‹ Les insectesChapitre 110 sur 119 · SCOLIA · texte numérisé non relu

SCOLIA

Les Triscolia présentent trois cellules cubitales fermées. Dans le sroupe de ce sous-genre, où la troisième cellule cubitale est angulée postérieurement et la seconde plus ou moins pétiolée vers la radiale, nous trouvons une grande et belle espèce, des environs de Montpellier, Cette et Narbonne, aimant à butiner sur les fleurs de l’Oignon comestible, de Marseille, d'Hyères, d'Espagne, d'Italie, d'Algérie, où elle abonde partout pendant le printemps et l'été, du Maroc. Cette espèce est S. flavifrons, Fabr. (syn. hortorum, Fabr.) ; long. de la femelle, 40- 45 millimètres; du mâle, 25-30 millimètres ; longueur de l'aile, 47-28 millimètres. La tête de la femelle est noire, avec le front et le vertex jaunes, parfois noirs, par variation; les antennes sont noires, le corselet noir, le milieu de l’écusson portant deux taches jaunes presque réunies en une. L’abdomen est noir, avec une petite fossette sur la base dorsale du premier segment, remplacée par un tubereule chez le mâle. Les segments 2 et 3 ont deux taches jaunes de chaque côté, ou une bande jaune interrompue, parfois continue sur le premier segment. Les ailes sont ferrugineuses, jaunâtres à la base et suivant la côte, la partie postérieure avec un reflet violet, les nervures brunes. Les pattes sont noires ; le poil de tout le corps et les pattes noires. Le mâle a la tête et l’écusson entièrement noirs, le reste comme chez la femelle. Les ailes sont fréquemment subhyalines, et, dans une variété, le second segment abdominal est bimaculé ou immaculé, et le sixième, hérissé de poils fauves.

D’après L. Dufour, cette grande espèce typique présente deux ganglions nerveux thoraciques et cinq abdominaux. Un œsophage très-délié aboutit à un jabot membraneux, ovoide et lisse, suivi d’un estomac contourné et cylindroïde, avec rides musculaires nombreuses, hérissé de très-courtes papilles, au bourrelet terminal duquel s’insèrent une vingtaine de tubes de Malpighi, simples, non rameux, repliés et entortillés. Un intestin grêle, filiforme, lisse et flexueux, se termine par un rectum à six rubans musculaires. Le mâle offre deux testicules, munis chacun d'une vésicule séminale ovoiïde plus grande que lui, et les deux ovaires de la femelle sont chacun à trois tubes ovigères. Le réservoir du venin, alimenté par deux tubes filiformes et flexueux, s’abouchant de chaque côté vers son milieu, déverse son produit dans un aiguillon corné, brunâtre et arqué, armé latéralement de dents imperceptibles, dirigées d’avant en arrière (1).

Les mœurs de cette Scolie ont été étudiées par Passerini, à Florence (2). Les femelles de la Scolie des jardins pénètrent profondément

(4) L. Dufour, Recherches anatomiques sur les Scolies et sur quelques autres Hyménoptères (Journal de physique, septembre 1818).

(2) D' C. Passerini, Osservaziont sulle larve, ninfe, e abitudini della Scolia flavifrons. Br. in-4°, Pise, 4840, avec 4 pl. — Continuuzione delle osservaziont

sulle larve di Scolia favifrons, Br. in-4°, Florence, 4841, avec 4 pl.

dans la tannée des couches et des serres, où abondent les grosses larves de l'Oryctes nasicornis (Coléoptères, Scarabéiens). La Scolie colle un œuf cylindrique, arqué, jaunâtre et transparent, au-dessous du corps, médianement, entre les cinquième et sixième anneaux d’une larve d'Oryctes bien développée et prête à s’entourer de sa coque terreuse. L'œuf éclôt, et la larve de la Scolie ne cesse de dévorer celle de l'Oryctes, toujours collée à sa face ventrale, la tête toujours engagée dans ses chairs, le corps placé en sens inverse de celui de la larve du Coléoptère. La larve de la Scolie, apode, d’un blanc de lait, à tubercules latéraux charnus, acquiert tout son développement (44 millimètres) en huit jours environ, et se file alors un cocon double de soie brunâtre, à deux couches. Elle se dépouille dans ce cocon d’une mince pellicule, qui reste racornie et rejetée au fond, devient nymphe, puis adulte, devant ronger le double cocon soyeux et déblayer la terre pour sortir. La larve vorace de la Scolie n’a respecté que les excréments et la peau de la larve de l’Oryctes, qui présente une fente ventrale, due aux mandibules de la larve de la Scolie. Cette peau, flasque et vide, reste dans la coque terreuse du Coléoptère, collée et aplatie au dehors de la double coque soyeuse de la Scolie, entre celle-ci et la coque de terre, de sorte que le cocon de la Scolie a pour points d'appui de ses fils et la coque terreuse et la peau de la larve d'Oryctes.

M. Marquet cite cette Scolie comme parasite carnassier des larves de Phyllognathus Silenus, et M. H. Lucas a vu qu’en Algérie elle attaque de la même manière, outre les larves de l'Oryctes nasicornis, celles de l'Oryctes Grypus, qui vivent dans le terreau des vieilles souches de Chène-liége en décomposition. Coquerel a désigné sous le nom d’Oryctophaga une Scolie de Madagascar, dont la larve vit parasite de celle de l'Oryctes Simiar (1).

Il est probable que les mœurs des autres Scolies sout analogues et qu'elles dévorent des larves de Lamellicornes. On s’explique ainsi leurs instruments fouisseurs puissants, car les Scolies doivent souvent fouiller profondément pour atteindre ces larves en terre et pour regagner, après l'éclosion des adultes, la surface du sol. Pusserini a observé les larves d'une autre espèce beaucoup plus petite, qu’il suppose être S. hirta, Schrank, trouvées au fond d’un pot à fleur, en hiver, enfermées chacune dans une double coque soyeuse, à laquelle adhérait extérieurement une peau vide d'une larve qu'il n’a pas déterminée.

On assure aussi que cette espèce a été vue entrant dans un trou, au fond duquel était une grande Sauterelle, probablement le nid de quelque Sphégien.

Nous devons ajouter aux Triscolia deux espèces du midi de l’Europe et de l'Algérie, S. hæmorrhoidalis, Fabr. (syn. erythrocephala, Klug non Fabr.), probablement variété constante de S. flavifrons, ayant le

(1) Ann. Soc. entom. France, 3° série, 1855, t, IL, p. 173, pl. 40.

LLIS. 9S5

pronotum et le bout de l'abdomen couverts de poils roux, et S. bidens, Linn (syn. bimaculata, Fabr.), de 20 à 30 millimètres, les segments 2 et 3 de l'abdomen ayant chacun deux taches jaunes.

Le sous-genre Discolia n'a que deux cellules cubitales fermées. Parmi les espèces ayant les ailes jaunâtres ou ferrugineuses, souvent subenfumées au bout et à reflet violet, l'abdomen orné de bandes ou de taches jaunes, nous citerons : S. quadripunctata, Fabr., petite espèce de 15 à 20 millimètres, l'abdomen ayant de chaque côté deux taches comme deux gouttes d'un jaune de soufre, parfois en tout deux points jaunes seulement, ou au contraire six ou huit; espèce commune dans la moitié méridionale de l'Europe, déjà observée par Latreille près de Paris, où elle est assez commune, mais dans des localités très-restreintes. Je l’ai prise pendant plusieurs années, en juin, butinant sur les fleurs, dans la lande de Champigny, endroit rocailleux, aride, fortement insolé. Elle est très-commune dans tout le Languedoc, surtout sur les Eryngium, et commune en Corse; aussi du Caucase (avec taille plus grande), d'Allemagne, d'Espagne, d'Italie, d'Albanie, d'Algérie, près d'Oran, d'Égypte, de Syrie, etc.

D’autres Discolia ont les ailes entièrement noires ou brunes, avec reflet violacé, n'ayant ni la côte ni la base ferrugineuse. Ex. : S. Maura, Fabr., espèce toute noire, de l'extrême midi de la France, de Sicile, de Sardaigne, de toute l'Afrique septentrionale, d’Abyssinie, du Sénégal. Il y a dans cette division des espèces à abdomen jaune en dessus, sur les segments 2 et 3. Leur type est S. hirta, Schrank (syn. bicincta, Rossi, bifasciata, L. St-F., non Rossi), très-commun dans tout le Languedoc, sur les Ombellifères, les Eryngium, etc.; de toute l'Europe méridionale, d'Algérie, de Syrie, etc. Autrefois, au dire de Latreille, il se rencontrait près de Paris; mais ses localités ont sans doute été détruites par l'invasion des constructions.

ELIS, Fabr. (syn. par parties, CoLpa, L. S'-F., CAMPSOMERIS, L. S'-F.), — Aïles supérieures offrant deux nervures récurrentes libres, atteignant toutes les deux la seconde cellule cubitale; trois ou deux cellules cubitales. Dans certaines espèces (Col/pa), épines des jambes postérieures spatuliformes. Les autres earactères des Scotia.

MM. de Saussure et Sichel ont divisé ce genre, comme le précédent, en Trielis, à trois cellules cubitales fermées, et Dielis, à deux seulement. Les Trielis ont plusieurs espèces de l'extrême midi de la France et d'Algérie : ainsi, Æ. seæmaculata, Kabr., villosa, Fabr., ou Colpa continua, L. St-F. Les Dielis nous présentent : Æ. collaris, Fabr., ou Campsomeris ruficollis, L. S'-F. (syn. senilis, Fabr., canescens, L. S'-F.); E. ciliata, Fabr. (syn. Colpa aurea, L. S'-F.), à ailes jaunes, à corps tout couvert de poils roux dorés, espèce très-commune dans toute l'AIgérie, en hiver et au printemps, sur l’Asphodèle rameux.

L'Amérique méridionale, même jusqu'au nord de la Patagonie, offre beaucoup de Dielis.

Il y a également des espèces australiennes, dont le type est l'E. formosa, G. Mén. (pl. rxxv, fig. 10, femelle, à mâchoires et lèvre inférieure avec sa languette et les paroglosses), espèce commune en Australie, également de Tasmanie, de la Nouvelle-Calédonie, de la Nouvelle-Irlande. Sa longueur est de 24 à 28 millimètres, l’aile de 15 à 17; elle est noire, à poils roux, les antennes et les pattes en partie rousses, les ailes jaunes, l'abdomen à franges rousses, terne et soyeux en dessus, avec quatre larges bandes orangées ou jaunes, et six chez le mâle.

TIPHIINES.

Yeux entiers, atteignant la base des mandibules. Pronotum plus étroit que le mesonotum; écailles grandes. Ailes inférieures avec un lobe basal grand. Jambes épineuses, les intermédiaires avec un seul calcar. Abdomen ayant le second segment ventral déprimé transversalement.

Les Tiphiines offrent les seules Scoliides des régions froides par le genre Tiphia, Fabr. (syn. en partie, Bethylus, Panzer, pour les femelles). Ce genre se distingue par les ailes courtes, l'abdomen pédonculé et les pattes épaisses, à cuisses élargies et comprimées, surtout dans les femelles; les jambes intermédiaires et postérieures très-épineuses, les tarses à bouquets de poils. Le type est le T. femorata, Fabr., espèce de couleur noire, des terrains sablonneux, fouissant au pied des plantes, commune près de Paris, se trouvant dans toute la France, dans l'ouest de l’Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Suède. On a vu la femelle (Bethylus villosus, Panzer) creusant dans le sable des trous verticaux très-profonds. Il est probable que les Tiphies, qui n'ont jamais été observées transportant des proies, vont chercher dans le sol des larves enfouies ou des insectes anesthésiés, déposés par les Fouisseurs nidifiants; les épines des jambes sont en rapport avec la nécessité de perforer le sol pour la ponte comme pour la sortie des adultes. Il y a une vingtaine d'espèces de Tiphia des deux mondes, surtout des régions chaudes. Le T. brevipennis, Lucas, de l'Algérie près d'Oran, et en hiver, est curieux par ses femelles, n'ayant que des ailes rudimentaires, en moignons d’un jaune roussâtre, ne dépassant pas le premier segment de l’abdomen. Leur démarche est très-lente; elles se plaisent sous des pierres légèrement humides et parfois s'enfoncent en terre. C’est un véritable passage aux Mutilles.

