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II. ÆSCHNINES

Tête grosse, avec le vertex et l'occiput petits; front droit, trèssaillant; la soie antennaire articulée, les yeux plus ou moins large-

ANAX. 3h9

ment contigus. Labre échancré; second article du palpe Tabial plus étroit que la lèvre inférieure, le troisième cylindrique, plus de moitié plus court que le deuxième; bord anal des secondes ailes excavé ou non excavé chez les mâles. Pattes ayant le premier article des tarses très-petit. Second segment de l’abdomen du mâle, ne s’avançant pas en lobule sur les côtés de la base du pénis, et muni de deux oreillettes latérales chez les mâles, dont l’angle anal des secondes ailes est excavé. Cet abdomen ordinairement très-long, plus ou moins étranglé après la base, qui est renflée ; dessous du dernier segment rugueux ou épineux à son extrémité postérieure chez les femelles; appendices anaux supérieurs ciliés à leur bord interne, ordinairement dilatés, lamelliformes, jamais cylindriques, l'inférieur presque toujours entier. Bord vulvaire des femelles prolongé en une pointe cornée, formée de quatre pièces rapprochées et unies entre elles, terminées par deux petites cornes; appendices vulvaires de deux articles chacun, dont le premier est droit et arqué, le second styliforme. Ces quatre pièces, qui n'atteignent pas le bout de l'abdomen, sont contenues par deux lames ou valves étroites, plus ou moins recourbées, cornées et terminées chacune par un petit pinceau de poils; il y a donc une sorte d’oviscapte.

Nous ne possédons en France que deux genres de ces Æschnes proprement dites. Elles comprennent les plus grandes espèces de la tribu des Libelluliens, celles aussi dont le vol est le plus puissant et le plus soutenu. Elles parcourent de vastes espaces ; certaines espèces restent près des eaux, mais d’autres s'éloignent beaucoup du lieu de leur naissance.

ANAX, Leach. — Yeux très-voûtés, contigus sur un très-grand espace, cette suture plus longue que la largeur du vertex et du haut du front. Bord anal des secondes ailes arrondi et semblable dans les deux sexes; membranule grande. Pas d’oreillette sur les côtés du second segment de l'abdomen ; appendice anal inférieur du mâle tronqué, quadrilatère ou rétréei à son extrémité.

Les yeux forment la majeure partie de la grosse tête des Anaæ. Le thorax est très-épais ; l'abdomen très-allongé et marqué d'une bande dorsale anguleuse, noire ou rousse, et de sept arêtes longitudinales. Leur coloration, en général, se compose de bleu tendre, de vert ou vert jaunâtre, de roussâtre et de noir, ces couleurs n'étant pas disposées par petites taches ou par plaques, comme chez les Æschna. Ce sont de trèsbeaux Libelluliens par leurs couleurs brillantes. On les rencontre sur les étangs et les rivières, d’où ils s’éloignent peu, et sur lesquels ils planent à la façon des oiseaux de proie. Ils sont fort défiants, et se laissent par cela même difficilement approcher. L'espèce type, presque la seule d'Europe, est l'A. formosus, Vanderl., dont le mâle atteint 10 centim. d'envergure et la femelle 41. La tête est d’un vert jaunâtre, lachée de noir; le thorax vert sans taches; l'abdomen du mâle est

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long, renflé à la base, rétréci au troisième segment, déprimé ensuite, d'un beau bleu, le premier et la moitié du second segment exceptés, qui sont verdâtres ; du troisième au dernier segment règne une bande dorsale anguleuse noire, et sur les côtés sont des taches noires allongées. Chez la femelle, l'abdomen est plus épais, non rétréci au troisième segment; le bleu du mâle est remplacé par du vert, et la bande dorsale, plus large, est d’un brun roux ; les ailes plus larges, plus étendues et teintes légèrement de bleu verdàtre ; les deux sexes ont le pterostigma très-allongé et roussâtre. Les mâles sont plus nombreux que les femelles, et celles-ci rasent la surface de l’eau en déposant leurs œufs sur les plantes aquatiques. L'espèce est très-répandue sur les étangs et surtout les petites rivières, de mai à la fin de l'été, vivant d'insectes qu'elle saisit au vol, et particulièrement d’Agrions, Elle est de toute l'Europe centrale et méridionale; se trouve dans la Charente de la fin de mai au 15 septembre, très-commune dans tout le courant de juin (H: Delamain), se prend aux îles Canaries, en Sibérie dans la steppe des Kirghiz, en Syrie, en Egypte, en Algérie, en juin et juillet, près d'Alger, Philippeville, Hippone et dans le cercle de la Calle, des lieux frais, humides, très-ombragés, pareille au type d'Europe (H, Lucas).

ÆSsOnNA, Fabr. — Yeux modérément voütés, contigus sur un grand espace, cette suture à peine aussi longue que la largeur du vertex et le haut du front, ou même plus courte. Angle anal des ailes inférieures anguleux chez le mâle, arrondi chez la femelle. Second segment de l'abdomen du mâle marqué sur les côtés d’un tubercule comprimé et en forme d’oreillette, plus ou moins saillant et dentelé ; appendice anal inférieur des mâles plus court que les supérieurs, et en triangle ordinairement allongé et tronqué, Abdomen renflé à la base, énsuite plus ou moins rétréci, puis cylindrique, très-allongé et marqué de cinq arètes longitudinales.

La coloration de l'abdomen des Æschna se compose de bleu, de jaune, de vert, de roux ét de noir; ces différentes couleurs sont disposées par petites taches ou par plaques, le bleu étant le partage du mâle, comme le jaune et le vert sont le propre de la femelle. Ces insectes, tous en général de grande taille, ont le vol puissant et soutenu, comme les Anax. On les rencontre dans les marais, les clairières et les allées des bois, ainsi que le long des chemins bordés de haies et de fossés, allänt et revenant continuellement dans le même lieu, en par: courant de petits espaces, jusqu'au moment où, effrayés par quelque cause, ils partent et s’éloignent avec la rapidité d’un trait, en s’élevant dans les airs, et souvent à une très-grande hauteur. Is se laissent pour la plupart très-difficilement approcher.

Les espèces se divisent en plusieurs groupes. Le premier, où les yeux ne se touchent que sur un espace étroit, et dont l’abdomen cylindrique

ÆSCHNA. 351

n'est pas étranglé au deuxième segment, est l’Æ. pratensis, Müller ou vernalis, à corps très-poilu, à abdomen très-tacheté, la plus petite du genre en Europe, la seule espèce printanière du genre, paraissant dans le Midi en mars et ayril, dans la Charente du milieu d'avril aux premiers jours de juin, très-commune sur les mares et fossés des prairies et parcs (H. Delamain), en Belgique en mai et juin, en Écosse et au sud de la Suède en juin et juillet. — Un autre groupe d'Æschnes présente les yeux se touchant sur un espace assez étendu, l'abdomen étranglé au deuxième segment, la membranule de grandeur variable, une tache noire en forme de T sur le vertex. On y trouve l’Æ, cyanea, Latr. ou maculatissima, grande espèce dont la femelle atteint 11 centim. d'envergure, très-répandue dans toute l'Europe, de la fin d'août à la fin d’octobre, sauf la Laponie et l'Irlande. Le devant du thorax a deux grandes taches vertes ovales ; l'abdomen du mâle, à tubercule du deuxième segment tridenté, est varié de nombreuses petites taches bleues, jaunes et vertes, isolées ou géminées sur un fond noirâtre, les neuvième et dixième segments bleus antérieurement, la membranule courte, blanchâtre, teinte de noirâtre au bord postérieur. La femelle diffère du mäle par son abdomen non rétréci au deuxième segment, les yeux verts et non bleus en dessus, les taches claires du thorax et de l'abdomen d'un vert jaunâtre. Chez les sujets prénubiles, la couleur bleue des adultes est changée en vert et la verte est transformée en jaune; les ailes sont lavées de jaune clair, et la nervure costale est jaune. A côté se place l'Æ, mixta, Latr., de coloration analogue, mais avec une teinte plus roussâtre, et de taille plus petite, l'envergure ne dépassant pas 3 centimètres et demi, manquant en Suède, existant dans l'Europe tempérée et méridionale en août, septembre, octobre, et même, dans la Charente et plus au sud, jusqu'au milieu de novembre, rare en Algérie et pareille au type d'Europe, en juillet et août près d'Alger et dans le cercle de la Calle, au bord des lacs et rivières, en Sibérie dans la steppe des Kirghiz. L’Æ. affinis, Vanderl., très-voisine, plus méridionale, commune dans tous les bois de la Charente en juin et juillet (H. Delamain), locale en Belgique, se trouvant à Bondy près de Paris, très-commune en Provence, fréquente en Algérie pendant tout l'été et une grande partie de l'automne, dans les lieux boisés, sur les bords des sentiers, Alger, Constantine, Hippone, la Calle, L’Æ. viridis, Eversman, à côtés du thorax verts et sans lignes, l'abdomen de la femelle entièrement tacheté de vert et de noir, prenant du bleu chez le mâle, espèce de l'Europe orientale, et de la Sibérie dans la steppe des Kirghiz, arrivant jusqu'en Hollande et volant après le coucher du soleil, habitude rare chez les Libelluliens. — Le troisième groupe des Æschnes offre les yeux contigus sur un espace assez étendu ; l'abdomen cylindrique étranglé au second segment, roussâtre, peu tacheté, à petites taches bleues chez les mâles, jaune au contraire chez les femelles ; le vertex sans tache en T; les appendices anaux du mâle lancéolés, les ailes plus

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ou moins roussatres. À citer l'Æ. rufescens, Vanderl., à labre bordé de brun en avant, les ailes à nervures noirâtres et à base roussâtre, avec membranule très-grande, noirâtre, sans taches bleues près de leurs attaches, une dent basale sous les appendices anaux supérieurs des mâles; espèce fort défiante, du Midi, locale et très-rare en Suède, en Angleterre, en Belgique, la variété à ailes roussàtres en entier se prenant à Bruxelles, existant dans la Charente (H. Delamain), de la mimai à la mi-juillet, assez fréquente près des fossés, des prairies et des parcs. L’Æ. grandis, Linn., la Julie de Geoffroy, offrant le labre non bordé de brun en avant, le thorax bordé de deux bandes latérales d'un jaune-soufre, les ailes roussâtres en entier, y compris les nervures, avec un point réniforme bleu près de leurs attaches, la membranule médiocre et blanchâtre, les pattes d’un ferrugineux foncé, les appendices anaux supérieurs du mâle sans dent à leur base. Cette espèce, dont nous donnons la lèvre inférieure (pl. Lxv, fig. 8), est commune, en été et au commencement de l'automne, dans le nord et le centre de l’Europe, en Sibérie dans la steppe des Kirghiz, en Laponie, dans les trois îles britanniques, dans le nord et le centre de la France; non trouvée dans la Charente, mais rencontrée près de Saintes dans la Charente-Inférieure (D Mongrand) ; manquant dans le midi de la France, l'Italie, l'Espagne. La larve, commune près de Paris dans les mares et les étangs, est entièrement d’un vert brunâtre, avec quelques petites taches plus foncées, disposées irrégulièrement et en plus ou moins grande quantité. Cette espèce est citée comme accomplissant parfois de grandes migrations. M. Hagen a reconnu, dans sa dissection, que les cordons de la chaine ventrale sont au nombre de quatre, deux supérieurs, deux inférieurs, ces derniers formant seuls les ganglions. Une dernière espèce se distingue des autres Æschnes sans T au vertex par l'abdomen cylindrique, très-étrangié au second segment, olivätre, varié de brun foncé, les ailes incolores ou un peu ternies, à réticulation très-fine, à membranule courte, les appendices anaux supérieurs du mâle lancéolés et étroits : c’est l’Æ. Irene, Boyer de Fonsc., espèce méridionale, découverte en Provence, se trouvant en Sardaigne, remontant jusqu'auprès du Mans et dans Maine-et-Loire, mais rare, se trouvant dans la Charente de la fin de juin au milieu de septembre. Elle est crépusculaire, dit M. H. Delamain (Catal. manuscr. des Odonates de la Charente) et abonde dans les rues de Jarnac, rasant le soir le pavé à la façon de l'hirondelle. Dans le jour, elle se colle aux murs, comme Catocala nupta (Lépid. hétéroc.), sous les auvents, les corniches, et, si on la dérange, vole à quelques mètres seulement pour se poser aussitôt.

ZYGOPTÈRES. 399 ZYGOPTÈRES ou AGRIONIDES.

Tête transverse, petite, déprimée, à bouche saillante; les yeux pédicellés, très-éloignés l’un de l’autre, les ocellés en triangle ; le labre entier, bombé, arrondi ; les palpes labiaux de trois articles, le second article moins large que la languette, l'angle interne de son extrémité prolongé en une longue épine, la languette divisée en deux par une fente médiane. Thorax étroit et allongé. Les ailes semblables, presque toujours relevées ou à demi relevées dans le repos, souvent pétiolées à la base ; le nodus ou point cubital toujours entre le milieu et la base de l'aile, sans membranule ; la nervure sous-médiane sans rameau supérieur, de sorte que le triangle discoïdal est remplacé par un quadrilatère plus ou moins régulier, le pterostigma pouvant manquer. Abdomen très-long et très-grèle, cylindrique, ayant trois arêtes peu marquées, celles du dessous et la dorsale à peine sensibles. Organes génitaux ana- Jogues à ceux des Æschnides, à appendices vulvaires très-saillants, en façon d'oviscapte ; quatre appendices anaux chez les mâles, deux chez les femelles, variables peur la forme; deux paires d’hameçons à l’appareil copulateur du male, sous le deuxième segment, les antérieurs réunis avec la pièce antérieure, la gaine séparée du pénis.

En regardant ces insectes en dessus de la tête, on obtient l'aspect particulier d'un triangle à angles émoussés, dû à la réunion d’une tête transverse et déprimée, d’yeux très-éloignés l’un de l’autre et d'une bouche saillante. Leurs nombreuses espèces comprennent les plus petits Odonates, à corps svelte et élégant, certains d'eux très-remarquables par l'éclat de leurs couleurs. Leur vol n’a qu’une faible puissance, et, pour cette cause, la plupart ne quittent pas les lieux de leur naïssance ; il en est cependant quelques-uns qui s'en éloignent beaucoup, et qu'on rencontre alors, soit dans les jardins et Les champs, soit dans les bois, et à de grandes distances des marais ou des endroits herbeux autour des eaux, séjour habituel du plus grand nombre. On les divise en deux groupes, dont les types sont les genres Calopteryæ et Agrion.

TL. CALOPTÉRYGINES.

Ailes toujours relevées dans le repos, non pétiolées, les nervules cubitales qui traversent ’espace huméral assez nombreusés ou trèsnombreuses, cinq au moins; point cubital placé vers la moitié de la longueur de l'aile ou environ, de sorte que la partie cubitale forme beaucoup plus du tiers de l'aile, le point cubital très-éloigné du quadrilatère, le pterostigma pouvant manquer chez le mâle.

Ces insectes sont répandus sur toute la terre, à l'exception de la Polynésie et de l'Australie,

CALOPTERYX, Leach (par mauvaise orthographe Calepteryx). — Tète, dessus du thorax et du premier segment de l'abdomen poilus ; premier article des antennes cylindrique, beaucoup plus court que le second, qui est de même épais-

3554 NÉVROPTÈRES.

seur, le troisième deux fois plus long, à soie de même longueur, Lèvre inférieure fendue dans son tiers apical; le deuxième article des palpes plus court, le troisième deux tiers plus court, Ailes arrondies dès la base, non pétiolées, à cellules très-nombreuses, presque toutes rectangles; un grand nombre de nervules antécubitales ; pterostigma variable ; le quadrilatère de Paile traversé par beaucoup de nervules, subrectangle, six fois au moins aussi long que large. Pattes longues, minces, à cils longs et fins. Abdomen très-mince, plus long que les ailes. Coloration du corps verte ou bleu bronzé ou noiràtre chez les mâles, d’un vert métallique ou noirâtre chez les femelles; souvent les sutures ou le dessous du corps jaunâtres ; les quatre ailes d'une couleur à peu près semblable.

Les espèces de ce genre sont réparties dans l’Europe, l'Afrique méditerranéenne, l'Asie et l'Amérique septentrionale ; ce sont les plus brillantes de la tribu des Libelluliens, d’un vol léger, moelleux et peu soutenu. On les rencontre ordinairement le long des eaux courantes, et non stagnantes, comme la plupart des Libellules. L'Europe et le bassin de la Méditerranée ne comptent que trois espèces de ce genre. On avait cru à un plus grand nombre d'espèces d’après l'existence des races méridionales, et le changement, bien plus marqué que chez les autres Libelluliens, que l'âge produit dans la coloration des ailes et dans la forme du neuvième segment abdominal. Le groupe de ces espèces présente un tubercule renflé de chaque côté, à la partie postérieure de la tête ; pas de pterostigma chez le mâle, un pterostigma blanc chez la femelle, traversé par plusieurs nervules; les appendices supérieurs des mâles en demi-circonférence, les inférieurs cylindriques et plus courts, les deux appendices anaux des femelles petits et droits. L'une des espèces, hemorrhoïdalis, a les jambes en partie roussâtres; les autres les offrent noires. L'âge nine dans ces espèces de grandes différences. Il est bien reconnu pour les deux espèces communes aux environs de Paris, les C. virgo et splendens, que, chez les mäles naissants, les ailes sont transparentes et roussâtres, dans l’âge moyen enfumées et à reflet bleu, et enfin, à l'état très-adulte, opaques et d’un bleu foncé en entier ou en partie; la forme du neuvième segment abdominal suit une marche correspondante, conique chez les jeunes, cylindrique chez les adultes, en raison du gonflement des testicules. Chez la femelle, les ailes sont d’abord d’un roussâtre très-clair, puis les nervures et les nervules deviennent plus foncées, et dans l’âge très-adulte leur fond est parfois enfumé, et même presque opaque vers l'extrémité des ailes inférieures. Des femelles, par aberration, peuvent prendre des couleurs du mâle.

Le C. virgo, Linn., l'Ulrique de Geoffroy (sa lèvre inférieure pl. 1xv, fig. 5), long de 42 à 43 millimètres, offre le corps d’un bleu ç' ou d’un vert Q soyeux, sans points où tubercules interalaires blancs ; les appendices inférieurs du màle noirs, à base jaunàtre en dessous ; Les ailes rous-

CALOPTERYX, ÉPALLAGE, 359

sâtres, parfois brunes chez la femelle, qui, très-adulte, se saupoudre de blanchâtre sous la poitrine ; les ailes roussâtres ou bleues de diverses nuances chez le mâle. De mai à la fin d'août, dominant en juillet; toute l’Europe, la Sibérie, une race plus grande, festiva, Brullé, en Grèce et en Syrie. Il y a des variétés où l'aile du mâle devient en entier d'un brun enfumé ou d’un bleu noirâtre, à reflet submétallique, d’autres où la base reste d’un roux clair et diaphane. Le C. splendens, Harris, la Louise de Geoffroy, ressemble à l'espèce précédente, mais présente deux points ou tubercules interalaires blancs; les ailes plus étroites et plus pointues, toutes les nervures et les nervules d’un bleu métallique chez le mâle, la base des ailes transparente jusque vers le point cubital et souvent le bout, la réticulation plus régulière et moins serrée. Chez la femelle, les nervures et les nervules sont d’un vert métallique, et il y a une épine partant d'une petite carène, bien plus saillante que chez virgo, en dessus du dernier segment de l'abdomen, et le petit appendice qui se trouve en dessous ne dépasse pas le bord du segment; le pterostigma est plus rapproché de l'extrémité de l'aile que chez virgo, de sorte que la distance de la base au point cubital est plus petite que celle du point cubital au pterostigma. Dès la fin d’avril, très-communément en juin et juillet, ne disparaît qu'au début de septembre : Europe, Sibérie, Syrie ; Algérie en juin près de Constantine, sur les bords des rivières légèrement ombragés et herbus, pareil aux individus de Provence, dont les mâles ont les ailes hyalines, race æœanthostoma, Charp. Les caractères que nous avons donnés s'appliquent aux races septentrionales des deux espèces, ainsi aux sujets des environs de Paris; il règne une confusion presque inextricable pour les races méridieales. La troisième espèce d'Europe, le C. kemorrhoidalis, Vanderl., se distingue tout de suite des précédentes par la couleur foncée du corps, d'un noir un peu bleuâtre, avec reflets violets et rougeàtres chez le mâle adulte, d’un verdâtre bronzé avec des raies d’un jaune pâle chez la femelle; par les jambes roussâtres en dehors et par la nervure costale, qui n’est jamais d’un vert métallique. Espagne, Italie, Sicile, Sardaigne, Corse ; remonte en France jusqu'à Lyon et Bordeaux; se trouve en Algérie (H. Lucas) pendant le printemps, l'été et une grande partie de l'automne, dans les lieux marécageux et ombragés du cercle de la Calle, aimant, comme ses congénères, à voler à la surface des eaux courantes et à se reposer sur les longues tiges des herbes qui eroissent au bord des ruisseaux; pareille aux sujets d'Europe, mais de taille très-petite, comme les individus qu'on prend dans le sud de la Sicile,

ÆEPALEAGE, Charp. — Ailes relevées dans le repos, étroites, un peu pétiolées à la base, à cellules très-nombreuses, subcarréés, incolores, sauf à la pointe après le pterostigma dans les deux sexes ; douze à quatorze nervules antécubitales ; le quadrilatère subrectangle de l'aile sans nervules, une fois plus long

3956 NÉVROPTÈRES,

que large; plerostigma grand, oblong, non traversé par des nervules. Tête

très-large, à occiput renflé, à front un peu bombé. Thorax court, très-fort, 5 ; P ;

dilaté en avant, Abdomen un peu plus court que les ailes, un peu épaissi à la

base et au bout; appendices anaux supérieurs du mâle en tenailles, avec de

fortes dents, les inférieurs longs; appendices anaux de la femelle cylindriques,

pointus, courts. Pattes courtes, ciliées,

Ce genre est asiatique et présente une espèce qui atteint l'Europe, se trouvant en Asie Mineure, en Turquie et en Grèce : c'est l'E. Fatime, Charp., d'un bronzé noirâtre, saupoudré de violet chez le mâle seul, avec des bandes et des taches jaunes; les ailes longues, étroites, hyalines, légèrement teintées de brun jaunàtre après le pterostigma, qui est grand, oblong et brun.

NEUROBASIS, Sel.-Longch. — Ailes assez larges, les supérieures hyalines dans les deux sexes, les inférieures opaques et métalliques chez le mâle, ternies chez la femelle ; pas de pterostigma chez le mâle; un pterostigma blanc chez la femelle, parfois nul, placé à mi-distance du nodus au bout de l'aile. Thorax effilé et long. Pattes tres-longues et ciliées. Abdomen fin et très-long, dépassant beaucoup les ailes.

Ce genre est fondé sur une seule espèce bien caractérisée, de la Chine, de l'Inde, de la Cochinchine, de la Malaisie jusqu'à Timor, c'està-dire l’espèce de Caloplérygine qui s’approche le plus de la Polynésie. C'est le N. chinensis, Linn., dont nous représentons le mâle, adulte, (pl. 1xv, fig. 4), à thorax et abdomen d’un beau vert métallique ; les pattes jaunâtres ; les ailes antérieures hyalines, lavées de verdâtre clair, les inférieures ayant en dessus, à partir de leur base, plus des deux tiers de leur étendue d’un vert métallique brillant, avec des reflets dorés et d’un violet clair. Cette couleur devient d’un bleu verdâtre brillant, si on la regarde de côté, et le bleu violet domine jusqu'au bout du quadrilatère. L’extrémité est d'un brun foncé uniforme, avec reflet violet noirâtre, et la réticulation d’un vert métallique. L'espace final tranche sur la couleur verte par une ligne concave en dedans, et le dessous de ces mêmes ailes est d’un brun noirâtre presque uniforme, à reflets d'un vert foncé, d’un rouge cuivreux et d’un doré obscur. La femelle réssemble au mäle par ses couleurs, mais elles sont moins vives. C’est un magnifique Libellulien.

Il. AGRIONINES.

Ailes notablement pétiolées, le plus souvent relevées au repos, avec deux nervures antécubitales seulement dans le premier espace huméral; point cubital placé à peine au tiers de la longueur de l'aile à partir de la base, ou moins.

PLATYCNEMIS. 301

PLATYCNEMAS, Chiarp. — Tête très-large, à raison des yeux, qui sont trèsécartés, légèrement velue antérieurement, Thorax en ovale un peu élargi sur les côtés antérieurs et aplati en dessous, légèrement velu sur les côtés. Aïles relevées dans le repos, beaucoup plus courtes que l'abdomen, étroites, pédicellées, pourvues de nervures basilaires parallèles et de cellules ou aréoles assez grandes, presque toutes subrectangles; pterostigma petit, à peu près en losange, Pattes longues, garnies de cils ou épines allongées, les quatre dernières jambes offrant des dilatations latérales, au moins chez les mâles. Abdomen grêle, lisse, un peu renflé postérieurement ; appendices anaux supérieurs des mâles droits, plus courts que les inférieurs, qui sont en forme de tenailles ; ceux de la femelle courts et droits.

