NÉVROPTÈRES
termes semble seul construire des nids sur les arbres, quoique certains Eutermes habitent aussi des tertres.
Nous ne serons pas étonnés, après ce que nous savons sur les peuples acridophages, de voir l’homme chercher à utiliser les Termites pour sa nourriture, dans les pays qui en sont infestés. D'après Kirby, l'énorme femelle dodue des Termites est regardée par les Hindous comme douée de propriétés éminemment nutritives, et se donne aux vieillards trèsaffaiblis. M. Broughton (Letters written in a Mahratta camp, in 1809) rapporte que, pendant la maladie de Surgee-Rao, des reines de Termites, acquises à grands frais, devinrent la principale nourriture de ce premier ministre de Scindia, chef des Mahrattes. Kænig (Naturgeschichte der so genannten weissen Ameïise, 1775) dit que, dans certaines parties des Indes orientales, on fait manger les Termites aïlés aux vieillards, et que, pour capturer ces insectes avant le temps de l'émigration, on pratique à leur nid deux trous opposés l'un à l’autre et suivant la direction du vent; on adapte à celui qui est sous le vent un pot frotté à l'intérieur avec une plante aromatique. On fait de l’autre côté du feu avec des matières puantes dont la fumée chasse les insectes, qui tombent dans le pot et qu'on emporte. On accommode ensuite les Termites avec de la farine, et l’on en fait une pâtisserie à boñ marché pour le peuple. Kænig ajoute que l'abus de cette nourriture, dans la saison où elle abonde, donne des coliques et des dysenteries épidémiques emportant le malade en deux ou trois heures.
Les Africains de la côteoccidentale se contentent, lors de l’essaimage, d'écumer avec des calebasses les eaux couvertes de Termites sexués. Ils en remplissent des chaudières et les font sécher à petit feu dans des pots de fer, en les remuant comme si l’on faisait rôtir du café. Smeathman dit avoir mangé de ce mets et l'avoir trouvé aussi nourrissant que sain, assez semblable pour le goût à de la pâte d'amandes douces, et plus agréable sous ce rapport que la fameuse larve du Charanson des Palmiers (Rhynchophorus Palmarum), dont la saveur de graisse ne tarde pas à écœurer, et qui se sert cependant sur les meilleures tables des Indes orientales. Sparrmann dit que les Hottentots mangent les Termites crus, bouillis ou rôtis à la manière du café, et les regardent comme très-nourrissants. D'après Pison, Laet, Marcgrave, etc., on les mange aussi dans l'Amérique méridionale, et on les vend sur les marchés.
Les Termitiens sont presque exclusivement limités aux régions les plus chaudes des deux mondes et à l'Australie. On en trouve en Europe trois espèces probablement distinctes, et une au moins, sinon toutes, est d'importation. Les insectes fossiles des succins et des argiles tertiaires présentent un assez grand nombre d'espèces de Termitiens ; leur extension géographique devait être beaucoup plus grande qu’aujourd'hui, à cette époque ancienne où toute la terre paraît avoir joui de la température réservée maintenant aux tropiques, et par suite d’une faune et d'une flore appropriées.
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Nous recommandons beaucoup pour l'étude des Termitiens un mémoire fondamental de M. Hagen (H. A. Hagen, Monographie der Termiten, in Linnœæa entomologica. 1855, t.X, p. 1 à 144, 270 à 325; 1858, t. XIT, p. 4 à 342, pl. 1 et 3; 1860, t. XIV, p. 73 à 1928). Outre l'étude didactique des genres et des espèces, l’auteur donne une exposition très-étendue de tout ce qui a été écrit sur les Termites des cinq parties du monde, soit par les naturalistes, soit par les nombreux voyageurs qui s'en sont occupés incidemment, en raison de leur nidification curieuse et de leurs dégâts. M. Hagen analyse ensuite la bibliographie et les travaux systématiques des entomologistes sur les Termites, discute leur place sérialé parmi les Orthoptères ou parmi les Névroptères ; examine les espèces fossiles, l'anatomie des Termites, leurs nids, les animaux et les végétaux cryptogamiques associés à ces insectes à l'intérieur des termitières (nous avons cité des Staphylins vivipares, parasites de ces nids, dans la tribu des Staphyliniens), et aussi les animaux qui leur font la chasse et les détruisent, tels, parmi les Mammifères monodelphes, les Tatous, les Fourmiliers, les Pangolins, certains Didelphes et l'Échidné. A titre de renseignements, il faut joindre à ce travail capital ceux de Smeathman sur les Termites africains, et de M. N. Joly sur certaines espèces (1).
GENRES PRINCIPAUX
CALOTERMES, Hagen, — Tête petite, en voûte plate, carrée, elliptique ou ronde ; antennes grêles, aussi longues ou un peu plus longues que la tête, mo- niliformes, de seize à vingt articles, le premier plus gros que les autres et cylindrique, implantées dans une fossette circulaire. Yeux grands, saillants, circulaires, à facettes arrondies, voûtées, en rangées peu régulières ; ocelles existants, ovales, petits ; taches médianes nulles ou à peine indiquées. Prothorax grand, plus large que la tête qu'il emboîte en partie, en losange, plus d’une fois aussi large que long, à côtés très-courbés en bas ; mésothorax et métathorax courts, carrés, à angles mousses. Ailes longues et étroites, s’élargissant peu à peu de Ja base à l'extrémité qui se termine en ellipse dans l'axe de l'aile ; aire costale pourvue de nervules ; écaille ou moignon d’attache de l'aile supérieure grande et élargie en dehors, celle de l'aile inférieure très-petite. Tarses
(1) Smeathman, Some Account of the Termites which are found in Africa and other Lot climates (Philos. Trans., 4781, t. LXXI, part 1, p. 139 à 192, pl. 1v). — Trad. française par Cyrille Rigaud, Née de la Rochelle, Paris, 4786, sous ce titre : Mémoire pour servir à l'histoire de quelques Insectes connus sous le nom de Termes ou Fourmis blanches, avec 7 pl. — N. Joly, Recherches pour servir à l'histoire naturelle et à l'anatomie des Termites, vulgairement désignés sous le nom de Fourmis blanches (Mém. Acad. de Toulouse, 3° série, 4849, t. V, p. 1 à 37, 3 pl.) — De Quatrefages, Souvenirs d’un naturaliste (Revue des deux mondes, mai 1853, p. 779-798).
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de la moitié de la longueur des jambes, les deuxième et troisième articles en forme de cornets prolongés en semelle ; un lobe mousse, préhenseur, parfois rudimentaire, entre les ongles courbes et aigus. Abdomen un peu plus large que le thorax, en ovale court, à appendices abdominaux très-courts. — Larves et soldats à yeux blancs, à prothorax grand, en losange.
Les Calotermes sont, pour la plupart, assez robustes, couverts de poils longs et serrés, la tête et le prothorax glabres; leur couleur varie du jaune au brun et au noir, le prothorax, les pattes et les antennes parfois plus clairs, les ailes hyalines ou enfumées, ayant la base et les nervures cornées du bord plus foncées. Le labre est petit et conchiforme; les mandibules courtes, robustes et mousses; le mando des maxilles ayant la pièce basilaire élargie en feuille, garnie de soies au bord interne, le galea membraneux, foliiforme, un peu plus long, à deux pointes ; les palpes courts et gros, la lèvre inférieure petite, à lobes internes étroits et effilés, les externes un peu plus larges et plus mousses, les palpes gros et courts, mais plus longs que la lèvre. La côte de l'aile émet cinq ou six longs rameaux; la médiane est parallèle à la sous-costale et plus ou moins rapprochée, s’y rattachant par des nervures transverses droites, parfois fourchue et envoyant des rameaux irréguliers à la sous-médiane, celle-ci occupant le milieu de l'aile et émettant environ douze rameaux simples ou fourchus. L'aile entière est couverte de belles nervules fines, irrégulières, transparentes, et sa membrane est grossièrement ponctuée et comme cicatrisée. L'abdomen des deux sexes a des appendices abdominaux très-courts, petits, coniques, à deux articles. Chez le mâle, le huitième arceau ventral est petit, triangulaire, et les appendices anaux sont parallèles, cylindriques, longs; chez la femelle, le sixième arceau ventral est en grande ellipse, et les appendices anaux manquent. Il semblerait y avoir analogie avec les cerques, propres aux Blattiens des deux sexes, et les styles spéciaux aux mâles; mais d’autres genres ont les deux paires d’appendices dans les deux sexes.
On connaît imparfaitement les divers états des Calotermes. On n'a pas encore décrit la reine féconde, ni les ouvriers, et la nymphe est presque ignorée. On à observé les larves des C. flavicollis et C. conveæus, Walker. Leur tête ressemble à celle de l'adulte, avec deux yeux circulaires, assez grands, à facettes, plats, de la couleur des parties voisines, et par suite peu visibles, quoique bien délimités. Les antennes ont de quatorze à seize articles, sont grosses et aussi longues que la tête. Le prothorax est un peu plus large que la tête qu'il emboîte, en losange ; le mésothorax et le métathorax pareils entre eux et plus courts, portant de petits fourreaux d'ailes triangulaires, qui ne dépassent pas encore les deux premiers segments abdominaux chez des sujets de ce nom. A partir du thorax, l'abdomen, ovale, grossit peu à peu. Les appendices abdominaux sont très-petits, à peine visibles; les appendices anaux consistent en
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deux pointes robustes, séparées. Les arceaux ventraux sont de forme diverse suivant le sexe, le sixième gros et arrondi chez la femelle. Les pattes sont courtes et robustes, pareilles à celles de l'adulte, les ongles sans lobe préhenseur intercalé. Ces larves sont peu poilues. Walker a décrit une nymphe du C. flavicollis, foncée comme un adulte, ressemblant tout à fait à un adulte dont les ailes seraient de courts fourreaux triangulaires.
Les soldats (des C. flavicollis et peut-être conveæus et brevis) atteignent 9 millimètres, et sont tout à fait semblables aux larves, à l'exception de la tête. Celle-ci a à peu près la moitié de la longueur du corps, cylindrique, fortement voûtée, avec des antennes dont la plupart des articlessont en cône renversé ; immédiatement derrière chaque antenne est un petit œil pareil à celui de la larve. Les mandibules sont robustes, du tiers de la longueur de la tête, presque droites, assez larges et déprimées à la base, se rétrécissant vers l'extrémité courbée en sabre, ayant trois dents larges au bord interne de la mandibule gauche, une seulement à celle de droite. Le labre est petit, court, en losange, pareil à celui de la larve, tandis que chez les soldats des Termes il est pointu et d'une forme différente de celle qu'il offre chez les larves et les ouvriers. Les maxilles et la lèvre inférieure sont atrophiées, comme cela arrive d'habitude par balancement organique chez les soldats des Termitiens,
Les mœurs et la nidification des Calotermes sont ignorées. Le C. flavicollis, fréquent sur le pourtour de la Méditerranée, parait vivre, comme le Termes lucifugus, sous l'écorce des arbres, dans les buissons morts et le bois pourri. M. H. Lucas rapporte qu'en Algérie il est trèsrépandu au pied des Chênes-liéges, des Chênes de Mirbeck et des Caroubiers, qu'il est nocturne et qu'il vit aussi dans les maisons d'Alger, où il perce des galeries. Motschulsky a trouvé cette espèce en Égypte, dans le désert de Suez, au milieu de chiffons gisant sur le sol, sans modification spéciale. On ne sait pas au juste si les Calotermes font, comme les Termes, des tubes cylindriques, en parcelles de bois agglutinées, pour cheminer à l'abri de l'air et de la lumière.
Le cercle d'extension géographique des diverses espèces de Calotermes est très-considérable, Le plus vaste est celui du C. castaneus, Burm., qui s'étend de la Californie au Chili et au sud du Brésil. M. Hagen en décrit vingt espèces, dont trois fossiles, et les autres réparties dans les cinq parties du monde. Il les subdivise en trois groupes : le premier comprenant l’ancien Termes castaneus et ses voisins ; le second, l’ancien T. flavicollis et ses congénères, auxquels il faudra sans doute joindre le T. pusillus, Heer; enfin le troisième groupe a pour type l’ancien T, brevis, Walker.