MYZINE, Latr. [syn. MeRrA, Illig. (femelles), PLESIA, Jurine (femelles)]. — Corps élancé dans les mâles, plus robuste dans les femelles. Antennes épaisses, filiformes et longues chez les mâles, plus grêles et contournées chez les femelles. Labre légèrement échancré au milieu ; mandibules arquées et bidentées à l’ex-

MYZINE. — SAPYGIDES. 987

trémité chez les mâles, sans dents chez les femelles, Palpes maxillaires de six articles, les labiaux de quatre. Ailes supérieures avec une cellule radiale grande, éloignée du bord de l’aile chez les femelles, et trois cubitales fermées, la première plus grande que les autres, 2 et 3 recevant chacune une nervure récurrente, Pattes grêles chez les mâles, plus fortes et plus courtes chez les femelles, avec les jambes et les tarses beaucoup plus épineux, Abdomen très-épais chez les femelles, allongé chez les mâles, avec le dernier segment chez ceux-ci terminé en dessous par une grande épine recourbée.

La forte différence qui existe dans le genre Myzine entre les mâles et les femelles a fais longtemps ranger ces dernières dans le genre Meria pour les espèces de l’ancien monde, Plesia pour les espèces américaines ; ces deux genres doivent donc disparaitre. Il contient une cinquantaine d'espèces de l'Europe méridionale, des iles Canaries, d'Algérie, des régions chaudes des deux mondes et d'Australie. On consultera, pour ce genre, Guérin-Méneville, Prodrome d'une monogragraphie des Myzines, ne comprenant que des mâles (Dictionn. pittor. d'hist. natur., 1837, t. V, p. 575; Revue z00l., par la Société Cuviérienne, 1838, t. 1). — Fischer de Waldheim, Description de deux Myzines (Magazin de zool., 1843, pl. 122, et texte).

Le type des Myzines est le M. sexfasciata, Rossi (syn. volvulus, Fabr.) (pl. rxxv, fig. 9, mâle : 9 4, base de l'antenne ; 9b, palpe maxillaire; 9e, extrémité de l'abdomen). Long de 10 à 14 millimètres, le corps est noir, le prothorax ayant deux bandes jaunes; les ailes sont transparentes, un peu enfumées ; les pattes noires, tachetées de jaune ; l’abdomen avec six bandes transversales de la même couleur. La femelle a été longtemps décrite comme espèce à part, sous le nom de Weria tripunctata, Latr. Le corps, long de 10 millimètres, est noir, avec la tête rousse, le thorax noir, avec le profhorax rouge, les ailes diaphanes, les pattes noires, l'abdomen noir, avec ses deux premiers segments rougeâtres et trois points blancs sur les autres. Cette espèce est du midi de la France, le mâle très-commun à Cette et à Béziers, sur les Eryngium campestre et maritimum, la femelle extrêmement rare. L'espèce est aussi du midi de l'Allemagne, d'Italie, d'Espagne, de Portugal, d'Égypte, de l'E. de l'Algérie, pendant la fin de l'hiver et tout le printemps, surtout près de Constantine, de Bône et du cercle de la Calle, sur les fleurs de l’Asphodelus ramosus.

SAPYGIDES.

Yeux grands, saillants, échancrés, n'’atteignant pas la base des mandibules. Antennes plus épaisses au bout, non contournées, plus longues que la tête et le thorax réunis. Hanches coniques, contiguës. Pattes courtes et grêles, ni épineuses, ni fortement ciliées. Abdomen non

Uss HYMÉNOPTÈRES.

flexible, ses segments latéraux étant fortement imbriqués. Corps nu ou du moins peu poilu.

GENRE PRINCIPAL

SaAPyGa, Lair. (syn. en partie, HELLUS, Fabr.). — Corps allongé. Tête un peu plus large que le thorax ; antennes des mâles plus grosses à l'extrémité ou même en massue. Labre petit, à peine apparent; mandibules épaisses, courtes, subtriquètres, tridentées, Tyorax cylindroïde. Ailes supérieures ayant une cellule radiale allongée et trois cellules cubitales complètes, 2 et 3 recevant chacune une nervure récurrente ; ailes inférieures à lobe basal assez grand, à nervure transverse ordinaire nulle, Jambes postérieures armées de deux grands calcars ; ongles des tarses munis d’une dent et d’une pelote. Abdomen allongé, eylindroïde, tacheté, d'aspect subsessile, le second segment dorsal avec une impression linéaire latérale.

Les Sapyges, à part une espèce de la baie d'Hudson, n'ont que quelques espèces d'Europe. Le S. punctata, Klug (syn. pacca, Fabr., decemguttata, Jurine, quinquepunctata, Fabr. ®, quadriguttata, Fabr. ©, varia, L. S'-F.), est représenté pl. Lxxv, fig. 11, femelle. Cette espèce, de 8 à 10 millimètres, est noire; la face, le pronotum, l'abdomen tachés de jaune blanchâtre, les segments 2 et 3 de celui-ci rouges ; les ailes enfumées, à nervures noires ; les pattes noires, les antennes noires, parfois rougeâtres en dessous. Le mâle offre une grande tache blanche sur le chaperon, les antennes légèrement épaissies au bout, avec une ligne distincte et élevée sous les articles de 3 à 12. Cette espèce, qui varie beaucoup dans les deux sexes, est de France et des environs de Paris, commune dans tout le Languedoc sur les Anthemis, des îles Brilanniques, d'Allemagne, de Suède, d'Algérie, prise en mai près de Constantine, sur des Thapsia garganica. Shuckard a trouvé cette Sapyge dans les cellules du nid de l'Osmia bicornis, venant très-probablement y pondre des œufs d’où sortiront des larves carnassières de celles de l'Osmie. Le D' Giraud a rencontré cette espèce dans l'Isère, dans des nids d'Osmie, d'Odynères et de Chalicodome. Le S. cylindrica, Schenk, vit dans les nids d’une Odynère des tiges du Sureau ; du Nassau, de l'Isère, des Landes. Une autre espèce, le S. clavicornis, Linn. (syn. prisma, Westmael), est des mêmes pays d'Europe et de même taille que S. punctata, Yariée de jaune, avec une forte massue ovale antennaire de deux articles chez les mâles. Dours a obtenu cette espèce sortant comme parasite carnassier, el en assez grande quantité, des coquilles terrestres de l’Helix hortensis occupées par l’'Osmia bicolor.

Dans le genre Polochrum, Spinola, les antennes sont filiformes dans les deux sexes, un peu amincies vers le bout, les yeux échancrés, les mandibules fortement dentées. Ce genre est établi sur le P. repandumn, Spin., bel insecte très-rare partout, dont la femelle a 16 millimètres, le

MUTILLIENS. 989

corps varié de noir et de jaune, les antennes jaunes, l'abdomen aux cinq premiers segments ornés de bandes jaunes recourbées, ondulées, interrompues, l'anus jaune, avec sa base noire et son bout pointu ferrugineux. Il a d’abord été pris au vol par Spinola, près de Gênes, trouvé ensuite en Suisse, et doit exister probablement dans toute la France, car le D' Giraud l’a obtenu des cellules de Xylocopa violacea, ses larves dévorant celles du mellifique. ,

On voit donc que les Sapygides, dépourvues des instruments fouisseurs puissants des Scoliides, sont des parasites carnassiers des nids d'Apiens et d'Euméniens, pris parmi les espèces dont l'accès des nids n’exige pas de fouilles profondes (1).

TRIBU DES MUTAILLIENS,.

Les Mutilliens ont pour caractère fondamental une grande dissemblance entre les deux sexes, qui les a fait appeler Hétérogynes où Aptérogynes. Les femelles sont en effet constamment privées d'ailes, qui existent au contraire chez les mâles, probablement toujours pendant toute leur vie. Cette tribu est intermédiaire entre les Formiciens et les Scoliens. Les Formiciens, en effet, ont les femelles complètes dépourvues d’ailes quand la fécondation est opérée : ces organes transitoires ne servant qu'à leur essaimage hors des fourmilières et à faciliter la recherche par les mâles. Les Scoliens, toujours ailés dans les deux sexes, se rapprochent des Mutilliens, non-seulement par un aspect analogue dans beaucoup de genres, mais par des mœurs de parasitisme carnassier des larves, qui leur sont peut-être communes avec certains Mutilliens.

Nous diviserons les Mutilliens en trois familles, les Méthocides, les Mutillides, les Thynnides. Cette dernière famille ne peut occuper qu'une place très-restreinte dans notre ouvrage élémentaire; car elle se compose exclusivement d'insectes australiens, qui n'ont été longtemps connus que par leurs mâles aiïlés, et exigent encore de nombreuses études.

Comme ouvrage général à consulter sur les Mutilliens, nous citerons: W. Nylander, Mutillidæ, Scoliidæ et Sapygidæ boreales: (Notiser ur Sällbk. pro Fauna et Flora Fenniica Forhandl., 1846, &. IV, p. 7 à ô1, 1. 1, Helsingfors).

Les deux familles des Méthocides et des Mutillides présentent les caractères généraux suivants, qui leur sont communs : Yeux petits, n'alleignant pas la base des mandibules. Antennes assez épaisses, insérées inférieurement. Pronotum dont les angles postérieurs atteignent des

(4) Consultez Gersläcker, Sur Le genre Sapyga, Latr. (Slettin entomol. Zeilung, 1861, p. 309).

écailles le plus souvent grandes; la partie postérieure (collier) assez grande ; mesonotum marqué de lignes dorsales, souvent au nombre de deux, le plus souvent distinctes vers la base. Jambes intermédiaires munies, au moins chez les mâles, de deux calcars. Abdomen ayant le second segment ventral avec une impression transversale à la base, le premier plan au sommet et tronqué.

MÉTHOCIDES.

Antennes épaisses, subcontournées, insérées inférieurement. Tête des femelles à ocelles distincts, les sutures de leur thorax séparées. Ailes supérieures des mâles à stigma grand, la cellule radiale allongée, trois cellules cubitales complètes; ailes inférieures à lobe basal dis- . tinct. Hanches intermédiaires contiguës; jambes postérieures finement denticulées. Second segment ventral de l'abdomen déprimé transversalement à sa base, le premier aplani, tronqué au bout.

GENRES PRINCIPAUX

MYRMOSA, Latr. — Antennes plus longues que la tête. Mandibules tridentées; palpes maxillaires longs, de six articles, les labiaux de quatre. Corselet des femelles rétréci au milieu; corselet des mâles non rétréci au milieu. Ailes supérieures des mâles avec trois cellules cuhitales, 2 et 3 recevant les nervures récurrentes, les inférieures avec un lobe basal ovale et pas de nervure transverse. Crochets tarsaux des mâles bifides, ceux des femelles mutiques ; jambes postérieures des deux sexes à deux calcars. Abdomen des femelles conique, celui des mâles subovale; second segment ventral de l'abdomen armé d’un tubercule aigu près de la base.

