (M. Géliin), surtout les jeunes pousses et greffes; il faut secouer les arbres, recueillir l'insecte aptère et brûler,

AWTno^'OllFS, Germ. — Corps ovalaire ou ovale-oblong, convexe. Bec cylindrique et filiforme, très-peu arqué, prolongeant une tète obconique ; antennes à massue pointue. Corselet subconique très-rétréci en avant; élytres plus larges que le corselet à leur base, à épaules obtusément angulées, couvrant presque toujours entièrement l'abdomen. Pattes assez longues avec cuisses renflées (i).

Comme l'indique le nom de ce genre, les larves vivent dans les fleurs, et les adultes sur le feuillage des arbres ou sur les fleurs, occupés à la ponte. Les espèces d'Europe sont de taille assez petite, à élytres striées ou ponctuées, avec un mélange de couleurs mates , sans dessin bien arrêté.

Parmi les nombreuses espèces d'Anthonomes, cent, de tous pays, il en est deux très-nuisibles aux arbres fruitiers. Le premier est VA. pomorum, Linn., s'attaquant aux fleurs des Pommiers. Il a 5 à6 millim. de longueur, y compris le rostre. Sa couleur, corps et appendices, est d'un brun noirâtre ; il est couvert d'un court duvet gris, serré et couché, et les élytres, ' ferrugineuses, ont une tache postérieure blanche cerclée de noir. Au commencement du printemps, quand les fleurs de Pommiers sont en boutons ou bourres à fruit, les femelles, qui ont hiverné sous les écorces, percent chaque bouton d'un petit trou où elles déposent un seul œuf; bientôt naît une larve qui dévore les étamines et le pistil : aussi jamais ces boutons ne donnent de fruit. Ils ne s'ouvrent pas , prennent une teinte rousse et ressemblent à des clous de girofle. Si on les ouvre, on voit au milieu un petit ver blanc couché en rond. Les gens de la campagne attribuent ces dégâts à de mauvais hdles, à des vents roux soufflant en mai. Les adultes passent engourdis et cachés l'été, l'automne et l'hiver, pour s'accoupler au commencement du printemps suivant. Les fleurs des Poiriers sont détruites en France par une espèce spéciale à ce pays, très-voisine comme coloration de la précédente, un peu plus petite, VA. Piri, Kollar, dont les mœurs et les époques d'apparition sont absolument les mêmes. On trouve en avril sa larve, appelée Ver d'hiver, Ver des bourgeons à fleur, et aucun bouton attaqué et roussi ne fleurit. Un cercle noir se forme à sa base, puis il noircit tout entier, se dessèche et tombe. La nymphe, ainsi que celle de l'espèce précédente, se loge et sô transforme dans le bouton. Depuis une douzaine d'années les jardins à fruit des environs de Paris sont envahis parce Charanson, presque inconnu autrefois, et qui est devenu un fléau pour les Poiriers en que-

(1) Monograpbie par M. Desbrochers des Loges {Ann. Soc. entom. de France, 1868, p 411).

GONATOCÈRES. — ANTHONOMUS, ORCHESTES. 679

nouille ou en espalier. Nous n'avons pas de bons moyens pour détruire les Anthonomes du Pommier et du Poirier. On pourrait bien enlever les boutons roussis au printemps et les brûler ; mais il serait fort à craindre qu'on se donnât une peine inutile, car ces insectes volent très-bien, et ceux des jardins voisins reviendraient continuellement. Le mieux est d'attendre les bons services de divers Ichneumoniens qui viennent percer les boutons attaqués et pondre leurs œufs dans le corps de la larve qui les dévore. Il faut respecter avec grand soin ces insectes, et bien se garder de les tuer quand on les voit voler au-dessus des fleurs de Pommiers et de Poiriers. Une troisième espèce pond au printemps dans les boulons des fleurs des Cerisiers et des Merisiers, et les rend stériles ; mais cette espèce ne cause que des dégâts limités. C'est VA. druparum, Linn., de toute l'Europe, d'un jaune roux, avec les élytres ornées de taches brunes, le Charanson damier de Geoffroy. On dit qu'il se rencontre aussi sur les Pêchers et les Pruniers. Nous citerons encore les A. Ulmi, de Geer, de toute l'Europe et du Caucase, sur l'Orme ; A. Rubi, Herbst, de toute l'Europe, sur les Ronces et parfois sur les Rosiers, A. Sorbi, Germ., d'Allemagne, sur le Sorbier; A. pedicularius, Linn., de toute l'Europe, sur l'Aubépine, etc.

ORCDE^iTES, lllig.— Corps ovalaire ou oblong. Rostre grêle, allongé, infléchi, replié en dessous au repos. Élytres arrondies et plus larges que le corselet. Cuisses postérieures renflées, propres au saut, souvent denticulées (1).

Ces Curculioniens, dont le nom signifie sauteur, sont de petite taille et des deux continents. Ils comptent près de cinquante espèces, surtout d'Europe et d'Algérie, d'Amérique méridionale, du Cap, du Kamtchatka. Ils vivent sur les arbres, et possèdent, comme les Ramphus, la faculté du saut ; ils s'en distinguent par un rostre plus allongé et par les antennes brisées. Nous citerons d'abord 0. Quercus, Linn., de toute l'Europe et du Caucase, à cuisses postérieures énormes et brièvement ovales, sur le Chêne et l'Aulne. Long de 3 millimètres 1/2, il est rougeâtre, avec une pubescence fauve, des bandes dénudées sur les élytres et le dessous brun. Il est très-commun dans la partie septentrionale de la France. On trouve sur les Ormes l'O. rufus, Oliv., d'un roux testacé, à pubescence et poils grisâtres. Sa larve, étudiée par Réaumur et de Geer, est un ver mineur du parenchyme, vivant entre les deux épidermes des feuilles d'Orme, et formant près des bords comme des vessies renflées de chaque côté, là où vit la larve et où elle file sa coque, la partie minée prenant bientôt la couleur de feuille morte. Vu l'absence de filière buccale, M. Laboulbène pense {Ann. Soc. entom.Fr., 1858, p. 286) que la matière de la coque brune est prise à l'extrémité

(1) Monographie par M. H. Biisout de Barneville [Ann. Soc. entcm. de France, 1865, p. 253).

680 COLÉOPTÈRES. — CURCULIONIENS.

anale, comme chez les Phytonomus. 11 a pu en tirer, après ramollissement à l'eau bouillante, non de vrais fils de soie, mais de gros filaments. La larve, d'un jaune clair, a des poils couris sur le bord des segments, et la nymphe, jaunâtre, en a encore plus, notamment sur la tête, le thorax, les bords externes des cuisses et des segments de l'abdomen. Ces poils doivent servir, dans les deux étals, de points d'appui pour divers mouvements.

