FORMICA
nous montrent des nymphes toujours enveloppées d'un cocon, des Pucerons parfois élevés dâns le nid, notamment ceux des racines des Graminées, tandis que d’autres espèces recherchent les Pucerons sur les feuilles et les tiges. Il y a souvent de l'architecture hors du nid, par des chemins couverts ou des pavillons terreux au pied des plantes. Le genre Camyponotus, Mayr, se compose de Fourmis pour la plupart de grande taille, avec des ouvrières de deux grandeurs: les unes faibles et à tête petite; d'autres grosses, trapues, à tête frès-grosse et dure; les mâles de la taille des deux sortes d’ouvrières, les femelles plus grandes que les plus grosses ouvrières, les nymphes toujours en cocons. Il n'y a pas d'architecture hors du nid, et les Pucerons sont toujours recherchés au dehors, sur les plantes. Les ouvrières se portent les unes les autres dans leurs migrations; la portée tient une mandibule de la porteuse et se pelotonne sous sa tête, en repliant pattes et antennes. L'épistome est trapéziforme, avec ses bords latéraux divergents en avant, les lames frontales recourbées en forme d'S, l'aire frontale mal limitée, les mandibules pluridentées, l'écaille du pétiole ovale, perpendiculaire, légèrement bombée sur ses faces antérieures et postérieures; les ouvrières sans ocelles, à palpes maxillaires de six articles et labiaux de quatre, les ailes des sexués avec une cellule cubitale et pas de discoïdale. Nous citerons le C. Herculeanus, Linn., et sa race ligniperdus, Latr., à abdomen et tête noirs, le thorax, Le pétiole, les pattes rougeâtres, les mandibules munies de 4 à 5 dents, les ailes des sexués jaunätres et rembrunies; des bois de toute la France, nidifiant dans les troncs pourris et en terre, essaimant en juin et juillet.
Dans un genre voisin, Colobopsis, Mayr, les ailes des sexués sont hyalines, et il y a un soldat à grosse tête tronquée obliquement en avant, les mandibules courtes, très-épaisses et dentées. Le C. truncata, Spinola, du midi de la France et de Suisse, offre le soldat gardant les portes du nid, qui est dans les arbres, de la taille de la femelle, tandis que le mâle est un peu plus petit, mais plus grand que l’ouvrière. L’espèce a les nymphes des quatre formes en cocons, l'allure rapide, et est très-craintive, sans architecture hors du nid ; ne parait pas cultiver de Pucerons, lèche divers sucs sur les plantes et ne dédaigne pas les insectes tués. Le genre Polyerqus, Latr., présente des mandibules de forme spéciale chez les Formicides, cylindriques, arquées, très-étroites, aiguës à l'extrémité et sans bord masticateur; des ocelles chez l’ouvrière ; les palpes maxillaires de quatre articles, les labiaux de deux, l'aire fron- (ale nettement limitée, le métanotum fortement gibbeux, le pétiole avec une écaille épaisse, ovale, droite et élevée. Le P. rufescens, Latr., la femelle et l’ouvrière rousses, celle-ci aussi grande que le mäle, qui est noir, les ailes avec une cellule cubitale et une discoïdale. Les nids sont en terre, avec des nymphes nues ou en cocons. Les ouvrières ne savent pas faire jaillir leur venin, se font nourrir et font creuser le nid par des auxiliaires en bien plus grand nombre qu'elles. Elles savent
marcher en corps, se suivre à la file et aussi se porter à l'occasion, comme les Formica et les Camponotus. Ge sont'par excellence les Fourmis-amazones, manquant en Angleterre, rares en France au nord de la Loire, assez communes dans le midi et en Suisse.
PONÉRIDES.
Un aiguillon chez les femelles et ouvrières. Un seul article au pédicule abdominal. Abdomen rétréci après le premier segment. Nymphes contenues dans un cocon.
