APIS
exæpositionem Apum borealium, Helsingfors, 1851, p. 93; Revisio synoptica Apum borealium comparatis speciebus Europeæ mediæ, Helsingfors, 1859, p. 225. — Fr. Smith : Catalogue of British Hymenoptera in the collection of the brit. Museum, part. 1, Apidæ-Bees, Londres, 1855, petit in-8°, diagnoses en latin, texte anglais. On doit recommander l’étude de ce livre, et tout spécialement la planche r, avec sa légende, présentant les dessins de l'aile antérieure des Apiens, avec la nomenclalure importante des nervures et des cellules adoptée par l’auteur.
Nous diviserons les Apiens en deux familles, les Apides et les André-
nides,
I, — APIDES.
Les Apides ont un premier groupe de genres contenant des sujets de trois formes nécessaires à la reproduction, et un autre groupe, plus nombreux en genres, d'insectes solitaires, où un mâle et une femelle suffisent à perpétuer et à conserver l'espèce. En outre il y a, dans ces deux groupes, des genres parasites forcément limités au mâle et à la femelle, cette dernière confiant ses œufs à d’autres espèces capables de récolter du pollen et du miel pour nourrir les larves étrangères avec les leurs.
1° Groupe. — APIDES SOCIALES.
Antennes vibratiles, filiformes, le second article plus court que le troisième, presque globuleux, le troisième un peu conique; jambes postérieures inermes ou épineuses à l’extrémité ; premier article des tarses postérieurs dilaté à l'angle extérieur de sa base en forme d'oreillette pointue, ou mutique, c’est-à-dire sans dent; mâles, femelles et neutres ou femelles avortées ailés, pendant toute leur vie à l’état parfait.
Les Apides sociales peuvent se classer en trois sections : Apites, Méliponites et Bombites.
Les caractères des Apites se réduisent à ceux de leur genre unique.
APIS, auct. — Corps modérément poilu ; trois ocelles en triangle ; palpes maxillaires d’un seul article, palpes labiaux de quatre articles, languette subcylindrique, plus longue que la tête, plus courte que le corps; ailes à nervures fortes et distinctes, offrant une cellule radicale étroite et fort longue, à bout apical un peu écarté de la côte de l’aile et subarrondi, trois cubitales complètes, la second rétrécie vers la radiale, élargie vers le disque, recevant la première nervure récurrente, la troisième étroite, oblique, recevant la seconde nervure récurrente, une quatrième cubitale incomplète, n'atteignant pas entièrement le bord apical de l'aile, trois cellules discoïdales complètes ; jambes postérieures sans épines à leur extrémité; tarses à crochets bifides, — Femelles et ouvrières : Yeux latéraux allongés, pubescents, ne se rencontrant pas sur le vertex, ocelles sur le vertex ; article basilaire du tarse postérieur quadrangulaire, avec son angle
supérieur proéminent (ouvrière), concave, transversalement sillonné, chaque sillon ayant enchassée une épaisse frange de poils raides, produisant l’apparence de brosses transverses, — Màles : Yeux très-larges occupant un cinquième de la tête, se joignant sur le vertex, ocelles sur le front ; jambes postérieures grèles à la base, graduellement élargies vers le bout.
