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I. — MYRMÉLÉONTIDES

Tête grosse, avec les yeux arrondis ou oblongs, et alors divisés par un sillon en segments d'étendue relative variable ; antennes de longueur très-variable, tantôt claviformes avec massue s’accroissant graduellement vers le bout, tantôt en soie et avec un bouton terminal. Prothorax variable; ailes grandes, allongées, hyalines, avec ou sans taches, parfois colorées, surtout par places, offrant cinq nervures longitudinales principales plus ou moins ramifiées, et un réseau serré dû à de nombreuses nervures transverses; l’espace costal compris jusqu'au pterostigma, entre la costale et la postcostale ou humérale, est traversé par un assez grand nombre de nervules presque toujours simples. Le pterostigma est peu distinct, mal circonscrit ou pas du tout. La seconde nervure longitudinale se réunit après le pterostigma à la nervure suivante ou troisième, qui jusqu'alors en était très-voisine et subparallèle. Les pattes sont fortes et assez courtes; le cinquième article du tarse presque toujours le plus long et plus long que le premier, portant deux onglets ayant à leur base une saillie munie de deux soies et parfois en outre d’épines; les jambes sont armées à leur extrémité de deux éperons mobiles ou calcars, souvent courbés, variables pour la longueur. L'abdomen est plus ou moins long, les anneaux du dos et du ventre souvent séparés, surtout vers le milieu, par une partie membraneuse très-large. L’extrémité porte en général, chez les mâles, un forceps saillant, à branches courbes, plus ou moins poilues, destiné à maintenir la femelle lors de l’accouplement, et parfois se termine chez la femelle par deux valves apparentes.

Les larves sont ovoïdes et déprimées, à tête sur un cou bien mobile,

MYRMÉLÉONTIDES. — FOURMILIONS. h17

subquadrilatère, munie d'antennes assez longues, sétiformes, multiarticulées, d'une saillie de chaque côté, contre l'antenne, portant des stemmates, six le plus souvent, comme sur la tête des chenilles, mais plus serrés, et en avant de deux énormes mandibules creuses, dentées surtout en dedans, parfois en outre épineuses en dehors, constituant une pince destinée à saisir les insectes et à sucer leurs parties fluides. Le prothorax est rétréci, les deux autres anneaux thoraciques pareils à ceux de l'abdomen; ceux-ci les plus larges au milieu, puis régulièrement décroissants ; tous portant des tubercules, des touffes de poils, des rangées d’épines ; le neuvième ou dernier, pelit et étroit, ayant un anus très-étroit visible à une forte loupe, et une filière pour le cocon. Les énormes mandibules, dont la tête est armée, rendraient, en effet, fort difficile l'usage d'une filière buccale, comme celle des chenilles. Les patles sont composées d’une hanche longue et qu'on prendrait pour une cuisse, si elle ne portait un trochanter: d'une cuisse, d’une jambe et d’un long tarse d’un seul article, dont l'articulation ne se distingue pas aux pattes postérieures (Rambur). Ces larves chassent le plus souvent à découvert, quelquefois dans des entonnoirs de sable.

Cette famille se distingue en deux groupes ayant pour centres respectifs les genres Hyrmeleon et Ascalaphus.

Groupe des FOURMILIONS.

Les antennes des insectes de ce groupe sont en général beaucoup plus courtes que le corps, minces à la base, puis s'épaississant peu à ‘ peu en massue terminale médiocre, celle-ci souvent amincie au bout. Les yeux, globuleux, sont entiers; le corps long et grèle; l'aile antérieure souvent pourvue à son bord postérieur d’un iris semi-circulaire noir, quelquefois avec un point ocelliforme (Glenurus, Hagen); les ailes le plus souvent hyalines, avec des marques noires ou brunes, parfois colorées (Glenurus, Stilbopteryx, Newman). On entend dans ces ailes, par espace apical, l'extrémité du bout de l'aile, limité en avant par le bord antérieur, en arrière par une nervure qui va obliquement en bas et extérieurement, et qui, après la réunion de la souscostale et de la médiane ou radius, forme la continuation de ces nervures. Dansles Fourmilions propres, cet espace est traversé par de nombreux secteurs parallèles au bord antérieur, entre lesquels des nervures transversales multiples et perpendiculaires forment un réseau de cellules régulières oblongues : c'est cette réticulation qui a fait placer dans ce groupe le genre Stilbopteryx.

Les Fourmilions sont répandus dans tous les pays de la terre, des régions chaudes surtout et tempérées, et ne comptent pas moins de trois cents espèces, car M. Hagen, en 1866, en énumère 287 réparties en seize genres, dont la plupart n’ont qu'une valeur de sous-genres. Il

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avoue au reste que les monographes ont encore bien à trier et à rectifier dans cette foule d'espèces, dont beaucoup sont très-voisines ou mal connues. Il a cependant essayé de les séparer en genres plutôt que de jeter une quantité énorme d'espèces dans un grand sac appelé Myrmeleon.

Nous possédons sur ce groupe quelques indications d'anatomie interne dues à L. Dufour (Observations, etc., dans Mém. des savants étrang., 1541), et à M. Fr. Brauer (Beiirüge zur Kenntniss der inneren Baues und der Verhandlungen der Neuropteren, in Verhandl, der zool.-botan. Vereins in Wien, 1855, p. 701 et suiv.).

La larve du type des Fourmilions offre en avant de la tête non une bouche ouverte, mais deux grandes pinces creuses qui réunissent leurs canaux à l'entrée du tube alimentaire. Ces organes, dus à la soudure de la mandibule et de la maxille, sont à la fois des pièces de préhension par la courbure de leurs pointes, qui agissent comme des tenailles, des instruments vulnérants par les fortes dents qui garnissent leur bord interne, et de véritables suçoirs par leur état tubuleux et l’ostiole pratiquée près de leur extrémité et découverte par Réaumur.

Les dissections de L. Dufour pour le groupe des Fourmilions ont porté sur les espèces Myrmeleon Formicarius, Vallisn., et formicalynæx, Fabr., et Palpares libelluloides, Linn., et celles de M. Brauer sur le J. tetragrammicus, Pallas. Les aliments liquides sucés par les deux crochets buccaux de la larve insectivore (mandibule et mâchoire soudées) se rendent dans un canal digestif qui, déplié, atteint près de trois fois la longueur du corps. L'œsophage, d'une ténuité capillaire, se dilate dansle métathorax en un jabot ovoiïde ou globuleux, mais central, avec fibres musculaires longitudinales, rempli d’une bouillie noirâtre. Vient ensuite, s paré par un col étroit, l'estomac oblong, très-ample dans les sujets abondamment nourris, souvent étranglé en forme de calebasse vers son tiers postérieur, couvert de gros points saillants granuliformes. II se termine par un col très-grêle, et qui doit faire l'office de valvule ; il appartient bien à l'estomac et non à l'intestin, car il offre en arrière la première insertion des vaisseaux de Malpighi au nombre de huit (L. Dufour; M. Brauer n’en figure que six), blanchâtres, capillaires, ayant une seconde insertion en verticille vers le tiers postérieur de l'intestin grêle, non indiquée par M. Brauer. Celui-ci est très-ténu, flexueux et replié, difficile à voir, terminé par un bouton lenticulaire charnu, qui doit renfermer une valvule ne permettant que la sortie des excréments, et qui aboutit au rectum, ovale et aminci en arrière, pour arriver à l'anus. Celui-ci, nié par les anciens auteurs, s'aperçoit bien au dehors ; quand on presse doucement entre les doigts l’abdomen de la larve, on peut en voir sortir une gouttelette excrémentitielle, ou même le rectum extroversé. Il faut remarquer que l'ampleur du jabot et de l'estomac, qui permet de conserver longtemps des matières réduites par la succion à leurs parties fluides et assimilables, et d’autre part la masse énorme de graisse blanche, ressemblant à des raclures de cire blanche,

FOURMILIONS. h19

qui remplit le vaste abdomen des larves, nous expliquent la faculté qu'ont ces larves de passer tout l'hiver sans nourriture, subissant ainsi un jeûne de six mois, sans parler des intermittences de la nutrition, qui ont nécessairement lieu dans l'existence d'insectes carnassiers trèspeu mobiles, attendant leurs aliments des hasards de l’embuscade.

Les Fourmilions adultes ont, à l'entrée de l’appareil digestif, deux glandes salivaires très-petites, consistant, de chaque côté, en un vaisseau capillaire replié, dont la longueur rectifiée ne dépasse pas le mésothorax. Le tube digestif, très-réduit en longueur comparativement à celui de la larve, se rend, presque en ligne droite, de la bouche à l'anus. L'œsophage capillaire se continue presque immédiatement en un long jabot, se renflant peu à peu et dont la paroi est mince et très-extensible, prolongé jusque vers le tiers postérieur de l'abdomen, muni avant sa terminaison, chez les vrais Fourmilions à entonnoir, d’une panse latérale oblongue, droite ou courbe, de même texture que le jabot. C’est un caractère assez fréquent des ordres suceurs.

Dans le Palpares libelluloides, la panse latérale est remplacée par un cul-de-sac digitiforme, parfois long de 4 à 6 millim., terminant le jabot en arrière ; il en résulte que l'insertion de l'estomac se fait brusquement vers le milieu de la face inférieure du jabot, Au jabot succède un petit gésier ovoïde, d’une teinte ambrée, offrant à l’intérieur une valvule formée par là connivence de huit écailles saillantes, cornées et brunâtres, arrondies au bout antérieur, en pointe lancéolée en arrière. L'estomac, en renflement piriforme dans les Fourmilions, allongé et cylindroïde chez le Palpares, est couvert extérieurement de granulations arrondies et serrées, et à son extrémité postérieure s’insèrent en couronne huit canaux de Malpighi (six, d’après Brauer), longs, capillaires, très-repliés, n'ayant plus la seconde insertion intestinale qu'offrait la larve et qu'on trouve aussi chez des Coléoptères hétéromères. Enfin, le tube alimentaire se termine par un court intestin, formé d'un intestin grêle, cylindroïde ou renflé suivant la réplétion, suivi d'un rectum très-dilatable, ayant dans sa moitié antérieure six boutons charnus etombiliqués, analogues à ceux du rectum des Hyménoptères.

L'examen des organes génitaux par L. Dufour à porté sur les Myrmeleon formicarius et Formicalynæ, etsur le tetragrammicus par M. Brauer. Deux testicules bien séparés, en petit sachet ovoïde-oblong, de couleur jaune, sont placés vers le tiers postérieur des flancs de la cavité abdominule, et chacun contient, à l'instar de plusieurs Hyménoptères, cinq capsules spermifiques en forme de massue oblongue. Il en part un conduit déférent capillaire, communiquant à deux organes qui sont ou des vésicules séminales ou des glandes annexes, constitués de chaque côté par un renflement ovalaire et par un boyau allongé et qui s’abouche avec son cougénère pour former le canal éjaculateur. Les ovaires de la femelle nous présentent chacun dix gaines ovigères allongées, unilatérales, externes, multiloculaires, maintenues en faisceaux par un liga-

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ment suspenseur propre à chaque gaine, et les deux ovaires s’attachant dans l'intérieur du thorax par un ligament suspenseur commun. Les gaines étant unilatérales, le calice de l'ovaire l’est aussi, et règne tout le long du bord interne du faisceau. Les deux calices se conjoignent par leurs bouts inférieurs en un oviducte, et leur réunion offre une forme de fer à cheval.

D'après M. Fr. Brauer, le système nerveux de la larve du M. tetragrammicus présente un cerveau sans lobes optiques, avec des filets pour les antennes et les stemmates, un petit ganglion sous-æsophagien, trois gros ganglions thoraciques très-espacés, 1 et 2 ovoïdes, 3 sphéroïde, sept ganglions abdominaux très-rapprochés; le dernier, ovoïde, est plus gros. Chez l'adulte, le cerveau offre sur les côtés deux gros lobes optiques pédonculés et le ganglion sous-æsophagien plus développé que chez la larve, puis trois ganglions thoraciques beaucoup plus rapprochés comparativement ; quant aux ganglions abdominaux, également sphéroïdes, mais bien plus petits, les quatre premiers sont très-espacés, les trois derniers au contraire peu distants, le dernier bien plus gros et longuement ovale.

GENRES PRINCIPAUX

MYRMELEON, Linn., ou MYRMECOLEON, Burm. — Palpes labiaux plus longs ou à peu près aussi longs que les maxillaires, à dernier article fusiforme, quelquefois en massue, Corps presque glabre ; antennes claviformes, plus courtes ou seulement un peu plus longues que la tête et le thorax réunis. Ailes tachetées ou non, la nervure discoïdale ou infra-médiane (cubitus de Burmeister) partagée dès la racine en trois rameaux, les deux supérieurs à peu près parallèles, le postérieur rectiligne et se dirigeant obliquement vers le bord inférieur de l'aile, parfois un peu courbé avant sa terminaison. Calcars ou éperons terminaux des jambes droits ou faiblement courbés, non crochus; articles 2 et 3 des tarses beaucoup plus courts que le premier; ongles très-longs, peu fléchis. Mâle ayant parfois des appendices anaux. — Larves construisant ou non des entonnoirs.

Leses pèces très-nombreuses, difficiles à séparer, de ce genre sont de tous Les pays. Nous prendrons pour types les espèces les plus répandues en Europe, assez communes près de Paris, mais tendant à diminuer en raison de l'extension des constructions dans les campagnes. Ce sont le M. Formicalynx, Fabr., et le M. formicarius, Vallisn. Sa larve (pl. Lxvn, fig. 2) est rosée, courte, ramassée, avec de nombreux faisceaux de poils courts, la tête large et carrée, les deux premières paires de pattes dirigées en avant, la troisième en arrière. Les ocelles sont posés sur un tubercule arrondi, de chaque côté au nombre de six, sphériques, et d’un noir brillant pendant la vie ; les mandibules tridentées; le dern er anneau obtus, sans appendices.

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Les mœurs des larves de Fourmilions proprement dits, de ces deux espèces et d’autres, ont donné le nom à la famille, et ont excité de bonne heure l'attention des entomologistes. Quand on se promène pendant la belle saison sur des terrains secs et légers, dans les routes encaissées entre des talus et percées dans les bois sablonneux, et surtout près des parois des excavations d'où l’on retire le sable, il n'est pas rare que les yeux soient frappés par des entonnoirs très-réguliers creusés dans le sable, d'ordinaire exposés au levant ou au midi. Ces entonnoirs, à orifice circulaire, sont creusés à l'abri de la pluie, au pied des vieux murs, dans les creux accidentels des talus, au-dessous de quelque souche d'arbre, de sorte qu'une pierre, une paroi en surplomb, l'inclinaison du tronc ou d’une grosse racine arrête l’eau pluviale, qui agglutinerait ensemble les grains sableux de l’entonnoir, et les empêcherait de rouler avec facilité jusqu’au fond. Ces entonnoirs sont appropriés à la taille, c'est-à-dire à l’âge des larves qui les façonnent. Leur diamètre supérieur varie de 2 à 3 millimètres jusqu'à environ 60, et leur profondeur, quand ils sont récemment faits, est à peu près des trois quarts du diamètre de la plus grande ouverture. Is ne sont habités que pendant quelques jours par la même larve, qui en sort lorsque les parois sont devenues trop peu inclinées par suite de nombreux éboulements, et que la construction d'un nouveau piége de chasse est chose moins difficile que la réparation de l’ancien, ou enfin lorsque la larve s'aperçoit au manque de victimes que l’entonnoir est mal placé.

Ces entonnoirs"sont en effet des embuscades sans lesquelles des larves assez lentes, et surtout ne marchant qu’à reculons, seraient dans l’impossibilité d'atteindre une proie vivante et agile. La larve du Fourmilion est tapie au fond, cachée par le sable qui la recouvre, ne laissant sortir ‘que la pince aux branches écartées qui doit percer et déchirer la proie, et les stemmates permettant d'observer ce qui se passe. Malheur à l’insecte imprudent qui chemine sur les bords du trou pertfide, le sable cède sous ses pas, et la Fourmi est le plus souvent précipitée d’un seul coup dans une vraie fosse de lion. Si l’insecte, plus adroit, cherche à se cramponner aux parois mouvantes, surtout s'il parvient à remonter, la larve se sert comme d’une pelle de sa lage tête plate, portée sur un cou mobile. D'un mouvement brusque elle projette sur la victime le sable qui charge sa tête et l’étourdit sous plusieurs jets de mitraille. Dès que l'insecte est au fond, il est saisi par la pince, enfoui sous le sable et sucé à loisir. On nourrit très-bien ces larves en captivité avec des Mouches à ailes coupées ; on les jette dans les entonnoirs que ces larves creusent dans le sable de la boîte où on les tient prisonnières.

Les Fourmilions sont souvent obligés à attendre plusieurs jours leurs victimes, et doivent pouvoir supporter de longs jeûnes, car on en conserve pendant plusieurs mois sans aliments. Tous les Articulés leur sont bons, Chenilles, Moucherons, aussi bien que Cloportes et Araignées, et les individus de leur propre espèce tombés accidentellement

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dans leurs piéges. Il faut seulement que la proie soit vivante; ils ne sucent pas les sujets morts, même tout récemment, et les jettent hors de leur trou, d'un coup de tête, comme ils le font des cadavres dont ils ont épuisé les sucs. La résistance des insectes saisis semble exciter leur appétit et augmenter leur jouissance. Les insectes vigoureux et même bien armés, comme les Abeilles, tentent en vain de leur échapper; le Fourmilion, cramponné au sable avec ses pattes crochues, étourdit peu à peu sa victime en la secouant rudement et battant son corps contre le sable.

Ces larves restent quelquefois des heures entières immobiles à la surface du sable, surtout lorsque les rayons du soleil les réchauffent, car elles paraissent frileuses ; mais lorsqu'elles sont pressées par la faim ou que le temps est chaud et couvert, elles travaillent à construire l’entonnoir. La larve décrit pour cela, en marchant à reculons, une spirale dont les tours internes s'enfoncent régulièrement au-dessous du plan de la circonférence externe. Dès qu'elle a fait un pas, elle s'arrète, pour charger de sable sa tête carrée, et aussitôt, la soulevant brusquement, jette le sable qui la couvrait en dehors de la circonférence de l'enceinte.

