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I. — NÉVROPTÈRES PSEUDO-ORTHOPTÈRES

(à métamorphoses incom plètes).

TRIBU DES TERMIATIENS.

La tribu des Termitiens se rattache de très-près aux Orthoptères par les Blattiens, en raison de la structure des pièces buccales, de la forme déprimée du corps et des habitudes lucifuges, jointes à une prodigieuse voracité. Les Termites sont, avec les Acridiens migrateurs, un fléau des régions chaudes, Termes utriusque Indice calamitas summa, a dit Linnæus. Le nom de Corrodentia, ou Rongeurs, a été donné à la tribu par M. Burmeister, en raison de leurs facultés destructives. Ce sont les Isoptera de Brullé, par la presque égalité de leurs deux paires d'ailes, les Termitides de Leach, Westwood, les Termitines de Latreille, Pictet, Les Français nomment ces insectes Poux de bois, car ils détruisent surtout le bois; Fourmis blanches, d'après de grossières analogies de forme avec les Fourmis, et surtout par des mœurs très-rapprochées, et aussi Vag-vagues, fausses Friganes, Carias, nom qui vient des peuples orientaux, et sans doute corruption d'Acarus, ver des bois, produisant leur carie ou vermoulure. Les Portugais établis au Brésil leur donnent le nom de Coupées, car ils mettent tout en pièces ; d’Insectes perçants ou dévorants. Vitruve et Isidore de Séville ont les premiers employé le mot Termes pour désigner un petit ver qui ronge le bois, particulièrement le chêne et l'olivier. A l'exception du verre, des pierres, des métaux, et, dit-on, de deux espèces de bois très-durs, le teck et le bois de fer, rien ne résiste dans les pays chauds à l'instinct destructeur des Termites. On est obligé de renfermer les objets qu’on veut préserver dans des caisses de fer-blanc soudées à l’étain, non moins en vue des ravages de ces insectes que de ceux des Blattiens et de certaines Fourmis. C’est surtout lorsqu'ils pénètrent dans les maisons que les Termites : sont le plus à craindre; ils attaquent les lambris, les poutres, les supports, les meubles, en rongeant tout l’intérieur et ayant soin de respecter la surface, de manière à se maintenir hors des atteintes de la lumière, instinct funeste qui amène pour nous une sécurité trompeuse et peut conduire aux plus graves accidents. Les Termites détruisent aussi avec une effrayante rapidité le euir, le drap, la toile, le papier, les fruits, etc., en un mot, à peu près toutes les substances à notre usage. Aussi de Humboldt rapporte, dans son Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, que, dans les parties les plus chaudes de l'Amérique équinoxiale où abondent ces insectes, il est rare de trouver des manuscrits qui remontent au delà de cinquante à soixante ans. Au commencement du siècle, les Termites des Indes orientales ont détruit la magnifique résidence du gouverneur de Calcutta, le vaisseau de ligne

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anglais l’Albion, et même des villages entiers. F. Cailliaud (Voyage à Méroé, t. 1, p. 398) parle d'un Termite nommé Gourda dans le pays de Dongolah, et qui est des plus redoutables. C'est probablement le Termes bellicosus, Smeathman. Les habitants ne peuvent rien conserver sur le sol et sont obligés d'élever des planchers sur des pieux pour y placer leurs récoltes de grains; les Termites mangent tous les vêtements, les nattes de paille, ete. Is montent jusqu'au sommet des dattiers les plus élevés, couvrent le tronc avec de la terre qu'ils ont emportée et s’en font des retraites. Ils se montrent peu le jour, mais, la nuit, sortent de terre par milliers, empêchant les voyageurs de dormir à terre sur le sol des tentes, et les obligent à élever et à isoler leurs bagages.

On peut dire que la mission normale des Termites, dans l'équilibre universel des êtres, est de débarrasser les régions chaudes d’une foule de végétaux morts qui, sans cela, dans ces climats où la vie végétale est luxuriante, obstrueraient le cours des rivières et formeraient à la surface du sol de véritables barricades, gênant la circulation des animaux et empêchant de nouvelles et vigoureuses plantes de se développer à leur place. Aussi les Anglais ont appelé les Termites les grands balayeurs de la nature.

Comme il est d'ordinaire pour les aimaux doués d'une fécondité immense, les Termites sont sociables, et vivent en commun dans des refuges variés nommés termitières. C'est le premier exemple et le plus compliqué de ces associations de reproduction que nous retrouverons chez les Abeilles et les Fourmis. Comme nous avons la manie d’affubler les animaux sociables de nos formes gouvernementales, nous avons voulu voir là des monarchies ou des républiques. Il n'y a rien de pareil : les différentes formes de l'espèce contribuent au but unique des êtres, non plus seulement par des individus sexués, mâles et femelles, mais aussi par des individus neutres de deux sortes, les uns ouvriers, chargés de construire les demeures, d'apporter des provisions, de soigner la

