‹ Les insectesChapitre 46 sur 119 · APIS, ABEILLE MÈRE · texte numérisé non relu

APIS, ABEILLE MÈRE

prend la mère entre les doigts, alors qu'une ouvrière piquerait immédiatement, la mère est tellement paralysée par la peur, qu’elle ne sait se servir de son aiguillon. Elle ne montre son courage, ou plutôt sa fureur, que dans une seule circonstance, contre les individus de son espèce et peut-être aussi contre les ouvrières accidentellement pondeuses. L’aversion des mères les unes pour les autres est telle que, même en captivité sous un verre, la plus forte ou la plus adroite, qui en rencontre une autre, la tue; elle ja saisit, avec ses mandibules, à la naissance de l'aile, puis monte sur son dos et amène l'extrémité de son abdomen sur les derniers anneaux de son ennemie, qu'elle parvient à percer. Elle lâche alors l'aile qu’elle tient et retire son dard, et la mère vaincue tombe et expire bientôt après. Cette aversion existe aussi contre les mères au berceau prêtes à naître et que la mère tue, quand elle peut, dans leurs cellules, en pratiquant une ouverture à la base/Il ne doit rester normalement qu'une seule mère fécondée et pondeuse par ruche, et dans ce cas les Abeilles n’acceptent jamais une mère étrangère qu'on veut leur donner. Elles la saisissent, accrochent avec leurs mandibules ses pattes ou ses ailes et la serrent de si près qu'elle ne peut se mouvoir. De nouvelles Abeilles se joignent de l’intérieur à ce premier peloton et le rendent encore plus serré; toutes les têtes sont tournées vers le centre où la mère est renfermée, et elles s’y tiennent avec un tel acharnement qu'on peut les prendre et les porter quelques instants sans qu’elles s’en aperçoivent. Le peloton qu'elles forment est de la grossenr d’une petite noix. La fureur des assaillantes est extrême quand on essaye de leur faire lâcher prise, et on n’y réussit qu'avec de la fumée. La mère survit rarement saine et sauve à cette rude étreinte ; elle est mutilée ou périt.

On a remarqué que les jeunes Abeilles acceptent plus volontiers une mère que les vieilles. D'autre part il faut qu'au moment de l'acceptation d’une mère étrangère la colonie ne soit aucunement troublée ; c’est pour cela qu’on met la mère nouvelle dans un étui de toile métallique. Cet étui, introduit au milieu d’une colonie de jeunes abeilles, reste ainsi pendant deux jours, afin que la mère prenne l'odeur de la ruche. À ce moment on retire l’étui pour un instant, on l'ouvre et on le rebouche avec un morceau de rayon de miel.

Les Abeilles alors percent elles-mêmes la cire, après avoir mangé le miel, et délivrent par leur action propre la mère, qui est ainsi reçue sans difficulté. Des auteurs assurent qu'il faut prendre la précaution de détruire les larves ou les nymphes de mères qui pourraient exister dans les alvéoles maternels ; mais il n’est pas prouvé que cela soit indispensable, ce n’est qu'une bonne précaution. En général, aussitôt l'étui posé, il est entouré par les ouvrières avec une sorte d'acharnement ; mais bientôt l'agitation de la ruche orpheline, qui était extrême, cesse tout à fait, et souvent on voit les ouvrières nourrir la mère captive. La présence d’une mère adulte, ou du moins de mères prêtes à éclore

dans des cellules maternelles primaires ou artificielles, est indispensable pour que les ouvrières continuent à récolter et à bâtir; sans cette condition la ruche est livrée au trouble, les Abeilles se découragent, émigrent ou laissent envahir la ruche par les pillardes du dehors.

La question la plus importante pour l'avenir des ruches est celle de la fécondation de l'Abeille mère. Nous devons la faire précéder de l'étude anatomique des organes reproducteurs des deux sexes,

Les organes génitaux mâles se composent de deux testicules, de deux casaux déférents, de deux vésicules séminales et de deux glandes muqueuses, d'un conduit éjaculateur et d’un pénis. Les testicules sont des glandes allongées, légèrement aplaties, blanches, beaucoup plus petites chez l'adulte que les ovaires de la femelle placés dans l'abdomen de chaque côté du tube digestif. Ils se composent de canalicules spermatiques, au nombre de près de trois cents, qui s’'abouchent aux canaux déférents. Ils sont flottants et non attachés au vaisseau dorsal comme les ovaires, Ce fait paraît général chez les insectes; il faut la liberté des testicules pour permettre la sortie du pénis, qui est toujours une extroversion du canal éjaculateur.

C'est à l’état de nymphe que les testicules du faux-bourdon ont le plus grand développement, en forme de fève, égalant alors presque en dimension les ovaires da la reine, rapprochés, au-dessus de l'intestin, le long de la ligne dorsale centrale ; leurs canaux spermatiques sont alors remplis de vésicules spermatogènes mûres et de spermatozoïdes filamenteux, doués d’un vif mouvement serpentin, qui fait que l’ondulation de la masse ressemble parfaitement à celle d’un champ d’épis balancés par une brise légère. Chez l'adulte ces spermatozoïdes ont passé en grande partie dans les vésicules séminales, et les testicules se sont fortement rétractés et aplatis, leur tissu membraneux étant traversé par de nombreuses trachéoles. Les canaux déférents sont des tuyaux étroits, qui, après plusieurs tours d’enroulement sur eux-mêmes, entrent dans les vésicules séminales, lesquelles se réunissent par leurs extrémités rétrécies, aux glandes muqueuses, sécrétant un liquide gluant et durcissant, destiné au collage des spermatozoïdes, qui se façonnent en spermatophore (1). Les vésicules séminales, en se réunissant à l'embouchure des glandes muqueuses, donnent naissance au conduit séminal commun, muni de muscles très-développés pour pousser le spermatophore. Le pénis se compose d’un petit corps blanc et charnu nommé lentille, qui se trouve réuni à deux écailles en figure de fers de faucille, et à deux autres triangulaires, vestiges rudimentaires de J'armure copulatrice habituelle des hyménoptères; la lentille est également enveloppée d'un fourreau de la verge, membraneux et rudimentaire.

(4) Leuckart, Sur la sexualité des Abeilles (trad.); l’Apiculteur, 7° année, p. 334 ; 8° année, p, 44, 74, 101.

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