Celle des jambes de la première paire qui est du côté de l'intérieur du trou sert à l’insecte comme d’une main pour pousser sur sa tête le sable qui est du même côlé, et cela par mouvements prompts et sans intervalles. L'ouvrier occupé à creuser un fossé ne jette pas plus sûrement hors de ses bords, et pas si vite, la terre que sa bêche a coupée, que la tête du Fourmilion ne lance hors de l'entonnoir le sable dont elle a été couverte. Après cet exercice répété deux ou trois fois à la même place, la larve fait en arrière un nouveau pas, charge sa tête de sable, etc., se retrouvant par intervalles presque aux mêmes lieux quand elle est aux deux extrémités des diamètres de même direction des spires concentriques. Quand la jambe qui charge la tête s’est fatiguée, l'animal la remplace par son homologue de la même paire ; ce qui l'oblige à se retourner bout pour bout, et à décrire ensuite des cercles de sens contraire aux précédents, afin que la jambe chargeuse soit toujours du côté interne. A cet effet, il traverse le cône formé du sable qui reste à enlever, et passe de l'endroit où ilest à l'endroit opposé diamétralement. Quand, au cours du travail, se rencontre une petite pierre trop pesante pour que la larve puisse l’expulser d'un coup de tête. elle se glisse en dessous de manière à la placer sur son dos. Le difficile est alors de la conserver en équilibre pendant le transport, en montant à reculons le long d'une pente mouvante et escarpée. Si la pierre échappe et roule au fond du précipice, la larve, comme un nouveau Sisyphe, reprend à cinq ou six reprises le fardeau et sa pénible ascension.

Les larves de Fourmilions vivent longtemps, et passent l'hiver dans leurs entonnoirs ou engourdies sous le sable. C’est dans l’entonnoir, mais plus profondément, où dans le sable, où elle creuse de longs et tortueux

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sillons, que la larve en été subit sa nymphose. Elle se tisse un cocon sphéroïde au moyen d'une filière en forme de tuyau pointu, rétractile comme une lunette, placée à l'extrémité du corps. Elle a été figurée par M. Wetwood (introd. tv the modern Classif. of Insects, 11, p. 41), d'après Réaumur, qui a découvert cette filière en pressant le bout de l'abdomen de la larve. Quand, en juillet ou août pour les environs de Paris, on remue le sable où sont des entonnoirs, ou qui en a présenté antérieurement, on trouve des boules, qu'on croirait au premier abord formées d'un amas de grains du sol pulvérulent qui les entoure. Chaque boule est une coque dont l'extérieur est fait de parcelles associées par de faibles liens de soie très-fine. Si on l'ouvre avec des ciseaux, on est émerveillé de l'aspect de la surface interne, bien différente du granulage rugueux de l’extérieur. Le plus beau satin blanc n’a pas un luisant ni un tissu de délicatesse comparables, car la soie qui le compose n’est jamais aussi ténue ni aussi artistement mise en œuvre. Dans ce moelleux berceau repose une nymphe courbée en arc, et qui présente toutes les parties de l'adulte recouvertes d'une mince pellicule blanche, et à côté est la dépouille de la larve avec ses crochets meurtriers. Au bout de trois semaines environ, l'adulte, retirant ses ailes et ses pattes de leurs gaines, ronge avec ses mandibules une partie des fils qui tapissent sa coque et de ceux qui lient les grains de sable, et paraît au jour. On est étonné de la grandeur des ailes de gaze de l'élégant insecte qui sort de cette petite nymphe, et ce fait est à peu près général pour les Hémérobiens. Au premier abord il semble qu'on voie une Libellule; mais les antennes grenues terminées peu à peu par un renflement, les ailes plus larges et plus pointues à la fois, couchées en toit au repos.et dans la marche le long du corps, la forme des appendices anaux, etc., ne laissent aucun doute sur la différence. L'erreur est surtout impossible pour qui a vu voler le Fourmilion. Ses ailes molles s’agitent lentement, et il est obligé de se reposer bientôt, tandis que les Libellules ont un vol rapide et longtemps soutenu. Il répand une odeur de rose, comme plusieurs autres insectes des sables. Il semble voler assez rarement, Car on n’en observe pas souvent dans les airs, même dans les lieux où les entonnoirs des larves sont abondants. Geoffroy a remarqué que les femelles, en sortant du cocon, laissent aussitôt tomber de leur corps quelques œufs inféconds.

Le M. formicarius, Vallisn. (le Formicaleo de Poupart, le Fourmilion) de Geoffroy, est l'espèce la plus anciennement connue; celle de Réaumur, de Geoffroy, qui rapporte n’en avoir pas trouvé d'autre près de Paris, de Ræsel, etc. Le corps est long de 16 à 26 millim., l'aile antérieure de 2/4 à 82. Les antennes, plus courtes que la tête et le thorax pris ensemble, dilatées et un peu excavées vers l'extrémité, sont d'un brun roussâtre ainsi que les palpes. Le corps est d'un gris noir, la tête et le thorax tachetés de jaune ; l'extrémité des segments abdominaux est annelée de jaune ; la région anale est épineuse, légèrement velue. Les

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ailes, à pterostigma diffus blanchâtre, sont hyalines, à nervures brunes variées de blanchâtre ; les antérieures avec six marques brunes oblongues, les postérieures en ayant deux ou quatre et quelques points vers le sommet; les pattes d’un brun jaune, avec les éperons des jambes antérieures droits, aussi longs que le premier article du tarse. Cette espèce célèbre a été assez bien figurée et décrite dans ses mœurs par Poupart (Mém. Acad. royale des sciences, 1704, p. 255, et pl. vur, p.146). Il reconnaît très-bien que les adultes sortis du cocon de soie du Fourmilion ne sont pas pareils aux autres Demoiselles des eaux et des buissons, à cause des deux antennes qui sont menues proche la tête, et vont en grossissant jusqu'au bout. Ils ont, ajoute-t-il, deux gros yeux aux côtés de la tête et n'en ont pas dessus (des stemmates), comme les autres espèces de Demoiselles. Leur ventre n'est point cannelé tout du long, comme il arrive aux autres, et le bout de leur queue est hérissé de poils. Leurs ailes sont d'un blanc cendré marqué de quelques points noirs, et ne sont bigarrées d’aucunes vives couleurs. Vallisnieri paraît avoir le premier indiqué cette espèce, mais sans figures, ou une autre d'Italie, et ses mœurs, dans un dialogue qu’il suppose entre Malpighi et Pline (Galerie de Minerve, Venise, 1697). Il la nomme Vermis formicarius, et son fils, je crois, reproduit bien plus tard une très-mauvaise copie des figures de Poupart (Opere fisicomediche, Venezia, 1733, t. I, p. 77, pl. 11 etp. 299). Les taches tendent à s’'effacer chez les sujets usés ou récemment éclos.

La seconde espèce importante est le A. Formicalynæ, Fabr., ou innotatus, Rambur, long. du corps 22 à 26 millim., long. de l'aile 26 à 40 millim., à peu près de la taille ou un peu plus grand que le précédent, brunâtre avec un duvet léger ‘et court, les pattes jaunâtres ainsi que le bord postérieur des segments abdominaux. La différence réside dans les ailes un peu plus grandes, irisées, entièrement transparentes et sans taches, sauf les pterostigma bien visibles, d'un blanc très-légèrement jaunâtre. Ces deux espèces parisiennes sont de l'Europe centrale et méridionale; le formicarius ne paraît pas dépasser Paris en France. On le prend fréquemment à Fontainebleau. Le Formicalynæ remonte plus au nord ; je l’ai trouvé dans la forêt de Compiègne. C'est le seul Fourmilion qui existe en Suède, et à qui s'applique la diagnose de Linnæus : «alcæ hyalinæ, venis fuscis reticulatæ» (Fauna suecica, 2° éd., 1751, Hemerobius Formicaleo). On le trouve aussi en Sibérie. Linnæus a fréquemment confondu les deux espèces : celle à ailes tachées est son Formicaleo (Syst. nat., 6d. 40°, Poda), celle à ailes immaculées son formicarium (Syst. natur., éd. 42°, et Formicaleo (Fauna suecica, éd. 2°) (1). On ne connait pas jusqu’à présent de Fourmilions dans les îles Britan-

(4) R. Mac Lachlan, Remarks concerning the identification of Myrmeleon Formicaleo. Formicarium and Formicalynx 0/ Linnæus (Trans, Soc. Entom. of London, 4874, part. 1v, December),

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niques, et il est très-probable que c’est le Formicalynx seul, à ailes

immaculées, qui pourrait s’y rencontrer; mais il n’y a guère à espérer

sa capture dans un pays aussi bien exploré par les entomologistes nationaux.

Dès qu'on s'avance vers le sud de la France, à partir de Paris et vers le centre, apparaissent d’autres espèces de Myrmeleon : ainsi, dans ce genre propre, le M. distinguendus, Rambur, des bois du département des Landes, de l’Andalousie, du Sénégal, espèce moitié plus petite que le M. formicarius, brune, variée de jaune, à ailes blanchâtres ou trèslégèrement jaunâtres, lisses et brillantes, à réseau roussâtre, sans taches, à pterostigma insensible. Un sous-genre, établi par Leach et Brauer sous le nom de Formicaleo, est caractérisé surtout par les calcars ou éperons terminaux des jambes à peu près de la longueur des quatre premiers articles destarses. L'espèce principale estle 7. ou F. tetragrammicus, Pallas, Fabr., plus grand, à antennes bien plus longues que le formicarius. On le rencontre à Fontainebleau, volant le soir, et l'on devra le rechercher encore plus près de Paris, ainsi à Bouray, à Lardy, peutêtre à Champigny. Il se trouve en Corse et dans une grande partie de l’Europe centrale et méridionale, en Algérie, en juin et juillet (cercle de la Calle), dans les lieux sablonneux et couverts d'herbes ; long. corps o* 30 à 32 milim., © 24 à 26; aile antérieure dans les deux sexes, 32; commun de juin à septembre. Le corps est d’un gris noir tacheté de jaunâtre, les segments abdominaux ayant à la base deux taches jaunes et à la pointe un anneau d’un jaune pâle. Les ailes, plus longues et plus aiguës que chez le M. formicarius, ont la branche postérieure du cubitus davs l'aile antérieure droite dans toute sa course, avec une petite tache noirâtre en forme de croissant à son extrémité au bord postérieur, et, dans l’aile postérieure, la tache noirâtre d'avant le pterostigma ne dépasse pas la bande costale : ces ailes sont autrement marquées de taches brunes que chez le formicarius, car on n’en voit que trois principales aux antérieures, aux postérieures une petite tache noirâtre vis-à-vis du pterostigma, et une grosse tache brune ovoïde au bord postérieur, qui manque chez le formicarius. Les pattes sont aussi bien différentes, plus velues, d'un brun jaune, noiràtre aux articulations, les tarses annelés de jaune et de noir, avec les trois premiers articles de la longueur des éperons des jambes. Au même groupe se rattache le M. ou F. lineatus, Fabr., de la Russie méridionale et de la Sibérie. Les larves des Formicaleo ne creusent pas d’entonnoirs, se cachent dans le sable et se jettent en avant sur la proie. Leurs mandibules (pince de succion) sont à trois dents; leurs yeux sont portés sur de grandes élévations; leur dernier anneau mousse, muni de deux plaques cornées dentelées. La larve du M. ou F. tetragrammicus décrite par Fr. Brauer (op. cit., 1854, p. 467) offre de chaque côté six stemmates sur un bouton cylindroïde ; des antennes à premier article renflé, les autres moniliformes, à terminaison de l'antenne un peu renflée en fu-

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seau ; les mandibules tridentées en dedans; poilues en dehors; la tête en trapèze allongé; les paites grêles ; l'abdomen lisse et plat en dessous, renflé en dessus, avec bouquets de poils sur les côtés gonilés des segments, ainsi qu'aux mésothorax et métathorax.

Parmi les autres sous-genres détachés du grand genre Myrmeleon, nous citerons le s.-genre Macronemurus, Costa, ayant les ailes étroites ; l'abdomen du mâle plus long que les ailes, avec forceps au sommet; les calcars de la longueur des deux premiers articles des tarses; et comme type, le M. appendiculatus, Latr., plus petit que formicarius, à antennes brunes variées de jaune, à face jaune ; à thorax glabre, jaune avec trois bandes d’un brun violâtre ; l'abdomen aussi long ou plus long que les ailes, d'un brun violâtre, avec bande jaune de chaque côté, avec trèslong forceps du mâle poilu, roussâtre, jaune à la base ; les pattes jaunes, sablées de brun; les ailes larges, peu aiguës, à membrane finement crispée, le réseau brun, parfois très-varié d’atomes jaunes, les pterostigma petits et jaunàâtres; du département des Landes, de Corse, d'Espagne, d'Arabie.

Dans le sous-genre Creagris, Hagen, les ailes sont étroites et allongées. Le type est le A7. ou C. plumbeus, Oliv. (syn. : pallidipennis, Brullé), brun varié de jaune, de la taille du formicarius, à éperons des jambes antérieures de la longueur des trois premiers articles du tarse ; les ailes un peu sinuées en arrière à leur extrémité et très-évidées dans cette partie aux postérieures, transparentes, luisantes, à nervures rougeñtres variées de brun ; très-commun en Espagne, surtout en Andalousie, du midi de la France, se trouvant en juin et juillet dans l’est de l'Algérie (Constantine, Milah, Sétif, cercle de la Calle), dans les lieux sablonneux, volant pendant la plus grande chaleur du jour, aimant à se reposer le long des tiges desséchées des grandes herbes. Une autre espèce, le M. ou C. tenellus, Klug, se prend en juin, dans les lieux sablonneux, près de Sétif.

Nous signalerons, parmi les genres voisins des Myrmeleon, le genre Megistopus, Rambur, dont on ne connaît encore que peu d'espèces, surtout américaines. Les antennes sont dilatées en massue à l'extrémité, comme chez les Ascalaphes, mais beaucoup plus courtes; les pattes à tarses très-longs et sinueux, le cinquième article le plus long, très-velu en dessous, les éperons de l'extrémité des jambes un peu courbes, un peu plus longs que le premier article du tarse. Le type d'Europe, des régions méridionales, est le A. flavicornis, Rossi, où bisignatus, Rambur, où bipunctatus, Hagen, plus petit que formicarius, ayant les antennes rousses, avec la massue et la base jaunes, l'abdomen jaune et noir, les ailes courtes et transparentes, avec une tache brune au milieu du bord postérieur ; de Hongrie, des environs de Montpellier ?, de la lande des alentours de Bordeaux, mais assez rare.

I faudra rechercher en France une très-belle espèce d'un genre cosmopolite, Glenurus, Hagen, à antennes allongées, à ailes colorées de

ACANTHACLISIS. 127

belles taches brunes, les antérieures ayant le bord postérieur ocellé au milieu. C'est le G. pantherinus, Fabr. ( Dendroleon, Brauer). M. Brauer à rencontré ce rare insecte aux environs de Vienne, dans lesboissecs des arbres aciculaires. [1 a trouvé sa larve en avril, dans le Prater, dans un terreau rougeâtre de Trembles. Elle porte les ocelles de chaque côté sur une élévation faible; offre des mandibules tridentées, et le dernier anneau abdominal sans armatures, cylindrique, bien détaché, paraissant apte à grimper. Elle ne se creuse pas d’entonnoirs, mais se cache en terre et s'élance rapidement sur ses victimes. On peut l’élever dans le sable en la nourrissant de Mouches. Elle se file en juin un cocon entremêlé de grains sableux, dont l'adulte sort six semaines après, en juillet.

Une espèce anciennement connue, du même genre et de l'Amérique septentrionale, est le G. gratus, Say, ou roseipennis, Burm., à grandes et larges ailes transparentes, avec l'extrémité des supérieures rosée, et de grandes taches brunes arrondies et découpées au bout des ailes des deux paires, figuré dans l'ouvrage de Rambur.

ACANTHACELISIS, Rambur. — Antennes claviformes, beaucoup plus courtes que le corps; lèvre inférieure cordiforme. Palpes maxillaires à dernier article cylindrique, un peu atténué au bout, les labiaux beaucoup plus longs, à dernier article très-long, terminé en massue. Ailes longues et étroites, peu ou pas tachées, les inférieures toujours moins marquées que les supérieures, les nervures colorées alternativement en plus clair et plus foncé ; nervure inframédiane (cubitus) partagée en trois dès l’origine, la branche postérieure rectiligne, dirigée obliquement vers le bord postérieur, et, dans l'aile inférieure, vers labranche postérieure du rameau moyen du cubitus. Pattes courtes, ayant les éperons terminaux des jambes crochus, échancrés en dedans vers leur milieu, la pointe rabattue à angle droit, beaucoup plus longs que les deux premiers articles du tarse; ongles fortement courbés, ayant une dilatation saillante et arrondie à leur base. — Larves sans entonnoirs.