Il y a une ou deux espèces de Myrmoses européennes. Le M, melanocephala, Fabr. (syn. atra, Panz), et nigra, Latr., (probablement pour le mâle), long de 5 à 8 millimètres, est de France et des environs de Paris, de l’ouest de l’Angleterre, d'Allemagne, d'Algérie (cercle de la Calle), en mai, de Suède. La femelle, qui a un peu l’aspect d’une Myrmique (Formiciens, pl. Lxxv, fig. 9), est d’un rouge testacé, brillant. La tête est noire, rouge en avant, les antennes roussâtres, les yeux subarrondis, les ocelles petits mais distincts, les mandibules noires au bout. Le thorax est oblong, roux, brillant, ponctué. Les pattes sont rousses; les hanches postérieures armées extérieurement à leur base d'une dent lamelleuse iriangulaire, les cuisses presque fusiformes. L’ahbdomen est noir et roux en partie, le second segment ventral ayant au milieu une courte carène ou un tubercule aigu. Le mâle est noir en entier, les ailes supérieures ayant un grand stigma noir subovale; l'abdomen oblong, le dernier segment dorsal ayant au milieu une fovéole imprimée et excisée au bout, les deux carènes ou tubereules ventraux moins forts,

METHOCA. 991

D'après le Catalogue Dours, il faudrait faire une seconde espèce de M. nigra, Latr., @', ou brunnipes, L. S'-F., Q@. Trois autres espèces d’AIgérie et des anis

METHOCA, Lätr. [syn. TENGYRA, Latr. (mäles), BETHYLUS, Jurine (femelles)|. — Tête presque globuleuse; ocelles en triangle sur le vertex. Antennes filiformes et s’amincissant peu à peu chez les mâles, se renflant légèrement en massue chez les femelles. Chaperon triangulaire, arrondi antérieurement. Mandibules bidentées à leur extrémité. Palpes maxillaires de six articles; palpes labiaux de quatre. Thorax ovalaire dans les mâles, étranglé dans les femelles et formant trois nœuds. Ailes supérieures des mâles ayant une cellule radiale et trois cellules eubitales, 4 et 2 recevant les nervures récurrentes; ailes inférieures à lobe basal grand. Pattes grêles; jambes postérieures des femelles à un calcar; crochets des tarses munis d’une dent aiguë. Abdomen allongé et linéaire chez les mâles, ovalaire chez les femelles, le second segment ventral non tuberculé au milieu à sa base, le dernier segment ventral des mâles armé d’un robuste crochet recourbé.

Les Méthoques comptent une espèce d'Europe et d'Algérie, et quelques autres des Indes, de la Havane, du Canada. Le type est le MW. ichneumonides, Latr., (syn. formicaria, Jurine), (pl. Lxxv, fig. 7, femelle : 7a, labre, 76, mandibule; 7c, mâchoire et polype; 7d, lèvre inférieure et polypes). Sa longueur est environ de 6 millimètres. La femelle a le corps allongé, presque glabre; la tête noire et brillante; les antennes rousses, noirâtres au bout; les mandibules arquées et ferrugineuses; le thorax d’un roux ferrugineux, étroit et allongé; les pattes rousses et brunes; les jambes postérieures finement denticulées, armées d’un court calcar arqué ; les crochets des tarses munis d'une dent et d'une pelote; l'abdomen ovale, noir et brillant, avec de rares et fins points sétigères.

Le mâle a fait longtemps partie d’un genre distinct, sous le nom de Tengyra Sanvitali, Latr. Il est représenté pl. Lxxv, fig. 8: 8 a, base de l'antenne ; 8 b, extrémité de l’abdomen. Il est long de 10 à 11 millim., entièrement noir et à poils gris, fortement ponctué; les mandibules roussâtres à l'extrémité ; les ailes diaphanes, un peu enfumées; les jambes intermédiaires avec deux calcars grèles, les postérieures avec deux calcars inégaux; l'abdomen noir et luisant.

Cette espèce est répandue dans la plus grande partie de l'Europe, rare aux environs de Paris, du sud de l’Angleterre, d'Allemagne, de Suède ; de l'Algérie, en mai, dans le cercle de la Calle, sur les fleurs de la Carotte sauvage.

On peut placer ici avec doute un genre Solerodermus, Latr., ou Scleroderma, West., à mâles probablement ailés el presque inconnus. Les femelles, aptères, sont de petits insectes formiciformes, de 1,5 à 5 millimètres au plus, bruns, roussâtres où d'un jaune fauve, dont certaines espèces sont à demi-domestiques, des maisons, des cours, des

jardins sur les troncs d'arbres, etc., trouvées à Berlin, à Carlsruhe, à Marseille, ete. Suivant M. Westwood (1), d'après les antennes, la présence d’un petit oviscapte chez les femelles, les ailes des mâles présumés presque sans nervures, ce genre rentrerait dans les Proctotrupiens.

MUTILLIDES.

Les femelles sont toujours aptéres, à antennes de 12 articles, sans ocelles, à de très-rares exceptions, pourvues d’un aiguillon. Les mâles, ailés, sauf des cas très-peu fréquents, ont les antennes de 13 articles, la forme du premier segment abdominal correspondant toujours à la même forme de la femelle, l'anus constamment armé de deux appendices en forme d’épines un peu recourbées.

La tête, tantôt globuleuse, tantôt aplatie et subcarrée, a des yeux petits, ronds et bombés, ou bien grands, ovales, moins saillants, toujours entiers chez les femelles, entiers ou échancrés au côté interne chez les mâles. Les ocelles des mâles, transparents ou opaques, sont peu visibles et dispersés, ou bien très-développés et groupés. Les mardibules sont fortes, cornées, tantôt bidentées, tridentées, éperonnées, tantôt simples.

Le thorax des femelles, dépourvu d’écusson, est tantôt cuboïde, tantôt piriforme, rétréci en arrière, tantôt en parallélépipède, échancré antérieurement en dessous, comme chez les Fourmis, pour recevoir une large tête aplatie. Il peut être étranglé au milieu, offrir des dentelures sur les côtés et parfois un tubercule unguiforme sur le bord postérieur.

Le thorax des mâles varie par sa sculpture, par un écusson plus ou moins développé ou en tubercule élevé, avec des écailles alaires en général très-grandes, parfois ordinaires, de forme spécifique, constante. Les ailes, variant d'une transparence hyaline à un violacé très-foncé, offrent toutes les différences de nervation, de une à deux cellules radiales, avec une, deux ou trois cubitales.

Les pattes ont les jambes épineuses, surtout chez les femelles, leurs épines ou calcars tantôt sur un, tantôt sur deux rangs, ces calcars parfois dentelés.

L’abdomen, ovale ou allongé, de sept segments chez les mâles, six chez les femelles, a le premier segment, ou subsessile, ou piriforme et renflé ou pétiolé,, tantôt inerme, tantôt avec des dents crochues latérales à sa base, ou de simples épines, souvent muni en dessous d’une carène longitudinale de forme variable.

Les trois régions du corps peuvent être lisses ou diversement sculptées, ponctuées, variolées, etc., luisantes ou ternes, nues ou mu-

(4) 3. 0. Westwood, Monograph upon the Hymenopterous Genus Scleroderma (Trans. Soc, Entom. of London, 1837-1840, t. Il, p. 164, pl. 45).

MUTILLIDES. 993

nies de poils plus ou moins longs et couchés, formant des poils ou des taches arrondies, blanches, jaunes ou rouges.

Tous ces caractères forment ceux du genre unique Mutilla, Liun., dont les femelles donnent les types spécifiques fondamentaux. Il n'a pas été subdivisé en raison de la connaissance encore très-imparfaite que nous avons de ces insectes, surtout par l'ignorance de la sexualité certaine de la plupart. On n'a décrit pour presque toutes que la femelle ou le mâle, ce qui laisse prévoir bien des doubles emplois. Ainsi, sur plus de cent cinquante Mutilles de l’ancien continent, il n'y en a que vingt, toutes d'Europe et d'Algérie, dont on ait pu apparier les sexes, parmi lesquelles nous citerons les plus importantes : Mutilla europæa, rufipes, Hottentota, arenaria, calva, siridula, Maura, capitata, etc.

Par ce qu’on sait des mœurs d’un très-petit nombre d'espèces, on peut dire que les Mutilles vivent dans les nids des Hyménoptères mellifiques ou fouisseurs, probablement à titre d'espèces commensales, en quelque sorte protégées comme les enfants de la maison, ainsi que les Psithyres chez les Bourdons, les Mélectes chez les Anthophores. Il n'est nullement prouvé que les Mutilles soient des carnassiers des larves de leurs hôtes. Christ a le premier observé des Mutilles dans les nids des Bourdons, semblant vivre en amitié avec eux et sous leur garde. Il dit dans son récit naïf: « Lorsqu'on prend entre les doigts une Mutille, la Mutille produit un son particulier, une espèce de stridulation, et immédiatement les Bourdons fondent sur vous pour protéger leur amie captive. » L'espèce M. europæa habite les nids des Bombus Muscorum et lapidarius, et cette Mutille est poilue et à abdomen subsessile, comme les Bourdons. Les auteurs russes pensent que les mâles à thorax rouge viennent des nids du premier Bombus, tandis que le second, à thorax noir, ainsi que son Psithyre, est hanté par des mâles à thorax noir. De même M. rufipes a été observé en Russie, comme en France, près de Paris, sortant des nids des Bombus apricus et lapidarius; cette Mutille a aussi des mâles à thorax, soit rouge, soit noir, tandis que les femelles des M. europæa et rufipes sont toujours les mêmes. Le Mutilla Maura (austriaca pour le mâle), à abdomen pétiolé et à pattes minces, comme les Ammophiles, est sorti des nids d’un Ammophile ; le M. stridula et sa femelle coronata proviennent du nid de Larrada anathema : ici encore les formes et les couleurs du premier segment de l'abdomen coincident dans les deux espèces. Enfin des coquilles d'Helix maritima, des environs d'Oran, contenant des nidifications d'Osmies, ont fourni M. capitata et sa femelle (parvicollis); d'autres coquilles à Leptochilus mauritanicus, Saussure, Hyménoptère d’un genre voisin des Odynères, le M. Hottentota, deux exemplaires mâle et femelle par coquille. Le pétiole du Leplochilus est reproduit dans la Mutille par asite. Nous ferons remarquer qu'il n’y à pas à généraliser ces faits si peu nombreux, car, si les Psithyres imitent les Bourdons, les Mélectes, commensales des Anthophores, sont très-différentes, et il 1 a des Volucelles

ne ressemblant pas aux Vespiens, dont elles sont les parasites carnassiers.

Parmi les Mutilles dont les familles ont l'abdomen sans taches, portant des bandes continues ou interrompues, nous citerons : M. europæa, Linn., de 11 à 16 millimètres, avec le thorax d'un rouge roux, l’abdomen à bandes apicales de poils blancs aux trois segments antérieurs, de toute l’Europe, de Suède, de Finlande et des îles Britanniques jusqu’au Caucase, rare en France, commune en Russie et en Autriche, pays où se trouve la variété mâle obscura, Nyl., avec thorax noir à reflet violacé ; M. calva, Latr., de 7 à 8,5 millimètres, du midi de la France, d'Italie; M. Hottentota, Fabr., de 7 à 13 millim., du midi de la France, d'Espagne, d'Algérie, d'Égypte. Les Mutilles ayant l'abdomen de la femelle orné d'une ou deux taches nous présentent M. rufipes, Latr. (syn. Ephippium, Fabr.) (pl. cxxv, fig. 5, antenne; 54, labre ; 5 b, mandibule; 5c, mâchoire et palpe; 54, lèvre inférieure et palpes). Cette espèce, des environs de Paris et commune dans toute l'Europe, longue de 5 à 9 millim., a la femelle avec le thorax, les antennes et les pattes rousses, l'abdomen avec un point et deux bandes rapprochés blancs, le mâle roux au thorax, à segments abdominaux ciliés de blanc, à ailes hyalines avec trois cellules cubitales, 2 et 3 recevant les nervures récurrentes ; M. stridula, Rossi (syn. coronata, Fabr. Q, Pedemontana, Fabr. g), espèce assez commune dans les Landes, le midi de la France et de toute l’Europe, l'Algérie. Enfin, dans les espèces dont l'abdomen offre plus de deux taches, se trouve M. Maura, Linn. (syn. austriaca, Panz., differens, Giraud), de 7 à 13 millim., du midi de la France et de l’Europe, d’Asie, d'Algérie. Nous figurons, pl. rxxv, fig. 4, le mâle d’une espèce de la Havane, M. senex, G.-Mén., à tête couverte de poils d’un jaune pâle, le corps fauve, les antennes et les pattes brunes, les ailes enfumées, avec la base et quelques taches incolores.

