LOCUSTA
vertes peu ‘opaques, longues, étroites, parallèles, le bord sutural souvent liséré de ferrugineux ; les ailes sont verdâtres, hyalines, sensiblement de la longueur des élytres, aussi larges que l’abdomen au repos et atteignant l'extrémité de l’oviscapte chez les femelles. Les pattes sont vertes, avec de courtes épines aux cuisses terminées par du noir, les cuisses postérieures dépassant beaucoup l'abdomen. Celui-ci est vert, caréné en dessus, bordé latéralement de jaunûtre, les styles longs, fortement dépassés par les cerques ; l'oviscapte de la femelle plus long que l'abdomen, droit, plus large à la base. Il y a, mais rarement, des sujets entièrement jaunes, et même d'un jaune brunâtre, d'autres jaunâtres seulement aux antennes et aux pattes. La Grande Sauterelle verte est commune et habite toute l'Europe, sauf la Laponie. On la trouve aussi en Sardaigne et dans l'Afrique boréale, avec des sujets plus grands que ceux de l'Europe moyenne et septentrionale. Elle est très-commune dans toute la France et la Belgique dans les champs et les prairies. Le mâle émet une stridulation très-aiguë avec de trèscourts intervalles, après le coucher du soleil et dans la nuit. L'insecte vit sur les arbres, les arbustes, dans les prés, dans les vignes, les champs couverts de pommes de terre, sur les dunes, ete., plutôt des plaines que des montagnes, et se trouve adulte, au nord de la Loire, du milieu d'août à la fin de septembre, la larve se rencontrant dès le mois de juin. Bien que M. Bremi dise avoir quelquefois vu cette espèce dévaster le Pin laricio, cependant, au témoignage de M. Ratzeburg, elle n’est pas nuisible aux forêts, et M. de Sélys-Longchamps la regarde comme ne portant aucun dommage aux récoltes. Je suis porté à croire qu'elle est aussi carnassière que phytophage. Ainsi M. Westwood rapporte avoir vu un L. viridissima, renfermé dans une boite, qui mangea une de ses pattes cassée par accident. M. de Milly cite cet insecte comme un des ennemis qui s’opposaient en 1873, dans les Landes, à l'éducation des chenilles du Ver à soie de l’Ailante, et a observé qu'il les mangeait ; il aurait ainsi le double régime de la Courtilière et du Grillon champêtre. Nous représentons l'appareil stridulant de la Grande Sauterelle verte, situé à la base des élytres (pl. Lxui, fig. 44, partie basilaire de l’élytre droite du mâle vue du bord supérieur; 41 4, partie basilaire de l’élytre gauche du mâle, vue du bord inférieur).
Une espèce très-voisine, paraissant préférer les lieux élevés, à stridulation plus aiguë, vivant sur les arbres et les arbustes, est le L.cantans, Fuessly. La taille, de 26 à 28 millimètres, est un peu plus petite que celle de la Grande Sauterelle verte, à laquelle elle ressemble beaucoup, les élytres subovales, larges, avec le champ anal du mâle très-large, les styles égalant en longueur les cerques, l'oviscapte de la femelle subdroit, presque de la longueur du corps. On trouve l’insecte par places, dans l’Europe médiane et boréale ; dans les Pyrénées, à Gavarnie (Rambur); en Suisse, dans le canton de Vaud (Yersin); dans la forêt Noire, en Saxe, dans le Holstein, en Bohême ; en Autriche, près
de Vienne, mais beaucoup plus rare que L. viridissima ; dans la Silésie supérieure, au sein des champs de pommes de terre, dans les forêts feuillues, sur les arbres coupés, souvent pendu aux Bouleaux; dans la Russie méridionale, en Sibérie, etc. Citons encore L. caudata, Charp., de l’Europe orientale, arrivant en Bohême jusqu'à Prague, mais rare; dans la Bavière méridionale, la Silésie supérieure, la Pologne, la Hongrie.