PONERA, Latr. — Chaperon triangulaire, voûté, non denté en avant. Pas d’ocelles; yeux très-petits et d’une à six facettes seulement, placés tout en avant du bord latéral de la tête, Antennes de douze articles (treize chez les mâles), avec massue de quatre articles. Mandibules aplaties, avec bord masticateur dentelé. Palpes maxillaires d’un ou de deux articles, palpes labiaux de deux. Pédicule nettement séparé de l’abdomen et ne s’y attachant pas par toute sa face postérieure, surmonté d’une écaille épaisse et perpendiculaire ; éperons de toutes les jambes pectinés. — Sexués : des ocelles; yeux gros et à beaucoup de facettes; ailes à deux cellules cubitales et une discoïdale, Mâles : mandibules très-étroites, courtes et sans dents; palpes maxillaires de quatre articles, labiaux de trois; fouet de l’antenne filiforme.
Les Ponères, à ouvrières presque aveugles dans les espèces européennes, présentent comme espèce principale P. contracta, Latr., de toute l’Europe. des îles Britanniques, de Madère, brune chez l’ouvrière et la femelle (3 à 4 millim.), avec les mandibules pluridentées, les antennes, les pattes et l'extrémité de l’abdomen d’un jaune rougeûtre, les palpes maxillaires de deux articles, le mâle noir et luisant. Cette espèce est rare et vit en sociétés très-peu nombreuses sous les pierres et au pied des arbres, avec essaimage en août et septembre. Une seconde espèce, également très-poilue, palpes maxillaires d’un seul article trèspetit, dont le corps paraît presque mat par suite d’une ponctuation trèsserrée, est le P. punctatissima, Roger, de Suisse et du midi de la France, d'Italie, de Grèce, ne paraissant exister au nord de l’Europe que dans les serres.
Aux Ponérides se rapporte le genre Anomma, Shuckard, à tête large, avec mandibules allongées, recourbées et en tenailles, avec une large dent courbe à peu près à moitié de leur longueur, au bord interne, les palpes des deux sortes biarticulés, le thorax allongé, les pattes grêles, les segments de l'abdomen un peu resserrés.
Les espèces de ce genre sont de l’Afrique occidentale chaude (Sierra- Leone, cap. Palmas, Vieux-Calabar, etc.), et portent le nom de Chasseurs,
MYRMICIDES. — MYRMICA. 1015
de Fourmis de visite (wisiting Ants). Une exposition ‘directe aux rayons du soleil leur est immédiatement fatale ;!mais elles sortent par les jours couverts, le soir et la nuit, en armées formidables. Si, en raison de l’abondance du butin, elles sont surprises par le jour naissant, elles construisent des chemins voûtés, quand elles ne trouvent pas l'abri d’un gazon épais. Lorsqu'un cours d’eau se présente sur leur route, elles forment un pont en s’accrochant les unes aux autres, et toute l'armée passe sur ce radeau vivant.
Si l'inondation les surprend à la base des collines, dans la saison pluvieuse, elles se forment en masse arrondie, déposant au centre les larves et les nymphes, et flottent ainsi jusqu’à une plage de salut ou en attendant que l’eau baisse. Leur entrée dans une maison est aussitôt accompagnée d'une fuite universelle et simultanée des rats, souris, lézards, cancrelats, etc., et de la nombreuse vermine qui infeste le logis, ce qui rend leur visite quelquefois désirable. Il y a des ouvrières de grande taille et formidables par leurs mandibules à croc; d'autres plus petites, plus effilées et plus plates, dont les mandibules ont le tranchant finement denticulé en scie et admirable pour déchirer les fibres musculaires. Les habitants des villages nègres sont fréquemment obligés d'abandonner leurs huttes, en emmenant leurs enfants, et d’attendre que les Fourmis de visite aient passé. D’après Savage, elles font même périr des animaux d'assez grande taille, des poules, des cochons, des singes, de gros lézards et jusqu'à des serpents pythons.—Voy. Thomas Savage, On the Habits of the Drivers of visiting Ants of West Africa (Entom. Soc. of London Trans., 1847, V, part. 1, p. 1). — Fr. Smith, Observations on the Ants of equatorial Africa (même recueil, 1862-68, ?, p. 470-473).
MYRMICIDES.
Un aiguillon chez les femelles et ouvrières. Pédicule de l'abdomen muni de deux articles ou nœuds. Nymphes toujours nues.