Le genre Apis, auct., a pour type l'espèce d'insectes qui nous est la plus utile après le Ver à soie, par la production du miel et de la cire. L'usage de la première substance a beaucoup diminué depuis que le sucre est devenu un produit de grande industrie, mais celui de la cire est resté sans rival pour plusieurs industries. L’Abeille domestique d'Europe a été un sujet de prédilection pour les fables antiques. Elle donnait son miel parfumé à Jupiter enfant, élevé par les Corybantes sur le mont Ida, dans l’île de Crète, et les abeilles d’or furent semées en France sur le manteau impérial. Les Anciens, bien qu'Aristote eût élevé des doutes à ce sujet, croyaient à la génération spontanée des Abeilles, et Virgile, dans l'épisode d’Aristée, raconte la sortie des essaims hors des flancs des taureaux que le berger avait immolés pour apaiser le courroux des nymphes. Elien recommande, pour renouveler les colonies industrieuses de ces insectes, de prendre des cadavres de taureau, les Abeilles qui en naissent étant douces et laborieuses, tandis que celles provenant du mouton sont molles et paresseuses, et celles nées des entrailles du lion féroces et intraitables. On savait dans l’antiquité qu'il existait dans chaque ruche un individu unique, plus gros que les autres, mais on le supposait mâle, et on l’appelait roi (rex, Bustheue). Les fauxbourdons étaient généralement regardés comme des insectes étrangers, associés aux Abeilles; Aristote, sans se prononcer nettement, suppose en eux des femelles, et des mâles chez les ouvrières. La vérité ne fut connue que fort tard, par les dissections internes de Swammerdam, publiées dans sa Biblia naturæ. H vit que le prétendu roi est une femelle féconde, . avec ses ovaires fasciculés remplis d'œufs à tous les degrés de grosseur (environ 200 par ovaire), que les ouvrières ou Abeilles ordinaires sont des femelles infécondes, à ovaires atrophiés, rudimentaires, souvent sans communication avec l'extérieur, enfin que les faux-bourdons sont des mâles, présentant deux testicules fasciculés en longs tubes contenant un liquide blanchètre rempli de spermatozoïdes, se rendant au canal excréteur par deux canaux déférents, avec deux vésicules séminales, deux glandes accessoires, et un pénis entouré de crochets copulateurs
La fonction de reproduction, par une division du travail physiologique dont les Termitiens nous ont déjà montré l'exemple, est dévolue à trois individus distincts chez l'A. mellificæ, Linn., ou cerifera, Scopoli, ou domestica, Ray, Réaumur, ou gregaria, Geoffroy, avec une variété ou race méridionale, À, ligustiaa, Spinola. Nous représentons de nombreux détails anatomiques de cette espèce, pl. Lxrx, fig. 5, bouche développée; a, les deux derniers articles des palpes labiaux ; 5 b, c, mandibules;
5 d, mâchoire; 5e, base de la mâchoire pour montrer le palpe maxillaire ; 5f, antenne du mäle ; 5 g, antenne de la femelle; 5 k, antenne de l’ouvrière ou neutre ; 5 à, patte postérieure de l’ouvrière.
La forme la plus parfaite, sous le rapport de la diversification des organes, est celle de l’ouvrière, ou neutre (femelle incomplète), qui doit remplir les fonctions de nourrice, d'architecte et de récolteuse. Elle est d’un brun noirâtre, avec des poils d’un cendré roussâtre, assez clairsemés, plus nombreux sur le thorax que sur le reste du corps, la base des segments abdominaux 3, 4, 5, portant une bande étroite de poils cendrés. Les antennes sont noires, de douze articles, avec le bout du dernier d'un brun roussâtre, les pattes sont noires, les poils des jambes et des tarses roux; les ailes, dépassant l’abdomen pour les supérieures, sont transparentes et à nervures brunes.