Un genre voisin des Locusta et des Decticus est celui des Pterolepis, Rambur, constitué avec des Locustiens des montagnes de l'Europe méridionale, ayant le pronotum à peine caréné postérieurement, le prosternum muni de très-courtes épines, le mesosternum non lobé et cependant plus profondément excisé que le metasternum; les élytres abrégées, squamiformes ; les ailes nulles; les jambes antérieures ayant en avant trois épines, les cuisses postérieures fortement épaissies, avec une carène intérieure épineuse. Le type est le P. pedestris, Fabr., dont la couleur est d’un brun grisâtre, avec les élytres brunes, plus petites chez les femelles, réticulées de blanc postérieurement, subincombentes dans les deux sexes, les quatre pattes antérieures annelées de noir, long de 16 à 18 millimètres, avec un oviscapte chez la femelle d'environ 145 millimètres. Cet insecte ressemble beaucoup, au premier abord, d'aspect et de taille, au Dectique aptère ou Thammnotrizon cinereus, mais s’en distingue par un front blanc} ponctué de noir, un vertex plus prolongé, un pronotum plus étroit, un prosternum épineux, et les cerques singuliers du mâle qui sont déplanis et à trois pointes, et l’oviscapte droit de la femelle, presque de la longueur du corps. On le trouve dans le Piémont, le long des Alpes ; près de Vienne, dans les prairies et les buissons, assez commun dans les bois et les champs, surtout le mâle, à la fin de l’été et en automne; enfin dans la Suisse méridionale. On l'a capturé à Domo d’Ossola, non loin de Genève, et, d’après cela, nous engageons à le rechercher en France. Dans un autre genre peu éloigné, Gampsocleis, Fieber, à lobes recourbés du mesosternum, nous citerons le G, glabra, Herbst, ressemblant au premier aspect au Decticus verrucivorus, à cause de la peinture des élytres, mais beaucoup plus petit, à peine plus grand que le Decticus griseus. C'est une espèce rare, habitant l'Europe orientale, dans les buissons, ainsi près de Berlin, de Spandau, de Charlottenbourg, dans la Silésie supérieure; près de Francfort-sur-l'Oder, à Lunebourg, en Bohême, dans la Russie méridionale.
Les genres de Locustiens qui vont suivre ont le prosternum mutique, le faîte du vertex ample, contigu transversalement au tubercule du front ; les cuisses postérieures très-épaissies à la base ; les jambes postérieures munies d'épines mobiles, longues, courbées, ce qui indique des insectes fortement sauteurs.
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DECTICUS, Aud..-Serv. — Corps grand, médiocre ou petit, lisse. Tête grosse, mutique, à front renflé entre les antennes ; antennes capillaires, sétacées, multi= articulées, au moins de la longueur du corps, à premier article gros et court, le second peu visible ; yeux grands, subaplatis ; mandibules très-fortes. Élytres, ou parfaitement développées, plus longues que l'abdomen, avec organe stridulant sur chacune chez le mâle, le miroir de l’élytre droite transparent, ou élytres abrégées, mais non squamiformes, conservant la même disposition des nervures ; ailes, ou parfaitement développées, assez amples, hyalines, subégales en longueur aux élytres, ou plus ou moins abrégées, abortives, inutiles au vol, Les quatre pattes antérieures assez courtes, à cuisses mutiques, bicarénées en dessous ; les jambes antérieures à tympan recouvert, avec trois ou quatre épines externes en avant, les intermédiaires avec des épines internes et extermes en avant, les cuisses postérieures très-allongées, renflées à la base, puis subite ment atténuées vers le milieu ; les jambes postérieures quadricostées, épineuses, ayant au sommet six forts calcars divergents et crochus ; tous les tarses subcomprimés, le premier article des postérieurs ayant en dessous deux appendices libres divergents. Abdomen lisse, glabre, le plus souvent avec des appendices poilus ; cerques du mâle souvent dentés en dedans, ayant toujours, ainsi que les plaques supra-anale et subgénitale, une forme diagnostique et spéciale dans chaque espèce; la plaque subgénitale du mâle munie de styles ; oviscapte de la femelle lisse, tantôt ensiforme et subdroit, tantôt court et sub falqué. ;
Les Dectiques vivent dans les champs gazonnés et arides, dans les déserts, avec une stridulation assez variée et un saut très-agile. Les espèces à long oviscapte droit pondent dans des creux en terre; celles à oviscapte mince et falqué glissent probablement leurs œufs sous des plantes, sous divers corps. Les espèces du genre habitent les régions tempérées d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique.