Il faut ajouter à cette espèce \'0. Alni, Linn., de toute l'Europe, noir, couvert de petits poils blonds, à corselet et élytres jaunâtres, ces dernières chargées de deux taches noires. Cet insecte, nommé par Geoffroy Charanson sauteur à taches noires, se rencontre sur les Aulnes et surtout sur les Ormes, comme l'espèce précédente. On remarque souvent, au commencement de mai, des Ormes dont beaucoup de feuilles sont tachées au bord ou à l'extrémité d'une couleur de rouille. En examinant les taches de près, on voit qu'elles occupent les deux épidermes, et qu'entre ceux-ci se trouve une petite larve courbée, apode, d'un blanc jaunâtre, qui dévore le parenchyme. Elle se change en nymphe contre le bord de la feuille en s'enveloppanl dans un cocon sphérique de fine soie roussâtre. Pour faire ce cocon, la larve, couchée sur le dos ou sur le côté, met en mouvement continuel sa tête et l'extrémité de son abdomen qui concourent ensemble à la confection du tissu. En cerlaines années les feuilles de Hèlre offrent des taches semblables à celles dont nous venons de parler. Elles sont dues aux galeries creusées dans le parenchyme par la larve d'un Orchestes dont la femelle, au mois de mai, a percé avec son rostre un des épidermes de la feuille de H(ître récemment épanouie, et a déposé un œuf dans le parenchyme. I/aspect de la larve et sa nymphose sont pareils à ce que nous venons de dire. L'espèce nuisible au Hêtre, répandue dans toute l'Europe, est l'O. Fagi, Linn., ayant 3 millimètres de long, noir, à élytres striées, avec rostre filiforme appliqué au repos contre la poitrine, couvert d'une pubescence jaunâtre. Quand cet insecte est très-abondant, il peut causer du dommage aux Hêtres, qu'il prive en partie de l'usage de leurs feuilles. On n'a d'autre moyen, pour diminuer les dégâts des deux Orchestes dont nous avons parlé, que d'arracher les feuilles tachées, de les écraser ou de les brûler, moyens qui ne sont praticables que sur de petits arbres. Un certain nombre de Draconiens et de Chalcidiens de petite taille (Hyménopt.) détruisent les larves de ces Orchestes, en les perçant dans la feuille au moyen de leur tarière de ponte, et introduisant ainsi dans leur corps des œufs d'où naîtront des larves carnassières. Nous devons ajouter à ces citations l'O. Salicis, Linn., de toute l'Europe, testacé, à élytres striées, sur le Saule et l'Osier ; le Charanson sauteur brun de Geoffroy. 11 y a des Orchestes chez lesquels les cuisses sont peu renflées et de forme normale. Pour vivre en mineuses des feuilles, les larves de ce genre sont suballongées, atténuées en arrière, sans mamelons.

GONATOGÈRES. — BALA.NINUS. . 681

B.%L-%WIWUS, Germ. — Corps ovalaire. Aatennes longues et grêles ; rostre trèslong et très-grêle, filiforme, arqué à l'extrémité. Corselet conique; élytres subcordiformes, à épaules saillantes, mais arrondies, trèsrétrécies en arrière et laissant plus ou moins à découvert l'extrémité de l'abdomen.

Les Curculioniens de ce genre, ayant une quarantaine d'espèces disséminées partout [i), sont d'une étude difficile, par la ressemblance de forme et de couleur des diverses espèces, à corps épais et court, comme biconique, et les grandes variations de taille que peut offrir une même espèce, d'après le plus ou moins de nourriture pris par la larve. Les mœurs et les métamorphoses sont pleines d'intérêt. Nous devons étudier d'abord une espèce qui nous est nuisible, appartenant aux grandes espèces du genre, le B. nucum^ Linn., de toute l'Europe et du Caucase, dont la taille varie de 10 à 12 millimètres et môme plus ; le Charanson trompette de Geoffroy, en raison de son long rostre recourbé, aussi long que la moitié du corps, d'un jaune verdâtre nuancé de gris par l'effet d'un duvet jaune sur un fond brun, à pattes fauves (figuré pi. l, flg. h; k h, mandibule ; h c, lèvre inférieure ; tx d, mclchoire et palpe ; h a, antenne, montrant un très-long scape, un funicule de sept articles, dont les deux premiers sont les plus longs, et que termine une massue ovale allongée, articulée et acuminée). On sait qu'en certaines années la plupart des noisettes sauvages des bois ou des avelines cultivées des jardins sont véreuses, et ont un goût amer dû aux déjections. Il en résulte un préjudice notable, car les noisettes, outre leur vente comme comestible, servent pour faire de l'huile et pour la confiserie. Le ver dodu, blanc, courbé en arc et tout ridé, qu'on trouve dans l'amande de la graine est la larve du B.nucum, à tête ronde, écailleuse, d'un jaune brun, à fortes mandibules. En juin ou fin mai, la femelle perce les jeunes noisettes avec son long rostre effilé, et dépose dans chacune un seul œuf, d'où naît promptement une larve vorace. Elle atteint sa croissance dès la seconde quinzaine d'août, et la noisette attaquée se détache en général et tombe sur le sol. La larve perce la coque du fruit d'un trou rond égal en diamètre à celui de la tête cuirassée, et par lequel les anneaux, plus gros et gonflés, sortent en se rétrécissant par effilement. La larve entre en terre à quelques centimètres de profondeur, s'enferme dans une boulette de fines parcelles, et passe engourdie l'automne et l'hiver. Réveillée aux premières chaleurs du printemps, elle se change en nymphe au mois de mai. Dans les jardins isolés des bois où Ion cultive des noisettes ou des avelines, on peut arrivera diminuer beaucoup les ravages de ce Charanson en ramassant dès le milieu d'août et jusqu'à la récolte du fruit tous les fruits véreux tombés sur le sol au pied des arbustes, et les brûlant avec

(1) Monographie par M . Desbrocliers des Loges {Ann. Soc. enlom, de France, 1868, p. 331).

682 COLÉOPTÈRES. — CURGULIONIENS.

leurs larves. En Suède, en France, en Allemagne, se trouve une espèce plus petite, de k millimètres, le B. cerasorum, Herbst, dont la femelle perce les petites cerises qui viennent de nouer, et dont la larve ronge l'amande contenue dans le noyau . Elle vit aussi dans les noyaux du Prunellier, L'insecte est cendré, avec une tache transversale blanche à l'extrémité des élytres. Une grande espèce, de 6 à 7 millimètres, le B. glandium, Marsh., d'Angleterre, de France, d'Allemagne et de Russie, roux, à écusson gris, marbré de brun aux élytres, se comporte à l'égard des glands du Chêne comme la première espèce pour les noisettes. Enfin il y a des Balanins de mœurs fort singulières, dont les femelles percent les galles formées sur les feuilles par des Cynipsiens (Hyménopt.), de sorte que les larves vivent d'un afflux de sucs destinés à d'autres : ainsi les B. crux, Fabr., et Brassicœ, Fabr., ou salicivorus, Payk.,5urles Saules; les B. villosus, Fabr., et pyrrhoceras, Marsh-, sur les Chênes.

PHYTOBiuiD, Schœnh. — Corps brièvement ovalaire, finement pubescent et écailleux. Rostre assez court, épais, subcylindrique. Élytres amples et arrondies aux épaules. Tarses à troisième article spongieux en dessous et bilobé.

Ces Curculioniens se trouvent au bord des eaux, sur les plantes, ou à leur pied dans le sable; nous les citons pour les mœurs de leurs larves, qui vivent en plein air sur les feuilles, protégées par une couche visqueuse sécrétée par un mamelon du segment terminal, et sur laquelle viennent se répandre les excréments, ce qui est analogue à ce que nous verrons pour certaines larves de la tribu des Chrysoméliens. Leurs métamorphoses se font dans une petite coque. Nous représentons le P. Comari, Herbst, de la plus grande partie de l'Europe septentrionale, très-petit Charanson noir vivant sur le Comarum palustre et le Chœrophyllum hirsutum (pi. li, fig. 6 ; 6 6, antenne avec funicule de sept articles, et massue ovale-oblongue à articulations distinctes; 6 o, jambe et tarse antérieurs). Les Phytobius comptent quinze espèces d'Europe, des États-Unis, de Perse, du Kamtchatka.