Ces insectes, longtemps réunis aux Agrions, auxquels ils ressemblent pour le port d'ailes, la taille et l'aspect, s’en distinguent aussitôt, ainsi que de tout autre genre, par les jambes dilatées en forme d’avirons; ils vivent sur le bord des eaux. On frouve les espèces de ce genre dans l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique septentrionale. L'espèce la plus répandue en Europe, manquant en Laponie et dans quelques localités méridionales, est le P. pennipes, Pallas, ou platypoda, Rambur, variant beaucoup de couleurs et de taches, et présentant les quatre jambes postérieures dilatées dans les deux sexes. Elle paraît deux fois par an, d'après M. de Selys-Longchamps, et dure d'avril à septembre dans le centre de l'Europe, commençant plus tard dans le nord. L'apparition des mâles à ligne dorsale noire suit immédiatement celle des exemplaires blanchâtres. Le mâle est bleuâtre ou blanchâtre, avec taches bronzées ; la femelle verdâtre ou roussâtre, les pattes rayées de noir, le pterostigma ferrugineux. Dans une variété fréquente dans l'ouest de la France, l’abdomen est blanc avec les septième, huitième et neuvième segments bronzés en dessus, les huitième et neuvième marqués chacun d’une petite tache subovale ou sublosangique d'un blanc bleuâtre, Le dixième segment avec deux petites taches latérales angulaires bronzées, rudimentaires ou nulles chez la femelle, les quatre jambes postérieures blanches, sans lignes noires, très-dilatées chez le mâle. M. H. Delamain a observé que, dans la Charente, l'espèce débute au commencement de juin par des sujets blancs, très-communs partout, même dans les jardins éloignés des cours d’eau ; que les femelles rousses commencent à paraître aux premiers jours de juillet, mais moins communes que les blanchätres ; qu'en août au contraire les femelles rousses sont plus communes, et qu'enfin l'espèce disparait en septembre. Une autre espèce très-voisine, peut-être une simple race méridionale, est le P. latipes, Rambur, de l'Hérault et de la Provence, et probablement de Corse, d'Espagne, de Syrie. Dans un autre type de Platycnemis, les quatre jambes postérieures ne sont dilatées que chez le mâle seulement ; tel est le P. acutipennis, Sel.-Longch., ou diversa, Rambur, de couleur générale orangée, et variant peu dans sa teinte et ses dessins, existant

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dans l'Hérault, dans la Charente du milieu de mai à la fin de juillet, des prairies et des pares, les femelles paraissant avant les mâles ; de Maine-et-Loire, où il est aussi commun que pennipes en été, des environs du Mans, Il y a en Algérie une espèce de même type, très-voisine,

LESTES, Leach. — Tête large, en raison des yeux très-éloignés. Thorax en ovale, aplati en dessus, Ailes pédicellées, beaucoup plus courtes que l'abdomen, horizontales au repos dans la plupart des espèces, à pterostigma grand et oblong, tronqué à ses extrémités, la plupart des cellules pentagones. Pattes cylindroïdes, assez grandes, munies de longs cils, Abdomen lisse, très-long, grêle, renflé à la base et à l'extrémité; appendices anaux supérieurs des mâles circulaires, en forme de tenailles, plus longs que les inférieurs, et garnis intérieurement d’une ou plusieurs dents, ceux des femelles petits, styliformes.

L'abdomen des Lestes, comme le thorax, est orné en dessus de couleurs métalliques vertes ou bronzées, très-brillantes chez le mâle; l’abdomen étant ordinairement jaune en dessous. L'espace interalaire, ainsi que les extrémités de l’abdomen et d’autres parties du corps des mâles de certaines espèces, se couvrent d'une poussière d’un blanc bleuûtre, soit sécrétion cireuse, soit exsudation d’acide urique, qui ne paraît que chez les individus éclos depuis un certain temps. Quand les ailes sont horizontales au repos, elles forment avec le corps un angle aigu et non un angle droit, comme pour les Libelluliens Anisoptères. Ces Lestes, dont l'aspect rappelle celui des Agrions, mais que la forme oblongue du pterostigma suffit pour séparer aussitôt, habitent les marais, le bord des eaux stagnantes remplies de plantes aquatiques, à l'intérieur desquelles pondent les femelles. Certaines espèces abondent au point qu'on en prendrait des centaines au même lieu; la plupart s'éloignent peu des eaux où elles sont nées, mais il en est qui s’écartent davantage et vivent dans les forêts.

Une espèce du sous-genre Sympycna, Charp., offre les ailes à demi relevées au repos. C’est le L. fusca, Vanderl., d’un roux terne avec des taches d'un noir bronzé en dessus de la tête, du thorax, de l'abdomen. Cette espèce est très-curieuse en ce qu'elle hiverne à l’état adulte. M. H. Delamain, dans la Charente, a trouvé en février un mâle engourdi dans les feuilles sèches, qui, transporté à la chambre, s’est réveillé et a volé. Il est possible que ce soit dans cette hibernation que l'espèce devienne très-aaulte, ce qu'on reconnaît à sa couleur trèsfoncée. Ces sujets très-foncés qui paraissent en avril, car l'espèce est très-précoce, deviennent très-communs dès la fin de mai et disparaissent peu à peu à la fin de juin; au milieu de juillet a lieu une éclosion (première ou seconde?) dont les sujets sont très-blonds, teinte qui fait très-bien ressortir les dessins bronzés, et dont les ailes sont lavées de roussätre. L'espèce demeure commune jusqu'à la fin d'octobre, et les sujets se fancent peu à peu, mais moins que les exemplaires de prin-

LESTES, AGRION. 359

temps. L'espace interalaire se poudre légèrement chez le mâle et la femelle, quand l'insecte vieillit. Bords des marais, jardins, champs, bois de presque toute l'Europe, sauf le haut nord, les îles Britanniques, l'Espagne ; se trouve en Sibérie, en Syrie, en Algérie, {rès-rare en août dans les bois du lac Tonga, cercle de la Calle. Les autres Lestes ont les ailes horizontales au repos; leur thorax et l’abdomen sont en dessus d’un vert bronzé. Les uns ont l'occiput d’un vert bronzé; tantôt le thorax et l'abdomen ne deviennent pas pulvérulents chez le mâle adulte, ainsi chez le L. viridis, Vanderl., la plus grande espèce de France, de juillet à octobre, d'Europe tempérée et méridionale, de Syrie et d'Algérie, en été et une grande partie de l'automne dans le cercle de la Calle, aimant à voler dans les lieux ombragés, surtout aux bords des sentiers qui sillonnent les bois des lacs Tonga et Houbeira. Le thorax et l'abdomen se couvrent de poussière blanche chez le L. sponsa, Hansemann, de Sibérie, de Laponie et de Suède, des îles Britanniques, de Belgique, de France, d'Allemagne et de Russie, marais tourbeux, ruisseaux, bois, de juillet à septembre. Enfin des espèces ont l’occiput jaune et l’espace interalaire, ainsi que le bout de l'abdomen, devenant farineux chez les mâles très-adultes : tels le L. virens, Charp., espèce méridionale, rare dans les parties tempérées de l'Europe et en Algérie; le L. barbara, Fabr., d'un vert doré en dessus, varié de jaune, surtout du bassin méditerranéen, de toute l'Algérie, dans Maine-et-Loire et la Charente, en juillet et août, commun à Royan dans les prés marécageux, par places et très-rare en Belgique.

AGREON, Fabr. — Tête un peu moins forte que dans les genres précédents. Thorax petit, velu, ainsi que la tête. Ailes beaucoup plus courtes que l’abdomen, relevées au repos, pédicellées, étroites, à nervures basilaires parallèles, à cellules assez grandes, pour la plupart quadrilatères ; le pterostigma court, en losange. Pattes cylindroïdes, courtes ainsi que leurs-épines, Abdomen long, cylindrique, presque filiforme, à peine renflé à sa base et à son extrémité ; appendices anaux de forme très-variable et très-courts, les deux supérieurs, dans certaines espèces, divisés en deux, ce qui fait que le mâle semble avoir six appendices.

Les Agrions sont les plus petits insectes de la tribu des Libelluliens, et se distinguent aisément des autres Zygoptères par leurs ailes étroites et leur pterostigma court et en losange. On les rencontre dans les marais et au bord des eaux, volant et se reposant sur les plantes du rivage et souvent accouplés. I] y a d'ordinaire beaucoup d'individus de chaque espèce, car ils servent d'aliments à une grande quantité d'insectes, de façon qu'une grande fécondité compense seule leurs chances de destruction. On a cité des accouplements entre Agrions d'espèces différentes, et même entre des Agrion et des Lestes. Les espèces du genre Agrion sont en quantité considérable ; nous nous bornerons à très-peu d’entre elles.

360 NÉVROPTÈRES.

L'espèce la plus répandue en Europe est l’4. puella, Linn. (pl. 1xv, fig. 6, nymphe vue en dessus; 6 a, id. de profil; 6 b, la tête vue en dessus, avec la lèvre inférieure développée; 6 c, id.vue de face ; 6 d, l'une des pièces mobiles de l'extrémité de la lèvre; 6 e, labre; 6 f et 6 g, mandibule en dessus et en dessous; 6 k, mâchoire; 6 à, extrémité de cette mâchoire très-grossie; 6 k, tête et lèvre inférieure vues de profil ; 6 {, antenne grossie).

Cette espèce appartient aux Agrions à mâles bleus, à femelles en partie bronzées. Le mâle, long de 3 centimètres et demi sur 4 et demi d'envergure, offre la tête d'un noir bronzé en dessus, bleue en dessous ; le thorax noir en dessus, d’un bleu clair sur les côtés et en dessous ; le bord postérieur du prothorax légèrement sinué en trois lobes; l'abdomen d'un bleu de ciel pur, marqué et annelé de noir bronzé, le premier segment avec une tache basale carrée, bronzée, le deuxième avec une tache isolée en forme d'U anguleux ne touchant pas le bord postérieur, le dixième à échancrure large, arrondie, profonde ; les appendices anaux courts. Chez la femelle, les nuances foncées sont plus étendues et d'un vert bronzé, le bleu clair du thorax et de la tête du mâle devenant d'un vert jaunâtre ; l'abdomen ne conservant de blanc bleuâtre qu'au bord antérieur des segments, le dixième segment à échancrure étroite, aiguë, profonde, la tache bronzée du premier segment touchant le bord postérieur. Absolument de toute l'Europe, y compris la Laponie; très-commun par toute la France en mai, juin juillet, le long des fossés, des mares, des étangs, devient rare en août. Une espèce du même type est l'A. pulchellum, Vanderl., l'abdomen bleu maculé de noir bronzé chez le mâle, le bleu devenant blanchâtre chez la femelle. De toute l'Europe, sauf la Laponie et les parties les plus méridionales ; paraissant dans les prairies de la Charente à partir du milieu d'avril, en nombre immense en mai, les deux sexes bien adultes, devenant rare à partir, de juin, avec quelques sujets retardés jusqu'aux premiers jours d'août. Au même type d'Agrions appartient encore l'A. mercuriale, Charp., espèce de l’Europe tempérée et méridionale, en Angleterre et en Belgique par places, se trouvant dans le sud-ouest de la France, ainsi dans la Charente de juin au milieu d'août, les mâles plus communs que les femelles. Un autre groupe d'Agrions présente l’occiput bronzé et n'offre plus de bleu qu'aux deux avant-derniers segments de l'abdomen, au moins chez le mâle, le dessus étant d'un bronzé noirâtre ; la coloration normale des côtés du thorax est bleue chez les mâles et verdâtre chez les femelles, et il y a toujours une variété femelle colorée en orangé. Tel est l'A. elegans, Vanderl. (du sous-genre Ischnura, Charp.), une des plus petites espèces de France, très-répandue de la fin d'avril à septembre, aux bords des étangs, des petites rivières, des fossés aquatiques. On trouve une variété où le bleu azuré est remplacé par du beau violet, et une dans la Charente, où le bleu du thorax et de la tête est changé en lilas; et enfin il y a une variété fe-

ÉPHÉMÉRIENS. 361

melle à thorax d'un roux orangé, avec le huitième segment obscur. Certaines espèces d'Agrions ont le rouge ou le rougeâtre comme couleur dominante. Tel est l'A. minium, Harris, ou sanguineum, Rambur, la plus grande espèce de France et l’une des plus précoces, d'avril à septembre, très-commune en mai et juin sur tous les fossés des prairies et des parcs, et même dans les bois. L'occiput est d’un noir bronzé sans taches; le dessus du thorax de même couleur, avec une raie humérale rouge ou jaune; l'abdomen d'un riche rouge en dessus, les trois avantderniers segments (9') ou la plupart (Q) tachés de noir bronzé, l'espace interalaire rouge ou jaunâtre; les pattes noirâtres; les appendices anaux du mâle longs, égaux, les inférieurs profondément Bbifides. Les mâles et les femelles prénubiles ou nouvellement éclos ont les parties rouges du thorax colorées en orangé.

Près du genre Agrion se placent les géants de la famille des Agrionides, constituant le genre WMecistogaster, Rambur, à pterostigma en forme de tache grande et irrégulière, avec l'abdomen d'une longueur démesurée. Tel est le M. linearis, Fabr., du Brésil, dont l'abdomen atteint environ 160 millimètres de longueur. Les diverses espèces sont

des régions chaudes de l'Amérique méridionale. Le nom du genre devrait s’écrire Megistogaster (1).

TRIBU DES ÉPHÉMÉRIENS,

Bien que les Éphémères soient assez voisins des Libellules par les antennes très-courtes, l'absence de métamorphoses complètes, la vie aquatique des larves, les auteurs modernes n'ont pas conservé avec raison la réunion des deux groupes sous le nom de Subulicornes, admise par Latreille. On doit dire que les Éphémériens forment une tribu bien tranchée et très-naturelle par leurs antennes courtes, à trois articles, dont le dernier est une soie mince; leur bouche imparfaite et dépourvue de véritables organes de mastication (d'où le nom d’Agnathes de Cuvier et C. Duméril); leurs ailes délicates, dont les postérieures sont toujours petites, et même rudimentaires ou nulles ; leur abdomen terminé par deux ou trois longues soies articulées ; et enfin par le caractère, unique dans la classe des Insectes, que les Éphémériens adultes, sortis de l'enveloppe nymphale, subissent encore une mue, -en se dépouillant d’une pellicule épidermique qui recouvrait le corps, les ailes élalées et tous les appendices. Les Éphémères ont acquis de bonne heure une véritable célébrité, et fourni matière aux comparaisons des poëtes par leur vie ordinairement si courte à l’état adulte ; ils appa-

(4) Ajouter aux ouvrages à consulter sur les Odonates : Selys-Longchamps, Synopsis des Cordulines, 1871.— Aperçu statistique sur les Névroptères Odon, Frans. Soc, entom. of London, 871, p. 109).

362 NÉVROPTÈRES.

raissent en effet pendant quelques heures, pour voltiger aux rayons d’un soleil dont ils ne verront pas le coucher, ou pour vivre dans la durée d’un seul crépuscule. Leur abondance excessive sur certaines rivières, où ils fournissent aux poissons une nourriture dont ceux-ci sont très-friands, a attiré sur ces insectes l'attention des pêcheurs, qui guettent leur éclosion et leur donnent le nom de manne. Aussi les Éphémères furent étudiés avec un soin tout particulier par Swammerdam, Réaumur et de Geer sous le rapport de l'organisation, des mœurs et des métamorphoses. Linnæus a résumé leur existence dans une phrase qui réunit l'élégance à la précision : « Larvæ natant in aquis; volatiles factæ, brevissimo fruuntur gaudio, uno sæpe eodemque die nuptias, puerperia et eæsequias celebrantes. » Le genre Ephemera de cet auteur à compris tous les Ephémériens jusqu'en ces derniers temps. Les travaux plus modernes, notamment de M. Burmeister, et surtout la connaissance des mœurs très-distinctes des larves par Pictet, ont amené la création nécessaire de plusieurs genres.

Les Éphémériens rappellent les Perliens par la mollesse de leurs téguments, qui sont encore plus minces et moins résistants. Il est certaines espèces de petite taille, des genres Cloe, Potamanthus, Cæœnis, qu'il est difficile de saisir sans les gâter, tandis que les Ephemera et les Bœtis de Pictet sont plus solides ; les larves ont en général une consistance écailleuse plus ferme que celle de l'adulte. Par la dessiccation les Éphémériens perdent la forme et la couleur du corps, en même temps que leurs appendices deviennent d'une telle fragilité qu'ils se brisent au moindre choc. Aussi ces insectes ne sont presque jamais collectionnés, et sont pour cette raison assez mal connus, surtout les exotiques.

La tête est ordinairement plus large que longue chez les adultes. Chez les Ephemera, elle simule un triangle, dont un sommet tourné en avant se termine par le stemmate antérieur, tandis que les yeux occupent postérieurement les deux autres sommets, le milieu offrant des impressions profondes. Les Bætis de Pictet ont la tête rétrécie en arrière et présentant une sorte de trapèze postérieur aux yeux, ajouté au triangle précédent. Les autres genres ont des formes se rapprochant de ces deux types. Elles s’altèrent un peu après la mue pelliculaire de l'adulte, qui raccourcit la tête et rend les yeux plus saillants. Les yeux sont assez constants chez les femelles de tous les Éphémériens, hémisphériques, à contour circulaire. Dans les genres Ephemera, Palingenia, Bœtis de Pictet et Cœnis et leurs annexes, les yeux des mâles sont seulement plus grands et plus globuleux que ceux des femelles, tandis que leur organisation est toute différente dans les genres Cloe et Potamanthus. La tête des Cloe mâles vue en dessus montre deux énormes yeux,qui la couvrent presque tout entière et qui même la dépassent en arrière. Sur les côtés apparaissent deux autres yeux, dont l'extrémité seule est visible et dont la forme rappelle les yeux de la femelle. La tête, regardée de côté, présente en effet ces derniers organes occupant la place normale des yeux, et les vrais ana-

ÉPHÉMÉRIENS. 363

logues de ceux de la femelle, tandis que les deux gros yeux supplémentaires ont une forme particulière et remarquable, décrite par Réaumur et de Geer sous le nom d’yeux en turban. Is sont constitués par une calotte hémisphérique réticulée, souvent colorée de rouge ou de jaune, et qui est portée par un anneau obconique plus mince à sa base. La partie réticulée des yeux surajoutés chez les mâles du genre Potamanthus est aussi grande que pour le genre précédent; mais elle est plus arrondie et portée sur un anneau beaucoup moins régulier et moins visible, de sorte que ces organes sont moins saillants, et que leur partie réticulée est juxtaposée à l'œil normal, au lieu d'en être sensiblement distante. Les ocelles sont au nombre de trois : les deux postérieurs, placés entre les yeux, ordinairement en avant de leur milieu ; l'antérieur, situé entre les antennes, et quelquefois très-petit, est souvent porté sur un petit prolongement conique. Les antennes, plus courtes que chez les larves, et encore raccourcies par la mue de l'adulte, sont composées de trois articles, le premier gros et court, le second cylindrique, le troisième beaucoup plus long, et en forme de soie mince, qui doit en général se regarder comme un seul article, mais offre quelquefois des stries transversales, indice de la subdivision en articles chez la larve. Les pièces buccales des adultes perdent toute importance pour la classification. Les parties dures et-écailleuses restent à la dépouille de la nymphe, et celles qui les remplacent sont faibles et très-molles, raccourcies, ainsi que les palpes, qui, très-réduits forment, avec les maxilles et la lèvre, des organes inertes ; de sorte que les bouches des divers genres, si différentes dans les larves qui mangent, se ressemblent chez tous à l'état parfait, les organes se confondant en raison d’une atrophie générale, ne se composant plus que de la partie centrale des pièces dures des larves. Leur usage devient complétement nul, car les Éphémériens ne prennent aucune nourriture depuis le moment où ils quittent l'état de nymphe. L’extrême brièveté de leur vie adulte, dans laquelle ils n'ont uniquement qu'à assurer le sort des générations futures, rend inutile pour eux d'avoir les moyens de soutenir une aussi frêle existence.

Le thorax, chez les adultes comme chez les larves, est toujours divisé en trois parties bien distinctes. Le prothorax est ordinairement un collier court et transverse, plus étroit que la tête, plus ou moins échancré en arrière pour recevoir la partie antérieure du mésothorax, celui-ci formant un disque bombé et ellipsoïdal, bien plus grand que les deux autres anneaux, et étant la seule partie qui frappe d’abord l’œil, le corselet suivant la dénomination vague et générale des anciens auteurs (genres Ephemera, Bætis de Pictet, Potamanthus, Cloe), le métathorax court, se confondant avec les segments de l'abdomen. Dans les Cœnis le prothorax devient plus important et plus large, et encore plus chez les Polymitarcys et Palingenia, en forme de bouclier oblong chez P. virgo, court, très-large, subtriangulaire dans P. longicauda, creusé en dessus de deux sillons

364 NÉVROPTÈRES.

longitudinaux, qui correspondent à deux grandes échancrures du bord antérieur destinées à recevoir les yeux. Le thorax porte en dessus le plus ordinairement quatre ailes plates et non plissées, les inférieures toujours beaucoup moindres que les supérieures et devenant vestigiaires et même tout à fait nulles dans quelques espèces. Il est fort curieux que dans la mue de l'adulte ces ailes, par un fait exceptionnel parmi les Insectes, perdent leur enveloppe extérieure. Avant cette mue elles sont toujours plus ou moins grisätres et ternes, et leur surface ainsi que le bord costal antérieur sont couverts de poils ou de crochets rapprochés, visibles seulement au microscope; le bord postérieur est en outre muni dans toutes les espèces de poils plus longs, qui, dans les genres Potamanthus et Cloe, sont souvent visibles à l'œil nu. L'Éphémère parfait a la surface des ailes entièrement dépourvue de poils et de crochets. La nervure costale est forte, munie de petites épines couchées, et se divise vers son extrémité. Le. bord postérieur et anal, sinueux et anguleux, est fortifié par des productions écailleuses, sous la forme de fils et de tubercules; les Cæœnis et quelques Palingenia ont des poils roides et rares sur ce bord écailleux. Le P. longicauda, à l'état parfait, a la surface alaire toute couverte de tubercules, mais sans poils. La forme ordinaire des ailes dérive d'un triangle scalène dont le plus grand côté serait en avant, et dans lequel le bord postérieur formerait un angle obtus, et ce type idéal est presque exactement réalisé dans l'aile supérieure du genre Oligoneuria. En général, les bords sinueux et arrondis des ailes les éloignent de la forme rigoureusement triangulaire ; toutefois les genres qui ont les ailes postérieures passablement développées, présentent dans leurs supérieures trois côtés et trois angles faciles à reconnaitre (Æphemera, Palingenia, Betis de Pictet); dans les genres au contraire qui ont les ailes inférieures rudimentaires ou nulles, le bord anal des supérieures se développe davantage et l'aile perd de son aspect trigone (Potamanthus, Cloe, Cwnis). Dans les Cœnis même le bord anal est très-grand, et l'aile tout à fait arrondie dans ses bords interne et postérieur. Les ailes inférieures, quand elles sont à leur plus grande étendue, sont plus courtes à proportion de leur largeur que les supérieures, ce qui leur donne une forme plus carrée, et leur bord antérieur présente un angle saillant en avant, bien visible surtout chez les Ephemera et les Bœtis de Pictet. Leur aire est entre le tiers et le quart de celle des supérieures dans les genres Ephemera, Bætis de Pictet, Palingenia, Oligoneuria, où elles sont à leur étendue maximum; chez les Potamanthus la disproportion est devenue bien plus grande, et l'aile inférieure n’a souvent en surface que la dixième partie de l’autre. Les Cloe les offrent encore plus petites, rudimentaires ou même tout à fait nulles dans quelques espèces, et ce dernier cas est celui des Cœnis, qui sont complétement diptères.

Les ailes supérieures, qui sont les seules réellement importantes chez les Ephémériens, sont plus ou moins larges relativement à leur longueur. On peut remarquer en général que les ailes qui ont peu de ner-

ÉPHÉMÉRIENS. 365

vures transversales sont les plus larges, et que celles qui sont le plus réticulées sont aussi les plus étroites. Ainsi dans les genres Cœnis, Cloe et Oligoneuria, la longueur n’est pas double de la largeur, tandis que, dans les genres Ephemera, Palingenia, Bætis de Pictet et Potamanthus, elle est de deux fois et demie à trois fois aussi grande. La nervation de ces ailes peut, avec certaines difficultés, se ramener au plan général. Dans l'aile supérieure du genre Oligoneuria (peu de nervures), on remarque huit nervures longitudinales, qui sont évidemment la costale au bord, une petite accessoire de celle-ci, la sous-costale, une accessoire de la sous-costale, la médiane, la sous-médiane, l’anale et une accessoire de l’anale ; l’aile inférieure est analogue. Les mêmes nervures se retrouvent dans les autres genres, mais avec un nombre considérable d'accessoires et de bifurcations. Il est toujours facile d'y reconnaitre la costale, son accessoire et la sous-costale ; maïs la médiane, la sous-médiane et l’anale sont souvent malaisées à distinguer. Outre ces nervures longitudinales, il y en a de transversales en nombre très-différent suivant les genres, peu nombreuses chez les Cœnis, les Cloe et surtout les Oligoneuria, en grande quantité dans les genres Potamanthus, Ephemera, Palingenia et Bœtis de Pictet, de manière à diviser l'aile en un nombre considérable de cellules subcarrées.

Les pattes des adultes sont bien plus longues et plus étroites que celles des larves, et la mue postnymphale les allonge encore, surtout les pattes antérieures des mâles. La cuisse est assez courte et la jambe plus longue, l’une et l’autre minces, uniformes, sans renflements ni rétrécissements, sans poils ni épines. Le tarse est composé de quatre ou cinq articles, car souvent un petit article basilaire, semblant n'être qu’un rétrécissement de l'extrémité de la jambe, rarement bien développé (Polymitarcys virgo), s'ajoute aux quatre articles normaux ; il manque aux quatre jambes postérieures des genres Potamanthus et Cloe. Les tarses se terminent par deux crochets membraneux et souvent inégaux, ou par un crochet et un appendice piriforme. Chez les Cœnts, le dernier article des tarses porte deux petits appendices égaux subquadrangulaires, et enfin les tarses ont la forme de fils grêles et sinueux à articles indistincts dans le singulier genre Oligoneuria, dont les pattes antérieures ont les cuisses contournées en demi-cercle. 11 faut surtout remarquer la grandeur des pattes antérieures des Éphémériens, très-grèles et trèslongues chez les mâles principalement, insérées en avant du prothorax, très-près de la tête, toujours dirigées antérieurement dans le vol et simulant des antennes.