Nous indiquerons dans ce genre la seule espèce d'Europe, le C. flapicollis, Fabr. Le mâle, long, avec les ailes, de 10 à 12 millimètres, le corps de 5 à 7, et l’envergure de 18 à 20, est brun, avec la bouche, les
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antennes etles pattes jaunes, le prothorax tantôt jaune et brun à la base, tantôt brun en entier. La tête est quadrangulaire ; le prothorax grand, oblong, émarginé extérieurement, les ailes enfumées, brunes au bord antérieur, la nervure médiane séparée de la subcostale, fourchue au sommet. — Barbarie (Desfontaines), Algérie, Portugal, Andalousie, Provence, Montpellier, Sardaigne, Toscane, Romagne, Naples, Dalmatie en septembre, Syrie, Égypte. Olivier dit que cette espèce est nuisible aux Oliviers et vit dans leurs souches; mais ses dégâts sont insignifiants. C'est à tort que des auteurs la confondent avec le Termes [lavicollis, qui se trouve souvent dans les mêmes lieux, mais qui est d'un genre différent. L TERMOPSIS, Hecr. — Tête grosse, souvent ovale; yeux petits, ovales, peu saillants, le plus souvent rapprochés de la bouche ; stemmates ou leurs rudiments manquants. Antennes aussi longues que la tête et le prothorax réunis, minces, de vingt-trois à vingt-sept articles, de trois à six très-petits, annulaires ; labre carré; palpes courts et épais. Prothorax petit, plus étroit que la tête, seMmi-circulaire et plat. Ailes grandes et larges, doubles du corps en longueur, trois fois aussi longues que larges, avec l’écaille grande et longue, nervulées à la surface de l'aire costale, Pattes longues et robustes, les jambes avec des épines externes, les tarses à trois articles basilaires courts, d’égale longueur, et un lobe préhenseur entre les ongles. Abdomen ovale, à appendices abdominaux longs et coniques, de cinq ou six articles ; appendices anaux (Oo seul) en deux pointes séparées.
Ce genre ne renferme que cinq espèces, dont trois des succins de la Prusse orientale. Le corps des Termopsis est peu velu, d'un rouge de rouille, les ailes transparentes, peu colorées. Nous ignorons les mœurs et les états antérieurs de ce genre. Le type est le 7. angusticollis, Hagen (pl. Lxiv, fig. 13, griffes tarsales avec lobe préhenseur), de 26 millimètres de long avec les ailes, le corps de 11 millimètres, l’envergure de 46 millimètres, de Californie, près de San-Francisco, de Louisiane (Ida Pfeiffer). On rapporte à ce même genre, avec quelque doute, sous le nom de 7. occidentis, Walker, un soldat de l'Amérique centrale, fauve, large, à tête épaisse et arrondie, à prothorax très-émarginé en avant, long de 14 millimètres,
HODOTERMES, Hagen. — Tête grande, circulaire, en voûte plate; yeux petits, non saillants, ovales, placés au milieu de la tête, à facettes grossières, bombées, en rangées irrégulières ; ocelles manquants; indiqués en rudiments par deux taches jaunes devant les yeux et en dedans, et entre celle-ci une dépression médiane arrondie. Antennes grêles, dépassant peu la tête, de vingt-cinq à vingt-sept articles. Prothorax petit, allongé, plus étroit que la tête, selliforme, la partie postérieure en grand croissant ; mésothorax et métathorax plats, subcarrés, à bord postérieur échancré au milieu. Aïles étroites, à bords subparal-
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lèles après la base rétrécie, à extréraité elliptique, à écaille d’attache arrondie, deux fois aussi longues que l'abdomen, quatre fois aussi longues que larges, l'aire costale nervulée. Pattes grêles, à cuisses larges, à jambes droites, parfois épineuses au côté externe, ayant à l’extrémité un bouquet de cinq épines. Abdomen un peu plus large que le thorax, ovale, aplati en dessus, les appendices abdominaux coniques, biarticulés, assez longs, les appendices anaux présents dans les deux sexes, en petites pointes droites, séparées, parallèles, — Ouvriers, soldats, larves à yeux noirs, à prothorax petit, cordiforme.
Les Hodotermes ont l'article basilaire des antennes double en grosseur des autres, les articles deux et trois cylindriques, puis quelques-uns annulaires, et les autres peu à peu plus longs, subrenflés au bout, le dernier ovale ; le labre est petit et conchiforme, les mandibules courtes, trigones, dentelées en dedans, avec une forte dépression à la base ; les maxilles, dépassant un peu les mandibules, ont les palpes avec deux articles basilaires très-courts, les palpes labiaux avec un, la lèvre pourvue d'un petit lobe triangulaire interne et d'un lobe externe plus grand. La nervure subcostale de l'aile donne quatre ou cinq longs rameaux obliques vers la costale, et trois ou quatre à la médiane; la sous-médiane est aussi loin de la médiane que celle-ci de la souscostale, et fournit environ neuf rameaux simples vers le bord postérieur. Les nervures des bords avec leurs rameaux sont très-saillantes et cornées; les rameaux, dans la région de la sous-costale et vers le bout des ailes sont irréguliers, ce qui donne aux ailes un aspect spécial. La membrane des ailes est claire et transparente, ou bien mate et opaque, et pourvue entre les nervures du bord d’un réseau fin et irrégulier. Les appendices anaux des mâles sont au bout du huitième segment ventral, lequel est court, petit, triangulaire; chez la femelle, à l'extrémité du septième ; le sixième segment ventral chez elle est grand, elliptique, à côtés fortement échancrés. Le corps des Hodotermes est garni de longs poils isolés; les pattes courtes, mais couvertes de poils serrés ; La tête et le thorax peu lisses, parfois ridés, d'aspect graisseux. La couleur de ces insectes varie du brun noir au jaune clair, et les ailes sont claires ou colorées.
La reine fécondée et le roi sont inconnus, ainsi que les nymphes. Outre Les adultes sexués, on connaît les ouvriers, les soldats et probablement les larves, mais sans qu’on puisse positivement affirmer pour aucune espèce qu'on ait bien affaire à des sujets pris dans le même nid que les adultes. Les ouvriers ont une forme analogue au sexué, la tête un peu plus grande, les antennes de plus d'articles, jusqu'à trente et un ; les yeux déjà présents chez les plus jeunes sujets, noirs, semblables à ceux de l'adulte, mais plus petits; les mandibules plus mousses, plus fortes, non débordées par les maxilles; le prothorax, pareil à celui du sexué, est plus étroit, plus allongé ; le mésothorax et le métathorax arrondis en arrière, Les soldats ont la tête encore un peu plus grande,
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subcarrée; .les yeux comme ci-dessus ; les antennes plus courtes, de vingt-sept articles ; les mandibules grandes, de la demi-longueur de la tête, plus rapprochées de son milieu que du côté externe, droites, à pointe recourbée en dedans, pourvues de deux fortes dents internes. Le prothorax est plus large que chez l’ouvrier, ressemblant plus à celui de l’adulte ; le mésothorax et le métathorax aussi larges que le prothorax, coupés droits en arrière. Les pattes des ouvriers et des soldats sont pareilles à celles de l'adulte ; les jambes avec ou sans épines, selon les espèces ; le premier article du tarse plus long que le suivant chez les ouvriers, moins différent chez les soldats ; l'abdomen plus court et plus petit que chez l'adulte ; les poils, la sculpture du corps, la couleur, les appendices abdominaux et anaux comme chez l'adulte. On trouve enfin des individus isolés, d'une conformation pareille à celle des ouvriers, ‘ ayant de petits rudiments triangulaires de fourreaux d'ailes, attachés, comme chez les Calotermes, extérieurement À l’angle postérieur du segment et recourbés également de manière à être invisibles en dessus : M. Hagen les regarde comme des larves.
Les espèces des Hodotermes se classent comme il suit : 1° Membrane des ailes opaque, jambes sans épines latérales (4. ochraceus et vagans). 2° Membrane des ailes transparentes, jambes à épines latérales (4. viator et mossambicus, Hagen). Sur les treize espèces connues, quatre sont fossiles. L’H. ochraceus, Burm., est d'Égypte (pl. zx1v, fig. 44); son tarse, long, avec les ailes de 24 millimètres, Le corps de 10 millimètres, l’envergure de 46 millimètres, de couleur ochreuse, la nervure médiane des ailes seulement fourchue au sommet. Il est figuré dans la Description de l'Egypte (Névroptères, pl. n, fig. 11). L'H. viator, Latr., un peu plus petit, de couleur brune, la nervure médiane fourchue avant le milieu et ses rameaux de nouveau fourchus, se trouve au Cap. L'H. viarum, Smeathman, est une espèce indiquée d’après des larves et des soldats rencontrés par Smeathman aux environs de Sierra-Leone, sur la côte occidentale d'Afrique, et avec des particularités curieuses. Se trouvant à la chasse, il entendit tout à coup, au milieu d’une épaisse forêt, un grand sifflement qui lui fit craindre l’approche de quelque serpent. Il était occasionné par une armée de Termites qui sortaient de dessous terre par un trou de 12 centimètres de diamètre. Ils étaient très-près les uns des autres, et se divisèrent à peu de distance du trou en deux colonnes marchant sans se détourner sur un rang de quinze à vingt de front. Presque tous étaient de la classe des ouvriers ; on voyait çà et là quelques soldats dont la fonction paraissait être de maintenir le bon ordre. Plusieurs se tenaient hors des rangs, sur les côtés et à quelque distance de la colonne. Ils s’arrêtaient de temps en temps, comme pour faire sentinelle, se retournant de tous côtés, pour s'assurer sans doute s’il n'y avait rien à craindre de quelque ennemi. D’autres montaient sur les plantes les plus élevées, et, se penchant sur le sommet, ils faisaient l'office de vedette pendant que l’armée passait en dessous. Smeathman
entendit plusieurs fois le même bruit qu'il avait observé chez les soldats du Termes bellicosus : c'était une de ces sentinelles qui frappait contre les feuilles d'une plante avec ses mandibules, et donnait ainsi l'alarme à cette petite armée, qui répondait par une espèce de sifflement, et doublait le pas avec toutes les apparences de l'inquiétude. La sentinelle n'’abandonnait cependant pas son poste ; elle y restait tranquille, faisant seulement de temps en temps quelques mouvements de la tête. À quinze ou vingt pas de là les deux colonnes se réunirent, et les Termites rentrèrent sous terre par plusieurs ouvertures. En comparant ces ouvriers et ces soldats avec ceux du 7. bellicosus, on observa une différence bien remarquable. Ceux-ci, qui vivent toujours sous terre et dans des nids privés de lumière, manquent des organes de la vue, qui leur seraient inutiles; les autres, au contraire, qui voyagent à découvert, ont deux yeux très-brillants.
M. Hagen rattache au genre Hodotermes, à titre de sous-genres, deux formes qui deviendront peut-être des genres quand elles seront mieux connues et représentées par plus d'espèces. Le sous-genre Porotermes, Hagen, a un aspect très-différent des Hodotermes, quoiqu'il en conserve les caractères essentiels : la tête est petite et sans stemmates, les yeux petits et à facettes régulières, les nervures des ailes comme dans le genre, mais ayant le réseau bien plus fin. Les états antérieurs et les mœurs sont incertains : une espèce du Chili, le P. quadricollis, Rambur, probablement le Termes chilensis, Gay. L'autre sous-genre Stolotermes, Hagen, s'éloigne encore plus des Hodotermes par l'aspect et les détails ; la tête est pareille, mais le nombre d'articles des antennes est moitié. Le prothorax est cordiforme ; le premier article du tarse aussi court que les suivants ; les nervures en général analogues à celles des Hodotermes, mais la nervure médiane droite ressemblant à celle des £Eutermes. S'il y avait des stemmates et des lobes préhenseurs aux tarses, ce sousgenre se rapprocherait des Calotermes. Les mœurs et Les états antérieurs sont inconnus. Une espèce de Tasmanie, S. brunneicornis, Hagen, d’un noir brun.