Ce genre, principalement des régions chaudes de l'Asie, de l’Afrique, de l'Australie, comprend près de trente espèces, dont trois américaines, et deux d'Europe. La principale de celles-ci est l'A. occitanica, de Villers, ou pisana, Rossi, de la Prusse orientale, de la Hongrie, de l'Italie, dù midi de la France, des Landes, du Bordelais, de la Saintonge, d’un brun roussâtre avec lignes longitudinales noires et poils blanchätres ; à ailes lancéolées, transparentes, à nervures et nervules variées de blanc jaunâtre et de noirâtre, les ailes inférieures (comme d'autres espèces du genre) ayant à la base postérieurement un petit prolongement muni d’une pelote. La cinquième nervure des ailes est marquée de lignes noires ; il y à également une petite tache près du pterostigma et quelques autres vers l’extrémité ; la membrane de l'aile est en outre tachetée de blanchâtre, surtout aux supérieures, et l'espace costal offre deux rangées d'aréoles. On connait la larve de cette

L28 NÉVROPTÈRES.

espèce, plus grosse et plus allongée que celle des Fourmilions, décrite et figurée par M. Fr. Brauer, ainsi que la nymphe (Verhandl. z00l.botan. Vereins in Wien 1855, p. 777), contournée dans le cocon. Ces larves, qui ne creusent pas d’entonnoirs, ont des élévations oculigères, des mandibules à trois dents, élargies au milieu, le dernier anneau arrondi, sans plaques cornées. Elles ont été trouvées en France près de Bordeaux, en grattant le sable dans les dunes landaises de l'étang de Biscarosse. Leur couleur les fait confondre avec les sables blancs des dunes, car elles sont d'un blanc d'ivoire, convexes, ayant au dos de l'abdomen cinq séries de petites taches brunes, le ventre tout à fait immaculé. La tête, carrée, débordée par les mandibules plus longues qu’elle, est excavée antérieurement, porte de chaque côté quatre ocelles en carré et est marquée de deux lignes brunes. Le prothorax, à six taches, est atténué en avant, les autres segments du thorax ridés en travers et obscurément tachés ; le dernier segment abdominal se termine par trois lobes, dont l'intermédiaire est le plus grand, munis de soies noirâtres qui concourent à la locomotion. La longueur de la larve est de 16 millimètres, non compris les mandibules. Ces larves peuvent résister à plusieurs semaines de jeûne; elles s’enfoncent à reculons dans le sable, mais peu profondément, et leur présence ne se trahit que par une légère convexité du sable, précédée d’une faible dépression, au fond de laquelle on voit la tenaille ouverte. Quand elles ont saisi un insecte, elles l’entrainent à reculons dans un sillon sous-arénacé d’environ 3 centimètres, le sucent, et lancent le cadavre loin du gîte. Elles savent aussi marcher en avant assez gauchement, sortir en entier de leur tanière pour s’élancer sur les insectes qui passent, puis s’enterrer ensuite à reculons avec eux (1). Une seconde espèce très-voisine d’Acanthaclisis se trouve en Andalousie. C’est l'A. bætica, Rambur, probablement l'espèce rencontrée en Algérie par M. H. Lucas, aux environs d'Oran.

PALPARES, Rambur. — Antennes claviformes, beaucoup plus courtes que le corps, le plus souvent plus courtes que la tête et le thorax réunis. Mächoires fortement ciliées; lèvre inférieure quadrilatère, légèrement échancrée ; palpes labiaux plus longs que les maxillaires, les palpes des deux sortes à dernier article élargi au bout. Les quatre ailes larges et presque toujours couvertes de taches plus ou moins nombreuses, plus grandes aux postérieures, une seule rangée d’arévles dans l’espace costal, la nervure inframédiane (cubitus) partagée en trois branches dès la racine de l'aile, la postérieure en forme d’arc. Éperons terminaux des jambes faiblement courbés, beaucoup plus longs que le premier

(4) L. Dufour, Excursion entomol. aux dunes de Biscarosse et d'Arcachon (Actes Soc. Linn. de Bordeaux, 1853, t. XIX, p. 283). — E. Perris, Nouvelles excursions dans les grandes Landes (Ann. Soc. Linn. de Lyon, 2° série, 1857, t. IV, p. 83 et suiv.).

PALPARES. 429

article du tarse; les quatre premiers articles des tarses d’égale longueur, trèscourts, granulifurmes, ensemble pas plus longs que le dernier. Appendices abdominaux des mâles en pince poilue, suuvent très-longs. — Larves sans entonnoirs, f

Il y a près d’une quarantaine d'espèces de Palpares, toutes de l’ancien monde, des Indes, de Ceylan et surtout desdiverses régions de l'Afrique. Les mâles, d'après Rambur, ont, postérieurement à l'articulation des ailes inférieures, une petite dilatation munie à son extrémité d’une petite pelote composée de poils, formant une masse compacte et s’appliquant dans une cavité latérale de la partie postérieure du métathorax. L'espèce ffondamentale est celle du bassin méditerranéen, de tout le midi de l'Europe, volant par les jours chauds de l'été dans les lieux sablonneux des régions les plus méridionales de la France, à vol assez lent et assez lourd, existant dans les îles méditerranéennes et aux environs de Constantinople, de toute l'Algérie au printemps et dans une grande partie de l'été, dans les lieux ombragés et herbus. C'est le P. libelluloides, Linn., de 60 millimètres de long sur 120 d'envergure, ayant le second article des palpes labiaux plus long à lui seul que les maxillaires ; le corps pubescent, jaune varié de noir, avec bandes noires longitudinales et latérales; les pattes rougeâtres, à tarses noirs ; les appemdices du mâle de 10 millimètres environ, courbés, un peu renflés avant le milieu, les deux valves anales de la femelle hérissées d'épines courtes; les ailes grandes, larges, duveteuses, jaunâtres vers les bouts, tachetées de nombreuses marques brunes, surtout près du bord costal, avec trois taches sur le disque, la médiane oblongue, l'exirême en croissant aux inférieures. La larve de cette magnifique espèce, décrite par Percheron (1), est longue de 4 centimètres, toute noire et poilue, les mandibules ayant trois dents au côté interne, sans épines intermédiaires. La tête a la forme d'un trapèze dont le grand côté est antérieur, concave en dessus, convexe en dessous, insérée sur le prothorax au moyen d’un cou très-mobile et susceptible d’un grand allongement. Elle porte sur une élévation de chaque côté six stemmates très-brillants, en triangle sur trois rangs, 1, 2, 3, le sommet regardant les mandibules.Les antennes ont un premier article long et cylindrique, suivi d’une trentaine d'articles beaucoup plus étroits etmoniliformes.On observe en dessous le labre et la lèvre sinuée antérieurement, couverte de poils roides, ainsi que ses palpes, ceux-ci de quatre articles, le premier très-gros et ovoide, les trois autres subégaux et filiformes, moins longs ensemble que le premier, le dernier arrondi au bout. Les mandibules sont plates, assez larges à la base, environ de la longueur de la tête et arquées à partir du tiers de leur longueur, puis s’effilant peu

(4) Note sur la larve du Myrmeleon libelluloides (Magaz. de 300, de Guérin, 1833, classe IX, pl. 59).

L30 NÉVROPTÈRES.

à peu en pointe très-aiguë. On voit tout le long de la mandibule comme une suture plus saillante : c’est la mâchoire accolée et mobile dans sa rainure, ainsi que l'ont reconnu Bonnet et Réaumur (le siphon de celui-ci) pour la larve du Fourmilion ordinaire, et ce mouvement fait monter par capillarité les liquides de l'insecte sucé et percé par le bout très-acéré de la mandibule. Le prothorax est rétréci, les deux autres anneaux du thorax très-analogues à ceux de l'abdomen; celui-ci ovoïde, bombé en dessus, plat en dessous, très-garni de poils roides, et le bout du neuvième segment très-petit, portant deux appendices cornés et allongés, la filière étant au bout de l'abdomen, comme chez la larve du Fourmilion, où Réaumur l’a découverte. Les pattes des deux premières paires sont seules visibles en dessus et dirigées en avant, les posté rieures tournées en arrière et servant à creuser à reculons ; les tarses, d’un seul article, se terminent par deux ongles très-écartés pour aider à appuyer la larve, qui marche continuellement dans le sable. Elle ne fait pas d’entonnoir et se jette en avant sur la proie à sa portée, comme on à pu le voir sur un individu qui a vécu plusieurs mois en captivité chez M. E. Blanchard.

L'Europe offre une seconde espèce, le P. hispanus, Hagen, dont l'abdomen n'a que des taches sur les côtés, au lieu des bandes noires, le thorax étant plus velu et comme laineux; d’Andalousie et du Cap. Il faut y joindre le P.cephalotes, Klug, d'Égypte, et le P. Percheroni, G.-Mén., à corps jaune avec des macules noires, du Sénégal, espèce plus petite, mais analogue au libelluloides, Elle est représentée planche Lxvn (fig. 1, mâle à appendices jaunes; 1 a, tête grossie ; 4 b, mâchoire et palpe ; 1 c, antenne).

M. Hagen a détaché du type des Palpares un certain nombre d'espèces dont il a formé des genres nouveaux : Stenares, à ailes allongées, maculées, avec l’espace costal bi- ou tri-aréolé, l'abdomen du mâle à forceps, offrant deux espèces, l’une de Sierra-Leone, l’autre des Indes orientales ; Pamexis, à ailes larges et tachetées, la subcostale épaissie au sommet, les antennes orbiculaires au bout, pour trois ou quatre espèces de l'Afrique australe ; Tomatares, à caractères analogues aux Pamexis, les ailes plus larges, maculées, l'abdomen du mâle à forceps, à espèces indiennes et africaines ; Dimares, aussi à ailes tachées, du Brésil et du Pérou.

Groupe des ASCALAPHES.

Les Ascalaphes, envisagés dans le sens général, se distinguent par des antennes longues, filiformes d'ordinaire, terminées brusquement en un bouton épais et piriforme, quelquelois allongé. Leur longueur, comparée à celle du corps, varie, et parfois chez les males elles sont

ASCALAPHES. h31

denticulées ou en scie dans certaines parties (genre chinois et indien Acheron, Lefebv., à antennes du mâle denticulées en dedans vers la base), ce qui n’a jamais lieu chez la femelle. La partie basilaire peut être glabre ou offrir des poils verticillés. Les yeux présentent un caractère très-important et qui a servi à Lefebvre (Magas. de z0ol. de G.-Mén., 1842) à partager les Ascalaphes en deux grandes séries. Les Schizcphthalmes ont les yeux dédoublés et séparés par un sillon en deux segments d'étendue comparativement variable, la portion supérieure débordant un peu sur l’inférieure, cette dernière ressemblant à un petit œil ordinaire sphérique : ce sont ceux qui offrent le plus grand nombre de genres et les seuls que nous ayons en Europe. Les Holophthalmes offrent au contraire les yeux entiers et sphériques, à la façon ordinaire. Le thorax est de grandeur et de villosité variées.

Les ailes présentent à l'extrémité, ou espace apical, un petit nombre d’aréoles irrégulières, polygonales, grandes, en rangées confuses. L'examen de la partie basilaire du bord interne fournit de bons caractères. Ordinairement la base n'offre qu'une simple petite excision avec l’angle axillaire plus ou moins proéminent; parfois la partie basale du bord interne présente une longue excision, rendant les ailes presque pétiolées et avec une grande projection dentiforme, auquel cas les ailes sont dites appendiculées (genres Haploglenius, Burm., et Ptynx, Lefebv., etc.). Cette dent est en réalité l'angle axillaire qui s’étend en avant par suite de l'incision du bord postérieur, et ce caractère appartient aux deux sexes. Les ailes postérieures donnent de bons caractères par l’examen de la nervure de la portion basilaire du bord postérieur. Dans beaucoup de genres, et en exceptant certains genres américains, le cubitus inférieur (5° nervure de Rambur) offre près de la base un léger coude d’où part une nervure oblique allant vers la nervure longitudinale inférieure ou anale ; parfois cette nervure oblique est à peine indiquée, et ne se décèle que par le coude du cubitus cité plus haut. Cela coïncide avec une profonde excision du bord interne, et le raccoureissement de la base de l'aile qui en résulte oblitère un peu à la fois la nervure oblique et la nervure anale. Les pattes ont une force et une longueur comparatives qui diffèrent suivant les genres, ainsi que la longueur des éperons des jambes postérieures par rapport à celle de l’article basilaire du tarse. L’abdomen peut varier de longueur et de forme d'un sexe à l’autre, offrant quelquefois chez les mâles des bosselures dorsales, et enfin donne des caractères selon la présence ou l'absence des crochets anaux chez les mâles, et leur forme, quand ils existent.

Ces insectes sont des carnassiers de proie vivante à leurs deux états d'activité. Les larves ne se creusent pas d'entonnoirs et chassent à l'embuscade sur le sol, ressemblant d’une manière générale à celles du groupe des Fourmilions. La différence principale consiste en saillies latérales des segments. Elles sont courtes dans le type Ascalaphus, pourvues

32 NÉVROPTÈRES.

de cils ou de soies, et les mandibules de succion sont à trois dents au bord interne. Ces saillies ciliées sont très-longues dans des larves exotiques, ainsi celles des Ulula, Ramb., d'Amérique, avec mandibules à trois dents, et celles probablement des Suphalasca, Lefebv., de Rockhampton, Australie orientale, larves plates et circulaires, à saillies avec cils très-longs, avec mandibules à une seule dent longue, et la tête beaucoup plus large que longue.

Les Ascalaphes sont des insectes de régions chaudes, surtout abondants dans les contrées tropicales, s'étendant par places jusqu'aux parallèles de 40 degrés à 50 degrés N. et 50 degrés à 40 degrés S. On y compte aujourd’hui plus de cent espèces réparties en vingt-sept genres. Les genres de l’ancien monde ne se retrouvent pas dans le nouveau. Sont propres au bassin méditerranéen les genres tous schizophthalmes : Ascalaphus, Fabr., avec extension dans l'Europe centrale et dans l'Asie centrale; Bubo, Ramb., d'Espagne, de Syrie, d'Égypte, etc.; Puer, Lefebv., spécial au midi de la France; Theleproctophylla, Lefebvre. L’Asie a comme représentant principal le genre schizophthalme Hybris, Lefebv., de l'Inde, de la Chine, du Japon, de l'archipel malais, et présente un genre holophthalme, /dricerus, Mac Lachl. En Afrique, se rencontrent d’autres genres des deux sortes d’yeux. Ainsi, dans les schizophthalmes, les Proctarrelabris, Lefebvre, et Helcopteryx, Mac Lachl., de l'Afrique australe. Dans les holophthalmes : les genres Melambrotus, Mac Lachl., du S. O0.; Tmesibasis, Mac Lachl., du S. E.; Cormodes, Mac Lachl., de l'Afrique occidentale. En Australie, se trouvent les genres Suphalasca, Lefebvr., et Acmonotus, Mac Lachl., tous deux schizophthalmes. Enfin, dans le nouveau monde, les holophthalmes ont comme représentants les genres Haplogenius, Burm., et Ptynæx, Lefebv., et les schizophthalmes, principalement les genres Ulula, Ramb., Orphne, Lefebyv., etc.

Les ouvrages récents à consulter pour l'étude des Ascalaphes sont : H. Hagen, Uebersicht ete. (Entom. Zeit. zu Steltin, 1851, p. 186), pour la bibliographie, et un excellent mémoire de M. R. Mac Lachlan, intitulé : An Attempt towards a systematic Classification of the Family Asca- TAPHIDÆ (Linn. Soc. Journal, Zoor., t. XI, p. 219).

Section des ASCALAPHES SCHIZOPHTHALMES.

ASCALAPHUS, Fabr. — Antennes glabres, fortes, aussi longues ou un peu plus longues ou un peu plus courtes que les ailes, sans poils à la base et un peu arquées, spécialement chez le mâle, terminées par un bouton en toupie se déprimant et se creusant par dessiccation; chaque réseau oculaire partagé par un sillon avec le segment supérieur ovoïde plus long que le second. Mandibules épaisses, trièdres, tridentées; mâchoires poilues, à lobe externe cylindrique,

ASCALAPHUS. 433

triarticulé, les palpes à articles 3 et 5 plus longs que les autres; lèvre inférieure ciliée, large, subcordiforme, à palpes plus longs ou aussi longs que les maxillaires, à premier article très-court, 2 et 3 subégaux; front et vertex couverts de poils longs et serrés. Thorax poilu, avec prothorax très-petit. Ailes antérieures en forme de scalpel, avec la bande costale élargie à la base, rétrécie au milieu, les postérieures ayant leur plus grande largeur au milieu, souvent presque (riangulaires, avec un pterostigma plus où moins distinct aux deux ailes, qui sont toujours colorées ou tachetées. Pattes courtes, avec éperons terminaux des jambes postérieures ne dépassant pas le premier article des tarses ; ceux-ci munis de deux ongles puissants. Abdomex poilu, obèse chez la femelle, et offrant chez le mâle une pince à son extrémité.

Le caractère distinctif très-important du genre Ascalaphus est a forme de la bande costale des ailes de devant. Le forceps d'accouplement des mâles est à peu près de même forme dans loutes les espèces, et au-dessous se trouve une pièce trifide ou trilobée. La fine tige de l'antenne se compose d'une trentaine d'articles, celui de la base plus gros et plus fort que les suivants, ceux-ci pour la plupart cylindroïdes, avec un renflement terminal brusque, ce qui leur donne, à la loupe, un aspect noueux. Près de l'insertion de l'organe sur la tête, ces articles plus courts, plus rapprochés, se prêtent plus spécialement aux mouvements généraux de l’antenne, à sa projection en avant ou en arrière. Si l’on détache sur l'insecte vivant le bouton ovoide et abrupt qui la termine, on voit qu'il est formé d’une douzaine de cerceaux annulaires, opaques et noirâtres, séparés par autant d'insertions linéaires blanchâtres et membraneuses, qui permettent aux cerceaux de s'écarter ou de se rapprocher, de manière à faciliter le renflement vésiculeux et variable du bouton, qui est ovoide où turbiné, ou ellipsoïde, avec un petit appendice subulé noirâtre à son bout antérieur, formant comme une clef de voûte. L'intérieur de cette capsule antennaire offre une pulpe très-délicate, comme nerveuse, pleine de trachéoles ; ce bouton à enveloppe dilatable, peut-être érectile, parait étre pour L. Dufour un organe commun de l’ouie et de l’odorat. Les ailes sont toujours élargies au bord postérieur, surtout les secondes, où ce bord forme un angle très-obtus. Leur couleur est toujours variée de noir ou de brunâtre, de jaune (parfois de blanc) et de roussâtre, avec la base des postérieures noire où brune. On peut établir deux divisions d’après la coloration des ailes : tantôt elles sont d’une couleur jaune roussätre ou fuligineuse, ne formant pas de taches bien tranchées, incomplétement opaques, à réseau très-serré, ainsi les A. longicornis, macaronius, corsicus, etc.; d'autres fois le réseau est un peu moins serré et les taches jaunes sont tout à fait opaques, ce qu'on voit chez les 4. meridionalis, lacteus, etc. La forme des antennes et les couleurs parfois brillantes et vives des ailes ont fait confondre ces insectes avec des papillons par quelques entomologistes comme le montrent les

3 NÉVROPTÈRES.

noms de Papilio Macoronis de Scopoli (1763), de Papilio coccajus de Schrank (1776).