. L'abdomen des Éphémériens adultes s’allonge et s’'amincit comparativement à celui des larves. Sa forme est habituellement cylindricoconique, et son dernier ou neuvième anneau (il y a des difficultés à bien compter les segments) porte des appendices importants. Dans les genres Ephemera, Potamanthus et Cœnis, l'adulte conserve les trois soies caudales articulées que possèdent toujours toutes les larves d'Éphé-

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mériens ; les Bœtis de Pictet perdent toujours la soie médiane après la mue de la nymphe, les Cloe en conservent un léger rudiment ; les Palingenia et genres annexes sont intermédiaires, la soie caudale du milieu pouvant s'atrophier et perdre ses anneaux dans tous les mâles et aussi dans les femelles de certaines espèces (P. longicauda), ou bien les trois soies caudales restent à peu près égales chez les femelles (P. virgo). Les soies caudales s’allongent au maximum chez les mäles, à mesure que s’accomplissent les mues nymphale et postnymphale ou mue adulte, chaque anneau s’étirant après la mue, car il n’était ni replié ni flexueux dans son enveloppe. Outre ces soies, l'extrémité de l'abdomen porte, d’une manière analogue à ce que nous ont offert les Libelluliens, quatre appendices plus ou moins visibles chez les mâles, deux chez les femelles.

Les mâles ont, en premier lieu, deux longs crochets arqués, composés ordinairement de quatre articles, à proportions variables, parfois de trois (Potamanthus, Cloe); en outre, le dernier anneau abdominal a deux appendices internes, beaucoup plus courts, ovoïdes ou coniques, parfois en lames quadrangulaires (£ætis de Pictet), à peu près aussi longs que la petite soie médiane chez les Palingenia, ne se voyant qu'en dessous dans les Cle, et rudimentaires chez les £phemera. Deux appendices analogues, coniques, rapprochés de la ligne médiane, sont les seuls que présentent les femelles, et on ne les aperçoit qu'en dessous, le tergum du dernier anneau, en se repliant, les couvrant plus que chez les mâles.

Les appendices terminaux sont de bons caractères distinctifs des sexes. En outre, les femelles ont les yeux petits et toujours simples, les pattes antérieures et les soies caudales moins longues, les ailes plus aiguës et moins larges; leurs couleurs sont moins vives et quelquefois tout à fait différentes de celles du mâle. Il faut avoir soin encore de ne comparer entre eux que des états identiques de chaque sexe, le mieux après la mue spéciale à l'adulte ; la comparaison d'un adulte complet à un adulte avant la mue pourrait induire en erreur. La soie caudale médiane manque souvent dans les deux sexes; quelquefois le mâle n’a pas la soie médiane, tandis que la femelle l'offre égale aux deux autres, ou seulement plus courte ou manquante. Les proportions des articles des tarses du mâle ne sont pas les mêmes que celles de la femelle.

La courte vie des Éphémériens adultes se passe pour beaucoup d’espèces dans une agitation continuelle. Les longues pattes antérieures, étendues en avant pour équilibrer dans le vol la région postérieure du corps et les filets abdominaux, simulent des antennes et ont parfois été prises pour telles, ainsi par Aristote, qui ne donne aux Éphémères que quatre pattes. Leur vol ordinaire est vertical; ils ne cherchent pas à changer de place latéralement. On les voit monter en ligne droite, et, lorsqu'ils sont arrivés à une certaine hauteur, ils se laissent descendre en écartant leurs ailes et leurs longues queues, qui leur ser-

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vent de parachute. Puis, un coup rapide des unes et des autres change brusquement la direction du mouvement, et ils recommencent à monter, leur faible densité moyenne n'’exigeant du reste que peu d'’efforts musculaires.

Ils recherchent la lumière ; l'éclat d’un flambeau les attire. Ils décrivent autour de la flamme des courbes concentriques et finissent par s’y brûler. Il y a quelques espèces qui sont au contraire peu mobiles : ainsi le Cloe diptera, qu’on trouve souvent dans l'intérieur des

maisons, sur les vitres et les rideaux.

C’est dans leurs courses aériennes que les Éphémériens s'occupent à donner naissance à la génération qui doit leur succéder. La vie véritable de ces insectes est l’état de larve et de nymphe, l'adulte n'ayant uniquement à sa charge que la très-courte phase reproductrice. C’est daos l'air que les mâles recherchent les femelles pour s’accoupler. Le mâle vole au-dessus de la femelle, et saisit son prothorax avec ses pattes antérieures allongées. En même temps il agite en dessus et en dessous le bout de son abdomen, et cramponne avec ses pinces le segment approprié de l'abdomen de la femelle. Dans l’accouplement, qui est ordinairement de courte durée, le couple est surtout porté par la femelle, et descend peu à peu, parfois jusqu’à terre. Quand les sujets sont séparés, le mâle rejoint ses compagnons; la femelle vole vers l’eau, où elle dépose ses œufs fécondés, les étalant çà et là sur la surface de l'eau avec ses soies caudales étendues er éventail jusqu’à expulsion de tous les œufs. Puis elle retourne avec les autres Éphémères ; dans quelques genres elle cherche de nouveau un mâle et pond encore, et ainsi de suite jusqu’à complet épuisement des œufs. La même femelle peut être fécondée par différents mâles, et le même mâle est également apte à s'accoupler avec plusieurs femelles, n'étant pas hors de service par une seule copulation. Il y a d’autres genres où, le coït consommé, les œufs sont déposés tous ensemble en un seul paquet. Quelques espèces volent accouplées assez longtemps. On voit des Bætis de Pictet voltiger en cet état presque avec la même légèreté que des insectes isolés, en raison de la très-solide attache des crochets des mâles.

Pictet pense que les appendices abdominaux internes des femelles servent à assujettir les grappes & œufs qu'elles tiennent suspendues à l'extrémité pendant qu'elles voltigent au-dessus des eaux, jusqu'au moment où elles les laissent choir. La grappe s’imbibe d’eau et tombe au fond au hasard, sans que la femelle ait l'instinct qu’offrent quelques Libelluliens et Phryganiens, qui, bien qu'aériens à l’état adulte, vont au fond de l’eau choisir une place convenable à leur ponte.

En général, un jour ou même quelques heures suffisent pour l’éclosion, la copulation et la mort des Éphémères adultes. Dans les jours d'élé on voit ces insectes sortir de l'enveloppe de nymphe dans l'aprèsmidi, quitter ensuite la pellicule spéciale à la tribu, voltiger quelques heures pendant lesquelles ils s’accouplent et pondent, et mourir quand

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le soleil disparait sous l'horizon ou peu après. Si l’on empêche la reproduction, on peut, comme l'ont vu de Geer et C. Duméril, maintenir vivant un Éphémère adulte plus de huit jours, en enfermant à sa naissance le sujet isolé dans un bocal. D'ordinaire l'insecte ne peut survivre à la fatigue de l’accouplement et de la ponte, ce qui se comprend chez des êtres fragiles, hors d'état de résister aux variations atmosphériques.

L'éclosion des Éphémères n’a pas lieu à toutes les heures. C'est surtout le matin et le soir, quelques heures après le lever du soleil, et principalement avant son coucher, qu'ils naissent, rarement vers le milieu du jour, trop chaud et trop desséchant. Les anciens naturalistes avaient déjà remarqué que leur apparition est plus abondante dans les jours chauds, quand un orage se prépare. Leur grand nombre est en général un signe de pluie, et quelques espèces peuvent même être considérées comme l'indice certain d’un orage. Pictet dit avoir presque toujours vu en particulier le Zœtis semihyalina se montrer régulièrement lorsque le temps va devenir pluvieux. En Hollande, pays aux multiples canaux, on voit souvent le ciel s'obscurcir tout à coup comme s'il était couvert de nuagés, et cette apparence est due à un nombre immense d'Éphémères qui naissent tous à la fois, et qui, après leur mort, couvrent les rivages, les bateaux, etc., en formant quelquefois une couche de 3 centimètres d'épaisseur. À Paris, on observe par moments le Palingenia ou Polymitarcys virgo assez abondant pour présenter, comme le dit Latreille, l'apparence d’une neige tombante à gros flocons : les journaux, en racontant le fait, les prennent d’ordinaire pour des pluies de Papillons blancs. À Genève, de Candolle rapporte qu’une petite espèce, le Cœnis lactea, envahit une fois les chambres éclairées de sa maison située sur le bord du lac, au point que les meubles en furent couverts d’une couche épaisse.

Les Éphémériens offrent une nourriture recherchée des poissons ; aussi les pêcheurs s’en servent comme appât sous le nom de manne, et les capturent le soir sur le bord des rivières, en les attirant en nuages autour des lampes ou des chandelles allumées : c'est ce que j'ai vu faire en certains soirs de juin près du pont de Compiègne, sur l'Oise, pour le Polymitarcys virgo. Dans son Entomologia Carniolica, Seopoli dit que les paysans de la Carniole utilisent les Éphémères comme engrais, et que, près du lac de Laz, en juin, il naît une si prodigieuse quantité d'Ephemera vulgata, qu'on peut conduire d'ordinaire sur les champs vingt chariots pleins de ces insectes, excellente fumure. On emploie aussi en Hollande, comme engrais, les amas d'Éphémériens morts. En général, on peut dire que les Éphémériens, inoffensifs pour l'homme, sont aussi peu utiles à ses besoins, sauf les amorces de pèche et l’engrais.

Les larves des Éphémériens présentent plus de différences dans leurs formes et leurs habitudes que ne le croyaient les anciens natu-

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ralistes. Il en est qui sont fouisseuses (Ephemera, Palingenia), etc., et trèsbien étudiées par Réaumur et Swammerdam. Elles sont longues et cylindriques, armées de pattes fortes. Dès que les jeunes larves son

écloses, elles se construisent des retraites, en creusant dans l'argile ou la vase des galeries tubulaires droites ou légèrement arquées, horizontales. Elles fouissent avec leurs mandibules et leurs pattes antérieures, qui ont quelque analogie avec celles des Courtilières. Elles changent fréquemment de galeries, soit lorsque leur corps prend de l'accroissement, soit par le changement de niveau de la rivière ou de l'étang, car ces insectes sont obligés de vivre dans l’eau, mais aiment à rester toujours près de la surface. Sur les bords de quelques rivières à fond d'argile solide, on voit souvent une multitude de trous, qui sont les demeures actuelles ou abandonnées d'une quantité énorme de ces larves. D’après Réaumur, les tubes de la larve de Polymitarcys virgo sont formés de deux branches parallèles juxtaposées, et communiquant ensemble dans le fond par un coude de même diamètre. Swammerdam parle de ceux de Palingenia longicauda comme étant simpies. Ces larves recherchent les eaux dormantes, les fossés vaseux, les étangs, les parties des rivières où le courant est le moins fort, n'aimant pas les bords agités des torrents, ni les ruisseaux à fond de gravier et à cours rapide. Elles peuvent cependant nager par des mouvements du corps analogues à ceux des serpents, mais leurs pattes courtes et leur corps allongé leur rendent difficile de s'arrêter, en se cramponnant à quelque pierre, quand le courant de l’eau les emporte. Elles se nourrissent de petits insectes et de vers aquatiques, et paraissent vivre deux à trois ans.

Les larves plates (Heplagenia où Bœtis, Pictet) ont au contraire toutes leurs parties élargies et déprimées, les cuisses ovales, très-larges et très-minces, les pattes antérieures semblables aux autres. Cette forme ne permet pas à ces larves de creuser des terriers ; elles sont assez robustes pour chasser sans abris ; leurs pattes élargies constituent de bonnes nageoires, et l’aplatissement de leur corps leur rend possible de s'appliquer contre les pierres, en formant une saillie presque insensible, de façon à résister aux courants les plus forts. Aussi, contrairement aux larves précédentes, ces larves plates vivent dans les rivières et les ruisseaux rapides, et principalement, dans les endroits les plus pierreux. Elles restent attachées aux grosses pierres, soit en dessous, soit au-dessus, au milieu des mousses; courent avec rapidité en avant, en arrière, de côté ; nagent aussi plusfacilement que les larves fouisseuses, mais sans pouvoir remonter le courant et prenant bientôt appui sur les pierres du fond. Leur nourriture se compose, à la manière des larves de Perliens, de larves de Diptères et de jeunes larves de Névroptères aquatiques, qu'elles poursuivent et saisissent directement. La durée de leur existence est ordinairement d’un an, et peut être moins pour quelques espèces qui ont deux apparitions annuelles, au printemps et en automne.

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Un autre type de larves, Les nageuses (genre Cloe), présente des insectes cylindriques et allongés, à pattes minces et délicates, et dont les soies caudales sont munies des deux côtés de poils forts et longs, constituant une véritable nageoire caudale. Elles vivent surtout dans les ruisseaux et dans les parties des rivières où le lit s'élargit et devient moins rapide et moins profond ; peu solides sur les pierres, vu la faiblesse de leurs pattes, ne marchant que lentement, elles s'abritent au milieu des mousses et des herbes aquatiques, et sautillent entre leurs brins dès qu'on retire de l’eau ces amas de plantes. Elles nagent habilement, avec les mouvements d'un petit poisson ; vivent de proies plus petites que les larves précédentes, en raison de leur plus faible taille, et durent d'ordinaire une année, avec deux apparitions pour quelques espèces.

Enfin le genre Potamanthus et les genres annexes présentent des larves rampantes, qui semblent moins bien traitées par la nature que celles des autres Ephémériens. Dépourvues des fortes mandibules et des pattes antérieures solides des larves fouisseuses, n'ayant ni la force des larves plates, ni la nageoire caudale des larves nageuses, elles sont en général faibles et à pattes minces. Les unes, plus grêles, ont ces organes allongés et faibles; d'autres plus raccourcies, les ont plus courts et un peu plus forts. Elles ont une démarche lente et rampante, les plus courtes cheminant avec peine au moyen de leurs pattes seules, les autres s’aidant un peu des mouvements abdominaux. Incapables de fouir, elles ne pourraient échapper à leurs ennemis, ni atteindre leur proie, si elles ne suppléaient par la ruse à ce qui leur manque en force et en agilité. Elles habitent ordinairement les ruisseaux ou rivières dont le courant est médiocre, et recherchent aussi les fonds pierreux, mais seulement ceux dans lesquels Le limon et les détritus ont recouvert les pierres d’une couche de vase. Elles s’entourent de cette matière et se cachent ainsi, les plus courtes, qui sont aussi Les plus velues,étant celles où la vase adhère davantage, De cette façon elles sont aisément invisibles à leurs ennemis, et saisissent, dans cette sorte d'embuscade, les petites proies que leur lenteur de mouvements ne leur permettrait pas d'atteindre autrement.

La tête des larves offre trois formes distinctes. Les fouisseuses otit celle-ci en ovoïde irrégulier, avec saillie en avant de l’épicrane chez les Ephemera, terminée par deux petites pointes mousses dirigées audessus des organes buccaux, Dans les larves plates et les larves rampantes, la tête déprimée a un contour à peu près circulaire, auquel ne participent pas les yeux, situés entièrement en dessus. Enfin les larves nageuses ont la tête allongée et revenant à la forme ellipsoïdale des larves fouisseuses, maïs moins épaisse, avec un contour plus régulier auquel concourent les yeux, situés presque au bord. Les ocelles et les yeux sont analogues à ceux des adultes, mais moins développés, et les yeux toujours simples, même chez les Cloe et les Potamanthus. Les

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antennes des larves et des nymphes sont plus longues que celles des adultes, multiarticulées et souvent avec des poils verticillés. Dans la nymphe près de se métamorphoser, on voit dans l'intérieur, par la transparence des parois, la nouvelle forme que doit prendre cet organe. Les deux premiers anneaux restent à peu près les mêmes, mais, à la place de tout le reste de l'antenne, il se forme dans l’intérieur une soie conique plus courte et non subdivisée en anneaux, quelquefois avec des stries transversales. Les pièces buccales sont bien développées chez les larves et les nymphes, en raison de leur nécessité fonctionnelle. Le labre est presque quadrangulaire et un peu bombé; les mandibules, de forme variable suivant les genres, composées toujours d’une partie terminale et crochue servant à la préhension, et d’une partie médiane à petites dentelures servant à la: mastication. Les crochets terminaux dépassent la tête dans les genres Ephemera et Palingenia, tandis qu'ils sont cachés au repos dans les autres genres. Les mâchoires, avec beaucoup de variations dans les proportions relatives de leurs parties, ont toujours une pièce basilaire, une maxille dentée et un palpe le plus souvent de trois articles; on n'y voit jamais de galea. La lèvre inférieure est en général composée d'un menton, de deux paires de pièces qui le terminent, et de deux palpes labiaux à deux ou trois articles.

Le thorax est toujours divisé en trois parties bien distinctes, comme chez l'adulte, le mésothorax étant ordinairement la plus grande et la plus développée. Il porte en dessous des pattes toujours plus courtes, plus larges et plus simples que chez l'adulte, et dont nous avons indiqué les différences en établissant la classification des larves d’après leurs mœurs. Le passage à l'état parfait les allonge et multiplie les articles des tarses, ei la mue de l'adulte augmente encore leur longueur. Chez la larve et la nymphe les tarses n’ont qu’un article cylindrique terminé par un crochet.

L'abdomen des larves et nymphes varie suivant les formes générales du corps, long et cylindrique chez les fouisseuses, plus court et plus aplati dans les Bœtis de Pictet, intermédiaire entre ces deux types chez les Potamanthus et les Cloe. Ce que ses neuf segments offrent de plus remarquable, ce sont les organes transitoires de la respiration aquatique. A l'état de larve et de nymphe, des fausses branchies ou prolongements externes des trachées servent à absorber l’air dissous dans l'eau. Elles n'existent pas d'ordinaire sur le thorax, mais sont portées par les anneaux de l'abdomen, sauf les trois derniers. Leurs formes, assez variées, correspondent aux genres naturels.

Dans le genre Cloe chaque anneau porte deux feuilles plates et ovales, avec un court pédicelle, minces et transparentes, et laissant voir, à travers leurs parois, les rameaux sortis de part et d'autre du tronc central d'une trachée appliqué à une trachée principale interne.

Une partie du genre Potamanthus de Pictet présente le même fype avec de légères modifications: Les larves dé ce genre, plus courtes, plus

DTA NÉVROPTÈRES,

grosses, et plus lentes que les autres, ont aussi des organes respiratoires en forme de feuilles; mais ces feuilles sont moins transparentes et revêtues sur leurs bords de petits poils. Les feuilles des anneaux antérieurs sont plus épaisses que les autres, et couvertes de petits poils sur toute leur étendue; c’est à peine si l'on voit par transparence quelques traces de trachées. Les feuilles des anneaux suivants, dépourvues de poils sur leur surface, laissent apercevoir, grâce à leurs parois plus transparentes, les trachées, qui se ramifient en deux faisceaux. Cette différence de téguments se lie à la position même de ces feuilles, qui se recouvrent en partie les unes les autres, et dont la première, par conséquent, est la seule qui soit tout à fait découverte. La forme de ces feuilles est moins régulièrement ovale que celle des Cloe.

Les espèces plus minces et plus allongées du genre Potamanthus avec l'extension que Pictet lui donne, ont ces organes respiratoires externes formés sur un autre type. La feuille est plus petite, et la trachée qui s'y ramifie plus grosse; aussi les rameaux de celle-ci ne sont-ils pas contenus dans l'intérieur de la feuille, et s'en échappent-ils en formant de longs filets qu'accompagnent des prolongements membraneux. Ex. : P. Geeri, brunneus et cinctus.

Chez les Polymitarcys et Palingenia(ex. : P. virgo, figuré par Réaumur) les organes respiratoires externes sont composés, de chaque côté de chaque anneau, de deux feuilles, dont le bord est orné d'une série nombreuse de petits prolongements tubulaires, plus longs au côté postérieur.

Chez les larves d'Heptagenia, on voit une grande feuille ovale qui rappelle celle des premières larves de Potamanthus, tant par sa forme que par les petits poils dont elle est ciliée et par ses granulations. La trachée s’y ramifie à peu près comme chez les Cloe. Ce genre diffère des précédents en ce que la trachée principale, avant d'entrer dans la feuille, donne naissance à un gros faisceau de tubes libres, en cæcum, dont la longueur atteint à peu près la moitié de celle de la feuille. Au microscope, ces tubes montrent quelques ramifications et vésicules trachéennes dans leur intérieur.

Chez les Ephemera, on trouve une autre organisation. Les ramifications trachéennes ne sont plus jointes par une membrane, ou, autrement dit, il n'y a plus de feuilles. Les angles postérieurs des anneaux abdominaux donnent naissance à deux très-forts troncs trachéens, qui se ramifient en une multitude de tubes en cæcum dirigés des deux côtés et à peu près dans le même plan, de façon à représenter comme deux houppes plates. Ces tubes ne sont jamais ramifiés.

* Dans le passage de la nymphe au premier état de l'adulte toutes les fausses branchies ou trachées extravasées restent adhérentes à la dépouille de la nymphe.

La découverte des larves du genre Cænis a apporté un type nouveau dans les curieux appareils branchiaux des premiers états des Ephémé-

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riens (1). Le premier segment abdominal porte une paire de très-petites branchies relevées, puis les segments 3, 5, 6, 7, offrent des lames branchiales semi-ovales, simples, imbriquées, devenant plus petites par gradations d'avant en arrière, frangées de cæcums trachéens s’entrecroisant avec ceux du côté opposé. Le second segment offre deux lames quadrangulaires convexes, recouvrant complétement les branchies des segments suivants, unies à charnière par leurs bords supérieurs au bord dorsal du second anneau abdominal, libres par leurs bords latéraux et inférieurs : on dirait des basques de veste, et leur mouvement est analogue à celui de deux cuvettes de montre placées à côté l’une de l’autre, se soulevant et s’abaissant ensemble d'une facon alternative. On a trouvé les nymphes rampantes de C. grisea, Pictet, et d’une seconde espèce, vivant avec celles de Potamanthus dans la vase garnissant les plantes aquatiques et les pierres des fleuves et ruisseaux des environs de Toulouse ; elles relèvent leurs soies caudales comme un paon qui fait la roue. On peut dès lors classer comme il suit les larves et nymphes des Ephémériens : 1° Organes respiratoires complétement externes. Larves fouisseuses : organes respiratoires en houppes, Ephemera: organes respiratoires en forme de feuilles frangées, Polymitarcys, Palingenia. Larves non fouisseuses : marcheuses, à queue simple, Bætis de Pictet ou Heptagenia (corps très-aplati), Potamanthus (corps non aplali); nageuses, à queue ciliée de très-longs poils, Cloe. 2° Organes respiratoires externes protégés par deux opercules; larves rampantes, Cænis.

L'abdomen des larves et des nymphes n'offre comme organes terminaux que les soies caudales, toujours au nombre de trois, ordinairement plus courtes que l'abdomen, et insérées dans le même plan horizontal dans une échancrure terminale du dernier anneau. Elles sont formées de nombreux articles dont le premier est le plus gros, peu poilus en général dans les genres Heptagenia et Potamanthus, à poils assezlongs chez les Ephemera et Palingenia, et formant des espèces de plumes chez les Cloe, où les soies caudales constituent un instrument natatoire important.

Les nymphes ne diffèrent des larves que par les fourreaux alaires qui se développent peu à peu à la partie dorsale du mésothorax et du métathorax. La nymphe se débarrasse très-rapidement de sa peau, qui se fend par le dos, après un emphysème général ; le corps délicat et souple de l'adulte sort facilement, et les ailes se déplissent et s’agitent presque aussitôt. Les nymphes cylindriques, fouisseuses ou nageuses,

(4) E. Joly, Contributions pour servir à l'histoire des Éphémériens (Soc. hist. natur. de Toulouse, 45 juillet 1872, Bull., t. IV, p.142). — À. E. Eaton, Monogr. of the Ephemer., im Trans. Soc. Entom.of London, 1871, p. 92.— E. Joly, Note sur les caractères: d’une larve d’'Insectes orthoptères de la famille des Éphémérines (g. Cœnis), Revue des Soc. sav., 2° sér., II, 69-72, 1868 ; Paris, Imprim, nation., 1872,

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se métamorphosent à la surface même de l'eau, et leur dépouille, comme pour les Culicides (Diptères), sert de plancher ou de bateau, afin que l'adulte ne se mouille pas. Les larves plates, à corps plus dur, et qui recherchent des eaux plus bouillonnantes, ne pourraient suivre cet exemple, car elles seraient noyées avant d’être débarrassées de la peau de nymphe, Elles sortent de l’eau et se fixent dans un lieu sec, et l'on trouve leurs dépouilles adhérentes aux pierres des rivages, comme pour les Perliens. Une hypermétamorphose a lieu pour J'adulte. Il est d’abord à l’éta de subimage ou pseudimage, recouvert d'une mince peau qui rend son vol lourd et ses mouvements lents ; les ailes sont grisàtres et ternes. Les Éphémériens vivent ainsi quelques heures, parfois même moins d’une heure. Ils vont se fixer sur un corps solide, recherchant pour cela les troncs d'arbres, les pierres, les murs, les vitres. La peau se distend, se soulève et s'ouvre par le dos ; l'Éphémère se dégage et tire ses pattes, son abdomen et ses soies caudales de leur enveloppe, après avoir eu soin de fixer les pattes par le crochet tarsal. Il retire aussi ses ailes, dont l'enveloppe extérieure revient sur elle-même et se chiffonne, de sorte que la dépouille de la subimage ressemble à celle d'une nymphe, les restes des ailes paraissant vestigiaires. Alors l’insecte est devenu image ou insecte parfait, apte à la reproduction. La dépouille de la nymphe présentait toujours les trois soies caudales ; celle de la subimage ne les offre que dans les genres Ephemera, Potamanthus et Cœnis et leurs annexes, où la soie médiane est persistante, Elle n’a plus que les soies latéraies chez les Bætis de Pictet, et un vestige de la médiane dans les genres Cloe et Palingenia. L'image vole beaucoup mieux que la subimage, et ses antennes, ses soies caudales et ses pattes, surtout les antérieures des mâles, sont plus longues.