Un premier sous-genre, Platycleis, Fieber, a l’ocelle médian du front peu apparent, le pronotum rétréci en dessus, avec des carènes latérales subdistinctes, l'intermédiaire bien distincte en arrière, terminée vers le milieu par une impression lyriforme. Les élytres et les ailes sont ou bien complétement développées dans tous les sujets des deux sexes de la même espèce, ou bien, plus souvent, les élytres, dans la plupart des individus d’une espèce, et surtout les femelles, sont raccourcies, mais non squamiformes, et les ailes sont aussi avortées, avec quelques rares sujets où les élytres et les ailes ont le développement normal. Les deux jambes antérieures ont en avant trois épines, les cuisses postérieures sont mutiques en dessous et l’oviscapte lisse au sommet. Les larves de ce sous-genre se distinguent de celles du suivant en ce que la carène du pronotum est tronquée au milieu. Citons d’abord des espèces dont tous les sujets ont les organes du vol bien développés. Le D. ou P. griseus, Fabr., a le corps (longueur dans les deux sexes environ 18 millimètres, et oviscapte de 8 millimètres) d’un hrun grisâtre ou testacé, rarement
verdâtre, plus pâle sur la tête et le milieu du pronotum; le élytres plus longues que l'abdomen dans les deux sexes, avec une bande médiane de macules interrompues par du blanc; la base des ailes et le ventre subverdâtres ; les cuisses postérieures avec des bandelettes noires ; la plaque supra-anale du mâle subconcave, excisée, poilue, avec des cerques unidentés au milieu, la plaque subgénitale du mâle munie ‘de styles égalant les cerques ; l’oviscapte de la femelle un peu plus court que l'abdomen, excisé au sommet, subfalqué, de couleur marron, pâle à la base. Chez les nymphes, les fourreaux roussâtres des ailes offrent deux grandes macules, l’une à la base, l’autre vers le sommet: cette peinture, déjà observée par de Charpentier, paraît propre aux nymphes de diverses espèces de Dectiques, et se voit aussi chez le Dectique verrucivore. Le Dectique gris est une espèce commune dans presque toute l'Europe, existant en Italie, en Andalousie sur les montagnes élevées; dans toute la France, avec des sujets de plus grande taille dans le Midi, ainsi près de Montpellier {Rambur) et de Château- Gombert (Solier) ; ainsi qu'en Sicile et dans la Russie méridionale. L'espèce se trouve dans toute l'Allemagne, commune en Belgique au mois d'août sur les dunes, près de Blanckenberghe, au milieu des buissons d'Hippophaës, et sur les montagnes près de Dinant; en Angleterre, en Russie, en Suède (sauf la Laponie). Une plus petite espèce, le D. ou P. tessellatus, Charp. (pl. rx1r, fig. 8, plaque subgénitale du mâle avec styles; 8 a, extrémité de l'abdomen de la femelle, avec cerques et oviscapte de profil), long dans les deux sexes d'environ 12 millimètres, avec l’oviscapte de la femelle de 4 millimètres et plus, et d’un gris testacé: marqueté de brun, avec une ligne brune en dessus des yeux, le pronotum concave en dessus des yeux, les élytres étroites, plus longues que l'abdomen, avec une série de losanges noirs séparés par des nervures blanches, les ailes presque égales aux élytres, subdiaphanes, la plaque suranale du mâle très-excisée et poilue, avec les cerques dentés en dedans, la plaque subgénitale du mâle tricostée, non avancée, l’oviscapte de la femelle très-court, falqué, de couleur marron. L'espèce est méridionale, de Portugal, d'Italie, à la fin de juillet et au commencement d'août, de Sicile près de Messine, dans les gazons arides et les Chardons des collines du midi de la France, remontant jusqu'aux environs de Paris (Aud.-Serv., L. Bris. de Barn.)