On consultera pour les Mutilles : J. 0. Westwood, On the MurizLÆ of New Holland (Arcana entomologica, London, 1843-1845, t. If, p. 24, pl. 43 et 44). — D'H. Burmeister, Uebersicht der Brasilianischen Mutillen. Halle, 1854. — H. de Saussure, Mutillarum novarum species aliquot (Ann. Soc. entom. France, 1867, p. 351). — Octave Radoschkovsky, Les Mutilles russes, avec 3 pl. col. (Bull. Soc. impér. des natur. de Moscou, 1865, t. XXXVIIT, 4r° partie, p. 422, et Supplém., 1866, t. XXXIX, 1'° partie). — J. Sichel et O0. Radoschkovsky, Essai d’une monogr. des Mutilles de l’ancien continent (Horæ Soc. entom. Rossicæ, 1869, t. VI, avec 6 pl., une de détails anatomiques, cinq d'espèces coloriées).

THYNNIDES, — FORMICIENS. 995

THYNNIDES.

Nous ne ferons que citer cette famille, dont les femelles aptères furent d’abord rangées dans d’autres genres que leurs mâles ailés, sous les noms de Myrmecoda et Myrmecodes, Latr, Ces insectes, subdivisés en plusieurs genres, sont australiens et de l'Amérique méridionale. Les lecteurs désireux d'étudier cette famille consulteront : Guérin-Méneville, Voyage de la Coquille, Ixsecres (Magas. de zool., 1842). — Fr. Klug, Ueber die Insecten Familie HerrroGyNa, Latr., und die Gattung Thynnus, Fabr., insbesondere {Thynnus, soixante espèces; Ælurus, deux espèces) (Abhandl. den künigl. Akad. der. Wissensch. zu Berlin, 1840-1842, p. 259- 397, avec une pl. col.; Bericht d. Verhandl. d. Acad. zu Berlin, 1850, p. 390). — J. 0. Westwood, Jllustrations of some Species of Australian Thynnideous Insects (Arcana entom. London, 1843-1845, t. If, p. 101, pl. 74 et 75); A. Decade of Australian Thynnideous Insects (même vol., p- 115, pl. 76 et 77).-—H. de Saussure, Hyménopt. divers du musée Godeffroy (Stettin entom. Zeit., 1869, p. 55, en français). — Reise des Osterreichischen Fregatte Novara, Insectes, A. 1868, HyuËx., Thynnii, p. 108. Dans ce travail sont étudiés des genres d'Australie, de Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande : Thynnus, Fabr., Rhagigaster, G.-Mén., Zeleboria, Sauss., elc.; et des genres de l'Amérique du Sud : Elaphroptera, G.-Mén., Ælurus, Klug.

TRIBU DES FORMICERRS,.

Les Formiciens (vulgairement les fourmis, répondant au genre Formica de Linnæus) constituent, par leurs mœurs presque exclusivement sociales en commun et par leur reproduction polymorphe, une tribu aberrante du sous-ordre des Hyménoptères à abdomen pétiolé. Il faut se reporter aux Termitiens, des Névroptères Pseudorthoptères, pour trouver sous ce rapport les analogues des Fourmis. En effet, nous avons vu des neutres chez certains genres des Apiens et des Vespiens ; mais ce sont des femelles avortées, ayant les ailes, la forme et tous les caractères anatomiques des femelles fécondes, avec atrophie seule des organes génitaux, ayant même une fécondité adventive de parthénogenèse. Les œufs d’où proviennent ces neutres et les larves, au début, sont pareils à ceux des femelles, et une nourriture particulière peut leur rendre la fécondité complète. Les neutres des Fourmis, toujours aptères, sont formés de femelles où l'avortement des organes sexuels se joint à une configuration externe spéciale et distincte de celle des femelles. Il peut s'en présenter de plusieurs sortes (rarement en Europe), les unes étant des ouvrières nourrices, d'autres des récolteuses et architectes des nids, souvent non distinctes des précédentes. Enfin»il

y a, daus certains genres, des soldats à grosse tête et à fortes mandibules. Probablement, ainsi que chez les Termites, il se trouvera encore d’autres formes. Les mâles sont presque toujours ailés et les femelles ont le plus souvent des ailes au moment de l’essaimage, les perdant, se les arrachant même, aussitôt après la fécondation. Tantôt leur taille est analogue, tantôt les mâles sont plus petits que les femelles, et parfois dans une proportion considérable, comme le montre, par exemple, une espèce très-commune, le Lasius flavus, Fabr., dont on voit voler les essaims en septembre et octobre, la femelle emportant, renversé el suspendu, un mâle qu'on ne distingue bien que tout près. Il est probable que les femelles non fécondées peuvent offrir des cas de parthénogenèse, et que cela arrive parfois aussi à des ouvrières, qui doivent être alors des femelles moins avortées : ainsi chez les Formica sanguinea, Latr. On a signalé des éclosions de sexuées de taille différente, à diverses époques, comme les grands et petits mâles, les grandes et petites femelles des Bourdons : ainsi il y a de petits males et de petites femelles dans les générations d'automne des Formica rufa et pratensis et de Myrmica lœvinodis, etc. Enfin, les ouvrières peuvent manquer, ainsi dans les Myrmicides du genre Anergates, Forel, où la femelle seule est ailée, le mâle étant privé d'ailes. Il y a encore beaucoup de faits curieux à découvrir chez les Formiciens comme chez les Termitiens. Les Formiciens sont toutefois d'incontestables Hyménoptères par la forme, la réticulation alaire, la bouche lécheuse et ne pouvant absorber que des substances liquides ou à demi fluides ; les métamorphoses complètes pour les diverses formes, avec des nymphes inactives, tantôt nues, tantôt enveloppées de coques soyeuses, filées par les larves.

Les femelles et les ouvrières des Formiciens ont toujours un appareil vénénifique, produisant de l'acide formique, que ces insectes lancent au dehors avec plus ou moins de facilité selon les espèces, parfois en grande abondance, tellement que les chimistes ont d’abord préparé ce corps en soumettant les Fourmis à l’appareil distillatoire. Ce venin accompagne la piqûre de l’aiguillon, quand celui-ci n’est pas tout à fail rudimentaire ou même absent. En outre, les Formiciens sécrètent diverses essences volatiles, variables selon les genres et les espèces, dont l'odeur est manifeste, soit sur leur passage, soit quand on bouleverse la fourmilière, et entre autres la matière musquée qu’on rencontre chez des insectes des divers ordres.

Le régime des Formiciens est omnivore, avec la réserve d'une alimentation fluide; un petit nombre, du moins en Europe, fait sa proie d'insectes vivants, chenilles, Pucerons, etc.: beaucoup mangent les insectes morts ou blessés qu'ils achèvent, les viandes molles, les matières sucrées dont ils sont très-friands, les matières amylacées ou gommeuses demi-fluides, les exsudations végétales, etc. Si quelques espèces sont errantes, la plupart ont des habitations communes, parfois un simple refuge sous les pierres ou les écorces ; Le plus souvent des four-

FORMICIENS. 997

milières, tantôt en trous creusés dans le sol, tantôt en terre maconnée, parfois formées d’excavations dans les vieux bois, ou bien de matières végétales amoncelées, soit dans le sol, soit au-dessus, enfin pouvant consister en nids placés sur les arbres, parfois terreux, parfois formés d'une sorte d'amadou végétal, et le plus souvent de feuilles et de petites branches. Ces fourmilières ressemblent aux termitières par leurs galeries, leurs chambres d’aérage, leurs nourriceries ou couvoirs pour les œufs et pour les nymphes, offrant quelquefois des magasins de provisions.

Les caractères généraux des Formicienssont les suivants: Des mâles, des femelles, desneutres. Antennes de cinq à treize articles, coudées entre le scape et le premier article du flagellum, souvent terminées en massue peu prononcée. Yeux manquant très-rarement, le plus souvent elliptiques, quelquefois presque circulaires ou faiblement réniformes; trois ocelles en triangle, manquant dans beaucoup d'espèces, surtout chez les neutres. Mandibules ordinairement fortes, larges, aplaties, avec un bord interne ou masticateur généralement denté, rarement tranchant et sans dentelures, quelquefois longues, étroites, arquées, aiguës à l’exirémité, sans bord masticateur. Palpes maxillaires d’un à six articles ordinairement cylindriques; languette courte, voûtée, en cuiller renversée, avec palpes labiaux de deux à quatre articles, de même forme que les maxillaires. Pronotum ordinairement séparé du mesonotum par un sillon distinct; mesonotuin le plus souvent conxexe, tantôt conjoint au metanotum, tantôt séparé de celui-ci par un sillon plus ou moins profond; metanotum de forme très-variable. Ailes des sexués non plissées au repos, n'ayant qu'une ou deux cellules cubitales, et une seule discoïdale ou pas. Jambes portant, à l'extrémité et au côté interne, un éperon toujours pecliné aux antérieures; simple, épineux ou pectiné aux pattes intermédiaires et postérieures; farses toujours de cinq articles. Abdomen ayant le premier ou les deux premiers segments rétrécis en pétiole. Le pétiole d’un seul article a le plus souvent la forme d’une lame à peu près perpendiculaire au corps, nommée écaille (ne pas confondre avec les écailles alaires où paraptères), rarement la forme d'une tige épaisse, cylindroïde ou cuboïde, soit simple, soit surmontée d'un nœud; lécaille est grande ou petite, mince ou épaisse, simple ou échancrée, arrondie ou cunéiforme ; le pétiole de deux articles les offre ordinairement nodiformes. Le reste de l'abdomen est d'habitude ovale, allongé ou cordiforme, parfois étranglé entre le premier et le second de ses segments (Ponérides).

Mâles. — Présence presque constante d'ailes fortement articulées. Un segment de plus à l'abdomen; pas d'appareil à venin. Toujours des yeux et des ocelles proéminents. Taille le plus souvent intermédiaire entre celle des femelles et des ouvrières.

Femelles. — Des ailes faiblement articulées. Yeux intermédiaires entre ceux des mâles et des ouvrières, ainsi que leurs ocelles, qui ne manquent

jamais. Appareil vénénifique. Taille presque toujours supérieure à celle des autres formes.