Les Ascalaphes sont des insectivores, ce que dénotent à priori leurs mandibules robustes et aiguës, leurs pattes courtes, fortes et hérissées de poils rudes, leurs larges ailes, leurs ongles longs et acérés. Le vol de la plupart des espèces est rapide, mais de courte durée. Quand on n'inquiète pas ces insectes, ils planent et s'écartent peu des limites normales de leur habitation. A l'approche du danger et quand on les poursuit, ils s'abattent au milieu des herbes des prairies, et, en repliant leurs ailes en toit le long du corps et rejetant leurs antennes en arrière, ce qui est leur station de repos, se faufilent si bien à travers Île gazon, qu’il devient difficile de les apercevoir. Leur accouplement commence dans l'air, le mâle s'élançant sur la femelle et la cramponnant avec son forceps anal; puis le couple s’abat sur quelque plante ou sur le sol pour consommer l'acte.

Nous prendrons pour type de l'anatomie interne des Ascalaphes celle de l'A. italicus ou meridionalis par L. Dufour (4). Les glandes salivaires sont simples, comme chez les Myrmeleon, les Osmylus, les Sialis; mais au lieu d'avoir la forme d’un tube sécréteur grêle suivi d’un réservoir renflé, l'organe de sécrétion est au contraire une capsule ovaleoblongue, dont la cavité sert de réservoir à la salive élaborée par les parois; la capsule est munie en avant d’un col capillaire plus long qu'elle, et les deux cols confluent dans la tête en un canal excréteur très-court, s’ouvrant dans la bouche. Le tube digestif, de la longueur du corps, n’est pas flexueux. A l’œsophage capillaire succède un jabot musculo-membraneux, recevant en arrière et latéralement une panse, qui devient oblongue et très-grosse dans les Ascalaphes gorgés de débris d'insectes. Après se trouve un petit gésier ovalaire, roussâtre, élastique. ayant à l’intérieur une valvule de huit écailles brunes. coriacées, ovalaires; il communique à un long estomac droit, blanc, conoïde, hérissé de très-courtes papilles, et marqué de place en place de contractures annulaires déterminées par des rubans musculeux. Son extrémilé postérieure présente un anneau sombre, indice d’une valvule de sortie parallèle à celle de l'entrée, formée de huit écailles brunâtres et ovalaires. À chacune de celles-ci a lieu l'insertion en couronne de huit vaisseaux de Malpighi, comme chez les Wyrmeleon (L. Dufour), Osmylus, Nemoptera, très-longs, blanes et lisses, à bouts libres et flottants, formant entre tous les viscères d'inextricables entrelacements. L'intestin qui suit, d’abord cylindrique, se dilate en un rectum offrant six disques musculeux ovalaires, dont la contraction détermine l'expulsion des matières stercorales. Un tissu adipeux blanchâtre, contenu dans des sachets grêles entourés de ramuscules trachéens et nerveux, entourant

(4) Recherches anatomiques sur lAscalaphus meridionalis (Ann, se, natur, Zooz., 4° série, 1860, XIIE, p. 193).

ASCALAPHUS. 135

les divers organes internes, sert à maintenir par sa résorption l’existence de l’Ascalaphe, quand des pluies prolongées s'opposent à la chasse de sa proie ailée.

Les testicules du mäle sont bien séparés et placés de chaque côté de la base de la cavité abdominale, chacun lisse, ovoïde-allongé, d'un blanc mat un peu jaunâtre, rempli de capsules spermifiques vésiculaires, ovoïdes et sessiles; d’où part un conduit déférent capillaire aboutissant au bout de l'abdomen à une vésicule séminale très-rapprochée de sa congénère, et formée d'une agglomération de petites utricules ovoïdes et sessiles.

Chaque ovaire de la femelle est un faisceau de dix gaines ovigères multiloculaires, contenant chacune vingt-cinq à trente ovules en développement variable, formant un corps en cône allongé dont la pointe est un ligamment suspenseur uni à celui de l'autre ovaire et fixé au thorax.

Les deux calices cupuliformes où s’abouchent les gaines se réunissent en arrière en un oviducte commun, où tombent les œufs, assez gros, ovalaires, obtus et blancs. A la face dorsale de l’oviducte s’insère une poche copulatrice arrondie, sessile, blanchître, à tunique d'aspect charnu, et dans laquelle le pénis du mâle doit déverser le sperme lors de la copulation ; elle porte en dessus une sorte de baguette cornée et brunâtre. A l'extrémité de la cavité abdominale l’oviducte reçoit le conduit excréteur commun de deux glandes sébifiques, destinées à enduire les œufs au moment de la ponte d'un vernis, grâce auquel la femelle les colle en double rangée le long des tiges de Graminées (Fr. Brauer). Chaque glande sébifique est formée d'un long vaisseau sécréteur avec quelques courtes digitations à son bout aveugle, et se rendant à une poche de réserve oblongue qui aboutit au canal de sortie.

L'appareil de la respiration offre les stigmates habituels, six très-peu visibles à l'abdomen, d'après Fr. Brauer, et des trachées presque toutes tubulaires ou élastiques, offrant seulement dans la tête quelques dilatations, que L. Dufour suppose destinées à alléger les balanciers antennaires dans la locomotion aérienne.

Le système nerveux présente un fait remarquable et qui doit être. général pour les lobes optiques du cerveau des Ascalaphes schizophthalmes. Le sillon de la cornée correspond à une intersection fibromembraneuse dans la pulpe optique, sans aucune trace de filets nerveux, Ce qui coïncide avec l'absence de cornéules; de sorte qu'il ya deux yeux composés accolés, aussi distincts dans leur profondeur que dans le tissu aréolaire de leur surface externe. Viennent ensuite, après le ganglion sous-æsophagien, trois ganglions thoraciques et six ganglions abdominaux, le dernier sphéroïde et plus gros que les autres.

Nous examinerons rapidement les principales espèces d'Europe, qui ne sont pas sans difficulté de synonymie. L’A. longicornis, Linn., a le corps noir, avec les antennes très-longues et les poils en avant de la

136 AÉVROPTÈRES.

tête roussätres. Les ailes supérieures ont une tache brune, qui part dé la base et va en s'élargissant, et une petite tache de même couleur à la base de la partie élargie de l’espace costal ; une ligne semblable vers le bord antérieur part du milieu de ce bord et remonte jusqu’au pterostigma noir. Les ailes inférieures ont une large tache brune basilaire occupant tout le premier tiers de l'aile, et un croissant presque noir qui cerne son extrémité ; le reste des ailes est transparent, d'un roussâtre enfumé et souvent avec une teinte soufrée, surtout aux ailes inférieures. Cette espèce, dit Lafresnaye, qui l'observait à Nonancourt, département de l'Eure, sur une colline sablonneuse, vole avec une grande rapidité à l’ardeur du soleil, et se pose sur l'extrémité des plantes. Quand le mâle passe au-dessus de la femelle, celle-ci s'élance vers lui verticalement, comme une pierre qu’on jette de bas en haut ; le couple s'accroche aussitôt, puis va tomber obliquement sur les plantes. La larve, trouvée par de Cérisy et analogue à celle des Fourmilions par la forme, en diffère beaucoup par les mœurs, car elle se cache sous de petites pierres, et s'empare des mouches et autres insectes qu'elle suce, et dont elle n’abandonne la dépouille que complétement desséchée. On trouve cette espèce près de Paris,en juin, sur les coteaux secs de Lardy, de Poqueney, de Bouray, ainsi que dans la forêt de Fontainebleau, le Limousin, les Pyrénées, etc. Elle habite aussi l'Espagne, l'Italie, l'Algérie. Elle est citée comme capturée en août à Lardy et près deChartres en mai, ce qui semble indiquer deux époques d'éclosion. Une espèce voisine est VA. ictericus, Charp., ou barbarus, Latr., de taille un peu plus petite que le longicornis, à antennes moins longues, à premier article taché de jaune, les ailes plus roussâtres, à taches brunes analogues, mais sans croissant au bout de l'aile postérieure, de l’extrême midi de la France (environs d'Hyères), du Portugal, d’Espagne, d'Italie, de Sicile, de Grèce, de l'Afrique méditerranéenne. On trouve cette espèce dans l'E. et l'O. de l'Algérie, particulièrement aux environs de Constantine et dans le cercle de la Calle, au début du printemps dans les lieux ombragés, herbus et assez humides. Le type allemand analogue est FA. macaronius, Scop., ou hungaricus, Ramb., d'Autriche, de Hongrie, de Dalmatie, de Turquie, de Russie méridionale, à ailes d’un beau jaune, les antérieures presque hyalines, moins tachées de brun que longicornis, les postérieures à peu près semblables par la tache basale brune et celle en croissant du bout de l'aile. Cette espèce est commune par places aux environs de Vienne, dans les prés exposés au soleil, de la fin de juin au milieu d'août, et a été bien étudiée par M. Fr. Brauer (1); elle nous servira de type pour les métamorphoses du genre Ascalaphus. il dit que les adultes volent très-haut, seulement au soleil levant et par un temps

(4) Verhandlungen des zool.-botan. Vereins in Wien, 1854, p. 46311895, p. 479.

ASCALAPHUS. 137

calme ;:leur vol ressemble à celui des Zygènes (Lépid. hétérocères), mais plus ferme. Le matin, et par les journées chaudes et pluvieuses, ils se posent sur des tiges de gazon, les ailes repliées en toit sur le corps. Ils sont alors difficiles à voir, parce qu'ils remarquent chaque mouvement de l'observateur, et tournent autour de la tige qui les porte, de façon à demeurer toujours cachés. C’est pendant le vol que le mâle saisit la femelle avec sa pince, et tous deux tombent à terre ou se posent sur une plante, leurs corps à l'opposé, comme chez les Noctuelles et beaucoup d’autres Lépidoptères. Quelques jours après la copulation, la femelle pond ses œufs, au nombre de quarante à cinquante, fixés en deux rangs parallèles sur une tige de gazon. Ces Ascalaphes pourchasseut au vol divers insectes et surtout les papillons. Les jeunes larves, quoique écloses en août, grossissent très-lentement jusqu'à la fin de l'hiver ; elles sont alors très-difficiles à trouver, se cachant le plus souvent dans la mousse et sous les petites pierres, et paraissent vivre de Pucerons. Elles commencent à grossir plus rapidement au printemps et mangent davantage. Elles ont les mandibules fortement dentées de chaque côté, avec neuf dents ou épines au côté interne, cinq épines au côté externe, L'antenne offre le premier article gros et renflé, les autres moniliformes, un peu plus épais dans la moitié terminale. La tête est en large trapèze, creusée en dessus, hérissée d’épines, avec six stemmates arrondis de chaque côté, sur un support cylindrique. Les palpes labiaux ont quatre articles, le premier ovale, très-gros, armé de quatre épines, les autres grèles, 4 plus long que 2 et 3, un peu subovoïde. Le prothorax est étroit, le mésothorax très-excavé en avant. Les pattes 1 et 2 sont dirigées en avant, 3 en arrière, toutes épineuses, et les tarses sont (erminés par deux forts ongles crochus. Les bords des anneaux du mésothorax, du métathorax et de l'abdomen offrent des prolongements verruqueux courts et cylindroïdes, hérissés chacun d'une touffe de poils roides. Ces prolongements latéraux saillants sont la principale distinction de ces larves d'avec celles du type Fourmilion, les larves d’Ascalaphes et de Fourmilions ayant neuf segments abdominaux. Le dernier segment de l'abdomen de la larve de l'A. macaronius se termine par un bouton cylindrique hérissé de forts piquants noirs. Au mois de juin ces larves tilent des cocons ovoïdes au milieu des plantes basses, gros comme une noisette moyenne, collés aux feuilles ou aux fourches de rameaux. A l’intérieur se trouve la nymphe recourbée, les antennes couchées derrière les yeux, les pattes pendantes en dessous, les ailes repliées sur les côtés dans leurs fourreaux, l'abdomen dans une autre direction que le thorax, à anneaux très-nettement visibles, ainsi que les stigmates, et même gonflés. Une dernière espèce du type à ailes translucides et une des plus petites est l'A. corsicus, Ramb. (syn.: siculus, Ramb.), à ailes fuligineuses, les antérieures n'ayant qu'une tache basilaire allongée et la sous-costale brune en entier, ainsi que le pterostigma, l’inférieure à base obscurcie avec une

L38 NÉVROPTÈRES.

tache linéaire médiane brune, sans croissant au bout ; espèce de Corse, de Sardaigne, de Sicile, de Grèce, Toutes les espèces de ce premier groupe ont les jambes jaunes et les tarses noirs.

Nous prendrons comme type des espèces du second groupe à taches opaques et luisantes, l'A. coccajus (Wiener Verzeichniss), où meridionalis, Charp., ou ttalieus, Latr. : long. corps, 14 à 18 millimètres ; long. aile antér., 18 à 24 millimètres. La couleur du corps est noire et les jambes postérieures sont noires à la moitié extrême. Les ailes antérieures sont hyalines avec nervures d’un brun noir, enfumées de gris brun, seulement à la base dans la bande costale et dans l’espace situé derrière la bande cubitale, avec une sorte de coup de pinceau longitudinal noir dans la bande cubitale; les ailes postérieures sont trèslarges au milieu et d'un beau jaune opaque, ayant à la base un large, coup de pinceau noir, qui au bord postérieur est allongé jusqu'à l'angle postérieur de l'aile, le bord postérieur et l'encadrement de la pointe jaune étant hyalins, avec des nervures enfumées d'un brun noir. Cette espèce est d'Autriche (près de Salzbourg) et d'Allemagne, s'étendant au nord jusqu'en Thuringe, de Suisse, d'Espagne, d'Italie, de Grèce, du midi de la France, et aussi de ses régions centrales. C'est très-probablement cette espèce que M.E. Blanchard (1) dit avoir trouvée dans les lieux marécageux entre la Dordogne et la Garonne, ayant suivi le canal du Midi depuis la Provence, et ne se rencontrant pas dans l’intérieur des terres. On a indiqué cet À. meridionalis comme rencontré près de Nemours, de Montbéliard (Doubs), à Fontainebleau, à Lardy, et aussi accidentellement dans le jardin du Muséum, à Paris (2). C'est sans doute la larve de cette espèce qui est décrite et figurée par Bonnet (Betrachtungen über die Natur. Uebers. von Titius, 5. Ausgabe, If, 509; — Abhandl. sur Insectologie. Uebers, von v. Gütze, I, 147), et c’est elle probablement dont Réaumur fait mention, en disant que Bonnet lui a envoyé de Genève des larves plus foncées que celles du Fourmilion parisien, ayant les yeux posés sur un tubercule plus saillant, et le bout de l'abdomen terminé par deux plaques qui semblent formées chacune de quatre poils collés; elles ne font pas d'entonnoir, se cachent sous le sable, et saisissent en marchant en avant les insectes qui passent près d'elles.

Les espèces les plus voisines de la précédente sont les 4. italicus, Fabr., à taches opaques d’un blanc jaunûtre, d'Italie et de Sicile, et A. lacteus, Brullé, ayant ces taches blanches, de Grèce, de Turquie, d'Asie Mineure, de Dalmatie, d'Italie et du midi de la Russie. On ne doit pas oublier une espèce qui offre une extensioh septentrionale re-

(1) Sur l’Ascalaphe italique (Actes Soc. Linn. de Bordeaux, t. 1, p. 162).

(2) Voyez, au sujet des À. longicornis, Linn., etmeridionalis ou italicus, Latr., Ann. Soc. entom. Fr., 1842, Bullet, XNII; 1845, Buëlet., LXXV, LXXX, CXI, CXIV ; 1846, Bullet., CI, CV; 1854, Bullet., XLNIII.

ASCALAPHUS, CORDULECERUS. 139

marquable pour un genre méditerranéen, par le même fait que pour certains Lépidoptères, et en raison de la grande chaleur de l'été des climats les plus continentaux : c’est l'A. sibiricus, Eversmann, de Kiakhta en Sibérie et de Mongolie, à ailes supérieures enfumées, et la partie noire basale des ailes inférieures prolongée en deux lignes jusqu’au bord inférieur, l’une suivant le cubitus supérieur, l'autre la nervure anale.

Parmi les genres voisins, citons le genre Theleproctophylla, Lefebv., ayant les yeux partagés, avec la partie antérieure au moins deux fois aussi longue que la postérieure, les antennes assez courtes, moins longues que les ailes, celles-ci offrant l'espace costal également large de la base jusqu'au pterostigma, les ailes postérieures plus étroites que les antérieures, non échancrées au bord postérieur, l'abdomen du mâle terminé par quatre appendices, les supérieurs en forceps crochu, les inférieurs et latéraux un peu obtus, la femelle ayant deux appendices foliacés ; une seule espèce, T. barbara, Linn., ou australis, Fabr., à ailes transparentes, un peu roussâtres, le pterostigma d'un roux obscur, le plus souvent accompagné d’une tache de la même couleur qui sétend plus ou moins sur le disque, du midi de la France, de Corse, de Sardaigne, de la Dalmatie méridionale; le genre Puer, Lefebvr., à ailes postérieures triangulaires, se distinguant surtout du précédent par l'absence des appendices anaux; une seule espèce, P. maculatus, Oliv., rare, de la Provence seulement, ainsi aux environs d'Hyères, de taille médiocre, les ailes antérieures hyalines, à pterostigma noir, avec l’espace costal traversé par des nervules en forme de J renversé, les inférieures bien plus courtes, avec quatre ou cinq taches subcarrées, d’un brun roux; le genre Bubo, Ramb., offrant la partie antérieure du réseau oculaire divisé seulement un peu plus longue ou égale à la postérieure, l’espace costal de largeur égale de la base au pterostigma, les ailes hyalines, à pterostigma distinct, le plus souvent non tachetées, les antérieures échancrées à la base au bord postérieur, les postérieures plus étroites et en forme de scalpel comme celles-ci; une espèce d’Andalousie; une autre de Perse, du sud du Caucase, de Syrie, d'Égypte, de l’est de l'Algérie, du cercle de la Calle et des bois du lac Tonga, avec un vol assez lourd, dans les lieux arides et sablonneux, se reposant sur les tiges des herbes desséchées : c’est le B. hamatus, Klug, de la taille de l'A. meridionalis où pius grand, d’un brun gris, à poils blanchâtres, le thorax marqué en dessus de larges taches jaunes, les ailes étroites, transparentes, à nervures roussâtres ainsi que le pterostigma, la nervure anale des postérieures fourchue, l'abdomen du mâle terminé par de longs appendices un peu courbés en dehors vers l'extrémité, ayant une petite pointe dans leur milieu en dessous (ressemblance avec un hameçon).