Le sous-genre Platycleis a d’autres espèces dont les élytres sont le plus souvent raccourcies dans les deux sexes et les ailes avortées, les unes et les autres étant parfaitement développées dans un petit nombre de sujets seulement. Nous citerons le D. ou P. bicolor, Philippi, espèce plus petite que le D. griseus, surtout plus étroite en avant, de 14 à 16 millimètres, et l'oviscapte de 6 millimètres, vert, avec le dessus de la tête, du pronotum, des élytres et de l'abdomen d’un brun testacé ; les élytres du mâle sont presque de la longueur de l’abdomen, acuminées ou tronquées, celles de la femelle à peu
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près moitié plus courtes. On trouve très-rarement des individus des deux sexes ayant les élytres et les ailes bien développées et beaucoup plus longues que l'abdomen. C’est une espèce de l'Europe moyenne assez commune par places : ainsi en Belgique, dans les prairies montagneuses, à la fin de juillet, en août et septembre; dans le midi de la France, près de Bagnères, dans les lieux insolés (Rambur)
près de Fribourg en Brisgau, dans les endroits incultes et gazonnés, les femelles presque du double plus épaisses que les mâles; près de Vienne, de Berlin, en Bavière orientale, dans les coupes de bois ; dans les prairies de montagnes de la Sibérie; en Russie méridionale, près d'Orenbourg. Le mâle stridule très-doucement et presque toute la journée, d'une manière continue, mais pas aussi rapidement que le D. brevipennis, et l’on peut suivre plus aisément à l'œil les mouvements de friction des élytres. Le dos plus étroit et la forme des appendices anaux distinguent cette espèce de la variété du D. brevipennis munie de lobes verts au corselet. Cette seconde espèce, D. ou P. brevipennis, Charp., très-analogue par la taille à l'espèce précédente, et surtout quand les côtés du corselet sont verts, se reconnait à son dos plus large, à la plaque suranale du mâle excisée arrondie au milieu, avec des cerques dentés en dedans, près du milieu, la plaque subgénitale courte dans les deux sexes, profondément bilobée chez la femelle, l'oviscapte de celle-ci presque moitié plus court que l'abdomen, subfalqué. Le corps est lisse, d’un brun luisant, un peu jaunâtre ou verdâtre; les élytres d’un brunâtre corné dans les deux sexes, celles du mâle un peu plus courtes que l'abdomen et tronquées, arrondies au sommet, celles de la femelle moitié plus courtes, ayant dans les deux sexes, vers la base, sur la nervure costale, une ligne jaunûtre, les ailes avortées dans les deux sexes. De très-rares sujets des deux sexes ont les élytres et les” ailes bien complètes, plus longues que l'abdomen, et ayant alors les nervures radiées des ailes noires (fausse espèce D. dilutus, Charp.), et l'on trouve des individus de passage. Europe médiane et boréale : Suisse, sur le Saint-Gothard, à la fin de juillet; environs de Berne et de Bâle ; France, près de Paris (Rambur); en Allemagne, Fribourg en Brisgau, Ratisbonne, Prague, Berlin, Silésie supérieure; Russie, près d'Orenbourg ; Suède, Danemark, Angleterre. On n’a pas observé cette espèce près de Vienne, ni en Belgique. Elle se trouve à la fin de juillet et en août dans les gazons, les prairies de plaines, de bois et de montagnes, dans les champs, surtout de blé et d'avoine. Les mâles stridulent trèsfortement et continuellement, et leurchœæur se distingue à distance pour une oreille attentive; les élytres frottent l’une contre l’autre tellement vite, qu'elles paraissent dans un véritable tremblement, et qu'on peut à peine suivre à l’œil leurs mouvements séparés, comme il était loisible de le faire sur le D, bicolor. Une troisième espèce du même groupe, surtout des montagnes, est le D. ou P. brachypterus, Linn., d’un brun de poix, ou grisâtre; à tête grise ou verte, avec une bande noire de
chaque côté au-dessus des yeux; le dos du corselet subétroit, gris ou vert; à flancs fauves, plus pâles au bord postérieur, la poitrine, les hanches etle ventre jaunâtres; les élytres dans les deux sexes un peu plus longues que la moitié de l'abdomen, vertes aux bords antérieur et postérieur, parfois toutes grises, à nervures médianes noires, avec des taches noires ; les ailes avortées, étroites, plus courtes de moitié que les élytres. Très-rarement les élytres et les ailes sont parfaitement développées et plus longues que l'abdomen. Les pattes sont ferrugineuses, avec stries noires ; les cuisses postérieures ferrugineuses ou vertes, avec une bande longitudinale noire aux faces interne et externe, pouvant disparaitre. L'abdomen est d'un brun de poix verdàtre en dessus, la plaque suranale du mâle à angles aigus, dressés et les cerques dentés vers le milieu, la plaque subgénitale du mâle allongée, peu excisée dans les deux sexes ; l'oviscapte de la femelle subégal en longueur à l'abdomen, subfalqué, d’un brun chätain, testacé à la base. L'espèce, de l’Europe médiane et boréale, va de la Suisse à la Laponie, surtout sur les hauteurs; adulte de juillet à octobre. On la capture en Suisse, près d'Unterwald; en France, par places; en Belgique, sur les Bruyères de Charleroi; à Spa, dans les clairières des bois, au milieu de la Bruyère et des Vaccinium Vitis idæa, peu agile et ne grimpant pas sur les buissons; assez commune en Angleterre (Stephens); rare près de Fribourg en Brisgau, sur les montagnes de 1000 mètres d'altitude et plus; dans les gazons, les Bruyères, les Vaccinium, près de Ratisbonne et d’Erlangen, en Bavière; dans les prairies élevées de la Silésie supérieure, dans le Hanovre, près de Lunebourg, en Saxe, dans la forêt Noire (duché de Bade); dans la Russie méridionale, près d'Orenbourg etKharkoff, et aussi au nord dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg ; en Danemark, en Suède, dans ‘la Laponie forestière, çà et là en août, jusqu’à Karesuando, et surtout la variété obscure (Zetterstedt) ; ne paraît pas avoir été observée aux environs de Vienne ni de Berlin.