Si nous passons à l'anatomie interne, encore assez imparfaitement connue, des Éphémériens, nous trouvons que le canal alimentaire est droit, et rappelle par la forme celui des Libelluliens et celui des Perliens dépourvus des gros tubes en cæcum. Chez ÆE. vulgata (larve), l'œsophage est court, large et plissé en travers; il communique largement à un jabot de trois renflements peu séparés, le premier de texture muqueuse, le second formé de gros plis transversaux au nombre de sept environ, le troisième plus lisse et plus étroit, à parois épaisses ; puis vient un estomac allongé et cylindro-conique, allant peu à peu en se rétrécissant ; à son extrémité inférieure s'insèrent tout autour les canaux de Malpighi, au nombre de plus de trente, d'après L. Dufour, longs et fort grêles chez E. vulgata, ainsi que chez Potamanthus luteus, courts et filiformes chez Cloe diptera, courts, plus nombreux eten massues plus ou moins arquées chez l'Heptagenia flavipennis. Après l'insertion de ces canaux, vient l'intestin très-court, débouchant dans un rectum oblong et élargi.

Quant à l'appareil génital, comme dans les Libellules, les testicules se présentent sous la forme de deux boyaux allongés, droits, cou-

ÉPHÉMÉRIENS. EL

chés sur les flancs de la cavité abdominale. Ils se terminent en avant par un filet tubuleux roulé en spirale, garni de quelques boursouflures unilatérales sphéroïdales. Le conduit déférent est très-court, etil n'y a pastrace de vésicules séminales, non plus que chez les Libellules.

Chaque ovaire de l'Éphémère se compose, comme chez les Libellules, d'un nombre prodigieux de fort petites gaînes ovigères, courtes, insérées à la paroi supérieure du sachet qui sert de calice, et tri- ou quadriloculaires. Cette demi-grappe, ou plutôt ce demi-épi, s'étend jusqu'à la base de la cavité abdominale. Elle dégénère en arrière en un col tubuleux qui se réunit à son congénère pour former un trèscourt oviducte.

Les œufs sont, dans A. flavipennis, ovalaires, très-obtus. Ceux de P. luteus sont jaunes, ovales, terminés, soit en avant, soit en arrière, par une sorte de chapiteau hémisphérique, configuration singulière qui se retrouve plus simple chez quelques Perliens.

La chaîne nerveuse diffère peu chez l'adulte et chez la larve.

Swammerdam a décrit dans sa Biblia naiuræ le système nerveux de la larve de Palingenia longicauda, et Pictet figure celui d’Ephemera vulgata image.

Le ganglion cervical est très-gros et présente l'apparence d'un cylindre transversal un peu irrégulier; son développement énorme, comparativement à la larve, vient de l’adjonction des nerfs optiques, confondus avec lui, et non plus grêles comme chez la larve. Le ganglion cervical sous-æsophagien, beaucoup plus petit et bilobé, semble partagé en deux. S

Le thorax a trois ganglions principaux : le premier, gros et ovoïde, situé sur la séparation du prothorax et du mésothorax ; le second, plus arrondi, est au milieu de ce dernier anneau et suivi d’un plus petit ganglion accessoire; le troisième, thoracique, est au point de jonction du mésothorax et du métathorax et a la forme du second.

Il y a sept ganglions abdominaux, assez irrégulièrement distribués. Les trois premiers, arrondis, tendant à se bilober, sont à la base du premier segment, du second et du quatrième ; puis viennent trois ganglions ronds, à peu près moitié plus petits que les précédents, situés à la base du cinquième anneau, en son milieu et au milieu du sixième ; enfin la chaine se termine par un gros ganglion ovoïde situé sur la ligne de séparation du septième et du huitième anneau, et envoyant des filets à tous les organes de l'extrémité du corps.

Les pièces buccales, à cause de leur atrophie, ne sont d'aucun secours pour la classification des Éphémériens. Les ailes présentent deux caractères, la nervation des antérieures et l'existence même des inférieures. Quelques Éphémériens ont des ailes dont les nervures transversales, très-nombreuses, forinent une véritable réticulation composée en presque totalité de petites cellules carrées, tandis que les autres n'ont guère que des nervures longitudinales, les transversale formant

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seulement-deux ou trois lignes. La présence des ailes inférieures ou leur absence donnent des résultats beaucoup moins rigoureux, car on trouve toutes les transitions possibles sous ce rapport, et l'on ne peut séparer les espèces qui n'en ont pas de celles qui les ont rudimentaires, Quant aux pattes, elles fournissent peu de caractères : toutelois la forme du premier article des tarses nul, rudimentaire ou allongé, peut offrir quelque emploi classificateur. Les yeux simples ou doubles des mäles sont importants sous ce rapport, mais on se sert surtout avec avantage du nombre des soies caudales, qui correspond à des genres vraiment naturels. Pour les caractères d'espèce on doit autant que: possible les établir sur l’image mâle, car c'est toujours ce sexe en zoologie qui présente une véritable hypertrophie du type et l’organisation la plus élevée. La mollesse du corps et sa dessiccation en collection, l'absence d’épines sur les pattes et le corps, l’altération après la mort du corps et des yeux, nuisent beaucoup aux diagnoses spécifiques. Les caractères de coloration qui sont utiles par leur persistance sont la teinte des ailes, et surtout celle des nervures et de la cellule costale, puis la couleur et les taches des pattes et des soies caudales. É

Les jeunes larves des Éphémériens ont les téguments très-minces et assez transparents pour permettre d'observer au microscope ce qui se passe à l’intérieur de leur corps. Aussi ces larves et les petites larves d’Agrion puella servirent-elles à M. Carus (1827-1831), et bientôt après à M. Bowerbank (1833), à donner les premières démonstrations nettes de l'existence de la circulation du sang chez les Insectes. On y reconnut, en suivant des organites hématiques, des courants sanguins rapides; un large courant dirigé d'arrière en avant, suivant la ligne médiane du dos; d’autres courants principaux serpentant entre les organes contenus dans la tête, formant de grandes trainées d'avant en arrière sur les parties latérales et inférieures du corps, puis renirant dans le courant dorsal à l'extrémité postérieure de l'abdomen, D’autres courants secondaires se dessinent en forme d’anses dans diverses parties du corps, telles que les feuilles respiratoires et les soies caudales. En un mot, ces larves d'Éphémères offrirent tout cé qui constitue une véritable circulation du sang, mais presque toutes sans tuyaux de conduite, par l'intermédiaire seulement des espaces libres laissés entre les divers organes de l’économie.

Gun a rencontré un certain nombre d'Éphémériens à l'état fossile. Le plus ancien reste authentique est un fragment d’aile provenant des couches jurassiques de Solenhofen ; les mieux conservés sont ceux qu'on récolte dans les succins de Stettin. Il y a peu de différence d'avec les types de la création actuelle, et il en est même qui se rapportent aux genres européens modernes (ainsi au genre £phemera). On comprend très-bien que ces insectes ont dû fréquemment, posés sur les stipes des Conifères qui croissaient sur les rives des larges cours d’eau des époques antérieures à la nôtre, s'engluer dans les résines qui

OLIGONEURIA, SAM

en découlaient, ét qui sont l'origine des succins qu'on trouve dans beaucoup d’argiles ou anciennes terres végétales. Les débris d'insectes trouvés dans des couches plus anciennes que le terrain tertiaire, et qui ont été rapportés aux Éphémériens, ne le sont pas toujours avec une certitude suffisante. Quand les restes fossiles ne comprennent qu’un fragment de l'insecte, et même une aile complète, il est possible de déterminer le genre auquel il appartient, mais non l'espèce. La nervation alaire ne suffit pas en effet, à elle seule, pour définir l’espèce, et même le genre des Éphémériens actuels. Les auteurs les plus récents ont établi une quinzaine de genres spéciaux pour les Éphémériens fossiles (voy. Eaton, op. cit., p. 38).

La plupart des genres des Éphémériens sont d'Europe et d’Amérique ; un certain nombre d'espèces sont nominales, non encore décrites. L'Asie n'a que les genres Polymitarcys, Hexagenia, Ephemera, Leptophlebia, Cœænis, Cloe, Bœtis, Heptagenia, et un genre innommé. L'Afrique, les genres Oligoneuria, Polymitarcys, Leptophlebia, Tricorythus, Cænis, Cloe, Bætis ; l'Australie, les genres Cloe, Bætis, surtout le genre Leptophlebia, et peut-être le genre Coloburus ; l'Océanie, deux espèces du genre Heptagenia (Philippines, Java); la Nouvelle-Zélande, les genres Leptophlebia et Oniscigaster.

On devra consulter, dans les travaux les plus modernes pour l'étude générale de la tribu des Éphémériens, la Monographie des Éphémérines, de Pictet (Genève et Paris, J.-B. Baillière, 1843), et un mémoire anglais de M. A. E. Eaton, sous ce titre : Monograph on the Ephemeride, dans les Transactions de la Soc. entom. de Londres (1871, æ série, t. I, p. 1). On y trouve une bibliographie très-complète des Éphémériens, l'indication des genres fossiles et de tous les nouveaux genres établis surtout en raison des espèces exotiques dont la connaissance est toute récente. Il sera utile de recourir à un travail critique et bibliographique un peu plus ancien, de M. Hagen: Uebersicht der neuen Literatur betreffend die Neuroptera, Linn. (Entom. Zeitung zu Stettin, EPHEMEREN, 1849, X, 354).

GENRES PRINCIPAUX

OLIGONEURIA, Pictet. — Image : Yeux entiers. Prothorax transverse ; quatre ailes à nervation variable selon les espèces, les antérieures avec un petit nombre de nervures longitudinales robustes et quelques nervures transverses seulement au bord costal et vers le sommet de l'aile. Pattes grèles ; les jambes antérieures beaucoup plus longues que les cuisses ; tarses filiformes et comme infirmes, à ongles obtus. Segments intermédiaires de l’abdomen ayant de chaque côté un grèle prolongement ; trois soies égales; branches du forceps du mâle quadriarticulées, le premier article plus long. — Premiers états inconnus.

Le genre Oligoneuria, assez anomal par la nervation des ailes et surtout par ses tarses en fil et flexueux, présente une première espèce eu-

378 NÉVROPTÈRES.

ropéenne, O. rhenana, Imhoff, des fleuves d'Allemagne, de Turin, et d'autres espèces de Hongrie, de Natal, de Rio-Janeiro (0. anomala, Pictet, 1843, la seule espèce connue à cette époque),

POLYMITARCYS, Eaton. — Image : Yeux entiers, Quatre ailes, Pattes trèsgrêles, à cuisses très-courtes ; ongles antérieurs ténus, obtus et dissemblables, Branche du forceps du mâle à trois ou quatre articles, le second article le plus long ; soie médiane du mâle très-courte ; trois soies caudales égales chez la femelle, — Premiers états comme ceux des Palingenia.

Ce genre a été détaché de l’ancien genre Palingenia, ainsi que le prévoyait du reste Pictet, en raison des variations des soies caudales suivant les sexes. Le type est le P. virgo, Oliv. long. : corps o' et ®, 16 à 17 millimètres; envergure ®, 83; soie Q': subim. 18, im. 23, et $ im. 15, Chez l'image, les yeux sont noirs, la tête noire en dessous du front ; le prothorax grand, en forme de bouclier, plus long que large, d'un jaune pâle, le mésothorax et le métathorax d’un jaune un peu plus foncé. Les ailes sont blanches, car leur transparence disparaît sous un réseau serré de nervures d’un blanc pur, les nervures transverses apicales de l'aire marginale étant simples et subdroites ; la costale et la sous-costale ont une petite teinte violette. Les pattes sont blanchâtres ; les cuisses antérieures en dessous et les jambes antérieures presque en totalité noires ; l'abdomen crétacé, d'un gris nébuleux vers le sommet, les soies caudales et le forceps du mâle blanes. La subimage est plus pâle que l’image et à soies pubescentes. La larve, bien décrite par Réaumur, cylindroïde, se tient surtout dans les rivières à fond argileux et à courant peu rapide des pays de plaines, se creusant des retraites en tubes recourbés, horizontaux, à peu de distance sous la surface de l’eau, de sorte qu’elle est forcée de les changer quand le niveau de la rivière varie. La femelle pond des œufs réunis en une double grappe, qu'elle porte longtemps suspendue au-dessus de l'eau. L'espèce est des grandes rivières de l'Europe centrale, et se trouve aussi à Madrid. C’est l’Ephémère jaune à deux filets et ailes réticulées de Geolfroy, d’après le mâle, qu'il caractérise ainsi: jaune, à ailes blanches réticulées, à deux soies.

D'après M. N. Joly, une sorte d'hypermétamorphose se présente pour la larve du P. virgo (1). Au sortir de l'œuf c'est un animal très-incomplet, respirant seulement par la peau, à la façon des larves de Nemoura trifasciata où variegata. Un peu plus tard apparaissent des branchiessous la forme de petits cæcums tubuleux, placés dans l’angle postérieur des six premiers anneaux de l'abdomen, et la larve, alors de 4- 5 milli-

(4) N. Joly, Sur l'hypermétamorphose de la Palingenia virgo à l’état de larve; analogie de cette larve avec les Crustacés (Mém, Acad. des sciences de Toulouse, 7° série, {, III, p. 379 à 386).

POLYMITARCYS, PALINGENIA. 379

mètres de longueur, et tout entière d'une transparence cristalline, respire à la façon des larves de Nemoura cinerea ou de Sialis lutarius. Deux semaines après, les branchies tubuleuses se sont converties en lamelles aplaties, simples d’abord, doubles plus tard, frangées sur les bords, à la façon des branchies rectales des Libellules. I y a ainsi à la fois six paires d'organes actifs de respiration, et en même temps de rames puissantes constituant des organes locomoteurs que l'animal agite sans cesse, comme les avirons de la galère antique. La larve finit par atteindre de 7 à 12 millimètres, et l’on y voit bien circuler le sang. Ce développement graduel des organes de la respiration et de la circulation est analogue à ce qu'on observe chez cette petite Crevette d'eau douce, Caradina Desmaresti, crustacé décapode si commun dans le canal du Midi. ,

Le P. virgo paraît parfois au mois d'août ou de septembre en nombre immense, et abonde pendant quelques jours sur Les bords de la Seine ; de sorte qu'on en voit quelquefois en très-grande quantité dans les rues avoisinantes, où ils se fixent contre les vitres des boutiques, attirés par les lumières et cherchant à s’accoupler. IIS simulent parfois des flocons de neige, et ressemblent assez à de la neige tombée, si une forte pluie les noie et les amoncelle sur les quais et les ponts. Deux autres espèces vivantes, l’une d'Égypte, sur le Nil, l’autre des Indes orientales, et une troisième fossile des succins.

Le genre Polymitarcys est représenté en Amérique par deux genres voisins, tous deux à quatre ailes, à pattes très-grèêles, dépourvus de soie médiane chez le mâle : le genre Campsurvs, Eaton, avec trois soies caudales égales chez la femelle, de la Nouvelle-Orléans, et surtout du Brésil, du Para du Guatemala ; le genre Asthenopus, Eaton, du Texas, du Para, du Brésil, la soie intermédiaire très-courte ou obsolète chez la femelle,

PALINGEXEA, Burm.—- Image : Yeux entiers. Quatre ailes. Tarses postérieurs quadriarticulés. Branches du forceps du mâle pédicellées, à quatre et parfois à cinq articles, les premiers les plus longs; soie médiane extfèmement courte dans les deux sexes. — Nymphe fouisseuse : Les segments deux à sept de l’abdomen branchifères, avec des lames branchiales doubles et bien frangées. Palpes maxillaires et labiaux triarticulés, ces derniers à articles terminaux largement étendus ; mandibules longuement prolongées en avant de la tête, très-robustes, extérieurement ciliées ; front bicornu, à cornes dentelées et à dents latérales ; labre subarrondi, aigu au sommet ; jambes antérieures dentées en dedans,

L'espèce principale, curieuse par sa grande taille et l'extrême longueur de ses deux soies, est le P. longicauda, Oliv. : long. du corps g’', 26 millim.; enverg., 24; soies, 70. La larve se creuse des terriers dans l'argile du bord des rivières larges et tranquilles, et a été décrite

380 NÉVROPTÈRES,

et figurée d’abord par Swammerdam (Biblia naturæ). ] a reconnu aussi que, dans la dernière métamorphose, le mâle rejette souvent les dépouilles des ailes, mais que la subimage de la femelle retient le plus souvent sa peau, tout en devenant adulte. La tête de l’image du mâle est noire en dessus, jaune en dessous; les yeux noirs et grands, rapprochés en arrière, les ocelles jaunes.

Le thorax est large et jaune, avec le prothorax traversé par cinq sillons longitudinaux. Les ailes, peu transparentes, sont d’un fauve roux, avec des nervures brillantes fauves, les inférieures assez grandes, les unes et les autres ayant à la base une faible teinte jaune. Les pattes sont d'un jaune clair; les {arses des postérieures à articles 1, 2, 3 subégaux, un peu plus courts que 4, que terminent deux ongles courts et pareils. Le ventre, les côtés de l'abdomen et les soies sont d’un ochreux pâle et brillant, et en dessus de l’abdomen est une large bande brune; le forceps est grand, à branches très-arquées ; la soie médiane des deux sexes tout à fait rudimentaire, presque invisible à l'œil nu.

Cette grande ‘espèce, peut-être une race, que l'auteur nomme P. Rœseli, Joly, a été trouvée à Toulouse (1). La nymphe, longue de 20 millim., d'une couleur générale d'ocre brun, présente les pattes de devant très-fortement ciliées, au point d'avoir l'apparence de peignes, les autres pattes glabres. Lessoies caudales, longues de 9 millim.., la médiane plus courte, sont garnies de barbelures qui en forment une élégante nageoire caudale. Les organes respiratoires sont de deux sortes : 1° des houppes trachéennes à la base des pattes de la première paire ; 2° des palettes membraneuses, accompagnées à leur insertion d'une houppe trachéenne. Il y en a sept paires, fixées de chaque côté de l’abdomen, à l'angle postérieur de chacun des sept premiers anneaux, par un court pédicule, protégé par une forte épine saillante en arrière de chacun des anneaux de l'abdomen. Ræsel, qui a figuré cette espèce, dit de son ver ou larve : «Il nage avec autant d’agilité qu'un petit poisson ; et certainement celui qui ne connait pas cet insecte, et qui, voyant défiler à la nage un certain nombre d'individus à la fois sur le bord de la rivière, s'amuse à considérer leurs évolutions, pense avoir affaire à un groupe de jeunes poissons tout récemment éclos.» De Geer a très-bien décrit le mode de natation des larves de Palingénies : « Ces vers nagent avec beaucoup de vitesse; ils ont alors l'air de petits poissons, car ils appliquent dans ce cas les jambes contre le corps, de sorte qu’elles paraissent à peine.»

Des larges rivières de l’Europe centrale (Allemagne, Hongrie, Autriche, Hollande, Belgique) et aussi du Caucase. Une seconde espèce du Silhet (Indes orientales) et de Sarawak (Bornéo), et une troisième de Sibérie, P. sibirica, Mac Lachl.

(1) E. Joly, Description de ia nymphe de Palingenia Ræseli (Mém. Soc. nationale des sciences de Cherbourg, t. XNH). É

HEXAGENIA, EPHEMERA. 381

Le genre voisin Pentagenia, Walsh, à soie médiane extrêmement courte chez le mâle, plus courte les autres que chez la femelle, a été établi sur des espèces de l'Illinois et du Texas.

HEXAGENEA, Walsh. — Image : Yeux entiers. Quatre ailes. Tarse postérieur quadriarficulé, le premier article à peine plus long que le second, avec ongles dissemblables. Branches du forceps quadriarticulées, le second article le plus long ; soie médiane très-courte dans les deux sexes. — Nymphe fouisseuse.

Les espèces de ce genre sont de l'Amérique septentrionale, du Texas, du Mexique, de l’'Amazone, du Brésil. Nous représentons (pl. rxv, fig. 7) le mâle de l’H. limbata, Aud.-Serv. (long. corps des deux sexes, 20 à 22 millim.; enverg., o 38,Q 30; soie, o’ 40, $ subim. 20), des larges rivières des États-Unis, du Texas et du Mexique. Les yeux sont d’un ver jaunâtre en dessus, noirs en dessous, la tête jaunâtre ; Le prothorax allongé, d’un jaune pâle au milieu, les deux autres segments du thorax bruns. Les ailes sont transparentes, sans taches, avec leur région costale d'un brun clair; les nervures brunes, sauf à la base, où elles sont d’un jaune pâle. Les pattes antérieures sont d’un fauve foncé, avec les jambes et les articles tarsaux terminés par des taches noires ; les autres sont jaunes avec l’extrémité brune. L'abdomen est fauve avec une raie médiane brune, et un trait oblique de chaque côté de chaque anneau. La soie médiane est très-petite, les latérales brunes, avec les premiers articles à moitié pâles. La subimage a les ailes d’un jaune pâle, avec la plupart des nervures transverses noires, et les soies poilues. La femelle diffère du mâle par les nervures des ailes hyalines ou jaunâtres, et les soies jaunes.

EPHEMERA, Liun. — Image : Yeux simples dans les deux sexes, séparés par un large intervalle. Quatre ailes à nervures transversales nombreuses. Tarses postérieurs quadriarticulés, les trois premiers articles subégaux, les ongles dissemblables. Branches du forceps quadriarticulées, le second article le plus long ; trois soies caudales longues, subégales, — Subimage : Ailes conniventes et dressées au repos ; les pattes antérieures élevées et droites ; les soies caudales subparallèles, les latérales se rapprochant entre elles, soit au-dessus, soit audessous de la médiane. — Nymrhe fouisseuse : Segments abdominaux un à sept branchifères ; les premières lames très-petites, à bords entiers, à demi linéaires, les postérieures aussi doubles, mais à moitié aiguës, lancéolées, à bords bien frangés. Palpes biarticulés; les maxillaires longs, hérissés, le second article plus long que le premier ; les labiaux avec l’article terminal dilaté au sommet et oblique; côté externe de la mandibule fortement prolongé au dehors en une corne droite très-longue; front brièvement cornu, à cornes simples.

Les espèces de ce genre n'apparaissent d'ordinaire qu'en nombre limité. 11 y a, selon chaque espèce, des variations dans la nervation du sommet de l'aire marginale. Les taches pâles du thorax de la subimage

382 > NÉVROPTÈRES.

mentionnées dans la description de VE. vulgata, se retrouvent dans les autres espèces européennes. Le type est l’£. vulgata, Linn. (syn. : maculata, Linn., communis, Retzius, l’Ephémère à trois filets et ailes tachetées de Geoffroy) ; long. du corps, 14 à 22 millim.; aile, & 16 à 17,918 à 24 ; soie, © image 33 à 36, subim. 16 à 21, ® image 292 à 26, subim. 17 à 19. L'image du mâle a les yeux fuligineux, la tête noire, ainsi que le dessus du thorax.

Les ailes sont d'un gris verdâtre ou d’un vert jaune très-pàle, à nervures brunes et avec des taches couleur de poix, formant sur les antérieures une bande maculaire très-variable, parfois de deux ou trois taches, parfois s'étendant avec continuité de la côte au milieu; les ailes postérieures sont incolores, sauf sur leurs bords costal et extrême, où elles sont brunes, et elles ont une tache noiràtre dans leur milieu. Les paites sont olivacées, les antérieures à cuisses noires et à tarses bruns, les autres à jambes et à tarses fauves.

L'abdomen est jaune, avec des taches triangulaires et des lignes plus fortes sur les derniers segments, les soies étant brunes annelées de noir. L'image femelle a des couleurs plus claires ; les ailes beaucoup plus légèrement teintes de jaune verdâtre, taches’ plus petites, la tache médiane des postérieures à peine distincte. Les subimages ont des teintes plus confuses, les taches de l'abdomen moins nettes ; les ailes ou d'un jaune verdàtre, ou cendrées, à nervures brunes bordées de noïrâtre ; la tête tachée de jaune ; deux lignes longitudinales noires sur le prothorax ; le mésothorax avec une grande tache jaunâtre en dessus, d'où partent en avant et en arrière deux stries courbes; le métathorax jaune, avec deux taches noires en forme d’L. La larve (pl. Lxv, fig. 8) est d’un jaune pâle en avant etverdâtre sur l'abdomen, les yeux et locciput noirs ; des raies brunes à la base des anneaux de l'abdomen, les branchies et les soies caudales d'un brun clair. Lanymphe a des couleurs plus vives, quelques traits noirs sur le thorax, les fourreaux alaires d’abord jaunes, puis noirs. Elle vit en terriers creusés dans la terre humide du fond des ruisseaux. L’E. vulgata, qui éelôt de mai à juillet, se trouve près des rivières, cours d’eau calmes, lacs et mares; des environs de Moscou, de Suède et de Laponie, d'Angleterre, de France, d'Allemagne, de Suisse, du Piémont,

Les espèces du genre Ephemera spnt d'Europe, y compris la Laponie, des États-Unis, des Indes orientales, de Ceylan, du nord de la Chine,

POTAMANTHUS, Pictet. — Yeux ordinaires du mâle surmontés chacun d'un grand œil réticulé. Quatre ailes à nervures transversales nombreuses, fines, peu visibles. Tarses postérieurs de cinq articles; le premier des articles le plus court, fixé à la jambe, subobsolète, le second beaucoup plus long que le troisième ou le quatrième; ongles dissemblables. Branches du forceps triarticulées, le premier des articles beaucoup plus long ; trois soies caudales subégales: — Nymphe rampante, abritée.