Les mandibules, qui servent à ouvrir les anthères des fleurs, à saisir le grain de pollen, à malaxer la cire mêlée de salive, sont larges et ont leurs extrémités tronquées, sans dentelures, aplaties et creusées en dessous, de sorte qu'il y a une cavité entre elles, comme deux cuillers appliquées l’une contre l’autre quand elles se joignent. La patte postérieure offre des modifications très-importantes; la jambe est aplatie et élargie en triangle allongé (palette triangulaire), le bout aigu s'insérant à la cuisse, la partie large inférieure au tarse. La face externe de la jambe offre une cavité (corbeille) où se logera la boulette de pollen ou de propolis, retenue par des poils raides (rateau). Le premier article du tarse, plus développé que les autres, est de forme subrectangle (pièce carrée ); il ne s'implante pas au milieu du bord inférieur de la jambe, mais à son angle antérieur. Son côté supérieur est échancré et se prolonge en dehors sous la forme d'une dent aiguë et saillante. Il résulte de ce mode d'articulation, et de ce que le côté inférieur de la jambe est à peu près en ligne droite, qu'il se forme une pince entre celle-ci et le premier article du tarse. Elle sert à détacher les lamelles de cire qui exsudent entre les anneaux de l’abdomen, et sur lesquelles appuient en même temps les poils raides du bout de la jambe. En dessous de la pièce carrée sont des séries transversales de poils, constituant la brosse, d'une perlection et d'une régularité de brins parfaite, formée de rangées de poils cylindriques, parallèles, d'un jaune doré. Cette brosse sert à enlever et à rassembler le pollen, soit pris sur les fleurs, soit adhérent aux poils du corps de l’ouvrière. Le dessus de la pièce carrée est lisse et offre seulement une dépression triangulaire de la jambe. Il y a des poils lougs et fins au bord interne de la jambe et de la pièce carrée. Les pattes de la paire intermédiaire ont une forme analogue à celles de la troisième, mais plus courtes, moins triangulaires, sans cavité; le premier article du tarse, aplati et oblong, est muni d'une brosse imparfaite en dessous; enfin les pattes de la première paire n'ont la jambe ni aplatie, ni triangulaire, et le premier article du tarse allongé, arrondi et entièrement velu. Lors de la récolte, les pattes de la première paire,
faisant office de main, transmettent à celles de la seconde paire les grains de pollen ou les parcelles de propolis détachés par les mandibules, et celles-ci les déposent dans les corbeilles des pattes de la troisième paire, et les y fixent à coups répétés ; toutes ces opérations se font avec autant de célérité que d'adresse.
Avant de passer aux deux autres formes de l’A. mellifica, nous exposerons rapidement quelques points de l’organisation interne, qui est celle de beaucoup d’autres Hyménoptères, et surtout des Apiens, ce qui nous épargnera pour la suite de nombreuses redites.
L'appareil digestif est entouré à son origine, et des deux côtés, de glandes salivaires incolores, complexes et au nombre de trois paires; chez le mâle, qui ne doit pas malaxer la cire avec sa salive, ni nourrir les larves, ces glandes sont très-grêles et rudimentaires.
Des glandes analogues existent chez la larve et ont pour fonction de sécréter la matière fournissant le fil du tissu qui enveloppe la larve dans l’alvéole avant la nymphose.
L'’Abeille ouvrière possède une paire de glandes salivaires thoraciques très-grosses, les seules connues de L. Dufour et Dujardin, découvertes par Ramdohr (1811), et deux paires de glandes cervicales, l’une supérieure, l’autre inférieure, trouvées par H. Meckel (18/6); l'histologie de ces trois glandes a été étudiée par M. Leydig (1859). La glande cervicale supérieure est du groupe des unicellulaires, formée d’un tube commun où débouchent des acini pyriformes isolés; les deux autres sont multicellulaires à acini tubuleux; la glande cervicale inférieure est ramifiée comme une grappe de raisin et ses glandules aboutissent finalement à un tronc commun s’ouvrant dans la bouche. La glande thoracique est formée de grands culs-de-sac ramifiés et claviformes. La glande cervicale supérieure manque chez la reine et les faux-bourdons, et les autres sont moins développées. Les jeunes ouvrières, qui paraissent surtout chargées de nourrir les larves, ont les trois glandes trèsvolumineuses, puis la paire cervicale antérieure diminue quand l'ouvrière vieillit; donc très-probablement la salive de cette glande sert à faire la bouillie des larves. L’une des deux autres glandes doit donner une salive propre à malaxer la cire. La trialité de ces glandes salivaires est en rapport avec les trois usages de la salive de l’ouvrière, qui sert à pétrir la cire, à se mêler au miel, à faire la bouillie des larves, qui paraît être surtout un mélange de salive et de pollen azoté (1). Les Fourmis offrent trois glandes analogues, ou au moins deux.