CORDULECERES, Rambur, — Antennes aussi longues que les ailes, ayant à la base extrême un petit nombre de poils verticillés, la massue allongée, ovale et

k4Q NÉVROPTÈRES.

très-concave en dessus ; une touffe ‘épaisse de poils entre les antennes ; yeux avec des divisions égales. Thorax fortement et longuement poilu. Ailes amples, ordinairement larges, mais variant beaucoup, les antérieures non appendiculées, mais avec une notable excision à la base extrême du bord interne, dilatées au milieu, Je bord interne contracté au point où les cubitus se terminent, le sommet pointu ; les postérieures avec la portion anale du bord interne en général doublement et fortement sinuée chez le mâle, légèrement chez la femelle, larges à la portion anale, contractées à la terminaison des cubilus, sans branche transversale du cubitus inférieur, la nervure anale fortement sinueuse. Pattes ayant les éperons des jambes postérieures excédant quelque peu en longueur les deux premiers articles du ftarse, Abdomen court, plutôt grêle dans le mâle et sans appendices, plus court et très-obèse chez la femelle.

Les Cordulecerus sont des Ascalaphes schizophthalmes propres aux régions tropicales et méridionales de l'Amérique. Il a longtemps régné une grande confusion sur la synonymie de leurs espèces. Nous représentons le C. vulpecula, Burm. ou surinamensis (texte) de Guérin-Méneville, non de Fabricius, ou brasiliensis (planches) de G.-Mén. (pl. Lxvur, fig. 3 ; 3 a, tarse postérieur), du Nicaragua et de la province de Minas- Geraes (Brésil intérieur), ayant la tête et le thorax couverts en dessus d’une pubescence serrée et roussâtre, les antennes d’un brun roux, avec la massue d'un jaune ochreux; les pattes jaunâtres, à jambes entourées de brunâtre; l'abdomen brun, marqué de roux en dessus; les ailes larges, inégales, d'une teinte dorée pâle, à nervures et nervules roussâtres, le pterostigma jaunâtre, le bord anal des ailes inférieures du mâle fortement découpé, faiblement chez la femelle, et la base offrant une grande tache brune irrégulièrement triangulaire ; long. corps du mâle, 30 millim., 24 9; long. aile antér. 74 millim., aile post. 66. Rambur a confondu cette espèce avec une autre très-voisine qu'il ïigure, et qui est le €. Maclachlani, Sél.-Longch., du Brésil, à bord anal des ailes postérieures à peine excisé.

Un genre rapproché est celui des Ulula, Rambur, de l'Amérique septentrionale, centrale et méridionale. Nous citerons l'U. Macleyana, uuilding, espèce observée à l'ile Saint-Vincent (petites Antilles). Elle vit solitaire, volant pendant le jour ‘dans les broussailles de l'ile, se nourrissant d'insectes, se reposant fréquemment sur les arbustes morts, et trompant alors ses ennemis par sa couleur et sa position, les antennes et les ailes appliquées contre la branche, l'abdomen se détachant obliquement et simulant un rameau latéral. L'adulte pond à l'extrémité d'une branche de 65 à 75 œufs, cendrés, lancéolés-elliptiques, avec un point blanc au sommet, collés en deux séries alternes, et entourés comme protection de cercles de poils. La larve est ovale, aplatie, poilue, ciliée de chaque côté de dix longs prolongements noirs. C'est cette larve que M. Westwood figure dans son Introduction comme type de celle des Ascalaphes, erreur qui se trouve reproduite dans les

CORDULECERUS. — ASCALAPHES HOLOPHTHALMES. LA

premières éditions de mes Métamorphoses des Insectes. Une autre larve du genre Ulula a été trouvée par M. Bates dans son exploration de l’'Amazone. Ovale, longue de 18 millim., avec les mandibules, et ayant 10 millim. dans sa plus grande largeur, elle présente des mandibules armées de trois longues dents équidistantes, entre lesquelles sont des dents très-courtes et tuberculeuses; la tête est à peu près carrée et rugeuse, profondément concave en arrière, les bords denticulés et frangés; les yeux au nombre de douze, six de chaque côté, placés sur les angles saillants antérieurs de la tête; les segments du thorax et de l'abdomen sont munis chacun d'une longue lamelle aplatie, légèrement courbée, fortement frangée d'épines, la première lamelle du thorax plus longue et plus large que les autres; les pattes sont entièrement cachées sous le large abdomen, concave en dessous. M. Bates dit que les espèces du type Ascalaphe sont très-nombreuses dans la contrée sèche et sablonneuse des Tapajos, et beaucoup plus rares dans les forêts vierges humides du Para et de l’Amazone supérieure. Les Ulula, Ramb, et les Colobapterus, Ramb., se rencontrent particulièrement dans les bois secs et les savanes herbeuses et sèches, restant posés pendant le jour sur des tiges de bois morts et sur les buissons, la tête baissée et les ailes en toit, comme dans tous les genres du groupe des Ascalaphes, sauf le genre Haploglenius, Burm.

M. Mac Lachlan divise en deux séries les genres des Ascalaphes schizophthalmes. Les uns, tous américains (Orphne, Cordulecerus. Ulula, Colobapterus), ont le rameau oblique du cubitus inférieur manquant à la seconde paire d'ailes, et la nervure anale allongée et sinueuse; les autres, de l’ancien monde, offrent le rameau oblique du cubitus inférieur des ailes postérieures joint à la nervure anale et parfois presque oblitéré, et cette nervure anale courte.

Section des ASCALAPHES HOLOPHTHALMES.

Cette section, moins nombreuse en genres eten espèces que la précédente, ne comprend que des genres exotiques des deux mondes, surtout du nouveau. Le plus curieux de ces genres, au point de vue physiologique, est celui des Haploglenius, Burm., de l'Amérique centrale et méridionale. En effet, leurs ailes, au lieu d'être couchées au repos le long du corps, ainsi que cela a lieu dans les autres genres d'Ascalaphes, restent étalées horizontalement à la facon des Libellules, la tête relevée, le prothorax des mâles se prolongeant en dessus en une grande valvule postérieure. Ces insectes ont un vol court, mais rapide, dans les forêts ombragées. Leurs ailes antérieures sont appendiculées dans une partie des espèces, c’est-à-dire ont à la portion basilaire du bord

hh2 NÉVROPTÈRES.

interne une longue et étroite excision, ce qui produit un angle axillaire avancé en forme d'une large dent triangulaire : ces ailes appendiculées se retrouvent aussi dans les genres Ptynx, Lefebv.,des États- Unis du Sud, et Melambrotus, Mac Lachl., à ailes très-étroites, de l’Afrique australe occidentaie. D’autres holophthalmes ont les ailes sans appenaices : ainsi les Cormodes, Mac Lachl., de l'Afrique occidentale, à ailes larges, à corps court et très-robuste; les Zdricerus, Mac Lachl., du nord des Indes, à ailes étroites, à corps long et grêle,

Il, — HÉMÉROBIIDES.

Antennes sétiformes, monïiliformes ou pectinées {males du genre Dilar), sans massue terminale. Tête non prolongée. Ailes postérieures de forme ordinaire, très-rarement très-réduites (Psectra, Hagen). Pattes homonomes. Larves à pince de succion sans dents.

Les genres nombreux de cette famille ont été divisés par M. Hagen en trois groupes, fondés sur des caractères de nervation des ailes,

I. — Subcostale jointe à la nervure médiane (radius de Burmeister), avant le bout de l'aile, le premier secteur parallèle au radius émettant les autres secteurs.

GENRES PRINCIPAUX

NyMmPHES, Leach, — Antennes sétiformes, assez épaisses dans la première moitié, se terminant peu à peu en pointe, au moins aussi longues que le thorax ; pas d’ocelles ; lèvre échancrée au milieu ; palpes des deux sortes, comme dans les Myrmeleon. Ailes subégales, allongées, pointues au sommet, avec beaucoup de nervures transverses, l’espace subcostal ayant de nombreuses nervules transverses, Jambes postérieures ayant une paire d’éperons presque insensibles ; tarse plus couri que la jambe, de cinq articles courts, à ongles simples courbés, ayant entre eux une pelole allongée et bifide. Abdomen très-long, atténué à la base, épaisse en massue au bout,

Ce genre offre une remarquable transition avec les Fourmilions, dont il a l'aspect général par la forme et la nervation des ailes et l'abdomen allongé ; mais les antennes et la plantule tarsale l'en séparent tout de suite. Rambur (Névropt., 1842, p. 412) a établi pour lui la petite famille des Nymphides, et M. E. Blanchard (Hist. des Ins., 1845, p. 302) subdivise les Hémérobiides en Nymphites et Hémérobiites. Le type vivant de ce genre est de la Nouvelle-Hollande : c’est Le N. myrmeleunides, Leach (pl. zxvui, fig. 1, a, son tarse), de la taille du Myrmeleon formicarius,

NYMPHES, OSMYLUS. h43

pubescent, ayant les antennes noires, rousses à la pointe, le thorax roux avec les côtés et la poitrine jaunes, les pattes rousses, l'abdomen d'un jaune roussâtre, avec une bande dorsale et une ligne latérale noires. Les pattes sont courtes, surlout les antérieures, la pelote tarsale divisée en deux larges lanières, presque aussi longues que les ongles. Les ailes sont transparentes et irisées, avec presque toutes les aréoles quadrilatères, ayant aux deux paires le sommet et la partie du bord antérieur qui comprend le pterostigma d’un brun roux, avec une grande tache blanche centrale, de sorte que le tout simule une élégante virgule blanche renversée, à contour roux; toute cette partie est striée de nervules très-nombreuses, extrêmement fines et peu visibles. Ce genre, anomal et de passage, a été autrefois représenté en Europe, car il a deux espèces fossiles, l'une d'elles trouvée à Eichstätt (haut Palatinat bavarois), l'autre dans les succins. Les métamorphoses des Nymphes sont inconnues, du moins aux savants européens. Une autre espèce douteuse d'Australie, qui est peut-être un Osmylus, et deux espèces australiennes du genre voisin Wyiodactylus, Walker, genre ayant aussi les antennes filiformes et pas d’ocelles.

OSMYXLUS, Lair. — Antennes moniliformes, beaucoup plus courtes que les ailes; trois ocelles sur le vertex ; labre entier, transversal; mandibules cornées, tranchantes, sans dents ; lobe externe des màchoires arrondi en avant et velu, lobe interne étroit, pointu, garni de soies crochues ; palpes maxillaires de cinq articles, le dernier en pointe prolongée, les trois premiers plus courts ; lèvre arrondie, entière, velue, avec palpes labiaux latéraux de trois articles oblongs. Quatre ailes vitrées, avec nombreuses nervules transverses, les posté-

- rieures plus courtes et plus étroites que les antérieures, l’espace costal large, mais très-rétréci à la base, l’espace subcostal avec une seule nervule transversale basale, le premier secteur rapproché de la nervule médiane (radius, Burm.) et projetant beaucoup de branches parallèles. Hanches antérieures des femelles munies d'une sorte de corne crochue ; tarses de cinq articles, le premier au moins aussi long que le dernier, avec ongles simples et une pelote. — Larves à vie semi-aquatique, semi-terrestre.

Le genre Osmylus, si bien caractérisé par la présence des trois ocelles, renferme une douzaine d'espèces, d'Europe, des Indes, d'Australie, de Tasmanie, de la Nouvelle-Zélande, et une espèce fossile des succins. M. Hagen propose de former un genre pour l'O. strigatus, Burm., d'Australie, chez qui l’espace subcostal présente plusieurs nervules transversales au sommet, et qui offre le premier secteur bien séparé de la nervure médiane.

Le type est l'O. chrysops, Linn., plus connu sous le nom d'O. maculatus, Fabr. (pl. Lxvii, fig. 2; 2 à, vertex avec ocelles ; 2 b, larve grossie ; 2e, grandeur naturelle), long. du corps, 12 à 16 millim.; long. aile antérieure, 18 à 24; envergure, près de 50 millim. 11 a un peu l'aspect

AU NÉVROPTÈRES.

d'un Fourmilion, Le corps est d'un gris noirâtre; a tête, à vertex bossu, d'un brun rouge clair. Le thorax est jaunâtre en dessus au milieu, les nervures des ailes variant entre le brun noir et le jaune pâle. Les taches des ailes différent beaucoup en rombre et en grandeur suivant les individus; ilen est où le champ costai de l'aile antérieure est presque sans taches. Leur couleur, parfois d'un jaune brun, est le plus souvent d'un noir plus ou moins foncé; les pterostigma sont indiqués pur un trouble laiteux. Dans les sujets bien marqués, l'aile antérieure a tout son pourtour bordé de macules subcarrées, six dans la bande costale avant le pterostigma, deux au delà vers le sommet, huit au bord inférieur, cinq du milieu au sommet, trois entre ce milieu et la base, en outre une petite tache ronde au milieu du disque, et trois petites taches rondes près de l'insertion de l'aile; l'aile inférieure offre seulement sur la bande costale le pterostigma et une tache brune au delà, près du sommet. Les deux sexes sont semblables ; cependant la femelle a d'ordinaire les ailes un peu plus grandes. On consultera, pour l'histoire spéciale de cette importante espèce : L. Dufour, Recherches sur l'anat. et l'hist. natur. de l'O. maculatus (Ann. sc. nalur., Zoor., 3° série, 1848, IX, p. 344, pl. xv1). — H. Hagen, Die Entwicklung und der innere Bauvon Osmylus (Linncæa entomologica, Berlin, 1852, p. 368, VII, pl. ur et 1v).

L'O. maculatus pond ses œufs par rangées régulières, les uns à côté des autres. Ils sont longs d'un millimètre et demi, et quatre fois moins larges, oblongs allongés, convexes en dessus, un peu plus arrondis à Ja moitié postérieure, aplatis en dessous, et si fortement collés, qu’on les endommage en essayant de les détacher. A la partie antérieure et contenant le micropyle, se trouve fixé obliquement un petit bouton sphérique, un peu avant le bout, muni d'un col à court étranglement, et analogue à celui des œufs de certains Perliens. La couleur de ces œufs est d'abord, y compris le bouton, celle de la cire blanche, et elle devient d'un gris perle à mesure que l'embryon se développe. Leur surface est rugueuse, et, avec un fort grossissement, on y reconnait un réseau à fines mailles, qui fait partie de l'enveloppe externe. Ces œufs sont presque opaques ; cependant, observés sous l'huile ou sous l'eau, ils permettent de voir assez bien ce qui se passe à l'intérieur. L'embryon présente un organe transitoire très-intéressant, déjà découvert par Kirby, Spence et Oken pour l'éclosion des œufs de certains Pentatomes (Hémipt. hétéropt.), retrouvé bien plus tard par M. Balbiani sur les larves naissantes des Phalangium (Arachnides) et des Puces (Insectes aphaniptères). Dès la veille de la sortie de la larve de l'Osmyle, on voit apparaître à l'extrémité antérieure de l'œuf un trait foncé et net, long d'un demi-millimètre. Le lendemain matin de bonne heure, les enveloppes se fendent, d'abord à partir du bouton, sur environ un tiers de la longueur tctale de l'œuf, et l'extrémité brune et brillante de la tête de la larve se presse à travers la fente étroite et peu élastique, jusqu’à ce que toute Ja larve soit sortie, par une série de mouvements ondula-

OSMYLUS. hn5 foires d’arrière en avant. On trouve, engagé dans la fente de sortie, un corps en manière de feuille cornée, dure, d'un jaune brun, presque aussi long que la fente de l’œuf, et où le microscope laisse voir une suite de dents de scie dirigées en arrière. Elle s'implante sur une sorte de casque, et une extrémité plus large, courte, arrondie, surplombe la peau adhérente dans la région du bouton, et ressemble au manche d’une scie. C'est un organe transitoire, comme le tubercule corné de la mandibule supérieure du bec des jeunes poulets, servant à la larve à fendre la peau de l'œuf, avec l'impulsion que donnent les mouvements ondulatoires dont nous avons parlé. Cette scie et la peau adhérente demeurent dans l'œuf, une première mue s'opérant à l’éclosion même, ainsi que cela a aussi été observé sur des Araignées sortant de l'œuf.

Les larves des Osmyles ont une existence amphibie, en partie dans l’eau, en partie dans la terre humide des berges. Elles ont été étudiées tant à l’état libre par Fr. Brauer (Wiegmann’s Archiv, 1851, p. 255-258, pl. 11, fig. 1), qu’au moyen d’éducations en captivité et à tous les âges par M. Hagen, qui les conservait dans des vases de verre dont le fond était couvert de sable humide. de terre, de fragments detuiles et de mousse. Au repos et sans contraction, la larve, parvenue à tout son développement, offre 2 centim. de longueur de l'extrémité des mandibules au bout de la queue, et sa plus grande largeur est de près de 4 millim. Elle est fusiforme, un peu aplatie, ressemblant aux larves desChrysopes, ou Lions des pucerons de Réaumur. La tête est petite, arrondie, peu rétrécie en arrière et d'un brun noir. Les mâchoires grêles, en forme de sabre, sont d'un brun rouge ; longues de 3 millim., d'abord droites, elles sont à l'extrémité recourbées extérieurement et en haut. Elles sont constituées par les mandibules et les maxilles très-rapprochées, ne s'écartant jamais à la volonté de l'insecte, et leur base est renflée en massue. C'est la mandibule qui se recourbe extérieurement; la maxille reste droite, et s’insère un peu plus bas, au côté inférieur de la tête, appuyée sur quelques petites plaques cornées. La maxille s’adapte dans une gouttière longitudinale de la mandibule, à peu près comme chez la larve du Fourmilion. À un fort grossissement, la pointe des mâchoires se montre finement dentelée sur environ un quart de leur longueur, la mandibule en dedans, la maxille en dehors, avec un sens inverse pour la direction des dents; en outre le bord enveloppant de la gouttière longitudinale est muni de dents dirigées obliquement vers la tête. Les dents de la mandibule sont en scie, celles de la maxille en peigne. La pointe extrême de la maxille paraît sans dents et un peu plus mousse que la mandibule, qui reste tranchante et dentelée jusqu'au bout. Quand les dents sont implantées dans la proie, le mouvement de va-et-vient de la maxille produit le broiement des parties saisies, c’est-à-dire une très-fine mastication, et les parties ainsi divisées s'avancent vers l’œsophage. Il n’y a ici de succion véritable qu'autant

16 NÉVROPTÈRES.

que la bouillie alimentaire s’achemine, non comme ailleurs entre les deux mandibules et les deux maxilles, mais entre une mandibule et une maxille de chaque côté. Entre les mâchoires s'insère un peu en dessous une lèvre inférieure séparée en deux papilles oviformes, et portant des palpes labiaux à quatre articles cylindriques finissant en pointe fine.