POTAMANTHUS , LEPTOPHLEBIA. 383

Nous citerons le P. luteus, Linn., l'Éphémère à trois filets et ailes réticulées de Geoffroy ; long. corps, o 10 à 11 millim., £ 9 ; enverg., ® 29; soie, ÿ image 15 à 19, ® 12. Le male image a les yeux noirs ; Le thorax et l'abdomen d'un fauve clair brillant, ce dernier avec une série de taches triangulaires sur la partie dorsale et deux lignes de petits points noirs arrondis sur les côtés; les pattes jaunes, les soies caudales fauves, annelées de brun, le forceps jaune.

Les ailes sont transparentes, avec la région costale un peu jaunatre, les nervures longitudinales jaunes, les transversales brunes, ce qui donne l'apparence réticulée. L'image de la femelle a les yeux petits, simples, écartés ; les couleurs plus claires que le mâle, une tache brune sur le prothorax, les jointures des tarses antérieurs brunes. La subimage male offre les ailes jaunes, plus foncées vers les côtes, à nervures transversales noires; celle de la femelle a les ailes d’un vert grisâtre, jaunâtres vers les bases, à nervures jaunâtres.

Cette espèce est d'Angleterre, d'Allemagne, de France, fréqueute aux environs de Paris, près du bord des petites rivières; une seconde espèce est du Piémont.

ÉEPTOPHEERBIS, Eaton. — nage : Yeux des mäles subdivisés. Quatre ailes 4 soie caudalg médiane longue ou raccourcie.

Cé genre, créé par M. Eaton, est réellement provisoire, en raison de l'ignorance où l’on est des premiers états de la plupart des espèces. L'auteur l’a divisé en cinq sections. La première (type L. australis, Walker, de Tasmanie) comprend d’assez nombreuses espèces d’Australie, de Tasmanie, de la Nouvelle-Zélande, de Ceylan, du cap de Bonne- Espérance. La seconde est fondée sur une espèce de la Colombie britannique (L. Colombiæw, Walker). La troisième offre des espèces d’Europe et d'Amérique septentrionale, et une espèce fossile du sucein. Elle est caractérisée par des nymphes rampantes, à lames branchiales pennées-divisées, découpées, presque tiliformes. La subimage repose, les ailes dressées, appuyée sur toutes ses pattes, les soies latérales courbées et s'écartant de la médiane. Le mâle image dort les pattes antérieures élevées et divergentes. Chez la femelle, les tarses sont nettement de quatre articles (très-rarement un cinquième, fixé à la jambe, est vaguement indiqué), le pénultième article plus court que les autres, les deux premiers subégaux, les ongles postérieurs dissemblables.

La côte des ailes postérieures n'est pas excisée ; le nombre des articles des branches du forceps varie, selon les espèces, de deux à quatre, le premier toujours le plus long ; trois soies égales ou subégales.

L'espèce principale de cette section est le L. marginata, Linn., ou viridescens, Fourcroy (un Potamanthus pour Pictet), l'Éphémère à trois filets et ailes brunes de Geoffroy: long. corps, 6 à 12 millim.; aile, 7 à 12: soie, im. Oo’ 12 à 20, subim. 9, soie im. @ 8 à 16. Les yeux de l’image

des deux sexes sont d'un roux fuligineux, Le dos du thorax noir ; le corps et les pattes d’un brun plus ou moins foncé; ies ailes transparentes, à nervures longitudinales d’un brun clair, les ailes antérieures ayant les aires marginale et submarginale d'un ton de bistre, ce qui donne le caractère principal de l'espèce ; les soies caudales noires ou cendrées à sointures obscurcies, le forceps fuligineux ou testacé. Les subimages diffèrent beaucoup des adultes parfaits : le corps et les pattes, bien moins foncés, étant en entier d'un gris verdâtre, les soies d’un brun uniforme, les ailes opaques et d'un gris terne, ciliées de poils visibles à l'œil nu, la région costale d'un brun pâle. La larve est d’un jaune sale, avec une série de taches brunâtres de chaque côté du corps; les yeux noirs, les pattes brunes. La nymphe a les rudiments des ailes grisâtres. L'espèce est des régions tempérées et boréales de l'Europe et de l'Amérique; se trouve en Laponie ; est commune en Angleterre, sur les rivières; en avril, mai, juillet, septembre, octobre ; se trouve en octobre près de Genève, existe aux environs de Paris, etc.

Le L, cincta, Retzius, ou nigra, Foureroy (Potamanthus, Pict.\, l'Éphémère noir à trois filets de Geoffroy ?, à tête noire chez le mäle, avec les yeux accessoires globuleux et rougeàtres ; les ailes vitrées, à nervures ambrées ; l'abdomen ayant d'ordinaire les segments de 2 à 7 vitrés et translucides, les autres bruns ; les pattes, les soies et le forceps blanchâtres; la femelle ayant l'abdomen brun en entier et la côte des ailes noirätre, les pattes et ies soies testacées. La larve est amincie et d'un gris verdâtre avec raies plus pâles, le prothorax très-transversal, les branchies en filets très-allongés, les soies caudales longues eu égard à la petitesse du corps. De l’Europe tempérée et septentrionale, sur les ruisseaux et rivières, juin, juillet, août. C’est probablement la femelle de cette petite espèce que Geoffroy a prise une fois voltigeant à Paris sur le bord de la Seine; elle est commune près de Genève.

La quatrième section, à soie médiane manifestement plus courte, est formée de deux espèces des États-Unis. Enfin, dans la cinquième se trouvent une espèce de Carinthie et de Corse, et l'espèce typique, L. fusca, Curtis (Potamanthus de Pictet), ou brunnea, Pict., petite espèce de 5 à 7 millim. de long., l'aile de 6 à 7, les soies du mâle de 8 à 12, un peu plus courtes chez la femelle ; brune, ainsi que les appendices avec tarses postérieurs de cinq articles, le premier obsolète, fixé à la jambe ; les ailes vitrées, à nervures brunes avec le bord costal des inférieures trèsexcisé; de la Grande-Bretagne, d'Interlaken, du mont Salève, mai et août. La larve est mince, cylindroïde, à tête petite, déprimée, semi-circulaire ; les branchies noirâtres, prolongées en filets ; la couleur générale brunätre, avec les pattes plus päles. La larve et la nymphe sont rampantes, avec segments de l'abdomen 1 à 7 branchifères, les lames branchiales simples, cependant pinnatipartites, mais à peine divisées en filaments, les palpes des deux sortes de trois articles,

EPHEMERELLA, CÆNIS, 38)

EPHEMERELLA, Walsh (partie des POTAMANTHUS de Pictet). — Image : Quatre ailes, les inférieures petites; yeux des mâles subdivisés ; trois soies subégales ; tarses de cinq articles, le premier obsolète, fixé à la jambe, les ongles dissemblables; branches du forceps triarticulées ; une lame ventrale chez la femelle partant du pénultième segment, mais pas d’ovivalvule. — Subimage: station comme chez le genre Leptophlebia, — Nymphe rampante, portant quatre lames branchiales complexes, les segments branchifères étant 4, 5, 6, 7 ; palpes buccaux triarticulés, les maxillaires très-courts. |

I faut citer dans ce genre une belle espèce, E. ignita, Poda, ou erythrophthalma, Schrank : long. corps, 8 à 9 millim.; aile, ©” 9, $ 10 à 11; la soie du mâle image pouvant atteindre 12 millim. L'image mâle est, chez le vivant, d'un rouge-brique mêlé de jaunâtre ; les yeux surajoutés globuleux et rouges; les ailes transparentes, avec nervures longitudinales ayant des points nodaux ambrés, les ailes postérieures n'ayant à peu près en surface que le dixième des antérieures; les pattes d’un jaune fauve, les soies caudales d’un jaune pâle, annelées de rouge, le forceps testacé. La femelle a les yeux simples et d’un jaune olivacé, les points uodaux des ailes plus marqués que chez le mâle. Les subimages sont jaunâtres, à ailes antérieures opaques et cendrées, les postérieures d’un fauve blanchâtre. La larve a le corps ramassé ; les pattes courtes et ciliées de poils fauves; les branchies simples, sans prolongements; la tête et Le thorax d’un fauve grisätre, avec des traits bruns; l'abdomen d'un gris verdàtre. Elle rampe lentement dans la vase, qui adhère à son corps à cause des poils des pattes et des soies caudales, qui sont fauves et ornées de verticilles de poils roux.

Cette espèce est d'Angleterre, d'Allemagne, probablement de France, de Suisse, de Madrid ; elle est commune de juin à septembre sur les rivières et les ruisseaux. Le genre Ephemerella a deux autres espèces des environs de Genève, les Æ. gibba, Pict., et œænea, Pict., et deux espèces, de la Nouvelle-Ecosse et de l'Iinoïs.

CÆNIS, Stephens, ou OxYcYPHA, Burm.— Image : Yeux simples dans les deux sexes, très-écartés ; tête et prothorax transverses ; deux ailes grandes, en éventail, peu réticulées, ciliées dans la longueur des bords ; tarses de cinq articles, (les intermédiaires parfois de quatre), le premier article du tarse postérieur trèscourt, fixé à la jambe, 2, 3, 4 courts et subégaux, 5 plus long ; ongles des tarses antérieurs obtus, courts, pareils, ceux des postérieurs dissemblables ; trois soies caudales subégales, très-longues chez le mâle, courtes chez la femelle (1). — Subimage : au repos, les pattes antérieures déprimées, les deux ailes largement étendues, presque jamais dressées; les trois soies subégales, pubescentes, parallèles. — Nymphe fouisseuse, à segments 1, 3, 5, 6, 7 de l'abdomen branchifères, les branchies du segment 4 petites et dressées, le

(1) D'où le faux genre Brachycerceus, Curtis, établi sur des femelles seules. GIRARD, 11, — 25

356 NÉVROPTÈRES.

segment 2 portant une paire d’opereules couvrant les branchies suivantes, qui sont simples, semiovales, frangées, imbriquées et de grandeur décroissante d'avant en arrière ; pattes à cuisses ou comprimées. ou grêles, suivant les espèces ; tête ou inerme, ou armée de trois cornes frontales ; palpes buccaux des deux sortes triarticulés.

Les espèces du genre Cœnis sont toutes de petite taille, avec l'abdomen court et subtriangulaire, les ailes amples à côte obscurcie, et sont remarquables par la grande inégalité qui existe dans la longueur des soies caudales des deux sexes, Leur vie est extrêmement courte à l’état adulte; on les trouve volant en troupe serrée sur les petits cours d'eau, les rivières, les lacs, soit de grand matin, soit au dernier terme du jour, au commencement et à la fin de l'été. Les espèces sont d'Europe, y compris la Corse, la Sardaigne et la Sicile, des États-Unis, de Ceylan et du Cap.

Nous citerons principalement le C. macrura, Steph., ou grisea, Pict., long de 4 à 6 millim., l’aile de 4 à 5 chez le mâle, 7 chez la femelle; les soies atteignent 16 millim. chez l’image mâle, 8 seulement pour la femelle et les subimages. La tête du mâle est noire au sommet, avec la base des antennes et le prothorax d'un fauve blanchâtre, le reste du thorax noir ; les jambes de devant noirâtres, tandis que les autres sont grisâtres ; l'abdomen gris, plus foncé chez la femelle, avec des traits et des points noirs, les soies caudales obscurcies; les ailes transparentes, à nervures blanches, la costale et la sous-costale violettes et entourées d’une teinte de la même couleur. Cette espèce existe dans la Garonne à Toulouse (E. Joly), se rencontre de mai à septembre en Angleterre et en Suisse, au mois de juin en Laponie, en Autriche. Citons encore une espèce très-voisine, le C. chironomiformis, Curtis, ou lactea. Pict., à thorax d’un fauve pâle, brun au milieu, à pattes d'un jaune très-clair, à abdomen blanc, avec soies caudales blanches, les ailes transparentes, incolores, à nervures jaunes, sauf la costale et les sous-costales, qui sont noires. Cette espèce se trouve dès le mois de mai en Angleterre et en Prusse, commune en été sur les bords du lac de Genève, parfois très-abondante, volant très-tard, et s’introduisant dans les maisons, attirée par l'éclat des lumières,

Signalons enfin une espèce un peu plus grande d'Angleterre, de Prusse, des lacs de la Suisse, le C, luctuosa, Burm., et une très-petite espèce d'Angleterre, du Valais, de Belgique, de Moscovie, probablement de France, paraissant de juin à août, le C. dimidiata, Steph., peut-être minima, Linn., horaria, Linn., Ramb., n'atteignant que 4 millim., avec l'aile de 4 millim., &, de 3 Q, les soies du mâle image allant jusqu'à 18 millim., tandis qu'elles n'ont que 2,5 à 8 chez la femelle et les subimages.

C'est près des Cœnis que se place le genre Bætisca, Walsh; détaché des Bætis pour un fort curieux insecte américain, le B, obesa, Say, de l'Ili-

CÆNIS, PROSOPISTOMA. 387

nois, de l’Indiana, de la Californie. La nymphe est rampante et manque de lames branchiales externes; cependant le premier segment abdominal a, de chaque côté, une double lame recouverte. Le caractère étrange de cette nymphe, c’est que le thorax se prolonge en arrière en forme de carapace couvrant les cinq premiers segments de l’abdomen, et cachant les rudiments alaires. Cette conformation de la phase aquatique disparait chez l'adulte et la subimage. qui n’ont de remarquable que l’obésité du thorax. L'image à les yeux simples, quatre ailes, la soie médiane abortive, les tarses de cinq articles, le premier fixé à la jambe, les branches du forceps triarticulées; la femelle sans ovivalvule, mais ayant un prolongement ventral partant du pénultième segment.

C’est probablement à côté des genres Cænis et Bætisca que vient se placer une création étrange, objet de controverses animées. Geoffroy, le premier, rencontra aux environs de Paris un animal, encore très-rare, qu'il appela Binocle à queue en plumet (il n'avait pas vu les trois stemmates), et qui reçut de Latreille le nom de Bénocle pennigère. Il fut retrouvé en 1816 par C. Duméril, dans les mares qui se forment après les grandes pluies sur les terres argileuses, ainsi au bois de Boulogne, près de la mare du château de la Muette, et il donna à cet être, de couleur bleuâtre passant au rouge, le nom de Bénocle pisciforme. En 1833, Latreille établit le genre Prosopistoma, des Crustacés branchiopodes, comme les Apus, les Limnadies, sur un sujet analogue, le P. variegatum , provenant de Madagascar, trouvé au milieu de Coléoptères dans l'alcool, rapportés de ce pays par Goudot, et il appela P. punctifrons l'espèce voisine, des eaux douces de France. Elle fut rencontrée dans la Moldau, en Bohème, par Purkinje, et enfin, en 1868, à Toulouse, dans la Garonne presque à sec, en septembre, sous les pierres immergées de la chaussée du Ramier, située non loin du château Narbonnaïs. L'animal adhère assez fortement aux pierres par son plastron sternal, et vit en compagnie de larves de divers genres d’'Ephémériens. Il se nourrit des détritus amassés sous les pierres, et offre des mouvements rapides, saccadés, capricieux ; sa queue s'agite sans cesse, et contribue efficacement à le faire monter ou descendre dans l’eau à la façon d'un ludion. Le premier aspect est celui d’un Crustacé entomostracé, ou d'une Coccinelle dont le corps serait terminé par une queue garnie d'un plumet; mais l’organisation est celle d’un insecte : car l’animal présente six pattes thoraciques grêles et courtes terminées par un crochet et portées par le bouclier céphalique ; deux antennes sétacées de cinq articles, deux yeux latéraux et trois ocelles en triangle ; un labre, deux mandibules, deux mâchoires avec palpes de deux articles; une lèvre inférieure également avec palpes de deux articles; un tube digestif d'insecte, avec œsophage, estomac allongé et renflé, des canaux de Malpighi, un intestin grèle et un rectum. La longueur totale de l'animal, avec les derniers segments et la queue étirés, est de 6 à

388 NÉVROPTÈRES.

8 millimètres (1). Le corps, ovoïde, est recouvert par un double bouclier dorsal ; au petit bouclier céphalique semi-circulaire dont nous avons parlé s'adapte par une échancrure un grand bouclier thoraco-abdominal. 11 est échrancré aussi postérieurement en deux valves mobiles, rappelant, avec plus de développement, les deux opercules des larves de Cœnis et le bouclier de la nymphe du Zæœtisca, et recouvre les cinq premiers segments de l'abdomen ; les quatre derniers, décroissant en largeur, sont rétractiles sous la carapace, avec le plumet terminal formé de trois soies courtes et transparentes, élégamment ciliées, et ils constituent avec ces soies l'organe locomoteur par excellence. L'abdomen présente deux troncs trachéens, aboutissant à cinq paires de houppes branchiales portées sur les côtés des cinq premiers segments abdominaux, reccuvertes par le bouclier dorsal, offrant un nombre variable de cæcums, bifurqués pour la plupart à leur extrémité. On voit, à travers la carapace translucide, ces houppes s'élever et s’abaisse r alternativement ensemble, d’une manière rhythmique, ainsi que la lamelle très-mince et frangée qui accompagne chacune d'elles. MM. Joly regardent cet insecte comme une larve d’Ephémérien, dont les métamorphoses sont encore inconnues. En acceptant en partie cette opinion, M. Mac Lachlan (2) se demande si l’on n'aurait pas affaire à une petite espèce d'Ephémérien, adulte et aptère, selon l’exception qui se rencontre dans presque tous les groupes des insectes ailés. Il faudra d'abord, pour résoudre le problème, voir si l’on rencontre des sujets munis de rudiments alaires. On comprend tout l'intérêt philosophique de cette recherche d’entomologie, et les détails étendus que nous donnons sur ce très-rare insecte sont destinés à provoquer de nouvelles et intéressantes investigations.

CLOE, Burm., où CLOEON, Leach. — Image : Yeux ordinaires du mâle surmontes chacun d’un grand œil réticulé en forme de turban, c’est-à-dire porté sur un anneau obconique, à la base duquel est l’œil ordinaire; deux ailes; tarses postérieurs de quatre articles, le premier de beaucoup le plus long, fixé à Ja jambe, le second court, le troisième le plus court; ongles dissemblables ; branche du forceps triarticulée, à second article le plus long ; pénis caché ; deux soies caudales. — Subimage : au repos, posant sur toutes les pattes, les ailes dressées, les soies divergentes, — Nymphe nageuse, avec sept lames branchiales de chaque côté, la septième lame simple, les autres bilamellaires , toutes

(4) N. Jolyet E. Joly, Etudes sur le prétendu Crustacé au sujet duquel Latreille a fondé le genre Prosopistoma, et qui n’est autre qu'un véritable insecte hexapode (Ann. sc. natur., 5°sér., Z001., 1872,t. XVI, p. 19, pl. xu1 ; — Comples rendus Acad. des se., 27 mai 1872 ; — Mém. Soc. nation. des sciences naturelles de Cherbourg, t. XN1).

(2) Linnean Society's Journal, Z00LoGY, t. XII, p, 143,

CLOE, CENTROPTILUM. 389

à bords entiers ; palpes buceaux biarticulés, à articles égaux en longueur, les maxillaires très-ténus, filiformes, les labiaux déprimés, à sommets obliques.

Le type de ce genre, réduit aux espèces absolument diptères, est le C. diptera, Linn., l'Éphémère à deux filets et ailes marginées de Geoffroy : long. corps, de 2 à 11 millim. ; ailes, 6 à 10; soie, O° 13 à 20, subim. 14, soie Q 12 à 15, subim. 12. Cette espèce, très-commune dans toute l'Europe, de Corse et aussi de Madère et des environs d'Alger, des eaux tranquilles, de mai à juillet, a les deux sexes fort dissemblables. Le mâle image a la tête et le thorax d’un noir vif et brillant, avec les yeux accessoires d'un rouge-brique; les côtés du mésothorax et la pointe postérieure de cet organe fauves; les ailes transparentes, incolores, avec les nervures minces et brunes, les deux sous-costales jaunes; les pattes tachées de roux, les antérieures grises, les autres jaunâtres; l’abdomen fauve, avec les quatre derniers anneaux d'un brun de poix, et sur tous un point médian et deux taches rouilleuses aux jointures; le forceps cendré, à premier article brun, les soies blanches annelées de noir. La femelle a les yeux d'un bleu olivacé et tout le corps d’un fauve rosé, avec des taches rougeàtres sur la tête et le thorax, et trois taches sur chaque anneau abdominal; les pattes sont testacées, les antérieures gonflées, les tarses noirâtres; les ailes transparentes, avec toute la région costale d'un jaune verdâtre, marquée de gouttelettes blanches. Les subimages des deux sexes ont les ailes grises et opaques. On a signalé de Belgique une petite variété femelle, à abdomen gris, rouilleux au sommet des segments, les trois derniers couleur de poix. Le C. diptera, décrit par tous les auteurs, a, plus que toute espèce d'Ephémériens, l'habitude de se réfugier dans l’intérieur des maisons, où on le voit fréquemment appliqué contre les murs blanchis, les vitres et les rideaux, et y laissant sa dépouille de subimage.

Nous ajouterons une espèce un peu plus petite, offrant de grandes variations de couleur, le C. russula, Müller (syn. : pumila, Ramb., dimidiata, Pict,, de l'Europe tempérée et du nord de la Chine; C. obscura. Ramb., à ailes grises, des environs de Paris; C. similis, Eaton, d'Angleterre, en septembre et octobre ; C. subinfuscata, Ramb.,de Provence); trois espèces des États-Unis, et une du Chili, €. vitripennis, E. Blanch.

M. Eaton a détaché du genre Cloe , sous le nom de Centroptilum, des espèces dont l'image ressemble beaucoup à celle äes Cloe, mais qui ont, outre les ailes antérieures, des ailes postérieures binerviées et très-étroites. La subimage a la même tenue que celle des Cloe; la nymphe nageuse a les segments 1 à 7 de l'abdomen munis de lames branchiales simples et entières, ovales ou subovales, les palpes maxillaires de quatre articles, les labiaux de deux. I faut citer le C. luteolum, Müller (syn.: Cloe halterata, Burm., Cloe translucida , ochracea, hyalinata, albipennis, Pictet, ochracea, Walker), de Suisse, d'Angleterre, d'Allemaone, de Norvége (Alten), du territoire de la baie d'Hudson, paraissant

d'avril à novembre; le C. pennulatum, Eaton, espèce anglaise, d'août à octobre; le C. litura, Pict., du mont Salève (Suisse), en automne, insecte fauve dans les deux sexes, varié de traits noirs, le mâle ayant les yeux en turban d'un jaune de soufre, etc.

BÆTrisS, Leach (partie des CLOE de Pictet). — Image : Yeux du mâle divisés, les supérieurs à demi subturbinés ; quatre ailes, les postérieures petites, oblongues, à côte unidentée et avec deux ou trois nervures longitudinales, dont la seconde est simple ou divisée ; branches du forceps à quatre articles, le pénultième le plus souvent le plus long ; deux soies caudales (1). — Subimage : au repos, comme celle des C/oe et des Centroptilum., — Nymphe agile, avec sept lames branchiales de chaque côté, simples, entières, ovales ou subovales; palpes buccaux biarticulés, à articles subégaux en longueur, les maxillaires arrondis, les labiaux à articles apicaux déprimés, spatuliformes et incisés latéralement ; lobes externes de la lèvre inférieure aigus, subulés, plus étroits que les internes.

La plupart des espèces de ce genre, tel qu'il est actuellement défini, habitent les rivières et les petits cours d'eau. Elles se montrent principalement au printemps et au commencement de l'automne, mais l'époque exacte d'apparition varie avec le climat. Les exemplaires monstrueux sont bien plus nombreux en automne qu'au printemps, et ce fait jette un grand jour sur la morphologie des insectes en général.

Le type est le B. bioculatus Linn. (syn.: ÆEphemera fuscata, Linn., flava, Fourcroy, lutea, Schrank, culiciformis, Oliv.; Cloe bioculata et autumnalis, Pictet, pumila, Hagen, Oulmann). C’est probablement l'Ephémère à deux filets et ailes blanches de Geoffroy. Nous représentons l’espèce pl. rxv, fig. 9 (9 a, tête du màle; 9 b, tête de la femelle; 9e, extrémité de l'abdomen du mâle à l’état d'image). L'image du mâle a la tête fauve, avec les yeux en turban grands, d’un orangé rougeâtre vif, les inférieurs d’un vert jaunâtre ou noirâtre. Les couleurs sont assez variables : le thorax fauve, avec le dessus brun ou olivacé ; les ailes vitrées, avec éclat irisé et nervures très-délicates, blanchâtres ou brunes, les postérieures presque invisibles, sous la forme de petites lames transparentes, couchées sur la partie postérieure du thorax, traversées d'une ou deux nervures; les pattes blanchâtres, ou olivacées, ou fuligineuses ; les segments de l'abdomen tantôt blanchâtres et translucides, tantôt bruns en dessus, jaunes aux jointures, ochracés ou olivâtres en dessous; les soies blanches ou d'un vert blanchâtre, ou blanches et noirâtres à la base, ou cendrées, et noires vers la base. La femelle présente comme différence, outre qu'elle est plus large et plus courte, la tête et le thorax d'un fauve clair, les yeux petits et bleus, l'abdomen fauve brun en dessus. Les subimages ont les ailes opaques

(4) Cependant le B. ferrugineus à une soie médiane très-courte.

