CALANDRA : CONSERVATION DES GRAINS
les charges (1). Les principes rationnels de la conservation sont les suivants : 1 " Les grains, pour se conserver dans les silos ou ailleurs, doivent être secs, 2° Les silos ne doivent donner accès ni à l'hùmidilé ni à l'air atmosphérique. 3" Les silos doivent être souterrains, parce qu'une température basse, comme celle des caves et des puits, ne favorise ni le développement de la fermentation, ni l'activité et la multiplication des insectes.
Comme le blé bien sec n'altère pas l'air des silos, on pouvait craindre que les Charansons et autres insectes n'y continuassent leurs ravages. Il y a peu de danger de ce côté aux environs de Paris et plus au nord, où les silos, enfoncés à 2 mètres, ne s'élèvent jamais à 15", ce qui amène vite la mort des insectes, peu actifs ni enclins à se reproduire ; mais en Espagne, en Algérie, la température des silos peut atteindre 20° jusqu'à Zi à 5 mètres de profondeur, et les insectes dès lors peuvent s'y multiplier. Comme la fermeture hermétique des silos suggère l'idée des substances asphyxiantes, on a essayé, sur la proposition de Doyère, le sulfure de carbone. Les expériences de ce genre furent faites à Alger en 1857 par la Commission supérieure des subsistances militaires, sur des silos remplis d'orge ou de blé, noirs de Charansons. Il fut reconnu qu'avec 15 grammes de sulfure de carbone par hectolitre de blé, dépense insignifiante, l'effet insecticide a lieu en vingt-quatre heures ; que les Charansons et leurs larves périssent, desséchés, fragiles et comme carbonisés, et que les œufs même sont anéantis, résultat qui nous paraît avoir besoin d'un nouveau contrôle. Avec des doses moindres de sulfure de carbone, les insectes ne meurent pas aussi vite, mais s'engourdissent et cessent aussitôt leurs ravages. Le liquide, très-volatil, disparaît immédiatement dès qu'on retire les grains des silos, et celui-ci n'a perdu aucune de ses qualités pour la germination ou pour la panification. 11 en est de même pour l'orge et l'avoine destinées aux animaux ; et enfin, aux faibles doses employées, la manipulation de cette substance est sans danger pour les hommes chargés de l'assainissement des silos : aucune autre substance ne réunit tous ces avantages au même degré.
Un troisième moyen à essayer est le chautTage des grains, très-discrédité en raison d'expériences faites sans précautions convenables, et qui
(1) L. Doyère, Recherches sur Z'Alucite des céréales, l'élendue de ses ravages et les moyens de les faire cesser, suivies de quelques réflexions relatives à l'ensilage. (Paris, Ann. de l'Inst. agronomique, 1852, p. 269.) Ce mémoire, très-important à consulter pour les agriculteurs, comprend trois séries de méthodes de conservation des grains décrites et discutées : 1° le chauffage des grains; 2° la ventilation et le choc; 3° les silos. — Mémoire sur l'ensilage rationnel, système nouveau pour conserver les grains d'après les données positives de la science et de la pratique, etc. Paris, 1856, br. in-8°, Paul Dupont. — Conservation des grains par l'ensilage, avec les documents o/}ioiels. Paris, 1862, Guiilaumin et C".
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exige, pour reprendre son crMit, une surveillance rigoureuse et une observation formelle des prescriptions que nous allons indiquer. Ce n'est pas autre chose qu'une application industrielle de l'ancien nécrenlome des entomologistes pour débarrasser les boîtes de collections des larves funestes. Avec les blés du commerce, dont la dessiccation est toujours imparfaite, on ne ]»eut pas dépasser 70° centigr. sans altérer la faculté germinative des blés de semence, et, pour la pratique en grand, c'est sensiblement vers les mômes températures que des altérations se produisent relativement à la panification. Vers 70" et au-dessus, l'enveloppe du caryopse devient fragile et friable, et, réduite en poussière sous la meule, communique à la farine un teinte grise ; en outre, le gluten, substance albuminoïde, tend à se coaguler, effet qui augmente graduellement de 75° à 85°, de sorte qu'il ne donne plus qu'une pâte courte, mal liée, comme celle que produirait un mélange de fécule ou de sable. Il est vrai qu'on peut rendre aux farines, en grande partie au moins, leurs propriétés panifiantes en les hydratant après le chauf-. fage ; mais on comprend combien le commerce de la boulangerie peut frapper de dépréciation, souvent irréfléchie, les grains qui ont subi un chauffage appréciable parles effets précédents, il est indispensable dans la pratique agricole de ne pas même atteindre les températures extrêmes, et de se contenter, dans l'intérieur des tas, de 55" à 60°, ce qui suffit pour tuer les insectes au bout d'un certain temps, qu'il faut régler selon le cas par expérimentation préalable. Les adultes au dehors des grains sont tués promptemenc ; mais il faut plus de durée de la chaleur pour atteindre les œufs et les larves cachées dans le grain. Les insuccès fréquents des appareils de chauffage et leur discrédit s'expliquent par leurs imperfections.