Neutres. — Taille ordinairement moindre que celle des femelles et souvent aussi des mâles; nombre énormément plus grand dans une même fourmilière que celui des Fourmis reproductrices, qui, à l’ordinaire, ne s’y rencontrent qu'à certaines époques de l’année. Jamais d'ailes. Mesonotum simple, sans écussons ni articulations alaires, et pronotum proéminent. Tête beaucoup plus forte que celle des mâles, plus allongée, à appendices plus massifs, notamment à plus robustes mandibules. Yeux aplatis et ocelles petits ou nuls. Un appareil vénénifique. Organes génitaux identiques à ceux des femelles, mais beaucoup plus petits. Ces neutres sont le plus souvent des ouvrières; dans certains genres, surtout exotiques, s’y joignent des soldats de taille plus forte, avec une structure particulière de la tête et de très-grandes mandibules. Ils ont parfois la tête de la femelle, en grandeur absolue ou exagérée, et le corps de l’oavrière (Colobopsis).

Nous ne dirons qu’un mot, à propos de la structure interne, du système nerveux des Fourmis, lié si intimement aux mœurs des insectes et à leur intelligence. Chez les femelles et ouvrières des Camponotus ligniperdus et Formica pratensis, on trouve deux gros hémisphères proéminents, qui rappellent ceux des autres Hyménoptères sociaux, notamment de l’Abeille, reliés au ganglion sous-æsophagien par des corps pédonculés convexes très-développés. Il y a trois ganglions thoraciques, les deux derniers très-rapprochés; puis un ganglion du pédicule ou premier ganglion abdominal ; puis trois autres ganglions abdominaux, le dernier formé de deux ganglions soudés, ordinairement allongé et toujours plus grand que les trois précédents.

A une certaine époque, les mâles des fourmilières sortent en même temps que les femelles propres à la fécondation, s’envolent à la suite de celles-ci, et se réunissent à elles dans les airs. Comme ils sont trèsnombreux, ils forment une espèce de nuage qui tourbillonne autour de la fourmilière ou que le vent emporte plus loin. Ces essaimages se font en diverses saisons, selon les espèces, par un temps chaud et calme, à des heures très-différentes : ainsi, de grand matin, pour Formica sanguinea; vers midi, pour Polyergus rufescens; le plus souvent, l’'aprèsmidi (Lasius flavus, etc.); chez d’autres, le soir ou même la nuit (Lasius emarginatus, fuliginosus, etc.). Si le mâle est très-pelit par rapport à la femelle, la copulation a lieu en l'air et la femelle emporte le mâle pendaut et renversé : ainsi chez les Lasius flavus, niger, alienus, ete. Lorsque le mâle est plus volumineux, c’est encore ordinairement au vol qu'il se jette sur la femelle, mais l’accouplement a lieu à terre; ou bien les femelles se posent sur un monticule de terrain, sur un mur, sur un arbre, et les mâles les poursuivent à la course et les saisissent entre leurs pattes. Une fois le pénis introduit, le mâle reste immobile, lâchant prise de ses six pattes à la fois, la femelle demeurant aussi immobile,

FORMICIENS. 999

ou bien courant de côté et d'autre et entraînant le mâle. Souvent l'accouplement ne dure que quelques minutes, un autre mâle venant aussitôt féconder la même femelle et cherchant fréquemment à arracher le premier de son poste avant qu'il l'ait quitté de lui-même en retirant son pénis, qui ne parait pas être arraché comme celui du faux-bourdon de lAbeille. On voit parfois la femelle et le mâle se lécher et se frapper mutuellement de leurs antennes, avant et après l’accouplement. Les mâles ne tardent pas à périr de faim ou d’épuisement; ceux qui n'ont pas été accouplés comme les autres, car ils ne rentrent pas dans la fourmilière et ne savent pas récolter la nourriture. Les femelles fécondées retombent sur le sol et s’arrachent elles-mêmes les ailes, qui sont faiblement articulées. Il ne paraît pas absolument prouvé qu’une seule femelle féconde puisse élever et soigner les œufs qu'elle pond, ainsi que la mère Guêpe ou Poliste, et devenir à elle seule l’origine d’une nouvelle fourmilière. Elles sont recueillies et entraînées par les ouvrières de la fourmilière d’où elles sortent, peut-être quelquefois par les ouvrières d’autres fourmilières de même espèce; mais ceci n’est nullement certain. Elles sont suivies, comme par une cour, d’une troupe d'ouvrières qui les lèchent, les nourrissent et ramassent les œufs qu'elles pondent. Les diverses femelles fécondes d’une seule fourmilière, au nombre parfois d’une trentaine, ne sont pas rivales comme les reines des Abeilles ou des Mélipones, mais vivent en paix les unes avec les autres. Une femelle fécondée est probablement productive toute sa vie; la ponte finie, elle n’est ni chassée, ni tuée par les ouvrières, mais meurt naturellement, avec une durée de vie qui est d’environ un an, ainsi que pour les ouvrières, du moins chez les Fourmis de nos climats. Les fourmilières nouvelles sont très-probablement dues à une femelle féconde rencontrée à terre et loin du nid par quelques ouvrières de la fourmilière d’où elle est sortie, qui l'entourent de leurs soins, recueillent ses œufs et élèvent les larves qui en sortent, en construisant un nouveau nid, se trouvant sans doute à trop grande distance de l’ancien pour y ramener la mère.

Il reste dans les nids des femelles non fécondées qui ne s’arrachent pas les ailes, mais les perdent peu à peu par déchirure et usure, prennent les allures d’une ouvrière et travaillent à sa façon. En outre, il est bien prouvé que des ouvrières pondent des œufs féconds d'où naissent des larves : cela est certain pour Formica sanguinea, probable pour les Formica cinerea, fusca, etc., et Polyerqus rufescens. Par analogie avec les Abeilles, on est amené à supposer la parthénogenèse, et à croire notamment que tous les œufs qui donneront des mâles sont dus ou à des femelles vierges ou à de vieilles femelles dont la provision spermatique est épuisée ou à des ouvrières fertiles ; ces questions ne sont pas résolues expérimentalement. Il est également incertain de savoir si des ouvrières, comme l’assure P. Huber, peuvent être fécondées par des mâles,

et si leur ponte est capable de produire, non-seulement des mâles, mais encore des femelles et des ouvrières.

Les œufs féconds des Fourmis pondus par les femelles fécondes, ou quelquefois par des ouvrières (en se tenant à ce qui est rigoureusement prouvé), sont relevés par les ouvrières de la fourmilière qui les mettent ensemble en petits paquets et sont constamment occupées à les lécher; ce qui explique, par une nutrition endosmotique, l'accroissement que subissent ces œufs après la ponte. L'œufrécemment pondu est allongé, d’un blanc ou d’un jaunâtre opaque. En s’agrandissant, il devient transparent, se courbe à une extrémité et éclôt une quinzaine de jours après la ponte. La larve, de forme variable selon les groupes, est apode et aveugle, en forme de ver blanc, et court, montrant, outre la tête, douze anneaux souvent fort indistincts, avec l'extrémité anale épaisse et arrondie, l'extrémité buccale étroite, recourbée en arc et terminée en pointe plus ou moins obtuse. Parfois ces larves sont très-mobiles (Lasius, Camponotus), ou au contraire extrêmement roides, presque incapables de remuer, même leur tête (Tapinoma, Solenopsis, Leptothoraæ). On distingue à la tête deux rudiments de mandibules ; les mâchoires sont soudées en une pièce médiane, molle, échancrée en avant, munies de chaque côté de deux poils chitineux courts et épais. Enfin, au centre, en dessous de l’ouverture buccale, se trouve la lèvre inférieure, qui est molle et rétractile. L'’anus est en forme de fente.

Ces larves des Fourmis sont dans une dépendance absolue des ouvrières. Elles peuvent se tordre plus ou moins, mais les plus mobiles mêmes ne sont pas capables de changer de place. Incapables de se nourrir seules, même de miel placé à côté d'elles, ce que savent faire les larves des Apiens solitaires et des Mélipones, elles tournent leur bouche de côté et d'autre quand elles ont faim, et les ouvrières leur dégorgent de la miellée, comme elles le font à leurs compagnes, aux femelles et aux mâles, et les larves n'ont qu'à la lécher avec leur langue. De plus, les ouvrières lèchent continuellement ces larves, les nettoient dès qu’elles sont salies par de la terre, et les transportent d’un endroit à l’autre du nid, selon les heures de la journée, de facon à les soustraire au froid, à l'humidité ou aux rayons trop ardents du soleil. Quand les larves sont très-petites, une seule Fourmi en porte plusieurs à la fois, de même que les paquets d'œufs, et une seule si elles sont à toute leur taille ou en nymphes, nues ou avec cocor. Ces larves et ces nymphes sont également portées en sûreté si un ennemi bouleverse la fourmilière, ou bien lors des émigrations de la colonie. On nomme vulgairement œufs de Fourmis, non pas les véritables œufs, mais les larves ou les nymphes, et l’on s’en sert pour nourrir les jeunes Faisans et beaucoup d'oiseaux insectivores.

Les œufs des mâles, des femelles et des ouvrières sont identiques de couleur, de forme et de taille, et ce n’est que vers la fin de leur vie que la différence de taille et certaines légères différences de configuration

FORMICIENS. 4001

permettent de séparer les larves des trois types. Les soldats que présentent certaines espèces, ainsi le genre Pheidole, les ouvrières à grosse tête, les ouvrières ordinaires, sont toutes des femelles, parfois fertiles, le plus souvent à organes génitaux rudimentaires. On ne peut prouver qu'une nourriture spéciale influe sur le développement sexuel chez ces larves toujours librés et non dans des alvéoles, et l’on ne peut invoquer une quantité plus grande de miellée, puisqu'il y a des espèces où les femelles ne sont pas plus grandes que les ouvrières.

La durée de la vie des larves varie beaucoup. Chez la même espèce, les larves écloses au printemps et en été croissent plus rapidement que celles d'automne, qui passent l'hiver presque sans grossir, et ne deviennent parfois nymphes qu'au mois de juillet de l’année suivante (Solenopsis fugax). Les larves de Tapinoma croissent au contraire très-vite, car, sorties de l’œuf au commencement d'avril, on trouve déjà des nymphes avant la fin de mai. Les larves des Formica croissent vite, celles des Lasius très-lentement.

Les larves deviennent nymphes sans le secours des ouvrières, tantôt se filant auparavant un cocon, tantôt en nymphes nues, pareilles dans ce cas à celles en cocon et du type de toutes les nymphes des Hyménoptères. Les larves fileuses commencent par s'entourer d’un réseau de fils très-fins qu'elles fixent aux objets voisins, grains de terre, détritus, etc.; grâce à ces points d'appui, elles peuvent se revêtir d'une coque de tissu serré qui s'applique presque exactement sur toui leur corps. Les excréments que rend la larve avant la mue en nymphe forment une tache noire au bout anal du cocon, et il s’y joint bientôt la peau de la larve. L'épaisseur de la coque des larves fileuses est faible, et sa couleur varie du blanc à un jaune un peu roussâtre, selon les espèces. Dans les Formica rufa et eæsecta et leurs races, la coque est assez grossière, à surface un peu rugueuse et filamenteuse; elle est lisse et fine chez F. fusca et sanguinea. Les cocons des Lasius ne sont pas si fins que ceux des Camponotus.

Les coques laissées à elles-mêmes seraient lixées aux objets environnants et couvertes de terre ou autres débris; mais les ouvrières, qui doivent les tenir prêtes à de fréquents transports, ont soin de les détacher et de les lisser. La nymphe n'est mobile qu'à sa formation, puis devient incapable de se mouvoir. abord blancs, ses yeux apparaissent bientôt bruns, puis noirs, le corps ne prenant la teinte foncée que peu de jours avant l’éclosion. Il y a certaines espèces où les nymphes sont entourées tantôt de cocons, tantôt au contraire restent nues, par une coutume intermédiaire à celle des espèces où les larves filent toujours (Formica eæsecta) où bien ne filent jamais (Tapinoma erraticum). Ces espèces à nymphes mixtes, nues ou à coques, sont les Formica fusca, rufibarbis, cinerea, sanguinea et Polyerqus rufescens.