TERMES, Linn. — Tèle le plus souvent grande et arrondie, plus rarement elliptique ou carrée, plate ou très-bombée ; yeux parfois très-saillants, à facettes fines ; stemmates (4) presque toujours grands, toujours séparés; tache médiane toujours existante, avec une membrane intérieure saillante en forme de verre de montre. Antennes souvent plus longues que la tête, parfois aussi longues que la tête et le prothorax, de treize à vingt articles, parfois forts et plus gros vers le bout, l’article basilaire toujours en cylindre allongé, les suivants variables de forme et de longueur. Labre ordinairement grand, arrondi en ovale ; palpes dépassant beaucoup la bouche, à articles cylindriques. Prothorax petit,
(4) Manquant seulement au Termes lenuis, Hagen, d'Haïti, de la Colombie, du Brésil.
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plus étroit que la tête, cordiforme, de contour très-varié, Ailes grandes et lon= gues, souvent étroites, de trois à cinq fois aussi longues que larges, à bout circulaire ou elliptique ; écaille toujours longue et bien développée ; costale et sous-costale rapprochées, sans nervules transverses dans l'aire costale interca= lée ; médiane très-écartée, sous-médiane plus ou moins rapprochée de la mé= diane, avec de nombreux et forts rameaux, la plupart simples. Pattes longues et minces, les cuisses parfois fortes, les jambes sans éperons ou à deux éperons ; les trois premiers articles du tarse courts, d’égale longueur, le dernier souvent une fois aussi long que les précédents ensemble, sans plantule ou lobe préhenseur entre les ongles. Appendices abdominaux coniques, courts, ayant jusqu’à trois articles; appendices anaux toujours absents chez les femelles, souvent aussi chez les mâles ou rudimentaires, — Ouvriers et soldats toujours privés d'yeux.
Les Termes ont, chez les sexués, la membrane de l'aile limpide où trouble, parfois ridée; leur couleur diffère suivant les sous-genres. Ils ont une villosité parfois épaisse, parfois médiocre. On connait les états antérieurs ou neutres d’un assez grand nombre d'espèces, et ils peuvent différer beaucoup, avec ce caractère commun que les ouvriers et les soldats sont toujours privés d'yeux, et que le thorax est beaucoup plus étroit que la tête. Les mœurs sont très-variées, et les espèces habitent toutes les régions chaudes ou suffisamment tempérées de la terre. Elles sont les plus nombreuses des Termitiens, et M. Hagen en décrit soixante, à savoir, vingt-sept du sous-genre Termes propre, dont trois fossiles, trente du sous-genre Æ£utermes, dont deux fossiles, et trois du sousgenre Rhinotermes.
Le sous-genre Termes présente la tête dépourvue de rostre, la nervure médiane éloignée de la sous-médiane et courbée, se rapprochant davantage de la sous-costale; les appendices anaux existent toujours chez les mäles. Le nombre des articles des antennes est la plupart du temps le plus grand du genre, de dix-sept à vingt, les ailes ordinairement transparentes, rarement colorées et opaques, comme elles le sont chez les ÆEutermes. On connait ici toutes les formes premières et neutres. Les ouvriers ont le type général: les soldats ont la tête plus plate, plus carrée, et les mandibules plus courtes que dans es autres sous-genres et en forme de sabre, Aucune espèce, dans l'état actuel de nos connaissances, ne vit dans des nids sur les arbres; elles habilent dans des tertres construits par elles, ou sous terre, ou sous les écorces d'arbres morts. A cette dernière catégorie appartient le Termes lucifugus, et ses voisins, espèces qui ont un cachet spécial. Les espèces de la même partie du monde ont, le plus souvent, le même genre de vie, surtout celles de l'Asie méridionale et de l'Afrique. Ce sousgenre est de toute la terre, avec des dimensions qui varient beaucoup; comprenant les géants de la tribu des Termitiens à côté d'espèces de très-petite taille.
Une des espèces Les plus célèbres, d'une synonymie très-variée, est Le T. bellicosus, Smeathman. Ce grand Termite, dont la longueur avec les ailes est de 37 à 42 millimètres, celle du corps de 18 millimètres, et l’'envergure de 65 à 80 millimètres, paraît répandu dans toute l'Afrique propre. car il est indiqué du Sénégal, de Sierra-Leone (type de Smeathman), de Cafrerie, de Mozambique, du Sennaar et du Cordofan, de Tigré en Abyssinie. Il est brun, à antennes annelées de pâle ; la bouche, les pattes, le ventre d’un jaune ferrugineux ; les ailes opaques, jaunâtres, à nervures costales ferrugineuses, la tête ovale, plane, avec un point médian proéminent; les oceilles grands, rapprochés, le prothorax cordiforme. Nous figurons quelques détails : pl. 1xv, fig. 10, maxille -atrophiée avec palpe ; 10 4, lèvre inférieure atrophiée avec palpe. Les mœurs et la nidification de cet insecte ont un grand intérêt, et sont celles de tous les Termites vrais constructeurs de tertres. Jobson, dans son Histoire de Gambie, dit, peut-être avec une certaine exagération, que les tertres peuvent avoir jusqu'à vingt pieds de haut et être assez vastes pour contenir une douzaine de personnes. Adanson, dans son Voyage au Sénégal, rapporte qu'ils ont tout à fait l'apparence d’un village des naturels du pays : « Ce sont des pyramides rondes d'environ huit à dix pieds de haut, sur à peu près la même base, et ayant une surface unie d’une belle argile excessivement dure et bien construite. » Smeathman, qui les observa avec grand soin aux environs de Sierra-Leone, dit qu'ils n'offrent rien de particulier à l'extérieur jusqu'à hauteur d'homme environ; puis, sur le cône terminal, dont l'argile détrempée par la pluie devient une terre végétale, croissent une foule de plantes sauvages dont les graines ont été apportées par le vent. La solidité de ces monticules est telle qu'ils supportent les bœufs sauvages qui s’y placent en sentinelle, prêts à donner l'alarme au troupeau ruminant aux alentours, et Smeathman y est souvent monté avec plusieurs hommes pour reconnaitre le pays, la vue étant masquée sans cela par la hauteur des graminées.
On comprend que de pareils édifices garantissent les Termites contre les vents et les pluies, et leur servent de rempart contre les attaques des animaux.
Is construisent d’abord plusieurs cônes de 30 à 50 centimètres dé hauteur, puis détruisent les bases de ceux du milieu, dont les débris deviennent les parois d’une vaste voûte, et cette manœuvre répétée aboutit à la formation d’un cône central de très-grande hauteur, entouré de petits cônes latéraux, les seuls conservés et placés sans ordre.
A l'intérieur de latermitière et au centre se trouve la chambre royale, en forme de four allongé, à peu près au niveau du sol et directement dans l’axe du tertre. Sa longueur varie de 3 à 20 centimètres, à mesure que grossit le corps de la femelle. Son plancher est bien horizontal, et ces parois, d’une solide argile, ont 25 à 30 millimètres d'épaisseur, sauf aux portes où elles sont plus minces. Celles-ci, toutes sur le même
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niveau et également espacées, donnent passage aux ouvriers et au soldats seuls, trop étroites pour le roi et la reine, qui, une fois entrés dans la chambre royale, ou, plus exactement, une fois celle-ci maconnée autour d'eux, ne doivent plus en sortir.
* Autour de cette chambre royale sont disposés des appartements qu'on peut nommer royaux, comme étant destinés spécialement au service des soldats et des ouvriers chargés de la garde et de la nourriture du père et de la mère communs, de qui dépend, au rapport des Nègres, la conservation de toute la colonie. Ces appartements entourent sur plus de 30 centimètres la chambre royale, sont voûtés et communiquent entre eux par des galeries de service. Ils aboutissent d'autre part aux magasins de provisions et aux nourriceries dans lesquelles les ouvriers élèvent les larves. Ces pièces s'étendent latéralement jusqu’à la coque extérieure du tertre et se continuent supérieurement au domaine royal jusqu'aux deux tiers ou aux trois quarts de la ‘hauteur tetale du bâtiment, communiquant entre elles par de nombreux petits passages. Il en résulte au-dessous du dôme une chambre à air qu'on peut comparer à la nef d’une église gothique ; elle offre quelques ouvertures qui paraissent destinées à transmettre dans lesnourriceries la chaleur bienfaisante concentrée sous le dôme. La chambre à air offre un plancher d'argile bien uni, protégeant toutes les cellules qui sont au-dessous contre le vent et la pluie, si le dôme vient à être endommagé par quelque accident; l’eau, qui pénétrerait et tomberait sur ce plancher imperméable, couleraitvers les conduits souterrains situés au-dessous des appartements les plus bas, et dont le calibre égale souvent celui des plus gros canons. Cette grande largeur est nécessaire pour donner passage aux myriades d'ouvriers qui charrient à tout moment des matériaux ou des provisions. Ces conduits, revêtus d'argile, sont construits dans l'épaisseur du mur extérieur, s'étendant tout autour du bâtiment jusqu’au sommet en manière de spirale, afin que les ouvriers puissent monter et descendre en pente douce et non verticalement, marche qui leur est pénible. Ces conduits communiquent entre euxet avecles chambres par des galeries, et se continuent au-dessous du sol jusqu’à plus d'un mètre de profondeur; d’autres conduits sont placés horizontalement et à diverses hauteurs, ét s'étendent fort loin à l’intérieur du tertre, sur le même niveau. C’est par là que s’'échappent les insectes quand on détruit leur habitation, et dans ce cas ils sont plus à craindre que jamais par leurs dégâts. L'argile la plus fine que les Termites ont été obligés d'enlever pour former leurs conduits sert pour le reste du bâtiment, broyée par les mandibules et enduite de salive. Autour du dôme sont construites quatre grandes arches, ayant souvent un mètre de hauteur; leur rétrécissement est très-sensible, et elles vont se perdre dans une foule de petites chambres. Les différentes voûtes qui recouvrent les appartements et les passages se servent mutuellement de soutien; le centre du bâtiment porte sur les grandes arches, etles parties latérales sur le mur extérieur.
Outre les chemins ordinaires, pour faciliter le transport des œufs de la chambre royale aux nourriceries supérieures, il y a une espèce de pont qui, du plancher de la chambre à air, aboutit à une ouverture pratiquée à l’un des piliers droits qui soutiennent la grande arche, de sorte que les Termites évitent ainsi le détour des routes ordinaires ; le passage continuel des ouvriers ne tarde pas à border ce pont de parapets. On peut dire, en général, que la hauteur et la solidité des bâtiments des Termites sont, proportionnellement à la hauteur de ces insectes, quatre ou cinq fois plus considérables que celles de nos édifices Les plus vastes.
La matière amassée dans les magasins semble, au premier abord, n'être que de la ràpure des boïs et des plantes que les Termites détruisent; mais à la loupe, on y voit en outre une foule de grains, soit bruns, soit transparents, qui sont des sucres et des gommes retirés des végétaux. Les nourriceries des larves, grosses parfois comme une tête d’enfant, ne sont pas construites avec de l'argile, commeles autres chambres, mais au moyen de räpure de bois unie avec de la gomme, ce qui les rend très-solides. Elles sont bien ventilées, grâce à la chambre à air, et placées aussi près que possible de la cellule royale, afin de faciliter le transport des œufs de la mère continuellement en ponte. C’est aux dépens des loges à larves les plus voisines que se fait l'agrandissement de la cellule royale, et les nourriceries sont alors rebâties plus loin, ce qui fait que l'intérieur du bâtiment est remanié par des démolitionset des réparations incessantes. Les parois des nourriceries sont parsemées d’une moisissure formée par des globules blancs ayant à peu près la grosseur d’une tête d'épingle; on les prendrait d’abord pour des œufs, mais on voit à la loupe qu’on a affaire à de petits champignons très-blances. Il est probable que ces cryptogames, éclos à la chaleur humide des couvoirs, et qu'on a trouvés aussi dans des termitières des Indes orientales, servent à la nourriture des jeunes Termites.