Lesecond sous-genre des Dectiques, les Decticus propres, offre le corps grand, l'ocelle médian du front bien apparent, le faite du vertex trèsobtus, les carènes latérales du pronotum bien distinctes, sa carène médiane entière, ayant au milieu une impression en figure de lyre. Les élytres et les ailes sont toujours parfaitement développées, égales en longueur à l'abdomen, ou plus longues, rarement plus courtes; les deux jambes antérieures munies de quatre épines, les cuisses postérieures ayant en dessous quelques très-courtes épines; l’oviscapte de Ja femelle assez droit, non lisse au sommet, mais rugueux plutôt que réellement denticulé. Le type de ces vrais Dectiques est le D. verrucivorus, Linn., la Sauterelle à sabre de Geoffroy, long de 28 millimètres à 80 millimètres, avec oviscapte de 18 à 22. Les antennes, de la longueur du corps, sont brunes, souvent plus päles à la base. Les élytres, dans les deux sexes, sont subégales à l'abdomen ou plus longues du double. M. de Sélys-Longchamps rapporte notamment avoir pris dans les dunes
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d’Ostende de ces sujets à grands organes du vol. Les élytres sont unicolores ou maculées de brun, avec une bande pâle souvent obsolète en dedans du bord antérieur; le champ anal du mâle est entièrement hyalin à l’élytre droite, opaque dans l’élytre gauche, avec l'aire spéculaire angulée, non pellucide, rugueuse ; le même champ dans la femelle rugueux aux deux élytres. Les ailes sont un peu plus courtes que les élytres, subhyalipes, verdâtres à la base, rarement munies de nervures radiées vertes. En France et en Belgique du moins, nous trouvons deux variétés principales de couleur : chez l’une, la couleur verte domine, et une sous-variété de cette nuance a les élytres non tachetées ; chez l’autre variété, le vert est remplacé par du gris brun, passant à une nuance rosée chez une sous-variété. Les deux variétés principales ont des individus de passage de l’une à l’autre. Les cuisses postérieures, marquées d’une bande brune, et un peu épineuses sous le milieu, dépassent beaucoup le corps et sont très-épaisses à la base; la plaque subgénitale du mâle est largement excavée au milieu, profondément excisée et angulée de chaque côté; les cerques du màle avec une forte dent interne ; l'oviscapte de la femelle égal en longueur à l’abdomen ou plus long, lisse, subdressé et aigu vers le sommet, avec une rugosité à peine visible.
Ce grand Locustien a des mandibules d’une telle force, qu’elles entament la peau jusqu'au sang. Les paysans suédois saisissent exprès cet insecte et lui font mordre les verrues qu'ils ont souvent sur les mains, pensant que la liqueur âcre et brune que ce Dectique répand en même temps dans la plaie fait sécher et disparaitre les verrues. Aussi dans l’épithète spécifique Linnæus n'a fait que traduire le nom suédois vulgaire, ronge-verrues. Cet insecte vole rarement et avec lourdeur, se posant presque aussitôt. Si on le jette en l'air, tantôt il retombe sans étaler ses ailes, tantôt les déploie en parachute. La femelle pond ses œufs en terre, en y enfonçant son oviscapte jusqu'à la base, à angle droit avec le corps. (Voy. Ræsel, t. IE, pl. 8, où cette ponte est figurée.)