Les Myrmicides sont la famille de Formiciens où les formes et les mœurs sont les plus variées, les genres les plus nombreux.
MYRMICA, Latr. — Ocelles des ouvrières obsolètes. Antennes se terminant en massue, Mandibules dentées; palpes maxillaires de six articles, labiaux de quatre. Aire frontale aiguë en arrière. Ailes antérieures des sexués ayant la cellule radiale et la cellule cubitale incomplètes et une cellule discoïdale complète. Cuisses claviformes ; éperons des jambes pectinés.
Les Myrmiques, très-répandues en Europe, sont des Fourmis fortes, robustes, munies d’un puissant aiguillon. Les femelles sont de même taille que les mâleset seulement un peu plus grandes que lesouvrières,
dont la taille varie très-peu. Elles savent se suivre à la file et aussi se porter d'une manière très-curieuse : la porteuse saisit celle qu'elle veut porter par le bord inférieur externe d'une de ses mandibules, et l’enlève ainsi complétement, en retournant son corps sens dessus dessous; la portée se replie alors sur le dos de la porteuse, en reployait ses pattes et ses antennes sur la face ventrale, à la façon d’une nymphe. Ce système est beaucoup plus commode pour la porteuse que celui des Camponotus, etc. Les Myrmiques cherchent les Pucerons sur les plantes et en ont aussi quelquefois dans leurs nids, qui sont variés et ordinairement de grandeur moyenne. L'allure de ces Fourmis n'est pas vive, mais elles sont très-adroites. L'espèce type, répandue dans toute l'Europe, est M. rubra, Linn. L’ouvrière, d'un rouge plus ou moins jaunâtre ou roussâtre, le dessus de la tête et de l'abdomen ordinairement plus foncés, ayant de 3 à 6 millim., présente le métanotum armé de deux fortes épines, les mandibules avec sept ou huit dents, la massue des antennes de trois à quatre articles. Les sexués, aussi à métanotum biépineux ou bituberculé (mâle), ont les ailes légèrement teintées de brunätre à la base. Cette espèce a de nombreuses races, ordinairement confondues sous les noms de Rousselets, de Fourmis rouges. Les plus communes sont M. lœævinodis, Nyl., de toute l'Europe à partir de la Finlande, très-commune en France dans le sable, sous les pierres, les mousses, dans les troncs pourris, essaimant en août et septembre, les nœuds du pétiole lisses, les épines métathoraciques faibles; M. ruginodis, Nyl., à nœuds rugueux, à fortes épines; M. scabrinodis, Nyl., à tête, thorax, nœuds du pétiole longitudinalement rugueux et striés, à longues épines du mésonotum, très-commune en France et des mêmes lieux que les précédentes. Ces races donnent des hybrides.
Un genre voisin, Tetramorium, Mayr, présente des antennes de douze articles, en massue au bout; les mandibules armées de 5 à 7 dents; les palpes maxillaires de quatre articles, les labiaux de trois ; la tête et le thorax à stries rugueuses longitudinales, celui-ci non étranglé entre le mésonotum et le métanotum; le pédicule rugueux, son premier nœud concave en avant. L'espèce type, extrêmement commune dans toute l’Europe, est le T. cespitum, Linn., à ouvrières très-petites, 2 à 3 millim., tandis que les mâles et les femellessont très-grands, de 7 à 8 millim. Les ouvrières, qui varient d’un jaune brunâtre clair à un noir à peine brunâtre, sont très-courageuses, d'allure assez rapide, le corps assez ramassé, les pattes assez hautes. Elles se suivent à la file et se portent aussi, à la façon des Myrmica. Les fourmilières sont grandes, creusées en terre dans les lieux sablonneux et les prés, parfois, mais rarement, avec des Pucerons sur des racines, car l'espèce carnassière se nourrit surtout d'insectes ; les males et les femelles volent en juillet.
Dans le genre Crematogaster, Lund, les palpes maxillaires ont cinq articles, les labiaux 8, le métanotum est biépineux; les antennes ont onze articles, avec massue de trois; l'aile supérieure des sexués a