Les ouvriers du 7’. bellicosus, qui travaillent continuellement avec beaucoup d'ardeur, sontles individus qui existent en plus grand nombre dans la termitière, cent pour un soldat; de la grosseur de nos fortes Fourmis, ils ont environ 6 millimètres de long. Les soldats ont une tête cornée énorme, munie de très-longues ettrès-dures mandibules, et plus grande que le reste du corps, tellement que l'insecte la soutient avec peine et ne peut grimper sur une surface verticale. Ils sont longs de 10 millimètres, et chacun pèse autant que dix ouvriers. Le mâle pèse autant que trente ouvriers ou trois soldats, et ne garde ses longues ailes que quelques heures. Smeathman croyait d'abord, à son aspect, avoir affaire à une espèce très-différente des aptères, et refusait d'ajouter foi au témoignage des naturels.
Vers la fin de la saison sèche, après les premiers {ornados et les premieres grandes pluies, qui imprègnent l'air d’une forte humidité, les sexués ailés sortent en foule des tertres, qui sont parfois envahis par les Fourmis, les Scolopendres, les Scorpions, ete. Ils forment de véritables
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nuées, pénétrant la nuit dans les maisons et dans les vaisseaux ancrés à la côte, se brûlant les ailes aux lumières et retombant sur les tables, où ceux qui n'ont pas eu les ailes brûlées ne tardent pas à les perdre en courant. Le lendemain de l’essaimage, l’eau et le sol sont entièrement couverts de Termites; le soleil a desséché leurs quatre ailes, qui se sont détachées. Il leur en reste souvent quelques lambeaux, parfois une entière, qui ne sert plus qu'à embarrasser leur marche. Si le temps est pluvieux et couvert, la chute des ailes peut être retardée, et les Termites volent encore un ou deux jours. Les Termites privés d'ailes sont la proie des Fourmis, qui les pourchassent sur les arbres et dans tous les creux du terrain, de beaucoup d'oiseaux et d'animaux, et aussi des naturels des côtes d'Afrique, qui s’en nourrissent. Ces insectes sont tout à fait inaptes à se défendre, et ne savent même pas résister aux plus petites Fourmis, qui les entraînent dans leurs nids pour s’en repaitre. Les mâles sont quelquefois plusieurs après la même femelle, et la poursuivent avec un tel acharnement, qu'ils ne cherchent pas à éviter les ennemis qui les environnent de toutes parts. Au reste, Smeathman dit n'avoir jamais vu l’accouplement, et ignore s’il se fait au dehors des tertres ou au dedans.
Du nombre prodigieux de Termites qui, la veille, couvraient le sol, c'est à peine s'il en reste quelques-uns. Ils périraient aussi sous les mille ennemis qui les entourent, s'ils n'étaient rencontrés par des Termites ouvriers et soldats, à l'abri du danger dans les conduits souterrains. Ils sont entraînés, mâle et femelle, dans une termitière, ou servent de point de départ pour l'édification d’une nouvelle, enfermés et gardés dans la chambre royale, et nourris dans cette honorable prison. Le roi ou mâle, après avoir perdu ses ailes, ne change pas de forme et ne parait pas augmenter en grosseur. Il en est tout autrement de la femelle, dépouillée d'ailes et fécondée. Posée à plat au milieu de la chambre royale, elle frappe tout d'abord les yeux de l’observateur qui est parvenu à atteindre cette retraite centrale. Elle ne ressemble plus à ce gracieux insecte aux ailes fines, à la taille svelte, qui n'avait que trois fois la longueur et trente fois le poids d'un ouvrier. Un changement considérable s’est produit, analogue à celui des femelles des Coccus ou de la Puce pénétrante ou Chique. La tête, le thorax et les pattes sont restés à peu près ce qu'ils étaient; mais l'abdomen grossit peu à peu et s’allonge d’une manière incroyable : on dirait un gros boudin blanc; et l’on trouve de ces reines, soit de l’espèce citée, soit de grosses espèces des Indes, qui ont alors un abdomen long de 1 à 2 décimètres sur 2 à 3 centimètres de large, de sorte que toute marche est devenue impossible. Chez le T. bellicosus, d'après Smeathman, l'abdomen de la reine, au bout de deux ans, a 80 millimètres de long, et il peut arriver à 15 centimètres, l’insecte pesant alors autant que trente mille ouvriers. Les plis que formait la peau, d'abord très-rapprochés, laissent alors entre eux un espace de 12 à 15 millimètres; ils sont restés bruns, et la peau dans
les interstices est très-mince et d'un blanc de lait, On aperçoit alors très-bien les sept stigmates abdominaux ovalaires sur l'abdomen distendu de cette femelle en gestation ; en outre, les Termites ont deux stigmates thoraciques. Cet énorme ventre est rempli d'une quantité d'œufs prodigieuse. Hunter, en disséquant une femelle du T. bellicosus, a trouvé les ovaires formés de plusieurs centaines de gaines ovigères, constituant de longues circonvolutions et entourées de brides fines qui les retiennent, Cette matrice multiramifiée est animée continuellement d'un mouvement péristaltique, comme des vagues, de sorte que l'une ou l’autre partie s'élève ou s'abaisse sans interruption, et il en sort constamment des œufs, sans effort visible de la part de l'animal. Le roi, dont la grosseur n’équivaut qu'à une douzaine d'ouvriers, reste tranquillement à l’un des côtés de sa compagne, tapi sous son vaste abdomen, et de temps en temps se rapprochant de sa tête, sans doute pour l’avertir de sa présence et l'encourager. Les vieilles reines pondent soixante œufs par minute, ou plus de quatre-vingt mille en vingt-quatre heures, fécondité en rapport avec l'innombrable population de la termitière. Les ouvriers, fort peu occupés du roi, le sont, en revanche, beaucoup de la reine. L'espace laissé libre autour de celle-ci est constamment rempli par quelques milliers de serviteurs empressés, qui circulent autour d’elle, en tournant toujours dans le même sens : les uns lui donnent à manger, d’autres enlèvent les œufs qu'elle ne cesse de pondre, car cette reine est véritablement et sans métaphore la mère de son peuple. Les œufs sont transportés dans les couvoirs, et les insectes éclos, après leur croissance opérée, travaillent aussitôt comme les autres.
Si l'on fait à coups de pioche une ouverture au tertre du T, bellicosus, on voit accourir un soldat qui vient reconnaître l'ennemi. Quelquefois il rentre aussitôt après pour donner l'alarme à la colonie ; plus souvent il est suivi de deux ou trois autres qui viennent chacun par une route différente. Leur nombre s'accroît ensuite tout à coup, et il augmente tant que l’on continue la démolition. Les défenseurs courent si vite et s’agitent si fort, qu'ils se laissent souvent tomber du haut de leur habitation en bas, s’efforçant de la regagner aussi vite que possible. Ils s’attachent à tout ce qui se trouve à leur portée, grimpent aux jambes de l’agresseur, et mordent si fortement la peau, qu'on ne peut les en arracher que pièce à pièce. Les Nègres à pieds nus que Smeathman employait étaient souvent forcés de quitter la place, et les Européens élaient mordus jusqu'au sang, à travers leurs bas. Quelques soldats frappent contre le bâtiment avec leurs fortes et dures mandibules, et produisent par intervalles un bruit plus clair et plus distinct que celui d'une montre, s’entendant à plus d'un mètre. Si l’on se met un peu de côté et si l’on cesse l'attaque, on voit, en moins d'une demi-heure, les soldats rentrer dans le nid, comme s'ils jugeaient que l'ennemi n’est plus à craindre.
Pendant ce temps, les ouvriers ont déjà fait les réparations les plus
indispensables, accourus de tous côtés et portant entre leurs mandibules une matière un peu molle qui leur sert de mortier. Leur nombre immense compense la faiblesse qui résulte de leur petite taille. Il règne en réalité un ordre admirable au milieu d'une confusion apparente, les ouvriers et les soldats ne s'embarrassant jamais les uns les autres dans leurs opérations respectives. Les soldats, pour la plupart, se sont retirés; on en voit seulement courir quelques-uns çà et là, mais ne touchant jamais au mortier pour travailler, même dans les cas les plus urgents.
Un d'entre eux paraît être plus spécialement chargé de veiller à l'exécution des travaux, se tenant au pied de la brèche qu'on répare, levant pesamment la tête de tous côtés et frappant la paroi du tertre avec ses mandibules, produisant ainsi le bruit sec dont il vient d’être question. Au même instant, un grand sifflement se fait entendre dans l’intérieur; c'est apparemment le cri de réponse des ouvriers, et il est certain qu'ils redoublent alors d'activité. Autant de fois qu'on recommence à attaquer le nid à la pioche, les mêmes manœuvres se répètent : la fuite des ouvriers et la réapparition des soldats, etc.
Il y a de grands obstacles à reconnaître ce qui se passe à l’intérieur des termitières. L'humidité qui y règne rend l'argile très-fragile, et, les diverses parties du bâtiment se servant mutuellement de soutien, la destruction d’une seule amène celle d’un grand nombre d’autres. L'opiniätreté des soldats à la défense est une seconde difficulté ; enfin les
ouvriers bouchent très-promptement toutes les brèches à mesure qu’on les effectue. Au moment où l’on détruit le nid, ils ferment les avenues en poussant du mortier de dedans en dehors, et surtout les galeries qui conduisent à la chambre royale, qu'ils n’abandonnent jamais. Tant que le roi et la reine ne sont pas enlevés de la termitière, les sujets ne perdent pas courage, et la colonie, reliant au moyen d'un ciment d'argile les débris du nid le plus endommagé, forme bientôt une barricade qui s’oppose à l'accès de l’air et surtout de la lumière, de sorte que le tertre s'accroît peu à peu, et devient par la suite aussi considérable qu'il était auparavant. Smeathman emporta la chambre royale remplie d'ouvriers avec son précieux couple, sans qu'ils voulussent le quitter, et mit souverains et sujets dans un bocal de verre. Les ouvriers ne cessèrent pas leurs soins, relevant les œufs de la reine et les cachant en petits tas le mieux possible, lui donnant à manger et la tirant en vain avec leurs mandibules, cherchant sans doute à l'emporter. Du jour au lendemain ils recouvrirent d’une voûte d'argile le couple royal.
Quand les ouvriers vont à la maraude, ils ont cela de commun avec les soldats, qu'ils ne s’exposent jamais à la lumière. Ils voyagent ordinairement sous terre, ou, en cas contraire, ont la précaution de construire avec de la ràpure de bois ou de l'argile des conduits voûtés qui les amènent à couvert à l'endroit où ils veulent se rendre. Une seule nuit leur suffit pour en façonner plus d’un mètre. Si l’on brise un de ces
tuyaux, on y voit les ouvriers marchant sur deux files, dont l'une che- - mine à l’opposé de l'autre. Au moyen de leurs canaux souterrains, ils arrivent sous les fondations des maisons construites en bois, creusent à l’intérieur les poteaux d'appui, sillonnent les toitures de chaume de conduits en sens divers, rongent les branches de palmier sur lesquelles sont étendues les feuilles pour la couverture des cabanes, et les plantes servant de liens aux piliers à la façon de l'osier, de sorte que la maison peut s'écrouler, surtout après que les rats se sont logés dans les trous creusés par les Termites. Les objets de bois détruits par eux, et respectés soigneusement à la surface, paraissent intacts. IIS apportent parfois de l'argile dans les vides pratiqués aux poteaux, en y laissant un seul passage aboutissant au toit ou aux diverses parties d'une maison; le bois devient alors très-solide et comme pétrifié. Cette même précaution est prise lorsqu'ils attaquent par-dessous le bois d’une caisse sur laquelle sont posés @es objets très-pesants; de sorte que les Termites seraient écrasés sans cela par l’écroulement. Ils paraissent préférer à tout autre bois les planches de pin et de sapin. Ce T. bellicosus est le fléau des magasins de la côte d'Afrique, détruisant les ballots de tous les objets tissés, le papier, etc. On devrait, comme on le pratique aux Indes en divers endroits pour la même raison, placer sur des cubes de pierre les marchandises entreposées, afin de forcer les Termites, pour s'introduire dans les caisses par-dessous, à construire des galeries extérieures avertissant de leur présence.