Le tube digestif de l’ouvrière a 0",0345 de longueur, avec des inéga-
(1) Ramdohr, Appareil digestif des Insectes, Halle, 4811. — H. Meckel, Micrographie de quelques appareils glandulaires chez les animaux inférieurs, Müllers” Archiv.. Berlin, 1846, p. 4, pl. 1, 1, ut. — D' Leydig, Sur l'anatomie des Insectes, Archiv für anat. phys., ete, de Reichert et du Bois-Reymond. Leipzig, 1859, p. 33, pl. 1, 11, IV, et p. 149 ; sur Apis mellifica, p. 56.
lités dans son diamètre, bien entendu sur un sujet de taille moyenne. Il est sept fois courbé et replié sur lui-même (M. Gyrdwoyn), et est attaché par des muscles aux parois du squelette tégumentaire, vers le milieu du corps, au-dessus de la chaine nerveuse ventrale et au-dessous du vaisseau dorsal. Il naît à la bouche sous la forme d’un tuyau étroit, dont le plus grand diamètre est environ 0",00025. Long de 0",005 dans sa direction droite, cet æœsophage traverse le cou, le collier nerveux, le thorax, le pétiole et pénètre dans l'abdomen pour former une petite vésicule pyriforme, à paroi musculo-membraneuse, longue de 0",004 et large de 0",0025 lorsqu'elle est remplie de miel. C'est le jabot, à parois transparentes, à reflets argentés, servant de réservoir au miel, concourant sans doute à son élaboration. Ce miel sort par les contractions musculaires de la paroi, quand l'abeille le dégorge dans les cellules pour la provision commune. Au fond de ce jabot est logé à l'intérieur un appareil valvulaire ou gésier de L. Dufour, subrudimentaire, conoïde, ayant en dedans quatre colonnes calleuses dont les bouts, cornés et brunâtres, et munis d'une courte villosité, forment une valvule d'occlusion complète. Puis, après un brusque rétrécissement du tube digestif, qui n’a plus que 0",00025 de diam., vient un estomac ou intestin moyen, assez long pour faire une circonvolution complète sur luimême, s’élargissant graduellement et présentant, sur une longueur de 0%,0095, jusqu'à vingt-trois bandelettes annulaires bien prononcées. Tout autour de son extrémité postérieure s'insèrent un grand nombre de canaux de Malpighi, longs et très-grèles, à bout flottant aveugle {c'est le cas presque exclusif des Hyménoptères), enchevôtrés en spirales qui recouvrent la partie inférieure de l'intestin moyen, et d’une coloration d'un blanc jaunatre.
L'intestin moyen (estomac) se dirige à sa naissance vers l'arrière du corps ; mais, après avoir parcouru un tiers de sa longueur, il se recourbe à droite, revient de là en avant où il se recourbe à gauche, au-dessus du milieu du jabot, et se replie vers l'arrière en recouvrant ainsi sa portion antérieure et une portion du jabot; enfin il se rep'ie de nouveau en arrière et s'étend plus loin que la première fois. Vers son extrémité cet intestin moyen se rétrécit jusqu'à 02%,0015 et forme la portion grêle de l'intestin terminal. Cette portion grêle a la même section transversale sur toute sa longueur, son diamètre étant partout égal à 0®m,0005. Elle a la forme d’un pas d'hélice placé perpendiculairement à l'axe du corps. Après avoir parcouru une longueur rectifiée de 02,006, elle s'élargit tout d'un coup et prend un diamètre de 0®%,001. A l'origine de cette portion large est une valvule interne, formée par la connivence de six colonnes intérieures charnues longitudinales. Cette base offre intérieurement une rangée circulaire de six boutons charnus et oblongs. Puis le diamètre de la portion large s'agrandit insensiblement jusqu'à 0%,0015, de sorte qu’elle prend la forme d'une vessie allongée, ayant une longueur de 0“",008, et mar-
quée à la partie supérieure de quelques lignes claires. Ce gros intestin de la portion large se rétrécit ensuite en intestin anal jusqu'à l’orifice de l'anus, sur une longueur de 0,0015 et un diamètre de 0",0025. Le gros intestin et l'intestin anal sont d’un brun sale par suite des excréments qui les remplissent, et se voient à travers les parois diaphanes.