Le mâle, outre quelques sons isolés destinés à attirer les femelles, produit une stridulation presque continue , exactement observée par de Geer, Il a très-bien remarqué, sur l’élytre droite, le miroir, ressemblant, dit-il, à un morceau de talc, et a vu que le frottement n’a pas lieu sur ces membranes mêmes des élytres, mais sur les nervures voisines; qu'il en résulte une espèce de vibration ou de trémoussement de la membrane, qui donne au son une résonnance qui l’augmente, Le Dectique verrucivore se trouve dans presque toute l'Europe, depuis la Calabre ultérieure (Petagna) jusqu'à la Laponie (Zetterstedt). Il est assez commun en été dans les champs, les herbages, les prairies, des plaines à la région alpine (2000 mètres). On le trouve depuis la fin de juillet jusqu’en septembre dans les dunes des côtes du nord de la France et de la Belgique. Il parait manquer dans quelques parties de l'Europe australe, comme l'Andalousie et la Grèce, où il est remplacé par l'espèce
suivante, le D. albifrons, Fabr., de plus grande taille, ayant 34 à 36 milmètres de long, avec l'oviscapte de la femelle de 20 à 24 millimètres; d'un gris pâle ou jaunâtre, très-lisse, les organes du vol dans les deux sexes dépassant d'ordinaire beaucoup l'abdomen; les élytres élégamment variées de brun et de blanc; les ailes pellucidées, de la longueur des élytres, parfois abrégées chez les femelles, à nervures testacées ; l'oviscapte subégal en longueur à l'abdomen, rugueux au sommet, brun, denté au bord. L'espèce varie en taille et en distribution de couleurs ; il y a des sujets où le blanc prédomine, d’autres, plus rarement, où c’est le brun. Ce Dectique est commun dans l'Europe méridionale ; se trouve dans le midi de la France, ainsi près de Montpellier; en Italie, en Espagne, dans la Russie méridionale, le Caucase, à Madère, en Algérie dans les champs, lors des récoltes. La femelle perce facilement la terre avec son oviscapte rugueux, et le retire après le dépôt de chaque œuf; elle bouche ensuite le trou creusé, et foule le sable au-dessus. C'est pourquoi les œufs qui, récents, sont noirs, paraissent gris dans la terre, et se trouvent dans l’humus à intervalles distants les uns des autres. Le D, monspeliensis, Rambur, paraît n'être qu'une variété à élytres plus courtes que l'abdomen.
THAMNOTRIZON, Fisch. de Fr.— Tête épaissie, un peu déclive; vertex élargi entre les antennes, et un peu rétréci en avant vers le front; antennes plus longues que le corps. Pronotum à carènes latérales obsolètes, l’intermédiaire nulle ou à peu près; prosternum transverse, bordé; mesosternum et metasternum fortement excisés en arrière, à lobes trigones, aigus, dressés. Elytres squamiformes, abrégées, convexes et très-incombentes chez le mâle, recouvrant moitié ou plus de l’abdomen, amples, bien nervulées et aptes à striduler ; celles de la femelle latérales, planes, contiguës ou espacées entre elles, arrondies, peu proéminentes sous le pronotum; ailes nulles ou en rudiments exigus dans les deux sexes. Pattes médiocres, à courts poils, les quatre cuisses antérieures mutiques ; les deux jambes antérieures à tympan recouvert, avec trois épines externes en avant, les jambes intermédiaires ayant en avant quelques épines ; les cuisses postérieures très-dilatées et renflées à la base, subitement atténuées vers le milieu, mutiques ou très-peu épineuses ; les jambes postérieures grèles et épineuses, et le premier article des tarses ayant à sa base deux courtes pelotes libres. Abdomen épais, subcaréné postérieurement ; cerques poilus, de longueur variée chez le mâle, filiformes ; plaque subgénitale du mèàle munie de styles; oviscapte de la femelle tantôt subdroit, ensiforme, tantôt en faucille.