Les nymphes des deux sexes et des diverses formes de neutres sont distinctes dans leur aspect et ne grossissent pas, ne prenant aucune

nourriture. Les ouvrières les transportent, les lèchént, les nettoient comme la larve. L'éclosion des nymphes se prolonge longtemps. Ce sont toujours les ouvrières qui déchirent les cocons quand ils existent et en tirent les nymphes; ces cocons déchirés sont amoncelés par certaines espèces autour des issues du nid (Formica fusca, Lasius niger, etc.), ou bien dispersés au loin ou mêlés aux matériaux de la fourmilière (Formica rufa, Camponotus, etc.). Le plus souvent, mais ce n’est pas indispensable, les ouvrières aident encore l’adulte à sortir de la pellicule nymphale et à étendre ses ailes.

Swammerdam, Christ, Latreille, Huber, etc., ont reconnu que les Fourmis ne font pas de provisions et s’engourdissent ou périssent en hiver, lorsque la température devient trop basse. Cependant les légendes antiques, et notamment les Proverbes de Salomon (chap. vi, vers. 6, 7, 8), disent que les Fourmis amassent pendant la moisson leur nourriture pour l'hiver. Les deux assertions se concilient parfaitement; ce qui est vrai pour les Fourmis du nord de l'Europe cesse de l'être pour certaines espèces du midi, et surtout des régions tropicales. C’est ce que nous montrent bien les Atta barbara et structor, qui sont des Fourmis moissonneuses (1), la seconde espèce de Suisse, du midi de la France, des Charentes, et remontant même jusqu'à Moret. Ces Attes font de véritables greniers à provisions dans leurs fourmilières et y amassent des graines variées, de céréales, de plantes potagères ou de jardin, au point de nuire beaucoup aux semailles des jardins. La seconde espèce a rendu presque impossible en Corse la culture du Trèfle incarnat, en détournant pour ses réserves les graines de semis. Les graines servent à nourrir ces Fourmis au printemps, alors qu’une partie de leur amidon se transforme en sucre par la germination.

Les Fourmis ont surtout besoin d'humidité, et c'est celle-ci qu'il faut entretenir avant tout, au moyen d’éponges mouillées, si l’on veut conserver pour l'étude des portions de fourmilières dans des bocaux de verre, ou des amas de larves et de nymphes, afin de nourrir les jeunes oiseaux. Lors des gelées, les Fourmis s'engourdissent et ne mangent plus, mais se réveillent dès que les rayons du soleil réchauffent l'air ; et elles trouvent alors, par la même raison, des Pucerons, des insectes, de petites plantes. Conservées en hiver dans une chambre chauffée, les Fourmis ne s’engourdissent pas, et il en est évidemment de même dans les pays chauds. Au contraire, dans les pays très-froids elles passent presque toute l’année endormies. Les Fourmis s'engourdissent pendant la nuit, et même le matin et le soir, quand la température ne s'élève suffisamment qu'au milieu du jour. C’est ce qui arrive sur les plus hauts pâturages des Alpes, où l’activité des Fourmis se borne tout au plus à deux ou trois mois de l’année, et, pendant cette période

(4) Traherne Moggridge, Harvesting Ants and trapdoor Spiders, London, 1873. — Supplement to Harvesting Ants. London, 1874.

FORMICIENS, 1003

même, à quelques heures de la journée. Les Fourmis peuvent supporter sans périr des abaissements de température de plusieurs degrés au-dessous de zéro. Chez les Leptothorax et les Hypoclinea, où la fourmilière ne se compose que d’une quarantaine d’ouvrières avec une seule femelle féconde, et simplement abritée sous une pierre ou sous une écorce, il n'y a pas de chaleur sensible dégagée. Il en est autrement dans les grandes fourmilières d'autres espèces, où il y a des agglomérations considérables d'insectes; on voit alors le thermomètre monter de plusieurs degrés, de ? à 8 ou 10 degrés centigrades même, au-dessus de la température du terrain avoisinant. Mais ces expériences sont très-variables et dépendent beaucoup de l’insolation de la surface et des matériaux diversement conducteurs du nid. Ainsi les feuilles sèches du nid de F. pratensis se réchauffent bien plus vite que la terre humide. La chaleur sèche parait surtout nuisible aux Fourmis, qui craignent, chez beaucoup d'espèces, les rayons directs du soleil, principalement les Fourmis à vue faible, comme Solenopsis fugax, Ponera contracta, Lasius flavus. Au printemps et en automne, Formica pratensis recherche les rayons solaires directs, mais les fuit en juillet, où elle marche toujours à l'ombre au milieu du jour. Les Fourmis continuent à travailler pendant les nuits chaudes. Ainsi F. pratensis, qui sort à peine le jour dans les grandes chaleurs, envoie le soir ses colonnes d'ouvrières rechercher les Pucerons sur les arbres. Les Fourmis souterraines, à vue très-réduite, ne sont influencées que par la température, sans distinction du jour ou de la nuit. Les Fourmis sans ocelles, comme les Myrmica et Tapinoma erraticum, sortent à la fois le jour et la nuit, et toujours avec la même allure mesurée ; les Fourmis à ocelles, ainsi Polyergus rufescens, Formica rufa, ete., paraissent sortir de préférence pendant le jour et avec une allure brusque et saccadée, qui contraste avec leur marche lente pendant la nuit. Le travail intérieur des fourmilières, nourricerie des larves, etc., se fait nuit et jour avec plus d'activité pendant le jour, parce que la chaleur solaire oblige les Fourmis à changer de place plus souvent leurs larves et nymphes. Les maçonnes travaillent de préférence à leurs constructions pendant la nuit ou lorsqu'il pleut durant le jour, car la terre se dessèche alors moins vite et est plus cohérente. Au contraire, les Fourmis à matériaux végétaux, feuilles, petites branches, comme Formica rufa, bätissent surtout de jour.

Un des faits les plus curieux de l'histoire des Fourmis est l'existence de fourmilières mixtes. L'espèce principale s'y rencontre représentée, comme dans les colonies simples, par une ou plusieurs femelles fécondées, privées d'ailes, par des ouvrières, et en outre, à une époque de l’année qui varie selon les espèces, par des mâles et des femelles ailés. Une ou plusieurs autres espèces dites auæiliaires sont associées à l'espèce principale. Ce mot est bien préférable à celui d'esclaves, car les associations de reproduction des insectes sociaux ne

montrent jamais que des individus soumis aux lois immuables de l'instinct, chacun accomplissant une besogne invariable, sans rien qui rappelle la capricieuse dépendance des serviteurs dans les sociétés humaines. Les espèces auxiliaires n’ont jamais de mâles ni de femelles, à telle époque que ce soit, et ne sont formées que d’ouvrières, servant de constructeurs et de nourrices sur lieux à l’espèce principale, pourvue ou dépourvue d'ouvrières de son type. Cinq espèces principales, à fourmilières mixtes, se rencontrent en Europe. L'espèce Formica sanguinea forme parfois à elle seule des colonies simples. Le plus souvent elle s'associe des ouvrières des Formica fusca et rufibarbis, soit ensemble, soit séparément, pour chaque espèce auxiliaire, et quelquefois aussi de Formica gagates et de Lasius alienus, cette dernière espèce de bien plus petite taille que l'espèce principale. Le Polyergus rufescens ne peut vivre sans auxiliaires, à cause de la structure de ses mandibules, qui l'empêche de creuser lui-même les galeries souterraines nécessaires au développement de la société, et même ne sait pas manger seul. IT sollicite ses ouvrières auxiliaires, qui sont des Formica fusca et rufibarbis, seules ou réunies, en les frappant de ses antennes, et elles lui dégorgent la liqueur sucrée qu'elles ont dans le jabot, comme elles le font à ses larves, qui périraient également sans leurs nourrices étrangères. Le Strongylognathus Huberi, espèce qui vit sous les pierres, a pour auxiliaires les ouvrières du Tetramorium cespitum, et ne peut subsister sans elles pour les mêmes raisons que l'espèce précédente : ce sont ces ouvrières qui bâtissent le nid et nourrissent lé Strongylognathus, genre qui a les mandibules pointues et arquées comme les Polyergus. Chez le Strongylognathus testaceus, espèce souterraine rare et de petite taille, on trouve toujours des ouvrières de T. cespitum en nombre considérable. On ne sait trop si elles sont les vraies auxiliaires du Strongylognathus, ou s'il n’est qu'un hôte pacifique et accidentel du Tetramorium. W en est de même pour l’Anergales atratulus (syn. Tomognathus sublævis), qu'on trouve toujours réuni aux ouvrières du T. cespitum, et dont la colonie est composée seulement de mâles sans ailes, de femelles, de leurs larves et nvmphes, sans ouvrières. L'accouplement des Anergates a lieu forcément dans le nid. On ne s'explique pas ces nombreuses ouvrières du Tetramorium avec un petit nombre de sexués de l’autre espèce; peut-être pour le Strongylognathus testaceus et V'Anergates faut-il recourir à la parthénogenèse, afin de rendre compte de cette quantité de Tetramorium exclusivement ouvrières qui leur sont associées.

Les expéditions de chasse des Formica sanguinea et Polyerqus rufescens sont légendaires dans la science, et ont valu aux ouvrières de ces deux espèces le nom de Fourmis amazones. Quand elles ont découvert une fourmilière d’une de leurs espèces auxiliaires, elles s'y introduisent, malgré la résistance souvent énergique des habitants de Ja fourmilière envahie, Les Polyergues, avec leurs mandibules pointues,

FORMICIENS. 16005

poignardent en quelque sorte le cerveau des Fourmis qu'ils attaquent, el la simple menace de cet acte les terrifie. Les nymphes contenues dans leurs cocons sont enlevées et apportées dans la fourmilière de l'envahisseur. Celui-ci ne s'empare pas des Fourmis adultes, qui sauraient se sauver, reconnaitre leur chemin et regagner leur ancien domicile ou le nouveau refuge de la colonie de leur espèce. Au contraire, les sujets de l'espèce auxiliaire issus des nymphes n’ont aucun souvenir importun, creusent les galeries, soignent les larves et les nourrissent, ainsi que les insectes parfaits de l’espèce principale, mais tout cela sans aucune contrainte et en obéissant seulement aux lois de leur instinct, qui les trompe, au point de leur faire croire qu'elles sont dans leur propre fourmilière. Quelquefois l'espèce principale, non contente d'enlever les nymphes d'une fourmilière, y transporte son domicile, lorsque cette fourmilière lui parait plus convenable que la sienne.

Outre ces sociétés mixtes, il est utile de signaler quelques rapprochements, soit normaux, soit fortuits, d'espèces différentes, mais sans dépendance pour la construction du nid et l'éducation du couvain. Ainsi Stenamma Westiwoodi vit avec le Formica rufa et quelques autres espèces acervicoles, les espèces restant distinctes et sans mélange. La fourmilière souterraine de Ponera contracta communique souvent avec le monticule construit par F,. rufa ou les espèces voisines; mais les espèces gardent leurs colonies distinctes, composées pour chacune de trois sortes d'individus. Lorsqu'on soulève une large pierre plate, il n’est pas rare d'y trouver deux ou même trois espèces différentes dont les fourmilières souterraines ont les ouvertures abritées par cette pierre. Dans le premier moment de la sortie ou de l'entrée, les espèces jusque-là séparées se mélangent souvent; mais, au lieu de la réunion fraternelle des espèces constituant une fourmilière mixte placée sous une pierre, on voit ces diverses Fourmis, réunies par hasard, montrer par des luttes acharnées leur profonde antipathie.