BÆTIS, SIPHLURUS, ONISCIGASTER. 391

et grises, les pattes verdâtres et tachées, les postérieures de la femelle d’un jaune-paille, tous les tarses noirs, les soies enfumées. La larve a la tête, les antennes et les pattes jaunes; le thorax et le corps d'un jaune verdâtre ; le dessus de l’abdomen portant des taches variées, en X, en triangles, en points; les soies caudales blanchâtres aux deux bouts, noires au milieu dans la partie où naissent les longs poils qui servent à la natation. Le corps de l'adulte est long de 6 à 8 millimètres chez le mâle, 4 à 7 pour la femelle; l'aile de 6 à 8; la soie o 12 à 14 millimètres, subim. 7 à 10, la soie @ 40 à 12, subim. 8 à 10.

Cette espèce paraît de mai à octobre sur les rivières de la Grande- Bretagne, de France, de Suisse, d'Allemagne, de Moscovie, de Suède, de la baie d'Hudson,

Une espèce de même taille est le B. pumilus (Syn.: Cloe pumila, Burm., striata, Pict.?) peut-être l'Ephémère à deux filets et ailes brunes de Geoffroy, d’après la subimage, l’image du mâle ayant les yeux turbinés, d'un noir fuligineux; les ailes vitrées, d’un éclat de talc; les pattes blanches, avec tarses, sommets des jambes et des cuisses antérieures noirâtres; les segments abdominaux blancs et pellucides de 2 à 7, le reste fauve ; le forceps et’ les soies blanches ; la femelle olivâtre, tachée de brun ; d'Angleterre, de Belgique, de France?, d'Allemagne, d'Autriche, de Suisse, de Corse, commune sur les rivières de mai à octobre. Joignons à cette espèce le B.niger, Linn., de couleur enfumée, les ailes noirâtres chez la subimage, espèce anglaise, paraissant en mai et juin, parfois en septembre ; le B. Rhodani, Pict., d'avril à octobre, en Angleterre, Suisse (Bellier de la Chavignerie), Madère (Wollaston), probablement de Corse (Hagen); le 8, phæops, Eaton (syn. : vernus, Curt., Pict.,, d'Angleterre, de Norvége (Alten et Hammerfest), en mai et juin, et septembre et octobre ; d'autres espèces jusqu'à pésent spéciales à l'Angleterre ou à la Suisse ; d'autres de Sicile, des Indes orientales, des États-Unis, du Texas, du Mexique, du Brésil.

SIPHLURUS, Eaton. — [mage : Yeux du mâle simples et entiers; quatre ailes ; tarses de cinq articles, le premier parfois fixé à la jambe ; branches du forceps de quatre articles visibles ; deux soies longues, avec rudiment de soie intermédiaire parfois articulé ; femelle sans lame ventrale au pénultième segment, ni ovivalvule. — Subimage : au repos, sur toutes ses pattes, les ailes dressées, les soies divergentes, — Nymphe agile, avec sept lames branchiales de chaque côté, les deux premières doubles, les autres simples, toutes entières ; palpes des deux sortes de trois articles,

Des lacs et rivières des régions septentrionales de l’ancien et du nouveau monde ; espèces de l'Angleterre, des montagnes de la Suisse, des États-Unis, du Canada, de la baie d'Hudson, de la Nouvelle-Écosse.

C'est probablement à üne place peu éloignée des Siphlurus, Eaton, qu'il faudra placer le genre Oniscigaster, établi par M. Mac Lachlan

3 92 NÉVROPTÈRES.

pour un très-remarquable Éphémérien de la Nouvelle-Zélande, l'O. Wakefieldi, M. Lachl. En effet, les Siphlurus ont un indice d'expansion latérale des segments abdominaux ; à l'état de larve, le genre Oniscigaster est assez voisin des Cloe, mais bien moins à l’état d'image, où les Cloe présentent les yeux doubles chez le mâle. Aucun autre Éphémérien adulte ne présente une pareille structure. L'abdomen, trèsallongé et robuste, offre, de chaque côté des segments 6, 7, 8, 9 de l'abdomen, des prolongements cornés et aigus, recourbés en arrière, d'une grande analogie avec l'aspect dorsal d’un cloporte (1). Les yeux sont simples dans les deux sexes ; il y a quatre ailes très-réticulées, les postérieures assez grandes et ovales; tous les tarses de cinq articles, le forceps également. Le mâle a les pattes antérieures beaucoup plus longues que les autres, tandis qu'elles le sont à peine chez la femelle, et un peu plus courtes que les intermédiaires dans la nymphe. Les soies caudales sont au nombre de trois dans les deux sexes, la médiane plus grêle et plus courte. La nymphe, aplatie, longue et large, a tous les segments de l'abdomen, sauf le dernier, très-prolongés en arrière, véritablement onisciformes ; sur le dos quatre paires de branchies ovales, et trois soies caudales épaisses, fortement ciliées, constituant une puissante nageoire. Ses habitudes aquatiques sont actives; elle gage librement au milieu des plantes d’eau, et ne reste pas enfouie, comme cela a lieu pour les premiers états de certains genres d'Éphémériens.

HEPTAGENIA, Walsh (syn. : BÆTIS, Curtis, Pictet). — Yeux des mâles simplus, gros et rapprochés ; quatre ailes bien réticulées ; tarses postérieurs de cinq articles, 2, 3, 4 graduellement décroissants, à ongles dissemblables ; branches du forceps du mâle triarticulées, les premiers articles les plus longs, partant du sommet d’un prolongement ventral; femelle avec prolongement véntral du pénultième segment et ovivalvule ; deux soies caudales dans les deux sexes, sans trace de soie médiane, — Subimage : très-semblable, au repos, à celle des Siphlurus, —Nymphe agile, rampante, avec sept lames branchiales de chaque côté, simples, entières, et, à la base de chacune , autant de houppes de filaments trachéens ; tête et thorax largement déprimés ; labre simple, transverse, obtusément triangulaire, à sommet rebordé ; mandibules courtes, palpes buccaux biarticulés à mächoires laminaires, cilites en dedans, pectinées vers le sommet, à palpes ténus ; lèvre inférieure à palpes robustes, à derniers articles bifides, à demi imbriqués, avec languette ovale, petite, à lobes inarticulés, trèscourts, subovales ; cuisses largement comprimées, ciliées.

Les Heptagénies actuelles, qui correspondent aux Bætis de Pictet, offrent des espèces difficiles à distinguer, car leur forme est identique,

(1) Mac Lachlan, On Oniscigaster Wakefieldi, {he sinyular Insect from New- Zealand, helonging to the family EPHEMERIDE ; with Notes on its aquatic conditions (Linn. Soc. Journal, Zo01,, t. XII, p. 139).

HEPTAGENIA. 393

et leur différence réside surtout dans la taille, qui peut varier individuellement, et dans la couleur si altérée sur les sujets secs des collections. Les larves, aplaties, ne se creusent pas de terriers, et vivent appliquées contre les pierres dans les courants rapides des rivières et des ruisseaux, évitant les eaux stagnantes. Les espèces, nombreuses, au nombre d’une quarantaine, sont surtout de l'Europe, en y comprenant la Corse et la Sicile, et de l'Amérique du Nord, et aussi du nord de la Chine, des Indes orientales, de la Malaisie et des Andes.

Nous prendrons comme type l’H. venosa, Fabr. (syn.: rufa, Rambur, purpurascens et forcipula, Pict.) : long. corps, 13 à 14 millimètres g,12 à 18 ®; aile, og 13, @ 15 à 17; soie, Oo’ 30 à A8, Q@ 15. L'image du mâle a les yeux noirs en dessus, ochracés en dessous; le dessus du thorax et de l'abdomen d’un brun fuligineux ; les ailes vitrées, avec nervures noires et le sommet de l'aire marginale noirâtre ; les pattes antérieures noirâtres, les autres d’un vert grisâtre ; les soies caudales étant brunes, La femelle peut être très-semblable au mâle, ou d'un violet pâle un peu rosé en dessus, à yeux jaunâtres. Les subimages ont les ailes d’un fauve très-pâle, à nervures noirâtres, à aires marginales jaunâtres, avec deux fascies transverses indistinctes, obscurcies, les pattes cendrés, les soies brunes. De Suède, d'Angleterre, de Belgique, de France, de Suisse, de Dalmatie, de Corse ; moisde juin.

Parmi les autres espèces européennes on peut indiquer: H. fluminum, Pict., de taille analogue à la précédente ; à yeux bleus ou verts, à thorax jaunâtre; les ailes vitrées, à nervures noires, à aires marginales antérieures jaunes; les pattes et l'abdomen jaunâtres, les soies jaunâtres ; la subimage du mâle a les ailes d'un fauve clair, celles de la femelle d'un vert jaunâtre. Allemagne ; Rhône, tant aux environs de Genève qu'à l’autre extrémité du lac. — H. elegans, Curtis, les yeux verts, avec des taches mobiles arrondies, entrecoupées de lignes courbes concentriques; les ailes vitrées, d’un éclat pruineux; les pattes verdâtres, à tarses enfumés; les soies blanches où enfumées, à jointures obscures, l’ovivalvule obtuse. De mai à septembre, sur les ruisseaux et rivières de Suisse, d'Allemagne, de Belgique, de Grande-Bretagne, de Norvége (Hammerfest). — H. lateralis, Curtis (syn. : brunnea, Rambur, obscura, Pict., non Steph.), petite espèce de 5 à 9 millimètres, avec envergure de 6 à 7; les soies de 8 à 19, selon le sexe; les yeux etle corps d'un fuligineux noirâtre, ainsi que les pattes, les soies, le forceps ; les ailes à nervures brunes ; pays de Galles en Angleterre, Carinthie, Suisse, dans les torrents des montagnes et les eaux froides, en juillet et août. — H. semicolorata, Curtis, peut-être semitincta de Pictet, les yeux noirâtres et les ailes vitrées chez l’image, les ailes enfumées, les soies noirâtres dans la subimage; Grande-Bretagne, Suisse, Autriche, des eaux froides et des rivières rapides, de juin à septembre ; etc.

Le genre Heptagenia possède des espèces arctiques, ainsi : borealis, Eaton, du Finmark ; canadensis, Walker, du Canada; basalis, Walker,

394 NÉVROPTÈRES,

du lac Winnipeg ; luridipennis, Burm. du Canada, de la baie d'Hudson, etc. Il en est de spéciales aux montagnes; telles: H, montana, Pict., de Savoie, d'Autriche; alpicola, Eaton, de Carinthie, etc. Parmi les exotiques, se trouve une espèce du nord de la Chine, H. cupulata, Eaton; de l'Hindoustan, H. annulifera, Walker; des îles Philippines, H. torrida, Walk. ; de Java, A. determinata, Nalk.; enfin une du Chili, H. guttata, E. Blanch., la seule espèce du genre encore signalée de l'Amérique méridionale.

(à métamorphoses complètes, nymphe le plus souvent inactive).

Les insectes de ce sous-ordre ont des métamorphoses à trois phases bien distinctes. Leurs pièces buccales sont mordantes, parfois atrophiées chez les adultes (Phryganiens), la lèvre inférieure non fendue, Exceptionnellement aptères, ils sont ordinairement pourvus de quatre ailes pareilles ou non pareilles, membraneuses, réticulées, plus ou moins velues, rarement rudimentaires. Les antennes peuvent affecter quatre modifications, être en soies, en fil, ou moniliformes, ou elaviformes; Îes tarses sont de cinq articles.

Les auteurs ont varié beaucoup pour les subdivisions à établir parmi les Névroptères ; ce qui montre que nous avons affaire à un ordre peu naturel, où il y aurait réellement à établir un nombre considérable de subdivisions de même valeur, à peu près comme était l'ancien ordre des Pachydermes de Cuvier pour les Mammifères, C. Duméril réunit la plus grande partie ‘des Névroplères propres dans sa famille des Stégoptères ou Tectipennes (ailes en toit lors du repos), car il y range les genres : Fourmilion, Ascalaphe, Hémérobe, Panorpe, Némoptère, Semblide et Raphidie ; mais il n'y comprend pas les Phryganiens, qu'il laisse avec les Éphémériens dans son groupe à caractère négatif des Agnathes, et y joint les grands genres Perle, Termite et Psoque des Névroptères Orthoptères, Latreille a repris en grande partie la même classification dans ses Planipennes, qu'il divise en cinq sections : 4° les Panorpates, subdivisés en Némoptères, Bittaques, Panorpes et Borées; 2 les Fourmilions, auxquels il a joint les Ascalaphes ; 3° les Hémérobiens, subdivisés en Osmyles, Hémérobes, Nymphès et Semblides; 4° les Termitines auxquels, par l'assemblage le moins naturel, s'associent les Mantispes, les Raphidies, ainsi que les Psoques; 5° enfin les Perlides avec les Némoures. Les Planipennes de Latreille présentent les antennes toujours composées d'un grand nombre d'articles, plus longues que la tête ; des maudibules chez l'adulte, très-distinctes et cornées, des palpes maxil-

NÉVROPTÈRES PROPRES. 395

aires de cinq articles ; les ailes inférieures non plissées au repos, égalant presque les supérieures en surface; les tarses de cinq articles. Cette section répond surtout aux Synistata de Fabricius. Burmeister fait cinq grandes familles dans les Névroptères qui font partie de ses Gymnognathes, à savoir : Corrodentia (Termitiens), Subulicornia (Libelluliens et Éphémériens), Plecoptera, Trichoptera et Planipennia. Les Plecoptera ne renferment que la famille naturelle des Semblodea, formée des genres Nemoura (Semblis de Burmeister) et Perla. Les Planipennia de Burmeister, débarrassés des éléments étrangers conservés par Latreille, sont divisés en deux familles : Rhaphidiodea (Rhaphidia et Mantispa) et Megaloptera (nos Hémérobiens, à très-peu près).

Rambur ne laisse plus subsister dans ses Planipennes, à l’imitation de Burmeister, que des Névroptères propres, car il les compose de six familles bien caractérisées : Panorpides, Némoptérides, Myrméléontides, Nymphides, Hémérobides et Mantispides. Il fait deux sections de même valeur pour les Semblides et les Trichoptères ou Plicipennes de Latreille, Névroptères vrais à métamorphoses et à premiers états aquatiques. En nous rapprochant encore davantage des divisions établies par Pictet, nous n'établirons dans les Névroptères vrais que quatre tribus : Panorpiens, Hémérobiens, Raphidiens et Phryganiens. Les deux tribus intermédiaires se décomposent naturellement en nombreuses sections, dont on ferait volontiers des groupes de même valeur que nos tribus, s'il n°y avait pas avantage à simplifier, du moment qu'on ne s'attache pas à la chimère des classifications naturelles parfaites. Bien que les Phryganiens aient de fortes analogies par les larves avec les Panorpiens, ce qui a engagé M. Fr. Braner à rapprocher les deux tribus, nous préférons rejeter les Phryganiens où Trichoptères à la fin de l'ordre des Névroptères. En effet, ces insectes établissent un passage aux Lépidoptères par les ailes supérieures poilues des adultes, et leur position de repos pareille à celle de beaucoup de Lépidoptères hétérocères, par leurs larves herbivores, sortes de chenilles aquatiques, s'entourant de fourreaux, à la façon des chenilles des Psychides et de beaucoup de Tinéides. Cette tribu a été élevée au rang d'ordre par les auteurs anglais, sous le nom de Trichoptères. Elle forme un sous-ordre dans la classitication des Névroptères de Brullé, qui en distingue quatre sous les noms de Dictyoptères (Libelluliens, Éphémériens, Perliens), Isoptères (Termitiens), Trichoptères, et enfin Névroptères pour toutes les autres tribus. M. E. Blanchard (1845) a adopté deux sous-ordres, les Hyaloptères et des Trichoptères, le premier renfermant toutes les tribus des Pseudorthoptères et des Névroptères propres, autres que celle des Phryganiens.

Nous engageons à consulter, pour le sous-ordre des Névroptères propres comme pour Le précédent, outre l'ouvrage général de Rambur (voy. t. Il, p. 260), les auteurs qui suivent : Fr. Braner et F. Low, Neuroptera austriaca (Wien, 1857), excellent traité où il serait à désirer que les

396 NÉVROPTÈRES.

diagnoses fussent en latin, et la savante revue bibliographique de M. Hagen : Uobersicht der neueren Literatur, betreffend die NeuroPTERA, Lin. (Entom. Zeitung zu Stettin, 1849 à 1852).

TRIBU DES PANORPIENS,

Les Panorpiens forment un groupe bien limité, présentant les caractères généraux qui suivent : Antennes sétiformes et grèles, de longueur variable ; ocelles existant ou nuls. Pièces buccales prolongées en bec ou rostre; les maäandibules libres, allongées, trigones; les mâchoires soudées à la lèvre inférieure, cornées, allongées au sommet, bifides, le lobe interne le plus long, lancéolé, poilu, l’externe subulé, biarticulé ; les palpes maxillaires un peu plus courts que les mâchoires, à cinq articles cylindriques, les apicaux les plus courts ; le menton allongé, corné, rebordé au sommet; la languette submembraneuse, dressée, lancéolée, poilue; les palpes labiaux plus longs qu’elle, triarticulés, à articles cylindriques, le dernier un peu plus court que les autres. Quatre ailes, les inférieures subégales et pareilles aux supérieures, non plissées, les nervures transversales peu nombreuses. Tarses longs, à articles cylindriques, les ongles différents, suivant les genres. Abdomen de forme variable, ainsi que par ses appendices terminaux, Larves vivant en terre de substances en putréfaction ou de mousses.

Les Panorpiens sont des insectes principalement carnassiers de proies vivantes où mortes, du moins les Panorpes et les Bittaques, qui sont les mieux connus. On est resté très-longtemps dans l'ignorance de leurs premiers états. Macquart a donné d'abord quelques indications sur la nymphe de Panorpa communis, Linn., d'après une dépouille encore adhérente à un adulte, et reconnut, d'après la forme des pattes, que leur vie première n'était ni aquatique, ni fouisseuse. Il suppose qu'elles doivent se rencontrer sous terre, à peu de profondeur et au pied des végétaux ; car, si elles vivaient, comme les adultes, sur le feuillage ou sur le tronc des arbres, elles auraient été signalées et décrites depuis longtemps. Stein publia plus tard une description de cette nymphe ; mais les larves et nymphes des Panorpes, des Bittaques et des Borées ont été principalement étudiées, cependant encore avec quelques lacunes, par M. Fr. Braner (1).

Les larves des Panorpiens indiquent pour ces insectes un groupe bien

(4) Macquart, Notice sur la nymphe de la Panorpe (Ann. sc. nat., 1831, t. XXII, p. 463-465). — Fr. Stein, Sur la nymphe de Panorpa communis ( Wiegmans Archiv, 1838, t. 1, p. 330, pl. vn, fig. 10 à 13). — Fr. Braner, Entwickelungs-Geschichte der Panorpa communis, L. (Sitzungsberichte der Kaiserdichen Akademie der Wissenschaften, Wien, 1851, t, VIT, p. 408-412, une pl.,

PANORPIENS. 397

tranché dès les premiers états, et se séparant nettement des Némoptérides, comme Klug l'avait déjà reconnu pour les adultes ; car les pièces buccales des larves de cette famille sont construites pour la succion, suivant le type des larves de Myrmeleon, tandis que chez l'adulte, elles ne sont pas conjointes, comme chez les Panorpes, mais libres dès la base. Les pièces buccales des larves de Panorpiens sont organisées pour mordre et mâcher, comme celles des larves des Raphidiens et des Phryganiens; mais l'aspect de ces larves est très-différent et rappelle les fausses chenilles des Tenthrédiniens et les chenilles des Lépidoptères, Il y a là une affinité avec les Phryganiens, indiquée aussi par les pièces buccales, en partie déformées, des adultes, surtout pour les mâchoires et la lèvre inférieures : le genre Rhyacophila (Phryganiens), à ailes postérieures peu repliables, donne la meilleure comparaison avec les Panorpiens par les nervures des ailes. Il y a aussi une ressemblance par l’oviscapte des femelles avec le genre Boreus, et des rapprochements avec les Phryganiens par les pattes épineuses et éperonnées, les longues hanches, le thorax cunéiforme. M. Braner regarde les Panorpiens comme bien plus voisins des Phryganiens, que M. Hagen, qui les en sépare par les Mégaloptères, les Raphidies, les Sialides, etc. L'étude des larves de Panorpiens confirme tout à fait la séparation de cette tribu, et les adultes ne montrent également aucune affinité avec les Mégaloptères, auxquels, au contraire, les Raphidiens se rattachent par les Mantispes. La ressemblance des larves de Panorpiens avec les chenilles et les fausses chenilles est, au maximum, dans le genre Bittacus, et la moindre chez les Boreus.

La structure de la tête, la lèvre supérieure et le clypeus sont analogues à ceux des larves de Tenthrédiniens ; les verrues de Ja larve du Bittacus sont conformées comme celles des Selandrya (Tenthréd.); la structure des pattes, qui les différencie d'avec les larves de Phryganiens, établit encore chez les larves une autre ressemblance avec les fausses chenilles. Ces larves mènent en général une vie très-cachée, surtout celles des Panorpa. Celles des Panorpa et Bittacus sont très-voisines, tandis que les larves de Boreus s'en éloignent beaucoup plus, et, à part leurs étranges pattes, ressemblent à celles des Charansons (Coléoptères). Les deux premières larves ont des pattes ventrales, qui font défaut dans la larve du Boreus, ou y sont tout à fait rudimentaires. Les larves de ces trois genres ont la même structure des yeux, qui sont composés de plusieurs yeux simples, tandis que les fausses chenilles des Tenthrédiniens n'ont de chaque côté qu'un gros œil simple, et que beaucoup de chenilles de Lépidoptères ont six yeux simples, séparés et disposés en arc.

taf. 46). — Beiträge zur Kenntniss der Panorpiden Larven, mit zwei Tafeln(XWI- XIV), aus dem Verhandlungen der zool.-batan. Gesellschaft in Wien (Jhargang, 1863) besonders abgedruckt, vorgelegt in der Sitzung vom 4 Februar 1862.

398 NÉVROPTÈRES.

Les pattes ventrales ont aussi un arrangement différent de celui que présentent les fausses chenilles et les chenilles. Les pattes ventrales des larves de Panorpiens, quand elles existent, sont fixées à tous les segments de l'abdomen, excepté les deux derniers, et le dernier peut porter un appareil d'arrêt spécial à ces larves. On sait au contraire que chez les chenilles de Papillons, les deux premiers segments de l'abdomen sont toujours sans pattes, et chez les larves de Tenthrédiniens, les pattes manquent seulement au premier segment abdominal ou tout à fait (Lyda). Les chenilles ont, outre la tête, douze segments, les fausses chenilles douze ou treize (Lyda), les larves de Panorpiens toujours treize. Ces indications permettent toujours la distinction des trois types de larves.

On sépare les unes des autres les larves des divers genres de Panorpiens par la structure des mandibules et la disposition de leurs dents, la forme des pattes, les verrues et les épines, la présence ou l'absence des pattes abdominales: c'est la larve du Borée qui présente la structure la plus simple, et celle du Bittaque la plus compliquée.

La tête, cornée, a une surface qui semble inégale; elle porte en avant, entre les yeux, un elypeus triangulaire, auquel s’unit en avant un labre très-remarquable, à base cornée, large et subrectangle, ayant antérieurement une partie membraneuse rétractile sous la précédente, et à laquelle est fixé un petit appendice, excavé à son bord antérieur ; sur les côtés au clypeus sont des plaques incomplètes, ce qui est une différence d'avec les chenilles et les fausses chenilles, et par derrière est une plaque occipitale plus bombée. Les plaques pariétales portent les yeux, formés d'un amas de petits yeux simples très-serrés (comme chez les mâles des Strepsiptères), et en avant et en dedans de ces yeux sont de courtes antennes de trois à quatre articules, variant selon les genres, presque rudimentaires chez le Borée, ayant leur maximum chez les jeunes larves de Panorpes et de Bittaques. Les pièces buccales, inclinées sous la tête, sont fortes et organisées pour mordre. Les mandibules cornées sont sous le labre et ses appendices, trièdres, diversifiées de forme et de dents, selon les genres; les mâchoires sont membraneuses, implantées dans le menton par une large base, par laquelle elles se confondent avec la lèvre inférieure, terminées par une partie entière, épaisse et charnue, en dehors de laquelle est ün palpe maxillaire de quatre articles ; la lèvre inférieure, courte et membraneuse, porte à son extrémité les palpes labiaux courts, de trois articles, contigus au moins à leur base. Cette lèvre repose dans une entaille d'un très-large menton, corné et coupé droit.

Les trois segments thoraciques offrent en dessous des pattes courtes, membraneuses, divergentes vers le bas, à articles rétractiles et cylindriques, le terminal conique. Chez les Panorpes et les Bittaques, les huit premiers segments abdominaux portent des pattes ventrales courtes et conoïdes, et il y a dix stigmates dont deux appartiennent au thorax;

PANORPA. 399

enfin, au dernier petit anneau des Panorpes et des Bittaques, se trouve une grande fourche d'arrêt, rétractile, à quatre pièces.

Nous devons mentionner un certain nombre de mémoires spéciaux relatifs à la tribu des Panorpiens : H. Klug, Versuch einer systematischen Feststellung der Insecten Familie PAxorRpATx, und Auseinandersetzung ihrer Gattungen und Arten, mit 1 col. Taf. (Abhandlungen der Küniglichen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 1836-1838, p. 81-108). — Westwood, Monograph of the genus Panorpa, vith Descriptions of some Species belonging to other allied groups (Trans. Soc. Entom. of London, 1846, t. IV, p. 184-196). — H. Hagen, Uebersicht.… die Neuropteren (Stettin entom. Zeit., PANORPEN, 1850, t. XI, p. 375-578). — R, Mac Lachlan, Synopsis of the Species of Panorpa occurring in Europa and the adjoining countries : with a Description of a sinqular new Species from Java (Trans. Soc. Entom. of London, 1869, April).