Les antennes sont articulées en avant de la tête, un peu en dessus des mandibules, et de couleur jaune claire comme les palpes. L'article basilaire, entouré d'un bourrelet, est gros et cylindrique ; puis vient un long tube terminé en soie grêle, et autour duquel s'insèrent une quarantaine de plaques cornées en croissant, reliés par une membrane transparente et portant des soies. Le labre est indiqué par un bord étroitet bien détaché; il n'y a pas d'ouverture buccale en dessous, car la même peau réunit le labre, la lèvre inférieure et la base des mächoires.

Enfin, au bord externe de la tête, en arrière et en dehors des an- 4ennes, sont six yeux simples en deux rangées, de chaque côté.

Après un cou ovoïde se présente le thorax en trois segments bien séparés, le prothorax étroit et subcarré, les deux anneaux suivants renflés et ovales, le plus grand diamètre en largeur. Six pattes grêies s'y attachent en dessous. L'abdomen comprend neuf segments, dont les huit premiers ressemblent de forme aux mésothorax et métathorax, mais vont en diminuant progressivemeut de largeur à partir du quatrième; ils portent, ainsi que les deux derniers segments thoraciques, sur les côtés, des tubercules d'où partent deux soies, dans la partie médiane une double série de dessins oblongs, de chaque côté d’une ligne dorsale centrale, et, par anneau, deux rangées transversales de soies portées sur de petits tubercules. Le neuvième segment est en forme de cylindre allongé.

De chaque côté de ce dernier segment se détachent en divergeant deux tubes, en partie rétractiles, et dont la fonction est caractéristique et importante. Quand les tubes sont un peu saillants, chacun présente six taches foncées ; mais, si on les fait sortir davantage, elles se relèvent en six rangées consécutives de crochets jaunes, environ douze par rangée, de grandeur croissante vers le corps de l’insecte, couchés au repos, la pointe tournée vers l'animal. Les deux derniers segments de l'abdomen servent de propulseurs, et les tubes à crochets, au contraire, saillants à la volonté de la larve, d’organe à la fois moteur et fixateur, la larve ayant besoin d'être retenue solidement par les crochets quand la victime, embrochée par les mâchoires, cherche à entrainer son agresseur, M. Hagen a vu des larves se soutenir en l'air, suspendues par ce seul appareil. Ces crochets sont analogues à ceux des pattes ventrales des chenilles, et paraissent servir à retenir en arrière sur la berge la larve amphibie, lorsqu'elle pêche au bord des ruisseaux: | Au dernier segment, un peu échancré en dessous, s'adapte un anus

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très-peu visible, et qui est aussi pour M. Hagen l’orifice de la filière.

Les larves élevées par cet observateur semblaient peu vives, quand on ne les inquiétait pas ; elles faisaient seulement mouvoir la tête et les mâchoires avec fréquence. Quand on les touche, elles simulent la mort, comme celles des Fourmilions, mais pour peu d'instants. Elles restaient d'ordinaire couchées dans la mousse, où le long des fragments de tuile, en attitude de guet. Elles ne peuvent pas nager, ni résister à un courant. Elles restent cependant dans l’eau assez longtemps, et celles observées par M. Fr. Brauer avaient été pêchées par lui. M. Hagen a vu souvent les jeunes larves tomber pendant la nuit dans un vase rempli d'eau, destiné à les empêcher de fuir, et y rester tranquillement couchées presque à la surface, sans avoir souffert. Il me paraît probable qu'elles viennent respirer au dehors, car on ne leur trouve aucun appareil branchial; elles recherchent probablement leur proie à proximité des rivages, et, sans doute aussi, sous l'eau, en longeant le fond, afin de pouvoir se fixer par leurs tubes à crochets pour saisir la proie. :

A défaut d'autre nourriture, M. Hagen leur donnait des vers de farine (Tenebrio molitor, Coléopt.) découpés, dont elles cherchaient en vain à percer la peau coriace, et les plus jeunes furent alimentées avec des mouches écrasées. Elles étaient la plupart du temps peu gloutonnes, surtout les vieilles larves, et il fallait mettre la proie tout près d'elles, ou même avec une pince la poser sur leurs mâchoires. Elles ont la vie dure ; elles choisissent leurs quartiers d'hiver à proximité de l’eau, sous la mousse, sur des troncs d'arbres morts, où on les trouve encore engourdies à la fin d'avril. Elles vivent dans le voisinage des ruisseaux ombragés et à cours rapide, avec un rivage et un fond résistants de graviers et de pierres. D'après leur croissance, M. Hagen estime à une année la durée de l’état de la larve.

Peu avant leur nymphose, ses larves captives cessaient de manger, et ‘endaient parfois dans le bocal, en travers et en croix, des fils grossiers, dont un seul suffisait pour porter la larve ; après avoir trouvé un endroit propice, la larve filait son cocon, la plupart du temps de forme irrégulièrement arrondie, dans une feuille repliée, entre des morceaux de tuile, et même contre la paroi du verre. Cette opération se fait par la pointe de l’abdomen, pendant que la bête repose couchée sur le dos, et les mouvements en sont lents. Le dernier article de l'abdomen, qui est mousse (les tubes à crochets étant entièrement rentrés), assujettissait par une pression molle le fil qui en émergeait. Il semble hors de doute que les tubes à crochets ne sont pas eux-mêmes des filières, et n'ont pas de rôle dans cette opération ; on doit au contraire considérer l'orifice anal rudimentaire comme étant aussi celui d'une filière analogue à celle des larves de Fourmilions, auxquelles manquent complétement les tubes à crochets. De temps en temps seulement, quand ‘une portion du tissu est assez achevée, l'extrémité

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de l'abdomen se porte à un point plus éloigné pour y recommencer ce travail, avec la même lenteur.

Vue au microscope, la structure des cocons présente un tissu irrégulier à mailles grossières, dans lequel sont mélangés de petits grains de sable ; dans les unsil est lâche et transparent, et alors les plus grandes mailles sont rattachées par une mucosité vitrée, durcie, analogue à la bave séchée des Limaces; dans d’autres il est plus compacte, plus ferme, presque papyracé. La larve referme soigneusement les trous qu'on fait à son cocon au début. Quand la construction est achevée, au bout de trois à quatre jours, la larve se couche accroupie, la tête contre le ventre, au fond du cocon, sans s'y fixer autrement.

M. Hagen fut très-surpris de trouver bientôt après les mâächoires détachées, au ras de leur extrémité basilaire en massue ; elles se trouvaient de chaque côté de l’abdomen, et, après la mue en nymphe, qui s'opère une dizaine de jours environ après le commencement du cocon, ces machoires gisaient librement sur l'abdomen de la nymphe. Ce n'est pas un dégagement par résorption d'une partie interne plus mince, c'est une vraie cassure, comme le montre le microscope. Cette rupture semble se faire par la volonté de la larve, qui appuie sa tête, un peu recourbée en dessous, sur la pointe des mâchoires, tandis que, l'extrémité abdominale fixée à la partie supérieure du cocon, elle roidit horizontalement son corps. On comprend que, dans cette position, un effort modéré doit facilement amener la rupture des mâchoires à la base, plus large, mais probablement d’une texture moins coriace qu'à la pointe. Aucun autre insecte ne paraît présenter un pareil procédé avant sa nymphose ; les choses se passent autrement pour les larves de Fourmilions, chez lesquelles les màchoires restent fixées et intactes à la peau de la larve. Il faudra chercher à voir ce qui se passe à la même phase pour les larves de Chrysopes. M. Ragen pense que, sans cette rupture, lorsque la nymphe sort de la peau de larve par une fente dorsale du thorax, la tête, fortement recourbée contre la poitrine, blesserait l'abdomen par les pointes acérées des mâchoires, et c'est sans doute en prévision d'un danger analogue que, dans la mue de la jeune larve, contre la règle générale, l'extrémité caudale se dégage la premiere, et la tête en dernier. Ce danger n'existe pas pour les larves de Fourmilions, car les mâchoires, fortement recourbées en avant, forment une surface mousse et arrondie. Les trachées de l'Osmyle, comme cela a lieu souvent, participent à la dernière mue, ainsi qu'on le reconnaît en examinant la peau de la larve qui reste dans le cocon.

C'est Le soir ou la nuit qu'avait lieu la métamorphose en adulte. Les insectes parfaits étaient très-paresseux, posés immobiles ou se traînant lentement çà et là. Les ailes se dépliaient instantanément, sans rester pliées un certain temps, comme chez le Fourmilion. Leurs taches apparaissaient dès la première nuit, entièrement colorées.

La distribution géographique de l'O. maculatus est très-étendue,

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comme cela arrive souvent pour les insectes dont la vie est en partie aquatique. Il manque complétement en Laponie (Zetterstedt), et ne paraît pas dépasser le milieu de la péninsule scandinave dans sa limite septentrionale. On le rencontre en Danemark, dans toute l'Allemagne, au nord à Dantzig et Hambourg, à l’est jusqu'en Silésie, dans toute l'étendue du Rhin au Niemen, au sud dans toute l'Autriche, en Carinthie et en Carniole. Il se trouve en août à l’état adulte en Angleterre, localisé et même très-commun en beaucoup d’endroits ; à la même époque, par places et médiocrement fréquent, dans toute la France et en Suisse. On l’a rapporté de la Sicile et du Caucase, ce qui fait supposer son existence dans les vastes régions intermédiaires ; on n'a pas de données sur son existence en Espagne et en Portugal. On ignore ses limites d'extension en altitude.

L'Osmyle tacheté vit aux mêmes endroits que sa larve, sur les bords des ruisseaux très-ombragés, et ne parait pas s'éloigner beaucoup des lieux de sa naissance. Il est insectivore, d’après les résidus trouvés à l’autopsie stomacale par L. Dufour, et n'épargne même pas les individus de sa propre espèce, du moins en captivité. Pendant le jour, il reste le plus souvent posé sous la face inférieure des feuilles, ou dans les abris du sol, dans les broussailles, dont on le fait partir en battant. C’est un insecte crépusculaire, volant le soir; ses ailes, couvertes d'une villosité moelleuse, exercent un vol faible, peu prolongé et tout à fait silencieux. Les muscles du thorax sont en effet insuffisants pour un vol énergique. Aussi, à de courts intervalles, l'insecte est obligé de se poser, les ailes repliées sur le corps; il court assez vite. Cette espèce a été prise, le soir, par M. J. Fallou, à la miellée, c’est-à-dire sur des arbres enduits de miel; peut-être cela indique-t-il un insecte porté à rechercher les pucerons à sécrétions sucrées. On connait mal la durée de la vie de l'adulte.

M. Hagen observa le rapprochement sexuel sur un couple de ces insectes en captivité dans une cage de gaze. Ils restèrent d’abord à petite distance, les corps du mâle et de la femelle agités de mouvements vermiformes. Puis le mâle glissa ses ailes gauches sous les ailes droites de la femelle, les pointes abdominales se rapprochèrent, le corps du mâle courbé en S et se glissant sous celui de la femelle, son extrémité fixée entre les appendices vulvaires redressés de la femelle, et exécutant des mouvements rhythmiques à intervalles intermittents. La copulation dura une heure, puis les insectes se séparèrent et coururent ou voletèrent très-vivement dans la cage. Pendant plusieurs heures la femelle porta sous le ventre, presque jusqu'aux pattes, la vulve et la poche copulatrice, comme un long cornet blanc, extroversées. Il n’y eut pas de nouveau coït, quoique le mâle en fit plusieurs fois les préludes. Plus tard tout rentra en place chez la femelle, et les appendices vulvaires reprirent la position normale, La ponte dura cinq où six jours. De son abdomen un peu recourbé la femelle collait les œufs

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en rangées d’une dizaine au moins, ou parfois isolés, sur des pierres, des tuiles, des fragments de plantes, la partie de l'œuf avec le petit bouton sortant la dernière. L’autopsie de la femelle ne montra plus qu'un petit nombre d'œufs restés dans les ovaires affaissés.

Les caractères distinctifs des sexes chez l'O. maculatus consistent surtout dans un examen minutieux des pièces génitales externes. Les crochets des hanches antérieures subcornés, roussâtres, à peine arqués et assez longs, propres aux femelles, ne servent pas d'appui au mâle pendant la copulation, comme le supposait L. Dufour. L'orifice génital du mâle se trouve dans la membrane de connexion éntre les huitième et neuvième segments ventraux, el, de chaque côté, sont deux pointes coniques cornées, courtes et émoussées, d'un seul article; en soulevant le huitième segment ventral et en pressant un peu sur la fente longitudinale destinée à la sortie du pénis, on trouve, de chaque côté de cette fente, un petit cylindre charou dont une plaque cornée tranchante couvre l'extrémité, et cet appareil, muni de petits muscles, sert trèsprobablement à écarter les deux valves cornées qui recouvrent l’orifice vulvaire de la femelle entre les quatre cônes cornés du neuvième segment ventral, et un peu au-dessus d’eux est situé l'anus, protégé de chaque côté par deux longues plaques cornées roussâtres, triangulaires, qui sont réellement les rudiments bifides du dernier segment dorsal. Sur la partie externe de chacune de ces plaques existe une petite bosse hémisphérique blanche, d'usage inconnu, se détachant très-visiblement par sa couleur et les poils plus abondants qui la recouvrent. M. Hagen est tenté de la regarder comme le vestige du tube à crochet de la larve. Chez la femelle, au-dessous et au bout de l'abdomen, dont la pointe porte un simple palpe vulvaire, est une plaque noire en rectangle, légèrement échancrée en avant, munie en arrière de deux plaques oblongues, d'un seul article, et entre lesquelles s'ouvrent la vulve et l'anus ; de forts muscles, situés sur la face dorsale de l’abdomen, dressent ces valves presque verticalement, quand la poche copulatrice extroversée fait saillie entre elles. Derrière ces muscles, à l'extrémité du corps, débouche l'anus, à côté duquel se trouve, chez la femelle comme chez le mâle, cette bosse blanche hémisphérique, aux contours très-accusés, dont nous avons parlé.

L'analomie interne de l'Osmylus, type important de passage aux genres Hemerobius et Chrysopa d'une part, d'autre part aux genres à larves tout à fait aquatiques, comme Sisyra, nous présente d’intéressantes particularités.

Le système nerveux ressemble complétement à celui des Chrysopes (voy. Lüw, Linnæa entomol., 1848, p. 379. Le grand ganglion céphalique montre très-bien les lobes optiques épais, cylindriques, trois rameaux fins allant aux ocelles, deux aux antennes; il est très-éloigné du {horax. Les trois ganglions thoraciques sont très-rapprochés, tellement que leur intervalle est à peine plus grand que le ganglion lui-même,

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Le premier. celui du prothorax, est coupé droit en avant, et tous trois sont d'égale grandeur. L’abdomen présente sept ganglions, le premier rapproché du ganglion métathoracique, les suivants très-distants les uns des autres, les deux derniers tout près l’un de l’autre, mais sans se confondre. Les six premiers sont d’égale grandeur et très-pe'its, le dernier beaucoup plus gros, semblable aux ganglions thorac'ques, avec trois paires de nerfs de chaque côté, les deux premières dirigées en avant, la dernière postérieurement. Une abondante couche de trachées et de graisse recouvre le système nerveux de l'adulte. M. Hagen n’a pu suivre qu'incomplétement les systèmes nerveux de la nymphe et de la larve: dans celle-ci, les premiers ganglions abdominaux bien espacés, le dernier très-gros, les deux précédents très-rapprochés, fort différents du système nerveux de la larve du Fourmilion, avec ses ganglions serrés en grains de collier.

L'appareil dizestif de l'adulte est entouré à son début de glandes salivaires très-analogues à celles des Sialis, formées par un vaisseau tubuleux sécréteur plus ou moins courbé en anse, muni d’un réservoir ovalaire, s'atténuant en avant en col, les deux cols confluant dans un très-court canal excréteur s'ouvrant dans la bouche. Le tube digestif est droit et de la longueur du corps. L’œæsophage se dilate dans le thorax en un jabot muni d'une panse latérale allongée (Saugmagen, estomac de succion des Allemands), de forme et d’ampleur très-variables, parfois rempli d’une bouillie brune. Entre le jabot et l'estomac, et enchatonné à la base du jabot, vient un petil gésier ambré, analogue à celui de l'Hémérobe et du Fourmilion, avec huit colonnes calleuses internes, bordées d'un filet corné brunâtre, et constituant un organe interne de trituration, les huit pointes effilées et convergentes de ces colonnes formant une valvule à l'entrée de l'estomac gastrique. Celuici, extensible, allongé, cylindrico-conique, marqué parfois de rubans musculeux annulaires, se termine en arrière par un lézer bourrelet annulaire, indice d’une valvule analogue à l'iléo-cæcale des Vertébrés ; tout autour, et toujours comme dans les deux types cités, s'implantent isolément huit canaux urinaires, longs capillaires flexueux, les bouts flottants dirigés les uns en avant, les autres en arrière. Après l'estomac vient l'intestin, beaucoup plus court, plus ou moins contracté à son origine, et se terminant par un rectum peu développé.

Dans la larve, après l'œsophage, l'estomac, en forme de citron, porte des bandes transversales de points glanduleux; son tiers antérieur est entouré par la panse ou estomac suceur, qui y est comme collée, et présente, développée, un tube à deux courbures, terminé par un élargissement oblique, s’'abouchant par l'autre bout, en bas et postérieurement,au jabot. La pointe inférieure de l'estomac est entourée de sept vaisseaux urinaires et non huil, comme chez l'adulte et les espèces voisines. L'intestin, très-différent de celui de l'adulte, offre, immédiatement après l'insertion des vaisseaux urinaires, un court élargissement

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piriforme, puis un long tube aussi grêle que l’æsophage, contourné, et dont la longueur égale celle du jabot et de l'estomac réunis, se ter-minant, avant son entrée dans le gros intestin, par une courte portion courbée, dont les sinuosités sont fixées ensemble. Le gros intestin a la forme d'une carotte, gros et coupé droit en haut, puis s'effilant peu à peu et un peu recourbé, légèrement élargi deux fois avant son extrémité ; ses parois glan lulaires ridées transversalement, sans connexion avec les tubes à crochets. Il sert, d'après M. Hagen, de réservoir commun aux excréments et à la matière de l'appareil fileur. Celui-ci est une longue glande, en boyau cylindroïde, contournant tout l'intestin, et débouchant à l'entrée du gros intestin.

