APIS, GLANDES A CIRE, ARCHITECTURE
duction dans la ruche n'était pas liée à la récolte du pollen, et, la voyant. pétrie par les mandibules, supposa qu’elle sortait du tube digestif par la bouche, à titre d’annexe de la digestion de l’insecte. C’est en 1768 qu’un, paysan de la Lusace, où s'était formée une société d’apiculteurs, reconnut que la cire se produit au-dessous de certains anneaux de l’abdomen, en forme de plaques écailleuses, et cette découverte fut confirmée vers la fin du siècle par John Hunter et Huber. Si on soulève le bord écailleux des segments de l'abdomen, ou si on exerce une traction ménagée sur celui-ci, on aperçoit quatre paires de glandes cirières, r'evêtues d’un tissu utriculaire sécréteur, mou et d’un blanc jaunâtre, séparées par l'arête médiane de l'abdomen, qui se bifurque et se contourne en arc à droite et à gauche, fournissant ainsi un bord solide à la membrane cirière de chaque paire. Les contours de ces aires membraneuses, inclinées comme les côtés du corps même, sont des pentagones trèsirréguliers, sur lesquels se moulent les lames de cire ; elles sont en entier recouvertes par le bord du segment précédent, et forment avec lui de petites poches ouvertes seulement par le bas. Le premier segment de l’abdomen et le dernier, ou segment anal, manquent de ces glandes cirières, qui font complétement défaut chez les mâles et chez les femelles fécondes. Les lamelles de cire, qu’on peut retirer avec la pointe d'une aiguille, sont plus fragiles et moins blanches que la cire des alvéoles toutes récentes, et ne se comportent pas de même à l'égard de certains dissolvants. La salive de l’ouvrière modifie un peu cette cire, qu'elle retire des glandes avec la pince des pattes postérieures, saisit ensuite avec les crochets des tarses antérieurs, et la porte, afin de la triturer, entre ses mandibules, taraudées en creux au bout, de façon que la cire devient plus collante, plus malléable.
Buffon croyait que les Abeilles, travaillant toutes ensemble aux alvéoles de leurs rayons, produisaient des cavités toutes égales. Ce n'est pas ainsi que les choses se passent ; les cellules se font une à une, de place en place, et non toutes à la fois. Les ouvrières se rassemblent au haut de la ruche. Une d’elles, bien chargée de cire, refoule les autres, et forme, en tournant, un espace vide à la place où l’on doit construire, Elle faconne un ruban de cire sur lequel elle étend sa large lèvre inférieure comme une truelle, de façon à incorporer à la cire la salive dont cette lèvre est chargée, à la blanchir et à la rendre glutineuse, et attache au plafond un petit bloc formé de toute la cire que lui donnent ses glandes abdominales. Une autre lui succède et augmente le petit tas cireux déposé par sa compagne, qui lui sert de guide et d'amorce, puis une troisième, ete. De ces opérations résulte un bloc de cire raboteux, informe, sans trace de figures de cellules, descendant verticalement de la voûte, sur une longueur de 24 à 36 millim. C'est une simple cloison en ligne droite et sans inflexion, occupant la place du plan axile futur du gâteau, avec une épaisséur égale environ aux deux tiers du diametre d’une cellule, moindre vers l'extrémité. Puis une Abeille creuse avec
ses mandibules une niche cylindrique, à fond arrondi, à la partie supérieure de la cloison de cire, et accumule le déblai en deux cloisons verticales. Une autre la remplace, etc. Ensuite, deux ouvrières, vis-à-vis l'une de l’autre, creusent ensemble sur les deux parois du gâteau futur, puis deux nouvelles en outre, puis davantage, de sorte que bientôt une centaine d’abeilles travaillent à la fois aux cellules, et il ne devient plus possible de suivre leurs multiples opérations. Les contours des cellules, d'abord arrondis, sont ensuite excavés en angles de 60 degrés, et les fonds hémisphériques changés en fonds pyramidaux, par pans obliques, avec angles sortants et rentrants ; puis le bord des cellules est vernissé d’un peu de propolis. Les cellules de la première rangée, celles du haut, ont été mal façonnées, car les Abeilles savent qu'elles sont provisoires. En “effet, le travail fini, le peloton d’Abeilles se trouble quelques instants; elles mordilient la première rangée de cellules, la détruisent et façonnent lacire de ces cellules en colonnettes irrégulières d'attache et de consolidation.
Réaumur avait proposé le diamètre des alvéoles des Abeilles pour étalon invariable du système métrique; mais cette idée n’a pu être adoptée, car les Abeilles font de plus grandes cellules hexagonales pour les mâles, des cellules différentes de raccord, des cellules d'essai irrégulières, de grandes cellules à miel, etc. En outre, les diverses espèces d’Abeilles ont un apothème d'’alvéole distinct, de sorte que l’étalon serait variable dans la même ruche, et surtout différent d'un pays à l’autre, suivant l'espèce d’Abeille qui s’y trouve, ce qui est l’objection capitale qu'on puisse faire à un système métrique.
L'usage principal, sinon exclusif, des gâteaux dont nous venons d'exposer la construction, c’est la production et l'élevage du couvain des trois individualités qui constituent l'espèce du genre Apis. Le rôle fondamental appartient à l'individu unique par ruche bien agencée qui constitue la femelle féconde. Nous devons dès lors compléter l’histoire de cette forme de l'espèce prépondérante par sa fonction.
L'Abeille mère sert uniquement à multiplier l'espèce et n’exerce aucun commandement; aussi le nom de reine lui convient fort peu. Ce qui peut tromper à cet égard, c’est l'apparence de déférence qu'ont pour elle les ouvrières, qui s’'écartent sur son passage et souvent la suivent, pour voir si elle accomplit régulièrement sa ponte, qui assure l’équilibre et le fonctionnement de la colonie. La mère est d’un caractère fort timide et fuit au moindre danger dans les profondeurs de la ruche : ainsi lorsqu'on frappe sur les parois de la ruche et que les ouvrières furieuses sortent en troupe pour se jeter sur l’agresseur. Que dire de cette prétendue reine qui se laisse maltraiter par une Abeille étrangère qui a su se glisser dans la ruche? Celle-ci lui tire les ailes, les pattes, se dispose à la piquer; la mère, quoique plus forte, souffre tout, baisse la tête, resserre les anneaux de son ventre pour dérober à l’aiguillon ses articulations plus molles et fuit quand elle peut. Si on