GENRES

PANORPA, Linn. — Antennes moins longues que le corps, à articles courts et cylindriques, le basilaire plus gros ; trois ocelles globuleux en triangle sur le vertex; mandibules étroites, courbées et bidentées au sommet, à trois dents; màchoires membraneuses et bifides, fixées en tube par la base avec le menton, à palpes de cinq articles, le dernier ovale et obtus ; languette allongée, membraneuse, à palpes labiaux biarticulés, à articles membraneux, subcomprimés, Aïles des deux paires pareilles, horizontales au repos sans recouvrir le corps, divergentes en arrière. Jambes épineuses, terminées par deux éperons; tarses munis de deux ongles dentelés, avec une pelote entre eux. Abdomen conique, ses trois derniers anneaux en queue articulée chez le mâle, le dernier renflé, relevé au repos sur la face dorsale, terminé par une pince à branches crochues, cet abdomen s’effilant peu à peu chez la femelle.

Les Panorpes ont un aspect très-singulier par la queue relevée des mâles, qui leur fait donner le nom vulgaire de Mouches-scorpions. Aristote et Théophraste distinguent deux sections dans les Scorpions, les uns fixés au sol et sans ailes, les autres pouvant s'élancer dans les airs pour saisir leurs victimes. Ils étaient trompés par une analogie fort grossière, car le crochet venimeux qui termine la queue articulée du Scorpion est unique, tandis qu'en regardant avec quelque soin le mäle d’une Panorpe, on voit que le crochet a deux pointes courbes insérées sur deux tubercules renflés. C’est une armure génitale très- . saillante, une pince destinée à retenir la femelle. Le bout effilé en pointe, un peu rétractile et très-mobile, de l’abdomen de la femelle lui sert à pondre dans la terre molle, et offre absolument la même forme terminale que l'abdomen de beaucoup de femelles de Diptères, comme les Tipules, les Asiles, etc., et aussi de certains Coléoptères

hO00 NÉVROPTÈRES.

longicornes. Les Panorpes volent pendant toute la belle saison et au jour sur les haies, les buissons, l'herbe des clairières, etc. On a cité leur audace et leur bravoure pour s'élancer sur des insectes, les renverser et les tuer avec leur bec, même, dit-on, sur des Libellules de plus grande taille. D'après M. Braner, les Panorpes ne sont pas aussi féroces, et se repaissent seulement d'insectes morts et de divers détri- {us ; quand on les saisit, elles dégorgent une salive brune, à la façon de beaucoup d'insectes carnassiers de proies vivantes ou mortes.

L'anatomie interne de l'espèce la plus répandue du genre, le Pan. communis, Linn., a été faite par L. Dufour (Mém. des sav. étrang., 1841, t. VII, p. 582), et par M. H. Lüw (Abbildungen und Bemerkungen zur Anatomie einiger Neuropteren Gattungen (Linnœæa entomol., 1848, p. 563, pl. iv et v).

L'appareil digestif de la Panorpe commune commence par une glande que ses connexions rattachent aux glandes salivaires, bien que sà fonction doive être spéciale en ce qu'elle ne se trouve que chez les mâles (L. Dufour). Elle consiste, de chaque côté, en trois longs boyaux blancs filiformes, confluents par le bout ouvert en un col commun fort court, qui s'ouvre dans l’arrière-bouche ; ils se portent au-dessous du canal digestif jusqu'au bout de l'abdomen, puis reviennent en avant, en s'amincissant peu à peu, jusqu'à la base de l'abdomen. Bien plus gros que les vaisseaux de Malpighi, et égalant parfois le tube digestif en diamètre dans leur partie antérieure, ils sont remplis d’un liquide blanc et laiteux. Le tube digestif a environ trois fois la longueur du corps, fait singulier chez un insectivore. Après un très-court æsophage vient, au début du thorax, un gésier ovoïde, noirâtre par la couleur même de sa tunique interne, garnie en dedans de poils mobiles simulant les crins d'une brosse, revêtu extérieurement de fibres musculaires longitudinales et annulaires ; puis un estomac allongé, cylindroïde, à peu près droit, avec papilles à la surface et fibres annulaires, terminé par un bourrelet à valvule interne, autour duquel s’insèrent six canaux de Malpighi, simples, repliés, d’un brun violacé, aussi longs que le corps de l’insecte. L'intestin long, faisant un retour sur luimême, offre d’abord un tube grêle et flexueux, qu'une valvule avec contracture sépare d’un rectum offrant d’abord une dilatation oblongue, puis s’atténuant peu à peu en un conduit tubuleux, plus long chez le mâle que chez la femelle, car il s'engage dans la queue articulée de celui-ci pour aboutir à un anus placé entre les tenailles terminales.

Au tiers postérieur de l’abdomen chez le mâle, et au-dessous du tube digestif, sont deux testicules ellipsoïdaux bien séparés, envelop-. pés chacun par une tunique d’un brun rougeûtre, et offrant à une extrémité une petite pointe subulée, et à l’autre un canal déférent capillaire, s’insérant au col de la vésicule séminale correspondante. Chaque testicule, maintenu en place par un lacis de filets nerveux, de

PANORPA. AU

trachéoles et de tissu graisseux, contient, d'après M. Lüw, trois capsules spermifiques, oblongues, cylindroïdes, offrant antérieurement un vaisseau grêle et arqué, et en arrière un col capillaire, axe du canal déférent du festicule, celui-ci grêle, très-long et flexueux; au côté interne de chaque testicule est une vésicule séminale allongée, cylindroïde, avec un renflement subtrièdre en avant, et que prolonge un court boyau flottant et s’atténuant en arrière en un col très-mince, à l’origine duquel s’abouche le conduit déférent; les cols des vésicules séminales confluent en un court canal éjaculateur entouré d'une paire de glandes en boyau contourné.

Les ovaires de Panorpa communis sont constitués chacun par dix gaines ovigères (huit d'après M. Lüw), multiloculaires, se réunissant, quand la gestation est avancée, en un faisceau arrondi, terminé par une pointe due à la connivence des gaines, et où s'insère le ligament suspenseur. Ces gaines, débarrassées des fins ramuscules irachéens qui les maintiennent en faisceaux, s'insèrent d’un côté d’un axe tubuleux, où tombent les œufs parvenus à terme. Il se termine par un col assez long, s’unissant à son congénère pour former un court oviducte. A cet appareil fondamental se joignent deux glandes annexes, suivant L. Dufour.

Pour M. Lüw, les glandes annexes ne consistent qu'en une paire de longs boyaux aveugles, un peu flexueux, assez larges et débouchant tout à fait à l'extrémité terminale de l’oviducte.

Le système nerveux de la Panorpe a offert à M. Lüw un cerveau énorme, présentant deux très-gros lobes latéraux subhémisphériques correspondant aux yeux, unis par un large cylindre nerveux médian. Deux ganglions sous-æsophagiens accolés communiquent à un long filet nerveux, avec trace de scission médiane, qui aboutit à trois ganglions thoraciques, sphéroïdes et subégaux, à connectifs longitudinaux bien séparés. Il y a ensuite sept ganglions abdominaux arrondis, le premier assez gros, les autres beaucoup moindres que les ganglions du thorax, le dernier ovoïde, et d’où part une véritable touffe de filets nerveux. Le premier ganglion abdominal se relie par deux connectifs bien séparés au ganglion du métathorax; les autres n’ont plus qu'un connectif longitudinal, avec indice de soudure au milieu.

Les larves et les nymphes des Panorpa vivent profondément cachées dans les terrains humides. I1 y a deux périodes à distinguer chez la larve, à savoir : la phase qui s'étend de la sortie de l'œuf à la première mue, puis de cette mue à la nymphose; car les seconde et troisième mues n'apportent pas de modification importante. On n'a pas encore obtenu ces larves à l'état libre, ce qui provient sans doute de ce qu'on ignore leur nourriture réelle; mais on les obtient très-aisémen en captivité de la manière suivante : On remplit de terre très-humectée le fond d'un grand vase de verre, et sur celle-ci on dépose quelques petits morceaux de cœur de bœuf; on a réussi aussi avec des pommes et des

02 NÉVROPTÈRES.

pommes de terre. Dans ce vase, huit à dix Panorpes des deux sexes sont enfermées. Si les insectes sont fraîchement éclos, ils restent plusieurs jours sans s'accoupler. Le mâle s'approche de la femelle en allongeant complétement la partie postérieure de son corps. Il avance la pince ouverte de sa queue contre les anneaux dorsaux de la femelle, et glisse celle-ci lentement d'avant en arrière sur les arceaux du dos; puis il la tourne de côté pour atteindre la vulve. En même temps les corps des deux sexes se tournent, de façon à se placer à côté l’un de l'autre, divergeant antérieurement, de sorte que, de profil, la figure qu'ils forment a quelque analogie avec un huit, le corps du mâle se trouvant du côté de la plus grande courbure. L'accouplement dure souvent des heures entières et se répète fréquemment, une même femelle s’accouplant successivement avec plusieurs mâles. Avec de la viande, les adultes peuvent se conserver vivants près d’un mois; les mourants sont immédiatement dévorés par les survivants. Plusieurs jours après l’accouplement, la femelle dépose, réunis ensemble, une douzaine d'œufs dans la terre humide, en les entourant d'un liquide visqueux. Ils sont d’abord blancs, plus tard d'un gris jaune et trouble, avec le chorion se dessinant en forme de filet ; ils ont un millimètre de long.

Les larves sortent des œufs au bout de huit jours, longues d'environ qum,5 sur 0,5 de large. Aussitôt après l’éclosion, elles sont blanches, avec des yeux noirs, mais prennent bientôt une couleur d’un gris violacé. Ces petites larves ressemblent déjà beaucoup à ce qu'elles seront après la première mue, mais s'en distinguent par des antennes beaucoup plus épaisses, et en ce que les anneaux abdominaux de 1 à 7 portent en dessus deux verrues, munies chacune d'une grosse soie articulée ; de même, des soies plus grandes sont implantées sur les arceaux ventraux de 8 à 40, deux sur 8 et9 et une sur 10 ; ces soies persistent dans toutes les phases de la larve, tandis que celles du dos tombent avec la première mue.

Les larves bien développées de Panorpes montrent le mieux possible la structure de la tête indiquée dans les généralités sur la tribu. Cette tête est d’un brun foncé, et la partie molle antérieure du labre ainsi que le bord antérieur de son appendice sont blancs. Les mandibules fortes, cornées, trièdres, à pointe mousse, légèrement recourbées en dedans, avec deux courtes dents mousses au côté interne. Les mâchoires ont une large base, se rattachant par une partie membraneuse à la lèvre inférieure, et portent des palpes de quatre articles, les trois premiers subcylindriques et subégaux, le dernier conique; les palpes labiaux, très-rapprochés, sont courts et gros, les deux articles basilaires cylindriques, le terminal conique, aussi long que les deux premiers ensemble. Les antennes, de quatre articles, ont les deux premiers courts, gros, cylindriques, le troisième subclaviforme au sommet, le quatrième légèrement fusiforme ou cylindrique, ayant à l'extrémité trois courtes pointes chez les très-jeunes larves. Les grands yeux, sur les côtés de la

PANORPA. 403

tête, sont bordés de clair éclatant, ce qui donne à ces larves un aspect singulier ; quelques poils isolés et sétiformes se trouvent aux diverses parties de la tête.

Le pronotum est corné, plus large que long, quadrangulaire, offrant de chaque côté, à l'angle postérieur, le premier stigmate; les autres anneaux thoraciques sont membraneux en dessus, avec écussons cornés et poilus isolés, un plus grand au milieu, deux petits de côté. Les pattes sont courtes, à jambes épaisses et conoïdes, à cuisses et jambes cylindriques, à tarses très-courts, coniques, terminés par un petit crochet simple, visible distinctement à la troisième paire seulement.

Les anneaux thoraciques sont d’une grosseur égale aux sept segments abdominaux suivants; ceux-ci ont en dessus et au milieu une large tache triangulaire subcornée, à deux soies, avec des prolongements verruqueux portant quatre soies, et latéralement des verrues à une soie. La couleur de la peau est plus foncée autour des taches.

Sur les côtés du second et du troisième anneau thoracique se trouvent, l’une sous l’autre, deux taches verruqueuses cornées et foncées, et aux côtés des sept premiers segments abdominaux, trois petits écussons verruqueux, saillants, en triangle, dont l’antérieur porte le stigmate. Au-dessous des anneaux en question sont implantées des pattes ventrales, en forme de mamelons, qui augmentent de grosseur d’avant en arrière, Comme signe distinctif spécial, le huitième et le neuvième anneau portent supérieurement deux grandes verrues cylindriques, avec une longue soie articulée, et le dixième anneau offre au milieu une seule verrue de pareille structure. Ces cinq verrues existent aussi sur la larve du Bittacus. Du dixième anneau part une fourchette d'arrêt rétractile et quadrifide, dont les quatre branches sont mousses et cylindriques, deux faisant saillie de côté et deux sortant droit en arrière. À l'intérieur, de nombreux muscles aboutissent à cette fourchette, au moyen de laquelle la larve peut se dresser, à la façon des chenilles de beaucoup de Phalénides, sur les fausses pattes anales. La fourchette parait diaphane sur le bord, avec un intérieur trouble; il s'en écoule une mucosité poissante, à l’aide de laquelle la larve peut se fixer quelque temps à des objets tout à fait lisses, Des sécrétions gluantes ou äcres et fétides existent aussi, comme on le sait, chez un certain nombre de fausses chenilles de Tenthrédiniens.

Les larves des Panorpes ne se jettent pas directement sur la viande crue qu'on leur donne en pâture, mais elles s'enfoncent la plupart du temp: dans la erre à une certaine distance, creusant une galerie en fer à cheval, dont une extrémité débouche justement au-dessous du morceau de viande, Retourne-t-on vite la viande, elles rentrent à reculons dans la profondeur de leur galerie, et s’échappent, sans être vues, par l'autre extrémité libre, pour fuir facilement à la surface, ce qu'elles ne pourraient faire aussi rapidement dans la terre même, vu qu'elles ne creusent qu'avec lenteur. Elles se comportent comme de fausses che-

h04 NÉVROPTÈRES.

nilles, courent souvent avec prestesse à reculons, ou se dressent librement sur leur fourchette anale; elles se nettoient les pattes en courbant la tête en bas et promenant les articles entre leurs mandibules; quand on les saisit, elles se roulent et simulent la mort.

Au bout de trente jours, elles sont entièrement développées; s'enfoncent plus profondément dans la terre, se façonnent dans une motte une petite cavité ovale, où elles reposent en larves encore plusieurs semaines avant de devenir nymphes. En cet état, elles se rétractent à la moitié de leur longueur, leur partie inférieure grossissant, l'extrémité de l’abdomen un peu recourbée vers le dos. Les soies des cinq verrues des trois derniers segments sont en partie cassées. Elles se meuvent lentement, si on les retire de leur niche. Personne ne méconnaitra la ressemblance de cet état avec celui des larves de Tenthrédiniens avant leur nymphose. Celle-ci ne s'opère pas tant que la terre reste trèshumide; il faut que la terre se sèche un peu, tout en restant à un certain degré de moiteur; la phase de nymphe dure de deux à trois semaines.

La nymphe laisse déjà reconnaitre les parties de l'adulte, qui sont toutes librement articulées, comme chez les autres nymphes des Névroptères propres. Les pièces buccales offrent avec celles de l'adulte les différences suivantes : Le rostre résultant de leur assemblage est à peine moitié aussi long et beaucoup plus large. Les mandibules sont plus droites et pourvues à la pointe et au bord interne d'une forte dent; les mâchoires, encore membraneuses et épaisses, ont déj leurs lobes séparés; les palpes maxillaires et labiaux sont encore très-lourds, et ces derniers s'écartent déjà en arc comme chez l'adulte. Les fourreaux des ailes, rejetés sur les côtés, arrivent jusqu’au quatrième anneau abdominal. L'abdomen est sensiblement plus gros que chez l'adulte ; la queue à pince du mâle est déjà distinctement visible et repliée en dessus, ainsi que la queue pointue de la femelle. La nymphe est d'abord jaure, avec des yeux noirs; plus tard elle prend peu à peu la couleur de l'adulte, mais moins intense, surtout en dessous. Au moment de devenir adulte, elle brise sa motte de terre et remonte à la surface, où s'opère la dernière mue. L'insecte a mis environ neuf semaines, à parlir de l’œuf, à atteindre son entier développement. Comme les Panorpes n'apparaissent pour la première fois qu'à la fin d'avril, il en résulte qu'il ne peut y avoir que deux générations par an. Les larves de la seconde génération passent l'hiver sous la terre, et donnent les adultes d'avril.

M. Fr. Brauer a élevé la larve de P. communis, Linn., atteignant 48 à 4% millimètres de long sur environ 3 de large, et celles un peu plus petites de P. germanica, Linn. (son P. montana, Brauer), et de P. alpina, Rambur, ou variabilis, Brauer. Leur tête est d’un brun plus ou moins foncé, et le corps est d'un gris rougeâtre en dessus, blanchâtre en dessous, Il est plus difficile de distinguer les espèces en larves qu'à l'état

PANORPA. h05

d'adultes ; car ceux-ci se séparent surtout nettement par la forme des parties génitales des mâles.

Le genre Panorpa offre jusqu'à présent environ trente-sept espèces connues, douze en Europe et dans les contrées avoisinantes, et quelques-unes s'étendant sans doute au nord de l'Afrique; mais on n'a pas encore signalé ce genre des parties tropicales et méridionales de ce continent. On à décrit quatre espèces d'Asie, dont une de Sibérie, outre le Caucase et l'Asie Mineure; cinq sont indiquées du Japon, dont quelques-unes probablement se trouvent aussi au nord de la Chine. Java en compte trois, et l'Amérique du Nord environ treize. L'Amérique du Sud n’a pas encore fourni d'espèces de Panorpes, quoiqu'il y en ait probablement quelques-unes au Chili; enfin l'Australie ne parait pas contenir ce genre. On y a signalé un genre voisin, à bouche non prolongée en rosire, Chorista, Klug (C. australis), probablement le même, pour le genre et l'espèce, que l'Euphania ruficeps, Westw.

L'espèce de Panorpe la plus commune dans toute l'Europe septentrionale et centrale, surtout dans les lieux ombragés et humides, se trouvant aussi en Sibérie, est le P. communis, Linn., la Mouche scorpion de Geoffroy, long. du corps 12 à 14 millim.,enverg. 25 à 32 (pl. Lxvr, fig. 3, tête et bouche en dessus; 3 a, màchoire et palpe; 3 b, mandibule; 3 ce, lèvre inférieure avec extrémités des palpes; 8 d, tarse antérieur; 3e, pelote et crochets de ce tarse très-grossis, de profil; 8 f, labre et mandibule). La tête et le corps sont d’un noirâtre mélangé de jaune et de roux, les antennes noires, le rostre rougeâtre à extrémité noire. Les ailes de cette espèce sont d'ordinaire assez fortement tachées de noir brunâtre, surtout au sommet, et avec une bande subapicale anguleuse et souvent fourchue au bord interne chez la femelle, et plusieurs taches disséminées. Les pattes sont jaunâtres ou roussatres, obscurcies. L'abdomen est un peu rétréci à la base chez le mâle, son troisième segment rarement prolongé au delà du sommet, le plus long de tous, en cône tronqué au sommet; puis vient la queue articulée, qui est rousse, avec les segments 7 et 8 coniques, les crochets du segment 9 terminal allongés. Chez la femelle, les cinq premiers anneaux de l'abdomen sont noirs, jaunâtres au bord postérieur, les quatre extrêmes et grèles, qui forment le pondoir, sont roux, et il sort au bout deux appendices noirs, poilus, divergents.

Une seconde espèce, dont certains auteurs n'ont fait qu'une variété de la précédente, est le P. germanica, Linn. (syn. : montana, Brauer), espèce aussi commune ou à peu près que la précédente et des mêmes localités, un peu plus petite ; ayant les ailes en général bien moins tachetées, et dont les taches ne forment pas de bande subapicale continue ; le troisième segment de l'abdomen du mâle se prolongeant beaucoup en dessus au milieu de son bord apical, le sixième tronqué au sommet, à peine plus long que le septième; les appendices du segment terminal courts, aplatis, dilatés et tronqués au sommet. Le

406 NÉVROPTÈRES.

P. cognata, Rambur (germanica de Brauer), à tête rougeûtre, ressem= blant beaucoup à l'espèce précédente pour les macules des ailes; les cinq premiers segments de l'abdomen noirs et couverts de poils gris chez le mâle, parfois rougeâtres chez la femelle, le troisième segment du mâle très-prolongé vers le milieu de son jbord apical en dessus, le sixième ablong et renflé (vu de côté), 7 et 8 subcylindriques; les pinces du segment terminal longues, cylindriques, à branches rapprochées; espèce de l'Europe centrale, du sud de l'Angleterre, de Belgique. Le P. meridionalis, Rambur, du centre et du midi de la France, des Pyrénées, d'Espagne, etc. Toutes ces espèces, ainsi que la plupart des autres espèces d'Europe, ont la subcostale des ailes antérieures atteignant le pterostigma. Un autre groupe d'espèces européennes offre la subcostale de toutes les ailes n'atteignant que le milieu de la côte et pas au delà. On y comprend deux espèces : P. alpina, Rambur, ou variabilis, Brauer, avec ailes à reflet brun verdätre non tachées ou faiblement tachées, des montagnes de l'Europe centrale, ainsi de Suisse, non indiqué d'Angleterre; et P. caucasica, Sélys-Longch., à ailes fortement tachetées, de Mingrélie. Il faut remarquer que nous comptons, comme M. Mac Lachlan, neuf segments à l'abdomen des Panorpes adultes, le premier étant en partie caché sous le metanotum.

Nous citerons, parmi les espèces extra-européennes, les P. japonica, Thunb., du Japon, noire, à pattes testacées et à aïles hyalines, avec deux bandes et des taches noires; P. amurensis, Mac Lachl., des rives dé F'Amour en Sibérie; P. fasciata, Fabr., espèce fréquente aux États-Unis, ressemblant à notre P. communis, à tête et corps roux ou rougeâtres, à ailes d’un jaunâtre hyalin, avec le bout brun, une bande brune fourchue postérieurement et diverses taches ; le P. lugubris, Swederus, ou Scorpio, Fabr., espèce de taille un peu moindre que le P. communis, très-reconnaissable par la tête, le thorax et les pattes noirs, l’abdomen rougeûtre avec le bout noir, et surtout par les ailes d’un noir un peu roussätre, avec trois taches oblongues blanches ; de l'Amérique septentrionale.

BITRACUS, Latr. — Tète petite; antennes le plus souvent très-grêles et trèslongues cuez les mâles; trois ocelles en triangle. Mandibules linéaires, cornées, bidentées au sommet ; mächoires allongées, bilobées, cornées, soudées au menton, à palpes de cinq srticles; lèvre inférieure à sommet aigu, à palpes allongés, biarticulés. Quatre ailes égales, en toit sur le corps au repos, subspatulées, étroites à la base, avec peu de nervures, un peu réticulées vers l'extrémité. Pattes très-longues et très-grèles, les postérieures plus fortes, toutes épineuses, les éperons terminaux des jambes longs et fins, avec tarses à longs articles, très-flexibles les uns sous les autres, échancrés à cet effet à leur extrémité, principalement le pénultième, sous lequel s'applique le dernier article, surtout aux pattes antérieures, le dernier article se confondant à sa pointe avec un ongle allongé,

BITTACUS. h07

unique, simple. Abdomen long, cylindrique ou comprimé, élargi postérieure-

ment, à pièces génitales peu apparentes au repos.

Les Bittaques frappent tout de suite les yeux de l'observateur par leur aspect, qui rappelle celui des grandes Tipules (Diptères némocères). Ce sont d'avides carnassiers de proie vivante. Leurs larves, encore peu connues, paraissent vivre sur la terre. Les espèces de ce genre sont surtout des régions chaudes, du Cap, du Sénégal, du Mexique, du Brésil, du Chili, de l'Australie, etc. Une espèce très-curieuse est celle de Californie, décrite par M. Mac Lachlan (Entomologist®s monthly Magazine, t. VIII, October 1871, p. 100), et tout à fait privée d'ailes, le B. apterus, M. Lachl., qui peut-être devra former un genre nouveau. Le corps du mâle est long de 21 millim., celui de la femelle de 22. La couleur est verdâtre à l’état vivant, d’un roux gris sur sujets dans l'alcool. Les antennes sont médiocres en longueur, moins que la moitié du corps ; le rosire offre de chaque côté une ligne noire. Les pattes sont plus pâles, très-longues, avec poils noirs aux diverses parties, les longs tarses antérieurs en grappins très-fléchis ; la femelle a l'abdomen régulièrement renflé jusqu’à l’avant-dernier segment. Deux lignes noires, subobsolètes, règnent de chaque côté de l'abdomen. Les appendices génitaux du mâle sont grands, foliacés, tronqués, dirigés en haut, avec un pénis recourbé en dessous des appendices ; l'abdomen de la femelle se termine par deux courts prolongements spiniformes. De nombreux sujets de cette espèce étrange ont été capturés à Brooklyn, en avril 1871, dans une prairie, un certain nombre en accouplement, dans un petit espace sous un Chêne, rempli de chardons et de moutarde sauvage. On n’en trouva pas d'autres ailleurs sur les mêmes plantes. Ils étaient trèsactifs aux moments du lever et du coucher du soleil. Ils se trainaient sur les tiges des plantes en question, se nourrissant de Mouches et d'autres petits insectes. Si l’on secouait ces plantes, ils tombaient aussitôt à terre et se cachaient dans le gazon. Leur couleur à l'état vivant était d'un vert analogue à celui des végétaux qui les portaient, tellement qu'on les en distinguait à peine, excepté quand ils remuaient; en général leurs mouvements étaient lents et comme maladroits. Les sujets conservés dans l'alcool n'ont plus la couleur verte. M. Hagen fait remarquer que la même personne qui a découvert ces Bittaques à pris au même endroit, et probablement en leur compagnie, des mâles de Tipules d’une espèce semi-aptère. Il y aurait là une ressemblance qui doit être un moyen de protection vitale, en aidant les Bittaques aptères dans la recherche de leur proie.

