‹ Les insectesChapitre 66 sur 119 · APIS. — PROPOLIS · texte numérisé non relu

APIS. — PROPOLIS

donne aux Abeilles le moyen de commencer le couvain plus vite, et de renforcer les populations. Elles délaissent les farines dès que les fleurs fournissent du pollen, qui leur convient mieux.

On appelle pollen rouget, d'après sa couleur, du pollen ancien, un peu altéré par l'humidité à sa surface, car il est presque toujours dans le bas de la ruche. Les Abeilles savent l'utiliser au printemps, et il est inutile de le leur retirer. Mais il est une autre espèce de pollen avarié qui ressemble à du plâtre durci ; celui-là est impropre à nourrir le couvain, et il faut le retirer s’il est abondant,

La propolis est une substance d'origine végétale très-variée, en général tenace et visqueuse, brune ou d’un gris jaunâtre, d'ordinaireexhalant par la chaleur des doigts qui la pressent une odeur aromatique rappelant un peu celle du benjoin. La propolis, dure à froid, se ramollit quand cn la chauffe, et donne, en se boursouflant à la façon des résines, des vapeurs blanches odorantes si on la projette sur des charbons ardents. L'alcool la dissout en partie et se colore en rouge brun, et le résidu est formé de débris végétaux et de cire en proportion très-variable, et qui souvent est prise aux rayons si la propolis examinée provient des ruches.

La propolis n’est pas mise en réserve dans des alvéoles, car elle ne sert pas à l'alimentation du couvain. C'est un mastic employé par les Abeilles pour boucher les fentes de la ruche, afin d'empêcher l'accès de la lumière et de l'air froid, coller sa base au plateau dans les ruches ordinaires, et aussi pour enduire les cadavres des animaux qui se sontintroduits dans la ruche, lorsqu'ils sont trop gros (Limaces, Escargots, Mulots, Sphinx à tête de mort) pour qu'il soit possible aux Abeilles de les expulser. Dans nos contrées la propolis est surtout récoltée sur les bourgeons des Peupliers, des Bouleaux, des Saules, des Ormes et aussi de plusieurs arbres verts; aux grandes altitudes, au-dessus de la région des Sapins, les Abeilles savent trouver sur les plantes basses une propolis abondante et très-aromatique. Parfois elle paraît formée de débris de fleurs comme d’enveloppes d'anthères. (n comprend que des substances différentes serviront de propolis aux Abeillesintroduites dans les régions où la flore est autre que chez nous. L’Abeille charrie la propolis comme le pollen, dans les corbeilles des pattes de la troisième paire. On voit assez aisément au vol si l’insecte porte la propolis ou le pollen : les pelotes de la première sont un peu luisantes, celles du pollen mates et très-friables. Si près du rucher on abandonne au soleil de vieilles ruches de paille dont les rainures internes sont couvertes d'une épaisse couche de propolis, les Abeilles ne tardent pas à les visiter, et l’on peut voir avec quelle célérité et quelle adresse elles savent arracher cette résine avec les mandibules et la faire passer sur les corbeilles,

Les substances produites par les Abeilles à l’intérieur des ruches sont le résultat modifié de celles qui ont été récoltées au dehors : ce sont le miel et la cire.

Si les apiculteurs regardent, en général, le miel emmagasiné dans la ruche comme identique au nectar des fleurs, cela tient à l'absence de leurs connaissances chimiques, et surtout de toute notion sur l'existence des composés isomères. L'élaboration dans le tube digestif des Abeilles devient évidente si l'on considère que les Abeilles alimentées exclusivement au sucre blanc (Bosc) ou à la cassonade (Huber), ou comme d’ordinaire au sirop de sucre, produisent cependant du miel, analogue, sinon identique, à celui qui provient de l'ingestion intérieure du nectar, et contenant un sucre incristallisable, comme le sucre interverti produit par l’action des acides étendus sur la saccharose. Les Bourdons et les Mélipones, bien que puisant le nectar dans les mêmes fleurs, ne donnent pas le même miel que l'Apis mellifica ; ces insectes ont des miels très-fluides, très-difficilement granulables, et en outre trop aqueux par une moindre évaporation dans des nids moins chauds que nos ruches. La plupart des beaux rayons de miel blanc exposés, à Paris, chez divers marchands sont des miels de sucre provenant de ruchers établis dans les quartiers excentriques de la ville ou de sa plus proche banlieue, et dont les insectes, faute de fleurs, se nourrissent uniquement dans les résidus des raffineries de sucre et des confiseries ; ce miel de table, comme on le comprend, est sans arome. On fait remplir aux Abeilles des calottes de ce miel, qui a l'avantage de rester liquide à peu près indéfiniment. Les raffineurs parisiens éprouvaient un déchet énorme par le fait des ruchers voisins, et ont été obligés d'établir des grillages très-serrés pour empêcher l'accès des Abeilles à l’intérieur. Quand ce miel de sucre n’est pas réservé pour être mangé en rayons, mais extrait et mis en pots, les marchands ont l'habitude de l’aromatiser en le mélangeant avec un peu de miel très-parfumé du Midi ou des montagnes.

Quand il n’est pas dû à un nourrissement artificiel au sirop de sucre, le miel provient du nectar ou de la miellée; c'est un mélange, en proportions variables, d’un certain nombre de composés organiques définis, étendus d’eau.

Une première dissemblance entre le miel et le nectar, c’est la proportion d’eau beaucoup moindre dans le premier, où elle ne s'élève qu'à environ 8 centièmes ; une évaporation considérable par la chaleur de la ruche a dû se produire dans le nectar dégorgé et modifié par les Abeilles, et aussi par la chaleur propre de l'insecte. Ce n’est que lorsque le miel a subi une concentration suffisante que les Abeilles operculent leurs cellules. Il est probable qu'une partie de l’eau du nectar est déjà expulsée quand les Abeilles gorgées le rapportent à la ruche. On observe en effet, quand on nourrit les Abeilles au sirop de sucre placé à quelque distance des ruches, que la légion d'insectes qui revient à la ruche rejette de l’eau en l'air avant d'y rentrer, par un vomissement qui cause comme une pluie d’eau sous leur vol. 1l est probable, d'après ce fait, que la chaleur de la ruche n'a plus qu'à évaporer l'excès d’eau du nectar:

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