progéniture d'une mère commune, qui serait incapable de donner aucun soin à ses enfants ; les autres soldats, armésde puissantes mandibules, servant à défendre la société contre ses ennemis. Il y a à quatre formes réellement adultes et nécessaires pour assurer la perpétuité de l'espèce; leur concours simultané est réglé par un admirable instinct, sans aucune dépendance ni obéissance d’une forme à une autre : où la révolte est impossible, la subordination est inutile. Il y a une division quaternaire du travail physiologique de la génération, au lieu de la division binaire habituelle. De nombreuses observations sont encore nécessaires pour élucider des points établis pour les Abeilles. La reine ou femelle féconde des Termites produit-elle des œufs différents selon les époques de ponte pour les mâles et les femelles ? Les ouvriers et les soldats sont-ils dus à des œufs particuliers, ou ne sont-ils, en généralisant ce que Lespés a annoncé pour le Termes lucifugus, que des sexués

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avortés? Une nourriture spéciale des larves est-elle nécessaire pour développer les organes génitaux, demeurant sans cela rudimentaires? Peut-il exister des femelles à fécondité restreinte, incomplète, comme les ouvrières pondeuses que la reine des Abeilles recherche pour les tuer? Plusieurs reines fécondes peuvent-elles coexister dans la même termitière? Cette dernière question semble résolue affirmativement pour certaines espèces. Le colonel Sykes assure avoir trouvé aux Indes orientales deux reines dans une seule cellule royale, et il reste encore incertain pour le Termes lucifugus si la même retraite renferme une ou plusieurs reines.

Les caractères très-généraux des Termitiens sont les suivants : Corps déprimé, ovale; tête libre. Aïles égales, caduques, membraneuses ; tarses de quatre articles. Dans les formes sexuées, la tête a toujours des yeux composés, petits, mais fortement réticulés, et parfois des stemmates: les antennes, assez courtes et formées d’articles médiocrement nombreux, ne s'amincissent pas à l'extrémité. Dans la bouche les mandibules sont courtes, épaisses, en pointe aiguë à l'extrémité, et dentées au côté interne ; les mâchoires à deux lobes, à mando allongé, aigu et denté à l'extrémité, avec élargissement membraneux et cilié à la base; le galea souvent plus court, aplati, obtus au bout; les palpes maxillaires de cinq articles, le dernier le plus long ; la lèvre fendue jusqu'au men- {on avec quatre divisions pointues, ses palpes de trois articles, le dernier le plus long. Le thorax varie dans sa forme. L'abdomen est court ; les pattes courtes, le dernier article des tarses terminé par des ongles simples assez grands, Les ailes, qui n’appartiennent qu'aux deux sexes adultes, sont subégales dans les deux paires, longues, étroites, de réticulation assez variable, On y trouve les principales nervures, et l'aire costale, entre la nervure costale et la suivante, est tantôt divisée par des nervules et tantôt n’en possède pas (Termes propre). Elles sont rarement bien transparentes, souvent subopaques et diversement colorées ; elles s’articulent à la base sur une sorte de moignon ou d'écaille qui persiste, lorsque l’aile est tombée après la fécondation ou a été arrachée par les neutres. Les ouvriers ressemblent aux larves des sexués, encore dépourvues de tout rudiment alaire. Les soldats tranchent for-" tement sur les autres formes par leur énorme tête très-dépassée par de grandes mandibules aiguës, subdroites ou falciformes. Dans les vrais Termes au moins, par une étrange particularité, ces défenseurs de l'habitation commune sont privés d'yeux.

Les espèces des Termites sont encore fort mal connues, surtout dans la multiplicité de leurs états et de leurs larves. Jusqu'à une époque trèsrapprochée de nous on avait conservé pour elles l’unique genre Termes de Linnæus.M. Hagen a établi des genrés d’après les caractèrestirés chez les individus sexués adultesde la présence ou de l'absence d'une plantule ou lobe préhenseurentre lesongles des tarses, l'existence ou l’absence des stemmales ou yeux accessoires, etlesnervules se trouvant dans l'aire Cos-