POKPUAGl!^, Schœnh. — Corps oblong, un peu déprimé en dessus.

Une espèce, le P. Nasturtii, Germ., de presque toute l'Europe et de l'Algérie, uniformément d'un vert bronzé et couverte d'un duvet gris, ce qui lui donne un aspect vert pâle mat, vit dans le Cresson de fontaine, plante alimentaire cultivée dans des ruisselets artificiels ou cressonnières, près des grandes villes, où elle est l'objet d'une consommation considérable. On trouve en juin la larve dans une galerie occupant le milieu des tiges, et souvent au-dessous du niveau de l'eau. Elle se tient étendue droite dans sa galerie, progressant par ses anneaux gonflés et munis de mamelons, et se courbe en arc lorsqu'on l'en soft. Vers le milieu de juin, elle se change en nymphe dans un cocon ovale, court, arrondi aux deux bouts, formé d'une soie grossière, blanchâtre

BAGOUS, GONATOCÈRES. — BRACHONYX, HEILIPUS. C83

à l'intérieur et revêtu extérieurement de débris de moelle et d'excrémenls. L'adulte sort à la fin de juin et au commencement de juillet. U y a une seconde espèce, le P. Sisymbrii, Fabr., d'Allemagne.

BAGorSi, Germ. — Corps oblong, allongé. Rostre médiocre, assez robuste, cylindrique, à scrobes droites; antennes insérées au milieu du rostre, avec fimicule de sept articles et une massue ovale assez forte ; écusson très-petit. Élytres obtusément angulées aux épaules, arrondies au sommet. Tarses étroits, à ongles simples.

Les Bagous aiment, comme les genres précédents, les lieux humides ; on les trouve sur les plantes aquatiques et sur le sol près des eaux ; leurs couleurs, variant du fauve clair au brun noirâtre, sont souvent voilées par de la vase ou une sorte d'enduit mucilagineux. Le type est le B. binodulus, Herbst, des îles Britanniques, de Suède, de France et d'Allemagne, de petite taille, avec deux tubercules vers le sommet de chaque élytre (pi. l, fig. 2; 2 a, tête et antenne ; 2 b, tarse postérieur). On le trouve en juin près de Paris. Ce genre a une quarantaine d'espèces, surtout d'Europe, puis d'Algérie, de Cafrerie, de Sibérie, de Calcutta.

îj,KMOS.aCCU!S(, Schœnh. — Rostre court, cylindrique; antennes courtes, à funicule de sept articles. Corselet transversal et convexe. Élytres laissant à découvert le dernier et parfois une partie de l'avant-dernier arceau abdominal supérieur.

Ces insectes, au nombre d'une vingtaine d'espèces, sont d'Amérique méridionale, de Tasmanie et d'Australie. — Ex. : L. Chevrolati, G.-Mén., du Brésil, noir, à élytres rugueuses, canaliculées, d'un brun rougeâtre (pi. L. fig. 1; la, tète et antenne).

BRACHOliYX, Schœnh. — Corps allongé, subcylindrique, finement velu. Tête courte; rostre peu allongé, filiforme, un peu arqué. Pattes et tarses courts, le troisième article des tarses englobant le quatrième ; crochets très-petits.

Ce genre est fondé sur une seule et très-petite espèce, le B. indigena, Herbst, entièrement brunâtre ou ferrugineuse, ou mélangée de ces deux couleurs (pi. l, fig. 3; ocr, tarse). Cette espèce, de Suède, de France, d'Allemagne et du Tyrol, vit sur les Pins, et sa larve, par une particularité de mœurs remarquable, ronge l'intérieur des feuilles aciculaires de ces arbres.

nEIIilPU§( ou HiLiPUS, Germ. — Antennes médiocres. Corselet arrondi sur les côtés, très-rétréci en avant. Élytres oblongues, à épaules obtusément angulées. Pattes robustes ; des ailes ; téguments durs et écailleux.

Ces insectes, très-nombreux en espèces, plus de deux cents, de taille assez grande ou moyenne, sont de l'Amérique, surtout méridionale, et

684 COLÉOPTÈRES. — CURCULTONIENS.

semblent y représenter, dit Lacordaire, nos Hylobius et Pissodes. Ils vivent sur les troncs d'arbres, souvent cachés dans les fentes et cavités de l'écorce; quand un danger les menace ou qu'on les saisit, ils ne simulent pas la mort, mais se cramponnent aux écorces. Nous figurons 17/. peplus, Sc.bœnh. , du Brésil (pi. l, fîg. 5), noir avec une bande latérale jaune formée par des écailles, et les élylres finement striées et ponctuées. Il y a une espèce du Japon.

.%LCIDE§>, Daim. — Corps oblong, convexe, écailleux par places, ailé. Rostre épais, droit ou un peu arqué. Corselet renflé et arrondi au milieu; élytres renflées à la base, subcylindriques ou ovales-oblongues. Pattes antérieures en général très-longaes et fortes.

Ce genre, dont beaucoup d'espèces sont encore inédites dans les cabinets des amateurs, est répandu au Cap, au Sénégal, dans les Indes orientales et leurs archipels, à Madagascar, dans la Mélanésie. Nous représentons (pi. l, flg. 6) VA. prœustus, G.-Mén., de la Nouvelle-Guinée, rapporté lors du voyage d'exploration de la Coquille, châtain, subcylindrique, à tète et pattes noires, ayant le thorax et une partie du bout des élytres comme couverts d'une poussière soufrée.

MYORHIIVU*^, Schœnh. — Corps ovalaire et convexe, finement écailleux. Antennes grêles à massue articulée ; tète et rostre continus, comprimés sur les côtés. Élytres convexes, oblongo-ovales, non saillantes aux épaules. Pas d'écusson; pas d'ailes. Pattes assez longues; cuisses ea massue.

Ce genre, répandu du midi de l'Europe jusqu'à l'extrémité de l'Afrique, comprend de petites espèces d'un vert doré cuivreux, ou d'un vert blanchâtre. Leurs élylres sont toujours striées et ponctuées. Les mœurs sont inconnues. — Ex. : M. albolineatus, Fabr. , du midi de la France, delà Russie et de l'Allemagne, de la Hongrie (pi. L, fig. 7; la, tète de profil et antenne).

CHYI»TORllYJ%'C'm,'ii, ■ Illig. — Corps ovule-oblong, convexe. Bec infléchi, arqué, subcylindrique, se logeant dans un sillon de la poitrine, entre les hanches antérieures. Corselet très-rétrcci en avant, arrondi sur les côtés; élytres convexes, obtusément angulées aux épaules, recouvrant complé:ement l'abdomen.