Chez les espèces de ce genre, la femelle est souvent deux fois plus grande que le mâle; les élytres des nymphes mâles dépassent un peu le pronotum, sont planes, non encore réticulées, cependant déjà subincombentes. Les espèces de Thamnotrizon sont d'Europe et peut-être d'Asie. Elles se trouvent dans les buissons, les lieux incultes, au bord des bois, dans les coupes de bois, etc.; elles sautent bien, et les mâles
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stridulent. Les femelles, muettes, paraissent plus nombreuses que les mâles.
Le type du &enre est le T. cinereus, Zetterst., long de 142 à 15 millimètres chez le mâle, la femelle de 15 à 16,avec oviscapte de 10 millimètres. Ce Locustien est d'un gris foncé, marbré de fauve chez le mäle, ayant dans ce même sexe les flancs du pronotum et la bande externe des cuisses postérieures noirs, le pronotum rebordé partout, les élytres du mâle de la largeur du corselet et plus longues que la moitié de sa longueur, le disque nuancé de noir et le bord externe de cette couleur, avec les nervures blanches, celles de la femelle formées de deux petites écailles éloignées l’une de l’autre, ne dépassant le corselet que d’un millimètre. Les ailes sont nulles, les pattes grises, marquées de fauve. L’abdomen est d’un gris brun, jaune en dessus sur le vivant, la plaque suranaledu mâle sillonnée et subexcisée, à cerques poilus, droits, atténués vers le sommet, avec une dent interne à la base, ceux de la femelle plus courts, subulés ; la plaque subgénitale du mâle est ample, jaunâtre, tricostée, à styles courts, subentière chez la femelle, l’oviscapte de celle-ci large, comprimé en faucille, d'un brun testacé ou châtain, plus pâle à la base. Cette espèce, assez petite, est de l'Europe médiane et boréale, fréquente de juillet à septembre dans les vergers, les coupes de bois, les éclaircies, les lieux insolés, les bruyères, les forêts de Conifères, les bords des bois. Le mâle est plus rare que la femelle et l'appelle, caché sous les feuilles, pendant la soirée ou le jour, par des sons brefs (ss, tss, tss), et, moins souvent, avec une stridulation plus continue, presque plaintive, à la façon des Dectiques (tssssss, issssss), On le trouve dans les Alpes de la Suisse à la fin de juillet; dans la plus grande partie de l'Allemagne; en France près de Paris (Rambur yapris les deux sexes en septembre); en Belgique en automne, dans les bois, les broussailles, les lieux arides (Wesmael) ; en Angleterre, mais rare (Stephens); en Danemark (Schiôdte), en Suède (Zetterstedt, de Borck), en Laponie (Zetterstedt); non encore observé près de Berlin, ni en Russie.
Une espèce plus méridionale et plus grande, de 18 à 20 millimètres, 23 chez certaines femelles, avec oviscapte de 19 millimètres, est le T. apterus, Charp., d'un brun noir chez le mâle, d’un brun châtain ou d'un gris testacé chez la femelle, la face maculée de jaune et de noir, le pronotum noir sur les côtés chez le mâle, avec le limbe postérieur jaune-soufre ou gris, gris ou ferrugineux chez la femelle, avec une tache noire avant le bord postérieur blanc, la poitrine jaune. Les élytres du mâle, de la largeur du corselet, sont subconvexes, testacées, à nervures réticulées, à bord externe noir, ayant la moitié de la longueur de l'abdomen, celles de la femelle plus petites, plates, ne débordant le corselet que de 2 millimètres; les cuisses postérieures jaunes en dessous et noires à l'extérieur ; l'abdomen brun chez le mäle, gris ou châtain chez la femelle, jaune en dessous chez le mâle; les cerques du
male longs et grèles, un peu courbes, ceux de la femelle subitement subulés au bout ; l'oviscapte large, à peu près droit, presque de la longueur du corps. L'espèce est de l'Europe méridionale, Provence, Piémont, Alpes tyroliennes, helvétiques et rhétiques. Une variété mâle, chez qui, à la couleur noire s’est substituée en majeure partie la couleur brun grisâtre de la femelle, forme le T. (Pterolepis) Ramburi, Aud.- Serv., du midi de la France. On rencontre encore en Provence, à Trieste, en Hongrie, dans le Caucase, le T. Chabrieri, Charp., et il y a encore plusieurs autres espèces du midi et de l’orient de l'Europe.