Le tube digestif présente trois membranes de dehors en dedans ; une couche de fibres musculaires longitudinales et transversées, véritable muscle péristaltique, une tunique propre ou muqueuse, et intérieurement un épithélium sécrétant de la sérosité, et qui offre, dans l'intestin moyen, ou estomac, ou ventricule chylifique, un renouvellement continuel de ses cellules.
Le système nerveux acquiert un intérêt considérable par les différences profondes de coalescence qu’il offre avec celui de la larve; en effet, l’Abeille adulte, plus parfaite en organisation que le Papillon, a commencé, au sortir de l'œuf, par une larve apode, bien inférieure à la chenille. La tête présente un cerveau très-développé, en deux gros ganglions cérébroïdes ovalaires, médianement contigus. [ls se prolongent latéralement sur le côté externe en deux larges nerfs optiques, s’évasant en un faisceau de filets destinés aux cornéules; ils émettent en outre deux nerfs antennaires et trois nerfs grèles aux stemmates.
Il est intéressant de remarquer que les mâles des Abeilles, quoique bien plus gros, surtout par la tête, que les ouvrières, ont le cerveau moindre, même en comparant l’un à l’autre, c'est-à-dire d'une manière absolue, et non pas seulement relativement au corps. Cela coïncide avec le fait que ces mâles ne sont nullement intelligents, tandis qu'on ne saurait refuser des lueurs d'intelligence aux neutres, nourrices et constructeurs. Puis vient le ganglion sous-æsophagien, auquel succèdent, dans la chaine ventrale, deux ganglions thoraciques. Le premier, qui est sphérique, est réellement un ganglion prothoracique, bien que le prothorax ne forme extérieurement qu'un collier fort étroit, surtout en-dessous. En effet, il envoie aux pattes antérieures sa principale paire de nerfs. Vient ensuite un très-fort ganglion allongé, formé de la soudure des ganglions du mésothorax et du métathorax, un léger étranglement transverse indiquant bien la séparation ; chaque ganglion envoie des perfs aux paires de pattes et d'ailes de sa région. Le postérieur, ou métathoracique, est bien plus volumieux que le mésothoracique, parce que trois des ganglions abdominaux de la larve sont venus se confondre avec lui. Il y à cinq ganglions à l'abdomen, les quatre premiers petits et ovoïdes, n’émettant qu'une paire de nerfs. Le quatrième est très-rapproché du cinquième, ce dernier beaucoup plus gros et plus allongé qu'aucun des quatre précédents, et envoyant plusieurs paires de nerfs principalement destinés aux organes génitaux.
Le cœur ou vaisseau dorsal de l’Abeille, contenu dans l'abdomen, est formé de cinq chambres allongées, successives, la plus antérieure terminée par une artère droite d’un diamètre de 0",000195, allant au-dessus
de l’æsophage jusque dans la tête où elle se termine près des ganglions cérébroïdes.
L'appareil trachéen, pareil dans l’Abeille à ce qu'il est chez les Bourdons, et, on peut dire chez les autres Apiens et chez les Vespiens, se compose de trachées tubulaires ou élastiques et de trachées vésiculaires ou membraneuses. De chaque côté de la cavité abdominale règne un vaste sac trachéen membraneux, d'un blanc mat, allongé, variable pour sa configuration et son ampleur suivant la quantité d’air dont il est chargé. Du côté externe il s'abouche, au moyen de cols tubuleux, aux cinq stigmates abdominaux. En avant, c’est-à-dire à la base de l'abdomen, ce sac se dilate en une utricule considérable, existant chez presque tous les Hyménoptères. Elle se termine en avant en un cul-de-sac plus ou moins arrondi, et à sa paroi supérieure s'implante brusquement le tronc d’une trachée élastique, au moyen duquel le système respiratoire abdominal communique avec le thoracique. Au bout de l'abdomen, le sac à air s'atténue en un conduit tubuleux qui forme avec celui du côté opposé une grande arcade anastomotique, et de sa partie inférieure partent des canaux transversaux, grands simples, dilatés à leur point de départ et atténués vers le milieu du corps, où ils se continuent avec ceux du côté opposé. Outre ces connexions, et avec les trachées tubulaires du thorax et entre les deux moitiés du système aérien abdominal, le sac abdominal émet de divers points de sa périphérie des vaisseaux aérifères se ramifiant aux organes circonvoisins : en ouire des stigmates de cette région partent de puissantes trachées, qui vont vivifier les viscères.