Une espèce plus petite, très-voisine, le T. destructor, Smeathm., noirâtre, à appendices bruns, à ailes subhyalines, d'un cendré sale, à ocelles distants, à prothorax cordiforme, se trouve au Sénégal, au Cordofan, à Port-Natal. Il construit des tertres de 4 à 2 mètres, en forme de cônes à sommet arrondi, au moyen d’uu limon noir que les insectes retirent de dessous le sable, Au Cap vit une espèce anciennement connue, le T. capensis, de Geer, noir, à ailes opaques cendrées, à ocelles très-distants, à point médian de la tête à peine visible, à prothorax cordiforme. C’est probablement à cette espèce que se rapporte ce que dit l'abbé de la Caille dans son Voyage au Cap. «Les nids des Fourmis sont d'environ quatre pieds de large à la base, de deux de hauteur, et de forme semi-sphérique. Quoique faits sur le sable mouvant, ils sont si durs, qu’on ne peut les briser qu'avec effort, et qu'un chariot chargé ne les enfoncerait pas. En octobre et en novembre (1), ces insectes y ajoutent un nouvel étage. Les Tamandua (2) font dans ces nids des trous de huit pouces de diamètre et de six pouces de profondeur, et ils détruisent toutes les Fourmis. Le nid est réparé dans la suite par d'autres.» Cette dernière observation est fort juste et en rapport avec ce qu on sait sur la paresse intelligente des insectes nidifiants.
(4) Printemps de l’Afrique australe.
(2) Mot qui se rapporterait mieux à des Fourmiliers américains.
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Parmi les Termes vrais asiatiques, il faut citer le T. fatalis, Kœnig, d'un roux brun en dessus avec les appendices jaunes, les ailes cendrées à nervures costales fauves, à ocelles grands et rapprochés, à point médian de la tête proéminent, à prothorax cordiforme, de taille un peu plus de moitié de celle du T. bellicosus, vivant à Ceylan, aux Indes orientales, à Bornéo (Ida Pfeiffer), et le T. australis, Walker, espèce bien plus petite et jaune, à ailes hyalines et blanches avec nervures costales brunes, la tête quadrangulaire, à ocelles petits et rapprochés, le prothorax plus grand et quadrangulaire, de la Nouvelle-Hollande, d’Adélaïde, des Indes orientales.
De grands Termes existent dans l'Amérique méridionale. Tels sont le T. dirus, Klug (pl. zxvi, fig. 5, lèvre inférieure de l'adulte ; 5 a, maxilles du même; 56, tarse; 5c, griffes), d'un roux brun, à appendices d'un jaune rougeâtre, à ailes rembrunies, à ocelles distants, à prothorax semi-circulaire, à peu près de la taille du 7. bellicosus, dont on connaît, outre le sexué, l'ouvrier et le soldat, à cou épineux, la larve, la nymphe et la reine étant inconnues, du Brésil et de la Guyane; le T. grandis, Rambur, noir, à appendices bruns, à ailes blanches, à tête ovale avec ocelles distants, à prothorax semi-circulaire, à peu près de la taille du précédent, des Guyanes. Il est très-voisin d’une espèce inédite des succins de Radoboj, le T. giganteus, Heer, long de 50 millimètres avec les ailes.
Un dernier groupe de Termes propres, le seul qui existe en Europe, a pour type le 7. lucifugus, Rossi (1). L'adulte non fécondé, surtout mâle, est long avec les ailes de 10 à 12 millimètres, le corps de 6 à 9 millimètres, et l'envergure des ailes est de 18 à 20 millimètres (pl. Lxiv, fig. 3, mâle). Son corps est velu, déprimé, d'un brun obscur presque noir. La tête, assez grande, carrée, arrondie en arrière, porte deux yeux assez petits, peu saillants, circulaires, et, en dedans et tout près des yeux, deux ocelles arrondis, petits et rapprochés, des antennes assez fortes et jaunâtres, presque aussi longues que la tête et le prothorax, de 47 articles au moins, peut-être 19 à 20, le premier long et gros, cylindrique, le second un peu plus court, puis trois articles très-courts, annulaires, les autres globuleux, le dernier ovale, tous ces articles couverts de poils fins et serrés. La bouche est d'un jaune-paille ; le prothorax est petit, plat, cordiforme, plus étroit que la tête, court, environ une fois plus large que long, de couleur noire. Les ailes, enfumées et translucides, sont trois fois aussi longues que larges, avec l'extrémité elliptique, et sont portées sur une longue écaille. La costale et la sous-costale sont brunes, rapprochées, se reliant à l'extrémité par des anastomoses membraneuses ; la médiane est très-éloignée de la sous-costale, un peu courbe,
(4) Latreille, article TERMES du Déctionn. d'hist, natur. de Déterville. — Lespés, Organisation et mœurs du Termile lucifuge (Ann. sc. natur., 4° série, Z00L., 1856, t, V, p. 226).
sortant de la sous-costale dans les ailes inférieures; la sous-médiane est à la même distance de la médiane que cette dernière de la sous-costale, et, à l'aide d'environ onze nervures grossières, forme le bord postérieur, La membrane de l'aile est couverte d’un réseau irrégulier. Les pattes sont robustes, à cuisses brunes, à jambes et à tarses d’un jaune très-pâle. L’abdomen, de neuf segments, offre chaque arceau dorsal distingué par une . transversale noire, et se termine par des appendices de trois articles courts et globuleux. Les appendices anaux du mâle sont sous forme de deux petites pointes au bord du huitième segment ventral, et, chez la femelle, le sixième segment ventral est erand, arrondi, rétréci par le bout. Les adultes, à l’éclosion, sont colorés en entier d'un blanc jaunâtre clair, et passent par tous les degrés intermédiaires, jusqu'à la coloration complète.
La femelle non fécondée ressemble beaucoup au mâle. Il y a encore des incertitudes sur les reines ou femelles fécondes, en raison de la difficulté de les rencontrer dans les refuges, rarement découverts par l’observateur et dont elles ne sortent jamais. Lespés donne à l’abdomen blanchàtre et traînant sur le sol des vraies reines (celles d'été) une longneur de 8 à 10 millimètres, l'adulte femelle, avant la fécondation, ayant en totalité 9 millimètres de longueur du corps; une reine, observée par L. Dufour, avait 52 millimètres de long, ce qui doit tenir à un âge bien plus avancé. Les œufs sont pondus en petits tas de plusieurs centaines ensemble, cylindriques, à bouts arrondis, de 0%,65 à Oum ,7 de long sur moitié de large.
Il y a deux sortes de nymphes. Les unes à longs fourreaux d'ailes, réunies deux à deux, de sorte que chaque paire forme un bouclier thoracique subcarré, ces fourreaux dépassant un peu la moitié de l’abdomen. Les plus grandes atteignent 8 millimètres, sont d'abord d’un blanc de lait, puis brunissent au printemps, prenant alors des yeux noirs, qui auparavant étaient blancs, mais bien circonscrits, ces yeux recouverts par la peau nymphale. D'autres, atteignant en juillet jusqu’à 10 millimètres et devenant brunâtres, sont pareilles aux précédentes, sauf qu'elles n'ont que de courts fourreaux alaires, ne dépassant pas les segments thoraciques. La tête et les segments des nymphes des deux formes sont comme chez l’adulte, l'abdomen plus allongé, avec les mêmes différences que chez l'adulte.
Les larves de sexués, bien moins nombreuses que les formes neutres, sont, au premier âge, semblables aux ouvriers et sans rudiments alaires, tandis qu'aux deux âges suivants les fourreaux alaires sont très-légèrement marqués, et alors elles sont, sauf la taille, analogues aux nymphes.' Les antennes ont, selon l’âge, dix, douze, quatorze et peut-être seize articles.
Les formes neutres, ouvriers et soldats, sont celles qu'on rencontre d'ordinaire. D’après Lespés, ce sont, les uns des mâles, les autres des femelles avortées, ayant les rudiments tantôt de testicules, tantôt
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d’ovaires. Les ouvriers (pl. Lxiv, fig. 3 a; 3 b, tête en dessus; 3 f, patte postérieure), qui atteignent 5 millimètres, sont d’un blanc de lait transparent, ainsi que presque tous leurs appendices. Leur tête, couleur d'ivoire, est ronde, glabre, un peu voûtée, sans yeux, mais avec deux ocelles bruns bien visibles, portés chacun sur une proéminence, près de la base de l'antenne et en dedans; les antennes ont de seize à dix-huit articles, trois, quatre, cinq peu distincts, les autres allant peu à peu en grossissant jusqu'à l’avant-dernier et sphéroïdes, le dernier ovoïde-allongé. De même que chez le sexué et la nymphe, le labre est arrondi en spatule. Les mandibules (pl. 1xiv, fig. 8 c) sont subcarrées, dentées sur leur bord interne, dures, cornées, noires; les mâchoires (pl. £xIv, fig. 5 d) bilobées, avec un long palpe de cinq articles, dont la longueur croit du premier au dernier; la lèvre (pl. rxrv, fig. 3e) est membraneuse, quadrifide, avec longs palpes de trois articles, allant aussi en croissant de longueur. Le prothorax, de même forme que chez l'adulte, est plus petit et plus rétréci en arrière, moins courbe sur les côtés, le mésathorax et le métathorax analogues aux segments abdominaux, celui-ci allongé et rétréci au bout, sans différences sexuelles, les appendices anaux présents sous forme de deux pointes.
Les soldats (pl. Lxiv, fig. 3 g) sont longs de 5 à 6 millimètres et, sauf la tête, pareils aux ouvriers. La tête est de couleur d'ivoire, plus foncée vers la bouche, voûtée, une fois aussi longue que large, tombant obliquement vers la bouche, portant deux antennes de dix-sept articles, plus grêles que chez l’ouvrier et allant moins en grossissant. Il y a deux ocelles rudimentaires, plus petits que chez l’ouvrier, aux mêmes places, de sorte qu'il n’est pas juste de dire que les défenseurs de la colonie sont aveugles; ils doivent voir fort mal, de près et dans une seule direction à la fois. On voit très-bien ces ocelles sur le vivant; il suffit des plus forts grossissements de la loupe. Le labre est en ogive ou ovale pointu; les mandibules, d'un brun noirâtre, de la moitié de la longueur de la tête, recourbées intérieurement en haut et s'entrecroisant, sans dents internes.
D'après L. Dufour, l’organisation interne du T. lucifuqus est trèsanalogue sous les divers états dont l'ensemble forme l'espèce. Les glandes salivaires sont formées d'une grappe d'utricules ovalaires, d'un blanc laiteux ou opalin, contigus et assez serrés, munie d’un canal déférent et d'un réservoir de salive en vésicule oblongue, obtuse, dépassant la grappe et ayant un col plus long qu’elle, Le tube digestif a environ deux fois la longueur du corps, et commence par un œsophage capillaire traversant tout le thorax. Il débouche dans l'abdomen dans un jabot translucide, moins développé chez le sexué que chez l’ouvrier, portant douze pièces cornées triturantes à sa membrane interne. Il est suivi d'un très-petit gésier sphéroïdal, d’une légère teinte succinée, puis d'un estomac allongé, cylindroïde, à parois blanches et glabres, long et ployé en anse chez la femelle, moins développé et droit chez le
mâle. Cet estomac se termine en arrière par un bourrelet où s'attachent, par autant d'insertions isolées, huit canaux de Malpighi, à bouts flottants, jaunâtres et translucides. L’intestin, qui a à peu près deux fois la longueur de l'estomac, est filiforme chez les sexués, tandis que chez l’ouvrier il se recourbe d’abord en anse avec quelques boursouflures. Avant l'anus, il se renfle en un rectum ovalaire dépourvu de boutons charnus. Le jabot est rempli de parcelles de bois très-divisées, et le rectum contient des crottins en chapelet qui rappellent ceux des moutons. Un tissu adipeux très-abondant et granuleux entoure tout l'intestin. Il répand une forte odeur de rhum, qu'il communique même à l’eau dans laquelle on dissèque, et qu'on sent très-bien quand on met dans un flacon un grand nombre de Termites.
L. Dufour a trouvé dans la femelle du T. lucifugus chaque ovaire formant un énorme faisceau conoïde, composé d'une quarantaine de graines ovigères, chacun ayant au moins soixante locules, longues, effilées, blanchâtres ; ils sont intimement contigus entre eux avant de s'unir au ligament suspenseur commun fixé dans le thorax.