Ce genre, très-nombreux en espèces, environ deux cent vingt, et de couleurs très-diverses, se trouve dans toutes les parties chaudes et tempérées du globe. L'Amérique possède à peu près autant d'espèces à elle seule que toutes les autres régions prises ensemble. L'Europe n'en a qu'une seule espèce, répandue partout, le C. Lapathi, Linn., de 6 millimètres, noir, avec bande grise à la base des élytres, et grande tache grise vers le bou^. Ce Charanson, dit de la Patience, se trouve sur les Saules, les Aulnes, les diverses espèces de Peupliers,

GONATOCÈRES. — CRYPTORHYNCHUS, BARIDIUS. 685

et sa larve creuse des galeries sinueuses, profondes dans les troncs de ces arbres. On peut le regarder comnie très-dangereux pour les pépinières de Peupliers, ou pour les jeunes sujets plantés à demeure. C'est à la tin de juillet et au commencement d'août que les adultes éclosent, et la femelle pond ses œufs à la partie inférieure des liges, perçant le bois et l'écorce avec son rostre allongé, et déposant un œuf dans la blessure. Les petites larves étendent leurs galeries de bas en haut, d'abord prés de l'écorce, puis de plus en plus dans l'intérieur du bois; quand elles restent près de l'écorce, celle-ci brunit et se fissure sur leur chemin. Le bois, percé longitudinalement de plusieurs galeries, perd de sa force, et le vent peut casser l'arbre ; les larves achèvent alors leur croissance, soit dans le tronc debout, soit dans la tige couchée à terre. La nymphe est placée dans une cellule creusée dans le bois et fermée aux deux extrémités avec des fibres pressées ; celte cellule est peu éloignée de l'écorce que perce l'adulte pour sortir.

BAI&ID1U§>, Schœnh., ou Baris, Goureau. — Corps oblong ou ovale-oblong. Poitrine sensiblement plane, sans canal pour recevoir le rostre.

Les larve& de ces Charansons vivent dans les tiges ou les racines de diverses plantes, près du collet, parfois produisant des galles, et l'on trouve les adultes sur les feuilles, ou au pied sur le sol. Une espèce, assez commune aux environs de Paris, est quelquefois fort nuisible aux Choux. Elle s'attaque surtout aux espèces à haute tige : Chou cavalier, Chou à vache, Chou de Bruxelles, et peut se rencontrer aussi dans les espèces basses, comme le Chou pommé, le Chou de Milan, etc. C'est le B. chlorizans, Germ., qui se rencontre en France et en Allemagne, d'un vert sombre et terne, un peu luisant au corselet, à élytres finement striées, long de h millimètres. Les femelles percent avec leur rostre les tiges de Choux près du collet, et y introduisent de trois à six œufs. Les larves creusent dans la tige des galeries longitudinales qui s'élèvent de bas en haut ; elles rongent les parties succulentes, en laissant derrière elles les parties fibreuses mêlées à leurs excréments. Au commencement d'août, parvenues à toute leur taille, elles se font une loge ovale, plus large que la galerie, tapissée de fibres courtes et tassées, et s'y changent en nymphes. Quand cinq ou six larves sont ainsi logées dans une même tige de Chou, celui-ci languit et finit par périr, ses feuilles jaunissant. Les adultes paraissent en septembre, s'engourdissent en hiver, s'accouplent et pondent au printemps. Il est probable qu'une partie est restée sur les tiges de Chou pour ne sortir qu'au printemps suivant. Il serait bon d'arracher et de brûler les tiges de Choux aussitôt après avoir récolté les feuilles ou la tète, au lieu de les laisser sur place ou de les jeter sur le fumier : on détruirait ainsi beaucoup de ces nuisibles Charansons. Il serait bon aussi de consommer de préférence les choux qui commencent

686 COLÉOPTÈRES. — CURCULIONIENS.

à languir et ne pas attendre leur mort. Ce même Curculionien se rencontre aussi dans les plantations de iS'avette, cultivée pour l'huile des graines de ses siliques. Les larves minent l'intérieur des tiges et passent ensuite dans les racines, où elles se changent en nymphes et en adultes Elles tamponnent la cellule aux deux bouts avec des fibres hachées et pressées avant de subir la nymphose.

On cite une seconde espèce du même genre, le B. cldoris, Fabr., de France, d'Allemagne, du midi de l'Espagne, de Hongrie et du Caucase, d'un bleu un peu verdâtre en dessus et noir en dessous, qui fait quelquefois beaucoup de mal dans les plants de Colza, les larves perforant de leurs galeries la moelle des liges. Le genre comprend près de deux cent cinquante espèces de tous les pays de la terre. (Monographie par M. H. Brisent de Barneville, Ann. Soc. entom. de France, 1870, p. 31 et 287.)

ACAliliES, Scbœnh. — Corps aptère, ovalaire et convexe. Rostre infléchi, allongé, logé dans un sillon pectoral ; antennes médiocres, à funicule de sept articles et massue ovale-oblongue. Corselet rétréci en avant, arrondi sur les côtés et à la base; pas d'écusson. Élytres ovalaires, convexes, arrondies, plus larges que le corselet. Pattes robustes ; tarses courts, à quatrième article assez grand, ainsi que ses crochets (1).

Ce genre, nombreux en espèces, plus de cent, est assez richement représenté en Europe par des espèces de petite taille, de livrée terne, sans véritable dessin ; les téguments sont écailleux, le corselet granuleux ; les élytres ont des stries peu profondes, avec intervalles tubercules. Ces Curculioniens offrent, comme intérêt physiologique, un appareil stridulant analogue à celui de certains Scarabéiens, formé par des stries du pygidium et de la surface interne des élytres, produisant un bruit aigu par leur frottement. La même disposition se rencontre chez le Cryptorhij nchus Lapathi, inscclc de type analogue. Nous représentons VA. ptinuiden, Marsh., des îles Britanniques, de France et d'Allemagne, qu'on trouve aux environs de Paris (pi. u, fig. 10 ; 10 a, patte antérieure; 10 6, tête vue de profil et antenne). Les métamorphoses sont inconnues. On trouve les Acalles d'Europe dans les bois, sous la mousse, sous les écorces, surtout des Chênes, dans leurs branches, ou en secouant des fagots sur un drap, et aussi sous les pierres et sur les Chardons. Outre l'Europe, les espèces sont d'Algérie, des Canaries, de Madère, du Caucase, du Brésil, du Chili, du Mexique, des Antilles, de Java, d'Australie, de Tasmanie et de Polynésie.

(1) Monographie par M. H. Brisout de Barneville [Ann. Soc. entom. de France^ 18GÛ, p. lilii).

GONATOCÈRES. — CEUTHOIiHYNCHUS. 687

CEliTMORHl'il'OHUS, Germ. — Corps courtement ovalaire. Antennes médiocres et grêles, à massue oblongue, insérées au milieu du rostre; celui-ci cylindrique et plus ou moins arqué, appliqué au repos sur la poitrine. Corselet rétréci en avant; pas d'écusson. Élytres peu convexes, subdéprimées, plus larges que le corselet à la base, obtusément angulées aux épaules, arrondies au sommet et laissant un peu à découvert le bout de l'abdomen (rostre caché).