Le grand sac trachéen abdominal, qu'on serait tenté d'appeler un poumon unicellulaire, n’est pas seulement destiné à tenir en réserve l'air nécessaire à l’hématose et à la production de force musculaire et de chaleur liée à la puissante locomotion de l’insecte. Il sert en outre à la façon de l’aérostat et du ludion, à ralentir ou à accélérer le vol, suivant son extension et le poids variable d’air qu'il peut renfermer.
L'Abeille offre un appareil annexe très-intéressant, commun aux tribus des Hyménoptères les plus élevés, c’est l'appareil vénénifique. Situé sur le côtédu rectum, à la région postérieure de la cavité abdominale, il se compose de vaisseaux sécréteurs, d’un réservoir d'accumulation du venin, d’un canal excréteur, et enfin d’un instrument vulnérant, dard ou aiguillon. L’organe sécréteur chez l'Abeille se compose d’un seul filet tubuleux, très-délié, flexueux, blanchâtre, trois ou quatre fois plus long que le réservoir, au bout antérieur duquel il est inséré ; il est aussi capillaire que les vaisseaux de Malpighi auxquels il s’entremêle, et présente, avant son extrémité, une branche simple et courte, bien signalée par Swammerdam. Cette glande produit de l'acide formique concentré, appelé venin d'abeilles. Elle aboutit à un réservoir pyriforme, incolore et transparent chez l'ouvrière, d'une couleur laiteuse et trouble chez la femelle féconde, Il en part un canal étroit
qui se termine à l'aiguillon, et qui est plus long chez la femelle que chez l'ouvrière. Il se termine à l’aiguillon, attaché au segment anal, et qui a été décrit dans l'introduction (t. I, p. 96, pl. vi, fig. 9).
Le coup d’aiguillon est la piqûre des stylets dentelés et du gorgeret qui les enveloppe, avec l'injection d’une gouttelette de venin à l’endroit blessé. On comprend l'emploi curatif de l’'ammoniaque, qui neutralise l'acide formique. L'aiguillon de l’ouvrière est droit, tandis que celui de la femelle féconde est plus long et recourbé; il y a neuf dentelures à l'aiguillon de l’ouvrière, celui de la reine n’en a que cinq.
Le docteur Wolf a annoncé récemment avoir découvert l'organe olfactif de l'Abeille, qui serait, comme le pensait Huber, situé dans le pharynx et aurait un développement colossal chez la mère. Il se composerait d’une paire de cavités s'ouvrant dans le pharynx, avec des mouvements rhythmiques pour l'entrée et la sortie de l'air, offrant une membrane pituitaire, avec de nombreux filets d’un nerf olfactif. A la racine de la mandibule et s'enlevant souvent avec elle, serait un gros follicule sécrélant un liquide lubréfiant de la pituitaire. Chose trèsétrange pour un appareil olfactif, ce liquide serait àâcre, rougissant la teinture de tournesol et ayant, lorsqu'on le retire du follicule, une odeur aromatique (1).