Lespés rapporte que chaque nid a pour habitants essentiels un couple fécond, privé d'ailes, tantôt petit roi et petite reine, provenant de l'émigration de sexués qui s'opère de mars à mai, selon divers observateurs, {antôt roi et reine, à organes reproducteurs bien plus développés, et par suite de plus forte taille, qui sont dus à l’essaimage d'août. L’abdomen de la reine est énorme et traine à terre. Elle se tient dans une galerie profonde du nid, sans cellule spéciale, le mâle ordinairement près d’elle. Quoique très-embarrassée de son gros ventre, elle marche cependant assez bien, et le roi est toujours très-vif. Les ouvriers ne paraissent pas avoir pour eux de soins d'aucun genre. Le nid contient en outre des sexués non fécondés, les seuls ailés, de deux formes, émigrant soit au printemps, soit en été, et perdant les ailes après l’accouplement. Il est probable que celui-ci s'opère non dans la termitière, mais au dehors, à la façon des Fourmis, où l'on voit la grosse femelle volant entrainer son petit mâle pendu à l'extrémité de l'abdomen. On trouve des sujets ailés dans la termitière pendant toute la belle saison et en dehors des époques d’essaimage ; peut-être sont-ils retenus captifs. Les sexués destinés aux essaims printaniers proviennent des nymphes à longs fourreaux d'ailes, et les sexués, qui donneront les rois et reines d'août, sont produits par les nymphes plus ramassées, à fourreaux alaires courts. Le nid, outre ces deux sortes de nymphes, contient encore des larves de sexués, à légers vestiges alaires, et des larves de neutres complétement aptères ; enfin les neutres des deux formes, les soldats, incapables de couper le bois avec leurs longues mandibules, les ouvriers creusant les galeries dans le bois, soignant les œufs, les larves et surtout les nymphes, les brossant, les léchant, Les aidant dans leurs mues, surtout pour étaler les longues ailes des sexués.
Le T. lucifuqus existe en Portugal, en Espagne, dans la Catalogne, en
Toscane, en Sardaigne, en Dalmatie, en Grèce, en Turquie, à l'ile de Chypre, en Égypte, à Madère, en Algérie. En ce dernier pays, M. H. Lucas rapporte qu'il est très-commun, surtout dans les bois de Chènesliéges des lacs Tonga et Houbeira, et aussi dans les bois entre Stora et Philippeville. En France, on le rencontre en Provence, dans les Pyrénées orientales, à Toulouse, à Bordeaux et Agen en quelques points, dans les villes et villages du littoral de la Saintonge, ainsi, dans un faubourg de Saintes, à Saint-Savinien, où toutes les maisons sont infestées, à Tonnay-Charente, à Rochefort, à la Rochelle, à l’île d’Aix, etc. D'après Bosc et Latreille, il a été trouvé près de Paris, en Bourgogne et à Langres; mais on ne l'a plus revu dans ces trois localités, où il avait sans doute été importé accidentellement avec des bois, et où il aura péri par la rigueur des hivers.
L'épithète de lucifuge donnée au Termite du sud-ouest de la France indique une habitude commune à toutes les espèces du genre Termes et aussi à certaines Fourmis désastreuses de l’Afrique occidentale nommées ambulantes (drivers) ou Fourmis de visite (visiting Ants). Le T. lucifugus évite la lumière avec le plus grand soin. Si l’on met au grand jour un morceau de bois perforé rempli de ces insectes, on les voit aussitôt fuir du côté le moins éclairé. L'exposition à l’air libre, mème dans une cave obscure ou dans un flacon où l’on veut les conserver vivants, leur est promptement fatale ; ils meurent tous au bout de quelques jours, même avec du bois pour se nourrir. La lumière, le contact de l'air sec et agité, Le froid, la privation de la liberté, l'éloignement de la reine, semblent être les causes multiples de la mort des Termites. Quand la termitière est placée dans une maison, elle est installée en général dans le voisinage d’un four, d'une forge ou d’une cheminée, c’est-à-dire dans les endroits où règne constamment une douce chaleur. Les Termites n'en sortent jamais à découvert pour travailler, En général, toutes les fois qu'ils veulent se rendre d’un point à un autre, ils construisent avec des matériaux agglutinés par leur abondante salive des tubes cylindriques très-friables, d'un brun grisâtre, larges de 4 millimètres environ, de façon à former une galerie couverte réunissant les deux points opposés. De la termitière partent de semblables galeries, qui se ramifient tantôt dans les planches, les s0lives, les lambris, tantôt dans les murs ou sur les murs, tantôt enfin dans la terre. Elles s'étendent en toutes directions, à des distances de 30 à 46 mètres, de sorte que souvent la maison voisine est plus infestée que celle où se trouve la termitière. On voit de ces tubes verticaux allant le long du mur, du plancher supérieur au plancher inférieur d’une pièce, et sans cesse remplis de Termites voyageant : ce tube en construction s’allonge, dit-on, de près d'un décimètre par jour. M. E. Blanchard a constaté l'existence de ces tubes le long des murs des caves de la préfecture de la Rochelle, et en 1874 je les ai vus sur les murs d'un vaste cellier, au rez-de-chaussée, attenant à la préfecture: Les tuyaux de che-
minement sont formés de parcelles de bois mêlées aux excréments, ce qui explique pourquoi on ne trouve presque pas de crottins dans des bois pleins d'insectes et entièrement rougés, sauf aux surfaces exposées à la lumière. Il est fort curieux de voir avec quelle précision les Termites construisent leurs galeries pour pénétrer dans les objets à ronger par les points obscurs, C’est toujours immédiatement sous le pied d’un meuble qu'ils entrent pour y exercer leurs ravages. Ils ne se trompent jamais sur la largeur, même très-petite, de ce pied, en sortant de la planche sur laquelle il repose, car jamais on ne voit ailleurs de faux trous. Des marrons, séparés les uns des autres sur les étagères d’un fruitier, se sont trouvés dévorés, et il n’y avait qu'un très-petit trou sous chacun d'eux. Un sac d'avoine, debout dans un grenier sur un plancher neuf, à 3 mètres des murs, contenait à sa base, quand on le déplaça, plus de 100 000 neutres, qui, pour arriver immédiatement au-dessous, avaient dû perforer l'intérieur d’une planche du mur au sac.
Si l’on attaque une termitière du T. lucifugus, on voit aussitôt les ouvriers s'agiter, remplis d'inquiétude ; mais, à l'instant même, les soldats paraissent sur la brèche, portant alternativement leur grosse tête de gauche à droite et de droite à gauche, écartant et rapprochant leurs énormes mandibules, pour serrer l'ennemi dans cette pince redoutable. Quand ils ont bien saisi, on sépare la tête du tronc plutôt que de leur faire lâcher prise. Cependant leur défense est moins persévérante et moins hardie que celle du T. bellicosus, et leurs morsures sont insignifiantes pour nous. Quand ils sont affaiblis par le jeûne ou l'exposition à l'air libre, ils ne peuvent plus porter leur énorme tête, la laissent trainer à terre et prennent un point d'appui sur l'extrémité des mandibules.
La fécondité du T. lucifugus est énorme et explique ses ravages (1). M. Boffinet dit avoir recueilli un litre de larves dans une portion de solive de la longueur d'un mètre, et en avoir pris douze cents à quatorze cents par jour, ou 30000 en vingt-six jours, en plaçant une moilié de pomme sur le manteau d'une cheminée. L’habitude, commune aux Termites, qu'a cette espèce de toujours travailler à couvert explique comment sa présence peut avoir été longtemps ignorée dans la Charente-Inférieure, qui est la région de la France où cette espèce est le plus nuisible. C’est en 1797, dans une maison dela rue Royale; à Rochefort, que les Termites furent signalés pour la première fois, et on les vit gagner toutes les villes voisines par une sorte de rayonne-
(1) Boffinet, Recherches sur le Termes de la Charente-Inférieure. Recueil de la Soc, d'agrie, de Saint-Jean d'Angely, 1849, n° 1, p. 546. — Bobe-Moreau, Mémoires sur les Termites observés à Rochefort. Saintes, 1843. — De Quatrefages,; Mémoire sur la destruction des Termites au moyen d'injections gazeuses (An. sc. natur., 2001., 3° série, 1853, t. XX, p. 5).— Note sur les Termites de la Rochelle (même ouvrage; p. 16).
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ment circulaire, A cette époque, Rochefort, Tonnay-Charente, et surtout la Rochelle et Bordeaux, étaient l’entrepôt du commerce de la France avec sa colonie de Saint-Domingue, et l’on prétendit que les frères Poupet, riches armateurs de la Rochelle, et qui construisirent l'hôtel de la préfecture, avaient importé vers 1780 cette funeste engeance avec leurs ballots de marchandises. Cette opinion ne peut plus se soutenir aujourd'hui, et il est certain que le T. lucifugus est une espèce indigène. On l’a rencontré en effet abondamment dans les Pins maritimes des Landes, ainsi près de Saint-Sever, établissant ses termitières dans les souches, loin de tous lieux habités. Ce sont les bois de pins de construction ou de chauffage qui l'ont introduit dans les départements voisins. Seulement, dans les Landes, les Termites ne forment que des essaims de quelques centaines d'individus; dans les villes, sous l’action d’une nourriture bien plus abondante, les petites sociétés se sont réunies en grandes associations. +
Les ravages causés aux maisons et aux bois des chantiers de la marine ont appelé la sollicitude de l'administration, et à plusieurs reprises, des savants distingués, Audouin, MM. E. Blanchard et de Quatrefages, ont reçu la mission d'étudier sur place leurs dévastations. Des accidents ont été causés plusieurs fois par les Termites. À Rochefort, les pensionnaires, assis à table, dans l'hôtellerie de la Grâce de Dieu, sont tombés dans la cave avec le parquet, dont les supports avaient été détruits par ces dangereux Névroptères. À Saint-Savinien, ils causèrent la chute du toit d'une maison qui paraissait parfaitement saine. Le linge, le papier, les livres, les farines chez les boulangers, les céréales danstles magasins du commerce, sont dévorés par l’insecte dévastateur. Lors du voyage d’Audouin à Tonnay-Charente, une dame dont on visitait la maison trouva son voile de noces et sa lingerie de luxe, serrés bien à l'abri, percés de mille trous. On conserve dans les collections du Muséum une grosse colonne de bois entièrement évidée à l’intérieur, et plusieurs volumes des registres de l’état civil de la Rochelle complétement rongés dans le milieu, mais dont la reliure et la tranche paraissent tout à fait intacts. Les Termites de la Saintonge perforent les cercles des fonneaux, les bouchons des bouteilles, même cachetées, en n'y laissant qu’une mince pellicule, à peine suffisante pour arrêter l'écoulement du liquide. Ils détruisent les fruits et les légumes des jardins, ainsi que les arbres des promenades, surtout ceux dont le bois offre peu de résistance, comme le Peuplier et d'autres bois blancs. A la Rochelle, dans le jardin qui est devant la préfecture, M. de Quatrefages constata en 1853 que tout était attaqué. Un peuplier était miné même dans ses branches; un dahlia avait sa tige toute remplie de Termites, et ses tubercules entièrement évidés. Les pieux servant de tuteurs étaient creusés; un piquet qu'on enfonçait dans une plate-bande, un morceau de planche posé sur le sol, montraient au bout de vingt-quatre heures leur surface toute labourée. Les choses étaient analogues quand je visitai ce jardin en 1874. J'ai
trouvé des Termites dans les tiges sèches dé plusieurs plantes, et le conservateur du muséum d'histoire naturelle, M. Beltrémieux, venait de faire jeter à la mer un Orme de ce jardin public entièrement criblé et rempli de Termites. A la Rochelle, les deux lieux attaqués sont l'arsenal et la préfecture. On a dû renouveler à la préfecture toutes les solives, poutres et planchers de l'hôtel qui étaient creusés de milliers de galeries. Aujourd'hui on les a remplacés par des solives de fer, ét les archives, autrefois très-maltraitées, sont renfermées dans des boîtes de zinc. On surveille les Termites dans cette ville avec grand soin, remplaçant aussitôt tout ce qu'ils endommagent, et, dans les actes de vente des maisons, leur présence ou leur absence sont mentionnées et influent beaucoup sur le prix. Les dégâts sont analogues dans maintes autres localités du Sud-Ouest. Dans une ferme du département de Tarn-et- Garonne, dépendant de la commune de Verdun, on a dû changer en cinq ans deux fois les poutres de l’étable à bœufs, et une fois celle du logement des colons. C’est en vain que les poutres nouvelles, en bois de peuplier parfaitement sain, furent goudronnées dans toutes les parties enfoncées dans les murs. Il ne resta rien au bout de douze ans de tout ce qui était enveloppé dans Le mur, quoique les poutres d'un mur à l’autre parussent extérieurement parfaitement bonnes. Les insectes commencent leur travail dans la prise, et ils creusent dans la poutre des galeries horizontales, longues et irrégulières. Le bois est réduit en une sorte de matière terreuse, et les filaments qui persistent ressemblent à ceux du bois mort sur pied depuis longtemps. Quand des fentes de la surface extérieure viennent à donner du jour aux travailleurs lucifuges, elles sont fermées par les insectes au moyen d'un mastic de poussière ligneuse agglutinée par leur salive.