Les insectes de ce genre sont de petite taille, finement pubescents ou écailleux, surtout répandus dans les régions froides et tempérées, ayant ou une teinte uniforme, ou des taches blanchâtres, mal limitées sur un fond sombre. Ils comptent plus de deux cents espèces, de tous pays, sauf Madagascar, l'Australie et la Polynésie. Ils vivent sur un grand nombre de végétaux^ s'e trouvant sur les feuilles et les fleurs. Il en est qui sont funestes à des Crucifères cultivées. De ce nombre est le C. sulcicollis, Payk., d'Europe et d'Algérie, noir, avec quelques poils grisâtres et un sillon longitudinal sur le corselet, dont la femelle pique le liant de la graine des Navets et dépose autant d'œufs qu'elle fait de trous; chaque larve vit dans une galle formant nodosité sur la racine, qu'elle épuise. Il faut avoir soin de nettoyer les navets ainsi atteints et qu'on veut conserver ; et de brûler les racines de choux tubercules, car ce Charanson s'attaque aussi à cette plante, mais lui est moins nuisible qu'aux Navets et aux Turneps. — Le C. Napi, Gyll., de France, d'Allemagne, d'Algérie, à peu près moitié plus petit que le précédent et recouvert d'écaillés d'un gris jaunâtre, s'est beaucoup répandu depuis quelques années dans les environs de Paris. La larve ronge les tiges des Colzas et des Choux, et les jeunes feuilles du cœur de ceux-ci, se métamorphose en terre, et produit l'adulte en juillet. <— Enfin; le C. assimilis, Payk., de toute l'Europe, de 2 1/2 milhmètres de long, noir, avec un duvet blond, introduit ses œufs et ses larves dans les siliques de Navette et de Colza, et les graines sont dévorées. Cet insecte, étudié par M. Focillon, fait d'assez fréquents ravages aux environs de Paris et aussi dans le nord de la France. Les larves de ces Ceuthorhynchus des Crucifères quittent pour la nymphose la plante qui les nourrit, s'enfoncent dans le sol et s'y construisent une coque.

Un certain nombre de larves de Ceuthorhynchus yi\enl dans des galles végétales qui se développent autour de l'œuf, à la façon des Cynipsiens (Hyménopt.), et fournissent à l'insecte une accumulation de nourriture suffisante à son développement complet, car l'insecte sorti, la galle est vide. Déjà nous avons cité ce fait pour le C. sulcicollis. M. Guérin-Méneville a recueilli les galles assez grosses que sa larve fait développer à la racine des Choux, au-dessous du collet. Les larves, parvenues à toute leur croissance, quittent ces nodosités, s'enfoncent en terre, et y deviennent nymphes dans une coque terreuse ronde;, dont l'adulte sort en mai pour monter sur les feuilles et les liges des Choux et en ronger lé

688 COLÉOPTÈRES. — CURCULIONIENS,

parenchyme. Les femelles déposent leurs œufs sur les racines, ou en été, ou après hibernation, point qui reste à éclaircir.

On a trouvé aussi la larve du C. sulcicollis dans des galles du Sinapis arvensis. Une autre espèce, le C. contractus, Marsh., de 1 1/2 à 2 millimètres, ovalaire, noir, un peu bronzé parfois, avec élylres bleuâtres, rarement verdâfres, a sa larve vivant dans des galles sur diverses plantes, sur les racines du Navet, du Sinapis arvensis. Aux environs de Paris cette larve a été rencontrée dans des renflements de la tige du Draba verna, Linn. (Crucifères, Sinapacées), en forme de poire conique, immédiatement au-dessus de la touffe des racines, au point de la réunion des feuilles en rosette. Ces galles paraissent au premier printemps et n'empêchent pas la petite plante de fleurir et de fructifier. Elles sont d'un vert foncé comme les feuilles de la plante, avec une teinte rougeûtre et violacée sur un des côtés. Elles sont formées de cellules végétéiles, condensées surtout à l'extérieur, et avec des trachées comme on en Irouve aussi à l'intérieur des noix de galle du Chêne. Dans ces galles sont des larves blanchâtres, molles, glabres, courbées en arc, de douze segments, outre la tête brunâtre, ayant un ocelle noir de chaque côté et un rudiment d'antennes (I). Vers la fin du printemps, ces larves sortent des galles, s'enfoncent en terre de quelques centimètres, et deviennent nymphes dans une coque formée de grains de sable agglutinés par une substance insoluble dans l'eau, sans aucune trame soyeuse. La coupe de celle coque représente un ovale court, largement et un peu obliquement ouvert à l'un des bouts après la sortie de l'adulte au mois de juin. Elle ressemble beaucoup, mais avec dimensions moindres, à la coque terreuse du C. sulcicollis.

M. E. Cussac a étudié les métamorphoses d'une espèce très-commune aux environs de Lille, le C. Raphani,Fahv. La femelle, à la fin de mai, pond sur les tiges du Symphytum officinale {Borraginées), ou grande Con- Eoude, plante commune dans les prairies humides, le long des ruisseaux et des fossés d'irrigation. Les œufs sont ovales, réunis par groupes de trois à quatre, et assez espacés pour que les larves ne se nuisent pas réciproquement. Elles s'enfoncent dans les tiges et restent toujours dans leur moelle humide ; atteignent 8 à 9 millimètres, sont allongées, atténuées aux deux extrémités, assez molles, d'un blanc sale, sauf la tête etleprolhorax, semi-cornés et d'un jaune ferrugineux,; une double série de mamelons charnus à la face inférieure des segments et des poils servent à la progression dans les tiges. La nymphe, blanchâtre, ovale, de 3 millimètres seulement, munie de quelques appendices sur la tête et le thorax, estformée surplace sans enveloppe, dans la moelle humide, à Ja fin de juin, et l'adulte éclôt une quinzaine de jours après. (Ann, Soc. entom. France, 1855, p. 2ûl.)

(1) A. Laboulbène, Métamorphose d'un Cenihorhynchus qui produit une galle sur lel Draba verna [C. Drahœ, sjn. contractus). {Ann. Soc. entom. de France^ 1856, p. 1Û5.)

GONATOCÈUES. — CtUTHORIlYNCllIDiCS, GENrUINLS. 689

CËKTHORHVIV€BIDIUi^, J. (lu Val. — Caractères du genre précédent, sauf le funicule des antennes, qui n'a que six articles au lieu de sept.

Comme pour le genre précédent, les insectes de ce genre vivent sur les feuilles et les fleurs de beaucoup de plantes. Nous représentons le C. terminatus, Herbst, des îles Britanniques, de Suède, de France et d'Allemagne (pi. li, fig. 5; 5a, tète de profil et antenne; 5 6, jambe et tarse postérieurs). Il a été pris abondamment en juillet près de Paris, sur le Siuin nodiflorum (Ombellifères). Le genre a une quinzaine d'espèces toutes d'Europe, sauf une de Cafrerie.

CnOLlJS, Germ. — Tête courte et arrondie avec rostre long et assez robuste. Corselet arrondi sur les côtés, très-rétréci en avant; élytres fortement et graduellement rétrécies en arrière. Pattes assez longues, surtout les antérieures, à cuisses renflées en massue. Corps rliomboïdal ou oblongo-elliptique, lisse, plus ou moins pubescent.

Les espèces de ce genre, au nombre d'une vingtaine, propres à l'Amérique du Sud chaude, présentent sur un fond obscur des bandes d'ua jaune plus ou moins foncé. — Ex. : C flavo-fasciatus, Chevr., du Brésil (pi. LI, fig. 1).

EIIRHII%'1j!!>, Schœnh. — Antennes courtes et très- robustes, à funicule de sept articles et massue courte, subconoïde. Corselet très-convexe, très-rétréci en avant; élytres courtes, isolément arrondies à l'extrémité, pas plus larges que le corselet. Pattes médiocres et robustes. Corps court et rliomboïdal, glabre, brillant.

Ces beaux Charansons, propres à l'Amérique interiropicale, brillent d'un riche éclat, bleu, vert, cuivreux, etc. — Ex. : E. flatuarius, Germ., du Brésil (pi. li, fig. 2; 2a, antenne). Douze espèces.

CEWTRIWIJS, Schœnh. — Corselet convexe, très-rétréci et tubuleux en avant ; élytres à épaules calleuses, fortement rétrécies et conjointement arrondies en arrière. Corps plus ou moins rliomboïdal.