Les Fourmis sont en relations fréquentes avec un grand nombre d'espèces d'animaux articulés, que celles-ci vivent en commensales dans la fourmilière, ou que les Fourmis aillent les chercher au dehors. Les Pucerons sont les insectes de prédilection des Fourmis, comme l'avaient remarqué Réaumur, de Geer, Christ. Linnæus les appelle Vaches des Fourmis; et Huber, à qui l’on doit les premières observations bien exactes sur ce sujet, s’écrie : «On n'aurait pas deviné que les Fourmis fussent des peuples pasteurs, » Une Fourmi frappe un Puceron avec ses deux antennes, comme elle frappe le chaperon d’une autre Fourmi pour lui demander à manger. Le Puceron fait alors sorlir de son anus une gouttelette d'un liquide sucré transparent, qui est aussitôt léché par la Fourmi, dont le ventre se gonfle quand elle à teté de la sorte plusieurs Pucerons, qui sont ainsi excités à une sécrélion plus abondante; de sorte qu'elle dégorge ensuite la matière

sucrée à d'autres Fourmis ou aux larves. Quand les Pucerons ne sont pas sollicités par les Fourmis, ils éjaculent en l'air de temps à autre, par une sorte de ruade, leur miellat sucré. Les Cocciens ou Gallinsectes sont sollicités de la même manière par les Fourmis, qui lèchent la liqueur sucrée éjaculée. On s'explique ainsi les continuels voyages des Fourmis sur les végétaux, plantes basses ou arbres, chargés d'Aphidiens ou de Cocciens. C'est pour se nourrir des sécrétions de leur bétail que les Fourmis grimpent sans cesse sur les Poiriers, Les Pommiers, les Pêchers, les Orangers, et nullement pour les fruits, qu'elles n'entament jamais quand leur enveloppe est saine. Les Fourmis du genre Lasius savent transporter les Pucerons d'un endroit à un autre plus propice sur la plante, et même soigner les œufs de ces insectes. Des fourmilières souterraines s'établissent autour des racines de Graminées chargées d’Aphidiens terricoles, ainsi le Lasius flavus, et l’on peut dire qu’elles conservent alors leur bétail à l’étable. Il y a de Fourmis, telles que les Lasius niger, brunneus et emarginatus, les Myrmica lævinodis et scabrinodis, qui savent bâtir autour des tiges des plantes couvertes de Pucerons des pavillons ou des tuyaux de terre souvent assez élevés, afin de mieux protéger leur bétail qui ést en dedans de l'abri, et les Fourmis s’y tiennent avec.leurs larves, tout à fait à portée de leurs animaux domestiques. En août, les Pucerons du Plantain se retirent sous les feuilles radicales ; les Fourmis les y suivent et s’enterrent alors avec eux, en murant avec de la terre humide tous les vides qui se trouvent entre le sol et le bord des feuilles; elles creusent ensuite le terrain au-dessous, afin de se donner plus d'espace pour visiter leurs Pucerons, et peuvent aller de là jusqu à la fourmi lière par des galeries couvertes. On voit parfois sur les tiges des plantes des sphéroïdes de terre construits par les Fourmis autour des nichées de Pucerons, et où les Fourmis entrent et sortent par une étroite ouverture. 11 y a des Camponotus qui savent demander à des larves de Tettigomètres (Hémipt. homopt.) la miellée, comme aux Pucerons, et la recevoir; et, dans plusieurs régions tropicales, ce sont les larves de divers Homoptères (Cercopis, Membracis, ete.) qui remplacent les Pucerons auprès des Fourmis et leur donnent de la miellée : celles-ci les protégent aussi en retour, comme elles le font chez nous des Pucerons, dont elles écartent les larves ennemies et aphidivores des Coccinelles, des Chrysopes et des Syrphes.

Il y a des genres de Fourmis, en petit nombre, qui ne recherchent pas les Aphidiens et les Cocciens : ainsi les Pheidole, Tapinoma, Tetramorium, dont les mœurs sont surtout carnassières; les Leptothorax et Colobopsis, qui lèchent directement les sucs des fleurs et des arbres; les Atta ou Aphænogaster, qui amassent dans leurs nids des graines qu’elles font germer à moitié, afin d’en retirer le suc dont elles se nourrissent.

Un très-grand nombre d'Arliculés myrmécophiles vivent dans les

FORMICIENS. 1007

fourmilières à des titres fort variés. Les uns sont des commensaux, traités en amis dans les fourmilières où ils résident presque exclusivement; d’autres sont accidentels dans les fourmilières et de rôle peu connu; d’autres, enfin, sont des ennemis. Certains Coléoptères commensaux sont soignés par les Fourmis et transportés par elles au fond du nid quand il y a danger. Il y a attouchement réciproque des antennes. Les Claviger aveugles sont nourris par les Fourmis, qui les touchent fréquemment, soit en raison d’une odeur aimée qu'ils exhalent ou de quelque sécrétion qu'elles lèchent. Les Lomechusa (Staphyliniens) sont aussi des commensaux affectionnés dans une dépendance complète des Fourmis. Les Lomechusa et les Atemeles dégagent une odeur toute pareille à celle des Fourmis du genre Tapinoma. Les relations d'autres Slaphyliniens, les Dinarda, les Aleochara, les Myrmedonia, sont moins constantes et moins connues, Un très-grand nombre de Staphyliniens vivent dans les fourmilières, de même des Psélaphiens (Chennium, Batrisus, etc., outre les Claviger), le Paussus Favieri des Scydméniens, les Choleva et les Catops dans les Silphiens, le Myrmecobius agilis, qui appartient au groupe des Throscides, en Algérie; le genre Oochrotus en Algérie et dans l'extrême midi de la France; beaucoup de Trichoptérygiens, des Hister, amateurs d’excréments, des Cryptophagides, des Lathridiides, des larves de Clytra avec leurs fourreaux, etc. Des larves de Cetonia se trouvent assez souvent dans les nids de Fourmis à matériaux (Formica rufa, eæsecta, etc.), se nourrissant des débris végétaux et animaux qui forment la base de ces nids, pourchassées par les Fourmis quand elles arrivent au milieu d’elles en creusant le terreau du nid.

Parmi les Orthoptères, un très-curieux Gryllien, le Myrmecophila acervorum, est un commensal exclusif des fourmilières. Un Braconide et un petit Diptère cherchent à pondre sur les Fourmis, notamment lors des combats entre différentes espèces. La chenille d’un Microlépidoptère, Myrmecocela ochraceella, Tgstx., se nourrit des substances végétales qui se trouvent dans le nid des Fourmis. Les Tettigomètres (Hémipt. homopt.) sont souvent commensales des Fourmis. D’après M. Lichtenstein, les Tettigomètres déposent leurs œufs, en mars et avril, sur la face inférieure des pierres qui recouvrent les nids de Fourmis. Quand on enlève ces pierres, les Fourmis entraînent souvent les Tettigomètres dans le fond de leur retraite. Les femelles pondeuses de ces Homoptères ont toujours les ailes arrachées ou déchiquetées ; peut-être sont-ce les Fourmis qui les mutilent pour les retenir prisonnières? Des Thysanoures habitent les fourmilières. Ainsi, dans toute la France et en Algérie, chez les Lasius flavus et Formica rufa, le Lepisma myrmecophila, Lucas, le L. aurea, L. Duf., dans diverses régions de l'Espagne, l’Atelura formicaria, Meyden, dans le nid du Tetramorium cespilum .

Parmi les Arachnides, les Araignées du genre ÆEnyo vivent en para-

sites au milieu des Fourmis, qui leur servent de nourriture. L’Enyo elegans, E. Simon, établit sa petite coque dans les brins de paille de la fourmilière de l’Atta barbara. Ces Araignées s'installent souvent en très-grand nombre au milieu de leurs victimes ; et, comme elles sont en général plus petites et plus faibles que les Fourmis, elles ne s’attaquent qu'aux individus blessés et incapables de se défendre. Des Acariens semblent jouir dans les nids d’une certaine immunité, el courent au milieu des Fourmis sans exciter leur colère ; quelquefois, mais rarement, ils s'attachent au corps de leurs hôtes ou à celui des larves et des nymphes.

Un Crustacé isopode, un Cloporte blanc, se rencontre dans les fourmilières de diverses espèces, ainsi de Formica rufa, de Myrmica scabrinodis, de Leptothorax acervorum, etc. : c’est le Platyarthrus Hoffmansegqti, Brandt.

M. A. Forel a signalé une larve, très-probablement d’un Coléoptère, allongée, cylindrique, blanche et annelée, à tête et pièces buccales cornées, avec six petites ‘pattes thoraciques également chitineuses, trouvée chez Formica rufa, sanguinea, rufibarbis et Polyergus rufescens. Les Fourmis prennent d'elle autant de soin que de leurs propres larves, la trainant partout avec elles et lui dégorgeant même de la miellée. Il n’a jamais pu voir la nymphe ni même l’adulte, et suppose que ces larves, au moment de devenir nymphes, quittent les Fourmis et vont se métamorphoser ailleurs, ayant sans doute joué dans les fourmilières le rôle des œufs de Coucou dans le nid des autres oiseaux, c'est-à-dire que les Fourmis les prennent pour leurs propres larves.

On consultera spécialement, au sujet des Articulés myrmécophiles : E. André, Description des Fourmis d'Europe, pour servir à l'étude des insectes myrmécophiles (Revue et Magasin de zool., 1874, p. 152). — — H. Lucas, Un mot sur les animaux articulés myrmécophiles (Ann. Soc. entom. France, 1875, p. 217).

Il arrive pour les Fourmis le même fait que pour beaucoup d'insectes, que, suivant les espèces, elles peuvent être ou utiles, ou nuisibles, ou indifférentes à l’homme.

Beaucoup de Fourmis nous rendent des services en détruisant des insectes, et par conséquent, vu la proportion relative, plus d'animaux nuisibles que d’utiles. Elles mettent à mort des ehenilles, des Criquets, etc., surtout quand ces insectes sont déjà blessés, et empêchent beaucoup d'insectes de s'approcher des végétaux qu'elles occupent, par la frayeur qu'elles leur inspirent. Dans les forêts, les arbres occupés par les Formica rufa et exsecta sont spécialement préservés des Scolytiens nuisibles. Les espèces chasseresses d'insectes appartiennent aux genres Formica et Myrmica (beaucoup d'espèces), aux genres Tetramorium et Pheidole, au Tapinoma erraticum, aux Lasius fuliginosus, niger et emarginatus. Les grandes espèces à puissantes fourmilières, comme Formica rufa, exsecta et pratensis, mettent surtout leur utilité en évi-

FORMICIENS. 4009

dence, car on les voit transporter des insectes par tous les chemins; toutefois il y a parmi ces insectes des sujets qui étaient blessés ou morts avant l’action des Fourmis. La récolte des larves et nymphes de Fourmis pour les faisanderies est aussi une utilité réelle. On profite de l'instinct des Fourmis pour ramasser aisément ces larves et nymphes. Le sac où l’on a emprisonné la fourmilière est vidé sur une aire découverte, entourée de petits amas de feuilles sous lesquelles les ouvrières viennent cacher les larves, les cocons ou les nymphes nues, et l'on n'a plus qu'à les recueillir après ce triage naturel {1).

Les méfaits des Fourmis sont plus variés. Celles qui lèchent les émissions sucrées des Aphidiens et des Cocciens excitent ces Hémiptères, fixés aux végétaux par leur suçoir, à une nutrition considérable, aux dépens des plantes qu'ils épuisent. A ce point de vue, les Lasius niger, alienus et emarginatus sont nuisibles aux jardins, ainsi que quelquefois les Formica cinerea et fusca. Le Lasius flavus, à nids souterrains, est nuisible dans les prairies, en élevant des Pucerons radicicoles, qui épuisent les Graminées.