On ne sera pas étonné que depuis quatre-vingts ans on ait essayé dans la Charente-Inférieure une foule de procédés pour détruire les Termites, mais inutilement. En 1853, à la Rochelle, M. de Quatrefages expérimenta contre eux divers gaz délétères : le bioxyde d'azote, l'acide sulfureux et le chlore, soit seuls, soit mélangés à l'air. Le meilleur de ces gaz est le chlore, qu’on fait rendre par des tubes à l’intérieur de la termitière, de même que Thenard tuait les Mulots et les Rats de ses fermiers avec l’acide sulfhydrique. Le chlore, en vertu de sa grande densité, tend à pénétrer dans les galeries les plus basses. Les Termites sont tués par une immersion d'une heure dans l'air contenant un dixième de chlore, ou d’une demi-heure dans l'air contenant un cinquième du même gaz. Il est bon d'opérer à l’époque de la reproduction pour faire périr les femelles fécondées. Ce moyen est excellent quand on peut connaitre la place de la termitière, mais sa place est d’ordinaire très-difficile à trouver: et les fluides ont beaucoup de peine à glisser entre les mille fissures des bois attaqués, et à atteindre les neutres qui y sont réfugiés : de sorte qu'on est en présence d'une difficulté analogue à celle qui consiste à faire pénétrer les fluides délétères de
GIRARD. It. =— 19
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manière à contourner toutes les racines chargées de Phylloxera, qui étendent leurs lacis dans les terres et les cailloux d’un vignoble. Il est préférable de s'adresser aux moyens préventifs. Comme les bois naturels extrêmement durs paraissent résister seuls aux mandibules des Termites, le mieux semble être de durcir artificiellement par des injections convenables, et jusqu’au centre, nos bois de construction, en se servant des divers procédés en usage, soit par la montée naturelle de la sève (procédé Boucherie), soit par l'immersion, par le vide, par la compression, etc., en choisissant ceux qui donneront la pénétration la plus égale partout; car les Termites sauront très-habilement trouver les parties ligneuses naturelles. Il faudra choisir pour cela les bois tendres de nos pays, le peuplier, le sapin, ete., aisément pénétrables par les matières toxiques ou qui durcissent. La silicatisation des bois à la liqueur des cailloux, ou silicate de potasse, soluble à chaud et insoluble à froid, pourra être très-utile. Il faut remarquer toutefois que les bois durcis par les matières minérales ont un grand inconvénient, celui d'ébrécher les outils. Les solives de fer, comme on l’a fait à la Rochelle, sont d’un emploi indiqué à l'avance, en s'exposant toutefois aux dangers que nous réserve l'avenir par la grande diminution de la ténacité du fer avec le temps et sous l’action réitérée des vibrations.
Une autre espèce très-voisine a été rencontrée en Europe, le T. flavi-
pes, Kollar, dont tous les états sont connus, à l'exception de la reine. Il est un peu moins gros que le T. lucifugqus, moins grand et moins robuste, les antennes plus grêles, les ocelles moins rapprochés des yeux, le prothorax rétréci postérieurement, les jambes moins foncées et moins grises. Si l'on a des sujets des deux espèces conservées dans l'alcool, ceux du T. flavipes gardent toujours une teinte d’un brun jaune bien plus clair. Cette espèce a été découverte par Kollar dans les serres du jardin botanique de Schœnbrunn, à Vienne (Kollar, Hist. nat. des Ins. nuisibles à l’agric. en Allemagne, Vienne, 1837, p. 413). Elle est très-probablement d'importation, car on la trouve dans l'Amérique du Nord : Ohio, Cincinnati, Pensylvanie, Cleveland, Erié-See, Washington (en juin, l’ouvrier; en septembre, l'ouvrier et le soldat ; en octobre, l’ouvrier, le soldat, la nymphe à fourreaux à ailes de l'adulte).
Le sous-genre Eutermes, Heer, est constitué par des espèces dont la tête est dépourvue de rostre, qui sont le plus souvent petites, rarement de taille moyenne, et que caractérise aisément la nervalion des ailes. La nervure médiane est éloignée de la sous-costale et très-rapprochée de la sous-médiane, qui lui est parallèle. Elle reste droite, et, la plupart du temps, non bifurquée jusqu'à l'extrémité de l'aile. De là résulte un champ sous-costal très-large, non nervulé. Les ailes sont toujours mates et de couleur foncée.
Les autres caractères sont ceux des Termes, la tête et le prothorax encore plus petits. Le nombre des articles des antennes est, le plus souvent, de quinze, et s'élève plus rarement jusqu'à vingt.
Les appendices anaux manquent aussi chez le mâle; deux espèces seules en présentent desrudiments. Les espèces sont toujours unicolores et se partagent d'après cela en deux groupes : 1° Aïles foncées, et le plus souvent couleur entièrement noire : les premières espèces de ce groupe ont les ailes brunes, et se rapprochent à plusieurs égards des Termes propres; leurs ailes sont étroites et droites. 2° Aïles livides, à bord externe jaunâtre; ces ailes sont plus larges, les bords en sont le plus souvent recourbés : d’après ses mœurs, le T. tenuis, Hagen, se joint à ce groupe.
Quant aux divers états des Eutermes, on connaît le roi et la reine, qui est relativement petite, le sexué, les nymphes à longs fourreaux et à courts fourreaux alaires. Les ouvriers sont de couleur foncée, la tête pourvue de lignes claires entrecroisées. Outre les ouvriers normaux, il y a des ouvriers rostrés ou à long bec, sans qu’on sache s'ils existent dans toutes les espèces. On ne possède que peu de choses certaines sur les soldats. Le premier groupe parait posséder des soldats de la forme habituelle, avec de longues mandibules courbées; c’est peut-être au second groupe qu'appartiennent les soldats à longs rostres, dans le genre de celui du T. armiger, Motsch.
Le premier groupe des Æutermes vit en grande partie dans des nids sur les arbres; ceux du second habitent en outre sous des tertres, et plusieurs espèces ensemble. Le sous-genre en question appartient presque exclusivement aux tropiques, et surtout à l'hémisphère méridional.
Nous citerons d’abord, parmi les Eutermes, deux espèces américaines anciennement connues, de taille moyenne. L'une est le T.testaceus, Linn., long, avec les ailes de 44 millimètres, le corps de 7 millimètres, l’envergure de 27 ; d’un noir de poix, les appendices variés de jaunâtre; les ailes opaques, d’un noir cendré, à nervures costales d’un brun noir; la tête plate et arrondie, les ocelles petits et peu distants, Le prothorax grand et quadrangulaire ; des Guyanes, du Brésil, du Venezuela, du Chili. L'autre est un peu plus petite, de même couleur, avec les appendices jaunâtres, la tête plane, quadrangulaire, à ocelles grands et distants, le prothorax petit, semi-cireulaire : c'est le T, Morio, Latr., des Antilles, d'Haïti, de la Havane, du Venezuela, de Santarem, du Guatemala, de Panama. On connaît le soldat. Les découvertes modernes ont ajouté à ces espèces plusieurs Æutermes américains intéressants. L'un, d'Obispo, sur l’isthme de Panama, trouvé en mars sur les arbres, est le T. armiger, Motschulsky, dont on connaît le soldat long de 6,5, d'un roux clair. C’est un soldat rostré (pl. zxvu, fig. 7). La tête a la forme d'une cornue chimique et est longue de 3 millimètres, l'occiput hémisphérique, large de 4°%,5. Immédiatement devant l'occiput, la tête se rétrécit en cône et finit par un long rostre un peu recourbé en bas, On reconnait l'insecte pour un soldat à l'absence des yeux et aux mandibules Jongues, minces et pointues, en forme d’alêne, fortement recourbées
extérieurement, noires, pourvues d’une petite dent interne à la base ; ouvertes, elles n'atteignent pas le milieu du rostre. Les antennes ont 15 articles; le prothorax est beaucoup plus étroit que la tête et postérieurement en croissant; le mésothorax plus petit et plus étroit, en losange, le métathorax plus large, peu distinct; l'abdomen gros et ovale, à appendices indistincts ; les pattes grêles ; la tête est très-polie, et le reste du corps velu.
D’autres espèces constituent les plus petits Termitiens. Ce sont : le T. debilis, Heer, de la Havane et du Brésil, d’un brun noir, à appendices jaunâtres, à ailes opaques d’un noir cendré, et le T. exiguus, Hagen, encore plus petit, de coloration analogue, dont le corps n'a que 3 millimètres et l’envergure 11, de Santarem, à l'embouchure de l’Amazone, Le soldat n'a que 4 millimètres. Enfin, à Haïti, en Colombie, au Brésil, est une autre petite espèce, d'un jaune pâle, ayant la tête oblongue et convexe, dépourvue d'ocelles chez le sexué, à ailes opaques d'un blanc jaune pâle, à nervures costales jaunes, le prothorax quadrangulaire. Le corps n'a que 3 millimètres, mais l’envergure des ailes atteint 20 millimètres chez ce T. tenuis, Hagen.
L'Afrique nous offre quelques espèces à nidifications remarquables. Le T. atrox, Smeathm., est noirâtre, avec les segments abdominaux blanchâtres aux bords ; les ailes très-enfumées, à nervure costale noire, les antennes et les pattes testacées. La longueur avec les aïles est de 17 millimètres, le corps en ayant 9 et l’envergure 31. L'ouvrier a la tête pale, des antennes moniliformes, de courtes maxilles dentées, le thorax et l'abdomen ovalaires, d’un cendré plombé, les pattes testacées. Le soldat en diffère par sa tête testacée très-grande, élevée en avant, gibbeuse, ovale en arrière, des mandibules noires, dressées et fourchues. Cette espèce esi de l'Afrique équinoxiale, notamment de Sierra- Leone, ainsi qu’une seconde espèce un peu plus petite et très-analogue, à ailes beaucoup plus courtes, à pattes noires, le T. mordax, Smeathm., qui n’est peut-être qu'une variété. Ces Termites construisent les nids que Smeathman appelle en tourelle. Is n'ont au maximum qu'un mètre de hauteur, et ressemblent par la forme à des champignons, ou plutôt à des corps de petits moulins à vent cylindriques. [ls sont constitués par un cylindre droit, recouvert d'un chapiteau plus ou moins aplati et qui déborde tout autour de 8 à 10 centimètres. Une fois achevés, on ne les retouche plus comme les autres, pour les agrandir. A mesure que le nombre des insectes augmente, ils édifient de nouvelles tours, tout contre les premières et même sans attendre que celles-ci soient tout à fait achevées. On en trouve parfois cinq ou six au pied du même arbre. Ces nids sont divisés à l’intérieur en un grand nombre de cellules, parfois subcuboïdes ou subpentagones, sans qu'on y remarque de distribution particulière, comme des arches, des conduits, etc. L’argile des nids est noirâtre, rougissant au feu et donnant une brique très-belle et d’un rouge clair.