Ce genre, à nombreuses espèces inédites, se trouve répandu depuis le Chili et Bnenos-Ayres jusqu'au centre des États-Unis. Le catalogue Gemminger-Harold relève cent soixante-six espèces. Nous donnons comme exemple le C. curvirosfris, Bohem., Chevr., du Brésil, noir, à corselet bordé de taches jaunes, à élyires striées et munies de deux bandes (pi. i.i, fig 3; on, tète de profil et antenne), espèce curieuse par ses antennes et son rostre si grêles, celui-ci très-long et recourbé en dessous.

69U COLÉOPTÈRES.— CURCLLIONIENS.

COPTlJRlIi), Schœiih. — Antennes longues et très-grêles. Corselet fortement blsinué à sa base ; élytres planes, échancrées à la base, à épaules obtusémenl saillantes, laissant le pygidium un peu découvert. Pattes grêles, à cuisses carénées et épineuses.

Ces insectes, de couleurs varices, au nombre de quaranle-cinq espèces, souvent doucement nuancées et d'un aspect velouté, se rencontrent du sud du Brésil au milieu des États-Unis. — Ex. : C. rubricollis, Gyll., de Cayenne, à corselet d'un fauve rougeâtre (pi. li, fig. U; k a, tête de profil, montrant un rostre long, recourbé en dessous et dont le bout atteint le bord antérieur du mésosternum, où se trouve souvent une dépression pour le loger). Une espèce de la Nouvelle- Guinée.

DIORVMERUS OU DiORYGOMERUS, Scliœnh. — Corselet transversal, brusquement et brièvement tubuleux en avant; élytres très-convexes, courtes, fortement et régulièrement rétrécies en arrière. Pattes assez robustes, avec tarses à troisième article large et spongieux en dessous. Corps très-épais, globoso-ovale ou subrhomboïdal, glabre.

Ces Charansons sont de l'Amérique du Sud chaude, surtout du Brésil, et habituellement ou d'un rouge fauve ou noir, ou bien avec ces deux nuances associées et fondues; le corselet et les élytres sont tantôt lisses, tantôt ponctués et striés. — Ex. : D. angulicullis, Bohem., du Brésil (pi. u, fig. 7), ou D. altus, Germ. Environ quarante espèces.

MECOPUS, Schœnh. — Antennes grêles, à funicule de six articles, avec massue à premier article très-long, en cône renversé, les autres formant un petit cône spongieux et aigu. Rostre grêle, ayant chez les mâles les deux tiers de la longueur du corps, d'abord droit, puis arqué en parabole. Yeux contigus, convexes, occupant toute la partie antérieure de la tête. Corselet tubercule, tubuleux en avant ; élytres planes, rétrécies et isolément arrondies au bout. Pattes trèslongues et grêles, les antérieures beaucoup plus grandes que les autres.

Ces Charansons, de caractères si curieux et si tranchés, ont le corps oblong et couvert d'écaillés. Leurs espèces, dont beaucoup ne sont pas décrites, habitent le sud de l'Asie, du Bengale aux îles occidentales de la Polynésie, et aussi la Cafrerie et l'Australie. Nous figurons le M. triiineatus, G.-Mén., de la Nouvelle-Guinée (pi. li, fig. 8 ; 8a, yeux contigus; 8 6, tête de profil et prosternum muni de deux longues épines aiguës et redressées au bout (caract. gén.); 8 c, antenne très-grossie). Cet insecte, dont le nom vient des trois lignes que porte longitudinalement le corselet, a d'abord été rapporté du voyage d'exploration de la Coquille. Environ quinze espèces décrites.

GONATOCÈÎtES. ~ GRATOSOMUS, TACHYGONUS, CIONUS. 691

CRATOSOMUS, Schœnh. — Rostre tantôt plat, large et droit^ tantôt arqué, élargi, caréné en dessus. Yeux grands, convexes, rapprochés et souvent subcoatigus sur le front. Corselet rétréci en avant; écusson grand, arrondi ou acuminé en arrière ; élytres oblongo-ovales, à épaules calleuses débordant le corselet. Pattes assez longues et robustes, avec cuisses en massue et dentées. Corps pubescent ouécailleux.

Ces Curculioniens atteignent une taille souvent gigantesque pour la tribu. Ils sont répandus dans les parties les plus chaudes de l'Amérique, du Mexique au sud du Brésil, avec nombreuses espèces à la Guyane. Nous représentons le C. bispinosus, Chevr. (pi. u, fig. 9), de Cayenne, d'un noir assez brillant, à élytres striées de points rudes, inégalement recouverts de squamules blanchâtres. Ses élytres sont isolément mucronées aux extrémités, caractère qui se retrouve chez beaucoup d'espèces du genre. Environ soixante espèces.

TACnYGOJlUS, Schœnh. — Tète saillante et obconique, à rostre court et robuste; antennes peu coudées. Corselet arrondi et tronqué en avant; élytres amples, cordiformes, à épaules très-arrondies, bien plus larges que le corselet et échancrées à la base. Pattes comprimées, denticulées^ les postérieures trèsélargies et très-longues.

Ce genre est formé de Charansons aberrants, de très-petite taille, se rencontrant des États-Unis au Brésil et à la Guyane, à corps brièvement rhomboïdal, déprimé, hérissé de longs poils fins, à élytres sillonnées de grosses côtes, de couleur noire uniforme ou relevée par du jaune. 'Nous figurons le type du genre, T. Leconfei, GylL, ou horridus, Chevr. (pi. i,, fig. 9), de Philadelphie. Il simule la mort avec obstination quand on le saisit, et n'a pas la faculté du saut, comme on pourrait le croire à première vue, d'après sa conformation. Il vil sur le Chêne et se tient sous la face inférieure des feuilles. Il voltige autour de ces feuilles et s'y pose souvent, ce qui lui est facile par ses longues pattes postérieures. Au moment où ces insectes s'approchent de la feuille, ils font une culbute et la saisissent au moyen de leurs longues pattes postérieures. A cet instant, ils abaissent leurs élytres, et le corps reste suspendu un moment la tète en bas, jusqu'à ce qu'ils aient pu s'accrocher à la feuille avec leurs autres paltes. L'espèce n'a que 3 millimètres de long sur 2 de large. Six espèces.

CiOXlJS, Clairv. — Corps ovalaire, très-convexe. Antennes assez courtes, insérées vers le bout du rostre, avec funicule de cinq articles et massue de trois ou quatre. Corselet subtransverse ; élytres plus larges, brièvement ovalaires, subrectangles.

Les couleurs des Cionus se composent d'habitude de petites taches rondes sur un fond variable ; leur taille est minime. On les trouve, sou-

692 COLÉOPTÈRES. — CURCULIOiME.NS.

vent en assez grand nombre, sur diverses plantes, principalement des groupes des Verbascées et des Scrofulaires. Les larves, Irès-bien étudiées par M. E. Perris, appartiennent au type des larves de Curculioniens vivant à découvert sur les feuilles. De forme ovale-allongée, trèsmamelonnées, adhérant fortement aux feuilles par des bourrelets ventraux des segmenis antérieurs, elles complètent leur consolidation au moyen d'une matièrcvisqueusedont leur corps est enduit, et que sécrète un tube rétractile situé en dessus de la base du dernier segment. Cette matière gluante dégoûte les oiseaux, empêche l'évaporation du corps de la larve par la chaleur solaire; lors de la nymphose, elle se forme en abondance et constitue une loge solide dont l'insecte sait, en contractant son corps, se détacher à l'intérieur, et sous laquelle s'opèrent ses deux dernières mues. La nymphe paraît ne durer qu'une semaine environ. L'espèce représentée est le C.pulvereus, Gyll. (pi. l, fig. 8; 8a, antenne), d'un gris de poussière, de Grèce et de Dalmatie. Elle oITre, sur la suture des élytres une forte tache noire, caractère qui se remarque chez beaucoup d'espèces du genre Cionus- Les deux genres suivants ont la plupart des caractères des Cionm. Les Ckmus comptent une trentaine d'espèces, surtout d'Europe, des Canaries, d'Afrique australe, de Sibérie, de Perse.

