APIS, — ESSAIMAGE NATUREL
chirent. Il n’en est pas de même si les circonstances sont favorables à un nouvel essaimage; les ouvrières empêchent la jeune mère d'opérer ses meurtres instinctifs, renforcent la cire des cellules maternelles, où elles retiennent captives les autres mères arrivées à terme, les nourrissant par un petit trou pratiqué au couvercle. C’est par là qu’elles passent la langue pour demander et recevoir les aliments, et, le repas terminé, les gardiennes rebouchent le trou.
La jeune mère, l’essaim primaire parti, inquiète et jalouse de la présence des autres mères, fait entendre un chant clair et plaintif, {uh, tuh, tuh...… répété dix fois et plus sans interruption, et quelquefois si fortement, que, le soir surtout, on le perçoit à plus d’un mètre de distance de la ruche. Bientôt, si l’essaim secondaire tarde à sortir, les mères prisonnières répondent au chant de la mère libre par un chant étouffé, quak, quak.... Au premier beau jour, le second essaim part, accompagné de la mère au chant fuh, et La plus âgée des mères au chant quak sort de sa cellule. Le plus souvent on lui laisse la faculté de tuer ses rivales, soit dans la cellule, soit à leur mise en liberté; aussi, après l'essaimage secondaire, on trouve souvent une ou plusieurs mères mortes devant la souche. Dans le cas contraire, la mère qui est restée à la souche, toujours la plus jeune, tandis que la plus vieille accompagne l’essaim, fait entendre, comme sa devancière, le chant tuh, chant d'inquiétude et de colère, auquel les mères en cellules répondent par le chant quak, et un essaim tertiaire se produit.
Ces essaimages multiples sont fâcheux et doivent en général être prévenus par diverses méthodes, car ils affaiblissent trop la souche, qui souvent ne peut plus amasser assez de récolte pour passer l'hiver. Eu outre, ces essaims, conduits par une jeune mère non fécondée, sont souvent vagabonds et se perdent.
Les essaimages naturels présentent de nombreux inconvénients. On est obligé de surveiller les ruches souvent pendant six semaines; il se perd des essaims vagabonds, ou bien des essaims se réunissent: les essaimages multiples amènent trop souvent la ruine des ruches mères. Lorsque l’essaimage est tardif, les essaims peuvent n'avoir pas le temps de recueillir assez de provisions pour hiverner, ce qui détruit les nouvelles ruches qu'ils ont formées. Assez souvent, au contraire, il n’y a pas d’essaims, et des mères trop vieilles ne peuvent se renouveler, ce qui cause la perte de beaucoup de colonies. Afin d'obvier à tous ces désavantages, les apiculteurs ont imaginé de faire des essaims artificiels. On nomme ainsi ceux que l’apiculteur prend dans une colonie, au lieu d'attendre, en quelque sorte, le bon vouloir des insectes. C'est un essaimage qu'on opère soi-même, au temps le plus opportun pour la meilleure récolte, quand on éprouve le besoin de créer de nouvelles colonies. 11 nous est nécessaire de donner quelques notions générales sur les ruches, afin de pouvoir expliquer les meilleurs procédés pour con duire à bonne fin celte opération apicole.
Il est facile de comprendre que la nature même nous commande de placer les Abeilles dans des ruches, si nous voulons augmenter dans une proportion considérable les produits de leurs travaux. Reprenons, suivant l'ingénieuse idée de M. de Layens (op. cit., p. 144), un essaim naturel qui vient de se suspendre à une branche, par un temps assez chaud pour que les insectes, bien actifs, se mettent immédiatement à travailler à l'air libre, dans ce but d’assurer la propagation de leur espèce qui domine toute leur existence.
La forme de l’essaim est celle d’un cône renversé, fermé de tous côtés par les Abeilles, excepté à la pointe où leurs rangs serrés laissent un petit trou pour l'entrée et la sortie des insectes intérieurs. Qu'on suppose, au bout de peu de jours, l’essaim coupé en deux par un plan vertical mené suivant l'axe du cône, on verra au milieu un premier rayon de cire attaché à la branche, et, à droite et à gauche, suspendus, deux autres rayons moins longs que le premier. Autour de ces trois rayons, une agglomération d'Abeilles forme enveloppe, sur une épaisseur de 3 à 4 centimètres. Cette masse périphérique inactive laisse libre de ses mouvements la partie centrale et active des insectes qui travaillent à l’intérieur. Les Abeilles extérieures, serrées entre elles et accrochées les unes aux autres, forment autour des travailleuses une véritable croûte de réchauffement, par la chaleur que dégage leur combustion respiratoire et qui est nécessaire pour maintenir à l’intérieur, dans le milieu du cône, une température d'environ 35 degrés, la plus propice à l’élaboration de la cire et à l'élevage du couvain. La croûte de réchauffeuses augmenfe ou diminue d'épaisseur, suivant la température, et se dissocie d'elle-même au milieu de nos plus chaudes journées des régions méridionales, quand la température s'élève à plus de 35 degrés; mais, dès que la température de l'air extérieur s’abaisse, à mesure que le soleil se rapproche de l'horizon, les Abeilles se hâtent de reformer le manteau protecteur, et son épaisseur s’accroit tout de suite du côté où quelque courant d'air froid vient à frapper le cône.