En Europe, il n'existe qu'une espèce de Bittaque, le B. italicus, Mueller, ou tipuloides, Schrank, ou tipularius, Fabr. (son Panorpa tipularia), pl. zxvt, fig. 2, femelle, long. corps 14 millim., long. aile antér. 16 à 18 millim., à antennes très-déliées et plus longues que le corps chez le mâle, plus courtes chez la femelle, l'abdomen de celle-ci oblong,

108 NÉVROPTÈRES.

celui du mâle renflé au bout. Tout l'insecte est d’un brun jaune rougeñtre, à ailes roussâtres, la subcostale n’allant qu'à la moitié de l'aile, le pterostigma à peine visible, large, ovalaire, les pattes ayant l'extrémité des jambes noirâtre. Il se trouve surtout dans les régions méridionales de l'Europe, très-rare en France d’après Latreille, trouvé une fois près de Paris par l’entomologiste Duponchel, rencontré aussi près de Genève, mais très-rare (Pictet).

M. Fr. Brauer a représenté (1) cette espèce accrochée à une fourche de branches par les tarses des paires 2 et 3, tandis qu'elle enlace une Mouche avec les tarses très-flexibles de la première paire et la perce de son rostre. La mise en accouplement est curieuse : les sujets des deux sexes s’accrochent à la même branche par les longs tarses de la première paire, et se placent en regard, les deux rostres vis-à-vis l'un de l’autre, les pattes intermédiaires et postérieures plus ou moins entrelacées par leurs tarses, et ils recourbent leurs abdomens, de sorte que les deux corps font la boucle en se conjoignant par les bouts.

L'anatomie interne du Bittaque tipulaire a montré un cerveau à deux gros lobes optiques réunis par un large cylindre transverse; trois ganglions thoraciques sphéroïdes, le métathoracique le plus gros; un système digestif analogue à celui des Panorpes, avec six canaux de Malpighi; deux testicules fusiformes, chacun de quatre capsules spermifiques, avec un long canal déférent enroulé en spirale ; chaque ovaire formé de dix tubes ovigères pluriloculaires, insérés d’un seul côté d’un calice commun très-allongé.

Parmi les espèces exotiques les plus anciennement connues, il faut citer B. capensis, Thunb., du cap de Bonne-Espérance, et B. Blancheti, Pictet (Mém. Soc. phys. et hist. nat. de Genève, t. VII, 1836, p. 403, espéce plus grande et plus colorée, avec teintes analogues, que notre Bittaque européen, et du Brésil (province de Bahia).

Les observations de M. Fr. Brauer ont porté sur le Bittacus italicus, Mueller, ou tfipularius, Fabr., commun certaines années aux environs de Vienne. Plus que les Panorpes, le Bittaque est, pour les petites Mouches, un redoutable carnassier, et son aspect, analogue à celui dune inoffensive Tipule, lui est très-avantageux pour ce genre de vie. Il se suspend à une plante par les pattes de devant, et étend les quatre autres à la façon des Araignées. Un petit insecte s'approche-t-il, il sait habilement le saisir, et les articulations de ses tarses s’enroulent autour de son corps comme un lacet, tandis que la griffe qui termine le dernier article s'enfonce dans la proie comme un ergot. Si la victime est un peu grosse pour le carnassier, ainsi une Mouche à viande (Musca

(1) Beiträge zur Kenntniss der inneren Baues und der Verhandlung. der Neuropteren (Verhandl. des zool.-botan. Vereins in Wien, 1855, p. 707). — Ce mémoire, dont les figures sont malheureusement médiocres, renferme les anatomies de divers Névroptères propres,

BITTACUS. 109

vomitoria), celui-ci se laisse entrainer par elle plutôt que de la lâcher. Quand la Mouche, à force d’être trainée çà et là, est assez fatiguée et blessée par les ongles, le Bittaque porte à sa bouche d'abord les pattes postérieures et la dévore peu à peu. Pendant que la femelle mange, un mâle s’y adjoint bientôt, et il s'ensuit la copulation, durant laquelle Les deux sexes sont accolés sur une ligne droite, les abdomens opposés. L'accouplement se prolonge souvent des heures entières, mais souvent aussi il s’accomplit en peu d’instants. Le mâle ne meurt pas sur-lechamp, mais cherche fréquemment une seconde compagne.

Au bout de peu de jours, la femelle laisse tomber, un à un, par terre, de petits œufs bruns en forme de barillet, et ne meurt qu'au bout de quelques semaines. Peut-être existe-t-il quelque autre mode de ponte, ce que M. Brauer ne peut affirmer, n'étant parvenu qu'une seule fois à obtenir des larves, en douze années d'observations de l'insecte, et encore fortuitement. Des Bittaques adultes avaient été renfermés en été dans un bocal de verre rempli de terre, sur laquelle ils laissèrent tomber beaucoup d'œufs qui se ridèrent, paraissant tous inféconds. La terre meuble du verre servit au printemps suivant à élever d'autres insectes, et l'on y trouva six larves présentant les caractères extérieurs des larves de Panorpiens. Comme elles périrent toutes en vingt jours, avant la première mue, M. Brauer n’a pu décrire que leur premier âge.

Ces jeunes larves de Bittaques, plus grosses et plus ramassées que l’état correspondant des larves de Panorpes, ont la tête brune, avec les mâchoires, la lèvre inférieure, les articles terminaux des antennes d’un gris jaune pâle ; le dessus du corps est d'un gris rougeûtre, le dessous d'un blanc jaunâtre. Les soies sont jaunes, mais les cinq soies articulées destrois derniers segments sont noires, et la fourchette d'arrêt terminale transparente comme de l’eau. La tête, plus large que dans la première larve des Panorpes, porte des yeux simples groupés formant une tache noire plus petite et descendant moins bas, et, au devant d'eux, de grosses et courtes antennes de quatre articles, le dernier petit et en pointe conique. Le labre et son appendice sont bruns; les mandibules semblables à celles de la larve du Borée, bifides au bout, dentées au bord interne; les mâchoires, à deux pointes, offrent des palpes courts, courbés en arc, de quatre articles. Les palpes labiaux, de trois articles, sont courts et gros, contigus à la base, avec des pointes divergentes.

Les anneaux du thorax sont aussi gros que les premiers de l'abdomen, et tous sont munis d'excroissances particulières; le troisième anneau thoracique et les sept anneaux suivants de l'abdomen sont pareils, tandis que les anneaux 1 et 2 du thorax, 8, 9, 10 de l’abdomen, sont autrement conformés. Sur la ligne dorsale du dernier anneau du (thorax, jusqu'au septième anneau de l’abdomen, $’élèvent deux rangées de prolongements, dont chacun est composé de deux parties. Sur deux cûnes charnus superposés s’implantent, à la base intermédiaire et à la pointe,

410 NÉVROPTÈRES.

deux longues soies mousses et aplaties, disposition qui rappelle un peu les verrues des chenilles de Vanessa (Lépidopt. rhopal.) et des fausses chenilles de Selandrya (Tenthrédiniens, Hymén.). Aux premier et second anneaux du thorax la partie basilaire paraît avortée, et l’on ne voit que deux prolongements coniques avec une soie. Aux anneaux 8 et 9 de l'abdomen les prolongements, bien développés, se terminent par une longue soie noire articulée, comme chez les larves de Panorpes, et au dixième ou dernier anneau abdominal ne se trouve qu'un prolongement conique, avec une soie articulée supérieurement au milieu.

Dans la ligne latérale on aperçoit, du second anneau du thorax au huitième de l'abdomen, sur chaque segment, un prolongement trifide avec trois soies terminales, au-dessous duquel est un stigmate.

Les six pattes du thorax sont plus longues que chez les larves de Panorpes, les hanches grosses et coniques, les cuisses courtes et cylindriques, les jambes et les tarses paraissant difformes, car ils sont extensibles dans le sens de la longueur, comme chez la larve du Borée; les pattes abdominales sont coniques et garnies de soies à leur base, et du dernier anneau peut s’allonger une fourchette d'arrêt quadrifide.

Dans leur manière de vivre ces larves diffèrent d’une façon surprenante de leurs voisines, celles des Panorpes et des Borées, parce qu'elles ne creusent pas la terre et n’y pénètrent pas, mais restent toujours à la surface, et se cachent tout au plus sous une feuille sèche ou sous une motte détachée.

Elles rampent, comme celles des Panorpes, en avant et en arrière, et souvent se dressent complétement sur la fourchette seule. Leur couleur les rend très-difficiles à voir, et il faut les chercher longtemps, même sur un petit espace. M. Brauer les nourrissait avec du cœur de bœuf cru ; mais, après avoir un peu grossi, elles périrent toutes.

On observe que le Bittaque adulte vole de juillet à septembre, et pond ses œufs à cette époque, œufs d'où les larves ne sortent qu’au printemps suivant, et elles croissent assez vite, puisque l'adulte apparait de nouveau en juillet.

BOREUS, Latr. —- Antennes filiformes, longues et assez épaisses, surtout chez le màle; pas d’ocelles. Mandibules subcornées, comprimées, linéaires, denticulées en dedans; mâchoires ovales au sommet, finement denticulées sur le bord, à palpes de cinq articles cylindriques et subégaux, plus longs qu’elles; menton soudé en tube aux mâchoires, sinué antérieurement, à languette obconique et arrondie, entière, avec palpes très-courts, biarticulés. Rudiments des ailes du mâle en forme d’alêne, recourbés en dessus, ceux de la femelle très-courts, collés au corps, paraissant manquer. Pattes très-longues, surtout les postérieures; tarses très-longs, à articles de longueur décroissante, terminés par deux ongles simples. Pièces génitles du mâle profondément cachées;

BOREUS. 11

un oviscapte saillant et recourbé, analogue à celui des Gryllus, chez la femelle. Corps en partie métallique.

Les Borées sont les Panorpiens des régions froides, en latitude ou en altitude, les Panorpes étant surtout propres aux pays tempérés, avec quelques espèces remontant vers le Nord, et les Bittaques spéciaux aux pays chauds, un petit nombre des climats tempérés. Les pattes postérieures des Borées sont propres à un saut de médiocre étendue.

L'espèce la plus anciennement connue est le B. hiemalis, Linn. (pl. Exvr,

ge. 4, femelle grossie à sa grandeur naturelle ; 4 bis, mâle de grandeur naturelle ; 4 a, lèvre inférieure et mâchoires avec leurs palpes; 4 b, mandibule ; 4c, extrémité de la mandibule très-grossie ; 4 d, extrémité membraneuse de la mâchoire ; 4 e, labre; 4 f, base d'une antenne; h g, extrémité de l'abdomen de la femelle avec oviscapte). Le singulier insecte qui est le type du genre est long de 5 millim., et la femelle de 6 1/4 avec l’oviscapte. La tête, enfoncée dans le corselet, est ovalaire vue de face, terminée par un rostre jaunâtre et noir au bout, avec des yeux ovales, légèrement échancrés vis-à-vis de l'insertion des antennes. Cellesci, rousses d’abord, noires au tiers externe, placées entre les yeux dans deux larges fossettes, sont formées d’une vingtaine d'articles cylindriques, le premier court, le second beaucoup plus long et plus épais que les suivants, ceux de l'extrémité augmentant peu à peu de longueur et de grosseur à mesure qu'ils approchent du dernier qui est fusiforme. Le prothorax est carré, transversal, recouvrant un peu la tête ; le mésothorax et le métathorax donnent naissance chez le mâle à deux ailes d'un jaune brunâtre, sans nervures, impropres au vol, réduites à la côte, accolées et courbées ensemble, de manière à simuler un long ergot concave vers le corps, fortement ciliées sur les côtés, terminées . par une soie ; chez la femelle, par une persistance de forme nymphale, on aperçoit seulement deux petits prolongements des téguments. Les pattes, d’un jaune un peu rougeâtre, sont longues, surtout celles des paires 2 et 3, pareilles entre elles, à très-longues hanches renflées avec un court trochanter, les cuisses et les jambes cylindriques et subégales, les tarses beaucoup plus longs que les jambes, de cinq articles, le premier plus long que les deux suivants, les autres diminuant de longueur jusqu'au dernier, qui est tronqué obliquement pour recevoir les crochets, ceux-ci implantés à peu près perpendiculairement sur une base commune et sans pelote entre eux. L'abdomen, de neuf segments, un peu déprimé et renflé au bout, très-renflé chez le male, se termine chez ce dernier par deux forts crochets de copulation, rentrés dans le repos, tandis que l’oviscapte terminal et d'un jaune roussâtre de la femelle est très-saillant, et composé de trois pièces cylindriques, la seconde à elle seule plus longue que les deux autres, la dernière ou le bout ovoïde, Le corps, à l’état vivant, est d'un bronze verdûtre; les sujets desséchés sont souvent bruns ou jaunâtres. On

consulteràä pour la description et les figures : E. Guérin et Percheron, Genera des Insectes, 4° livr., Paris, 1835, n° 6, NévrorrÈères, pl. 1, mâle et détails; F. A. Kolenati, Sur la Puce des glaciers (der Gletschergast) (Bull. Acad. impér. des sciences de Saint-Pélersbourg, 1846, t. V, p. 48, figures du mâle et de la femelle), en remarquant que c'est tout à fait à tort que Kolenati donne en synonymie le Desoria saltans, Agassiz, Nicolet, Bourlet, cet insecte appartenant à la famille des Podurides (ordre des Thysanoures).

Le B. hiemalis, Linn. se rencontre en Suède, en Allemagne, notamment dans la Prusse orientale, dans les Alpes, sautillant sur la mousse et même sur les plaques de neige.

M. Brauer à figuré, d'une manière très-incomplète, le système digestif du B. hiemalis, composé d'un grand estomac allongé, précédé d'un petit gésier analogue à celui des Panorpes. Les ovaires de la femelle paraissent formés de deux faisceaux de gaines tubuleuses pluriloculaires (op. cit., Verhandl zool.-botan. Vereins in Wien, 1855, p. 710).

Cet insecte se montre en Allemagne en automne à l'état adulte, et on le trouve en octobre, puis pendant tout l'hiver et jusqu'en mars et avril. M. Brauer ne pense pas que la génération d'octobre en produise une autre pour le printemps, car on voit de grandes larves en janvier, mais qui ne deviennent pas nymphes et passent probablement tout, l'été en cet état; c’est uniquement dès septembre qu'on observe des nymphes. Il résulte que les images du printemps ne sont que des sujets d'hibernation provenant de la génération d'automne, et que l’évolution du Borée dure un an, avec l'adulte de la fin de l'automne au début du printemps, et la larve en hiver, au printemps et à l’été. En effet, il sort déjà des larves des œufs pondus en octobre, et elles arrivent presque à toute leur taille en janvier, la nymphe ne se montrant qu’en septembre ou au début d'octobre.

C’est en mars que M. Brauer recueillit les premiers adultes et les mit captifs dans un bocal de verre, avec de la mousse et de la terre. Il les avait pris en train de s’accoupler sur des plaques de neige à demi fondue. Il ne tarda pas à observer le coït en captivité : un mâle s’élançait sur une femelle, bondissait tout à coup en se tournant, de sorte que ses crochets copulateurs se trouvassent sous les plaques ventrales de la femelle. Celle-ci fut alors relevée, et était couchée d’abord latéralement sur le dos du mâle, jusqu'à ce que les crochets de ce dernier atteignissent la vulve, et que l’intromission du pénis pût avoir lieu. Alors le mâle, comme chez la Puce, porte la femelle longitudinalement sur son dos, le pénis engagé alors à la base de son oviscapte, celle-ci resserrant les antennes et les pattes contre son corps et paraissant inanimée. Le mâle court çà et là avec son fardeau et n’est épuisé qu’à la fin de l'acte ; c’est alors souvent la femelle qui l’entraine couché sur le dos. Le coït dure fréquemment des journées entières. Le mâle meurt bientôt après, et au bout de peu de jours la femelle commence à pondre

BORLUS. h13

ses œufs; à cet effet elle se place debout, comme les femelles de Locustiens, et enfonce son oviscapte en terre, en tournant lentement en cercle et laissant reposerson corps sur le sol.

La nourriture des adultes semble être la mousse ; du moins ils cherchent ce qu'ils mangent entre les brins de mousse, peut-être des Podures ou d'autres animalcules. Presque tous les individus périrent au commencement d'avril, et les jeunes larves parurent à la fin d'avril et au début de mai. Le 11 mai, M. Brauer trouva une larve d’un millimètre, différant un peu des larves à toute leur croissance, plus grêle, portant à la partie inférieure des anneaux de l'abdomen des rudiments de pattes ventrales, et du côté supérieur des mêmes anneaux des verrues un peu allongées et munies de soies.

La larve à sa taille se trouve aussi bien en août qu'en janvier, sous des Hépatiques, dans la terre et aussi sur des pierres. C'est la seule larve de Panorpien qu'on ait encore capturée normalement à l’état libre. Si l’on retourne, à une des époques indiquées, des Hépatiques avec un couteau, soit sur le sol, soit sur des pierres, on aperçoit bientôt, se contournant vivement en spirale, une larve blanche, à tête jaune, cornée, à grandes taches oculaires noires, et que ses pattes distinguent tout de suite d’une larve de Charanson, à laquelle elle ressemble. La tête est plus large en arrière qu’en avant, avec les yeux amoncelés de chaque côté en tache noire très-visible, et, en avant, des antennes courtes en alène, l’article basilaire gros, cylindrique, inséré dans une cavité, le second fusiforme, mince, double en longueur, et portant une soie de même longueur. Le labre, très-élargi en arrière, porte une partie antérieure longue, calleuse, rétractile, sur laquelle est implanté un' petit appendice échancré. Les mandibules sont fortes, bifides au bout, bidentées intérieurement. Les mâchoires sont membraneuses, à bord arrondi et munies extérieurement de palpes de quatre articles. La lèvre inférieure diffère chez la larve à sa taille de celle des autres larves de Panorpiens, en ce que ses palpes sont largement séparés et ont entre eux deux une petite pointe qui paraît être une filière : on trouve en effet souvent les parois de la cavité de terre qui entoure la nymphe recouverte d'une toile blanchàtre.

La tête est moins libre sur le thorax que chez les autres larves de Panorpiens. Les anneaux thoraciques forment la portion la plus grosse de la larve, presque continus, à séparalions peu visibles. En dessous sont six pattes divergentes, grosses, coniques, pareilles à des étuis lorsqu'elles sont repliées; leurs trois articulations se déplient comme les tuyaux d’une lunette. Le prothorax est corné en dessus, et, de côté et en dessous, s’allonge une bordure cornée, qui se rattache au menton. Les trois arceaux dorsaux du thorax ont, en avant et de chaque côté, une petite verrue avec des soies.

L'abdomen est cylindrique, bien plus mince que le thorax, et porte en dessus et sur les côtés des verrues sétigères. Il n’y a pas de pattes

ht4 NÉVROPTÈRES,.

ventrales, et l'on n'observe pas non plus, à cette dernière phase du développement, de fourchette anale d'arrêt; le dernier anneau est arrondi en arrière.

La larve gît, la plupart du temps, courbée en arc, le côté dorsal convexe, le côté ventral concave; elle mord continuellement autour d’elle, et se creuse des galeries; les parcelles de mousse qu'elle a mangées se peignent en vert à travers son corps blanc et translucide. La nymphose, avons-nous dit, n'arrive qu'en septembre, quoique bien des larves soient déjà entièrement développées en février. La nymphe est quelquefois tout à fait dans la terre meuble, mais le plus souvent se tient dans une petite galerie cylindrique, fermée en haut par un couvercle de terre et tapissée à l'intérieur d’un tissu très-fin, la plupart du temps sous la mousse et au milieu des mousses. Elle se déplace très-vivement par les mouvements de son abdomen, mais ne peut remuer les pattes que peu de temps avant de donner l’adulte. Elle ressemble à celui-ci, avec des pièces buccales plus courtes et plus grosses. Sa couleur, d'abord jaune, devient plus tard d’un jaune verdâtre. Le vertex, les joues, les yeux et le pronotum sont noirs ; les antennes et les pattes s'appliquent le long des côtés du corps. Les fourreaux des futures ailes rudimentaires du mâle s'appliquent également aux côtés du thorax, sont renflés à la base, étroits pour le reste, un peu recourbés à la pointe, etlégèrement échancrés en scie au bord postérieur.

L'oviscapte de la femelle, de même que les pinces libres du mâle, sont déjà sensiblement développés. La nymphe se dépouille de sa peau superficielle pour donner l'adulte, et celui-ci, pendant plusieurs jours, n’a pas encore son aspect ordinaire, car il n'a aucun éclat métallique, et ses pattes et son rostre sont d’un jaune très-pâle.

M. Brauer rapporte qu'on trouve le Borée hiémal dans les environs de Vienne, surtout dans les bois ordinaires, et jamais dans les bois de Pins, dont le sol est sans doute trop sec, tandis qu'il est fréquent dans les bois de Sapins du mont Schneeberg, à une altitude de 1400 mètres environ ; on y rencontre très-souvent sa larve dans les Sapins renversés, en décomposition et couverts d’une mousse épaisse. La taille de l'insecte est de 3 millim. de long sur un de large, dimensions moindres que celles que donne Kolenati. M. Brauer regarde cette espèce comme formant un passage des Panorpa et Bittacus ailés au genre Merope, Newman (tribu des Raphidiens), de l'Amérique du Nord, à larges ailes, mais privé d'ocelles, comme le genre Boreus,

Une seconde espèce, très-voisine, mais distincte, est le B, Weshwoodi, Hagen, décrite dans le Synopsis of the genus Boreus de cet auteur (Entomol. monthly Magaz., t. IT, page 132, novembre 1866), et confirmée par M. Mac Lachlan (Trans. Entom. Soc. of London, 1869, December), se trou vant en Allemagne, en Finlande, en Angleterre, probablement l'espèce de Curtis et de Stephens, La couleur est moins vive, les appendices plus jaunes. La différence réside surtout dans la forme de la plaque

HÉMÉROBIENS. 445

ventrale qui termine chez le mâle le dernier segment de l'abdomen; elle est triangulaire à côtés courbes, avec le bout elliptique, chez B. hiemalis, tandis que ses côtés ne sont pas arrondis et que son extrémité est tronquée dans le B. Westiwoodi.

Au point de vue philosophique, il n'est pas sans intérêt de remarquer que la longue tarière saillante des femelles, analogue à celle des Grillons, établit une ressemblance avec les Orthoptères propres : aussi l'espèce type était nommée par Panzer Gryllus proboscidens; et Mac Leay, dans son Essai de classification circulaire des Insectes mandibulata, place les Raphioptera (Boreus), avec doute toutefois, à la tangence des cercles des Orthoptera et des Neuroptera (Horæ entomologicæ, or Essays on the annulose Animals, p. 439, London, 1819).

TRIBU DES HÉMÉROBIENS.

La tribu des Hémérobiens, qui correspond en grande partie aux Megaloptera de Burmeister, se subdivise en familles importantes que nous disposerons dans l'ordre suivant : Myrméléontides, avec deux subdivisions qui s'appuient sur les genres types Myrmeleon, Linn., et Ascalaphus, Fabr.; Némoptérides, Hémérobides, répondant en grande partie à l’ancien genre Hemerobius, Linn.; Conioptérygides; et enfin Mantispides ; de sorte que le genre Mantispa, Ilig., se trouvera naturellement suivi, dans la tribu qui viendra après, du genre Raphidia, Linn., qui lui a été souvent joint, d'après l'aspect extérieur et avant la connaissance des larves, qui a déterminé la véritable place des Mantispes comme des Coniopteryx, Haliday. Les premiers états justifient pour ces familles une réunion qui est souvent masquée par la divergence des formes adultes.

Nous ne pouvons établir qu'un petit nombre de caractères généraux, à compléter par les détails spéciaux à chaque famille : Tête perpendiculaire au corps; antennes de formes variées, en soie. en fil, en grains,en peigne, en massue, à bouton terminal; rarement trois ocelles au vertex; yeux hémisphériques ou oblongs et divisés; pièces buccales libres, plus ou moins prolongées, mais non soudées en tube. Quatre ailes, le plus souvent tectiformes au repos, le plus souvent semblables en configuration, avec beaucoup de nervures transversales, surtout dans la bande costale, les antérieures d'ordinaire plus larges que les postérieures , raremeñt au contraire les ailes ayant très-peu de nervures transversales et couvertes d’une pulvérulence blanche (Conioptérygides). Tarses de cinq articles, aucun n'étant presque jamais élargi et cordiforme ou bilobé; les pattes le plus souvent homonomes, parfois hétéronomes (Mantispides), les antérieures devenant ravisseuses, à la façon des

16 NÉVROPTÈRES.

Mantiens. Larves surtout terrestres, parfois aquatiques (Sisyra), carnassières, ayant une pince de succion formée par les mandibules et les mächoires soudées en crochet creux et acéré. Ces larves sont done suceuses, ce qui forme une exception apparente, mais non réelle, à la classification générale des Insectes en larves maxillées et haustelées (t. 1, Introd., p. 227). Il faut remarquer, en effet, que les mandibules sont ici l'organe principal de la succion. Elles sont détournées de leur usage ordinaire, qui est de couper et de déchirer la proie; tandis que l'organe de succion est essentiellement formé par d’autres pièces de la bouche dans les larves haustelées des Hémiptères, des Diptères et des ordres satellites correspondants.

Nous engageons à consulter pour cette tribu un travail d'une grande érudition entomologique, par M. H. Hagen, intitulé : Hemerobidarum Synopsis synonymica (Entomol. Zeitung zu Stettin, 1866, p. 369).

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