]%.%l%'OPllYEi§, Scliœiih. — Corps ovalaire ou ovale-oblong, Irès-convexe ou même un peu gibbeux, attéimé anlérieuremeiit.

Les insectes de ce genre vivent dans un très-grand nombre de plantes. On a découvert aux environs de Paris, en fauchant sur des plantes basses, le N. flavidus, Aube, petit Charanson entièrement testacé en dessus, de 2 millimètres. Dans le midi de la France, plusieurs espèces de ce genre se trouvent sur les Tamarix. Suivant M. P. Gervais, la larve du N. Tamarisci, Gyll., vit dans les ovaires des Tamarix, et, renfermée dans le fruit, peut le faire sauter à plusieurs reprises. La science offre plusieurs exemples de fruits sautants dus à une cause analogue : ainsi par une chenille de far^wcc/^Ma (Lépidopt.) américaine (,11. Lucas); ainsi diverses galles à Cynipsiens (docteur Giraud). il y a une quarantaine d'espèces de Nanoplujcs, surtout d'Europe (1).

ClYMilE'rnojV, Schœnli. — Corps ovale, courtement ovalaire ou ovale-oblong-, peu convexe ou subdéprimé supérieurement.

Ce genre a des mœurs analogues au précédent; ses espèces sont également assez nombreuses en Europe, vivent sur les plantes; leurs larves en dévorent les fleurs, et elles paraissent subir leurs métamorphoses dans les fruits. Une monographie de ce genre a été publiée par M. H. Brisout de Barneville [Ann. Soc. enlom. de France, 186'2, p. 625). On

(1) Mono^r. du genre Nanopliyes, par M. H. Bris, de Barn., Abeille, VI, 1869, p.. 305.

GONATOCÈRES. — RHINA, APHIOCEPHALUS. 693

récolte ces insectes en fauchant sur les prairies humides, au hord des ruisseaux, eu visitant les Verbascum et les Linaires. On a décrit quelques larves vivant dans des galles, sur le Veronica Beccabunga, sur la Linaire vulgaire, au collet de la racine (G. Linariœ, Panzer, de toute l'Europe, assez rare près de Paris), sur diverses Campanules. Dans toute l'Europe se trouve le G. Campanulœ, Linn., commun dans le midi de la France, rare près de Paris, se prenant à Mantes, à Fontainebleau. M. A. Laboulbéne a trouvé sa larve à la Grande-Chartreuse, prés de Grenoble, dans les fleurs renflées inférieurement du Campanula rhomboidaiis (An7i. Soc. etitom. Fr. , 1858, p. 900). Elle se loge dans un gonflement de l'ovaire, dont elle détruit les graines dans la partie qu'elle occupe. Elle est blanchiltre, molle, courbée en arc, pourvue de pseudopodes ou de mamelons sous-thoraciques, rétractiles, vestiges de pattes, analogues à ceux observés chez les larves du Toraicus stenograplms, de VApion basicorne, Illig., etc. La nymphe est brunâtre avec un reflet vert bronzé, et se trouve, comme la larve, dans l'ovaire renflé, mœurs qui difTùrent de celles des Ceuthorhijnclms , où la larve quitte sa galle pour se nymphoser en terre, l/adalte sort de l'ovaire par un trou rond. Il est noir, subdéprimé, à. long rostre grêle, recouvert de poils courts d'un cendré blanchâtre, disposés en séries sur les élytre^. Le mâle est très-remarquable par deux saillies qui terminent l'abdomen et qu'on voit déjà sur sa nymphe. Les Gymnetron ont cinquante espèces, presque toutes d'Europe, surtout méridionale, de Perse, de Cafreric, du Cap.

KHIIV.%, Latr. — Tète subglobuleuse et saillante, avec rostre 'droit, dilaté au milieu, puis déprimé, villeux en dessus et sur les côtés ; antennes submédianes, assez longues et peu robustes. Corselet tronqué à la base et rétréci en avant; élytres allongées et cylindroïdes. Pattes grêles et longues, surtout les antérieures.

Ce genre, de forme si tranchée, est composé de neuf grandes espèces de Charansons du Mexique, des Antilles, de l'Amérique du Sud, et aussi dans l'ancien monde, des côtes occidentale et orientale d'Afrique. Leur corselet est toujours couvert de gros points enfoncés et les élytres fortement sillonnées; la couleur est d'un noir assez brillant. — Ex. : lî. barbirostris, Fabr., du Brésil (pi. lu, fig. 2), dont le nom rappelle un des principauv caractères du genre.

.%PmoCEl»llAixiS, Lacord., ou Conocephalus, Schœnh. — Tête en cône allongé, avec rostre long, robuste, dilaté et échancré au bout ; antennes avec funicule de six articles et massue terminée par une partie spongieuse. Corselet allongé, subarrondi; élytres planes ; pygidium triangulaire, très-découvert. Pattes robustes et comprimées avec tarses à troisième article trigone et spongieux.

Ce genre est fondé sur de très-belles espèces de Madagascar, à corps allongé, subelliptique, revêtu d'une efflorescence veloutée, de grande

69i COLKOPTËRES. - CURGlUJONIliNS.

taille, à élytres creusées de sillons profonds, d'un beau rouge ou à dessins rouges élégants sur fond noir. Nous représentons une de ces riches espèces recherchées des amateurs, VA. Guerini, Klug. (pi. i.n, flg. 3; 3a, antenne). On le trouve sur les Vaquois, et sa taille varie de 26 à ùO millimètres de long. Trois espèces décrites, deux de Madagascar, une de Maurice.

CAI/AIVDRA, Clairv., ou Sitophilus, Scljœnh. — Rostre légèrement arqué, cjlindroïde; antennes insérées vers sa base, à funicule de six articles, avec massue solide, biarticulée. Corselet allongé-oblong, rétréci antérieurement; élytres oblongues, obtusément angulées aux épaules, atténuées en arrière, laissant à découvert le pygidium.

Ce genre funeste offre certaines espèces de petite taille, à élytres striées et ponctuées, de couleur noir brunâtre, pouvant passer au rouge ferrugineux, ou offrir un mélange de ces deux couleurs. La seule espèce originaire d'Europe, et qui s'est répandue partout où se trouve le froment, est le C. granaria, Linn. (pi. lu, fig. 1 a, tète de profil, avec rosire et antennes ; 1 b, élytre avec granulation différente de C. Orijzœ qui n'a pas de points entre les côtes; 1 c, tarse antérieur du mâle). Le corps est allongé, oblong, subdéprimé, de 3 millimètres de longueur, brun, ainsi que les appendices; la femelle, comme dans les autres espèces du genre, a le rostre plus long et plus grêle que le mâle. Les anciens connaissaient cet insecte :

populatque ingentem farrix acervum

Curculio (1)

dit Virgile {Géorgiques, I, V, 185, 186).