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tale (Calotermes, Termopsis, Hodotermes) ou faisant défaut (Termes), cette dernière division pressentie par Rambur. On peut encore arriver, au moins en partie, à ces genres, par l'aspect des formes neutres et des larves. Les yeux peuvent apparaitre dans ces états antérieurs etchez les ouvriers et les soldats (Calotermes, Hodotermes), ou bien ces formes sont aveugles (Termes). On a reconnu une complexité extrême dans les formes qui peuvent vivre et concourir au but commun dans la termitière, et il reste encore à découvrir en ce genre. On doit distinguer, selon M. Hagen : 1° un roi fécond et une reine pleine d'œufs; 2° les adultes ailés mâles et femelles; 3° les nymphes des deux sexes des précédents avec de grands fourreaux d'ailes; 4° les nymphes des deux sexes des mêmes avec de courts fourreaux d'ailes; 5° les larves des mêmes, mâles et femelles; 6° les ouvriers aptères, qui, d'après Lespés, offrent mâles et femelles avortés; 7° les larves des ouvriers; 8° parfois des ouvriers rostrés (nasuti) offrant un prolongement antérieur de la tête, comme un nez ou bec; 9° les soldats aptères, qui, d’après Lespés, sont mâles et femelles avortés; 10° les larves des soldats; 11° parfois des soldats rostrés (nasuti); 12° des soldats en nymphes à courts fourreaux d'ailes, de signification inconnue et anormale. Si l'on considère que certaines formes, comme 7°, 8, 40°et 11°, ne peuvent être séparées en sexe, et si l'on double les autres en raison de leur état dioïque, on arrive au nombre énorme de vingt formes séparées pouvant coexister dans une même espèce de Termitiens. Les formes rostrées sont encore peu nombreuses et spéciales à quelques espèces. Si l’on parvient à prouver que les rois et reines, ou couple fécond de la termitière, proviennent toujours des nymphes à courts fourreaux d'ailes, comme Lespés l'admet pour le Termes lucifugus, on aura la signification de cette forme pour tous les genres. C'est le sous-genre Eutermes qui offre jusqu'ici le plus de complication, puisque c’est Le seul jusqu'à présent où l'on ait vu des ouvriers et des soldats rostrés, en outre des types habituels; ils ont donc les onze premières formes; les autres genres ont les sept premières formes, la neuvième et parfois aussi la douzième. Il reste encore bien des observations à faire en cette matière, fort pénibles en raison des localités où vivent presque tous les Termites, de la difficulté d'études sur place, de la longue durée dans les voyages, et du petit nombre d’entomologistes en position de s'y livrer.

Les mêmes raisons laissent encore subsister de grandes lacunes dans la biologie de ces insectes. Il paraît bien prouvé, et par l'observation directe sur certaines espèces, et par l'analogie avec les Abeilles et les Fourmis, qu'à certaines époques les adultes sexués, pourvus d'ailes complètes, sortent des termitières en essaims et s’'accouplent au dehors. Par un fait autre que ce qui se présente pour la reine des Abeilles pondant plusieurs années consécutives à la suite d’un seul accouplement, la reine des Termites, au contraire, semble avoir besoin de renouveler sa fécondité, qui dure aussi plusieurs années, par des coïts réitérés ;

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c'est du moins ce que fait supposer la présence constante d'un mâle auprès d'elle, quand elle est séquestrée dans la termitière. Il n’est pas impossible cependant que la présence du mâle ne soit qu'un excitant au travail de la ponte, comme nous l'avons vu pour les mâles des Scarabées rouleurs de boules. IL est fort à présumer que les larves et les nymphes des sexués ne quittent jamais le nid, que les adultes l'abandonnent seulement lors de l’essaimage reproducteur, que les ouvriers et les soldats même, au contraire, en sortent souvent. Les recherches précises de M. Bates ont fait voir que les jeunes habitants sont réellement nourris dans le nid, ce qui amène la nécessité d’y amasser des provisions, comme l'avait .déjà dit Smeathman, mais ce que certains auteurs avaient nié.

Jusqu'à présent toutes les espèces connues de Termites sont sociales et bâtissent un nid commun. Ce dernier offre l’état Le plus imparfait quand les Termites n'habitent que l'intérieur d'arbres morts ou se logent sous leurs écorces : à ce groupe semblent appartenir les Calotermes. On ne sait encore rien de net sur les demeures des espèces tout à fait souterraines. Quelques observations semblent prouver qu’elles creusent sous le sol de vastes nids, et parfois à une profondeur considérable, puisqu'on a observé à la Louisiane des tubes de Termites destinés à conduire ces insectes au nid à l’abri de l'air extérieur, en creusant un puits à une profondeur de 6 mètres. On présume que les Hodotermes et un certain nombre de Termes appartiennent à cette catégorie.

Les constructions de tertres au-dessus du sol sont exclusives au genre Termes, et sont ce que nous connaissons de mieux en fait de termitières, suivant le type fourni par le T. bellicosus, Smeathman, répandu dans toute l'Afrique chaude. Au même genre appartiennent les nids en tourelles ou en champignons. Les observations de M. Bates sur les Termites des régions de l'Amérique tropicale traversées par l'Amazone mettent sur la voie des faits nouveaux et importants pour l'avenir, car il a reconnu que le même tertre peut être habité en divers endroits par plusieurs espèces de Termites, l'une d'elles étant sans doute l'architecte, et les autres des conquérants profitant des travaux d'autrui, d'une façon analogue aux invasions des fourmilières par des espèces cherchant à emmener des esclaves. En outre, M. Bates a vu qu'une seule colonie peut ne pas se contenter d'un seul tertre, mais en employer plusieurs pour son existence, réunis par des conduits souterrains. Il reste enfin, comme dernière sorte de termitière, les nids sphéroïdaux placés sur les arbres. On n’en connait encore que très-imparfaitement la structure, et l’on n’y à jamais trouvé de reine. Ce fait, rapproché d'une observation de Banks sur des Termites de l'Australie, amène à supposer que ces nids d'arbres ne sont qu'une construction accessoire pour un but spécial, et que ces insectes ont d’autres nids en terre : il y a là une analogie avec la seconde découverte de M. Bates. Le sous-genre Eu-

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