L'appareil respiratoire de l'O. maculatus consiste en trachées entièrement tubulaires ou élastiques en rapport avec le vol faible de l’insecte. Les stigmates sont visibles, même presque sans grossissement, sur le vivant.

L'appareil génital a été l’objet d'une étude très-approfondie, et il est remarquable par sa complication, surtout dans le mâle. Les deux testicules, déjà dans la nymphe, sont renfermés dans un scrotum unique, comme cela a lieu chez les Hyménoptères et chez beaucoup de Lépidoptères; d'une couleur jaune intense, visible même à travers la peau, ovale-cordiformes ; les testicules, séparés, mais très-rapprochés, sont d'un jaune blanc, piriformes, contenant chacun une vingtaine de capsules spermifiques, en tubes cylindroïdes.courts appliqués les uns contre les autres, leurs extrémités libres formant la pointe du testicule, qui est dirigée en avant, les autres bouts se réunissant en pointe, d’où part le canal déférent. Celui-ci commence de chaque côté par une boucle blanche, étendue dans le scrotum le long du testicule, puis perçant l'extrémité postérieure et s’avançant dans la cavité ventrale en forme de gros vaisseau libre droit d’abord, puis offrant quatre courbures spiralées. Ensuite il s'applique extérieurement sur l'intestin, se relève sous la pointe triangulaire de la vésicule séminale, décrit une double courbe, et va s’insérer dans l’appendice inférieur de cette vésicule ; toute sa première moitié est entourée d’un mince réseau épiploïque graisseux. Les vésicules séminales, très-complexes, offrent deux parties, la vésicule propre située en haut, et un déversoir commun placé en bas. Les vésicules proprement dites sautent d'abord aux yeux par leur volume considérable, quand on ouvre l'insecte. Elles forment deux tubes rigides et contigus, où l'on distingue trois parties, placées derrière l'extrémité inférieure de l'estomac. La partie médiane est un gros cylindre droit, environ une fois aussi long que large, assujetti côte à côte à son congénère, blanchâtre, avec une teinte jaune-citron à l’intérieur, perçant à travers ses parois blanches; la seconde partie, placée au-dessus de la médiane, blanchâtre, est comme un boudin formant une boucle se recourbant en haut et du côté extérieur, ayant son extrémité pointue, fermée en forme de sac. La troisième partie, insérée inférieu-

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rement au cylindre médian, forme un petit sachet triangulaire, reposant libre à côté de son congénère. A l’intérieur un tube creux continu existe à travers les trois parties, contenant un cylindre transparent de texture gélatineuse, rempli de nombreuses touffes de spermatozoïdes, pareils à ceux des Lépidoptères, serrés les uns contre les autres et immobiles. En outre, une petite glande annexe (vésicule accessoire de L. Dufour) se trouve à l'extrémité inférieure de la partie médiane, constituée par un tube court, étroit, aveugle à un bout, un peu élargi à sa naissance et roulé fortement sur lui-même. Les canaux déférents se continuent depuis les vésicules séminales jusqu'à un déversoir unique, blanc, piriforme, dont la partie inférieure rétrécie aboutit à un court canal éjaculateur, se rendant à un pénis membraneux, dont deux plaques cornées triangulaires recouvrent la pointe fendue en dessous. IL peut saillir à travers la fente longitudinale qui s'ouvre à l'extrémité postérieure de l'insecte, pour transmettre par sa fissure terminale le sperme dans la vulve de la femelle.

La forte extroversion de la poche copulatrice et de la vulve de celle-ci, indique que le pénis pénètre très-loin pendant la copulation, et l'extroversion est indubitablement produite, lors du retrait du pénis, par les pointes divergentes des plaques cornées qui recouvrent le gland.

L'Osmyle mâle présente enfin un organe spécial, que L. Dufour qualifie d'insolite. Tout à l'extrémité de l'abdomen se trouve, de chaque côté, un corps aplati, oblong, enveloppé à l'extérieur d'une bourse membraneuse blanche, qui s'adapte complétement à la face interne des plaques cornées triangulaires, dont nous avons parlé comme rudiments du dernier segment dorsal. Si l'on ouvre ce sac, il en sort une plaque large, veloutée, d'un noir foncé, que L. Dufour compare justement à une semelle de soulier d'après sa forme, enveloppée d'une légère couche graisseuse blanche, constituée par une poche plate, dont toute la paroi interne est une peau couverte de touffes de villosités. De l'extrémité la plus étroite de cette poche part un conduit évacuateur court et noir, qui semble fixé près de la bosse blanche de la plaque cornée entourant l’anus, et à l'extérieur près des deux petits cornés. M. Hagen n'a pu découvrir d'orifice externe à ce Canal, mais s’est assuré qu'il n’est en communication ni avec les parties génitales, ni avec le gros intestin. On est dans une complète ignorance de l'usage de cet appareil. L. Dufour émet l'hypothèse assez singulière (non sans quelque rapport avec ce qui se passe chez certains poissons, les Syngnathes) que le mâle collerait les œufs pondus par la femelle avec une sécrétion de cet organe; mais M. Hagen a constaté que le mâle ne prend, comme d'ordinaire, aucune part à cet acte, et que la femelle opère sa ponte quelques jours après la mort du mâle.

M. Hagen a trouvé de grandes analogies entre le développement de l'appareil génital chez l'Osmyle et ce qu'avait reconnu de Suckow dans

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l'étude qu'il a faite, en ce genre sur le Lasiocampa Pini (Lépid.). Chaque testicule commence par se former isolément, et ils ne se réunissent sous un scrotum commun de couleur jaune qu'à la fin de la vie de la larve (c'est seulement au début de la chrysalide chez L. Pini). Les vésicules séminales, si grandes chez l'adulte, ne commencent à apparaître chez la nymphe que le quatorzième jour. M. Hagen n'a trouvé qu'un seul canal déférent chez la larve, peut-être formé par l'accolement intime des deux canaux devant se séparer plus (lard, et alors que la réunion des testicules dans un scrotum unique était encore récente et visible par translucidité. Chez l'Osmyle comme chez le L. Pini, le développement complet du pénis et de ses annexes ne se montre qu'à la fin de la vie nymphale. Enfin on voit, à l'extrémité de l'abdomen de la larve, de petites cavités glandulaires qui ne semblent pas appartenir aux parties génitales, mais sont le premier rudiment de l'appareil en forme de semelle de soulier.

Dans la larve femelle de l'Osmyle à sa grandeur complète, les ovaires se montrent sous la forme de petites lames blanches, en carré irrégulier, à angles un peu recourbés, avec quatre rangées parallèles longitudinales en bourrelet, fixées dans le voisinage de l'estomac par des trachées, et l’oviducte n’est pas encore nettement distinct. Chez la femelle adulte les deux ovaires forment des fuseaux grêles et allongés, contenant chacun dix gaines ovigères multiloculaires, dont les pointes convergentes aboutissent à un ligament suspenseur très-ténu, adapté au thorax, et dont les parties inférieures se rattachent latéralement aux parois ventrales par de forts ligaments. Les deux ovaires se réunissent par un Col court en un oviducte ayant à son origine un renflement à parois épaisses. Deux glandes sébifiques sont annexées à cet oviducte. Chacune offre un organe sécréteur et un conduit efférent. Le premier est une très-petite vésicule ovoïde et un peu aplatie, d’une faible teinte roussätre, constituée par une capsule incluse et une enveloppe charnue subdiaphane, peut-être contractile ; le conduit efférent est un long filet très-ténu, élastique à la façon d'un ressort de montre et s’enroulant en spirale à tours de divers diamètres, dont la tunique est la continuation de celle de l'organe sécréteur, et qui s’insère à la partie supérieure et postérieure de l'oviducte. Fil et vésicule sont recouverts d'une couche blanchâtre de graisse et de trachéoles, ressemblant beaucoup au réseau graisseux du canal déférent du mâle. L. Dufour compare cette structure à celle de la glande sébifique, impaire et unique, d'un Diptère, le Scenopinus fenestralis, formée d'une vésicule oblongue et d'un filet efférent, élastique et en spirale, ayant plusieurs fois la longueur de tout le corps de l'insecte. Sur le côté gauche et derrière l'oviducte de la femelle de l’'Osmyle, se trouve la poche copulatrice impaire, en réservoir oblong et membraneux, plus ou moins boursouflé suivant la quantité de sperme qu'il tient en réserve. C'est cette poche copulatrice dont nous avons mentionné l’extroversion, qui per-

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siste quelque temps après le coït; elle débouche par un col dans le vagin, qui continue l'oviducte.

Les gaines ovigères sont, jusque près de leur abouchement dans le col de l’ovaire, remplies d'une seule rangée d'œufs, de grandeur décroissante jusqu'aux pointes supérieures, celles-ci constituées par une membrane amorphe, et sans qu'on y distingue de vésicules germinatives libres. Là où se montrent les premiers œufs, la paroi des gaines ovigères prend un aspect glanduleux. Un œuf pris à l'extrémité supérieure des gaînes accusait la forme ovale sans le petit bouton. Le vitellus se compose de petits granules de graisse ronds et simples, et est entouré d'une membrane vitelline claire et amorphe. Autour de cette membrane se trouve une couche de cellules arrondies, à gros grains, qui formeront plus tard l'enveloppe externe. Au milieu de l'œuf et plus près de la surface, se trouve la très-grande vésicule germinative, en forme de cercle, et, dans cette vésicule, la tache germinative, é galement circulaire ; toutes les deux sont transparentes et jaunâtres. Sur des œufs plus grands et très-rapprochés de l’oviducte, on aperçoit la peau externe de l'œuf déjà complétement constituée, et ce qui sera plus tard le petit bouton en forme de bosse mousse et déjà emplie d’une masse amorphe d'un brun foncé. On distingue encore bien la vésicule germinative, avec la tache, mais cette vésicule relativement très-pelite, et le vitellus à granules assez gros et simjles.

Il est très-vraisemblable que Réaumur, dans deux très-mauvaises figures (t. HE, pl. xxxin, fig. 44 et 15), a représenté la larve de l'Osmyle. Il la plaçait dans le même groupe que celle du Drepanopteryx phalænoides, d'après l’absence des tubercules piligères propres aux larves des vraies Chrysopes, sans se préoccuper de la différence des mâchoires, droites pour l'Osmyle, recourbées pour le Drepanopterya.

M. Walker, sous le nom de Stenosmylus, a créé un genre voisin des Osmyles, aussi à trois ocelles, à prothorax allongé et subcylindrique, à ailes allongées, étroites, tantôt subarrondies au sommet, tantôt aiguës, à pattes grêles, avec la pelote tarsale bifide. Ce genre comprend des espèces d'Australie et de la Nouvelle-Zélande, et peut-être de l'Amérique du Nord.

SiSvRa, Burm. — Antennes moniliformes, un peu plus courtes que l’aile antérieure ; päs d’ocelles ; palpes maxillaires avec le dernier article très-grand, comprimé, aplati, pointu au bout; palpes labiaux petits et peu visibles. Prothorax court. Ailes avec un peu de nervules transversales, ayant l'espace subcostal large et libre, la subcostale et la médiane se rejoignant au sommet, les postérieures un peu plus petites que les antérieures ; nervules transversales dans la bande costale simples, une partie trouble à l'endroit du pterostigma, un seul secteur du radius (ou nervure médiane, avec deux ou trois rameaux fourchus à leur extrémité. Pattes cylindriques, tarses à ongles simples et trés-grêles, ayant entre eux une pelote saillante. Corps couvert de longs poils. — Larves aquatiques à respiration branchiale,

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: L'intérêt de ce genre est la vie aquatique des larves, fait exceptionnel parmi les Hémérobiens. Le type est le S. fuscata, Fabr.; long. du corps: 4 millimètres; long. aile antér, 6 millimètres. Cette petite espèce n'est guère plus grande qu’une Mouche domestique, et encore c'est l'étendue des ailes qui lui donne cette grandeur, car le corps même est petit et grèle. Les antennes sont noires, avec un grand nombre d'articles ronds et fort velus; les yeux sont sphériques, d'un noir luisant gros et saillants. La tête et Le thorax, bombé et arrondi en dessus entre les ailes, sont d'un brun noir; l'abdomen d’un brun roussàtre, en forme de fuseau et pointu au bout, avec quelques petits tubercules d'où partent des touffes de poils. Les ailes, ovales-allongées, sont appliquées contre les côtés du corps, au-dessus duquel elles forment un toit trèsaigu. Elles sont d’un brun pâle transparent, avec les nervures d'un brun obscur. Leur couleur semble plus foncée quand elles sont appliquées au repos les unes sur les autres que quand elles sont étalées; elles sont irisées sous certaines incidences, et chargées de poils assez longs tout autour de leurs bords et même sur les nervures, des deux côtés; il y a deux nervures transversales entre le radius et son secteur. Les pattes sont d’un jaune brun. Cet insecte est de toute l'Europe, et se prend au printemps près des fossés et des mares, où vit sa larve, tantôt communément, tantôt rare, suivant les localités.

Sa larve vit toujours dans l’eau et se rapproche beaucoup de celle du genre Osmyle, parmi les genres d'Hémérobiens ayant aux tarses des appendices préhenseurs ou fixateurs. Le contour, la consistance des téguments, l'attitude, la forme des mâchoires sont les mêmes; la différence considérable est dans la présence des branchies ventrales. Elle est moindre si, comme le pense M. Hagen, il y a, outre les stigmates thoraciques, qui sont indubitables, des stigmates abdominaux à côté des branchies ; de mème les larves de Sialis, pourvues d'organes branchiaux, ont aussi à chaque segment abdominal un stigmate visible antérieurement à la base de l'appareil branchial. Bien que les larves des Chrysopes aient des contours du corps semblables, elles ressemblent moins à celles des Osmyles et des Sisyres, parce que la forme courbe des mâchoires les rapproche davantage des larves du groupe dont les adultes manquent d'appendice entre les ongles (Myrmeleon, Ascalaphus, Nemoptera).

La larve de Sisyra, inconnue à de Geer, qui décrit l'adulte, a été publiée à peu près en même temps par MM. Grube et Westwood (1). Ce dernier la trouvait en abondance dans les eaux douces de l’Angleterre,

(1) Ed. Grube, Beschreibung einer auffallenden, an Süsswasserschwämmen lebenden Larve (Wiegmann’s Archiv für Naturgeschichte, Berlin, 4843, t. XVI, p. 331, pl. x). — J. 0. Westwood, Description of some Insects which inhabit the tissue of Spongilla fluviatilis (Trans. of the Entomol, Soc. of London, 1841-43, t. IL, p. 105, pl. vin, fig. 4 à 12).

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au milieu des spicules de la Spongille (Spongilla fluviatilis), et même attribue à ces insectes les mouvements de l'eau et ses ondulations, et non à quelque principe animal contractile de l'Éponge même. Il avait bien reconnu qu'il avait affaire à une larve, mais la nommait Branchiotoma Spongillæ, dans l'ignorance de l’insecte à qui elle donnait naissance. Elles sont de petite taille, n'excédant pas en longueur un septième de pouce anglais, d’une consistance mollement membraneuse, d'une couleur grise pâle, plus vive aux pattes, déprimées, ovalesoblongues, composées de treize segments, dont le premier est une tête petite, ayant une tache noire sur chacun des angles postérieurs, offrant de chaque côté un amas de plusieurs gros stemmates brillants (cinq sur la figure). Les antennes ont à peu près la moitié de la longueur du corps, et commencent par un article basilaire épais au devant des yeux; la partie terminale de l'antenne est très-grêle, cylindrique, et très-indistinctement articulée. La tête est garnie de plusieurs longs poils latéraux. La lèvre inférieure, dépourvue de ligule et de palpes labiaux, élargie fortement vers la base sur les côtés, offre en arrière deux courts éperons, obliques et pointus, à partir desquels sortent en dessous de chaque côté deux soies très-délicates, aussi longues que les antennes, un peu espacées entre elles à la base, rigides et dirigées en avant et en haut, une des deux plus foncée en couleur et plus forte que l’autre, toutes deux entièrement dépourvues d’articulations. Ces quatre soies dressées, conjointes, mais séparées, sont les mandibules et les maxilles, qui forment une gouttière de succion de la proie moins parfaite que chez les larves de Fourmilions et de Chrysopes. Il n'y a pas de rudiments de labre ni de palpes maxillaires.

Le thorax est formé de trois segments, parmi lesquels le prothorax est le plus petit; à chacun de ces trois segments s'attache une paire de pattes assez longues, amincies, composées d'une forte hanche, d'une cuisse robuste, d'une jambe allongée, et d'un tarse de deux articles sans ongle terminal. Les pattes sont peu fournies de poils, mais ils sont longs, minces et rigides. La surface supérieure des segments thoraciques ne présente aucun rudiment de fourreaux alaires, ce qui montre bien qu'on à affaire à une larve de Névroptère à métamorphoses complètes.

L'abdomen, de neuf segments, offre le premier segment plus petit que le métathorax, et ils vont graduellement en décroissant de largeur. De chaque côté des segments est un tubercule portant plusieurs soies; ces tubercules vont en grossissant à mesure qu'on approche du bout de l'abdomen, et les soies qu'ils portent vont en augmentant de longueur, ainsi que celles qui garnissent directement les côtés du corps. A la face ventrale chacun des sept premiers segments de l’abdomen porte latéralemeni de longs et minces filaments aplatis, dénués de cils et dirigés, d’abord en avant, puis en arrière; ces quatorze filaments (très-analogues à ceux des larves de Sialis, Raphidiens) sont articulés et ont l'appa-

h58 NÉVROPTÈRES.

rence de pattes faibles : ce sont en réalité des organes respiratoires, car on voit aisément à leur intérieur un ou deux minces tubes trachéens. Le huitième segment abdominal est dépourvu de ces filaments, mais garui de tubercules sétigères plus larges que ceux des segments précédents, et le segment terminal est d'ordinaire petit et simple. En outre, chaque segment abdominal offre en dessus une paire de taches d’une couleur plus sombre, coriaces, émettant de leur bord postérieur trois longues soies.