On le nomme Charanson du blé, Calandre, Cosson, Goitssoii, etc. On le trouve sur les murs et dans les fentes des planchers des greniers, des granges et des magasins de blé, où il multiplie quelquefois en nombre prodigieux et cause des dommages considérables. Les autres céréales ne souffrent pas de ses attaques. Dès le commencement du printemps, les femelles fécondées entrent dans les tas de blé, et font un trou à un grain avec leurs mandibules, ordinairement dans le sillon où le tégument est plus tendre; chaque grain reçoit un œuf, adhérent par son vernis naturel. Au bout de peu de jours naît une larve qui ronge peu à peu toute la farine, ne laissant, comme les Bruches pour les graines de légumineuses, que la pellicule inaltérée. Cette larve est un ver blanc, mou et glabre, apode, à corps ridé parles segments, à tête ronde et jaunâtre. C'est dans le grain que se forme la nymphe, et l'adulte éclôt de quarante à cinquante jours après la ponte. Il ronge aussi le blé, mais fait bien moins de tort que sa larve. Les grains rongés semblent

(i) Le Charanson ravage un vaste tas de blé..,

CALAWDRA : CONSEUVATTON DES GRAINS. 695

à la vue parfaitement sains; maiSj comme ils sont devenus bien plus légers que les autres, ils surnagent si l'on jette une poignée de blé dans l'eau, moyen qui fait reconnaître le désastre. Les générations se succèdent sans interruption pendant l'été et l'automne ; à l'entrée de l'hiver, les Charansous quittent les grains et se réfugient dans toutes les fentes et trous, dans les planchers, sous les toitures, passent engourdis la saison rigoureuse, pour s'accoupler au printemps, et reprendre leurs dévastations.

Bien des moyens ont été proposés contre ce fléau, souvent inefficaces, parfois ridicules. Il y a des moyens préventifs destinés à écarter les Calandres. On a sérieusement conseillé de jeter des écrevisses sur les tas de blé, leur odeur devant éloigner les Calandres ; on ne retire aucun effet appréciable de diverses plantes fortement aromatiques, comme le chanvre, les hièbles, les camomilles, les pyrèlhres, etc. Peut-être le mieux, comme odeur éloignant ces insectes, serait, à en juger par le bon effet produit dans les collections, l'emploi de l'acide phénique imprégnant des chiffons qu'on suspendrait au-dessus des tas de blé. Le goudron chaud, dont on peut enduire le bas des murs, empêchera bien pendant quelque temps les Charansons de monter, mais les rejette dans le blé sans les faire périr. On a proposé de maintenir dans le grenier, au moyen d'un ventilateur, une basse température, au plus de 10°, de manière à empêcher l'accouplement et la ponte ; mais ce procédé ne serait sérieusement praticable qu'en hiver, saison où les Calandres ne font que peu de mal. On a dit : Battez le blé de bonne heure, et mettez-le en lieu bien clos, comme silos, sacs, tonneaux. Il faut remarquer qu'il n'y a dès lors plus de surveillance possible, et que, si quelques œufs étaient déjà pondus, tout le grain sera avarié.

Plus nombreux sont les procédés de destruction, la Calandre ayant agi, la plupart, il faut le dire, peu commodes et trop coûteux. On a recommandé d'enfermer dans les greniers infestés des oiseaux exclusivement insectivores, comme les mésanges et les bergeronnettes. On a imaginé de suspendre au-dessus des tas de blé des toisons en suint, dont l'odeur attire les Calandres qui s'empêtrent les pattes dans la laine grasse ; de temps à autre on les retire et on les secoue au-dessus d'un brasier : ce moyen ne peut détruire qu'une partie des adultes et laisse dans les tas de blé toutes les larves et nymphes. Les fumigations de tabac brûlé ou d'acide sulfureux ont peu d'effet sur l'intérieur des tas, ne font guère qu'étourdir les insectes pendant quelques jouis et peuvent communiquer au blé une odeur fâcheuse. Un procédé assez employé est le criblage ou le pelletage. Les Charansons aiment le repos et l'obscurité, et se répandent, inquiétés de la sorte, dans le grenier. On a soin de laisser intact un tas d'appât, où ils ne tardent pas à se réfugier en grand nombre, et qu'on inonde alors d'eau bouillante. On peut aussi soumettre le blé attaqué aux ventilateurs ou aux tarares, ainsi à la tarare Herpin, en réglant le vent de telle sorte que le maître blé, plus

690 COLFOPTÈRES. — CURCULIONIENS.

lourd, tombe, tandis que les grains attaqués sont projetés plus loin, et qu'on soit ainsi à même de les rassembler et de les brûler. On se sert encore d'appareils fondés sur la force centrifuge ; les grains tombent dans des godets de métal animés d'une rapide rotation, sont heurtés avec force contre les parois, ce qui détache les œufs, tue les larves et les adultes, et la ventilation produite sépare ceux-ci des grains sains. Ainsi est l'appareil Nicaud, exposé en 1868 au concours régional d'Orléans et à l'exposition des insectes à. Paris.

Les appareils à choc^ le tue-teigne, la machine à battre, etc., ne peuvent pas garantir une destruction complète de la Calandre ou d'autres insectes nuisibles aux céréales, de sorte qu'il reste après leur emploi un blé encore suspect, capable de reproduire, avec le temps et après emmagasinage, la cause du mal. Mais ces procédés ont l'avantage d'employer des machines portatives et d'être à l'abri de toutes les préventions commerciales qui peuvent nuire de la manière la plus grave à la vente des grains qui ont subi un ensilage ou un chauffage.

On indique aussi de placer le blé dans un tonneau ou dans un silo rempli aux deux tiers, et de laisser quelques jours en présence une corbeille contenant de la filasse ou des chiffons imprégnés de sulfure de carbone, liquide à bas prix, dont les vapeurs tuent les adultes, les larves, les nymphes, mais peuvent bien parfois, comme les expériences sur les collections d'insectes le montrent, ne pas agir sur les œufs. Kn outre, ces vapeurs, sans certaines précautions, sont dangereuses pour l'homme, très-combustibles et capables de former avec l'air de terribles mélanges explosifs. La méthode des silos a eu pour défenseur ardent un naturaliste voué d'abord aux études théoriques et à l'enseignement, et qui a compris ensuite que les applications sont le but principal et réellement le devoir du savant. Dans notre climat humide, les silos présentent des difficultés de construction qui ne s'offrent pas dans des pays chauds et plus secs, ce qui explique leur grand usage chez les Romains, et leur emploi actuel dans le sud de l'Espagne et chez les populations du nord de l'Afrique. Doyère fait remarquer qu'un ne trouve jamais de Charansons dans les silos de l'Eslramadure, si ce n'est dans le col où l'air pénètre par filtration à travers la terre. Ces insectes périssent promptement dans les silos bien fermés de Rota. Il arrive souvent qu'il Cadix des négociants anglais vendent des cargaisons de blé échauffés et avariés par un trop long voyage dans la Méditerranée. Les habitants de Rota les achètent et les ensilent, et en trois mois de séjour dans les silos, les grains sont rafraîchis et les Charansons détruits.

Doyère s'est occupé de la construction des silos pour préserver le blé non-seulement de la Calandre, mais aussi de deux Microlépidoplères très-nuisibles, la Teigne des grains et surtout l'Alucite. Pour le climat humide, qui est celui de la plupart des régions de la France, il recommande la construction de silos de tôle, vernissés à l'extérieur contre l'oxydation, et entourés d'une maçonnerie de béton qui porte toutes

Page 1