Au Cap, dans l'Afrique occidentale, au Sénégal, existe un Termite de mœurs différentes des précédents, le T. arborum, Smeathm., de taille analogue, brun, à tête noirâtre ; la bouche, les antennes, les pattes testacées, les tarses jaunes; les ailes opaques, d'un brun cendré, à nervures costales brunes ; la tête petite, arrondie, plane, avec un point médian imprimé et les ocelles rapprochés ; le prothorax cordiforme. Il y a un ouvrier de 6 millimètres, un soldat ordinaire de 8, une reine de 28 millimètres de long, et en outre un soldat rostré et un ouvrier rostré (pl. zxvu, fig. 8, sa tête de profil). Cette espèce place son nid sur les arbres, quelquefois entre deux branches, souvent tout autour d'une seule, à la hauteur de 25 à 30 mètres. On en trouve, mais rarement, d'aussi gros qu'une barrique de sucre. Ils sont sphéroïdes ou ellipsoïdes, noirs comme les nids en tourelle, et faits de parcelles de bois et de différentes gommes que les insectes ont mêlées ensemble, et auxquelles ils ont ajouté peut-être des sues particuliers. Ils font du tout une pâte avec laquelle ils forment un grand nombre de cellules irrégulières. Ces nids sont très-solides et adhèrent si fortement aux arbres, qu'on ne peut les détacher sans les briser et emporter la branche. Les ouragans de la côte de Guinée, ou tornados, arrachent et entraînent souvent l'arbre entier sans endommager les nids quis’ y trouvent. Le nombre des Termites qui y sont renfermés est prodigieux. Ils y sont pressés comme des harengs dans une tonne ; on les recherche pour la nourriture de plusieurs oiseaux et particulièrement des Poules d'Inde. La figure de Smeathman représente une galerie couverte, en argile, serpentant sur les branches et le tronc de l’arbre depuis le nid du T. arborum jusqu'au sol, permettant à l'abri de la lumière les voyages des ouvriers allant aux provisions et se rendant peut-être à quelque autre nid souterrain. Ces mêmes T'. arborum font quelquefois leur nid sur le toit des maisons, et il faut se hâter de le détruire pour prévenir les dégâts qu'ils feraient à l'intérieur. Ils bâtissent aussi leur nid dans les caisses où ils se sont introduits, et où ils rongent à leur aise les objets renfermés. Ils attaquent les arbres qui ont péri sur pied. Ils s’y introduisent par la partie inférieure, se mettent à couvert au-dessous de l'écorce et rongent tout le reste, couvrant souvent toute l'écorce d’un mortier qui ressemble à de la boue séchée; aux coups de vent, l'arbre casse et tombe en morceaux. Ils s'en prennent aussi aux arbres renversés, sans avoir alors besoin de remplacer une partie du bois qu'ils creusent, l'arbre n'étant plus dans la nécessité d’être consolidé. Smeathman fit un jour une chute violente en montant sur un de ces arbres miné par le T. arborum et qui céda sous lui. Ces Termites touchent rarement aux arbres vivants, excepté quand ils sont déjà malades et près de périr. Les nids d'arbres dont nous venons de parler comme type sont également construits en diverses régions chaudes par d’autres espèces d’£utermes, et ils sont désignés sous le nom de têtes de nègre par les anciens voyageurs qui ont décrit les productions des îles Caraïbes,
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Nous terminerons, avec M. Hagen, le genre Termes en citant le sousgenre Rhinotermes. La nervation des ailes est analogue à celle des Termes. Le caractère remarquable est la structure d’un rostre placé audessus du labre et qui est formé par l’épistome et le bord antérieur de la tête; les ailes ont un aspect particulier de cicatrices. Les deux espèces de ce sous-genre sont le T. marginalis, Linn., de Surinam, et le T. nasutus, Perty, du Brésil. D’après M. Hagen, on pourrait rattacher à ce sous-genre le T, simpleæ, Hagen, de la Havane, en raison de son port et de ses ailes cicatrisées, bien qu'il n'offre pas la disposition spéciale du rostre.
TRIBU DES EMBIENS.
Les Embiens sont une petite tribu annexe des Termitiens, encore moins étudiée, formée d'insectes peu répandus. On est amené à les séparer par certains caractères anatomiques : ainsi la lèvre inférieure bilobée et non quadrifide, les ailes non caduques ni articulées sur un moignon persistant, les pattes à articulations dilatées, le régime et les mœæurs différents. Le corps est allongé, déprimé, également large ; la tête ovale, déprimée, rétrécie en arrière, plus allongée que chez les Termites, ayant quelque ressemblance avec celle des Raphidies; les yeux ovales et granuleux, pas d'ocelles ; les antennes filiformes, insérées dans une échancrure en avant des yeux, d'un nombre d'articles variable, le basilaire plus épais, le second plus court, le troisième un peu plus long. Le labre est court, transverse, arrondi et cilié ; les mandibules trigones-allongées, avec deux ou trois dents courtes ; les maxilles à deux lobes, l’interne cilié, plus grand, arqué, à bout aigu et bidenté, l'externe ou galea grêle, subarticulé à la base; les palpes débordant les maxilles, grêles, de cinq articles courts, le dernier un peu plus long, subacuminé au sommet ; le menton coriacé et transversalement quadrangle, portant une lèvre membraneuse, cordiforme et bilobée, avec des palpes courts, de trois articles, le dernier le plus long. Le thorax est oblong et allongé, à segments déprimés, recouverts chacun par une lamelle scutelliforme. Les ailes sont subégales, les antérieures un peu plus grandes; elles sont subopaques, longues et étroites, recouvrant horizontalement l'abdomen et atteignant son extrémité, n'ayant que peu de nervures longitudinales, le plus souvent simples, et quelques rares nervures transverses irrégulièrement placées. Des bandes blanches ou hyalines existent entre les nervures longitudinales ; deux nervures Contiguës, l'une ‘antérieurement, l’autre postérieurement, parcourent l'aile, parallèles entre elles et aux nervures costales épaissies. Les pattes sont remarquables : elles sont courtes, à cuisses antérieures et postérieures dilatées, les jambes élargies et comprimées; les tarses de trois articles, Le premier article dilaté en bouclier à la paire
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antérieure, le second, le plus court, à tous les tarses, les ongles simples. L'abdomen est allongé et plan en dessus et terminé par deux appendices styliformes, biarticulés. Les différences sexuelles ne sont pas visibles à l'extérieur, ei les larves, sauf les ailes, ressemblent beaucoup aux adultes.
Les Embiens se rencontrent dans les régions tropicales et tempérées chaudes des deux mondes. En généralisant ce qu'a observé M. Lucas sur l'espèce qui vit en Algérie, ils sont solitaires à l'état de larves, et se réunissent en société lorsqu'ils sont adultes, par la nécessité de l’accouplement. Ce sont des insectes carnassiers et non nuisibles. D'après M. Westwood, ils réunissent par leurs affinités les Termitiens avec les Eusthenia, Westw., de la tribu des Perliens. ;
Nous ne formerons dans cette tribu qu'un seul genre, celui des Embia, Latr., dont les caractères sont les précédents, et que M. Westwood (1) a subdivisé en trois sous-genres. Dans le sous-genre Æmbia, Latr., les antennes sont de 15 à 20 articles, plus courtes que le thorax, les ailes ont la troisième nervure interne réunie à la quatrième par des nervures transverses, cette dernière trifide ou bifide.
Le type le plus anciennement connu est l'E. Savignyi, Westw., d'Égypte, ou æœgyptiaca, E. Blanch., figuré dans l'ouvrage de l'£xpédition d'Égypte (Névrorr., pl. 11, fig. 9). L'insecte, dont le corps est long de 5 millimètres, est d’un ferrugineux obscur, et lenvergure de près de 20 millim. Les ailes sont d’un brun roux, striées de lignes blanchâtres, plus marquées aux ailes inférieures, surtout vers le bord postérieur. La larve est velue et d'un brun ferrugineux. Une espèce trèsvoisine est l'E. mauritanica, Lucas, probablement la même'que l’'£. nigra, Hagen, d'Égypte, la larve aptère et l’ailé bruns, les ailes d’un brun
jaunâtre, avec les lignes blanches entre les nervures transversales, la quatrième nervure interne bifide au bout. Ces insectes se trouvent près d'Alger, sur les plateaux de Medeah et de Boghar, et aussi près de Milah et de Constantine, les larves en mars et'avril, les adultes en juin. Les larves vivent isolées, sous des pierres légèrement humides. Elles habitent de petits fourreaux de soie blanche (2), très-fines à mailles trèsserrées, en forme de tubes ; ces fourreaux ont des issues par où les larves sortent à la recherche de leur nourriture. Elles subissent leurs mues dans ces fourreaux, et s'y réfugient lorsqu'on cherche à les capturer. La matière soyeuse est sécrétée pendant toute l'existence de ces larves, et sert non-seulement à leur construire des abris, mais à prendre les insectes dont se repaissent ces larves carnassières. En effet, si l’on ob-
(1) Westwood, Characters of Embia, a Genus of Insects allied to the White Ants (Termites), with Descriptions of the Species of which it is composed (Trans. Linn. Soc. of London, 1837, t. XNII, p. 369-375; une planche).
(2) H. Lucas, Sur les fourreaux soyeux des mues de VE. mauritanica (A4#n. Soc. entom. Fr. 3° série, 1859, t. VIT, p. 441 à 440).
296 NÉVROPTÈRES.
serve les fourreaux placés sous les pierres, on remarque que, dans le voisinage de ces habitations, les larves de ce singulier Névroptère ont le soin de déposer çà et là des fils de soie qui sont autant de piéges destinés, soit à capturer les insectes, soit à donner avertissement de leur présence. Les adultes se réunissent en société dans les lieux sablonneux, sur les tiges des grandes herbes. M. Lucas les voyait parcourir, avec agitation et inquiétude, une tige de Scilla maritima, très-agiles, mais se laissant saisir sans se servir de leurs ailes. Rambur a fait une espèce, l'E. Solieri, sur des larves brunes trouvées dans les environs de Marseille par Solier, et qui sont peut-être d'importation. On cite aussi des Embia de Bombay, de l’ile Maurice, de Madagascar, du Brésil, et une espèce trouvée dans la résine copale.
Dans le sous-genre Oligotoma, Westw., les antennes n’ont que onze articles, et la troisième nervure interne des ailes n’est pas réunie à la quatrième par des nervures transverses, cette dernière bilifide. Une espèce du Bengale, l'O. Saundersi, Westw., d’un jaune brun, les ailes d'un brun-pâle, ayant cinq bandes longitudinales blanches et trèsétroite, entre les nervures longitudinales. Le sous-genre Olyntha, Gray, offre des antennes de trente-deux articles, presque de la longueur du corps, et la quatrième nervure interne trifide. Une grande espèce du Brésil, longue de 144 millimètres environ, avec envergure de 23, est l'O. brasiliensis, Gray, d’un noir de poix, le dessus du protho- 1ax et les quatre cuisses antérieures ocreux, les dix derniers articles des antennes blancs, les autres bruns, les ailes couleur de poix, avec des bandes blanches entre les nervures longitudinales, les nervures transverses faiblement bordées de blanc. Il y a une seconde espèce du Brésil et une autre de la Havane.
On consultera pour cette petite tribu le Synopsis Embidinorum syno nymica de M. Hagen (Verhandlungen des <oologisch-botanischen Gesellschaft in Wien, 1866, p. 220). Pictet a décrit une espèce fossile, l'E. antiqua, du succin.
TRIBU DES PSOCIENS,
Les petits et très-petits Pseudonévroptères qui composent cette tribu sont encore assez mal connus, surtout les exotiques. Les anciens auteurs les confondaient avec les Hémérobes, les Termites, les Phryganes. Latreille, le premier (1794), sépara le genre Psocus du genre Hemerobius. On trouve dans ces insectes tous les degrès de développement des ailes, l'absence complète, l'état rudimentaire , les quatre ailes existantes et grandes. Ils sont souvent désignés par l’épithète de pulsatorius, car plusieurs espèces vivent dans les maisons, côte à côte avec les Anobium (Coléoptères), et on leur a attribué à tort, vu leur mollesse, les petits chocs secs que produisent les Vrilleites en frappant avec la tête sur les bois durs, comme appel à la reproduction. Le mot pedicu-