Aussitôt que le rayon médian a atteint une longueur de 10 à 12 centimètres, la mère commence à pondre ses œufs à partir de l'alvéole central, et continue sa ponte en suivant une spirale régulière autour de ce premier œuf, centre du couvain, qui prend ainsi une forme circulaire ; dès lors l’activité des ouvrières devient extrême, car elles doivent simultanément s'occuper de l'éducation du couvain, construire de nouveaux rayons, enfin récolter le miel et le pollen. Le premier gâteau n'est guère prolongé au delà d’une hauteur verticale de 30 centimètres, mais les Abeilles en construisent d’autres de chaque côté; le miel et le pollen destinés à fournir la pâtée des larves sont mis en réserve dans les cellules qui entourent le couvain, de manière à former au-dessus de lui un dôme de provisions qui s'étend jusqu'au sommet des rayons. C’est pendant vingt et un jours, durée de l'éducation complète de la postérité, que la mère continue sa ponte en spirale, et le couvain est alors
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parvenu à ses dimensions limites ; puis les cellules où la mère avait commencé à pondre étant devenues libres, elle reprend, dans le même ordre que la première fois, le seul travail qu'elle sache faire et qui doit être l'unique occupation de sa longue vie, à moins qu'une température trop basse ou le manque d'aliments ne vienne arrêter sa faculté productrice des œufs.
L'observation de cet état de nature nous montre tout de suite l’avantage de la ruche : c'est de diminuer ou même de supprimer la croûte inactive des Abeilles de la périphérie ; car des parois d’une substance suffisamment épaisse et qui conduit mal la chaleur servent à maintenir à l’intérieur la température nécessaire à la ponte et au travail, de manière à rendre disponible pour un service actif le plus grand nombre ou même la totalité des Abeilles.
Nous ne faisons par la ruche qu'imiter l'instinct qui pousse les Abeilles à s’abriter à l’état sauvage dans les creux d'arbres ou les creux de rochers. L'étude de l’essaim naturel abandonné à lui-même montre encore que le travail des Abeilles, qui a pour but exclusif la reproduction de l’espèce, exige une action unique, concentrée dans un seul centre formé par l’agglomération du couvain. Donc tout système de culture, comme les calottes, les hausses, les élages superposés des ruches, bien que pouvant offrir des avantages dans un but particulier et déterminé, ainsi la récolte du miel à une époque spéciale, sont un système apicole contraire aux instincts du genre Apis. En connaissant la grandeur de l'espace occupé par le couvain dans l'essaim naturel, on en déduit le volume qu'il faut réserver au minimum dans toute ruche à la ponte de la mère et qui doit se déduire du produit possible. Enfin, comme le couvain occupe toujours le centre de l’essaim naturel, la ruche la plus rationnelle sera celle où il pourra se placer au milieu. Quand un essaim est introduit dans une ruche, il va toujours s'établir à la partie supérieure, et la paroi contre laquelle il appuie ses gâteaux remplaçant en partie la croûte calorigène de ce côté, un plus grand nombre d’Abeilles pourra aller à la récolte. La meilleure ruche, au point de vue naturel, abstraction faite de la question de frais, est celle où l’on peut ramener l’essaim, et par suite le couvain, au milieu de l'édifice, en le limitant par des planches de partition, de manière que ces planches et les parois puissent remplacer de toutes parts la croûte inactive d’Abeilles réchauffeuses, et permettre à la plus forte proportion possible d'insectes de butiner au dehors et de travailler au dedans.
Les ruches se divisent en deux types fondamentaux, celles à rayons fixes, celles à rayons mobiles, qui correspondent à deux écoles distinctes parmi les apiculteurs, les fivistes et les mobilistes, selon qu'ils adoptent l'un ou l'autre système, présentant tous deux des avantages et des inconvénients, suivant les conditions locales et pratiques. Nous serons trèssobre de détails sur les ruches; chaque traité d’apiculture en préconise en général une, par suite de détails auxquels leur auteur donne la pré-
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férence, ou en obéissant aux coutumes de sa localité. Au fond, il n'y a là que des nuances inutiles à discuter dans notre ouvrage élémentaire.
Les ruches fixes sont celles où les Abeilles, suspendant d'elles-mêmes leurs gâteaux verticaux à une paroi supérieure immobile, les attachent comme il leur convient, de sorte qu'on ne peut séparer les rayons qu'en pratiquant une section intérieure. La ruche est alors la fidèle image du creux d'arbre ou du trou de rocher envahi par un essaim vagabond. Les partisans du mobilisme, au contraire, cherchent à guider le travail des Abeilles, en les obligeant à édifier leurs alvéoles sur des traverses ou dans des cadres mobiles, de telle sorte qu'on puisse ensuite enlever à volonté une partie quelconque de leur travail, sans déranger le reste de la ruche.
Les ruches fixes les plus communes, accessibles aux plus pauvres par leur bas prix, sont des paniers en forme de cloche plus ou moins globuleuse ou allongée, de paille ou d'osier, viorne ou troëne. On em-