La femelle féconde est un peu plus grosse et beaucoup plus longue que l’ouvrière. La tête est cordiforme, moins échancrée supérieurement que chez l’ouvrière, les ocelles sur le vertex. Les poils du vertex de la tête sont longs et noirs, l'abdomen conique, allongé, à poils plus roussâtres en dessus, le dessous assez velu et d’un brun jaunûâtre, les autennes de douze articles, d’un brun roussâtre en dessous, les pattes plus longues, les antérieures noires, à poils cendrés, leurs tarses d'un roux brun, les intermédiaires noires, avec le bout des jambes et les tarses roux, les cuisses postérieures noires, les jambes brunes, les tarses roux. Les brosses des tarses des trois paires sont moins caractérisées que chez l’ouvrière, la jambe de latroisième paire n’est que faiblement triangulaire et sans dépression triangulaire ou corbeille ; le premier article du tarse, beaucoup plus long que chez l’ouvrière, n'offre aussi aucune dépression, et son côté supérieur n'est pas échancré et n'a pas de dent saillante, de sorte que la pince est moins parfaite. Cette patte ne peut servir à la récolte. De même les mandibules, plus courtes et dentelées au bout, ne s'appliquent pas l’une contre l'autre dans tout leur contour terminal et saisiraient mal des objets ; la trompe est bien moins longue que chez l'ouvrière et plus fine, car elle ne doit pas lécher le nectar au fond des fleurs. Les ailes, plus courtes que l'abdomen, s'arrètent à son quatrième segment. L’aiguillon est plus grand que chez l’ouvrière et courbé ; mais la femelle féconde ne sait s’en servir
(1) D' Wolf, Aperçu préliminaire sur l'organ: de l'odorat dans l'Abeille ; Apiculteur, 4875, p. 210.
que dans une circonstance déterminée, pour tuer ses rivales ou leurs nymphes, ou peut-être les ouvrières accidentellement fécondes.
Les mâles ou faux-bourdons (d'après le bruit spécial qu'ils font en volant) sont beaucoup plus gros que les ouvrières et moins longs que la femelle féconde. On les reconnaît tout de suite à leur grosse tête circulaire, forme qui est due surtout à leurs yeux contigus supérieurement très-développés, dont les cornéules embrassent tout l'horizon, et qui ont refoulé les trois ocelles sur le front. Leurs antennes, de 13 articles, sont entièrement noires, ainsi que les pattes; les segments 5 et 6 de l'abdomen sont bien garnis de poils noirs. L'abdomen, très-obtus au bout, n’a pas d’aiguillon, et les ailes le dépassent encore plus que chez l'ouvrière. Les pattes de la troisième paire ont la jambe épaisse et convexe, poilue en dessus ; le premier article du tarse plus court que chez l'ouvrière, convexe extérieurement et velu, sans dent saillante au côté supérieur. La languette est courte, comme chez la reine.
On a pu mesurer aisément les largeurs maximum, à la région du thorax, des trois formes de l’Abeille, au moyen de tuyaux cylindriques de largeur telle, qu'ils ne laissent qu'un passage étroit et arrêtent les insectes d'un diamètre supérieur; ces trous s'emploient en apiculture pour diverses expériences et manipulations. On a trouvé de cette façon pour diamètre, 5%%,5 chez le faux-bourdon, 4°%,5 chez la femelle féconde, 4 millim. chez l'ouvrière.