Je suppose que cette larve, par analogie avec ce qui se passe pour les larves d'Osmylus et de Sialis, sort de l’eau au moment de la nymphose, gagne la terre, et se construit, soit un cocon soyeux, soit une coque de terre agglutinée, pour passer la période d'inactivité précédant l’état adulte.

Les Sisyres n'ont jusqu'à présent que peu d'espèces connues, et il y a là sans doute encore à découvrir. Outre le type précité, nous citerons le S. terminalis, Curt., d'Europe; le S. Dalii, Mac Lachl., d'Angleterre; une espèce de l'Amérique du Nord, et deux espèces fossiles des succins.

Près du genre Sisyra se place le genre américain Polystæchotes, Burm., établi pour des insectes d'assez grande taille, celle de nos Fourmilions. Leurs quatre ailes sont en ovale allongé et subégales, avec une nervule transversale basale dans l’espace costal aux deux ailes ; le premier secteur, rapproché de la nervure médiane, qui se joint au bout de l'aile à la sous-costale, émet une seule série en gradins de nervures transversales parallèles. Il y a deux espèces, des États-Unis du Nord et du Canada. La plus répandue est le P. punctatus, Fabr. Le corps est noirâtre en dessus et épais; les ailes antérieures chargées, surtout aux contours, de macules brunes pénétrant aussi sur le disque; aux inférieures, le contour seul a quelques légers points bruns, et tout le milieu de l'aile est occupé par les transversales émanées du secteur parallèle au radius, formant de grandes aréoles rectangulaires parallèles, coupées au milieu par une nervule à angle droit, et le bord inférieur est frangé ; les quatre ailes sout hyalines, à reflet brunâtre. Ce grand insecte, très-nocturne, vole lentement à la nuit close, et M. Hagen émet l'opinion que sa larve est probablement aquatique. L'autre espèce est le P. vittatus, Say.

If. — Subcostale et nervure médiane (radius) séparés ; premier secteur parallèle au radius émettant les autres secteurs.

DILAR, Rambur. — Palpes très-courts; antennes des mâles assez longues, molles, à longues dents pectinées, distantes, placées d’un seul côté, celies de la femelle simplement denticulées ; trois ocelles écartés, les postérieurs trèsgros, Prothorax court et large. Ailes à nervures longitudinales fines et assez nombreuses, le radius à deux secteurs, les nervures transversales peu nom--

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breuses, excepté à l’espace costal. Premier article des tarses beaucoup plus long que les autres : deux ongles simples, très-grêles, ayant entre eux une pelote bien saillante, Abdomen de la femelle terminé par ua long oviducte très-grêle.

Les espèces de ce genre si curieux sont encore très-mal connues et à rechercher. Elles sont d'Espagne, d'Arménie, de Syrie, de Turquie et une de Ceylan. L'oviscapte si développé de la femelle est l’exagération du rudiment de tarière de la femelle des Hemerobius. Le type est le D. nevadensis, Ramb. (pl. 1xvur, fig. 3, mâle; 3 a, femelle; 3 b, antenne du mâle grossie), de taille variable, les plus grands sujets ayant 80 millim. d'envergure, d’un roux obscur et un peu noirâtre, velu. La tôle, renflée au vertex, est testacée, les antennes brunes ; le thorax d’un jaune roussâtre taché de brun; l'abdomen brun, jaune à l’extrémité et à la base; les pattes longues, d’un jaune brunâtre. Les ailes, surtout de la première paire, ont toute la région antérieure couverte de nombreuses stries brunes interrompues, et une tache circulaire centrale brune sur chacune. Elles sont larges, oblongues, arrondies à l'extrémité, avec une petite touffe de poils assez longs aux bords antérieur et postérieur de l'aile inférieure, à la base et vers le bout. La femelle a les ailes plus petites, avec les taches rondes moins apparentes, et ces ailes plus brunâtres en raison des stries plus larges et confluentes sur une grande partie de la marge des supérieures. Rambur dit avoir trouvé assez fréquemment cette remarquable espèce en été, aux environs de Grenade, dans les petits bois des parties élevées de là Sierra-Nevada.

A la même division des Hémérobiides se rattache le genre Sartena, Hagen, établi sur une espèce de la Corse, le S. amœna, Hagen (Ann. Soc. entom. fr., 1864, p. At), formant une intéressante transition entre les Sisyra et les Chrysopa. 11 ressemble à ce dernier genre par les antennes moniliformes beaucoup plus courtes que les ailes, les ocelles nuls, les palpes, le corps, la sous-costale et la médiane des ailes séparées jusqu'au bout, la réticulation trois ou quatre fois bifurquée et deux séries de nervules transversales en gradins; mais il offre, comme les Sisyra, les jambes cylindriques, les tarses à premier article plus long que les autres, les ongles simples, courbés, accompagnés d'une pelote ovoïde.

Enfin, il faut encore mentionner, en raison d'une réduction organique insolite chez les Hémérobiens, le genre Psectra, Hagen, créé pour l'ancien Hemerobius dipterus, Brauer. L'espace subcostal présente deux nervules transversales au milieu ; les ailes n’ont que peu de nervules transversales et les postérieures sont rudimentaires chez le mâle. Le P. diptera, Br., mâle, d’une envergure de 7 millim., est brun, hérissé de poils, les antennes d’une couleur de poix, capillaires, moniliformes, plus longues que le corps, seulement légèrement pubescentes. Les ailes supérieures sont elliptiques, légère-

L60 NÉVROPTÈRES,

ment teintes d’ocre, à nervures poilues, brunes autour des bords, les nervures transversales formant des taches brunes irrégulières; les ailes inférieures ressemblant à deux petits lobes ovales; les pattes d'un ochreux pâle, avec les genoux couleur de poix. Cette rare espèce, que nous engageons beaucoup à rechercher dans le nord de la France, a été prise en juin par M. C. Dale, en Angleterre, dans le Somerset, sur un Noisetier à la lisière d'un bois (Curtis, Trans., Soc. Entom. of London, 1854-1856, série 2, t. I, p. 56; Mac Lachlan. Entom. monthly Magaz., t. HI, p. 269, année 1865). M. Hagen indique cette espèce comme étant d'Europe et aussi de Sibérie, par suite non spéciale à l'Angleterre.

HIT. — Subcostale et nervure médiane séparées; nervure médiane émettant tous les secteurs.

DREPANOPTERYX, Burm., ou DREPANEPTERYX Leach., — Antennes moniliformes, plus courtes que l'aile antérieure ; pas d’ocelles ; palpes maxillaires plus grands que les labiaux, à dernier article comprimé et pointu. Prothorax court. Ailes aiguës au bout, échancrées en arc au bord postérieur près de la pointe ; ailes antérieures avec de nombreuses nervures longitudinales et transversales ; l’espace costal large, avec un rameau basal recourbé, l’espace subcostal avec un petit nombre de nervules transversales vers la base ; la première nervure transversale entre la costale et la sous-costale fortement fourchue, se dirigeant en arrière vers la base de l’aile, la nervure médiane émettant douze secteurs et plus; deux séries en gradins d’aréoles. Dernier article des tarses épaissi, avec ongles très-courbés, non dilatés, munis d’une pelote entre leurs bases saillantes.

Le type de ce genre est un insecte européen qui ressemble grossièrement à un petit papillon de nuit roussâtre, d'où son nom de D. phalœænoides, Linn., long. corps, 8 millim.; long. aile antér., 12 millim. La couleur, tant du corps que des ailes, est d’un brun roussâtre ou jaunâtre, ainsi que les pattes. Les antennes, à peu près de la longueur du corps, sont d’un brun plus obscur, composées de nombreux articles arrondis et velus; les yeux d'un bleu luisant. Les ailes postérieures sont translucides, leurs nervures, comme celles des ailes antérieures, d'un jaune brun et parsemées de beaucoup de petits poils.

Les ailes antérieures ont une consistance presque opaque, analogue à celle des pseudélytres de beaucoup d’Orthoptères. Grandes et larges, elles s'avancent beaucoup en avant en forme arrondie, de sorte qu'elles cachent presque entièremeut la tête et le prothorax, que l'insecte porte ordinairement baissés., Au repos, il les tient conniventes supérieurement, mais non croisées, en toit très-aigu. Leur bord postérieur est d'un-contour singulier, concave et découpé comme à l’emporte-pièce, de

DREPANOPTEFRYX, HEMEROBIUS. GA

sorte qu'il forme deux pointes avancées, l’une au milieu, l'autre à l'extrémité de l'aile; la forme est analogue, mais moins prononcée, à l'aile inférieure. L'aile de devant porte à l'extrémité une forte raie longitudinale brune, et deux fines lignes obliques brunes la traversent, ainsi que de nombreuses et légères ondulations brunâtres. Au milieu du bord postérieur est une tache blanchâtre triangulaire encadrée de brun, et les bords antérieur et postérieur paraissent plus foncés que le reste, en raison d’un semis de piquetures brunes. Les ailes inférieures, qui n’ont que très-peu de nervules sur le disque, sont munies antérieurement à leur base d’une nervure saillante, constituant une échancrure au bord de l'aile et portant plusieurs soies, analogue au frein des Lépidoptères chalinoptères.

Cette jolie espèce est indiquée par F. Brauer comme très-commune parfois en Autriche, sur les Ormes, dans le mois de juin. Elle est touours rare en France et habite les bois toute l’année. Je l'ai prise au commencement de novembre, à Clamart et à Meudon près Paris, en battant les taillis : c’étaient probablement des sujets adultes destinés à hiverner, ainsi que les Chrysopes qu’on rencontre à la même époque. Réaumur indique la larve de cette espèce comme ressemblant à celles des Chrysopes, mais dépourvue d'aigrettes de poils sur les côtés; elle se tisse avec sa filière anale une coque sphérique de soie. Le genre Drepanopteryx présente en outre une espèce de l’Hindoustan, une de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, et une autre de cette dernière région.

HEMEROBIUS, Linn. — Antennes moniliformes ; pas d’ocelles ; palpes maxillaires ayant le dernier article fusiforme, terminé en une pointe fine. Quatre ailes transparentes, ou colorées ou tachetées ; les antérieures plus grandes que les postérieures, ayant l’espace costal large, avec un rameau basal recourbé en arrière vers la base de l'aile, se rattachant en avant à la costale par plusieurs branches ; espace subcostal avec une seule ou un petit nombre de nervules transversales basales ; nervure médiane pourvue d'au moins deux secteurs, nervures transverses formant deux séries en gradins. Jambes cylindriques ou fusiformes. — Larves aphidivores, sur les arbres.

Le genre linnéen Hemerobius est actuellement réduit à de petites espèces, souvent difficiles à séparer, à ailes finement velues, tantôt d'un brunâtre plus ou moins clair, tantôt tout à fait hyalines, se rencontrant sur beaucoup de végétaux, surtout sur les Conifères. On en compte plus de soixante espèces, dont plus de vingt de l'Amérique du Nord, une quinzaine de l'Europe, où il reste encore à découvir; d’autres de l'Australie, de l'Inde, de Ceylan, du Brésil, de la Guyane, du Chili; enfin plusieurs espèces fossiles des terrains jurassiques et tertiaires et des succins. Nous n'indiquerons en détail que les espèces les plus communes. Tels sont : l'A. hirtus, Linn., de toute l'Europe, Y compris la Laponie, des îles Canaries, de Sibérie, assez fréquent par-

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tout en juillet et août, s'élevant sur les montagnes jusqu’à la région des Sapins; long. corps, 5 à 6 millimètres; long. aile antér., 8 millimètres. Il a le corps d’un brun noir, les deux premiers articles des antennes jaunâtres, les autres d’un brun jaune; les pattes d’un jaune brun; les ailes antérieures arrondies au bout, ayant les nervules transverses brunies et quelques lignes brunes peu sensibles vers les bords, la base et l'extrémité; les inférieures transparentes, avec un peu de brunâtre sur les bords et à l'extrémité, avec deux marques semblables sur la marge postérieure ; les nervures de toutes les ailes fortement ciliées. — L’H4. Humuli, Linn., long. corps, 6 millim.; long. aile antér., 8 millim., espèce commune partout de juin à septembre, de toute l'Europe, de Sibérie, de l'Amérique du Nord; le front et le clypeus jaunes, les antennes jaunes, à peine annelées de brunâtre ; le thorax jaune sur les côtés, brunâtre en dessus; l'abdomen varié de jaune et de brun ; les pattes d'un jaune pâle; les ailes antérieures hyalines avec une tache brune au bord postérieur, des taches et des bandes nébuleuses d'un brun pâle vers l'extrémité; les nervures longitudinales blanchatres, ponctuées de brunâtre, les nervures transversales brunes; les ailes postérieures hyalines, à nervures transversales brunes, avec quelques nervures longitudinales parfois brunatres, et parfois également des taches nébuleuses grises à l'extrémité. — L'A. nervosus, Fabr., de toute l'Europe, y compris la Laponie, et de Sibérie, de taille analogue aux précédents; à tête brune, d’un blanc jaunâtre soufré en dessus, les antennes grises, tachelées de brun obscur; les yeux d’un brun obscur un peu verdâtre; le thorax jaunâtre: l'abdomen grisàtre, avec des mouchetures brunes; les pattes d'un gris pâle; les ailes supérieures un peu cendrées, à demi transparentes, toutes les nervures marquées d'un grand nombre de points noirâtres, d’où partent des poils, avec des raies transversales en zigzag d'un cendré pâle, et, par places, des lignes ondées transversales noires, qui ne sont visibles qu'à la loupe; les ailes inférieures très-transparentes, à nervures grises, toutes les ailes bordées tout autour de poils courts; l'abdomen a aussi quelques toulfes de poils. De Geer dit avoir obtenu cette espèce à la fin de mai d'une coque ronde de soie très-blanche, d'un tissu lâche, qui était logée dans un enfoncement d'une galle résineuse de Pin. La dépouille de la nymphe était en entier hors de la coque, percée d’un grand trou, et cette dépouille était cramponnée sur la galle par les fourreaux des pattes antérieures et intermédiaires. Cette observation fait connaître que la nymphe perce la coque, et qu'elle sait faire usage de ses pattes pour se transporter à quelque distance de là et s’y accrocher, avant qu'elle se défasse de la dernière enveloppe pour paraître avec des ailes. Elle est analogue en cela aux nymphes des Phryganes. Citons encore, comme espèce très-septentrionales, A. lutescens, Zetterstedt, de Laponie et du nord de l'Europe, et #. obscurus, Zett., du Groenland.

Quelques auteurs ont adopté le genre Megalomus, Rambur, qui ne

MICROMUS, 163

diffère des Hemerobius que par l'espace costal moins large et plusieurs nervules transverses à la base de l’espace subcostal, au lieu d'une seule. IL comprend quelques espèces de nos Hemerobius d'Europe, : comme hirtus, Linn., une espèce sibérienne, algidus, Erichson, une du : Mexique, pictus, Hagen, plusieurs du Chili. Je crois, comme M. Fr. Brauer, que ce genre est inutile.

MICROMUS, Rambur. — Antennes moniliformes ; pas d’ocelles ; dernier article des palpes maxillaires plus grand que les autres, comprimé, aplati, pointu au bout. Quatre ailes trausparentes, colorées ou tachetées, les antérieures plus grandes que les postérieures ; espace costal des ailes antérieures étroit; la première nervule transversale entre la costale et la sous-costale droite ou fourchue, mais ne se recourbant pas en arc vers la base de l’aile, les autres nervules pour la plupart fourchues ; espace subcostal avec une seule nervule transversale basale ; de un à six secteurs de la nervure médiane (radius). Jambes fusiformes.

Les Micromus comprennent trois ou quatre espèces d'Europe, cinq des États-Unis (Hagen, 1861), une du Mozambique, plusieurs de Ceylan, une de la Tasmanie, une de la Nouvelle-Zélande, peut-être la même que la précédente. Nous décrirons quelques espèces d'Europe. Ainsi le M. aphidivorus, Schrank, ou véllosus, Zett., indiqué par Rambur (sous le nom de fendinosus) comme commun partout, existant aussi en Sibérie, se rencontrant notamment en octobre et novembre; long. corps, 4 à 5 millimètres ; long. aile antér., 6 à 7 millim.; les ailes antérieures d’un brun roux, à nervures jaunâtres, celles du champ discoïdal d'un brun noir, accompagnées de taches nébuleuses ramifiées; les ailes postérieures vitrées, à nervures longitudinales pâles; les antennes d’un jaune rougeâtre, annelées de brun rouge foncé; le vertex et le pronotum avec une ligne longitudinale plus claire ; les pattes d'un jaune pâle, avec les cuisses et les jambes parfois annelées de brunâtre. — M paganus, Villers, se {trouvant de juin à septembre sur les arbustes rabougris, un peu plus grand que le précédent; long. corps, 6 millimètres ; long. aile antér., 9 à 40 millimètres ; les ailes antérieures vitrées comme les postérieures; les antennes d'un jaune pâle, annelées de brun; le corps d’un jaune - brunâtre, avec thorax d’un jaune blanchätre en dessus au milieu; les pattes d’un jaune pâle. Ces deux espèces ont les ailes postérieures sans taches, seulement les nervures parfois foncées à leur extrémité, l’aile antérieure avec quatre secteurs de la nervure médiane ou plus. — Le M. variegatus, Fabr., long corps, 4 millimètres; long. aile antér., 5 à 6 millim.; se rencontre dans toute l'Europe de juin à juillet, très-rare en Autriche, d’après M. Fr. Brauer; offrant les ailes postérieures tachetées à l’extrémité, sur le tiers externe et sur le bord, avec un ou trois secteurs de la nervure médiane à l'aile antérieure; les antennes d’un jaune pâle, annelées de brun; le front et le clypeus d’an brun jaune

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brillant, le vertex et le thorax d'un brun gris, avec la ligne médiane jauoûâtre; les pattes d’un jaune pâle; les ailes antérieures hyalines, à nervures blanches, ponctuées de brun noir, la fourche terminale à l'extrémité et les nervures transversales dans le champ discoïdal enfumées de brun ; des taches brunes dans la région du pterostigma ; les ailes postérieures transparentes, à nervures blanches, d’un brun noir vers l'extrémité tachetée. Ces longues descriptions sont nécessaires pour que les amateurs débutants puissent reconnaitre ces difficiles petites espèces.

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