Dans les procédés où le grain n'était pas remué, il fallait chauffer très-fortement la partie externe des tas pour obtenir à l'intérieur des grains les températures nécessaires pour tuer les insectes; de là un mélange de blés altérés et infertiles très-préjudiciable pour le marché. Il est nécessaire de produire une agitation dans le blé chauffé, afin que tous les grains puissent atteindre à la même température sans la dépasser. Le thermomètre est d'un emploi très-utile à cet efl'et, et la sensation de chaleur à la main, fort variable selon l'habitude, ne le remplace que bien imparfaitement.
Au milieu du xvni^ siècle, lors de leur mission dans l'Angoumois ravagé par l'Alucite, Duhamel et Tillet y trouvèrent établie la pratique du cliauffouraije, ou introduction des grains avariés dans les fours du boulanger pour tuer les insectes. Us y joignirent la recommandation de remuer le blé et de ne pas trop chautfer ; mais ce moyen, ainsi que l'usage de la vapeur d'eau à 100°, altère gravement les céréales par un excès de chaleur. Les vrais principes du chauffage des grains furent mis en œuvre dans l'étuve rotative,* ou hélice insecticide de M. Terrasse- Pesbillons. Le grain est ballotté dans des spirales d'xVrchimèdc placées
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dans une caisse à air échauffé par un fourneau de tôle. Doyère remplaça les spirales par un cylindre incliné et tournant, où glisse le grain, et se servit du thermomètre plongé dans une boîle de bois où se rendent les grains. La difficulté de ces appareils est de bien régler la température de l'air chaud, qui ne doit varier au plus que de 55 " à 65", et mieux de 57° à 62" ; on y arrive par l'ouverture graduée du registre du calorifère, par une vitesse de rotation variée, par une introduction plus ou moins rapide de blé froid.
Le dernier système de chauffage des grains et le plus perfectionné, est celui du docteurVergier,d'Argentan-sur-Creuse (Indre), récompensé par une médaille de bronze à l'Exposition de 1867. Le principe nouveau de M. Vergier est d'employer la vapeur d'eau, source à température bien constante, pour produire l'échauffement de l'air dans lequel séjourne le grain, ce qui permet de bien mieux régler la chaleur. Il y a deux appareils différents. L'un, destiné à la petite culture, à fonction continue (1). Il est formé d'une trémie qui doit toujours être remplie de blé, placée au-dessus d'un cylindre fixe de tôle, dans lequel un serpentin double fait passer un courant de vapeur produite par un générateur quelconque, ainsi celui d'une locomobile, d'une machine à battre, etc. Inférieurement, le cylindre contient une hélice tournante à axe horizontal (emprunt à l'appareil Terrasse-Desbillons), qui, en vidant peu à peu le cylindre, produit dans le blé un mouvement continuel, soumettant également tous les grains à une chaleur de 55° à 60°. La vapeur du serpentin se condense, en dégageant à l'état libre sa chaleur de mouvement, et l'eau s'écoule par un robinet. Cet appareil peut servir non-seulement pour les céréales infectées par la Calandre ou l'Alucite, mais pour les légumes en graines sèches, pois, haricots, lentilles, etc., contenant des Bruches ; pour les graines de colza, navette, moutarde, etc., contenant des larves de Charansons, et également pour dessécher rapidement les substances alimentaires sèches avariées par l'humidité (2).
L'autre appareil Vergier, destiné plus spécialement aux grandes fermes, se compose de deux cylindres concentriques, pouvant tourner ensemble autour d'un axe horizontal. Il n'y a plus de serpentin ; la vapeur d'eau, que fournit un générateur, circule dans l'enceinte annulaire. Une trémie supérieure contient le grain, qu'on fait tomber dans le cylindre médian lorsque ses parois ont été amenées par la vapeur ;'. environ 100°. On remplit celui-ci à moitié seulement; alors les deux cylindres concentriques sont mis en rotation autour de leur axe commun, afin que les grains puissent venir par couches successives en contact
(1) Maurice Girard, Génie rural, elc, Inseclologie agricole, 'à'-' année, 18G9, p. 291. Paris. Donnaud.
(2) Cet appareil a été mis en dépôt à Paris, à la maison Pellier, 10, rue Fontaineau-Rol.
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avec la paroi cliaufFée, et cela jusqu'à ce que la masse, dont la température s'était abaissée à liO° par l'introduction du blé froid, ait acquis 50° à 60°. La durée de l'opération est de quatre à six minutes, selon l'es-
FiG. 20. — Étuve Vergier pour les grains atlaijués (1).
pèce de grain ou graine. Le grain chaud est vidé dans le baquet inférieur où l'on a soin de laisser s'entasser les grains, afin de les maintenir chauds le plus longtemps possible, ce qui est indispensable pour bien tuer les insectes, surtout les Calandres, qui, a vu M. Vergier, résistent
(1) 0, trémie à blé ; CV, cylindre extérieur à vapeur ; B, cylindre intérieur à blé ; T, n', tuyaux de conduite de la vapeur ;• XX, axe de rotation; m, manivelle; M, M, supports. Un compteur à secondes est joint à l'appareil.