Les Fourmis sont fréquemment accusées de s'attaquer aux fleurs et aux fruits. Les Formica fusca et rufibarbis vont souvent lécher dans les corolles les sucres des nectaires, mais sans nuire plus aux fleurs que les Abeilles et les Bourdons. Quant aux fruits, les Fourmis ne peuvent déchirer ceux qui ont la peau saine, et ne lèchent que les fruits entamés par les oiseaux ou fendus après la pluie. Les Fourmis qui grimpent aux arbres ne sont donc nuisibles que par leur visite aux Pucerons et aux Gallinsectes, et s’il y a des fruits très-mûrs crevassés. Dans les forêts, certaines Fourmis qui creusent le bois font quelque dommage : ainsi le Lasius fuliginosus, qui établit sa fourmilière sur les arbres; les Camponotus ligniperdus et Herculeanus, qui minent la base des vieux troncs. Parfois ces Fourmis mineuses attaquent les poutres et les planchers des maisons; mais leurs travaux, qui se font à découvert et dont on peut par suite empêcher l'extension ou réparer les effets, n’ont nullement le danger du travail invisible des Termites.

Les Fourmis moissonneuses (Afta structor, dans le tiers méridional de la France et en Corse, Atta barbara en Algérie) sont très-nuisibles en enfouissant beaucoup de grains de blé et de riz, de graines de fourrages arlificiels et des diverses plantes des jardins. Nos maisons sont parfois infestées par les Fourmis, qui pillent les aliments, confitures, biscuits, etc., et dont les essaims de sexués s’abattent le soir dans les appartements: ce sont les Lasius emarginatus et Pheidole pallidula dans le Midi, et surtout, dans les grandes villes de toute l'Europe, une petite espèce noire importée, devenue cosmopolite, la Fourmi de Pharaon

(1) Maurice Girard, Le gibier à plumes et les Fourmis, moyen commode de récoller les prétendus œufs de ces insectes (Bull. Soc. acclim., 2° série, 1869, t, VI, p. 148).

(Monomorium Pharaonis, Linn.) (1), dont les fourmilières sont profondément cachées, et qui détruit très-rapidement les viandes cuites et aussi les provisions de sucre et de chocolat, au point de forcer certains commerçants à changer leurs magasins. Les insufflations de poudre de Pyrèthre s’emploient contre elles avec succès. Le Lasius emarginatus, dans les jardins et les fruitiers, donne une mauvaise odeur aux fruits sur lesquels il se promène. Certaines Fourmis s’introduisent dans les replis des vêtements et mordent l’homme avec fureur jusqu’à la figure. Tels sont surtout les Formica cinerea, puis rufibarbis, eæsecta, etc., divers Lasius et Myrmica, le Tetramorium cespitum, etc. Un petit nombre de Formiciens ont un aiguillon assez fort pour percer notre épiderme et causer de légères inflammations circonscrites. La piqûre de Myrmica rubida, espèce rare, est douloureuse. Quand on s’assied dans les bois sur la mousse ou au bord des ruisseaux, on est souvent exposé aux piqûres des Myrmica lœvinodis et ruginodis, Fourmis connues sous les noms de Rousselets, Fourmis rouges, etc. L’aiguillon de Tetramorium cespitum ne peut guère entamer que l’épiderme des enfants, mais l’espèce mord furieusement. IL y a des Fourmis exotiques dont la morsure est très-violente et met la peau en sang. Au Brésil, l'OŒEcodoma cephalotes, Latr., est employé pour retenir rapprochés les bords d’une plaie qu'on lui fait mordre; on ne laisse que la tête et les mandibules, qui demeurent solidement en place, et il n'est pas rare de voir des indigènes ayant ainsi une plaie en voie de cicatrisation par sept ou huit têtes de cette Fourmi. Les Camponotus, les Poyergus de nos bois ont une morsure douloureuse, accompagnée d’une salive âcre, et de même les Formica cinerea, rufibarbis, exæsecta et sanguinea. Certains de nos Formiciens éjaculent à distance de l’acide formique, qui peut atteindre les yeux et faire assez mal : tels sont les Formica rufa, pratensis et truncicola. On s’est servi autrefois de ces espèces pour obtenir l’acide formique par distillation.

Pour empêcher les Fourmis de grimper aux arbres fruitiers de plein vent, on recouvre le tronc d’un large enduit de craie friable qui s'éboule sous leurs pattes, ou mieux, comme résistant à la pluie, d’un collier de glu ou de goudron gras. Les fourmilières nuisibles seront détruites à l’eau bouillante ou au pétrole, et l’on doit opérer ainsi avec soin dans les prairies artificielles, dans les champs de blé et dans les jardins du Midi, à l'égard des fourmilières des Attes, ou Fourmis moissonneuses, qui font perdre tant de graines de semailles par leurs magasins. Quant aux Fourmis qui envahissent les maisons et dont on trouve rarement la fourmilière, on placera sur leur trajet des éponges imbibées de mélasse ou de miel commun, et on les jettera dans l’eau bouillante quand elles seront remplies de Fourmis.

(1) Puls, Note sur la Fourmi de Pharaon (Ann, Soc, entomol. de Belgique, 1868-1869, t. XII, Bull, p, LV).

FORMICIDES. — FORMICA. 1041

Les Formiciens ont été divisés en trois grandes familles : Formicides, Ponérides, Myrmicides.

FORMICIDES.

Pas d'aiguillon chez les femelles et les neutres. Un seul article au pédicule abdominal. Pas de rétrécissement après le premier segment de l'abdomen proprement dit. Nymphes tantôt contenues dans un cocon, tantôt nues.

FORMICA, Linn. — Aire frontale triangulaire très-distincte ; ocelles aussi trèsdistincts, ainsi que le sillon frontal; lames frontales divergentes en arrière. Antennes de douze articles (treize chez les màles), allant en diminuant de force. Mandibules larges, à bord terminal denté. Palpes maxillaires de six articles, parfois de cinq; palpes labiaux de quatre articles. Pétiole de l'abdomen avec une grande écaille, épaisse et perpendiculaire, Thorax impressionné entre l’écusson et le métanotum, celui-ci voûté. Ailes des deux sexes aussi longues ou plus longues que le corps, ayant une cellule cubitale et une cellule discoidale. Mäles à organes génitaux externes grands, avec valvules génitales externes cultriformes, les éperons simples aux jambes médianes et postérieures.

Les espèces du genre Formica, tel qu'il est limité aujourd'hui, ont des ouvrières grandes et moyennes, les femelles de même taille que les mâles et plus grandes que les ouvrières; ces espèces sont robustes et trapues. Très-souvent les ouvrières, qui ne savent guère se suivre à la file sur un terrain inconnu, se portent l’une l’autre. Les nids sont très-variés, ordinairement grands ou très-grands, et la vie se passe surtout au jour et au grand air. Plusieurs espèces savent faire jaillir leur venin, et se dressent pour cela sur leurs pattes postérieures en recourbant l'abdomen sur le thorax. Les pattes sont assez longues et la marche saccadée. Les nymphes sont ordinairement enveloppées d’un cocon et parfois aussi nues, et la même espèce peut offrir ces deux cas dans la même fourmilière. Jamais les Pucerons ne sont élevés dans le nid, mais toujours recherchés sur les plantes.

Le type de ce genre est F. rufa, Linn., la Fourmi brune à corselet fauve de Geoffroy, the wood Ant des Anglais (pl. Lxxv, fig. 4, male ; 1 à, ouvrière; 4 b, tête du mâle). L'ouvrière, sachant faire jaillir son venin, grande de 6 à 8 mi lim., offre, ainsi que la femelle, l’aire frontale toujours lisse et brillante, l’'échancrure entre le mésonotum et le métanotum forte, ce métanotum très-voûté ; les yeux et les ocelles gros, la tête et l'abdomen beaucoup plus larges que le thorax et d'un brun noir en dessus; le thorax d’un rouge fauve assez vif, plus ou moins mêlé de brun et de noir. L'abdomen de la femelle est court, presque sphérique. Le mâle a le corps robuste, large et poilu, d'un noir terne, les organes génitaux externes, et souvent les pattes d’un jaune rouge. Les nymphes sont presque toujours dans un cocon Le nid, très-commun dans tous

nos boiset recherché des faisandiers, est généralement formé d'un monceau en très-large cône de petites branchettes accumulées ; quelquefois les colonies habitent de vieux troncs d'arbres pourris ou des murs construits en terre gazonnée. On trouve dans ces nids des Staphyliniens protégés, divers Coléoptères, comme Cetonia aurata, Clytra quadripunctata, diverses espèces du genre Myrmica vivant en bonne intelligence. L'essaimage des sexués a lieu d'ordinaire en juin.

Citons, dans les espèces du même genre, l'espèce ou race F. pratensts, de Geer (syn. congerens, Mayr, Nyl.), très-voisine de F. rufa, Linn., plus poilue, avec pareils monceaux de branchettes dans les lieux boisés et éjaculant un venin d'odeur encore plus acide. — F. fusca, Linn., ne sachant pas faire jaillir son venin ou à peine, avec races rufibarbis (Fabr. syn. cunicularia, Latr.), espèce plus petite, offrant l'aire frontale mate, finement rugueuse, le corps en entier d’un roux ferrugineux ou obseur, avec nymphes nues ou en cocons, creusant des terriers et n'accumulant pas de débris en monceaux, avec essaimage de juillet à septembre. — F. sanguinea, Latr., d’un rouge sanguin plus ou moins, quelquefois jaunâtre, avec l'abdomen d'un noir brun chez la femelle et l’ouvrière, le mâle noir, avec pattes et parties génitales d'un roux pâle. Cette espèce, dont les nymphes sont nues ou en cocons, a des nids variés, ou dans la terre, ou dans les troncs, ou dans des monceaux de branchettes; nids souvent ravis par elle à d'autres espèces, car, si elle vit parfois seule, elle s'adjoint fréquemment des auxiliaires.

Les genres voisins des Formica sont d’abord le genre Lasius, à aire frontale peu distincte, à ocelles et sillon frontal très-oblitérés ou nuls, l’écaille du pétiole quadrangulaire et étroite, le bord antérieur de l'épistome non échancré, les ailes des sexués comme dans les Formica, les pattes plus courtes que dans le genre Formica. Espèces : L. fuliginosus, Latr., très-reconnaissable par sa couleur d’un noir brillant, sa grosse tête échancrée en arrière, ses tarses d’un roux pâle, habitant en colonies nombreuses les vieux troncs pourris et exhalant une forte odeur aromatique. — L. niger, Linn., avec races nombreuses, la couleur variant du brun noirâtre au brun jaunâtre, sans ocelles; espèce répandue de la Laponie à l'Algérie, très-commune en France, nidifiant dans la terre, sous les pierres, dans le sable, dans les troncs pourris, essaimant en août.— L. flavus, Fabr., à ouvrière entièrement jaune, d'un jaune blanchâtre chez les petits sujets, de 2 millim., qui ont alors les yeux très-petits ; à tête et abdomen rougeûtres chez les gros, la femelle et le mâle bruns à reflet jaunàtre ; paraissant en septembre et octobre, avec mêmes nids et mœurs que l'espèce précédente, également trèscommune en France.

Les Lasius abondent en races, avec des ouvrières petites et des mâles guère plus grands, tandis que les femelles sont très-grandes et grosses. Les ouvrières savent se suivre à la file, sans se porter; les formes Jaunes ont une odeur alliacée. Les fourmilières, grandes ou très-grandes,

Page 1