Dans l’Europe méridionale (Italie au moins à partir de la Toscane, Sicile, Crète, Grèce) existe maintenant et conjointement avec l’Abeille ordinaire, qui se rencontre surtout dans le nord de l’talie, une race d'Abeille dite ligustica, ou vulgairement Abeille jaune, pour la séparer de l’Abeille notre de France, d'Allemagne, d Angleterre, de Russie. £a taille est en moyenne un peu plus forte que celle de l’Abeille ordinaire. On la distingue tout de suite, parce que les trois premiers segments de l'abdomen chez l'ouvrière sont d’un roux ferrugineux avec le bord inférieur noir aux anneaux 2 et 3; ce roux tire sur le jaune chez les jeunes sujets, sur le rouge quand ils vieillissent. Chez la femelle féconde et le mäle, la ceinture fauve s'étend au quatrième segment abdominal. On voit à la loupe, sur des individus récents, que les poils, chez l'Abeille alpine, ont une teinte jaune plus prononcée que chez la jeune Abeille commune. Ce qui porte à ne voir chez celte Abeille qu'une race de l'A. mellifica, c’est la fécondité indéfinie des croisements et la même dimension des alvéoles; seulement, en France comme en Allemagne, l'espèce retourne promptement au type mellifica, et les ceintures fauves vont en diminuant chez les métis et finissent par disparaitre. Les apiculteurs ont une certaine difficulté à conserver pure l’A.ligustica, introduite en France depuis 1859, surtout par les soins de M. Hamet. Elle à été aussi naturalisée en Allemagne, en Suède, en Danemark, en Angleterre et aux États- Unis, où se fait la plus grande importation. En Italie, et surtout dans la partie nord, existent à la fois les races ligustica (jaune) et rellifica (noire),
et Virgile paraît les avoir connues et distinguées. M. Drory, qui élève à Bordeaux des colonies pures de l'A. ligustica et qui les a soumises au public en 1873, à l'exposition faite par la Société d’horticulture, a reconnu que, sous un climat autre que celui du midi de l'Europe, elles sont un peu moins aisément traitables que l'A. mellifica. Il a eu beaucoup à se louer, pour le produit et la douceur, des ruches constituées avec les métis des À. mellifica et ligustica. L’A. ligustica semble éprouver une préférence pour les faux-bourdons de la race ordinaire, de sorte qu'en général, à la troisième génération, les ouvrières qui en proviennent sont retournées au type noir. Le vol de l’Abeille jaune est plus léger et produit un bourdonnement plus doux que celui de l’Abeille noire. Elle est plus vigilante, sachant mieux se défendre contre les ennemis du dehors et du dedans; elle est plus travailleuse et essaime plus volontiers; mais elle paraît disposée à s’introduire dans les colonies de l’Abeille commune et à s’y fixer, c'est-à-dire à déserter aisément sa propre ruche, ce qui est de quelque inconvénient.
Si on regarde à l'intérieur une colonie d’Abeilles, soit à l'état sauvage, dans une crevasse en terre, dans un creux d'arbre ou de rocher, soit, ce qui est le cas ordinaire, dans une demeure préparée par les soins de l’homme, une ruche de forme quelconque, voici ce qu'on observe au premier aspect : de la partie supérieure de la cavité on voit pendre comme des murs, le plus souvent parallèles entre eux, certains parfois obliques par rapport aux autres, laissant entre eux des intervalles libres, environ d’un centimètre, qui sont comme des rues destinées à la libre circulation du peuple. En examinant un de ces murs détachés, on voit qu'il n’est nullement massif, mais constitué par un gâteau de cire, dont les deux faces larges sont composées des ouvertures de cellules hexagonales, généralement régulières, se rejoignant par leurs fonds au milieu du gâteau, un peu inclinées d'avant en arrière, et inversement pour chaque face, ces axes n'étant qu'à peu près horizontaux, de sorte que le miel liquide qu’elles peuvent contenir soit plus facilement retenu ; par contre, il tend à s'écouler de lui-même si on renverse la ruche sens dessus dessous. Il n’y à pas de vides entre les pans d'une cellule et ceux de ses voisines, chaque pan de cire étant commun à deux cellules, de sorte que les six faces latérales d’une cellule sont en même temps chacune la face latérale de six cellules, ses voisines immédiates. Les cellules des deux faces du gâteau ne sont pas exactement opposées l’une à l’autre, car les cellules ne se terminent pas par des fonds plats, mais par des pyramides creuses, composées chacune, au moyen de troncatures cbliques dans le prisme, de trois losanges égaux, en sorte que le fond d'une cellule appartient en même temps aux fonds de trois cellules du rang opposé: L’adossement des cellules et le fond pyramidé eu creux sont destinés à économiser le plus possible la cire employée et l’espace destiné à contenir la postérité et la nourriture de celle-ci et des habitants de la ruche. On a caléulé que la cire néces-