APIS. — DÉVELOPPEMENT
cutanés et rampe au loin. On ne peut donc trouver aucune raison valable pour la disparition de pattes qui auraient cependant leur utilité. L'obéissance à la loi d'unité de composition organique d’E. Geoffroy Saint-Hilaire peut seule être invoquée.
Quand les larves, qui ont subi plusieurs mues, sont parvenues à leur terme, les nourrices cessent de leur apporter de la bouillie et ferment les cellules par un opercule de cire, légèrement bombé pour les Jarves d'ouvrières, très-bombé pour les faux-bourdons, en cloche guillochée pour les larves de mères. Au contraire l’opercule des cellules à miel est tout à fait plat. La larve reste toujours libre dans sa cellule même operculée ; elle s'y allonge et se meut en spirale, et enduit les parois, en commençant par la calotte et les parois supérieures, d’un liquide gommeux et blanchâtre qui se sèche vite et forme un cocon en pellicule lustrée. C’est une soie qui sort par la filière buccale, sécrétée par les deux glandes salivaires; chez la larve de la mère, le cocon n'enveloppe que la moitié antérieure du corps de la larve, qui est comme sous cloche, l'abdomen hors du demi-cocon. Cette disposition permet à la mère rivale éclose, ou parfois aux ouvrières, de tuer à coups d'aiguillon la larve maternelle.
Les coques nymphales sont bien plus épaisses dans le fond que sur les bords; il s'ensuit que chaque fois que la mère pond dans une nouvelle cellule, les ouvrières sont obligées de l'allonger d’une quantité égale à l'épaisseur du fond de la coque ; en conséquence de ces allongements successifs des cellules, le rayon ne peut plus servir quand deux rayons en vis-à-vis ne laissent plus passage entre eux pour une Abeille.
Après vingt-quatre (mère) à trente-six heures (ouvrière) employées à filer le cocon, la larve se repose deux ou trois jours, puis se change peu à peu en nymphe. Les pièces buccales se forment; la tête, d'abord enfoncée dans le thorax, s'en sépare peu à peu, et la distinction entre le thorax et l'abdomen s’accentue. Puis les antennes, la trompe, les pattes apparaissent, et les ailes, d'abord à peine visibles, reposant sur le thorax dans la direction de la première paire de pattes. Les yeux composés prennent naissance, d'abord blancs, puis noircissant. En même temps, à l’intérieur, les ganglions nerveux se concentrent, les ampoules aériennes se produisent par destruction sur certains points du fil spiral des trachées. L’abdomen acquiert sa forme, et porte, chez l'ouvrière et la mère, un aiguillon, d'abord externe. Puis le corps, à l’origine d’un blanc grisâtre, commence à se colorer peu à peu; la région anale rentre dans les segments précédents, de sorte que l'aiguillon devient interne. Au dernier moment, l’insecte dépouille la pellicule très-mince qui emmaillottait les organes de la nymphe, et, avec ses pattes, la roule en pelote de la grosseur d’une tête d’épingle, refoulée au fond de la cellule. Enfin la jeune Abeille ronge avec ses mandibules le couvercle de cire qui la retenait captive, et sort, agitant doucement ses pattes et ses ailes, pour donner à ces dernières, comprimées dans la cellule, la position
convenable. Souvent les ouvrières l’aident, la brossent et l’essuient, et presque dès sa sortie de la cellule elle commence la vie exemplaire de travail qui lui a été tracée par le Créateur. On distingue facilement les jeunes Abeilles à la teinte grisätre de leurs poils. Elles ne quittent pas immédiatement la ruche pour aller butiner le miel et le pollen, et ne sont réellement utiles pour la grande récolte qu'une quinzaine de jours après. Elles sont employées d’abord et principalement à nourrir le couvain.
La durée des phases évolutives n’est pas la même pour les diverses formes de l’Abeiile. C’est la mère qui demande le moins de temps, cinq jours en larve nourrie, un jour pour le cocon, deux à trois jours de repos, quatre jours environ en nymphe; en tout, avec les trois jours d'œuf, quinze jours et demi à seize jours pour arriver à l’état parfail. L'ouvrière emploie douze heures de plus à la filature et environ aussi au repos, puis reste sept à huit jours en nymphe , en tout avec l'œuf, vingt jours et parfois vingt et un. Le mâle ne sort à l’état ailé que le vingt-quatrième jour à dater de la ponte de l'œuf, étant resté six jours environ sous la forme de larve nourrie, et à peu près trois jours à faire le cocon.
Un fait extrêmement curieux dans l'histoire des Abeilles est celui de l'influence d'une nourriture spéciale sur le développement des ovaires et des organes génitaux femelles. La bouillie que les ouvrières fournissent aux larves de mères dans les cellules maternelles naturelles, surtout dans les trois jours qui précèdent la clôture de la cellule, n’est pas la même que celle apportée aux larves d'ouvrières et de bourdons. Elle a un goût moins fade, un peu aigrelet, ne contient qu'un peu de cire et de sucre, et au moins les neuf dixièmes d’albumine et de fibrine azotées. En outre, cette gelée très-nutritive, qu'on a appelée royale ou prolifique, au lieu d'être mesurée d'une façon stricte et exacte comme pour les autres larves, est prodiguée en profusion à la larve de mère, de sorte qu'il en reste un excès dans l'alvéole lorsque la larve file son cocon.
D'après de Berlepsch, la bouillie est la même pour toutes les larves dans les trois premiers jours ; puis celles des ouvrières et des mâles ne reçoivent plus que du miel et du pollen en nature, tandis que les larves des mères futures continuent à être alimentées d’une bouillie plus nutritive, déjà digérée en partie par l’ouvrière nourrice.
Certains auteurs pensent que, dans la gelée royale, entrent des œufs mangés par les ouvrières, car on voit disparaître des œufsà ce moment de l'éducation, et surtout de celle des mères artificielles. L’apiculteur américain Adair prétend avoir constaté que quand la mère n’a plus de place pour pondre, ni les ouvrières pour emmagasiner, un trouble se produit dans la ruche ; alors la mère, ne pouvant retenir ses œufs, les laisse tomber là où elle se trouve. Il a vu une cellule maternelle artificielle construite sur un œuf tombé sur le plateau de la ruche.